Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

18/11/07

Pour une re-naissance de la gauche: le positionnement politique du blog

"Les grands mots et les grandes poses ne servaient qu’à masquer les canailleries les plus mesquines." (Marx, à propos du Second Empire, Napoléon III)

                                     Notre République tire au bonapartisme tant les pouvoirs du Président y sont exorbitants, une sorte de "coup d'état permanent"(Mitterrand). L'élection (toute élection peut charrier le pire comme le meilleur) qui a porté à la tête de cet "empire républicain" le candidat de l'ultra-droite néo-libérale, régressive et autoritaire, est donc lourd de conséquences. Elle a bien sûr de nombreuses causes et... remèdes. Je n'ai pas la prétention d'en passer la revue, simplement d'en pointer quelques unes...et quelques uns, qui comptent le plus pour moi.

A savoir: si la droite la plus dure est désormais, ainsi qu'elle le proclame, "décomplexée", affirmant haut et fort le socle foncièrement individualiste/égoïste de ses valeurs avec la politique économique et sociale de jungle (loi du plus fort) qui en découle, la gauche (qui n'est souvent qu'"opposition" sans projet), par contre, de renoncements en divisions, n'est plus audible par les classes populaires.

Habillée du blanc de la pureté par les spécialistes du marketing politique, servie par les talents personnels et l'ambition d'hommes prêts à tout pour accéder au pouvoir et le conserver, faisant appel d'abord à la peur -peur de l'étranger, peur de la "racaille" et de la violence, peur de la mondialisation, peur des actionnaires et des rentiers pour leurs sous -, martelée par les plus importants medias, la politique proposée par les capitalistes s'est emparée des "masses". Les idées dominantes sont bien les idées de la classe dominante (Marx)! Et la classe dominante veut maintenant aller plus loin dans sa domination.

En face, maintenant que la fausse gauche - celle qui se rallie au capitalisme et à la "démocratie de marché"(Garaudy) - se montre au grand jour (les rats quittent le navire), la vraie gauche doit elle aussi faire re-naître ses valeurs.
Elle a dans le passé porté les principales conquêtes démocratiques et sociales de notre pays: les Révolutions de 1789 et 1848, la Commune de 1871 dont de Gaulle reconnaissait qu'elle avait "assumé la France", le Front populaire de 1936, la libération du nazisme et du pétainisme, mai 68 et ses 10 millions de grévistes: tous ces mouvements et d'autres à la suite ont apporté à notre peuple des conquêtes matérielles et morales dont nous bénéficions encore: les droits de l'homme et du citoyen, l'éducation, la république démocratique et sociale, les congés payés, la sécurité sociale, les entreprises et services publics, le salaire minimum, la réduction du temps de travail, les droits syndicaux, etc.

Mais aujourd'hui, pour paraphraser Victor Hugo, si la gauche sait d'où elle vient, elle ne sait pas où elle va.

La gauche gestionnaire, obnubilée par la ligne jadis fixée par Léon Blum d'être "les gérants loyaux du capitalisme", n'en peut plus des concessions au "marché" et à l'idéologie libérale qui lui ont fait perdre une bonne part de son identité.

La gauche transformatrice, mélange des gauches "protestataire" et "révolutionnaire"(la distinction est de Debray), en est arrivée, par progressive dilution du militantisme, à oublier que le parti n'est pas une fin en soi mais un moyen au service d'une cause, et que, si son "appareil" doit être préservé, il ne saurait se réduire à lui. Le "parti" d'ailleurs n'est pas forcément celui qui existe déjà: naissant "du sol de la société moderne"(Marx), sans doute revêtira-t-il une forme inédite, plus réseau transversal coordonné que parti centralisé comme les partis actuels regroupés autour des professionnels de la politique (élus et permanents).

Je voudrais aider la gauche gestionnaire à retrouver une identité de gauche claire, moderne mais claire, plutôt que de se perdre dans le marécage "centriste". Je voudrais aider à fédérer la gauche transformatrice, plutôt que d'engager une nouvelle guerre des chapelles. Je voudrais aider à l'union des deux gauches dans l'exercice des responsabilités plutôt que de continuer à se distribuer les rôles du consul (qui gouverne) et du tribun (qui parle au nom...).

Et pour cela, promouvoir le dialogue plutôt que l'anathème , la recherche d'accords de fond plutôt que du plus petit dénominateur commun, le respect des différences qui enrichit plutôt que la recherche de l'hégémonie qui appauvrit, l'intervention de la "base" - même et surtout non encartée - plutôt que les projets imposés d'en haut.

La démocratie ne devrait pas résulter seulement de la pluralité des partis - qui à gauche est excessive - mais surtout de la pluralité des projets, pluralité qui ne peut émerger que de l'irruption du peuple avec ses besoins et ses aspirations dans le débat. Avec cette intervention directe des citoyens, il doit d'ailleurs devenir possible de dégager des majorités dépassant largement l'absurde 51/49: l'unanimité est quand même le but ultime de la démocratie, puisque celle-ci doit permettre de déterminer l'intérêt général, lequel n'est pas représenté par l'avis de 51 ou 53 citoyens contre l'avis des 49 ou 47 autres.

Rassembler car "nous n'avancerons qu'en nous unifiant" (Teilhard), tel me semble être le maître mot de la re-naissance (=la deuxième naissance) de la gauche. Le Congrès de Tours en 1920 a vu la scission entre communistes et socialistes. Les dangers du monde, les risques qui pèsent sur notre terre, la fin de l'hypothèque lénino-stalinienne, la nouvelle ligne que la réalité trace entre réformes et révolution, n'indiquent-ils pas que le moment est venu de se fixer l'horizon d'un Congrès de Tours à l'envers, pour revivifier (=redonner vie) à "l'hypothèse communiste"(Badiou), unir toutes les forces révolutionnaires  et progressistes ?

L'union n'uniformise pas, au contraire elle différencie, elle "super-personnalise" (Teilhard)  en permettant à chacun d'exprimer le meilleur de lui-même; l'union n'additionne pas seulement, "elle produit" , elle est plus, autre et mieux que la somme des éléments qui la composent.
Rassemblons-nous ! Au niveau syndical (unité d'action),au niveau politique, dans les associations, pour résister à l'offensive réactionnaire - car il ne s'agit pas de "réforme" mais bien de retour en arrière, de réaction - et préparer, dans une France où "la politique ne se décide pas à la corbeille" (De Gaulle), un avenir qui ait du sens pour chacun et pour tous, un "modèle français du socialisme" (Garaudy), un communisme, un avenir "à visage humain" (selon la belle formule du Printemps de Prague).

"Nous n'avancerons qu'en nous unifiant": le sens de cette phrase de Teilhard dépasse évidemment, mais donc inclut, l'évolution politique de l'homme en général et de chaque groupe humain en particulier. Elle évoque deux actions agissant dialectiquement l'une sur l'autre.

Pour avancer, pour aller en avant, pour imaginer et construire un avenir, il faut nous unir entre nous et nous unir au monde, il faut "être plus", c'est-à-dire être ensemble. Mais aussi: si nous avançons, si nous regardons dans la direction de l'avenir, en avant, sans oublier le passé mais sans en être prisonnier, alors nous pourrons nous unir entre nous et avec le monde.

Rassemblons-nous, dans la richesse de nos diverses personnalités, pour avancer, c'est-à-dire créer un avenir humain et, du même élan, avançons déjà pour nous rassembler, pour faire de la somme de nos énergies une énergie nouvelle, plus forte et plus exigeante. Plaçons-nous dans une perspective de mouvement, ne restons pas statiques. L'immobilité, le statu-quo, la guerre des tranchées, la défense des positions acquises comme seule tactique, le repli sur soi, cela ne suffira pas pour endiguer et faire refluer la vague réactionnaire et construire un avenir. Le mouvement comporte un risque, c'est un pari que de croire que "tout ce qui monte converge" (Teilhard) mais l'immobilisme est pire car ne pas avancer dans ce monde c'est reculer. N'attendons pas d'être d'accord sur tout pour nous mettre en chemin.

L'idéal qui nous anime, qui nous est commun, une société où l'homme prime sur l'économie, le travail sur le capital, le tout sur le partiel, l'avenir sur le passé, cet idéal doit être "plus réel que le réel" (Fichte) car le réel est du passé fossilisé, quelque chose sur lequel nous n'avons pas prise, que nous devons comprendre mais pour nous en libérer. Seule la construction de l'avenir est digne de notre action et source "de cohérence, de fécondité" et donc susceptible de nous réunir, de nous rassembler, de nous unifier. L'horizon est certes chargé de nuages, qu'importe ! c'est en marchant que nous découvrirons le ciel derrière eux.

A condition que chacun - groupe, association, syndicat, parti, militant, simple citoyen, - soit persuadé que l'union enrichit, qu'il a quelque chose à apprendre de l'autre, qu'il doit renoncer à faire prévaloir en tout son propre point de vue. Cet apprentissage est d'abord le fruit de la commune action dans la commune espérance d'un monde où la compréhension, la coopération, la cogestion l'emportent sur l'individualisme, "la concurrence de tous contre tous", les égoïsmes et les dominations de classe, de nation, de religion ou de race.

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Posté par Alain 3 à 15:17 - Positions - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bien que n'étant pas Français, je souscris à cet appel pour une renaissance de la gauche. Par delà les frontières, nous avons à résister à la vague d'ultra-libéralisme qui déferle sur tous les continents et à promouvoir des rappports de communauté et d'amour entre tous les hommes.

Bravo, Alain: voilà un programme concret, des idées forces, une orientation qui a du sens!

Posté par Luc Collès, 19/11/07 à 20:56

Vive la sociale

convaincue toujours heureuse de constater que même s'il n'y en a pas un sur cent ils existent
Libres penseurs libertaires pour que vivent l'internationalisme humain

Posté par Faboza, 26/04/08 à 19:32

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