Je suis en train de lire le dernier livre d'Alain badiou, une traduction-actualisation-interprétation de la République de Platon. " Convocation de Platon dans notre présent ...et non ... exposé systématique de la pensée de Platon …", comme le séminaire que le philosophe d'aujourd'hui a consacré à celui de l'Antiquité en 2007-2008 et que l'on peut lire en amuse-gueule.. Brulôt pour certain, trahison pour un autre, internet commence à tomber sur Badiou à arguments raccourcis; en tout cas c'est de justice et de communisme, donc de liberté, dont il est question. Passionnant, provocateur de débat, le livre réfléchi d'un penseur militant indépendant comme on les aime sur ce blogue.


La République de Platon d’Alain Badiou

Présentation de l’éditeur

« Cela a duré six ans.

Pourquoi ce travail presque maniaque à partir de Platon ? C’est que c’est de lui que nous avons prioritairement besoin aujourd’hui : il a donné l’envoi à la conviction que nous gouverner dans le monde suppose qu’un accès à l’absolu nous soit ouvert.

Je me suis donc tourné vers La République, œuvre centrale du Maître consacrée au problème de la justice, pour en faire briller la puissance contemporaine. Je suis parti du texte grec sur lequel je travaillais déjà avec ardeur il y a cinquante-quatre ans.

J’ai commencé par tenter de le comprendre, totalement, dans sa langue. Je me suis acharné, je n’ai rien laissé passer ; c’était un face-à-face entre letexte et moi. Ensuite, j’ai écrit ce que délivrait en moi de pensées et de phrases la compréhension acquise du morceau de texte grec dont j’estimais être venu à bout.

Peu à peu, des procédures plus générales sont apparues : complète liberté des références ; modernisation scientifique ; modernisation des images ; survol de l’Histoire ; tenue constante d’un vrai dialogue, fortement théâtralisé. Évidemment, ma propre pensée et plus généralement le contexte philosophique contemporain se sont infiltrés dans le traitement du texte de Platon, et sans doute d’autant plus quand je n’en étais pas conscient.

Le résultat, bien qu’il ne soit jamais un oubli du texte original, pas même de ses détails, n’est cependant presque jamais une “traduction” au sens usuel. Platon est omniprésent, sans que peut-être une seule de ses phrases soit exactement restituée. J’espère être ainsi parvenu à combiner la proximité constante avec le texte original et un éloignement radical, mais auquel le texte, tel qu’il peut fonctionner aujourd’hui, confère généreusement sa légitimité.

C’est cela, après tout, l’éternité d’un texte. »