COLLÈS L. Islam-Occident: pour un dialogue interculturel à travers des littératures francophones, Bruxelles, Editions modulaires européennes, 290p. ISBN 978-2-87525-049-03        

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L’auteur, professeur de didactique du français langue étrangère et d’interculturel à l’université de Louvain, présente ici un ouvrage fortement structuré et remarquablement ouvert, destiné en priorité aux enseignants de secondaire. Partant de l’observation de classes belgo-maghrébines, le livre est divisé en trois parties qui proposent une pédagogie visant à « donner la possibilité à l’enfant ou à l’adolescent étranger d’être lui-même, de trouver son identité sans adéquation totale avec la culture standard française ni avec la culture d’origine de ses parents immigrés » (p.34). La première partie présente la démarche et pose les bases d’une approche interculturelle et anthropologique de la littérature. Ses six chapitres remettent en question les savoirs acquis et proposent des outils d’évaluation qui approchent l’altérité au travers d’un regard à la fois multiple et fragmentaire sur les modèles culturels examinés. La seconde partie, la plus conséquente, fournit aux enseignants des outils de travail. La dernière partie offre une brève introduction à l’Islam. L’ouvrage a puisé dans la littérature maghrébine d’expression française et note la centralité de l’interculturel dans ces textes sur/de l’immigration qui abordent encore d’autres thèmes comme l’identité, la religion et la condition de la femme. Aux quatorze textes maghrébins répondent cinq autres textes, d’auteurs belges et français, dont A. Camus, P. Daninos et G. Simenon, regards croisés invitant à une découverte du caractère métis de la culture française comprise comme « synthèse de l’Europe » (p.54). L’auteur prend en compte les différents paramètres des classes considérées, notamment les milieux socio-économiques représentés, et leur impact sur la dynamique des rapports entre élèves. Pour lui, la Belgique francophone et la France appartiennent à la même aire culturelle : il confronte donc les textes français et belges aux textes maghrébins, du point de vue des schémas temporels et spatiaux, pour y confirmer la présence de deux grands foyers de culture. Les élèves sont invités à suivre une démarche progressive allant du concret à l’abstrait et de l'observation/imprégnation à l’analyse.

 

L’essentiel réside dans la seconde partie, consacrée à l’étude des textes à partir d’une observation de l’espace privé (foyer) et public (hammam, mosquée) et de l’espace d’immigration (la ville), étude qui fait apparaitre un nouveau groupe, celui des Beurs, et leur propre réception des textes. La démarche est la même pour chaque texte : étude du contexte, présentation du texte et de son enjeu, et pistes pour son exploitation. L’étude de la perception du temps met en lumière les marqueurs religieux (islam, catholicisme) et profanes (travail, loisirs) et la façon dont religion et laïcité séparent aujourd’hui les deux cultures en contact. Les auteurs établissent également une différence de rythme entre la France et le Maghreb, liée à leur niveau de développement économique et à leurs valeurs. Si on peut ne pas adhérer à l’opinion selon laquelle le système culturel magrébin serait « plutôt orienté vers le passé » (p. 174), la fine analyse des textes ne peut que séduire. On notera par ailleurs, le pont établi entre la perception du temps dans les deux cultures et sa manifestation grammaticale dans l’usage comparé des temps en français et en arabe. La méthodologie adoptée et le choix des textes, sollicités pour faciliter à la fois l’acquisition de la langue et l’insertion des enfants de migrants, sont sous-tendus par une foi profonde dans les vertus du dialogue interculturel. L’expérience-pilote faite dans des classes culturellement mixtes semble positive. Il est à souhaiter que d’autres classes bénéficient de cette approche engageant le dialogue entre langue, littérature et culture.

 

F. Ugochukwu, Open University