Il est peut être un peu facile d'être iconoclaste ? Souvent, il nous suffit de ne pas comprendre pour condamner ou railler. J'ai eu un temps envie de parler d'Abram, ou Abraham, personnage biblique de la Genèse. J'aurai tout juste été capable de relever des incongruités, et il m'a semblé plus opportun d'écrire autre chose pour "Dialogues".
Je pense avoir une certaine foi, un peu hérétique dans la mesure où elle se démarque de certains canons religieux, mais je ne pense pas être seul ainsi.
Soit ! Des notions trés simples de mathématiques décèlent des failles dans notre intelligence. Réfléchissons au fini et à l'infini. L'origine à une extrémité, et la finalité de l'autre. Elles ne nous sont pas pensables. On ajoute un, on retranche un, l'infini devient fini et inversement. L'origine échappe, la finalité aussi. Nous ne pouvons concevoir et régir intellectuellement qu'un univers clos. Nous ne pouvons raisonner ou du moins aménager un espace mental que dans la mesure où il est circonscrit, ou fixe, ne serait-ce que provisoirement.
A la faveur de ceci, on peut concevoir, que si par exemple la perception d'un aveugle de naissance est sous-dimensionnée par rapport à celle d'un voyant, cette dernière est peut-être handicapée par rapport à celle d'une entité humanoïde, qui penserait simultanément le fini et l'infini. Il est assez tentant d'attribuer ce don à Dieu ou à certaines formes de vie plus élabirées que la nôtre.
Je pense qu'il doit exister dans d'autres domaines de la connaissance des impuissances à cerner, qui suggèrent peut-être des conceptions voisines ? La question est posée.

Pierre Alix, écrivain
Texte publié dans "Dialogues 60" (février 1995)