Le  quotidien d'un étranger est  fait de mépris, de rejet, et d'ostracisme. A profusion, et à tout bout de champ. Et parfois, oh  miracle ! Accueil et empathie !

En Occident, un étranger  originaire du tiers-monde, n'est pas un être humain à part entière. Plutôt une bête, une curiosité exposée dans un zoo à ciel ouvert, dont on soupèse chacun des actes et des gestes : un sous-homme ! Une créature bizarre ! Est-il comme nous ?  Jusqu'à quel point ? En somme, il fait peur, tant les stéréotypes sont forts.

Vite ! Il faut se protéger ! Voleur, menteur, barbare, il peut tout faire ! Les regards glissent sur lui comme sur une surface lisse. Il ne faut surtout pas donner prise, prendre le maximum de distance.

Si l'on est sensible à l'indigence, il faut à tout prix se cadenasser. Eviter que le petit confort que l'on s'est construit ou le petit train train quotidien ne vienne à se fissurer. Pourquoi s'ajouter des soucis, il y en a déjà assez! Pourquoi s'encombrer d'une miséré !

Pour l'éloigner et se donner bonne conscience, on lui rappelle qu'il n'est pas à la hauteur. Qu'il est un être inférieur. Et s'ensuit la dérision, souvent  comme moyen d'agression,  car  ici on  est policé. La civilisation, c'est ça aussi ! Sciemment, avec le sourire de la politesse ou la fausse joie de l'exubérance, on le fait tourner en rond : les mauvaises adresses, les liens bidons...

Pour qu'il comprenne qu'il n'a rien à attendre, on  l'envoi d'un service à un autre, sachant qu'il n'a rien à y voir. On lui exige l'impossible, à en perdre la souffle et le sens.  «  N'en remettez pas une couche ! », se permet-on de lui dire au service social. En clair, un sous-développé est un filou, un arnaqueur indécrottable !

Quand il cherche une adresse, mal lui en prend s'il demande de l'aide , car alors, soit on ne lui répond  même pas,  soit  il entend un : «Désolé, connais pas » s'il n'est pas envoyé  à droite et à gauche, en pure perte. Et ce la plupart du temps. Il tourne donc en rond avant de trouver quoi que ce soit,  pour finalement se replier sur soi.

 Dire qu'il lui a fallu prendre son courage à deux mains, c'est ne rien dire...Un citoyen « du monde libre » ne peut pas  s'imaginer la  torture du  métèque, la détresse des  peuples du Sud.  Après tout, et en toute bonne foi, les « arriérés » sont trop bornés, trop insensibles, pour accéder au savoir-vivre.

Oui, la vogue des étrangers est passée. Les temps sont à l'entre-soi, et au nettoyage , dit-on. La crise a bon dos. Et chacun y met son grain de sel. Sa part de fiel.

C'est tout sauf agréable de porter les marques de ses  origines quand elles sont si peu recommandables. A l'exception des grandes villes à forte concentration d'émigrés ou des  agglomérations fortement colorées, les étrangers vivent mal leur différence et souvent dans l'insécurité. 

Si les derniers arrivants sont toujours les moins aimés, il se trouve qu'à ce tournant de l'histoire,  ce sont les arabes et les musulmans qui sont les nouveaux venus.  Stigmatisés dans la culture ambiante, ils sont les bêtes noires dans leurs milieux de vie, les souffre-douleurs des temps modernes.

Parce qu'ils vivent  dans la précarité, car ils ne sont pas suffisamment intégrés ou s'y refusent par repli identitaire. Et que certains sont acculés à survivre  de rapine,  les arabes, notamment les maghrébins  justifient tous les abus. Et les stigmates.

 Les bouleversements qui ont accru la malvie et accentué la répression dans  leurs pays les ont faits partir. Cela n'en fait pas pour autant des candidats éligibles à l'immigration. Les demandeurs d'asile sont déboutés. Quant au retour, ils en sont exclus. Les régularisations sont rares. D’où l'impasse.

Ils sont des milliers à vivre dans la marge. Il n'est pas facile dans ces conditions de ne pas déraper, tant la lutte est âpre, le désespoir immense. Chacun s'en tire comme il peut, et doit s'estimer heureux s'il ne tombe trop bas et ne se perde pas en cours de route. 

Avec la crise, le malaise  s'épaissit et le  mur de la séparation s'allonge. Deux communautés aux abois qui se regardent en chien de faïence. Si la prise en charge et l'encadrement continuent à manquer, l'agressivité peut dégénérer en affrontements  incontrôlables. La situation est explosive, il n'est pas  compliqué de s'en rendre compte.

  Les  frontières existent c'est une évidence, il n'empêche qu'il est urgent de trouver  une  solution  avant que le feu ne prenne. Car s'il  est insupportable, et ils sont nombreux à y croire, qu'un étranger ravisse à un national sa chance de bonne vie  sur sa propre terre, il n'y a pas pire pour un homme que d’être humilié, réduit à néant et acculé des années durant à  une vie de  paria !

Djouher Khater