Un point de vue intéressant bien que centré surtout sur la "défense" de Lucien Sève:

 

Lorsque je dis que je respecte le travail de Badiou, comme celui de Lucien Sève,  sans arrêter, bien sûr, la liste à ces deux noms, cela ne veut pas dire que je cherche une synthèse impossible entre des univers reconnus comme étant antagonistes.

En revanche je veux montrer par là que je suis, avec d’autres, à la recherche d’une solution, une issue, une pratique, une action, appelez ça comme vous le voulez, pour faire sortir du trou « la vieille taupe » révolutionnaire que le 18 Brumaire de Marx reprend à  Shakespeare.

A la fin de  « l’hypothèse communiste », Badiou écrit : « Le paradoxe historique est que, en un certain sens, nous sommes plus proches de problèmes examinés dans la fin du XIXe siècle que de ceux que nous héritons du XXe siècle. Comme aux alentours de 1840, nous sommes confrontés à un capitalisme cynique… on insinue que les pauvres ont tord de l’être, que les africains sont arriérés…on trouve des zones très étendus de misère extrême à l’intérieur des pays riches… »

Alors que nous vivons dans ce monde, peut-on  se priver de penseurs qui cherchent des solutions ?

Badiou et Sève valident  l’un comme l’autre «  le communisme » comme légitime réponse.

Badiou comme hypothèse, comme idée à maintenir. Sève comme  réponse incontournable.

La différence n’est pas négligeable. Les deux courants de pensée se regardent pour l’instant en chiens de faïence. Sève ignore Badiou, Badiou ignore Sève.

Je pense que le dommage est considérable. La raison n’y trouve pas son compte.

Pourtant l’histoire est passée, le monde a changé, la chasse aux staliniens n’a pas plus de sens que la chasse aux maoïstes sauf pour ceux qui se sont mis honteusement au service du système, tels les Glucksmann et autre Fiterman. Ou ceux qui pratiquent le renoncement.

Mais pour les autres, ceux qui luttaient en 50, en 60, en 70, en 80, en 90, en 2000, et qui sont toujours là pour défendre leur idéal quel sens cela a-t-il de les montrer du doigt? Quel profit en tire-t-on pour la cause ?

Leur fidélité n’est-elle pas en soi  un gage rare quand tant d’autres abandonnent à la première difficulté, au premier échec, à la première erreur.

Quand les erreurs commises sont  reconnues. Je plaide ici pour Lucien Sève, doit on balayer cela d’un revers de main ?

On me dit non,  Lucien Sève est amnésique, c’est un Stalinien pur et dur. Ah !

Alors qui a écrit ceci, quand et où ?

«  il faut penser, non pas Marx, mais notre monde, il faut faire travailler Marx, retravailler l’œuvre à partir de nos questions présentes »

Pas assez convainquant, Vous en voulez plus ?

«  Passer du Marxisme de Lénine à celui de Staline, c’est dévaler la plus consternante des pentes »

Insuffisant ?

«  Comment imaginer que la pensée marxienne ne soit pas impliquée dans ces deux désastres :

-          L’avortement de ce qu’on appelait le socialisme à l’est

-          L’incapacité chronique (permanente) du mouvement communiste à l’ouest à engager la transformation révolutionnaire ne fût- ce que dans un seul pays ?

Le second désastre est plus central que le premier !

L’impuissance du mouvement communiste à faire la révolution dans les pays capitalistes avancés est la question des questions. La vrai crise est là : elle est moins dans ce qui c’est achevé à l’est que dans ce qui n’a jamais pu commencer à l’ouest ? »

[...]

Pour conclure je citerai une phrase de Marx que Lucien Sève aime à reprendre :

« L’humanité ne se propose jamais que des tâches qu’elle est en mesure de résoudre »

Ce à quoi Badiou donne écho à la fin de son livre sur «  l’hypothèse communiste » :

«  Nous pouvons ouvrir la troisième période d’existence de cette idée. Nous le pouvons, donc nous le devons. »

(sur http://www.mediapart.fr/)