La mort de Ben Bella
Vive l’autogestion !
S’il n’a pas de réels regrets quant à son action durant la guerre de libération, pense-t-il avoir pris la bonne voie en tant que président avec le choix du « socialisme arabe » ? « C’était un socialisme fondé sur l’autogestion », tient-il à préciser tout de suite, manifestement peu disposé à se livrer à une autocritique : « Et c’était ce qu’il fallait faire. » Il reste convaincu d’ailleurs que l’autogestion, qui n’est plus guère à la mode, est le meilleur système, car elle permet de ne pas imposer les décisions, « de discuter à la base, de permettre aux gens d’être engagés dans ce qu’ils font. […] Des gens qui décident à la place des autres, je suis contre, totalement ».
Il n’est donc guère étonnant qu’il se déclare ennemi des idées libérales en vogue depuis la fin du XXe siècle. Et qu’il soit très critique vis-à-vis des États-Unis. Il reconnaît, certes, leur puissance sans égale – « actuellement, Dieu, c’est le président américain » –, mais ajoute que ce sont « des tueurs ». Il ne leur pardonne surtout pas – et il insistera sur ce point en y revenant plusieurs fois – leur passé d’exterminateurs de « la race rouge ». Même si les Espagnols ont peut-être été encore plus expéditifs pour éliminer les Amérindiens, des peuples pour lesquels il avoue avoir toujours éprouvé une passion. Les Américains d’aujourd’hui devraient-ils signifier une repentance à ce sujet ? Lui qui ne se dit pas favorable à une telle déclaration de la part de la France à propos de la guerre d’Algérie le souhaiterait manifestement dans ce cas, pour réparer « une faute historique ». Mieux, dit-il en riant, « la terre appartient aux Indiens et il faudrait que les États-Unis déménagent, mais ça va être difficile ».
L'Afrique contrôlera-t-elle un jour l'Europe ? Point de vue
Voici comment l'Afrique va bientôt contrôler l'Europe
par Jean-Paul Pougala
Le Germano-américain Henry Kissinger, conseiller à la Défense Nationale du président américain Richard Nixon de 1969 à 1975 et Secrétaire d'Etat de 1973 à 1977 avait déclaré : « qui a le contrôle sur le pétrole contrôle l'économie. Qui a le contrôle sur les céréales contrôle le monde ! »
Par un concours de plusieurs circonstances favorables, l'Afrique est en passe de contrôler toute l'Union Européenne, grâce à ses terres arables, grâce à son agriculture, grâce à sa nourriture. C'est pour empêcher ce scénario catastrophique que l'Europe a tout fait pour freiner l'accès du continent africain à la culture du céréale en l'occupant avec des cultures inutiles et néfastes comme le cacao, le café et le coton. Lorsque cela ne suffisait pas, c'est la Politique Agricole Commune, la PAC qui est venue faire le reste avec le dumping agricole, en finançant à outrance les exportations de certains produits vers l'Afrique pour tuer son agriculture et son élevage. Mais la crise économique profonde de l'Europe, couplée avec l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération d'Africains plus instruits et plus courageux sont en train de changer la donne. Et l'Afrique est en passe de contrôler l'Europe dans les prochains 20 ans. Pour le comprendre, examinons le Pourquoi et le Comment de cette révolution.
POURQUOI ?
1- SURPEUPLEMENT DE L'EUROPE
Lorsqu'on pose la question : quel est le pays le plus densément peuplé au monde, la réponse donnée est habituellement : la Chine. C'est pourtant faux. La Chine a la même densité de population du Nigéria, 134 habitants au km². C'est l'Europe qui concentre les pays les plus peuplés au monde. L'Italie par exemple a 199 habitants au km², la Belgique 385 habitants au km² et le Pays-Bas, 400 habitants au km². C'est pourtant en Europe qu'on constate la plus grande perte de terres labourables, alors que c'est elle qui a plus de bouches à nourrir sur un espace des plus exigus au monde. Pire, avec une densité de 1.217 habitants par Km² de terres labourables selon l'OCSE (Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe), la Belgique compte un taux d'urbanisation de 92,7% soit uniquement 7,3% de zone rurale. Comme le font remarquer Cazaux, Carels et Van Gijseghem dans un rapport publié en 2007, même ces 7,3% sont menacés par une forte pression immobilière avec pour conséquence la disparition programmée non seulement de la production agricole mais aussi des habitats de la faune et de la flore sauvage.
2- DIMINUTION DES ESPACES AGRICOLES EN EUROPE
Selon le magazine économique français La Tribune, dans son édition du 21/12/2011, la première puissance agricole de l'Union européenne, la France perd chaque seconde 26 m² de terrain agricole, grignoté par l'urbanisation, c'est-à-dire que la France perd 82.000 hectares de terres agricoles chaque année. Diego Furia, Directeur pour la région du Piémont du Syndicat italien des agriculteurs COLDIRETTI déclare le 25/07/2011 que la ville de Turin, qui avait une certaine autosuffisance alimentaire, avait perdu en 15 ans 7.000 hectares de terres cultivables au profit de la spéculation immobilière. Pour les mêmes raisons, 100 hectares de terres agricoles disparaissent chaque jour en Italie. Le déficit agricole européen est donc très préoccupant: pour atteindre son autosuffisance alimentaire en 2011, il manque à l'Europe 35 millions d'hectares de terres agricoles. Selon Robert Levesque, directeur du Terres d'Europe-Scafr, le centre d'études de la fédération des Safer (Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural), avec une augmentation des pertes de 9 millions d'hectares en 10 ans, une véritable catastrophe alimentaire se profile pour l'Europe dans les années à venir puisqu'il dit qu' « en Europe, l'homme s'est historiquement installé sur des terres fertiles et les villes actuelles ont grossi autour de ces premières implantations ». En 1960, l'urbanisation en France a entraîné la perte de 40.000 hectares de ces terres fertiles par an. En 2011, ce chiffre a doublé, ce qui signifie que ce sont les terres les plus fertiles qui sont envahies par le ciment, comme l'a justement fait remarquer Levesque. Il s'agit d'un véritable gâchis pour des populations qui consomment le plus de produits alimentaires au monde, et en Afrique, des petits malins l'ont compris. On assiste à une accélération de ce processus à hauteur de 26 m² par seconde de disparition des terres agricoles, et ils se frottent les mains pour palier à ces insuffisances alimentaires de l'Europe. Au Cameroun par exemple, les autorités se précipitent pour assembler non pas les deux-roues ou les voitures, mais les tracteurs. Sur tout le continent africain, c'est la course à l'apprentissage de la productivité et de la compétitivité. Chacun veut son morceau du gâteau Europe, tels des charognards en attente de leur festin agonisant. Les moins avertis n'y ont vu que du feu en construisant leur nouvelle campagne sur une hypothétique course à l'accaparement des terres en Afrique, mais la vérité est toute autre: en accueillant à bras ouverts les investisseurs étrangers sur leurs terres, les Africains veulent en fait importer les techniques agricoles modernes que 200 ans de culture de café, de cacao et de coton n'ont jamais nécessitées.
3- SPECULATIONS BOURSIÈRES DES PRODUITS AGRICOLES
S'il y a un évènement qui a fait beaucoup de bruit pendant les révoltes de 2008 à 2011 un peu partout dans le monde, c'est l'augmentation des prix des denrées alimentaires dues à la spéculation boursière. En d'autres termes, les traders qui avant spéculaient sur le pétrole, le gaz ou les minerais ont soudainement décidé de spéculer sur des produits alimentaires. Ce qu'on a sous-estimé, c'est l'avantage que l'agriculture africaine allait tirer de ces spéculations. En effet, plus les prix des céréales augmentent et plus l'aubaine pour l'Afrique est grande, qui par sa position géographique, son climat favorable, sa forte pluviométrie et son ensoleillement continu sur les 12 mois de l'année, peut très facilement obtenir 3 bonnes récoltes contre une seule dans les pays européens. C'est ainsi que la dépendance alimentaire européenne vis-à-vis de l'Afrique est incontournable et les déficits risquent de se calculer en plusieurs centaines de milliards de dollars par an d'ici 10 à 15 ans.
COMMENT ?
4- RECUPERATION DES TERRES AGRICOLES AFRICAINES ACCAPAREES PAR LES EUROPEENS DEPUIS 1884
Selon une étude rendue publique le 22 avril 2011 par Shouwang Maitian du Centre d'Information de Chine de Pékin, il existait en Afrique 270 millions d'hectares de terres cultivées, soit 2,17 fois la quantité de terres cultivées en Chine. Le problème est que sur cette quantité, 230 millions d'hectares abritent des cultures inutiles, nuisibles à l'économie du continent, comme les cultures de cacao, café, coton et bananes. En fait, la quasi totalité des terres agricoles africaines sont accaparées de facto depuis la période de l'occupation européenne en 1884 aussi bien directement qu'indirectement, sans que cela permette à un seul pays africain de s'en sortir. Si elle veut profiter de l'aubaine européenne, l'Afrique doit éradiquer toutes les cultures dites coloniales, pour passer à celle qu'elle aura choisie elle-même, sans l'ombre de pseudo experts occidentaux. En utilisant moins de la moitié des terres africaines, la Chine arrive à nourrir convenablement 1,3 milliards d'habitants et de fournir l'Europe en divers produits alimentaires comme le soja, la tomate etc. même si dans des pays comme l'Italie, c'est encore un sujet tabou de reconnaître que la tomate qui fait la fierté nationale vient désormais de la Chine. L’Afrique a besoin de détruire tous les champs de café et cacao (qui ont la fâcheuse caractéristique de ne rien laisser pousser en dessous) pour mener sa propre révolution agricole en cultivant ce qu’elle peut contrôler et ce qui peut lui donner une récolte tous les 3 mois et non 12 comme pour ce même café.
REACTIONS DU MALADE PRESUME
Devant cette mort annoncée de l'agriculture européenne et la conséquente dépendance à l'Afrique, on peut malheureusement constater que l'Europe n'a pris aucune disposition pour cette transition obligée. Au contraire elle insiste dans une politique déraisonnée d'utiliser son armada d'ONGs qu'elle finance pour détourner l'attention des Africains des vraies priorités qui l'attendent :
5- LA FAUSSE GUERRE DE L'ECOLOGIE SUR LA FORET AFRICAINE
La forêt équatoriale africaine est un handicap au développement économique des pays qui ont cédé aux sirènes malveillantes de l'impérialisme version écologique. Il existe des ONG qui font de cette question une sorte de religion et réussissent à détourner l'attention des vrais problèmes africains pour les concentrer sur un faux problème de préservation de la forêt équatoriale. La Conversion des terres agricoles de l’Åboland en est un exemple: il y a un pays européen qui vit de sa forêt, c'est la Finlande. L'Union Européenne lui conseille-t-elle de préserver sa forêt pour qu'elle devienne une réserve d'oxygène pour toute l'Europe, comme ses lieutenants écolos le font en Afrique ? Bien sûr que non. Il est surprenant de constater que c'est même le contraire qui est conseillé. L'UE finance la Finlande afin qu'elle détruise sa forêt et transforme ces espaces dans la région de l'Aboland en zone agricole, et ce même si le rude climat nordique ne permet pas une agriculture florissante comme en Afrique. L'UE a raison, il suffit d'observer en Afrique la pauvreté des populations des zones forestières, milieu doublement hostile à l'homme que le désert. En voici les raisons :
A- La forêt est incompatible avec l'agriculture . "Par nature, l’agriculture empêche les arbres de gagner du terrain (la disparition de l’agriculture entraîne généralement un accru forestier). Dans les pays nordiques, le problème est la forêt, c'est la perte d’espaces non boisés" récite à la page 58 le rapport de l'OCDE 2009 de 82 pages intitulé : "La conversion des terres agricoles" pour justifier le financement par l'Union Européenne pour détruire la forêt zfin de passer à l'agriculture à Aboland, dans le sud de la Finlande.
B- La forêt est incompatible avec le tourisme: "L e tourisme augmente la valeur des terres et renforce la concurrence foncière. Il a pour avantages de multiplier les sources de revenus non agricoles, en particulier avec l’agrotourisme, et d’accroître la demande de produits alimentaires locaux" C'est ce que dit le même rapport en citant la publication "Andersson, Eklund et Lehtola, 2006". La forêt est vécue comme un handicap au tourisme, générateur de nombreux emplois : " Les espaces agricoles offrent des vues dégagées, ce qui renforce l’attrait touristique de la région, [...] l’agriculture peut contribuer à préserver le marché du travail local " conclut le rapport.
En d'autres termes, ceux qui multiplient les séminaires et colloques pour inciter la préservation de la forêt équatoriale africaine savent qu'ils sont en train d'empêcher des pays entiers de sortir de la pauvreté, en utilisant les moyens naturels à leur disposition. Pire, ils vont même jusqu'à financer leurs lieutenants pour qu'ils viennent raconter aux africains à quel point ils adorent les gorilles qu'il faut à tout prix sauver, avec un cynisme des plus incroyables comme à signifier qu'ils acceptent une Afrique avec ses animaux et sans ses habitants, sans les Africains.
C- Les idées reçues des écolos mal informés sur la forêt tropicale. Un des mensonges savamment véhiculés par les lieutenants du non-développement de l'Afrique, pour convaincre les Africains à ne pas développer ces zones aujourd'hui occupées par la forêt est de dire que l'Afrique est l'un des poumons du globe fournissant l'Oxygène même à l'Europe. Ceux qui font ce genre d'affirmations pèchent par ignorance ou par mauvaise foi, parce que les arbres centenaires de ces forêts ne peuvent pas produire plus d'oxygène que les jeunes arbres, parce que sur le plan scientifique, il a été prouvé qu'un arbre centenaire, comme tout vieillard, produit moins d'oxygène qu'il n'en consomme. De plus, un arbre centenaire fait un grand ombrage autour de lui, empêchant la croissance et toute autre plante en dessous de lui, ce qui veut dire qu'il est deux fois nuisible.
D- Les bois précieux africains, simples niches pour les bourgeois européens. Les Africains peuvent crever de faim et les humanistes Européens du dimanche continueront à leur répéter qu'il vaut mieux ne pas toucher à la forêt, aussi parce que les bois précieux qui sortent des forêts africaines sont destinées à une niche de bourgeois Européens qui sont les seuls à se permettre un piano, une porte ou un mobilier fait d'ébène ou d'aloa qui a 300 ans d'âge. Or, l'Afrique n'a pas pour vocation de se mettre au service des caprices d'une poignée de riches européens.
QUE DOIT FAIRE L'AFRIQUE ?
Qui contrôle la nourriture, contrôle le monde. Si la nouvelle génération d'Africains qui prendra le pouvoir dans les prochains 10 à 20 ans est suffisamment avertie et bien imprégnée des notions de géostratégie africaine, ils miseront au contrôle alimentaire de l'Europe, une proie au final bien trop facile, puisque ce sont ses propres pratiques de l'appât du gain facile et l'égoïsme démesuré de ses populations, qui sont ses propres ennemis et qui la fragilisent dans ce domaine très stratégique. Mais pour y arriver, il est urgent de continuer avec les politiques très sélectives et de limitation de l'accès des terres aux étrangers, en privilégiant les coopérations d'Etat à Etat et non d'Etat à privés. Et dans tous les cas, aucune terre ne peut être vendue, mais juste louée même à vil prix pour des périodes ne pouvant dépasser 20-30 ans, le temps nécessaire pour que les populations africaines apprennent à se défaire des pratiques séculaires des plants inutiles de cacao et café, pour passer à la modernité des céréales. et commencer le mimétisme de copier les techniques agricoles venues d'ailleurs. Unepriorité sera accordée aux collèges et lycées agricoles.
Les produits résultants des plantations louées aux étrangers ne doivent en aucun cas finir sur le marché local. Le marché national doit être réservé aux nationaux. La population africaine ne doit être nourrie que par les africains eux-mêmes comme espace d'opportunité et d'entrainement réel pour développer leur créativité vers cette mission de la conquête du grand marché de l'Europe.
6- CONCLUSION
Le contrôle de l'Afrique par l'Europe était d'abord mental. Le contrôle de l'Europe par l'Afrique qui a démarré avec l'huile de palme (voir chapitre précédent) sera tout aussi effectif en gagnant la bataille sur le plan mental des Africains pour comprendre que la richesse et la pauvreté sont des notions purement fictives et psychologiques.
Tout ceci n'atteindra pas l'objectif final escompté si l'Afrique ne finalise pas au plus vite sa fédération par la création des Etats-Unis d'Afrique, fédération qui nous permettra d'optimiser nos moyens de production et de mieux cordonner nos stratégies d'encerclement alimentaires de l'Europe avec une plus grande diversités de l'offre. Il n'y a pas que l'Afrique qui s'intéresse à ce marché. En Russie on mise tous les espoirs sur le réchauffement climatique qui fera augmenter la température de 1 ou 2 degrés, ce qui transformera la Sibérie en véritable grenier de l'Europe, mettant à mal l'offre d'une Afrique divisée et sans coordination. Le chemin est long et tout aussi difficile, mais si l'Afrique sera unie et parlera d'une seule voix, aucun concurrent ne pourra la battre à la loyale puisqu'elle a de son coté : le climat, la pluviométrie, l'humidité et l'acidité des sols (Ph), garantissant 3 récoltes par an pour les principaux céréales, légumes et fruits.
Jean-Paul POUGALA est Camerounais et Directeur de l'Institut d'Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse
Source : Le site de l'auteur
http://www.pougala.org/index.html
Sur les "révoltes arabes"
Le 5 novembre, les organisateurs du séminaire " Marx au XXIème siècle, l’esprit et la lettre ", ont invité Mikaïl Barah, directeur de recherche sur l’Afrique du nord et le Moyen-Orient à la Fondation pour les Relations Internationales et le Dialogue Extérieur. Il a livré ses réflexions sur " les révolutions arabes " et la " reconstruction " du Moyen-Orient, sujet brûlant d’actualité dans ce contexte électoral en Tunisie, et au vue de la prolongation des manifestations sur la place Tahrir, malgré les concessions faites hier, mercredi 23 novembre, par l’armée.
En introduction, c’est à une déconstruction des concepts médiatiques tels que " révolutions arabes " ou " printemps arabes " que Mikaïl Barah nous invite. Si, indéniablement, nous sommes face à une rupture, un tournant dans les évolutions que cette région a jusqu’à présent connues, il faut préférer au terme de révolution, celui de " révolte effective ". En effet, l’avenir restant incertain, il est encore trop tôt pour parler de révolution, concept impliquant une réforme pleine et entière, tant du régime que de la structure étatique et des pratiques politiques. Si un processus de transition peut s’observer, marqué par la destitution des gouvernants autoritaires, la Tunisie, la Lybie et l’Egypte, pays les plus avancés dans ces transformations, ne sont pas encore passés d’une configuration à une autre, et les attentes de démocratisation n’ont pas toutes été comblées.
D’autre part, Mikaïl Barah refuse le qualificatif " arabe " au vu de la diversité des événements et des spécificités propres à chaque pays, d’ailleurs revendiquées comme telles par les manifestants. Il rappelle ainsi à juste titre que, bien que des répercussions soient visibles dans un nombre important de pays, on est bien loin du scénario de tsunami régional qui bouleverserait toutes les situations en place.
Il substitue ainsi au terme trop général de " printemps arabe ", une typologie permettant de conceptualiser les différences entre les différents pays.
En bas de l’échelle se trouvent les pays aux transitions dites " relatives " dans la mesure où elles seront le fait des gouvernants. Relève notamment de ce groupe le Maroc, à la suite de la déclaration du roi Mohammed VI en faveur d’un changement constitutionnel. Si ces évolutions restent relatives, elles viennent rappeler que pour la première fois, les gouvernants du Moyen-Orient craignent pour leur pouvoir et ne se sentent plus protégés par leurs forces armées ou par les alliances qu’ils ont nouées avec des acteurs forts des relations internationales.
Viennent ensuite les pays engagés dans des " transitions de l’incertitude ", notamment la Syrie et le Yémen, pays pour lesquels les chances de réussir la transition s’amenuisent à mesure que le temps passe. A contre-courant des analyses présentes dans la presse, Mikaïl Barah rappelle qu’une partie importante de la population syrienne reste fidèle au gouvernement de Bachar Al-Assad . Si une volonté de changement existe, les syriens ne sont pas prêts à entamer une réforme trop hâtive ou qui servirait le jeu des occidentaux. La prise de position américaine en faveur des manifestants a ainsi largement décrédibilisé ces mouvements.
Formant un groupe à elle seule, celui des pays aux " transitions engagées mais difficiles " vient ensuite l’Egypte. Si le gouvernement de Moubarak est tombé, les frustrations de la population, notamment vis-à-vis de l’importance immuable du rôle de l’armée dans la vie politique, continuent de s’exprimer.
Enfin, la Tunisie et la Lybie relèvent du " scénario de la rupture ", même s’il est encore trop tôt pour présager de quoi la nouvelle donne sera faite.
Emergence de la francophonie au Congo-Kinshasa (1945-1970), par Luc Collès
Résumé
Depuis l’époque coloniale jusqu’à la décennie 1970, le français a été, au Congo-Kinshasa, la langue dont la maîtrise assurait l’ascension sociale. Mais il n’a jamais atteint le statut de langue vernaculaire parmi le peuple. Le français reste la langue de l’élite scolarisée qui représente 10% de la population nationale.
C’est surtout par sa littérature que la République démocratique du Congo appartient à la francophonie. En particulier, les œuvres de Senghor et Césaire influenceront les écrivains congolais. L’Union Africaine des Arts et des Lettres, par exemple, entretenait dès 1946 des liens avec le mouvement de la Négritude. Après l’indépendance, plusieurs écrivains ont aussi avoué leur dette envers ce mouvement. Mais la littérature du Congo-Kinshasa a aussi son originalité et ses spécificités que nous serons amenés à préciser.
The French-speaking world in Congo-Kinshasa : ordinary and literacy practices (1945-1970)
Since colonial epoch until decade 1970, French was, in Congo-Kinshasa, language workmanship of witch assured social oscent. But it has never attained the status of vernacular language among the people. French remains the language of the sent to school elite which represents 10% of the national population.
It is especialy by its literature that the democratic Republic of Congo belongs to the French-speaking world. Particularly, the writings of Senghor and Césaire will influence the Congolese writers. The African Union of Arts and Letters, for instance, maintained from 1946 of links with the movement of Negritude. After independence, several writers also confessed their debt towards this movement. But the literature of Congo-Kinshasa also has its originality ans its peculiarities which we shall be led to specify.
La République démocratique du Congo (RDC) – devenue le Zaïre entre 1970 et 1997 et appelée aussi le Congo-Kinshasa pour le différencier du Congo-Brazzaville (ou République du Congo) - compte actuellement 4 millions de francophones (sur 42 millions d’habitants), soit à peine 10% de la population. Pendant trois quarts de siècle, jusqu’en 1960, ce pays, comme le Rwanda et le Burundi, a vécu sous influence belge. C’est la Belgique qui y a introduit le français.
Histoire du français
Depuis 1877, la langue française a été de facto la langue officielle, administrative et judiciaire du Congo. Cependant, lorsque l’Etat Indépendant du Congo devint en 1907 une colonie belge, le problème linguistique commença à se poser. Des débats houleux opposèrent, au sein du Parlement belge, les partisans de la langue française et ceux qui voulaient garantir les droits des Flamands en exigeant que soit proclamée une égalité linguistique dans la Colonie entre les deux langues nationales (Band 1956 : 424-450). Mais, bien qu’il fût décidé que tous les décrets seraient alors rédigés en français et en néerlandais, il s’est installé une situation de fait faisant du français la seule langue officielle du Congo. Si cette exclusion (de facto mais non de iure) du néerlandais tant de la vie officielle que de l’enseignement a pu être tolérée, c’est que pratiquement tous les Belges flamands d’un niveau social plus ou moins élevé connaissaient fort bien le français.
Selon Max Pierre (1997 : 318- 321), on peut distinguer dans l’histoire du français au Congo-Kinshasa cinq périodes bien définies. Ces périodes sont celles qui scandent l’évolution de l’enseignement. C’est par l’apprentissage scolaire principalement que le français est acquis par la plupart de ses locuteurs congolais. Cependant, l’apprentissage du français s’est réalisé aussi par les contacts sociaux noués entre Européens et Africains, notamment dans les rapports professionnels (ouvriers, domestiques) et dans les aspects plus personnels de la vie commune : activités culturelles, œuvres sociales. Mais ce niveau d’apprentissage ne débouchait que sur un français limité.
La première période, qui va des débuts de la colonisation à 1948, est caractérisée par un mouvement d’alternance entre la thèse des européanistes et celle des indigénistes (Faïk 1988 : 12-16). D’une part, les européanistes sont partisans de l’imposition du français comme langue de communication, ce qui simplifie les choses dans un pays qui compte plus de deux cents langues. D’autre part, les indigénistes sont partisans des langues africaines, pour diverses raisons : les Flamands, pour ne pas favoriser uniquement le français ; d’autres pour assurer le sauvetage des valeurs authentiquement congolaises ; d’autres enfin dissimulaient mal leur désir de maintenir la population autochtone dans un état d’infériorité politique.
Les missionnaires, convaincus qu’une langue étrangère ne pouvait être le véhicule d’une évangélisation efficace, se sont les premiers intéressés aux parlers autochtones. Or, si l’on sait que presque tout le système scolaire était entre leurs mains, on comprendra que bien vite ils s’orienteront vers un enseignement en langues locales. La situation au Congo-Kinshasa était donc fort différente de celle des colonies françaises qui avaient opté pour l’assimilation. Sous le régime colonial français, en effet, l’enseignement était obligatoirement dispensé en français, dans toutes les matières et à tous les niveaux (Champion 1974 : 260).
Mais la multiplicité des langues constituant un handicap sérieux, on songea à s’orienter vers une des quatre langues à vocation nationale : le kikongo, le lingala, le cilubà et le swahili. Un arrêté royal du 10 juillet 1922 officialise ce principe de l’enseignement en langues autochtones. Une enquête (De Jonghe 1933 : 516-517) révèle que, vers cette date, dans les petits séminaires, la langue indigène est utilisée comme véhicule de l’enseignement pendant les trois premières années du secondaire et n’est remplacée par le français qu’à partir de la quatrième. Par après s’opéra une certaine marche arrière et l’on finit par adopter une sorte de compromis entre « l’européanisme » des premiers temps et « l’indigénisme » qui suivit. Le programme de 1948 peut se rattacher à cette solution du juste milieu (Faïk 1988 : 15-16).
Les deux premières années de l’enseignement primaire se font en langue locale. Durant les trois années suivantes, l’enseignement se donne toujours en langues locales, mais l’enseignement du français y est introduit. Au cours d’une sixième année (facultative) préparatoire à la section moyenne, l’enseignement du français s’intensifie. Le programme de 1948 impose le français comme langue d’enseignement et comme première langue étudiée (sept à dix heures par semaine) dans l’enseignement secondaire, tout en maintenant l’étude d’une langue culturelle congolaise de grande expansion.
Durant la deuxième période, entre 1948 et 1960 (Pierre 1997 : 320), on assiste à une accélération de la politique européaniste et une intensification de l’usage du français. Les écoles moyennes passent de quatre à six ans et inscrivent à leur programme l’étude de la littérature française. Plusieurs périodiques rédigés en français s’adressent au public africain : La Croix du Congo, La Voix du Congolais, Actualités africaines à Kinshasa. C’est en 1955 que le ministre des colonies, Auguste Buisseret, introduit l’école laïque au Congo. Sa particularité est que l’enseignement y est entièrement dispensé en français alors que, dans l’enseignement confessionnel, seul existant au Congo de l’époque et monopole des missions catholiques et protestantes, l’enseignement primaire et normal est, comme nous l’avons vu, largement dispensé en langues vernaculaires. L’école nouvelle remporta un vif succès du fait, sans doute, que c’était la première fois que l’alternative laïque était offerte aux Africains. C’est aussi à cette époque qu’est créée l’Université Lovanium à l’initiative de l’Université de Louvain (Belgique) et à l’opposé des colonies voisines qui envoyaient les Africains poursuivre leurs études dans les universités européennes.
La troisième période commence en 1960, avec l’indépendance du pays. La bourgeoisie intellectuelle – enseignants et anciens séminaristes – accède au pouvoir et fait du français la langue officielle du pays. Dès 1962, une ordonnance présidentielle écarte les langues congolaises de l’école. Le français devient l’unique langue de l’enseignement du secteur primaire. Les nouveaux dirigeants politiques voulaient en effet conjurer le tribalisme et le pluralisme linguistique en favorisant l’emploi d’une « langue unificatrice ». De plus, la forte centralisation administrative rendait nécessaire le recours à une langue considérée comme « neutre » parce que « non congolaise ». Enfin, la valorisation sociale du français, jadis refusée aux « indigènes », exerça une profonde attraction chez les Congolais francophiles qui désiraient s’approprier cette langue prestigieuse et génératrice de développement économique.
Mais plusieurs coups d’arrêt sont donnés à cette euphorie francophone (Pierre 1997 : 321). En 1963-1964, la révolution paysanne de Mulele dans le Kwilu s’oppose à tout ce qui est étranger et bourgeois, et donc francophone ou francophile. En 1967, le congrès de Luluabourg remet en cause le français dans l’enseignement fondamental et prône un retour aux langues africaines. Les élites veulent affirmer la vitalité des cultures négro-africaines, mais, d’après Charles Tschimanga (2001 : 288), l’affirmation de ces valeurs ne pouvait suffire pour faire contrepoids à un système mondial dominé par les valeurs de l’Occident.
Cependant, à partir de l’instauration de la dictature mobutienne vers 1970, la connaissance et la pratique du français n’ont plus été des critères suffisants pour accéder au travail et aux postes de responsabilité. D’autres facteurs sont intervenus : militantisme politique, appartenance ethnique, pratique de la langue du chef et, dès lors, l’image du français liée à la promotion sociale et à la prospérité économique a changé. La quatrième période coïncide avec la politique « d’authenticité », lancée par le Président Mobutu pour galvaniser le nationalisme des Congolais : la République démocratique du Congo devient le Zaïre en 1970, les prénoms étrangers, donc français pour la plupart, sont remplacés par des noms africains : diplômes, intitulés de compte en banque, enseignes de magasin vont changer. Bref, la prise du pouvoir politique par Mobutu s’est traduite également par une prise du pouvoir linguistique.
Cette idéologie du recours à l’authenticité entraîna apparemment la valorisation des langues nationales et remit en question le monopole du français. Le domaine de l’enseignement fut partiellement touché. Après avoir été exclues depuis 1962, les quatre langues nationales furent réintégrées officiellement dans l’enseignement primaire, mais elles restèrent confinées aux deux premières années du primaire. Pour que le recours à l’authenticité devienne un nouvel ordre linguistique, il aurait fallu qu’il dépasse les formes superficielles et limitées des termes africanisés et qu’il consacrât les langues nationales comme des facteurs de développement social et économique.
Par ailleurs, c’est suite à la visite du président Giscard d’Estaing, en 1976, que sera décidée la construction de la « Voix du Zaïre », puissant émetteur de radio-télévision, financé par la France, et instrument non équivoque de la volonté de garder le pays dans le giron de la francophonie. Malgré la zaïrisation linguistique, le français revint en force et fut enseigné à l’oral à raison d’une demi-heure par jour dans les deux premières années du primaire et fut introduit progressivement à l’écrit en troisième année pour devenir l’unique langue d’enseignement en cinquième année. Au secondaire, les langues nationales n’ont jamais été enseignées.
La cinquième période commence en 1985 et marque le déclin de l’authenticité. Nous l’évoquons rapidement car elle sort du cadre chronologique de notre propos. Durant un colloque consacré au thème « Linguistique et Société », juristes, politiciens, généraux plaident pour les langues nationales. Mais, un mois après, une circulaire du Ministère de l’Education enjoint de renforcer le français : cette circulaire fut comprise par les inspecteurs comme entraînant la suppression des langues africaines dont l’enseignement avait été péniblement mis en place.
Le français est devenu l’unique langue du parlement et du gouvernement, mais aussi celle de l’Administration, de l’école, de la grande presse, etc., au détriment des langues nationales. C’est ce qui fait dire à Mwatha Musanji Ngalasso (1986 : 6-27), un linguiste d’origine congolaise, que, de ce point de vue-là, la francophonie au Congo, dans ce qu’elle a aujourd’hui de plus conquérant, est bien une invention post-coloniale. Cette politique du français s’est poursuivie, essentiellement par décrets, jusque vers le milieu des années 70. De fait, les Belges n’ont jamais voulu imposer le français aux « indigènes » sous prétexte de ne pas les déraciner.
La francophonie au Congo-Kinshasa (de 1945 à 1960)
Sur le terrain, la plupart des Congolais pratiquent donc une diglossie déséquilibrée, sinon une triglossie lorsqu’ils savent le français (Calvet 1998 : 7-38). Ainsi, ils emploient leur langue maternelle (ou ethnique) dans les relations familiales ou interethniques, mais la langue véhiculaire régionale (kikongo, lingala, swahili et cilubà) dans la vie urbaine en général : commerce, administration locale, éducation (premier cycle du primaire). Pour ceux qui savent le français (triglossie), employer cette langue donne automatiquement accès à toutes les sphères du pouvoir et de la connaissance. Le français est encore, dans les faits, la langue de l’Etat et du droit.
En dehors des secteurs officiel, scolaire et scientifique, c’est surtout dans les mass media que le français occupe une place privilégiée (Faïk 1988 : 23). Le Congo-Kinshasa est membre de l’Union Internationale des Journalistes et de la Presse de Langue Française. Les journaux sont presque exclusivement rédigés en français. Mais la situation est sensiblement différente à la radio et à la télévision où le français semble n’occuper que 60% du temps de parole. Quant aux chansons, selon des estimations assez sûres, elles sont en lingala, la chanson française étant pratiquement exclue. En revanche, les films, tant ceux de la télévision que ceux projetés dans les cinémas, sont toujours en français. Au Congo-Kinshasa, le français est donc beaucoup plus lu et entendu qu’il n’est parlé et écrit.
C’est dans le domaine culturel et particulièrement littéraire que ce pays ressortit à la francophonie. Comme le propose la thématique de ce colloque, nous allons, pour le montrer, nous limiter à la période allant de 1945 à 1970. C’est Silvia Riva qui, dans sa Nouvelle histoire de la littérature du Congo-Kinshasa (2006) et Mukala Kadima-Nzuji, dans La Littérature zaïroise française (1984) qui ont été nos principales sources d’informations.
Vers 1945, avec près de dix ans de retard sur l’Afrique française, de nombreuses associations d’anciens élèves virent le jour dans les plus grands centres urbains de la colonie belge, et en particulier à Léopoldville, la capitale (aujourd’hui, Kinshasa). L’Administration belge confia au gouverneur Jean-Paul Quix la tâche d’instituer un comité de contrôle des activités culturelles. Celui-ci prendra le nom de La Voix du Congolais, du nom de la revue que fonda Quix. On peut retenir, sur la production poétique de cette revue, le jugement exprimé par Mukala Kadima-Nzuji (1986 : 90) : « conformisme des thèmes et du style, (…) complaisance dans une prosodie surannée. » Mais la rédaction de la revue découvrira le mouvement surréaliste et la Négritude à partir de 1953 et consacrera une série de monographies à des écrivains francophones confirmés : René Maran, Aimé Césaire, Birago Diop, Gilbert Gatiant, Martial Sinda, premier poète noir de l’AEF, etc. Ce sont ces essais qui représentent la véritable contribution de la revue à l’histoire littéraire du Congo-Kinshasa. L’ouverture au monde africain et à celui des Caraïbes servit de stimulation aux jeunes écrivains.
En 1946, à Elisabethville, une association culturelle est fondée, l’Union Africaine des Arts et des Lettres (l’UAAL), visant à « promouvoir et diffuser les ouvrages et les œuvres artistiques des écrivains et artistes établis au Congo belge et au Ruanda-Urundi ». Cette association entretenait des rapports étroits avec le reste du monde africain francophone grâce à la collaboration d’organisations internationales (surtout l’Unesco) et d’instituts privés français. Cette société disposait également d’un organe de presse, Jeune Afrique, qui se proposait, « partant du Congo, de construire à l’échelle de l’Afrique et de développer les qualités culturelles des peuples noirs en vue d’arriver à une meilleure compréhension de leurs aspirations spirituelles et à une interpénétration des continents par le rayonnement donné aux Arts et Lettres, source de pacifiques espérances ». La ligne éditoriale correspondait aux aspirations que nourrissait à ce moment le mouvement de la Négritude. Il n’est donc pas surprenant que le numéro d’octobre 1949 contienne une poésie de Léopold Sédar Senghor (« Teddungal ») ou que l’un des plus grands personnages de la Négritude congolaise, Antoine Roger Bolamba (auteur de Esanzo. Chants pour mon pays), ait trouvé en 1953 un grand espace dans les pages de Jeune Afrique pour exposer son esthétique.
Née à Leverville en 1943, la Bibliothèque de l’Etoile publiait des collections diverses dont l’une, « l’Etoile », se consacrait autant à la littérature et aux problèmes linguistiques qu’aux discussions scientifiques, historiques et sociales. On y trouvait des extraits et des traductions des classiques de la littérature française et mondiale (la chanson de Roland, le roman de Renart, les fables de La Fontaine, L’île au trésor de Stevenson), mais aussi des textes africains (par exemple des contes). La Bibliothèque de l’Etoile, au sein de ses collections, publiait également des romans dont Victoire de l’amour (1954) de Dieudonné Mutombo et Le Mystère de l’enfant disparu (1962) de Tomothée Malembe.
Mais les meilleurs résultats artistiques seront atteints lors de nombreux concours littéraires organisés au Congo belge entre 1946 et 1956. Ces concours consistaient, selon Mukala Kadima-Nzuji, en une réponse à deux types d’exigence (1986 : 199) : la première concernait le désir de l’Administration coloniale de favoriser au Congo l’envol de la littérature africaine dont la dignité était déjà reconnue en France (en 1947, André Gide, dans sa préface du premier numéro de la revue Présence africaine, conseillait d’être à l’écoute de ce que le peuple africain savait exprimer). La seconde résidait dans la volonté de montrer, de par les discours des ouvrages primés, les progrès effectués par le système colonial du Congo. C’est ainsi qu’en 1948, un concours lancé à l’occasion de la première Foire coloniale de Bruxelles, récompensa une œuvre qui fut considérée comme « le point de départ de la fiction romanesque au Zaïre » (Kadima-Nzuji 1986 : 189) : Ngando de Paul Lomami Tchibamba. Léopold Sédar Senghor (à l’époque député) demanda une copie des manuscrits admis en finale affirmant sa conviction « que cela intéresserait par ailleurs Gide et le comité de patronage de Présence africaine. »
Lomami Tchibamba s’était déjà distingué en 1945 quand, dans La Voix du Congolais, il écrivit un article très polémique intitulé « Quelle sera notre place dans le monde de demain ? » dans lequel il s’interrogeait sur les limites des libertés concédées aux « évolués ». Il y dénonce l’Administration coloniale pour avoir imposé trop de restrictions et des langages brutaux. Une fois installé à Brazzaville pour le compte de Liaison (la « revue pour intellectuels » d’Afrique Equatoriale Française, qu’il dirigea entre 1950 et 1957), il écrit des articles encore plus enflammés en faveur de « l’émancipation du Noir ». Cette revue se présente comme une véritable « défense et illustration » d’une civilisation noire, en l’occurrence congolaise, tout à fait comparable à ce qu’entreprirent, dans le Paris des années Trente, des écrivains prestigieux comme Césaire et Senghor. Le roman Ngando, et d’une certaine manière les autres textes de Lomami Tchibamba, se veut une réponse à l’ethocentrisme européen et en même temps une défense du patrimoine africain.
Les années 1960
L’obtention de l’indépendance a constitué pour le Congo, comme pour les autres pays africains, l’événement marquant d’une certaine époque qui, en tant que telle, représente une ligne de démarcation par rapport à l’époque précédente. La littérature des lendemains de 1960 présente toutefois un profil si diversifié qu’il rend une périodisation univoque difficile à établir (Riva 2006 : 95). Bertin Makolo Muswaswa a opté pour une chronologie politique et propose de diviser la période sur laquelle court l’histoire littéraire du Congo-Kinshasa en trois phases : la phase coloniale (1908-1960), la phase de la Première République (1960-1965) et de la Seconde République (1965-1990). Mukala Kadima-Nzuji (1984) ne distingue, lui, que deux ères dans la production littéraire congolaise : de 1945 à 1965 (de La Voix du Congolais à la publication du roman Sans rancune de Thomas Kanza) puis la période suivante (arrêtée à 1990) qui court de la mise en place par les pouvoirs publics des Editions Belles-Lettres, à l’éclosion de la presse liées aux exigences de démocratisation du Zaïre .
Les premières œuvres publiées après la libération se ressentent encore lourdement de l’héritage colonial, tant dans les choix narratifs (romans réalistes articulés autour d’un seul héros) que dans les thèmes (littérature de témoignage). Quelques-unes des compagnies de théâtre parmi les plus importantes du Congo indépendant sont fondées à Kinshasa à cette époque. La poésie fut aussi particulièrement féconde et l’art de l’essai (politique, philosophique, littéraire, social, religieux) s’affirme jusqu’à constituer l’une des principales contributions du Congo à la pensée africaine et mondiale.
Dès 1955, Bolamba exprime au niveau littéraire une rupture par rapport au ton complaisant envers l’autorité coloniale et révèle le mal-être et la colère de son peuple dans Esanzo. Chants pour mon pays. La production poétique des années 1960 oscillera constamment entre un courant ouvertement « révolutionnaire » et militant et un autre intimiste et hermétique dans lequel le « je » a le dessus. D’un côté, donc, Marche, pays des espoirs (1967) d’Etienne Tshinday Lukumbi et Réveil dans un nid de flammes (1969) de Matala Mukadi Tshiakatumba ; de l’autre, Murmures (1968) et Kasalà (1969) de Clémentine Faïk-Nzuji, Les ressacs (1969) de Dieudonné (Mukala) Kadima-Nzuji, et Déchirures (1971) de V.Y. Mudimbe.
D’après S. Riva, (2006 : 103) trois facteurs sont responsables du nouvel essor des Lettres congolaises : la grande diffusion de l’instruction (qui atteint finalement un niveau universitaire), la naissance de cercles et de revues culturels dans les grandes universités et la création d’une structure éditoriale parrainée par l’Etat. Un cercle culturel baptisé « Pléiade du Congo » naît en 1964 sur le campus universitaire de Lovanium (Kinshasa). Celui-ci comptait parmi ses principaux animateurs la jeune poétesse Clémentine Nzuji (Faïk-Nzuji) qui, en 1969, remporte au festival de Dakar le premier prix au concours de poésie L.S. Senghor. Linguiste confirmée et spécialiste de la tradition orale, elle a publié des récits, des nouvelles, une chronique et de nombreux recueils poétiques. Quant à la production poétique de V.Y. Mudimbe, si elle date du tout début des années 1960, elle n’a été publiée qu’à partir de la décennie suivante. Déchirures, par exemple, date de 1971.
En 1969, les Editions Congolia font paraître l’anthologie intitulée Les écrivains congolais consacrée aux écrivains lauréats du « Concours littéraire Léopold Sédar Senghor ». L’influence de grands auteurs africains francophones se fait sentir chez plusieurs Congolais de l’époque. Matala Mukadi Tshioakatumba et Philippe Masegabio avouent leur dette envers les grands maîtres de la Négritude (Césaire, Senghor, Léon Damas), mais ils se démarquent aussi de l’anthropologie du mouvement. Ainsi, selon Jean-Louis Joubert (1986 : 99), l’intention de Masegabio, dans Somme première, de retracer pas à pas (à travers la juxtaposition de poèmes-réflexions) le chemin emprunté par une pensée à la recherche d’une somme improbable est plus proche de la voie suivie par Samba Diallo que du flux d’images instinctif et spontané d’un Senghor ou d’un Damas. Diallo est le protagoniste du roman L’aventure ambiguë, publié à Paris chez Julliard en 1961 par le Sénégalais Cheikh Hamidou Kane, lequel a interprété, le premier, la déchirure spirituelle d’une génération élevée au milieu de deux cultures apparemment incompatibles.
Face à l’effervescence de la production de poésies, mais aussi de pièces de théâtre et d’essais entre 1960 et 1970, le roman congolais marque le pas de manière flagrante. Seules cinq œuvres ont paru à cette période. Mis à part Sans rancune de Thomas Kanza, ces romans pêchent par manque de profondeur psychologique, l’important étant de mettre en lumière le risque d’aliénation encouru par le colonisé. Ces œuvres préparent surtout, à leur insu, un terrain propice au développement de l’idéologie de l’authenticité. La fracture entre élites occidentalisées et masses, évidente bien avant l’indépendance, se change, au début des années 1970, en fracture entre élites et pouvoir. Cette incompréhension entre le pouvoir et une partie des intellectuels aboutira, sur le plan social, à une fuite des cerveaux et, au niveau littéraire, à une représentation de l’expérience de la déchirure, qui influencera l’ensemble de la décennie suivante.
En conclusion, on peut globalement affirmer que depuis l’époque coloniale jusqu’à la décennie 1970, le français a été, au Congo-Kinshasa, la langue dont la maîtrise donnait accès au monde du travail, à un emploi mieux rémunéré et à l’ascension sociale. Mais il n’a jamais atteint le statut de langue vernaculaire parmi le peuple. Le français reste la langue de l’élite scolarisée qui représente environ 10% de la population nationale. C’est surtout par sa littérature que la République démocratique du Congo appartient à la francophonie. En particulier, les oeuvres de Senghor et Césaire influenceront les écrivains congolais. L’Union Africaine des Arts et des Lettres, par exemple, entretenait dès 1946 des liens avec le mouvement de la Négritude. Après l’indépendance, plusieurs écrivains ont aussi avoué leur dette envers ce mouvement. Mais la littérature du Congo-Kinshasa a aussi son originalité et ses spécificités : nous espérons l’avoir montré par les différentes orientations que nous avons tracées.
Bibliographie
Band (1956), n°10-11, Antwerpen, pp. 424-450.
Calvet, Louis-Jean (1998). L’insécurité linguistique et les situations africaines . In Louis Jean et Moreau Marie-Louise (éds), Une ou des normes ? Insécurité linguistique et normes endogènes en Afrique francophone, Paris, Agence de la francophonie, pp. 7-38.
Champion Jacques (1974). Les langues africaines et la francophonie, Paris - La Haye, Mouton.
De Jonghe (1933). Les langues communes au Congo belge (I) . In Congo II, Bruxelles, pp. 509-523.
Faïk Sully et al. (1988). La Francophonie au Zaïre, Lubumbashi, Impala, pp.5-40.
Joubert Jean-Louis (1986). Critique de « Somme première ». In Notre Librairie, n°63, p. 99.
Kadima-Nzuji Mukala (1984). La littérature zaïroise de langue française, Paris, Karthala.
Ngalasso Mwatha Musanji (1986). Etat des langues de l’Etat du Zaïre . In La Politique africaine, n°23, Paris, Karthala, pp. 6-27.
Pierre Max (1997). Le français au Zaïre, au Rwanda et au Burundi . In D. Blampain et al., Le français en Belgique, pp.319-333.
Riva Silvia (2006). Nouvelle histoire de la littérature du Congo-Kinshasa, Paris, L’Harmattan.
Tshimanga Charles (2001), Jeunesse, formation et société au Congo/Kinshasa : 1890-1960, Paris, L’Harmattan (« Congo-Zaïre – Histoire & Société)
Luc Collès – UCL - CEDILL
(Louvain-la-Neuve, Belgique)
luc.colles@uclouvain.be
Cet article a fait l’objet d’une communication au Colloque d’Arras le 8 novembre 2007.
Lybie: matamoresque et sordide
Pour tous ceux qui s'interrogent pourquoi justement M. Khadhafi, pourquoi justement la Libye, pourquoi cette intervention massive de l'impérialisme au nom des droits de l'homme, pourquoi l'impérialisme a-t-il tout fait jusqu'à obtenir enfin sa mort, pourquoi le malaise de beaucoup à entendre une seule et voix sur tous les médias, ce message envoyé par un camarade:
Lire aussi sur l'assassinat de Khadafi:
Tunisie: entre nouveau et continuité (du colonialisme)
Créer des perspectives politiques nouvelles pour un modèle économique social et culturel nouveau ou accepter les chevaux de Troie et la continuité du colonialisme
Le marketing politique des écoles états-uniennes de la « démocratie », Anonymous, NED et Freedom House, et autres officines-paravents de l’administration fédérale, propose au peuple tunisien et à sa jeunesse une centaine de partis dont la moitié provient du RCD. Avant et après le 14 Janvier, les partis de la dictature sont allés mendier leur acceptation et faire leur allégeance à Washington, Londres et Paris et auprès de l’internationale socialiste, déconsidérés par des dizaines d’années de complicités avec Bourguiba, Ben Ali et des groupes d’influence étrangers. Pour ces trois capitales, il faut comprendre ici le système politico-militaire de l’Otan allié aux monarchies arabes, le peuple n’a d’autre choix qu’accepter de se soumettre aux bienfaits du libéralisme sauvage et à la politique de normalisation avec l’entité sioniste.
Depuis déjà plusieurs années, l’on assiste à cette alliance stratégique et effective entre les évangélistes fondamentalistes américains et leurs disciples européens, les élites dominantes dans le monde arabe et musulman et le mouvement sioniste international, pour la sauvegarde de leurs intérêts économiques communs, leurs pouvoirs et la mise en place de leur projet de la gouvernance du monde par la terreur militaire, économique et idéologique. La classe politique tunisienne actuelle n’a pas de projet de société que celui de persister dans les schémas de développement importés alors que la Tunisie a connu depuis 1956 deux « modèles de développement », une collectivisation dictatoriale et un capitalisme sauvage, qui ont mené le pays à l’Intifada populaire du 17 décembre 2010.
La plupart des partis, anciens et quelques nouveaux, ne s’agitent que pour être « acceptés par l’Occident ». Les priorités et les revendications à court, moyen et long terme ont été écartées pour ne se préoccuper que de la place de l’islam dans la société, de la laïcité, de l’identité nationale, répondant ainsi aux forces idéologiques étrangères qui les portent et qui poussent à la division et la mise à la marge de la très grande majorité du peuple. L’élection de représentants à l’Assemblée Constituante le 23 Octobre 2011 pourrait alors clôturer l’entreprise de vol et d’avortement de la volonté du peuple pour son auto-détermination et sa souveraineté. Cette opération se réalise par un personnel politique, économique et intellectuel profondément impliqué avec le régime de Ben Ali et les partenaires tunisiens des lobbies étrangers. C’est grâce à ces démocrates, modernistes, progressistes et droits-de-l’hommistes, que le RCD va se trouver enfin légitimé par cette élection et remporter, peut être, la majorité des sièges à l’Assemblée. Leur haine du courant islamiste les pousse ainsi à trahir les aspirations du peuple. L’ennemi d’hier est devenu l’allié et l’ami d’aujourd’hui, contre le peuple.
Aux yeux des jeunes, et c’est tout à fait naturel, ce personnel politique n’a que des solutions opposées à leurs besoins sociaux et culturels d’aujourd’hui et de demain, il a fait son temps et il est caduque. Aux tunisiens immigrés, dont la plupart sont de condition économique et sociale modeste, plusieurs listes de partis politiques, et d’associations prétendument de « l’immigration » financées par les Etats et les fonds européens, comportent des candidats connus pour leurs nombreuses compromissions et d’autres pour être des fonctionnaires en exercice. Les immigrés doutent que ces candidats puissent sérieusement défendre les intérêts du peuple tunisien avant ceux de leur seconde patrie, notamment la France coloniale. Quelle confiance peuvent-ils avoir envers ceux qui appuient la politique d’ingérence étrangère dans les affaires du peuple tunisien et d’autres peuples arabes et quand ils se proclament « arabes en France et français en Tunisie » et qu’ils promeuvent le libéralisme économique à la DSK et BHL contre lequel la jeunesse tunisienne s’est révoltée. Aucune de ces listes n’est dirigée par un ouvrier immigré, un chômeur ou un retraité, comme si en France il n’y a que des intellectuels, des cadres, des universitaires et des professions libérales. Cela s’appelle du racisme économique, social et culturel. Le même racisme que la société française applique aux arabes, aux africains et aux musulmans des quartiers populaires. Les candidats et candidates de ces listes ne se placent nullement dans le sens de la volonté du peuple qui continue sa lutte pour la justice, la liberté, la dignité nationale et l’indépendance, contre les mensonges, les supercheries, les falsifications et les fausses solutions.
Le peuple sait qu’il est méprisé par cette classe d’arrivistes et de compromis avec les destouriens et les officines étrangères. Toute cette élite a bénéficié du système de corruption de ben Ali. C’est une des raisons pour laquelle il n’accepte pas une « réconciliation nationale » tant que les bourreaux et les criminels politiques et économiques sont toujours libres et détiennent encore les postes-clés dans toutes les entreprises nationales, les administrations et les ministères. La tromperie de la « démocratie » continue par le canal des médias et des moyens financiers douteux. Des chefs d’entreprise et des hommes d’affaires qui ont soutenu et financé auparavant Ben Ali et le RCD, financent aujourd’hui les partis qui étaient supposés « d’opposition démocrate et progressiste » ou « opposants laïcs ».
Quels que soient les résultats de l’élection à l’Assemblée Constituante, la configuration politique risque de perpétuer et d’approfondir encore plus le fossé entre la « nouvelle classe politique » et le peuple. Celle-ci n’hésitera pas, de par sa « légitimité » et sa « légalité » nouvelles, à réprimer toute velléité de contestation et de révolte populaire. La société tunisienne, comme les autres sociétés arabes, restera victime de la domination colonialiste et impérialiste aussi longtemps que ses élites n’auront pas cessé d’entretenir des rapports de dépendance idéologique, politique, culturelle, financière, etc …, avec l’Occident. Ces élites aliénées aux cultures judéo-chrétiennes et colonialistes sont promptes à exhiber Montesquieu, Jules Ferry, Marx, Lénine, Mao, Trotsky, Althusser, Bourdieu, Keynes, Friedman, Huttington, Brezinski ou Kissinger. Mais ils ne font jamais référence à ceux que leur peuple comprend tels Ibn Khaldoun, Abdelkrim El Khattabi, Frantz Fanon, Farhat Hached, Mehdi Ben Barka, Che Guevara, Ali Shariati, Mohamed Bakr Al Sadr, Ali Abderrazek, Abdelwaheb Al Messiri, Mounir Chafik, Hassan Nasrallah, Alain Badiou ou Enrique Dussel.
La libération nationale et sociale ne pourrait être atteinte que par une renaissance civilisationnelle de la société en conciliant une interprétation de la croyance et de la foi avec une pensée socio-politique moderne, loin de l’opposition abstraite de la raison et de la foi d’une part, et d’une religiosité de renonciation qu’elle soit superficielle, exclusive ou d’importation wahabite et sudaïri d’autre part. Comme le pouvoir politique allié à l’impérialisme et au colonialisme s’acharne à empêcher par tous les moyens cette renaissance, l’option révolutionnaire s’impose comme une nécessité politique, culturelle et économique. Les patriotes, les progressistes, les travailleurs, les défavorisés et tous ceux et toutes celles qui ont intérêt à la transformation de la société, n’ont qu’un seul choix, celui de se rassembler et continuer la lutte pour la réalisation des objectifs de l’Intifada afin d’établir la démocratie du peuple.
Le processus révolutionnaire sera long, avec des avancées et des reculs. Le peuple tunisien a montré à maintes reprises qu’il a assimilé et intégré la culture de résistance à sa vision de son propre projet de société. Il lui reste maintenant à construire son propre front politique débarrassé des idéologies et de modèles d’importation et des hypocrites. L’union des forces donnera les moyens d’imposer l’alternative politique véritable d’un nouveau mode de développement, d’une nouvelle constitution, d’une nouvelle république et d’une nouvelle administration épurée et assainie, en finir avec l’héritage politique colonial et avec l’Etat tunisien issu de la décolonisation de 1956 qui a reproduit jusqu’à nos jours les logiques coloniales de contrôle politique de la population, pour construire l’Etat civil et démocratique moderne. L’Intifada a annoncé une perspective de libération, d’autodétermination du peuple et de progrès humain. Elle replace l’être humain avec sa spiritualité au fondement de l’existence sociale et politique.
Lybie, un coup d'état, une guerre civile, une intervention etrangère, une invasion, pas une révolution !
Des officiers français et britanniques ont longuement préparé la bataille de Tripoli, dans le Djebel Nefoussa.
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Après avoir armé et conseillé les rebelles, après avoir orienté les frappes aériennes au plus fort de la guerre, les forces spéciales françaises et britanniques se sont-elles lancées à la poursuite du colonel Kadhafi à Tripoli? C'est ce que sous-entend le quotidien britannique The Daily Telegraph en affirmant que des membres des SAS (Special Air Service), qui ont joué «un rôle clé dans la coordination de la bataille de Tripoli», ont désormais reçu pour instruction de se concentrer sur la traque du Guide libyen et de ses fils. Camouflées en habits civils et en tenues locales, ces forces seraient équipées des mêmes armes que les troupes d'opposition libyennes. Et, selon le ministre britannique de la Défense, Liam Fox, l'Otan contribue à cette recherche en fournissant «des renseignements et des équipements de reconnaissance», notamment des avions.
La présence de forces spéciales occidentales en Libye est à la fois un secret de Polichinelle et une évidence. Selon les informations recueillies par Le Figaro, des officiers français et britanniques ont longuement séjourné dans le Djebel Nefoussa - les montagnes de l'ouest -, peuplé de Berbères, qui a apparemment organisé l'offensive finale des insurgés à Tripoli. Ils s'occupaient de planification militaire, servaient d'instructeurs pour aider les rebelles à se servir des missiles Milan qui venaient de leur être livrés et participaient même aux conseils de guerre… Mais pas aux combats.
«Si Londres et Paris n'avaient pas envoyé leurs forces spéciales pour aider les rebelles et leur apprendre le métier, les insurgés ne seraient pas à Tripoli aujourd'hui et la guerre serait loin d'être terminée», commente un officier général français. La plupart des guerres, même celles qui sont limitées à une opération aérienne, sont menées avec l'appui de forces spéciales au sol. Ce fut notamment le cas au Kosovo, où des représentants de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et du COS (Commandement des opérations spéciales) ont guidé les avions de l'Otan en leur désignant les cibles à abattre. En Libye, il a fallu en plus entraîner les opposants et coordonner la campagne militaire.
L'action menée par les forces spéciales étant clandestine, il est tout aussi normal que les responsables politiques et militaires maintiennent un voile opaque sur le sujet. D'autant que la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui a autorisé l'intervention contre le régime de Kadhafi, fruit d'un compromis diplomatique, interdit l'envoi de forces terrestres d'occupation sur le terrain libyen. Le Royaume-Uni, la France, les États-Unis et plusieurs pays arabes ont admis avoir envoyé des conseillers militaires auprès du CNT, l'organe politique de l'opposition. Le gouvernement français a également reconnu avoir parachuté des armes aux rebelles du Djebel Nefoussa. «Il n'y a pas de forces spéciales françaises au sol», a pourtant réaffirmé Nicolas Sarkozy jeudi. Chacun sait qu'en zone de guerre, la différence entre un conseiller militaire et un membre des forces spéciales n'est qu'une affaire de sémantique…
Lula aux Africains: cessez de baisser votre pantalon devant les occidentaux !
Suivant l'exemple de l'Amérique Latine , l'Afrique devrait décider de prendre sa vraie indépendance qui est aux mains des occidentaux. Le continent Africain qui est riche de gisements minéraux et de terre fertile , aurait en effet toutes les potentialités pour devenir la première puissance économique planétaire , mais elle est encore opprimée sous la coupe coloniale des grandes puissances de la terre. Ce sont les parole de l'ex -président brésilien LULA DA SILVA, qui était la semaine dernière en Guinée Equatoriale pour la réunion des chefs d'états africains .
Lula a invité les chefs d'Etat à ouvrir les yeux sur ce qui se passe en Afrique ces derniers mois , en Libye et en Côte d'Ivoire : l'interférence de la France et des Etats-Unis constitue un sérieux danger pour la souveraineté africaine et pour les futures générations.
Durant l'assemblée générale sur le rôle des jeunes africains, une session détachée de la réunion avec pour thème la crise libyenne, Lula a accusé les chefs africains d'être avides , assoiffés de pouvoir , de trahir leurs propres pays et surtout d'être les serviteurs de l'occident, qui saccagent le continent noir et déciment sa souveraineté. La devise de ces chefs d'Etat étant "chacun pour soi , Dieu pour tous" ne portera pas loin l'Afrique. Il faut le sens de responsabilité, d'humilité, de dignité et d'Unité pour bien gouverner ! Critiquant le fait que les leaders africains qui sont arrivés au pouvoir par un coup d'état ou par le vouloir des puissances occidentales, il a ensuite dénoncé le monopole des 5 pays du monde. ajoutant que: L'UNION AFRICAINE a 1,4 milliard d'habitants...et c'est inconcevable que les USA, LA FRANCE,LA CHINE,LA RUSSIE ET LA GRANDE BRETAGNE dictent la loi au conseil de securité de l'ONU ! Surtout que la crise économique mondiale provient des Etats-Unis .
Il a déploré le fait que l'UNION AFRICAINE soit financée seulement par 5 pays africains et le reste par des dons occidentaux. Par conséquent, pour cela , l'UA ne peut pas défendre les interéts de l'Afrique et avoir un poids au niveau international. C'est cette mème U.A qui légitime les coups d'ètats, les rebellions ou actions illégales pour l'obtention du pouvoir en Afrique, ignorant la volonté du peuple et la finalité des élections. Beaucoup de chefs d'Etat présents avaient la tête basse, à qui il a rappelé l'invasion francaise dans le continent noir ! LA FRANCE nourrit et arme les rebelles dans les pays qui ont cessé d'ètre leurs colonies . avec des interférences dans les affaires internes des pays africains ! C'est clair la référence avec le cas de la Côte d'Ivoire, où Paris avec l'utilisation de la force a enlevé le president GBAGBO pour mettre à son poste Ouattara.
Si pour la Cote d'Ivoire, rien a été fait pour arréter le coup d'état, l'union Africaine peut demander le cessez le feu immédiat en LIbye. En soutien s'est ajouté le président Jacob Zuma, un des chefs opposants qui tient tête à l'Occident disant qu'ils n'ont pas le droit d'assassiner KHADAFI.
Un silence d'ombre dans la salle de l'UA où les présidents qui sont les talons de l'occident étaient nombreux, en l'occurrence ABDOULAYE WADE du Sénégal qui a séjourné à Benghasi pour reconnaitre le gouvernement des rebelles , BLAISE COMPAORE du Burkina Faso qui a soutenu la rebellion de OUATTARA en Côte d'Ivoire contre GBAGBO, YOWERI MUSEVENI de l'Uganda qui combat les AL Shabaab en Somalie , PAUL KAGAME du Rwanda qui saccage pour le compte de l'Occident et puis SASSOU N'GUESSO du Congo Brazzaville, IDRISS DEBY du TCHAD, PAUL BIYA du Cameroun, FAURE GNASSINGBE du Togo, ODINBA ALI BONGO du Gabon et le dernier recruté qui s'est ajouté à la dépendance des puissances de l'oppression ALLASSANE OUATTARA de la Côte d'ivoire !
TEXTE ITALIEN TRADUIT EN FRANCAIS PAR KOUAME CELESTIN N'BRAH
http://afrohistorama.over-blog.com/
Lybie, Côte d'Ivoire: la "démocratie" à coups de bombes
Côte d’Ivoire, Lybie : Sarkozy et la déraison des bombardements

Frappe de l'OTAN sur Tripoli/Reuters
Nous vivons un temps bizarre, un temps féroce, un temps en concubinage avec la cruauté la plus sauvage; un temps qui tue, qui assassine, qui massacre au nom de la raison démocratique, au nom de la raison humaniste. Raison démocratique ethnocentrée, égocentrique, auto-décrétée humaniste ; raison débordante de mépris, délirante d’arrogance, exaltée, érigée en absolu du vrai et du bien ; raison fanatique, fanatisée et donc fatalement meurtrière ; raison qui nomme sans ambages tout pouvoir en dehors de la domination de Paris, de Washington et de Bruxelles, pouvoir despotique, pouvoir dictatorial, cancer radical à extirper.
Et malheur au pouvoir ainsi désigné: l’odeur de la mort mise en scène, théâtralisée, organisée, n’est pas loin. Le rituel ? La désinformation d’abord : le dit pouvoir est satanisé, injurié, sali, abaissé, rabaissé, bestialisé, maudit, désigné comme la figure absolue du Mal, la figure menaçante, la figure de ce qui nous menace, la figure qui menace « nos valeurs ». Accusé ; il est accusé de tous les maux du monde ; il est criminalisé, criminalisé à partir des faits traficotés ou tout simplement inventés, fabriqués ; il est criminalisé et condamné sans pourvoi ni appel, condamné à coups de fatwa démocratiques diffusées sur tous les écrans du monde, condamné à la peine capitale, condamné aux flammes de l’enfer.
Ensuite le rite sanglant. Un pied déjà dans le crime, on forge, on manufacture, on construit de toutes pièces le prétexte ; le crime dans le ventre, on allègue, on divulgue, on annonce la plaisanterie désormais coutumière : « Il faut protéger les populations civiles.» L’énonciation officielle de ces mots annonce le moment de la mise à mort, symbolique ou physique: le nommé dictateur peut désormais être traqué, frappé, pilonné, pilé, écrasé, broyé par les bombes de l’apocalypse. Nettoyé. Nettoyés, lui et les siens ; nettoyés, lui et ses partisans ; détruits, détruits, lui et son pays. Et cela sans aucun égard au droit normal, au droit international, aux lois qui fondent l’ordre humain. Et il n’y aura pas crime : puisque la qualification de dictateur met de facto, sans aucun palabre possible, hors humanité ; puisque l’abattage d’une proie sauvage, l’écrasement du Mal ne relève pas du crime ; puisqu’il est autorisé d’être cruel par amour de la démocratie. Voilà la raison, la rationalité, la terrible rationalité triomphante validée chaque jour par la vulgate médiatique et le discours politique dominants.
Une rationalité froide, glacée, porteuse de toutes les liquidations possibles; une rationalité qui affirme que la sauvagerie n’existe pas dès lors qu’elle est articulée au désir de faire le Bien démocratique ; une rationalité qui, tout en proclamant qu’un homme est un homme et un mort, un mort, justifie paradoxalement, légitime d’avance le meurtre, la mise à mort de l’homme par l’homme ; une rationalité qui légalise, toute scrupule écartée, la pratique du sang versé, le crime. Et le crime a été commis en Côte d’Ivoire ; et le crime est en train d’être commis en Lybie ; et le crime sera commis demain ailleurs.
Le crime, c’est-à-dire, non pas cette épopée magnanime de preux chevaliers en mission de démocratie crayonnée chaque jour sur l’écran de nos téléviseurs et dans les colonnes de nos journaux; non pas ce rite démocratique annoncé dans notre cyberespace comme un jeu innocent, anodin, non sanglant ; mais le crime dans sa vraie réalité, la réalité du sang versé, la réalité de la chair humaine estropiée, mutilée ; la réalité des corps agressés, détruits ; la réalité de la guerre, de la guerre avec ses atrocités, de la guerre avec ses milliers de vies, de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards suppliciés, martyrisés, effacés ; effacés de la surface de la terre. Le crime : Abidjan bombardée, Adjamé bombardé, Cocody bombardé, Le Plateau bombardé, Yopougon bombardé, Port-Bouët bombardé, Dabou bombardé, Attoban bombardée… Des centaines, des milliers d’Ivoiriens massacrés. Massacrés froidement. Bombardés. Bombardés comme ceux de Guernica. Bombardés à mort comme les 1684 morts de Guernica. Carbonisés. Combien de Guernica à Abidjan ? Combien ? Combien de morts dévorés par le feu de l’armée de France ? Combien de drames personnels derrière chaque mort ? Et les enfants devenus orphelins ? Et les femmes devenues veuves ?Et les parents qui ont perdu leurs fils ? Et la mère ? Et la sœur ? Et le frère ?
Même barbarie en Libye. Tripoli, Brega, des civils libyens pulvérisés aussi. Monseigneur Giovanni Innocenzo Martinelli, vicaire apostolique de Tripoli : « Les bombes sont en train de devenir notre calvaire. Pour détruire Kadhafi, l’Otan tue des dizaines d’innocents… Je ne veux certes pas interférer avec l’action politique de quiconque mais il est de mon devoir d’affirmer que les bombardements sont immoraux. Je voudrais souligner que bombarder ne constitue pas un acte dicté par la conscience civile et morale de l’Occident ou plus généralement de l’humanité. Bombarder constitue un acte immoral…. S’il existe des violations des droits de l’homme quelque part, je ne peux pas utiliser la même méthode pour les faire cesser.»
Paradoxe, étrange paradoxe en effet : on se dit « protecteurs unifiés » et on se ligue, on se comporte en destructeurs associés, en destructeurs tous azimuts. On se dit champions de la protection des populations civiles et on bombarde, on écrase : on bombarde Abidjan, on bombarde Tripoli ; on bombarde comme Mussolini bombardant l’Ethiopie en l’an 35. Oui, bien avant Guernica, la Loi de la de la pureté du sang, la Loi de la purification du sang, le fascisme, bombarde l’Ethiopie. 350 tonnes de bombes chimiques balancées sur la terre d’Abyssinie. Dessié, quartier général du Négus Hailé Sélassié, est brulé. Maisons, foyers, familles carbonisés. Souffrances indescriptibles, peaux en lambeaux. Dans le sillage des bombes jetées sur l’Ethiopie, Mussolini, hurlant et gesticulant, peut du haut du balcon de Palazzio Venezzia, proclamer, devant la foule, la renaissance de l’empire romain : « L’Italie possède enfin son empire fasciste car il porte l’empreinte ineffaçable de la volonté et de la puissance du Littorio romain. »Et le général Nemours, délégué de Haïti à l’Assemblée de la Société des Nations, à Genève, d’avertir : « Il n’y a pas deux vérités, l’une pour l’Afrique, l’autre pour l’Europe… Si nous laissons se commettre l’injustice une nouvelle fois et étouffer la voix de la victime, craignons un jour d’être l’Ethiopie de quelqu’un. »
On se dit donc en mission humanitaire, en devoir démocratique et on bombarde sans état d’âme. L’enfer. Dans le ciel d’Abidjan, dans le ciel de Tripoli, l’enfer. Vague après vague, des avions au hurlement annonçant l’enfer ; des avions, le sifflement, le bec, le vacarme admonestant l’enfer ; des avions, germination de cauchemars ; des avions, la gueule ouverte, monstres inspirant la frayeur. Et dans les avions des pilotes sans visages, des pilotes professionnels, des pilotes efficaces, des pilotes détachés, employés modèles en « opérations », en « missions spéciales », le regard rivé sur l’écran, rivé sur le viseur. Dans le ciel des bombes, une pluie de bombes. Ordre de Paris ; ordre de Washington ; ordre de Londres ; ordre de Rome. Le ciel rouge de flammes. On bombarde. « Bombardements stratégiques ». « Frappes ciblées ». Détonations, explosions, buchers et flammes ; le gouffre du ciel assenant l’enfer à la terre.
Et en bas ? Tout en bas les vies tombent. Et qui tombe en bas? Qui ? N’importe qui, civil ou militaire ; civils et militaires. En bas, des morts. Lambeaux de bras, lambeaux de viscères, bouts de jambes. Le sang éparpillé, le sang trainé par terre ; en bas, le sang à ramasser. En bas, la douleur des survivants ; la douleur des vies disloquées, éclopées de douleur; la douleur des vies qui ne seront plus comme avant ; des vies qui porteront à jamais dans le ventre, dans la tête, dans les poumons, dans la mémoire, les blessures sans remède de l’horreur vécue. Car l’esprit qui a subi la violence du bombardement, des bombardements, même épargné de blessures visibles, ne sera plus jamais le même ; le bombardement est une blessure inguérissable ; le bombardement est un acte irrévocablement gravé dans les têtes des survivants ; le bombardement est un acte qui se prolonge dans le temps ; le bombardé est un bombardé à vie. Avec ou sans cadavres, le bombardement est un meurtre.
Et en haut ? Oui, en haut, à l’Elysée, par exemple? On ne parle pas de la violence infligée ; on parle de succès, de missions réussies ! On roule les mécaniques. Sarkozy : « Nous sommes déterminés. » Et les morts? Les morts d’Abidjan ; les morts de Tripoli ? Sans noms et sans visages. Invisibles, inexistants. Aucune toile de Picasso pour immortaliser leur calvaire. Mais les morts, quand même les morts; oui, les morts… Dégât collatéral. Dégradation banale. Et d’ailleurs, ces morts-là, ne sont pas de notre monde. Ainsi-soit-il : il est des morts de première et de dernière catégorie. Il est des morts qu’on compte, un par un ; des morts pour lesquels on demande à juste titre justice ; des morts françaises, des morts européennes, des morts américaines ; et puis, il y a les autres : les morts qui ne comptent pas. Et puis voyons, le bombardement démocratique est une valeur d’émancipation, une valeur qui libère ; le sang démocratique est un sang bénéfique. Mais le climat de mort ? Oui, ce climat d’anéantissement ? Et les souffrances indicibles des victimes ? Fait insignifiant. Fait insignifiant du destin au regard de Paris, de Washington, de Bruxelles, de Rome, de Londres! Fait insignifiant, nécessité démocratique, exigence démocratique ! On compte un par un les éventuels morts français d’Abidjan ou de Benghazi. Mais les autres morts… Les Ivoiriens et les Libyens morts en pagaille?
La destructivité humaine avance donc tranquillement avec son cynisme terrifiant et sa rationalité toute autant effroyable; elle est là devant nous, dressée, en route, en marche, le sillon sanglant ; persuadée qu’elle est principe et fin de l’histoire. Alors chaque matin qui passe, chaque soir qui tombe, le brasier fumant, elle s’élève en puissance, organisée en bandes, alignée en coalitions haletant de faire la guerre, vibrant à l’idée de tester leurs nouveaux joujoux meurtriers. Et voilà, les pays-dits-démocratiques transfigurés en pays-tueurs pratiquant la tuerie, pratiquant la destruction, pratiquant le bombardement, d’un pays à l’autre, comme un amusement technologique, comme une simple routine sérialisée, comme un boulot ordinaire, structuré, un boulot taylorisé. Inhumanité méthodique, organisée ; saignée froidement perpétrée.
Tapis de bombes d’abord : frappes froides, frappes stratégiques, frappes ciblées, assenées de haute altitude, avec distance et détachement. Frappes destinées à semer la terreur maximale, à répandre l’épouvante, à faire trembler ; coups administrés pour faire céder. On massacre. On massacre non pas, la machette à la main ; non pas, dans un corps-à-corps intime et sanglant comme les répugnants génocidaires rwandais ou les horribles coupeurs de bras libériens et sierra-léonais ; non : on massacre proprement, avec civilité, avec élévation, avec rafales et mirages ; on massacre loin de tout hurlement, loin du calvaire des peaux déchiquetées. Massacres à distance ; massacres propres de toute éclaboussure ; opérations chirurgicales ; rite de purification démocratique ; actes de bienveillance démocratique !
Ensuite ? Sortie des Tigres, Gazelles, Apaches et autres hélicoptères lâchés et équipés des biens nommés missiles asphyxiants Predator et Raper. Il faut étouffer, étrangler maintenant. Pilonnages. Pilonnages millimétrés. Le temps de l’étranglement avant le passage à l’acte ultime : la pénétration au sol, l’occupation, le déploiement sur le champ de batailles des troupes d’élites accompagnées de hordes locales baptisées forces républicaines ou forces révolutionnaires selon le cas ; forces de bas statut chargées d’achever la basse besogne et ayant toute latitude pour massacrer, piller, violer. Car il ne s’agit pas seulement de réduire, d’écraser, mais également de profaner jusqu’à l’intimité du pays sélectionné ; il s’agit d’humilier, d’inscrire, d’enraciner la peur, le tremblement, la domination dans la chair de la société agressée. Le message global est clair : tout pays sans défense dissuasive, est désormais disponibilité ; disponibilité destinée à l’usage des maîtres de ce monde ; disponibilité utilisable à volonté; chose ajustable aux désirs des puissants du jour ; terre qu’on peut prendre de force, déshonorer, violer en toute impunité. Triomphe de la saloperie humaine.
Oui, c’est ainsi, hélas : le pire est encore, toujours possible ; et, une fois de plus, c’est au cœur du monde dit « avancé», du monde dit « civilisé », du monde dit « développé » qu’est en train d’émerger, de nouveau, encore une fois, la barbarie dans sa forme la plus brutale, la plus totale, la plus totalitaire, la plus déchainée : la barbarie impériale. Guerres de prédation! Guerres de possession ! Guerres de domination. De nouveau ; encore une fois !
Et nos conquérants, les crocs encore gorgés de sang, les mains tripotant déjà les sols et sous-sols conquis, le regard dressé vers les nouvelles terres à avaler, de protester à l’accusation de barbarie, de menées coloniales, et nos sacrificateurs en chef, de protester, la suffisance sadique et la pourriture du mensonge dans la bouche: « Guerres coloniales ? Mais voyons ! Que dites-vous ? Le cacao, le café, le coton, le pétrole de la Côte d’Ivoire ? Les réserves pétrolières de la Libye ? Les 60 milliards de barils de pétrole enfouis dans le sol libyen ? Les 150 milliards de dollars que comptent les fonds libyens ? Et quoi encore ? Mais vous rigolez ? Soyons sérieux ! Nous sommes des gens honnêtes, des idéalistes, en mission humanitaire, en mission démocratique ! Notre ressort est la démocratie ; rien que la démocratie. Franchement, à part des esprits guidés par la mauvaise foi, qui peut douter de notre généreux penchant humaniste ? Notre action est guidée par un seul et unique objectif : créer partout un homme nouveau, global, démocratisé. De gré ou de force. Les hommes sont là pour la démocratie ; et la démocratie, notre bonne démocratie, n’est pas un choix mais un ordre. Et tout réfractaire à cet ordre, tout déviant, tout apostat, sera éliminé, détruit, écrasé, gommé comme on efface une impureté.
Nous sommes la démocratie. Toute démocratie doit passer par notre tamis. Que voulez-vous : il y a des peuples nés démocrates, détenteurs du monopole de la démocratie et puis d’autres destinés à être démocratisés. Démocratie d’abord ! Démocratie avant tout ! Nettoyage ! Purification ! Une seule démocratie ! Quoi ? Mais non ! Non et non : il ne s’agit pas de guerres coloniales mais de guerres justes ! De guerres justes menées dans la lumière de la démocratie, de la démocratie qui libère ! Voilà : il s’agit de débarrasser les peuples de leurs persécuteurs ! Et nous ne prendrons repos que lorsque la tâche sera définitivement accomplie avec les moyens de notre puissance ! La France a une obligation morale… Les Etats-Unis ont une obligation morale… L’Otan a une obligation morale… En avant pour l’odyssée démocratique!»
Obligation morale ? Balivernes. Insanités. Obligation morale : signe des temps ; même argument invoqué pour justifier les guerres coloniales du siècle XIX. C’est ainsi : aucune guerre de domination ne dit jamais son nom ; c’est ainsi : chaque guerre de domination se dit toujours guerre juste, guerre juste en riposte contre une barbarie supposée initiale ; c’est ainsi : toute guerre de domination est une guerre de mensonge. Mensonge, mensonges, mystifications destinés à déguiser, à maquiller la prédation boulimique, la prédation sans frontières, en démarche éthique de diffusion désintéressée du Bien, du Bien démocratique; mensonges colportés, relayés, inculqués aujourd’hui, imprimés à l’encre invisible dans la conscience collective par les médias dominants.
Les médias dominants. Les fameux médias dominants. Selon une croyance répandue, ces mainstream médias ne seraient qu’un miroir réfléchissant objectivement l’état de notre monde, et œuvrant, non sans un certain courage, à lier et relier – avec honnêteté et professionnalisme - les habitants de notre planète. Naïveté analytique. Mystification. En réalité, tout écrit, toute parole, toute image, tout discours, tout silence médiatiques participe à une relation de pouvoir. C’est ainsi les uns parlent, une minorité parle, les propriétaires des medias et leurs salariés parlent, et les autres écoutent ; le reste du monde doit écouter ; l’Afrique doit écouter. Parole unique, parole monocolore, parole et images unilatérales. Les Africains condamnés à être montrés au monde non pas à travers leur propre regard mais bien à travers les yeux des autres ; les yeux de ces médias-là, les médias dominants. Et on sait que dès qu’il s’agit de l’Afrique, il est, hélas, dans le reflexe de la plupart de ces médias, de propager, de reproduire des stéréotypes, des habitudes de pensée héritées de l’époque coloniale ; on sait qu’il est dans leur coutume d’accompagner, de conforter, de ratifier, de mettre en scène le discours dominant sur l’Afrique ; un discours présentant la domination de l’Afrique comme une œuvre de bienfaisance, œuvre humanitaire ; un discours exhibant l’Afrique comme un continent heureux et joyeux quand il est commandé.
Alors, la barbarie humaine peut monter chaque jour - à Abidjan, à Tripoli - d’un cran, d’un raid encore plus meurtrier que celui de la veille ; elle peut monter en rage, en folie furieuse ; ces médias dominants ne diront rien de cette révulsante cruauté. Aucun mot, aucune ligne de protestation. Mieux encore: c’est souvent, comme grisés par l’ivresse des bombardements que - le chant chauvin et glorieux, flûtes, tambours et cymbales exaltés- que certains médias commentent « ces feux de joie humanitaires destinées à hâter l’avènement partout sur la planète de la transcendance démocratique», « ces opérations d’extension du temps et des lieux démocratiques». Baves abondantes et jouissance devant Abidjan bombardée ; extase et allégresse devant Tripoli secouée par le plomb déversé. Jouissance comme si les massacrés d’Abidjan, comme si les suppliciés de Tripoli n’étaient pas nos frères en humanité mais des simples bestiaux écrasés. Jouissance devant ces nouvelles guerres d’expansion impériale ; guerres célébrées, présentées à longueur de colonnes et de papier couchés comme le juste jugement de la démocratie sur terre.
Et chaque jour, le même mensonge ; le même mensonge sans portes ni fenêtres, tambouriné, martelé; le même mensonge imposé en prime-time comme un logo publicitaire sonore; le même mensonge inculqué comme un postulat allant de soi ; le même ramassis de mensonges faussant sans aucune retenue, sans aucune limite, la réalité des choses: « Réjouissons-nous ! Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des dictateurs débusqués, acculés, pourchassés et traités avec une férocité proportionnelle à leur barbarie. Réjouissons-nous : la démocratie – la vraie démocratie évidement, la démocratie civilisée, américaine, européenne- est tout ; elle doit donc être partout. Démocratie totale ! Réjouissons-nous : il est dans le devoir des puissances démocratiques de modifier l’ordre du monde dans un sens plus démocratique. Réjouissons-nous : renverser les dictateurs est un devoir humanitaire.»
Vociférations cyniques. Délire du sang. Propagande ultra-chauvine. Et le fracas des bombes ? Et la férocité des bombes ? Et les déflagrations, les champs de ruines ? Et l’épouvante ? Réponse convenue : « Ah ! Les bombardements ? N’exagérons rien ! Cette histoire de bombardements n’est pas si grave que cela. Il n’y a rien de grave. Et sachez-le, si vous ne le saviez pas : les bombes démocratiques ne tuent pas. Elles sont d’une grande intelligence et d’une innocence flagrante ; et lorsqu’elles tombent, lorsqu’elles éclatent, elles éclatent comme une affection, comme une effusion d’affection, d’affection démocratique et humanitaire. Et puis, de toutes les façons, comme disait l’autre, « Quand nous aurons gagné qui nous demandera des comptes sur nos méthodes ? ». Mais en attendant, n’exagérons rien ; et, surtout, ne perdons pas de vue l’essentiel : la démocratisation du monde. La cause est juste et le crime au service de la démocratie, ne saurait constituer en aucune façon, un crime. Et Juppé, l’a d’ailleurs si bien fait remarquer: neutraliser, physiquement ou symboliquement, un dictateur c’est en terroriser dix autres. Alors ? Serrer un dictateur, faire trembler les dictateurs ? Une question de prestige national. Alors ? Tout est parfait. »
Voilà : on bombarde et on se vante d’avoir bombardé ! On va jusqu’à vanter la brutalité et la hargne des bombardements ! Le général Bouchard, commandant des opérations de l’OTAN en Libye, dans Le Figaro, daté du 17 juin : « Les hélicoptères britanniques et surtout français font un travail superbe. Non seulement à l’attaque mais aussi dans les têtes. Les hélicoptères opèrent la nuit, subrepticement, et la seule chose que voit l’adversaire, c’est le missile qui lui tombe dessus sans prévenir. L’effet est unique, la peur casse ce qui reste de la volonté de combattre chez les partisans de Kadhafi. C’est tellement efficace qu’on utilise aujourd’hui l’image des hélicoptères dans les tracts de propagande largués au-dessus de la Libye. Regardez ce qui vous pend au nez… »
Sadisme, lâcheté morale et mobilisation de tous les arguments possibles et imaginables pour justifier l’injustifiable, pour justifier la destruction d’autres hommes, d’autres pays. Tout ! Tout justifié ! Il s’agirait de combattre là-bas (comme autrefois en Algérie et au Vietnam, notamment) la barbarie. Et le recours systématique aux bombardements ? Un acte de virilité démocratique; un acte d’une redoutable efficacité. Voyez la Côte d’Ivoire ! Ouattara est au pouvoir, n’est-ce pas ? Grâce à quoi ? Grâce à nos bombes, grâce à nos bombardements. Sortez les bombes et vous êtes tout-puissants ! Les bombardements, c’est la toute-puissance de la bienveillance démocratique ! Et la brutalisation, et la mutilation des corps ? Un simple jeu virtuel ; les bombardiers, des simples avions furtifs, des bijoux technologiques ; les bombes, des engins flamboyants, spectaculaires, lumineux ! Admirez ! Admirez, Messieurs et dames, la prouesse technologique ! Et puis, vous savez, il y a des gens qui ne comprennent pas, qui ne comprennent que cela. Il y a des Présidents qui ne veulent pas partir quand on leur demande de quitter le pouvoir gentiment ; des Présidents irrespectueux. Osez remettre en cause notre autorité et vous serez bombarder. Notre Loi doit être respectée ! Nous sommes dans notre droit. Et puis c’est ainsi, quand la guerre est commencée, il faut bien la mener, à tout prix, à terme, à bonne fin. « Il faut finir le job », dit Sarkozy à Deauville.
Discours sourd à toute humanité ; discours mutilé d’humanité ; discours accoucheur de tous les cauchemars tordus ; discours de la domination enfoui, hier, sous le vocable de mission civilisatrice et, aujourd’hui, dissimulé sous celui du messianisme démocratique. Hypocrisie civilisatrice, hypocrisie démocratique ; fourberie toute aussi fascisante ; fourberie plus terrifiante car disposant de moyens de contrôle, de manipulation, de propagande plus subtils, plus efficaces. Permis de bombarder donc, permis de tuer, permis de nouveau de soumettre, d’asservir, à feu et à sang. Répétition de l’histoire ; bégaiement de l’histoire. Voilà où nous en sommes en cette onzième année du siècle XXI!
Un jour viendra sans doute, et on réalisera la sauvagerie de ce temps, ce temps glorifiant l’abjection humaine comme une entreprise humanitaire; on se rendra compte de l’ampleur des crimes commis au nom de la démocratie, crimes commis en Côte d’Ivoire, crimes commis en Lybie, crimes commis demain ailleurs. On réalisera l’effroyable horreur de cette nouvelle barbarie et l’envergure du mensonge ; on réalisera qu’on nous a bernés, mystifiés et que tout compte fait le mystère n’était pas si insondable que ça, qu’il ne s’agissait ni en Côte d’Ivoire ni en Lybie, ni demain ailleurs de restauration d’une quelconque démocratie mais de guerre de bourse et de cabinet, de guerre économique, de cannibalisme économique, de concessions pétrolières et minières, de plantations de cacao et de café, de spéculations marchandes, de banques, de zones et de fonds monétaires… L’argent. Voilà le fond de l’affaire. La loi de la reproduction de l’argent.
Et cette loi-là, tel un monstre à la gueule insatiable, est d’une férocité, d’une voracité enragée, déshumanisée, deshumanisante ; elle est d’une gloutonnerie frénétique, jamais rassasiée, toujours requérante, toujours exigeant, avec becs et bombes s’il le faut, de nouvelles têtes, de nouvelles mains, de nouveaux sacrifices humains, de nouveaux pays à déchiqueter, à dévorer: encore du pétrole, encore des galeries d’or, encore des mines de diamants, encore du cuivre, de l’uranium, encore et encore du cacao, des terres, des forets…
Le smoking démocratique impeccable, les élégances magnanimes, habillée du visage de la liberté qu’elle emprisonne ; cette loi-là lie ensemble la rapacité sans scrupules, la négation de la pluralité de la planète et la force libérée de toute légalité, dans un sinistre mensonge nommé selon les temps, mission civilisatrice ou odyssée démocratique. Odyssée démocratique, cette nouvelle illusion totalitaire, cette chimère fanatique, qui salue, d’une main, les hommes, tous les hommes comme des frères et qui tue, avec l’autre main, dans un même élan universalisant, qui tue de mille façons, qui massacre de mille bombardements les Ivoiriens, les Libyens et demain d’autres hommes ailleurs. Sans aucun état d’âme.
C’est ainsi chaque temps génère son fascisme. Et l’odyssée démocratique a tout d’un fascisme, du fascisme: c’est-à-dire cette culture de la destruction, cette volonté de fonder le monde sur le socle d’une idée absolutisée qui se veut histoire finie, histoire terminée ; c’est-à-dire ce culte du mensonge, du mensonge institutionnalisé consacrant la corruption des mots, consacrant la perversion du sens des mots ; c’est-à-dire cette vision du monde hiérarchisant les hommes, divisant les hommes en deux catégories : les élus, les éclairés, les détenteurs exclusifs de l’être homme et les autres ; les autres, ce troupeau des autres ; ces autres condamnés au servage, désignés pour l’esclavage.
L’odyssée démocratique actuelle est un nouveau fascisme ; un nouveau fascisme qui affirme sans ambages, qu’il y aurait des démocraties pures, intrinsèquement supérieures et ayant une vocation naturelle, presque biologique, à diriger le monde, à généraliser partout la démocratie du semblable; elle est ce fascisme qui manipule et reconstruit la figure du dictateur au gré de ses intérêts, selon un discours à géométrie variable. Et voilà un jour Kadhafi accueilli – le tapis rouge déroulé - comme un respectable chef d’Etat à Paris et, voilà le même Kadhafi, quelques mois plus tard, accusé de tous les maux du monde. Accusé de bombardement de son propre peuple. Fait jamais prouvé, fait démenti par de nombreux témoins, dont Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, le contre-espionnage français et actuel Président du CIRET, Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme : « Nous avons un certain nombre d’éléments précis, donc de contre-vérités, pour ne pas dire des mensonges, qui ont été énoncées en particulier par Al-Jazzera. Par exemple l’assertion selon laquelle Kadhafi bombardait sa propre population. Nous avons constaté nous-mêmes à Tripoli que c’était totalement faux. Alors, accuser un dirigeant politique de bombarder sa propre population c’est une accusation extrêmement grave, surtout quand la justification de l’intervention internationale c’est la protection des populations civiles. »
L’odyssée démocratique actuelle est fascisme parce qu’elle accuse pour légitimer l’agression. Elle fait commerce, elle fait négoce de pétrole, de cacao, d’avions de combat avec tel ou tel pouvoir ; puis un matin, elle se réveille, le lâche sec et dit, solennellement, toute honte bue : « Je te déclare, je te condamne, sans pourvoi ni recours, dictature et objet de haine ; et puisqu’il en est ainsi je te bombarde quand je veux. Pour le bien de ton peuple et pour le bien de l’humanité évidement. »
L’odyssée démocratique, cette geste politique qui glorifie l’anéantissement, la destruction, la culture de la destruction, la culture des bombardements comme lieu commun devant régir les relations internationales, est un fascisme qui porte dans ses entrailles la nostalgie des fureurs anciennes, le cauchemar et le chemin des fureurs d’hier. Les chemins notamment d’un Mussolini sur les routes d’Ethiopie. Qu’on se souvienne : en l’an 1936, le Duce Mussolini bombarde, bombarde, bombarde l’Ethiopie. Et le 5 mai, le visage enivré par la victoire, Mussolini célèbre la renaissance de l’Empire romain, persuadé que l’occupation de l’Ethiopie est fin ultime de l’histoire. Mais voilà : l’Ethiopie mise à genoux par les bombes italiennes, ne cède pas. On ne cède pas devant l’oppression ; on ne plie pas devant l’occupation. On résiste. L’Ethiopie refuse donc d’abdiquer.
Et le 30 juin 1936, le Négus, Hailé Sélassié, ayant échappé aux bombardements de Mussolini, fait le voyage de Genève pour plaider la cause de son peuple. « J’ai décidé, dit-il, de venir en personne, témoin du crime commis à l’encontre de mon peuple, afin de donner à l’Europe un avertissement face au destin qui l’attend, si elle s’incline aujourd’hui devant les actes accomplis. C’est la sécurité collective ; c’est l’existence même de la Société des Nations ; c’est la confiance que chaque Etat place dans les traités internationaux ; c’est la valeur des promesses faires aux petits Etats que leur intégrité et leur indépendance seront préservées ; c’est le choix entre d’un côté le principe de l’égalité entre nations, et de l’autre celui de l’acceptation de leur vassalité ; en un mot c’est la moralité internationale qui est en jeu. Je déclare à la face du monde entier que l’Empereur, le gouvernement, et le peuple d’Ethiopie ne s’inclineront pas devant la force ; qu’ils maintiennent leur revendication d’utiliser tous les moyens en leur pouvoir afin d’assurer le triomphe de leurs droits. »
Cinq ans plus tard ; cinq ans, jour après jour, après les bombardements mussoliniens, Hailé Sélassié retrouve sa terre, de nouveau libre. Sur le balcon du Palazzo Venezzia, Mussolini, le regard toujours tourné vers l’Ethiopie, est inconsolable ; il gesticule, éructe, parle encore avec ses muscles: « Je sais que des millions et des millions d’Italiens souffrent d’un mal indéfinissable et qui s’appelle le mal de l’Afrique. Pour le guérir, il n’y a qu’un moyen, retourner là-bas. Et nous y retournerons ». On connait la suite. Mussolini a commencé sa carrière de tyran en bombardant l’Ethiopie, avant de poursuivre son parcours de massacreur en tyrannisant et en broyant ses compatriotes. Car il en est ainsi de cette outrecuidante conviction de la supériorité d’un pouvoir sur un autre, d’une nation sur une autre : elle est toujours porteuse en soi des germes de la barbarie totale. Tout pouvoir qui s’amuse à détruire d’autres pouvoirs, au gré de ses intérêts, s’ensauvage fatalement ; toute société humaine qui brutalise, qui s’emploie à déshumaniser d’autres sociétés, se déshumanise, se bestialise inévitablement, indubitablement.
Légitimer donc l’agression commise contre la Côte d’Ivoire, excuser les bombardements de Tripoli, c’est tout simplement légitimer les crimes à la chaîne ; c’est admettre l’enfer, non seulement là-bas mais aussi ici et ailleurs, demain. C’est absoudre, accepter la réduction de certains pays au statut de chose, de viande, de chair à abattre, à dépecer, à dépiauter, à sectionner, à déchiqueter, à maltraiter, à dévorer, à partager entre puissances du jour. C’est revenir à la loi de la jungle qui ne reconnait que le droit du plus fort, qui ne sanctifie que la férocité; c’est cautionner, acquitter la restauration coloniale, la récidive coloniale; c’est consacrer le retour aux mauvais penchants, aux passions meurtrières des anciennes puissances coloniales ; c’est admettre la violence impériale comme une pratique somme toute banale, ordinaire; c’est renoncer à notre propre humanité à tous. Car le fascisme, tout fascisme, même quand il s’autoproclame odyssée démocratique, constitue un attentat contre l’humanité de tous les hommes. Un attentat qui doit être combattu, que chacun est tenu, devant sa propre conscience d’homme, de combattre.
L’attentisme, l’indifférence muette ne saurait plus être de mise : devoir d’engagement humain. Il s’agit au nom du respect de l’égale dignité de tous les hommes de desserrer le carcan de ce nouveau fascisme, le carcan de cette ombre menaçante, cette ombre de fureurs et de crimes ; cette ombre de prédation sans frontières. Qu’il ne soit plus permis à ces anciens-nouveaux prédateurs de se retrouver seuls à seul, dans un huis-clos mortel, avec leur proie à déchiqueter ; que la solitude ne soit plus le destin des pays sélectionnés, ajustés pour subir le fer, le feu et le tonnerre ; et que l’essentiel soit rappelé de nouveau: la sauvagerie des bombes ne saurait fonder une quelconque démocratie ; que l’essentiel soit de nouveau proclamé, affirmé : la démocratie n’est ni cette célébration, cette glorification imbibée de mémoire coloniale de la violence sadique des plus forts sur les plus faibles, ni cette license de domination des pays puissants sur les plus faibles ni cet écrasement du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à coups de bombes; la démocratie est droit à la parole pour tous, droit à l’invention de soi pour tous, droit à être soi pour tous, droit à décider pour soi pour tous. En toutes libertés.
Libye : le mépris et la mauvaise foi
La guerre de Libye n’est pas la guerre d’Espagne. Et les insurgés, barbus et armés de mitrailleurs, de lance-roquettes et de mortiers montés sur pick-up, ne sont pas des idéalistes rêvant de Liberté et de Démocratie. Ces concepts, qu’ils invoquent devant les caméras de télévision, ne les intéressent que dans la mesure où ils peuvent porter à l’instauration d’un Etat théocratique fondé sur la charia. Quant à la résolution 1973, elle n’est qu’une hypocrisie occidentale de plus. Prétendument votée pour protéger les civils, elle sert en fait les intérêts des ex-puissances coloniales qui utilisent l’OTAN pour dicter leurs volontés au peuple libyen par la terreur des « frappes aériennes » et essayer de chasser Kadhafi dans le but de le remplacer par des gouvernants fantoches à leur service. Le loup, dit un adage italien, perd le poil mais pas le vice. Ainsi, le colonialisme : s’il est mort dans la lettre, il ne l’est point dans l’esprit... Nicolas Sarkozy, Président de la république française, vient de nous le rappeler en opérant une fière et glorieuse démonstration au moyen d’une intervention armée en Libye, pays dont le sous-sol suscite des convoitises insoupçonnées du fait qu’il est riche des plus importants gisements de pétrole du continent africain. Faisant mine d’avoir perdu le train du « Printemps arabe » dont il s’apprêtait en vérité à compromettre le départ en armant Ben Ali, il a fini par faire un plongeon dans les profondeurs de l’histoire et s’est mis à rouler à l’heure des Raymond Poincaré, Lloyd George et autres Balfour, à l’époque où les franco-britanniques tramaient et concoctaient les accords « Sikes-Picot » au moyen desquels ils allaient se partager les dépouilles de l’empire ottoman, autrement dit le monde arabe, en réduire les habitants à leur puissance et les condamner à vivre à genoux ou à mourir. Et, éclairé par un Bernard Henri Lévy, qui s’est mis quant à lui à jouer les Lawrence d’Arabie pour le compte du sionisme et d’Israël, a-t-il aussitôt décidé d’ourdir avec David Cameron, Premier ministre britannique, un plan fumeux pour justifier la guerre dans laquelle il allait jeter la France, sans état d’âme vu qu’il en rêvait depuis le temps où Jacques Chirac avait refusé de s’associer à George Bush et Tony Blair et d’envoyer des soldats français mourir pour une mauvaise cause en Irak.
Certes, le dessein claironné serait des plus nobles et des plus louables : Qui en effet trouverait à dire ou à redire contre la défense des opprimés ? Cependant, à moins d’être contraint de se défendre, le recours à la guerre est toujours le pire des choix pour conclure une controverse ; ceci d’une part. Il est par ailleurs le moyen moins approprié pour tenter de résoudre une question humanitaire. Et donc, en l’occurrence, honni soit qui voile d’un prétendu humanisme les réelles intentions qui l’y poussent … Car, il faut bien le dire et le clamer haut et fort : libérer les Libyensde Kadhafi n’est ici aussi qu’un prétexte saisi dans le but de remonter la pente vers une réélection présidentielle, irrémédiablement compromise, en tentant de donner l’illusion aux Français que l’on s’engageait dans un combat pour la liberté afin de« restituer à la France sa place et son rôle de grande puissance »… De plus, « offrir la démocratie » au peuple de Libye en le faisant sombrer dans l’apocalypse à coups de missiles et de bombes en uranium appauvri (chirurgicaux…de bonne mémoire ! ) ne relève-t-il pas de la plus horrible et la plus monstrueuses des hypocrisies ? Le chaos dans lequel a été précipité l’Irak n’est-il pas le plus brûlant des précédents - que les Irakiens vivent cruellement au quotidien dans leur chair et dans leur âme - pour démentir ces bonnes intentions charriées par un fleuve de mensonges ignobles sans cesse démentis par de flagrantes incohérences ? Car il faut le dire, le répéter et le hurler : dans l’esprit des preux chevaliers de la liberté de l’Occident, qui se sont encore une fois dressés comme un seul homme derrière Sarkozy et Cameron, du même mouvement qui les avaient poussés derrière Bush et Blair, la peau des insurgés de Benghazi ne vaut pas plus que celle d’un chien mort : elle ne vaut que par ce qu’elle leur offre l’occasion de donner de la voix pour affermir leur désir de suprématie et de domination. Car il ne faut pas s’y tromper : en Occident le racisme anti-arabe n’est ni mort ni enterré. Et, nombreux sont les chevaliers de la liberté qui ne cessent de fourbir leurs armes pour aller « casser du bougnoule » et se liguent pour la croisade à la première occasion. Il suffit d’entendre les discours hargneux qu’ils déversent sur les plateaux de télévision où l’ignorance, la superbe et le mépris rivalisent pour accoucher de l’infamie et de l’amalgame et faire triompher la diabolisation et la désinformation dans le but de masquer l’injustice en action. Car a-t-on jamais vu ces preux chevaliers de la liberté verser une larme ou élever quelque parole de contrition sur les centaines de milliers d’Irakiens massacrés par les Bush et leurs acolytes, ou les milliers de Palestiniens exterminés par Israël dans le silence pernicieux et fatalement complice de l’Occident ?
L’instrumentalisation et la manipulation sont flagrantes et claires : Nul de ces preux chevaliers de la liberté n’est allé regarder de plus près, et en tout cas sans les prismes de la mauvaise foi, ce qui se passe en Libye. Certes, les Libyens ont eux aussi été pris dans le vent de la contestation arabe qui soufflait à leurs frontières et qui a chassé de Tunis et du Caire les deux tyrans qui étaient solidement assis sur leurs trônes depuis trente ans sans avoir répondu à la moindre aspiration de populations frappées par un méchant destin. Cependant, le vent qui s’est levé sur la Libye n’avait pas un souffle de misère, car la Libye est depuis les années 1970 une des cinquante nations les plus riches du globe, avec les PIB et IDH plus élevés d’Afrique. Et, faut-il le rappeler, les Libyens ont abandonné depuis 40 ans les travaux et les emplois plus pénibles et moins bien rémunérés aux immigrés provenant d’autres pays arabes, de l’Afrique sub-saharienne ou du Bangladesh… Aussi, contrairement à ce qui s’est passé chez ses deux voisins, en Libye, après une rapide protesta aux origines différentes de celle qui a balayé la Tunisie puis l’É gypte, sur les places de Tripoli et d’autres villes se sont rassemblés en masse des dizaines de milliers Libyens de tous âges et des deux sexes pour manifester en faveur du « Guide », lui exprimer leur amour en arborant ses portraits, agitant le drapeau vert de la Jamahiriya et scandant leur solidarité. C’est en Cyrénaïque et principalement à Benghazi que les manifestations déclenchées le 13 février, soit une semaine avant Tripoli, ont tourné aux émeutes armées et à la guérilla urbaine. Du coup, la Libye semble s’être trouvée brutalement coupée en deux par des bandes hétéroclites composées exclusivement d’hommes, dont de nombreux barbus, hurlant leur haine de Kadhafi devant les caméras de télévision, invoquant Allah, brandissant comme symbole de la liberté le drapeau de l’ère monarchique et des armes de guerre volées dans les arsenaux… Ces drôles de révolutionnaires, apparemment surgis du néant, sont en fait pour la plupart d’anciens opposants qui attendaient leur heure et le moment propice pour relancer la révolte islamique déclenchée dans les années 1990 et que Kadhafi avait mâtée après avoir échappé à leur tentative d’assassinat. En fait il s’agit de salafistes, qui se sont affiliés entre-temps à l’AQMI, et qui appartenaient à différents groupes tels que les Partisans d’Allah ou le Mouvement islamique des Martyrs auxquels s’étaient joints des militaires insoumis. Beaucoup étaient allés se battre dans les rangs des talibans en Afghanistan ou en Irak.
Que des jeunes Libyens épris de démocratie et de liberté les aient ralliés n’est qu’une de ces aberrations de l’histoire, une de ces alliances contre-nature qui poussent vers le même bord et dans le même effort tous les ennemis d’un même tyran. Aussi, est-il important de noter que dans leurs prêches les imams qui encadrent ces révoltés en dictant leur conscience n’ont cesse de leur rappeler que « tout compromis avec les opposants laïcs est impossible » et que « les idéaux démocratiques ne peuvent correspondre à la société libyenne ». Quant aux réelles motivations ayant poussé à la dissidence le ministre de la justice Mustapha Mohamad Abdeljalil, quelques fonctionnaires et des diplomates, qui ont profité de cette révolte pour tenter de constituer un autre gouvernement, nul de ceux qui en Occident leur ont accordé crédit n’a cru nécessaire de les établir au préalable, même si aucun autre pays, en dehors de la France, n’est allé jusqu’à reconnaître leur Conseil national de transition comme seul représentant du peuple libyen, ainsi que l’a fait de façon précipitée et incongrue Nicolas Sarkozy. Pas plus que n’a été vérifiée ni prouvée la légitimité de ces personnages qui n’ont cependant pas convaincu nombre de ministres des Affaires étrangères européens, suscitant les réserves de quelques uns et le refus catégorique du chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, d’avaliser une rébellion dont les fauteurs sont des hors-la-loi au regard du droit international, comme a tenu à l’indiquer son homologue russe, Sergueï Lavrov. C’est tout juste si quelque voix s’est élevée en Italie pour dire « Nous ne savons pas qui sont ces insurgés que nous entendons aider ». Malheureusement, les preux chevaliers de la liberté occidentaux n’ont pas adopté ce minimum de prudence, qu’aurait dû leur dicter un minimum de bon sens. Tant et si bien, que forts d’une résolution extorquée au Conseil de sécurité de l’ONU au moyen d’un « massacre des innocents à Benghazi », aussi sinistre et angoissant que l’avait été la « toxine botulique irakienne », par un Alain Juppé aussi vaillant, aussi valeureux et théâtral dans le verbe et dans le geste que l’avait été un Colin Powell brandissant la fiole du danger fatal, ils ont volé au secours de rebelles, dont il leur a suffi d’entendre les cris de haine à l’endroit de Kadhafi pour les sanctifier, les auréoler et les parer de la toge de héros de la démocratie !… Eux prient Allah en masse afin qu’il durcisse les cœurs de Sarkozy, Cameron et Obama et leur fasse abattre sur la Libye un déluge de fer et de feu afin de pulvériser Kadhafi, son armée et les millions de Libyens qui le soutiennent. Ainsi ils se verraient livrer une Libye transformée en champs de ruines propice dans la rue arabe à un regain de haine anti-occidentale… Car les masses arabes ne sont pas dupes : On aura beau tenter de les abuser en invitant un quarteron d’Arabes de service à Londres pour présenter leurs faciès comme l’aval le plus évident et le plus concret de la Ligue arabe, elles voient bien se renouveler le scénario irakien et comprennent que les preux chevaliers de la liberté occidentaux désirent tout simplement chasser le « Guide » pour le remplacer par une potiche de façon à placer son pays et ses immenses gisements de pétrole sous tutelle. Et, le précédent irakien toujours présent à l’esprit, elles sont fatalement poussées à croire qu’avec le « droit d’ingérence » et la« guerre humanitaire » le colonialisme a trouvé une nouvelle voie… sans rien perdre en perfidie. Bien au contraire !
Journaliste - écrivain - Auteur de différents ouvrages, dont Les démons de la foi ( essai - Dualpha 2007) ; La mort en récompense (roman - L’Harmattan 2006) ; L’injustice et la trahison - Israël, les Arabes et la Palestine - ( essai - Dualpha 2008).


