« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ?
— Le matin vient. »
Vieil arbre de ma vie,
tronc balafré par la morsure des haches,
noirci de foudre,
feuilles édentées de grêle,
jeunesse en vain fusillée,
et tant de fruits murs jetés à la décharge.
Tour ce passé que je n’échangerais contre aucun autre.
Dans la nuit indifférente,
sarcasme des mesquins,
ricanements des loups.
A contre-nuit
j’ai refusé les routes de la plaine,
à contre-nuit
la transparence des destins.
Et l’arbre n’est pas mort :
une branche fleurit,
rien qu’une branche,
narguant les fossoyeurs.
Fierté d’avoir vécu sur la plus haute terre,
à hauteur de rêve.
En mon ciel natal,
je vais vers ma naissance.
Je ne renaîtrai pas dans le même univers.
Car la voix qui chantait, seule sur la colline,
Éveille des rumeurs dans l’ombre des ravins.
Racines fourmillant
aux souterraines des hémisphères.
Témoin de l’existence des ailleurs,
de l’homme en majesté,
de sa part du divin.
Ma tâche d’écrivain s’achève
avec la joie
d’avoir vécu, mille ans, à contre-nuit,
à l’écoute
du Dieu qui prie en nous
et crie.