Marguerite De Riemaecker-Legot, première femme ministre belge (ministre de la famille et du logement de 1965 à 1968)

À l’oral, la Ministre, la Présidente, l’informaticienne, la camionneuse et la footballeuse sont fréquents. Mais qu’en est-il à l’écrit, en particulier dans la formule d’appel d’une lettre à une femme titrée ? Synthèse sur la question.

Vous souvenez-vous que l’on appelait parfois Yvonne de Gaulle[1] la Générale ? À cette époque, en effet, l’ambassadrice et la colonelle désignaient respectivement la femme d’un ambassadeur ou d’un colonel, au même titre que la pharmacienne s’appliquait à l’épouse du pharmacien.

 

Lorsque, à partir des années septante , des femmes ont obtenu pour la première fois des postes jusque-là occupés par des hommes, elles ont tenu à ce qu’on leur donne leur titre au masculin. Elles se sentaient ainsi les égales des hommes et sans doute souhaitaient-elles clairement se distinguer des « épouses de ». Par exemple, lors d’un récent reportage télévisé sur la loi Veil (loi de dépénalisation de l’avortement, en 1975), Simone Veil était désignée comme le Ministre de la Santé.

 

Il a fallu attendre la génération suivante, soit celle des femmes qui n’étaient pas encore dans la vie active à l’époque de « la Générale », pour que les femmes titrées soient appelées la Ministre, la Présidente et l’Ambassadrice. Ainsi, pour la génération des Laurette Onkelinx, Joëlle Milquet, Isabelle Durant et Fadila Laanan (politiciennes belges), l’utilisation du titre au féminin a toujours été une évidence.

 

Mais quelle est la règle, me demande-t-on souvent ?

 

L’Académie française publia en 1984 une déclaration qui désapprouve la féminisation des noms de titre et de profession.

 

Les pouvoirs publics francophones, quant à eux, souhaitent promouvoir l'emploi du féminin dans la langue française pour favoriser l'égalité des sexes. Le Québec a légiféré en 1979, la France et certains cantons suisses en 1986 et la Communauté française de Belgique en 1993 : le décret du 21 juin 1993 recommande donc d’utiliser le féminin pour les noms de titres et de professions, dans les textes officiels et les documents administratifs.

 

La langue française étant faite des usages pratiqués par les francophones, il appartient à chacun, et en particulier à chaque femme, de choisir si elle souhaite se faire appeler le consultant ou la consultante, le docteur ou la docteur(e), l’échevin ou l’échevine. Si vous optez pour le féminin, le guide Mettre au féminin, publié en 1994 par le Service de la langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles, vous aidera à trouver la forme féminine proposée par les linguistes pour tous les noms de métier, de fonction, de grade et de titre. 

 

Que faire, concrètement, lorsque vous rédigez un courrier à une femme titrée ? Renseignez-vous sur l’appellation qu’elle préfère pour la désigner dans sa fonction.

Et pour vous-même, Mesdames, choisissez si vous préférez signer Madame le Directeur ou Madame la Directrice.

 

En ce qui me concerne, je choisis fermement la féminisation. Parce que je pense que les mots que nous utilisons pour nommer les gens et les choses influencent la manière dont nous percevons ces réalités et font ainsi évoluer les mentalités.

 

Je signe donc :

Anne Vervier, formatrice en rédaction professionnelle et auteure de l’ouvrage Rédaction claire, 40 bonnes pratiques pour rendre vos écrits professionnels clairs et conviviaux (EdiPro, 2012).