Au Mali comme en Ukraine ?

 

Nous avons souvent parlé de l'incompréhension du président malien envers les Touaregs. Ou, ce qui revient au même, au fait qu'élu au suffrage universel il suit l'immense majorité de ses électeurs pour qui Arabes, Touaregs et islamistes ne sont que des ennemis mis dans le même sac et descendant des esclavagistes de jadis.

 

La France est mieux consciente du problème touareg et a probablement promis d'intervenir en leur faveur à Bamako, moyennant quoi ils ont coopéré avec l'armée française contre les islamistes.

 

Mais maintenant que le gouvernement de Bamako « réoccupe » la zone touarègue, le conflit recommence avec des dizaines de morts le 18 mai, dont 6 préfets et sous-préfets. La France est prise entre son souhait d'une solution équitable (mais laquelle ?) et le respect de la souveraineté du Mali. Ce dernier oublie ses faiblesses et commence à accuser la France d'aider « des séparatistes ». Pour compliquer, on signale un retour des attentats islamistes visant tout le monde : les « traîtres » touaregs, la Minusma et l'armée malienne.

 

Pourquoi « comme en Ukraine ? ». Voir mon article datant du 2 mars, avant que la Russie ne prenne la Crimée ( http://lecercle.lesechos.fr/node/92435/ ), où je disais que les questions de minorités étaient à traiter à froid et éventuellement avec des référendums sous contrôle international pour qu'aucune partie ne perde la face. Bien entendu ce n'est pas ce qui s'est passé, la Russie ayant profité des erreurs « centralisatrices » de Kiev, assez analogues à celles de Bamako.

 

Mais la France n'est pas la Russie, l'Algérie non plus (quoique l'on parle de complicités locales, et que ce pays préfère voir les djihadistes au Mali plutôt chez lui). Alors un pays plus éloigné ? La nébuleuse Al Qaïda ?

 

L'Indonésie en morceaux

 

Ce pays était déjà difficile à diriger du fait de son éclatement en un grand nombre d'îles, juridiquement matérialisé par un fédéralisme favorisant la corruption (souvent en faveur d'intérêts chinois) des notables locaux élus ou militaires, d’où la déforestation massive et, ce qui va de pair, la répression des ethnies minoritaires.

 

Les législatives viennent compliquer la situation, les 4 partis les plus importants n'ayant chacun que 9 à 19 % des voix et les islamistes étant divisés en partis encore plus petits. Or le parlement de ce pays, outre son rôle normal, doit choisir les candidats à la présidentielle, chacun d'eux devant représenter 20 % des sièges.

 

Le favori, Joko Widodo, est suffisamment populaire pour être choisi par plusieurs partis, mais, que ce soit lui ou un autre qui soit élu, la composition d'un gouvernement s'annonce longue et compliquée.

 

Les présidentielles afghanes

 

Les résultats officiels ont conclu à un deuxième tour qui aura lieu le 28 mai. Tout le monde a été frappé par la détermination de la population, et notamment des femmes, à aller voter malgré les menaces des talibans de multiplier les attentats suicides au milieu des récalcitrants. Remarquons que les talibans sont parmi les derniers à s'opposer au principe de la démocratie élective, les autres partis islamistes s'y étant ralliés, sincèrement ou non, sous la pression des populations.

 

C'est l'occasion pour The Economist de rappeler les bonnes nouvelles : l'exigence de démocratie par la base, malgré la corruption et les fraudes au sommet, la scolarisation générale notamment des filles (toujours malgré les menaces des talibans), des progrès sanitaires, la multiplication des journaux et des chaînes de télévision et de radio. Et celle des téléphones portables comme dans tous les pays pauvres, où c'est un immense progrès et non un luxe, puisqu'il n'y a pas d'infrastructures pour le fixe ou Internet.

 

Par ailleurs, les Américains auraient involontairement "donné 10 milliards de dollars aux talibans" (la formule est de The Economist) : cette somme a servi à remplacer (provisoirement ?) la culture du pavot des zones pacifiées, réduisant l'offre, et faisant monter le prix de celui cultivé en zone talibane, pour le plus grand bénéfice de ces derniers. Et à mon avis cela explique aussi diffusion de cette culture ailleurs, notamment en Birmanie.

 

Les législatives irakiennes

 

Là aussi, la population a voté malgré les menaces des groupes affiliés à Al Qaïda. Les premiers résultats semblent indiquer une stabilité, avec une majorité très relative pour le premier ministre sortant, Ali Al Maliki. Vous vous souvenez que ce chef d'une fraction des chiites et donc proche de l'Iran, est mal vu par les sunnites qui s’allient ponctuellement contre lui aux djihadistes par ailleurs à l'œuvre en Syrie (de « internationaux », dont des Français, à ne pas confondre avec les rebelles). Vous vous souvenez également que cette même majorité relative avait mené après les législatives précédentes à de longs mois de discussions pour rassembler une majorité absolue et composer un gouvernement.

 

Tout cela laisse présager les mêmes difficultés que ces dernières années, avec des tueries en zone sunnite et des représailles en zone chiite (et réciproquement). Les Kurdes ont réussi à rester à part, mais ce n'est pas forcément durable : ils pourraient rallumer le feu en demandant une partie de la zone pétrolière qui était kurde avant l'épuration ethnique menée par Saddam Hussein, et qu'ils essaient de repeupler, probablement avec une certaine rudesse envers les « colons » arabes.

 

La Côte d'Ivoire ressuscite

 

Historiquement et très sommairement, la Côte d'Ivoire était chrétienne, scolarisée et francophone au sud et peuplée d’animistes de langues locales au centre et au nord. Sa longue prospérité à l'époque coloniale puis sous la direction d'Houphouët-Boigny a suscité une immigration venue du nord, donc en grande partie musulmane.

 

En simplifiant toujours beaucoup, disons que Laurent Bagbo a déclenché la guerre civile et sa prise de pouvoir en attisant une réaction du Sud contre le nord en insistant sur « l'ivoirité ».  Le camp opposé s'est rassemblé (péniblement) derrière Hassan Ouattara, financier international compétent et ayant une certaine légitimité (je ne me lance pas dans cette discussion), mais musulman. L'armée française légitimée par l'ONU lui a permis de prendre le pouvoir.

 

10 ans de guerre civile ont ruiné le pays et entraîné le départ des Français qui étaient restés nombreux, notamment comme patrons de PME, donc en contact direct avec la population et fournisseurs d'emploi. C'est le Ghana anglophone, maintenant bien géré depuis une génération, qui est devenu le phare de la région.

 

 

 

Les témoignages récents font état d'un redressement impressionnant d'Abidjan, avec le retour d'organisations internationales et d'une partie des Français.