VENDREDI dernier, nous avons évoqué l’actualité de la philosophie élaborée par Karl Marx et ses amis au cours du 19ème siècle. Une modernité remarquée par de nombreux philosophes actuellement. Elle a été rappelée dimanche dernier sur Antenne Réunion par Paul Vergès, pour qui « le communisme est une des plus belles théories » et pour qui « la fin ne justifie jamais les moyens ». Un principe qui, parmi d’autres, permet de mettre cette théorie en pratique.
Outre ce principe, le fondateur du Parti Communiste Réunionnais a également rappelé que « la politique est une des plus grandes responsabilités qui échoit à chaque personne ». Elle consiste à « s’impliquer dans l’action pour promouvoir une société où règne plus d’égalité ».

C’est quoi “l’essence humaine” ?

Dans le même “billet philo”, nous avions mis en avant l’idée selon laquelle « l’être humain est un être social » et que « sans lien égal et solidaire avec l’Autre (“Alter”), l’Ego (le “moi”) n’existe pas d’une certaine façon (il est privé de légitimité) ». C’était une façon de souligner que nous sommes à la fois ce que nos rapports plus ou moins contraints avec les autres ont fait de nous et le fruit du type de relations que nous décidons librement d’avoir avec les autres.
Karl Marx avait déjà posé cette vérité quand il écrivait : « l’essence humaine - autrement dit, ce qui nous fait psychiquement tels que nous sommes aujourd’hui - n’est pas une abstraction inhérente à l’individu pris à part. Dans sa réalité, c’est l’ensemble des rapports sociaux ».

Un monde humain transformé en jungle

Or, cette semaine, nous avons eu le bonheur de retrouver cette idée dans le dernier livre que vient de publier le philosophe français Lucien Sève sous le titre : “Penser avec Marx aujourd’hui : l’Homme ?” . Il y démontre que la conception de l’être humain qui sous-tend le capitalisme est non seulement « une aberration scientifique » mais encore une « vision pratique du monde humain comme jungle qui nous vaut tant d’ignominies ».
En effet, selon la pensée dite “libérale”, affirme Lucien Sève, l’être humain serait un « animal régi avant tout par son génome, individu égoïste qui calcule son intérêt, avec lequel n’est donc possible qu’une société de propriétaires privés, s’affrontant dans une “concurrence libre et non faussée” ».

« Sortez du capitalisme »

Et voici que cette semaine, le philosophe réunionnais Bernard Pitou faisait connaître à ses amis la parution du nouveau livre d’Hervé Kempf : “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme”. Pour ce journaliste au “Monde”, « un autre monde est possible, il est indispensable, il est à notre portée.
Selon lui, « le capitalisme, après un règne de deux cents ans, s’est métamorphosé en entrant dans une phase mortifère : il génère tout à la fois une crise économique majeure et une crise écologique d’ampleur historique. Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, en reconstruisant une société où l’économie n’est pas reine mais outil, où la coopération l’emporte sur la compétition, où le bien commun prévaut sur le profit ».
Selon Hervé Kempf, « depuis les années 1980, le capitalisme a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives. Pour en sortir, il faut prioritairement se défaire de ce conditionnement psychique ».
Il explique : « L’oligarchie cherche à détourner l’attention d’un public de plus en plus conscient du désastre imminent en lui faisant croire que la technologie pourrait surmonter l’obstacle. Cette illusion ne vise qu’à perpétuer le système de domination en vigueur. L’avenir n’est pas dans la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales. Ce qui fera pencher la balance, c’est la force et la vitesse avec lesquelles nous saurons retrouver l’exigence de la solidarité ».
L’éditeur note que l’ouvrage précédent d’Hervé Kempf, “Comment les riches détruisent la planète”, a rencontré un grand succès aussi bien en France et au Québec qu’à l’étranger, avec des traductions en anglais, espagnol, italien et grec. Dans ce nouvel essai, l’auteur montre qu’« en dépit des menaces, l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié ».

Roger Orlu