Un jeune de 16 ans se suicide dans une prison. C’est le cinquième depuis le début de l’année, si j’ai bien tout compris.

Depuis, toutes les hypothèses ont été évoquées : les mauvais traitements infligés par les autres détenus, ou même par la hiérarchie, le chantage au suicide ou une erreur de diagnostic psychologique…

Lorsqu’un autre jeune tente, le lendemain, de mettre également fin à ses jours, on ne parle que de l’endroit d’où ce jeune provient : la même prison de Metz, cette prison qui a vu hier encore un jeune s’échapper… juste après le passage de la ministre de la Justice.

Le fait-divers s’amplifie en « affaire » lorsque les syndicats de gardiens pénitentiaires font état des nombreuses réclamations restées sans suite. Mais le pire n’est pas là.

Le pire c’est l’hypothèse retenue par les médias après ces événements dramatiques : un « jeu » auquel joueraient ces détenus mineurs, pour obtenir je ne sais quel caprice refusé par l’autorité pénitentiaire.

Comment peut-on être aussi cynique ? La mort, un jeu ?

Peut-être en fin de compte, mais les causes n’en sont pas le caprice ou le défi à l’autorité ; ce qui devrait sauter aux yeux des personnes évoquant cette histoire.

La cause de ces suicides est à mon avis évidente, et je suis révolté de l’aveuglement de tous quant à celle-ci : ce sont des enfants, rien de plus.

Des enfants qui, par jeu ou par désespoir, mettent fin à leur courte vie, enfermés qu’ils sont pour des actes certes répréhensibles, mais dont l’inconscience est à l’image de leur suicide : irresponsable.

Comme cette affaire de gamins s’amusant bêtement à jeter des pierres sans réfléchir à qui peut se trouver dessous, et qui se retrouvent en prison pour n’avoir pas réfléchi (n’est-ce pas le propre de l’enfance de ne pas réfléchir aux conséquences de leurs actes, si graves soit-elles ?)

A 13 ans, on est encore des enfants.

Et si un enfant traverse la rue sans regarder, et se fait renverser : va-t-on l’accuser de n’avoir pas pensé à regarder ? Jusqu’où peut-on aller dans cette voie ?

Si un enfant jette son papier de chewing-gum par la fenêtre de ma voiture, qu’un motard l’évite en faisant une embardée, qui fait freiner la voiture de derrière, provoquant un accident entraînant la mort d’un autre enfant mal attaché à l’arrière de sa voiture, va-t-on me mettre en prison ? Ou bien le père de l’enfant mort ? Ou encore doit-on accuser l’enfant lui-même, qui à 12 ans aurait dû signaler à son père qu’il était mal attaché ?

Aujourd’hui, il est presque interdit de donner la fessée à ses propres enfants, et ils risquent la prison sans transition pour avoir joué au jeu stupide de celui qui lance le plus loin…

Dans des cellules trop petites pour le nombre d’occupants, souvent traités sans distinction des délits commis, et incapables de s’adapter à un lieu où ils n’ont rien à faire.


Djamal Benmerad sur AgoraVox