On peut tirer de ce beau film mille commentaires, un peu grinçants pour les uns (« l’exception qui confirme la règle »), un peu béats pour les autres (« la belle école française qui intègre »). On peut regarder aussi séquence par séquence et, dans un premier temps, retenir :

le moment où l’enseignante écoute les parents : émotion, complexité des situations et difficultés. Quand la langue fait barrage, les regards et les mimiques viennent à la rescousse, mais l’important c’est la parole des parents ; l’enseignante intervient aussi, mais jamais pour juger ; le travail sur la langue au début : toutes les langues sont mises à égalité, c’est tellement curieux et intéressant cette variété humaine. Et ça facilite visiblement l’apprentissage de la langue locale ; la discussion sur la religion : la pluralité des croyances les neutralise, d’où la question explosive d’une élève qui clôt le débat… pour en faire certainement démarrer un autre dans les têtes. Là, on est vraiment dans l’émancipation ; la manière dont l’accusation de racisme de la part d’une élève est ménagée (« gérée » et « enrobée pour traitement ») par la prof’. Jolie leçon de « comment faire avec le ressenti discriminatoire ». la façon dont les questions des élèves sont le socle du travail, au point qu’ « on devrait appeler la Terre : question », selon le mot d’une élève.

On ne peut pas s’empêcher de penser que ce film est aussi une excellente réponse implicite tant aux réacs de l’enseignement (l’enseignement efficace se fait avec les élèves et à partir de leurs questions) qu’aux xénophobes de tous bords.

Quant à ce billet, il ne s’adresse pas seulement à ceux qui ont vu le documentaire … mais aussi à ceux qui ne l’ont pas encore vu, en espérant que cette évocation ne soit pas trop mystérieuse, mais peut-être incitative…

J.-P. F.

Extrait de "Questions de classe(s), mars 2014