Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

17/03/08

Pour un "Congrès de Tours" d'unification

On va nous dire que c'est impossible. Utopie ! Tant pis pour ceux qui n'imaginent le futur qu'à l'image du passé... La victoire de la gauche aux municipales et aux cantonales (malgré une forte abstention qui montre que l'offre politique n'est pas à la hauteur de la demande des citoyens; malgré les Voynet de circonstances, élus grâce aux voix de l'anti-communisme primaire - il y en a - et malgré les tyranneaux locaux - il y en a à gauche aussi...) impose des devoirs aux militants et dirigeants des partis , du moins à ceux qui aspirent sincèrement à la nécessaire refondation de cette gauche.


Pour avancer, pour aller en avant, pour imaginer et construire un avenir, il faut nous unir. Mais aussi: si nous avançons, si nous regardons dans la direction de l'avenir, en avant, sans oublier le passé mais sans en être prisonnier, alors nous pourrons nous unir.

Rassemblons-nous, dans la richesse de nos diverses personnalités, pour avancer, c'est-à-dire créer un avenir humain et, du même élan, avançons déjà pour nous rassembler, pour faire de la somme de nos énergies une énergie nouvelle, plus forte et plus exigeante. Plaçons-nous dans une perspective de mouvement, ne restons pas statiques. L'immobilité, le statu-quo, la guerre des tranchées, la défense des positions acquises comme seule perpective, le repli sur soi, cela ne suffira pas pour  faire refluer la vague réactionnaire et construire un avenir, "un socialisme, à visage humain" (2). Le mouvement comporte un risque, c'est un pari que de croire que "tout ce qui monte converge" (1), mais l'immobilisme est pire car ne pas avancer dans ce monde c'est reculer. N'attendons pas d'être d'accord sur tout pour nous mettre en chemin.

L'idéal qui nous anime, qui nous est commun, une société où l'homme prime sur l'économie, le travail sur le capital, le tout sur le partiel, l'avenir sur le passé, cet idéal doit être "plus réel que le réel" (3) car le réel est du passé fossilisé, quelque chose sur lequel nous n'avons pas prise, que nous devons comprendre mais pour nous en libérer. Seule la construction de l'avenir est digne de notre action et source "de cohérence, de fécondité" (1), et donc susceptible de nous réunir, de nous rassembler, de nous unifier. A travers des projets concrets et précis. L'horizon est certes chargé de nuages, qu'importe ! c'est en marchant que nous découvrirons le ciel derrière eux.

A condition que chacun - groupe, association, syndicat, parti, militant, simple citoyen, - soit persuadé que l'union enrichit, qu'il a quelque chose à apprendre de l'autre, qu'il doit renoncer à faire prévaloir en tout (projets et stratégie politique) son propre point de vue. Cet apprentissage est d'abord le fruit de la commune action dans la commune espérance d'un monde où la compréhension, la coopération, la cogestion l'emportent sur l'individualisme, "la concurrence de tous contre tous" (4), les égoïsmes et les dominations de classe, de nation, de religion ou de race.

Comment mettre en oeuvre cette grande ambition, cette "certaine idée de la France" (5) ? Aujourd'hui, si la gauche sait d'où elle vient, elle ne sait pas où elle va. La gauche gestionnaire, obnubilée par la ligne de "gestion loyale" (6) des "dérives du présent" (4) n'en peut plus des concessions au marché, au capitalisme, au libéralisme économique, à la loi de la croissance pour la croissance, qui lui ont fait perdre son identité, et donc sa crédibilité. La gauche transformatrice quand à elle a oublié que le parti n'est pas une fin en soi mais un moyen au service d'une cause. Le parti de demain n'est d'ailleurs pas celui d'aujourd'hui: "naissant du sol de la société moderne" (7), sans doute revêtira-t-il une forme inédite, plus réseau transversal autogéré par les adhérents, doté d'une coordination souple et donnant par son fonctionnement et ses actions une sorte de préfiguration de la société que nous voulons, que parti centralisé comme les partis actuels regroupés autour de professionnels de la politique.



Aider la gauche gestionnaire à retrouver une identité de gauche plutôt que de se perdre dans le marécage centriste, droite déguisée, aider la gauche transformatrice à se fédérer plutôt que de se livrer à d'incessants règlements de comptes, aider à l'union des deux gauches dans l'exercice des responsabilités, sans renoncer pour autant à la fonction tribunicienne, et pour cela promouvoir le dialogue plutôt que l'anathème , la recherche d'accords de fond (les projets) plutôt que du plus petit dénominateur commun, la prise en compte des différences qui enrichissent plutôt que la recherche de l'hégémonie qui appauvrit, l'intervention de la base plutôt que les projets imposés d'en haut: telle est ma gloire !

Le Congrès de Tours en 1920 a vu la scission entre communistes et socialistes; les leçons du passé, les dangers du monde, les risques qui pèsent sur notre terre, la nouvelle ligne que la réalité trace entre croissance et sens de la vie, entre réformes et révolution, n'indiquent-ils pas que le moment est venu de se fixer l'horizon d'un Congrès de Tours à l'envers, pour unir "les hommes (8) de bonne volonté" ? Communistes tournés vers l'avenir, socialistes clairement anti-libéraux, écologistes de gauche, humanistes, républicains sociaux, révolutionnaires et progressistes en ayant assez des groupuscules, militants associatifs cherchant une issue politique à leur engagement, et surtout simples et innombrables citoyens qui attendent souvent désespérément une initiative de ce type. La liste est longue des forces potentielles: encore faut-il les activer.

Les responsables et militants actuellement engagés dans les partis existants ont une responsabilité particulière (car ils ont plus de moyens que les autres). Vont-ils encore longtemps se contenter d'incantations sans franchir le pas de ce rassemblement de type nouveau ?

(1) Teilhard de Chardin
(2) Selon la belle expression du "Printemps de Prague" en 1968
(3) Fichte
(4) Garaudy
(5) De Gaulle
(6) Blum
(7) Marx
(8) les hommes ...et les femmes.  Romain Rolland

Posté par Alain 3 à 17:06 - Positions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=356760&pid=8303050

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :