L’ÉGLISE TELLE QU’IL LA VOIT ET TELLE QU’IL LA SOUHAITE

 

Oscar Fortin, citoyen du Québec et du monde.

 

Aussi curieux que cela puisse paraitre, c’est ce qui vient de se passer avec la récente intervention du cardinal Jaime Ortega, à son retour de Rome à la Havane. Lors de son homélie du dimanche des Rameaux, il révéla, avec le consentement de son auteur, les paroles du cardinal Jorge Mario Bergolio adressées aux membres de la congrégation des cardinaux réunis dans le cadre de leur préparation au Conclave.

 

Il raconte qu’ayant été impressionné par l’intervention du cardinal Bergoglio, il alla le voir après sa conférence pour lui demander s’il pouvait avoir une copie du texte de cette dernière. C’était impossible qu’il le fasse étant donné qu’il avait improvisé du début à la fin. Toutefois, le lendemain matin, le cardinal Ortega fut heureusement surpris de recevoir des mains du cardinal Bergoglio un texte manuscrit résumant en quatre points son intervention. C’est de ce texte dont il va parler.

 

«Permettez-moi de vous révéler la presque totalité du contenu de cette pensée du pape François sur la mission de l’Église.

 

Le premier de ces points porte sur l’évangélisation et exprime la nécessité pour l’Église de sortir d’elle-même et d’aller aux périphéries, non seulement géographiques, mais aussi existentielles, manifestées, entre autres, dans le mystère du péché, de la douleur, de l’injustice et de l’ignorance.

Le point deux signale une critique à une Église “autoréférentielle”, qui se regarde elle-même dans une sorte de “narcissisme théologique”, la séparant du monde tout en prétendant détenir Jésus-Christ à l’intérieur d’elle-même, sans toutefois l’en laisser sortir.

 

 

 

Nous aurons tous compris que l’Église mondaine est celle qui s’identifie à cette institution ecclésiale, édifiée à l’image des empires. Elle s’est construite à travers les siècles en consolidant son pouvoir et sa manière d’être sur des doctrines faites sur mesure pour la justifier et sur des cultes qui en font des dieux et des demi-dieux aux pouvoirs spirituels et matériels infinis. Une Église, en somme, où les apôtres et disciples de Jésus sont devenus des acteurs aux fonctions hiérarchiques autoritaires, dogmatiques et aux us et coutumes à l’opposé des consignes données par Jésus à ses disciples.

 

Nous aurons également compris que l’Église évangélisatrice est celle qui est déjà à la périphérie de ce qui se vit dans le monde, surtout des pauvres, des laissés pour compte, des rejetés des sociétés bien nanties. Nous aurons reconnu l’Église des pauvres, des malades, des victimes de l’injustice, du mensonge, de l’hypocrisie, de la corruption et de la cupidité. Nous y aurons également reconnu les signes avant-coureurs, présents dans Vatican II, dans l’encyclique de Jean XXIII, Paix sur Terre, dont le cinquantième anniversaire de sa publication sera signalé le 11 avril prochain, dans les documents de la conférence épiscopale latino-américaine (CELAM) à Medellín, en 1968. Ce sont là des signes qui ont alimenté la réflexion sur la théologie de libération et le développement des communautés de base en Amérique latine, véritables obsessions pour Washington et pour les papes qui en furent ses alliés.

 

Ce rapprochement de l’Église de la périphérie des pauvres, des problèmes qui en font d’éternels pauvres, n’était pas de nature à rassurer les dirigeants de la Maison-Blanche. Déjà en 1968, Rockefeller, dans son rapport à Nixon sur l’Amérique latine, relevait l’émergence de ce nouveau courant de pensée et d’action de l’Église populaire. Reagan a eu en Jean-Paul II et Benoit XVI des alliés convaincants pour combattre cette tendance, tout particulièrement en Amérique latine.

 

Qu’en serait-il maintenant avec ce François, s’il décidait d’aller au-delà d’une simple proximité avec les pauvres et de devenir un allié des pauvres, avec les pauvres pour un autre monde porteur d’un avenir de justice et de paix?

 

Dans les semaines et les mois qui viennent, nous verrons bien les pas que fera notre François. Si la Curie romaine, l’Opus Dei, les chevaliers de Malte se mettent à crier au scandale et à la perte du sens du sacré, ce sera un bon indice qu’il aura pris la bonne voie. Plus encore, si Washington manifeste de la nervosité et de l’inquiétude, alors là, il faudra dire que François a pris Jésus de Nazareth pour seul guide et que sa vie est désormais placée entre ses mains. Ni Washington, ni l’OTAN, ni la mascarade des Nations Unies n’auront raison de lui. Ils pourront le tuer, mais ils ne pourront pas en changer la direction.

 

Oscar Fortin

Québec, le 3 avril, 2013

 

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