Pendant que la politique de régression sociale s’approfondit et qu’elle vise particulièrement le monde populaire et notamment les femmes (qu’on réfléchisse sérieusement aux mesures concernant les retraites, l’école, la santé, l’accès à l’IVG ou la précarité), certains médias (Figaro, TF1, presse nationale et régionale) et certains hommes et femmes politiques (Mélenchon, Morano, Fabius, Filipetti, Bertrand, Buffet, et j’en passe) n’ont rien trouvé de mieux que de stigmatiser le foulard d’une militante du NPA, candidate aux régionales dans le Vaucluse. Un des premiers à sonner l’hallali, le sénateur Mélenchon a a usé des adjectifs, racoleuse immature, régressive et patriarcale, pour qualifier la candidature d’Ilham Moussaïd.

Depuis quand Le Figaro serait-il un organe de presse féministe et laïque ? Et la droite et la gauche bien pensante incarneraient-elles des courants politiques féministe et laïque ? Questionnons ce pseudo-débat médiatique, son sens et son utilisation sur fond de création d’un ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale et de « débat » malsain  sur cette dernière.

Faudrait-il désormais écarter a priori la candidature d’une militante portant le foulard ? Ce ne serait plus une citoyenne avec les mêmes droits et soumise aux mêmes devoirs que tout le monde ? Un homme aurait-il suscité les mêmes réactions, y aurait-il eu un déferlement médiatique analogue ? Lorsque des candidats aux élections sont des hommes, on ne questionne pas leur identité religieuse, même si c’est un « Arabe-portant-une-barbe ».

Rien dans le discours public de la militante visée ne permet de considérer qu’il s’agit d’une candidature religieuse : les électrices et électeurs voteront pour le programme qu’elle porte (et non pas pour elle, nuance !).

La critique des religions ce n’est pas le tabassage des croyants. Surtout lorsque derrière la critique des religions, c’est une religion particulière et un groupe social dominé, méprisé, stigmatisé en permanence dans les médias, qui est visé. Marx que certains citent beaucoup à tort et à travers a aussi écrit : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. » Qu’on relise Marx sérieusement !

La laïcité ce n’est pas l’athéisme. Elle n’a rien à voir avec le fait de décider comment il faut s’habiller, elle n’a rien à voir avec le foulard. Mais quand la laïcité est réellement mise en cause comme en Alsace et en Moselle, c’est-à-dire quand les programmes scolaires, les personnels et les bâtiments publics ne sont pas laïques, personne de cette droite et de cette gauche bien-pensants ne bouge ? Qui a vu une campagne médiatique sur le thème du non respect de la laïcité dans ces trois départements ?

Le féminisme a aidé à voir l’oppression des femmes que personne ne voyait. Il ne l’a pas fait en acceptant les termes de débats médiatiques imposés. On nous affirme haut et fort que le foulard serait un « signe de soumission patriarcale ». Mais, le foulard n’a intrinsèquement rien à voir avec cela. Cette affirmation consiste à nier la diversité des raisons qui conduisent à cette pratique.

Les débats sur les exclusions de l’école ont permis la multiplication de travaux sur cette question qui montrent que cette pratique n’équivaut pas en tant que telle à l’oppression. On peut notamment lire Françoise Gaspard et Fahrad Khosrokhavar, Le foulard et la République, La Découverte, 1995 ; ou Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les filles voilées parlent, La fabrique, 2008.

La domination patriarcale s’inscrit avant tout dans les rapports hommes-femmes au quotidien. Une femme qui a librement décidé de porter le foulard et qui mène une existence autonome sera toujours plus libre que celle sans foulard qui, du foyer au bureau, sera cantonnée à des rôles mineurs, parce que femme.

Roland Pfefferkorn – La Marseillaise