16 février 2011

A propos du dernier prix Nobel de la Paix

 

Ce que le jury Nobel vous cache : QUI EST LIU XIAOBO ?

    Guerre de l'Opium  

 

Domenico Losurdo,

 

    Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbin (Italie).  

 

       

 

    Quelques jours après l’attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, la presse occidentale n’a toujours pas informé ses lecteurs des idées qu’il défend. Et pour cause ! Le Nobel de la paix a été décerné à un nostalgique de la colonisation qui ne voit de salut que dans l’écrasement de sa propre culture par les armées occidentales.  

 

       

 

    En 1988, Liu Xiaobo déclara dans une interview que la Chine avait besoin d’être soumise à 300 années de domination coloniale pour pouvoir devenir un pays décent, de type évidemment occidental. En 2007, Liu Xiaobo a réaffirmé sa thèse et a invoqué une privatisation radicale de toute l’économie chinoise.  

 

    Je reprends ces informations d’un article de Barry Sautman et Yan Hairong publié sur le South China Morning Post (Hong Kong). Il ne s’agit pas d’un journal aligné sur les positions de Pékin qui, au contraire, est critiqué dans ce même article pour avoir frappé une opinion fût-elle « ignoble » par la détention plutôt que par la critique.  

 

       

 

    De mon côté je voudrais faire quelques observations. On peut lire même dans les manuels d’histoire occidentale que commence, à partir des guerres de l’opium, la période la plus tragique de l’histoire de la Chine : un pays de très antique civilisation est littéralement « crucifié », écrivent d’éminents historiens ; à la fin du 19ème siècle, la mort en masse d’inanition devient une affaire quotidienne banale. Mais, selon Liu Xiaobo, cette période coloniale a trop peu duré ; elle aurait dû durer trois fois plus ! Le moins qu’on puisse dire est que nous sommes en présence d’un « négationnisme ». Eh bien, l’Occident n’hésite pas à mettre en prison les « négationnistes » des infamies perpétrées aux dépens du peuple juif, mais attribue le « Nobel de la paix » aux « négationnistes » des infamies longtemps infligées par le colonialisme au peuple chinois !  

 

    Malheureusement, la gauche ne se positionne pas très différemment, cette gauche qui s’est bien gardée de condamner l’arrestation en son temps de David Irving et autres représentants de ce même courant qui sont encore en prison, mais qui ces jours-ci chante les louanges de Liu Xiaobo.  

 

       

 

    Ce dernier, par ailleurs, ne s’est pas limité à exprimer des opinions, fussent-elles « ignobles » (comme le reconnaît le     South China Morning Post). Après avoir en 1988 invoqué trois siècles de domination coloniale en Chine, il est revenu à toute allure l’année suivante (de sa propre initiative ?) des USA en Chine, pour participer à la révolte de la Place Tienanmen, et s’engager à réaliser son rêve. C’est un rêve pour la réalisation duquel il continue à vouloir agir, comme le montre (dans une interview en 2006 par un journaliste suédois) sa célébration de la guerre états-unienne pour l’exportation de la démocratie en Irak.  

 

       

 

    Comme on peut voir, nous sommes en présence d’un personnage qui, contre son pays, invoque directement la domination coloniale et, indirectement, la guerre d’agression. C’est un rêve qui lui a valu en même temps la détention dans les prisons chinoises et le « Prix Nobel de la paix ».  

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27 avril 2008

Position sur le Tibet et la Chine

Un texte qui traduit assez bien la position du blog sur le sujet:


On parle beaucoup ces jours-ci du Tibet et la Chine, à propos des Jeux Olympiques. En fait les JO ont déjà été organisés par des dictatures. Ce qui est à craindre, c'est que le gouvernement chinois aggrave encore la répression avant les JO afin d'empêcher toute opposition de se manifester pendant les jeux. Il existe un précédent : en 1968 au Mexique, une répression meurtrière s'était produite quelques jours avant l'ouverture des JO.

Face à la violence d'Etat menée par le gouvernement chinois au Tibet, certains présentent comme alternative le dalaï-lama Tenzin Gyatso. Si le combat mené contre la dictature du gouvernement chinois est bien sûr justifié, il n'y a pas de raison de décréter qu'il faudrait remplacer cette dictature par celle d'un chef religieux. Notre solidarité va vers les travailleurs du Tibet et de Chine qui parviennent à lutter, dans des conditions très difficiles, contre l'exploitation et pour la démocratie.

La dictature du gouvernement chinois crée un régime d'inégalités exacerbées et de sur-exploitation, avec un étouffement policier de la lutte de la classe exploitée (en lutte contre ses exploiteurs). Cette lutte existe dans des conditions très difficiles : répression des grèves, interdiction des véritables syndicats, etc...

Il est indispensable de combattre la domination capitaliste exercée en premier lieu par le parti unique néo-stalinien chinois, et de mettre fin à ce régime qui empêche la liberté et l'égalité, qui bafoue les droits humains fondamentaux.

Ce qui est à souhaiter, c'est une révolution sociale renversant la dictature, chassant l'oligarchie régnante du PCC, et permettant la démocratie politique et sociale. Les travailleurs pourraient ainsi, au minimum, se défendre normalement contre l'exploitation, et ainsi obtenir des avancées sociales, l'augmentation de leurs salaires, etc... Ce nécessaire renforcement des possibilités d'action des travailleurs de Chine pour leur lutte de classe serait favorable aux travailleurs du monde entier, et pourrait au contraire poser des problèmes aux capitalistes qui soit "délocalisent" en Chine, soit se servent du contre-exemple chinois comme moyen de pression pour accroître l'exploitation qu'ils exercent sur "leurs" salariés.

Mais à terme, ce qui est nécessaire pour en finir avec l'oppression et la barbarie, c'est une révolution mondiale pour l'émancipation, pour en finir avec le mode de production capitaliste, pour la conquête de la démocratie en Chine, au Tibet, et ailleurs. Contre la répression et la théocratie : la lutte des travailleurs ! 

http://democom.neuf.fr/

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07 avril 2008

Tibet: la photo manipulée

Tibet : Enquête sur une photo manipulée
Michel Collon  

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Regardez bien cette photo « Soldats chinois déguisés en moines », que vous avez sans doute reçue ou recevrez bientôt. Elle circule beaucoup sur le Net, avec le commentaire : « Londres - 20 mars - Le GCHQ, l'agence gouvernementale de communications qui surveille électroniquement la moitié du monde depuis l'espace, a confirmé l'accusation du Dalaï Lama, selon laquelle l'Armée Populaire de Libération chinoise, déguisée en moines, a provoqué les émeutes qui ont tué ou blessé des centaines de Tibétains... »
La photo accusatrice http://flickr.com/photos/macy_miao/2370855959/in/pool-tibetphoto

Cette photo est censée le prouver, et elle a donc indigné beaucoup de gens. Maintenant, regardez attentivement cette photo, et jouons au jeu des sept erreurs...

Les 7 erreurs...
1. Avez-vous déjà vu une « photo - satellite » prise avec un tel angle de vue ? Physiquement, c'est impossible. D'un tel angle, on ne verrait qu'un brouillard bleu (Lorsqu'on voyage en avion, on ne peut voir que sous l'avion, pas très loin.)
2. On nous dit que les soldats se déguisent en moines pour jouer les agents provocateurs. Sont-ils assez stupides pour mener une telle opération secrète en pleine rue ?
3. On nous dit que la photo est récente, juste avant les événements. Qu'est-ce qui le prouve ?
4. J'ai interrogé un ami connaissant le Tibet. Il dit que cette photo ne peut avoir été prise ce 14 mars, sous un soleil printanier, car le printemps n'est arrivé que le 21 mars cette année au Tibet.
5. Il me dit aussi que ces couleurs des vélo - taxis de Lhassa ont changé à partir de 2005.
6. Il dit également que ces uniformes des policiers ne sont plus utilisés depuis longtemps.
7. Il fallait donc mener une petite enquête qui nous a fait découvrir une toute autre version...

Mais alors d'où vient-elle ?
En réalité, la photo date de 2003. Lors du tournage d'un film, les moines ont refusé de jouer les figurants. Ce sont donc des soldats qui en ont été chargés, et ils reçoivent ici leurs uniformes de figurants. Pratique courante là-bas, semble-t-il. En tout cas, rien à voir avec les récentes images TV montrant des moines exercer des violences et détruire des magasins à Lhassa.
Bon, ça semblait tellement gros qu'il fallait quand même vérifier. Eh bien, en fait, vous pouvez trouver confirmation sur... le site pro-indépendantiste qui diffuse la photo 'accusatrice' :
http://buddhism.kalachakranet.org/chinese-orchestrating-riots-tibet.htm

La photo y est sous-titrée : This is not an uncommon 'tactical move' from the Chinese government, as could be seen on the back-cover of the 2003 annual TCHRD Report
This photo was apparently made when monks refused to play as actors in a movie, so soldiers were ordered to put on robes. (Ceci n'est pas un 'mouvement tactique' inhabituel de la part du gouvernement chinois, comme on peut le voir sur la couverture arrière du rapport 2003 du Tibetan Centre for Human Rights and Democracy. Cette photo semble avoir été prise lorsque des moines ont refusé de jouer dans un film, de sorte que des soldats ont reçu instruction de porter ces robes.)

Selon un de nos contacts, la photo semble être prise lors du tournage d'un télé-film (en 25 épisodes) en 2003-2004. Basé sur "Lorsque la poussière est tombée", un roman d'Alai, auteur tibétain né en 1959 à l'ouest du Tibet. Ce roman a reçu le Prix de Maodun (un des plus grands prix littéraires chinois) en 2000 .

Interrogé sur cette manipulation, le webmaster du site a répondu qu'il a quand même associé la photo au texte accusant les Chinois « afin de montrer le genre de leurres que les Chinois ont utilisé dans les émeutes récentes ». Chacun appréciera cette déontologie journalistique.
Ensuite, toutes sortes de groupements ont purement et simplement supprimé ce commentaire pour faire croire que la photo était récente et qu'il s'agissait d'une conspiration de l'armée chinoise. Depuis, la photo fait le tour du monde...

"Photos - satellites" ? Ce n'est pas la première fois...
1. Ce n'est pas la première fois qu'on prétend nous démontrer la vérité avec des photos - satellites. En 1990, les Etats-Unis ont prétendu disposer de photos - satellites (qu'ils n'ont jamais montrées) démontrant que Saddam Hussein allait envahir l'Arabie Saoudite. Ce truc de diabolisation a joué un grand rôle pour manipuler l'opinion. J'ai analysé ce médiamensonge dans mon livre Attention, médias ! (page 21)
2. En 2003, les Etats-Unis ont diffusé des photos - satellites « prouvant » que l'Irak possédait des armes de destruction massive.
3. Plus récemment, ils ont récidivé contre l'Iran (taisant le fait qu'Israël possède deux cents têtes nucléaires illégales).

Une image peut-elle mentir ?
C'est donc le moment de rappeler qu'on peut mentir avec des images. Sans parler des techniques graphiques actuelles, de grands cinéastes comme Chris Marker ont brillamment démontré comment un commentaire peut faire dire n'importe quoi à une image et sembler crédible. En fait, l'image elle-même ne nous dit pas :
1. Quand et où elle a été prise.
2. Ce qu'elle montre vraiment.
3. Ce qu'elle cache (à côté, avant, après...)

Tous, nous nous sommes déjà fait piéger par de telles images dans le passé. Certes, chacun se fera son opinion sur la question du Tibet en essayant de vérifier les deux versions, en étudiant les intérêts en jeu des deux côtés. Mais en tout cas nous avons droit à une info non manipulée. Nous suggérons aux personnes qui ont diffusé cette image de diffuser aussi le rectificatif.

MICHEL COLLON

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28 septembre 2007

Birmanie: je n'irai pas à la manif, par Jean Bricmont

Je n’irai pas à la manif (de Bruxelles), même en admettant que la situation en Birmanie est horrible, que l’opposition a entièrement raison etc., parce que :

1. Je pense que les progressistes doivent exiger des gouvernements occidentaux - dont le nôtre - qu’ils s’ingèrent moins et non plus dans les affaires intérieures des autres pays. C’est un principe général, qui est soutenu par tout le mouvement des pays non alignés. Il faut exiger moins de sanctions, pas plus, et refuser l’usage des droits de l’homme et de la démocratie comme instrument d’ingérence. Nous n’avons aucun moyen d’agir directement sur la situation en Birmanie, et tout ce que l’on fait c’est de demander au gouvernement belge, qui suit en cela les Etats-Unis, de prendre des sanctions. La priorité des progressistes à mon avis, devrait être, lors d’une crise comme celle-ci, de connaître et de faire connaître les points de vue des gouvernements qui s’opposent à l’hégémonie américaine, la Chine par ex., ou d’autres pays du tiers-monde.

2. A partir du moment où une “cause” est soutenue par les Etats-Unis, et par tous les médias des pays occidentaux, comme celle-ci, ou, dans le temps, les rebelles afghans (à l’époque soviétique) , Solidarnosc, les Kurdes en Irak ou les Kosovars, elle n’a pas besoin de l’aide de ma modeste personne. Je préfère réserver mon temps et mes efforts à des causes que les grandes puissances ne soutiennent pas : les Palestiniens, l’opposition libanaise, les Irakiens, et le droit pour l’Iran à l’énergie nucléaire.

3. Je pense que ce serait une excellente “initiative citoyenne” de boycotter délibérément les manifestations auxquelles nous invitent nos médias. Quand on voit la quantité de manipulations auxquels ils se livrent, jouant sur les bons sentiments pour nous faire adhérer à l’agenda occidental du moment, la vraie résistance consiste par commencer en leur disant : Non.

Par “manipulation” je ne veux pas dire que la situation n’est pas terrible en Birmanie, mais la question des priorités se pose. Pourquoi focalisent-ils leur attention sur la Birmanie, dont nous ne sommes pas responsables, et pas sur l’Irak, qui est la plus grande catastrophe humanitaire de notre temps (d’après les rappport les plus récents, un million de morts, trois à quatre millions de réfugiés), et dont nos alliés américains sont directement responsables ? A quand une manif pour demander que les Américians se retirent du Moyen Orient, cessent leurs menaces contre l’Iran et leur soutien à Israël ? On peut être certain qu’aucun média ne serait favorable à celle-ci. Et, étant donné les rapports de force, dans lesquels la soumission intellectuelle des progressistes à l’agenda médiatique joue un grand rôle, personne ne se risquerait à organiser une telle manif. Pourtant, en étant dirigée contre nos alliés et pas contre nos “ennemis” (la Chine), elle aurait au moins le mérite de l’honnêteté.

Jean Bricmont

Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il a notamment publié « Impostures intellectuelles », avec Alan Sokal, (Odile Jacob, 1997 / LGF, 1999) et « À l’ombre des Lumières », avec Régis Debray, (Odile Jacob, 2003), Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?, préface de François Houtart, (Aden, 2005.).

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Posté par Alaindependant à 23:05 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
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