Enquête sur les intellectuels contestataires: Dans la caverne d’Alain Badiou

 

Alors que l’idéal communiste semblait périmé, un philosophe qui s’en réclame trouve un écho remarquable, y compris à l’étranger. Or Alain Badiou, qui interroge les conditions de l’égalité véritable, affirme la nécessité d’une rupture radicale avec le consensus démocratique.


 

 

De Philosophie Magazine en « cafés philo », il y a déjà quelque temps que la philosophie sort de sa tour d’ivoire pour redonner sens à l’entreprise de vivre. D’abord requise dans le domaine rarement compromettant de la morale, elle l’est aujourd’hui aussi dans le champ politique. Signe des temps, des brèches cherchent à s’ouvrir dans l’impuissance mélancolique suscitée par le fameux duo loi du marché — fin des idéologies.

Rien d’étonnant donc au retour de la question de l’engagement, que corrobore le regain de curiosité pour Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. En revanche, au-delà de la séduction exercée par la vigueur pamphlétaire du bref De quoi Sarkozy est-il le nom ?. le retentissement des œuvres récentes d’Alain Badiou était peu prévisible : non parce que s’y exprime une critique du capitalisme — ce n’est plus une anomalie en nos temps perturbés —, mais parce que celle-ci est reliée à un éloge du communisme, « ce vieux mot magnifique », selon ses termes, que l’histoire semblait avoir rendu synonyme d’échec et de despotisme. Le rayonnement actuel de Badiou indiquerait donc que les invocations à la moralisation du système ne suffisent plus, mais que le combat contre la résignation se cherche des rêves et des armes. Reste à examiner ce qui fonde cette alternative radicale dont il est aujourd’hui, de pair avec son grand interlocuteur Slavoj Žižek, l’énonciateur reconnu.

Badiou n’entend pas définir un programme, mais user de la philosophie comme d’une « puissance de déstabilisation des opinions dominantes », et en imposer la « pertinence révolutionnaire » en démontrant tout d’abord le « lien interne entre le capitalisme déployé et la démocratie représentative ». Parce que cette dernière admet « des adversaires, mais pas d’ennemi », personne ne peut « y être porteur d’une autre vision des choses, d’une autre règle du jeu que celle qui domine » — c’est-à-dire le respect des libertés individuelles, dont celle d’entreprendre, d’être propriétaire, etc...


Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique de janvier 2011 actuellement en kiosques.

Evelyne Pieiller.

Le Monde Diplomatique