Rappel géographique sur l'Irak

 

A l'occasion des élections dans ce pays, voici une carte aussi sérieuse que possible (The Economist du 22 mars 2014) de la composition ethnique ou religieuse du pays. Elle est un peu plus détaillée que les cartes habituelles.

 

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Les pointillés internes n'ont pas grande signification. Ce qui compte, ce sont les frontières entre les 3 zones : chiite, sunnite et kurde. Mais comme vous le voyez il y a des zones mixtes, qui sont d'ailleurs sanglantes comme Fallujah, Bagdad, Mossoul et Kirkouk (ces 2 dernières villes étant de plus dans des zones pétrolières).

 

À la frontière nord-ouest, la zone sunnite se continue en Syrie, d'où le mouvement djihadiste de « l'émirat islamique d'Irak et du Levant » qui vient d’exécuter de nombreux prisonniers des autres mouvements. La zone kurde déborde elle aussi sur la Syrie où s'est créée une région autonome (voir la carte que je vous ai donnée récemment), pour l'instant neutre entre le régime de Damas et la rébellion. La zone de peuplement kurde déborde également sur la Turquie, où se trouve le gros de la population kurde qui y est « moyennement » réprimée, et à l'est sur l'Iran, où elle l'est brutalement.

 

Le Sénégal devrait envoyer des enseignants de français en Thaïlande

 

L'ambassade du royaume à Dakar cherche une dizaine professeur de français pour son enseignement secondaire. C'est une bonne nouvelle pour le Sénégal, c'est une nouvelle plus nuancée pour la francophonie puisque cela traduit le désintérêt des Thaïs pour cette carrière. À tort, selon leur ambassadeur qui rappelle qu'il y a 550 000 francophones en Thaïlande et 4 universités francophones bilingues affiliées à l'AUF (dont je croise des enseignants dans des colloques).

 

La Thaïlande veut accentuer ses échanges commerciaux avec le Sénégal et l'Afrique en général et cherche des financements du Nord pour des coopérations Sud – Sud. Elle espère que ce sera débattu à l'OIF.

 

Algérie : l'opposition tente de se coordonner

 

Ali Benflis, ancien dirigeant du FLN, est le candidat le plus connu, et celui qui a eu le plus de voix, loin derrière le président sortant bien sûr. Il tente maintenant de rassembler pour diriger l'opposition. Mais une partie des Algériens le considère comme un homme du système, et estime que le nombre de voix est une décision purement administrative.

 

Une « coordination » plus large allant des démocrates aux islamistes tente de se mettre en place, sur la base de la revendication d'un État de droit. Soufiane Djilali, président du  parti Jil Jadid et un  temps candidat à la présidence, nous déclare :

 

Je m'étais retiré de la candidature en disant: "nous sommes sortis du processus électoral pour entrer dans un processus de coup de force". Nous y sommes en plein.
J'avais également avancé: "l'après élection sera dominé par une dynamique de désordre. Le "chef" malade et absent mais ayant d'immenses prérogatives constitutionnelles sera peu présent et ouvrira de l'espace à son entourage qui se disloquera peu à peu
(et le régime entrera) dans la phase finale de sa décomposition. (A moins que n’apparaisse) une recomposition du pouvoir excluant le "système Bouteflika" et intégrant dans le jeu politique une partie de l'opposition.

 

(Je cherche donc) à travailler avec l'ensemble de l'opposition pour préparer une conférence nationale qui doit se tenir d'ici l'été, et signer un document consensuel. (…). Pour le moment, cela fonctionne, puisque des partis islamistes et d'autres laïcs et démocrates, arrivent à former une coordination qui travaille en ce sens. Il ne s'agit pas d'alliance électorale mais de s'entendre sur des règles du jeu politique !

 

Par ailleurs des expressions du mécontentement envers le déroulement des élections sont violemment réprimées. Les manifestations en souvenir du printemps berbère également.

 

La situation se complique au Mali

 

Le gouvernement malien, soutenu par la majorité de la population, n'a pas envie de reconnaître l'autonomie des Berbères du nord, et proclame qu'il y aura au maximum une décentralisation. On retombe donc sur la situation antérieure : les Berbères ne sont majoritaires que dans quelques endroits du nord, et y cohabitent avec les Subsahariens et des tribus sahariennes arabes, donc toute solution « démocratique », c'est-à-dire basée sur le nombre, ne peut qu'aller à l'inverse de leurs aspirations.

 

Or une partie du succès de l'opération militaire française vient de ce que la France a réussi à dissocier le principal mouvement berbère des islamistes. Vous vous souvenez que ces derniers étaient d'abord venus appuyer les Berbères et ont ensuite occupé leur terrain. Si la majorité malienne rejette de nouveau les Berbères, tout peut recommencer. Mais cette majorité garde un souvenir historique négatif des « esclavagistes » tant Arabes que Berbères, souvenir encore aggravé par les exactions qui ont eu lieu contre elle avant l'arrivée des Français. Et donc elle s'étonne que les Français qui les ont délivrés soient si soucieux des droits de « leurs ennemis ».

 

Pour tout compliquer, le mouvement berbère aurait éclaté et serait en rivalité avec tribus arabes. Et les troupes françaises, qui ont commencé à partir, ne sont pas assez nombreuses pour empêcher la reprise des trafics de migrants clandestins, de drogue, d'armes et parfois d'otages, qui bénéficient de soutiens hauts placés au Mali et dans tous les pays voisins. Or ces trafics, qui sont la plupart du temps à destination de l'Europe, étaient une des causes de l'intervention française, après bien sûr le souci d'empêcher les islamistes de prendre le contrôle du Mali, et l’appel au secours de ce pays.

 

Pendant ce temps-là, la Tunisie mijote

 

Le repas des prochaines élections se prépare, on s'agite dans la cuisine et on ne connaît pas encore le menu (la loi électorale et les alliances, les deux étant théoriquement liés). Les amis ne savent pas trop ce qui ce qui se passe dans cette cuisine, tout en espérant que le calme (relatif) soit un point positif, puisque le chef et les marmitons n'ont pas l'air de se disputer trop fort.

 

Comme il est assez naturel, il semble que l'on se dirige vers un système électoral favorisant les grands partis (comme en France). Par ailleurs le tourisme semble reprendre. Enfin,  le poids des pétrodollars du Golfe (financements et surtout prestige : « nous sommes musulmans, riches et développés ») augmente la prégnance de la religion.  Cela comme dans l'ensemble du Maghreb, en France, et ailleurs...