Dans la tradition chrétienne, le carême rappelle ce temps de la traversée du désert du peuple hébreux de même que celui des quarante jours que passa Jésus au désert après son baptême. Dans le premier cas, la marche conduisait à une « terre promise ». Dans le second cas, elle conduisait aux trois grandes tentations qui guettent l’humanité dans sa marche vers cette terre promise : l’avoir comme idole, le paraître comme force de dissimulation et de tromperie, le pouvoir comme puissance de domination absolue. Selon cette symbolique, il ne saurait y avoir de terre promise sans se soustraire à la prédominance de ces trois forces destructrices d’humanité. Ce fut là le défi que releva Jésus de Nazareth en disant un non sans équivoque à chacune de ces trois tentations et en payant de sa vie ce choix essentiel pour ouvrir la voie conduisant à cette terre promise.
En tant que croyant, mais aussi et, surtout, en tant qu’humain, je vis cette traversé du désert en regardant le monde dans lequel je suis. Les pays les plus développés, en termes de richesse et de puissance militaire, s’unissent dans une coalition pour lutter contre de nombreux peuples pour se les asservir et leur en prendre les richesses. Ils disent que c’est pour sauver des vies civiles, faire respecter les droits de la personne, rétablir la démocratie, etc. Pourtant, bien des vies civiles sont menacées en Palestine, au Yémen, en Bahreïn ainsi que dans de nombreuses régions du monde et là pas de coalition pour aller protéger ces vies humaines. Par contre, ils s’en prennent bien souvent à des démocraties bien vivantes alors qu’ils s’accommodent facilement avec les dictateurs et les régimes autoritaires qui les servent bien.
Il y a quelques années, le réseau français de Radio-Canada a présenté deux reportages sur les effets collatéraux, en Irak, des bombardements porteurs d’uranium enrichi. Nous pouvions y voir des images d’enfants nés complètement déformés, des visages avec seulement un œil, des corps avec deux têtes, etc. Pourtant, cette guerre, annoncée à grand renfort par les médias occidentaux, se voulait une lutte contre des armes de destruction massive qu’on jurait être en la possession de Saddam Hussein. L’histoire nous a révélé qu’il n'en était rien et, qui plus est, que le mensonge avait été monté de toute pièce. Que n’a-t-on pas dit au sujet de Saddam Hussein! Suffisamment pour que les gens ordinaires qui s’alimentent aux médias dominants aient le goût de le tuer pour libérer son peuple d’un tel monstre. Qui, en effet, peut demeurer insensible à ces images où coule le sang et où les mères pleurent leurs enfants? Pourtant que de fois ces nouvelles aux images sensationnelles ont été montées de toutes pièces pour créer ces émotions et se gagner ainsi l’appui de ces bonnes gens! Les cas de la Libye, de Syrie et maintenant de l’Ukraine et du Venezuela en sont remplis de ces mensonges médiatiques.
Dans cette marche du désert, je découvre que ces trois tentations, plus haut mentionnées, trouvent preneurs et pas à peu près. D’abord, la conquête des richesses, de toutes les richesses que les peuples peuvent avoir dans leur sous-sol où sur leurs terres, aiguise l'appétit des puissants. Ce sera le pétrole pour les uns, les mines pour les autres, le contrôle de l’eau pour les uns et les autres. L’avoir, devenu « intérêt national », justifiera la corruption, la violence, la tricherie, les tortures sous toutes les formes.
De même, sous le manteau du bien paraître humain, du protecteur de la veuve, de l’orphelin, du défenseur des vies civiles, comme ils disent, ce sont des guerres de conquêtes, de domination qui révèlent l’hypocrisie à son meilleur. Autant le message, préparé par les spécialistes de la désinformation, alimente la haine dans l’esprit et le cœur du bon peuple contre des adversaires, devenus, sous leur plume, de véritables monstres à faire disparaître de la surface de la Terre, autant ce même message en arrive à transformer tout à la fois les initiatives guerrières en de véritables croisades au service de l’humanité et les assassins de ces adversaires en d’authentiques missionnaires.
Tout cela n'est possible qu’en contrôlant toutes les forces politiques, économiques, médiatiques et religieuses pour devenir l’ « empire du monde ». C’est bien là la troisième grande tentation qui guette l’avenir de l’humanité : la domination totale des peuples et des nations par des minorités bien nanties et bien protégées.
Prisonniers d’autant de mensonges et de secrets, vous, moi et tous les autres de bonne volonté devenons des complices de tous ces crimes, de toutes ces tromperies, de toutes ces conquêtes brimant les droits les plus fondamentaux des peuples. Il y a évidemment des brèches qui commencent à ébranler la fumisterie de ces conquérants, passés maîtres dans l’art de la manipulation et de la tricherie.
Julian Assange, avec WikiLeaks,  Edward Snowden, avec ses révélations sur ces pratiques secrètes violant la vie privée des personnes, en sont un bon exemple et ce n’est pas pour rien que ceux et celles qui sont visés cherchent par tous les moyens à les faire taire et à discréditer leurs actions. S’ajoutent également à cette offensive contre la désinformation tous ces sites internet qui se donnent pour mission de décoder la désinformation qui est transmise par ces maîtres chanteurs pour en donner une version plus près de la réalité et par le fait même de la vérité.
Ce vaste mouvement de l’information alternative fait mal aux journalistes complices et aux médias subordonnés « aux intérêts » de l’empire. Selon certaines sources, des journalistes, écœurés des orientations qui leur sont imposées par des patrons, serviles aux orientations éditoriales des propriétaires qui les obligent à déformer la vérité, se seraient transformés en collaborateurs et collaboratrices anonymes pour collaborer avec ce réseau de l’information alternative.
Cette situation a donné lieu à l’émergence d’une information alternative, portée par des professionnels de l’information, mais aussi par de nombreuses personnes soucieuses de vérité, dont l’objectif est de contrer
cette désinformation systématique, utilisée dès qu’il s’agit de justifier une guerre brimant le droit international et les droits de la personne. En somme, ce que Greenpeace est pour l’environnement, l’information alternative l’est pour le droit à la vérité. Dans chaque pays, dans chaque langue, il y a de ces sites internet dont la réputation n’est plus à faire. Dans le secteur francophone, je considère, entre autres, le site Voltaire, celui de Michel Colomb, celui du Grand soir, Mondialisation comme des sites de références incontournables.
Ces réseaux d’information alternative trouvent d’autant plus leur sens que l’Organisation des Nations Unies a décrété, en décembre 2010, que le 24 mars serait consacré Journée internationale pour le droit à la vérité. L’inspiration première de cette initiative vient du témoignage de cet évêque du Salvador, assassiné le 24 mars 1980, pour avoir persisté, contre vent et marée, à dénoncer les crimes commis par ces gouvernements hypocrites, imposant leurs lois par la force des armes, tuant, torturant, emprisonnant à volonté d’innocentes victimes.
Un réveil de conscience qui devient de plus en plus contagieux à tous les milieux, dissipant la fumée des mensonges comme le fait le soleil levant avec la brume du matin, minant ainsi l’action trompeuse de ces pouvoirs de conquêtes et de domination. Serait-ce là la véritable voie conduisant à la terre promise : des gens dont la conscience n’a d’autres prix que celui de la vérité, de la transparence et de l’honnêteté?
En tant que croyant, je me permets de rappeler aux dirigeants des diverses églises qui se réclament de Jésus de Nazareth que les temps sont venus pour eux de briser les liens de complicité et de complaisance avec cet empire qui depuis Constantin se nourrit de l’Avoir, du Pouvoir et du Paraître pour s’asservir les peuples de la Terre. Le pape François avance sur cette voie, mais, dans les circonstances actuelles, le geste à poser ne peut qu’être que radical et sans retour. Il n’y a plus de place pour la demi-mesure. Ce fut le geste posé par Jésus de Nazareth face à cet empereur suprême, symbolisé par le « Tentateur ». Ce geste s’appelle  conversion, au sens que lui a donné l’apôtre Paul sur le chemin de Damas. Le pape François, se référant à ce personnage des tentations qu’il nomme Satan, disait tout récemment ceci :
« Satán es "un seductor" que no se puede "dialogar" con él. »
Québec, le 14 mars 2014