Texte publié il y a peu sur: http://sanseprendrelechou.forumactif.com/

Je veux d’abord dire la tendresse profonde que j’ai pour les militants communistes que je côtoie de prés depuis mon enfance, dont j’ai fait partie, mais qui ne peut plus, qui ne doit plus, servir d’excuse à une politique conservatrice (oui, une politique qui ne fait pas confiance aux masses est conservatrice !) et dévastatrice. Mon propos pourra paraître provocateur, c’est que n'ayant d’autre responsabilité que ma parole et ma parole engageant mon cœur (j’allais dire mes tripes) autant que ma raison, je peux tout me permettre (bienheureux les pauvres en esprit !) !

Au vif du sujet, donc :

Pour imaginer et construire un avenir, pour aller de l’avant, il faut nous unir. Et pour nous unir il nous faut regarder devant. Dialectique, mon cher Watson !
La guerre des tranchées, le repli sur soi, cela ne suffira pas pour faire refluer la vague réactionnaire et moins encore pour construire un socialisme à visage humain. Le mouvement comporte un risque, mais l'immobilisme est pire.
N'attendons pas d'être d'accord sur tout pour avancer.
L'idéal qui nous anime, une société où l'homme prime sur l'économie, le travail sur le capital, le tout sur le partiel, l'avenir sur le passé, cet idéal doit être au moins autant sinon plus réel que le réel car le réel est quelque chose que nous devons comprendre mais pour nous en libérer. Le passé nous divise.

Nous sommes des millions – ce qu’à la suite de Christian Delarue j’appelle le peuple – classe - à avoir en commun l’espérance d'un monde où la compréhension, la coopération, la cogestion l'emportent sur l'individualisme, la concurrence de tous contre tous, les égoïsmes et les dominations de classe, de nation, de religion ou de race. Seule la construction de l'avenir est susceptible de nous unir, à travers des projets concrets et précis.
Une condition cependant : que chacun - groupe, association, syndicat, parti, militant, simple citoyen, - soit persuadé qu'il a quelque chose à apprendre de l'autre, qu'il soit donc prêt à renoncer à faire prévaloir en tout - projets et stratégie - son propre point de vue.

Comment mettre en oeuvre cette grande ambition ?

Le Parti socialiste, majoritairement sur la ligne de gestion loyale du capitalisme, n'en peut plus des concessions au marché, au libéralisme. Le Parti communiste a oublié que le parti n'est pas une fin en soi mais un moyen au service d'un but. Les deux ont rallié, sous des formes et à des époques différentes les mythes de la démocratie électoraliste, de l’Europe et de la croissance. L’échec des deux est aveuglant.

Il ne s’agit pas de lutter contre les partis (au sens classique) ce qui débouche toujours sur la victoire du parti de la dictature, ni de les ignorer, mais de prendre conscience que les partis ne joueront plus le rôle qui fut le leur. Ce pour deux raisons :
1/ Les décisions essentielles se prennent ailleurs qu’au Parlement, dans des cercles, officiels ou non, où l’élite des commis – de droite et de gauche - de l’Etat bourgeois rencontrent les managers du grand capital.
2/ Le peuple - classe, les travailleurs - citoyens conscients, veulent participer à la création de l’avenir autrement qu’en votant pour des professionnels de la politique ou des programmes clé en mains.

Donc, la forme parti (au sens des 19e et XXe siècle) ayant vécu, retrouvons du bon Marx ! Pour lui, le parti…naît naturellement et un peu partout du sol de la société moderne ; par parti il entend le parti dans le grand sens historique du mot (Lettre à Freiligrath, 29/02/1860). Le parti c’est le prolétariat constitué en classe, ce n’est pas un élément qui lui est extérieur et supérieur. Le parti étant dévalué de ce point de vue, le moment est venu de lui substituer le mouvement, la fédération ou le réseau (le nom importe peu). L’idée est de donner dans son mode d’organisation et son type d’action (protestataire, mais aussi constructif: syndicats, associations, collectivités territoriales) une sorte de préfiguration de la société que nous voulons.

Le parti c’est pour moi le terme générique qui englobe toutes les initiatives qui font exister dans tous les domaines et à tous les niveaux (aussi à la base) l’hypothèse communiste levée par Marx.
Qu’à la visée originelle il faille aujourd’hui incorporer entre autres une vision mondiale des problèmes et de leurs solutions, une remise en cause du mode de croissance, la nécessité d’une démocratie socialiste (= autogestionnaire ) dans les entreprises et les médias, la recherche collective d’un sens à nos vies, voilà qui n’est pas formellement inclus dans le marxisme mais non contradictoire avec lui, au contraire. Qu’il faille rassembler tous ceux qui sont déjà engagés dans ces combats, voilà qui est encore moins contestable. Que les partis actuels en soient incapables, voilà qui est non seulement incontestable mais démontré. D’où la nécessité de fédérer autrement ces initiatives.

Cela ne se fera pas du jour au lendemain, à marche forcée.

En attendant, les responsables et militants actuellement engagés dans les partis ou associations existants ont une responsabilité particulière car ils ont plus de moyens que les autres pour se faire entendre. Vont-ils encore longtemps se contenter d'incantations sans franchir le pas, sans donner l’exemple, sans commencer à esquisser ce rassemblement de type nouveau ? C’est le sens des débats actuels.
Le Congrès de Tours en 1920 a vu la scission entre communistes et socialistes. Les leçons du passé, les dangers du monde, les risques qui pèsent sur notre terre, la nouvelle ligne que la réalité trace entre croissance et sens de la vie, entre réformes et révolution, n'indiquent-ils pas que le moment est venu de se fixer l'horizon d'un Congrès de Tours à l'envers ?

En terme d’organisations, comment cela peut-il se traduire dans un premier temps ?
Le PS continuera quoi qu’il arrive, soit sur une position centriste soit sur une position classique de type social-démocrate. Le PCF aussi, mais à l’état de séquelle, en concurrence de plus en plus directe avec le NPA. Faire du neuf, donner l’exemple, ce serait rassembler communistes tournés vers l'avenir, socialistes et démocrates anti-libéraux, écologistes de gauche, républicains sociaux, révolutionnaires et progressistes en ayant assez des groupuscules, humanistes de foi et de raison, militants associatifs cherchant une issue politique à leur engagement, ouvriers, employés, citoyens - travailleurs espérant depuis longtemps une initiative de ce type.
Des membres, nombreux peut-être, de l'actuel PS se tourneront vers le centre ? Des membres de l'actuel PCF rejoindront le groupe des anti ? Sans doute. Une clarification s'opèrera ainsi partout. Nous qui voulons changer le monde, nous avons tout à perdre dans une crispation doctrinale et organisationnelle, tout à gagner à l'immersion dans un grand rassemblement pour le socialisme.

Dans ce rassemblement diversifié, qui prétend qu'il faille renoncer à être soi-même ? Comme dit Teilhard, l'union différencie au contraire. Par exemple, le communiste restera communiste (ce qui n'est pas facile), le chrétien restera chrétien (ce qui n'est pas facile non plus), etc. N'ayons pas peur ! a dit Jean – Paul !

Autogestionnaire dans son fonctionnement, le rassemblement d’aujourd’hui puis la fédération (ou mouvement ou réseau ou toute autre appellation) de demain devront l’être aussi dans leurs objectifs.
A chaque fois que la gauche est arrivée au gouvernement, elle a abandonné en cours de route son programme de transformation sociale pour pratiquer une politique qui n’était pas celle pour laquelle elle avait été élue. Plus jamais ça !
La démocratie représentative, parlementaire, partout -dans les institutions, les partis, les syndicats -la délégation de pouvoir illimitée et professionnalisée, ça ne suffit plus ! Inventer des formes de démocratie directe (pas forcément le trompeur referendum) voire de mandat impératif est nécessaire pour que le plus grand nombre participe à la prise des décisions. La vraie démocratie doit tendre à l'unanimité, non se réduire à l’absurde 51/49 ou 53/47.

Pour moi, l’autogestion est l’ensemble des moyens permettant au peuple - -classe de disposer en permanence du mandat (par ailleurs limité en temps et en étendue) confié à ses représentants, soit lors d’une situation type grève générale, grève nationale ou mouvement protestataire de grande ampleur, à plus forte raison dans une situation pré – révolutionnaire, soit dans un cadre institutionnel.

Je suis bien conscient que ce texte pose plus de questions qu’il n’en résout. C’est exprès ! Mais je serais bien ingrat envers les communistes actuels et anciens si je n’avais pas envers eux à qui je dois tant l’exigence de les croire capable de ce formidable sursaut : se dévouer à plus grand que soi pour qu’existe l’hypothèse communiste.

Alain