13 novembre 2011

11 novembre, suite

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/11/11/11318170.html:

Gy_l-Eveque02 - Copie
Monument de Gy-l’Évêque (près d’Auxerre)


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11 octobre 2011

Le fardeau des dépenses militaires

Dépenses militaires et débats électoraux.

La crise financière mondiale met à nu, parmi d'autres contradictions, le rôle négatif joué par le fardeau des dépenses militaires dans l'économie de nombreux pays. L'économie grecque est plombée par celles-ci. Aux États-Unis, l'économiste Josef Stiglitz a écrit que  « La croissance des dépenses de défense, avec les exemptions d'impôt de George Bush, sont des raisons clefs pour expliquer comment les Etats-Unis sont passés d'un excédent budgétaire de 2 % du PIB, au moment de l'élection de George Bush, à un déficit et à la position de la dette aujourd'hui ». Le budget militaire étatsunien dépasse les 750 milliards de dollars, mais si on y réintègre d'autres dépenses liées (retraites, sécurité intérieure, soins de longue durée aux anciens combattants, intérêts de la dette liée aux dépenses militaires), l'économiste Chalmers Johnson estime alors que le chiffre le plus réaliste est supérieur à 11OO Mds de $ pour 2008 ! Rien de surprenant dans ce contexte de voir des puissances dites émergentes comme le Brésil, l'Inde, augmenter elles aussi leurs dépenses militaires (+30 % entre 2007 et 2011). La Chine les a portées à 91 Mds de $ en 2011, soit environ 13,5 % de celles des USA. Ce rapport reste sensiblement le même si on intégre dans le budget chinois les dépenses non prises en compte (maintien de l'ordre, par ex) et si on les compare ce nouveau total (près de 200 Mds de $) au budget officiel étatsunien augmenté des mêmes dépenses non prises en compte (plus de 1100 Mds de $).
En France, à un budget de la défense important (38 Mds d'euros avec les pensions) s'ajoute maintenant un coût des interventions militaires extérieures (OPEX) en augmentation constante : plus d'un milliard d'euros en 2011 ! Certaines sont d'une légitimité internationale douteuse car le mandat initial du Conseil de sécurité des Nations unies a été perverti comme en Afghanistan (la pression US a fait passer l'option militaire avant les volets civils de l'opération) ou en Libye (la protection des civils contre Khadafi a été instrumentalisée au profit d'une opération de renversement du régime). Le coût des opérations françaises en Afghanistan s'établirait officiellement à plus de 600 millions d'euros et celui des opérations en Libye entre 300 et 350 millions d'euros selon le ministre Longuet (environ 60 % pour les munitions tirées et environ 70 millions d'euros de primes pour les 4300 militaires concernés par ces six mois d'opération). Ces chiffres sont-ils complètement transparents ? L'exemple du Royaume-Uni permet d'en douter : en juillet dernier, le gouvernement britannique avait indiqué que le coût global de la campagne de Libye tournerait autour de 300 millions d'euros, en septembre, une étude du Département de la Défense chiffre à 2 Mds d'euros les dépenses engagées par les Britanniques, soit sept fois plus ! L'opposition travailliste réclame la transparence, la question est posée aussi en France !
L'augmentation ou le maintien à un haut niveau des dépenses militaires perd sa légitimité dans le cadre de la crise financière et de l'austérité imposée aux populations. Il n'est pas étonnant dans ce contexte de voir se développer depuis le début du mois de septembre une campagne de presse pour maintenir au plus haut les dépenses militaires en France, et soutenir les politiques de militarisations défendues par l'actuel Président de la République.
Le général de l'armée de l'air, Stéphane Abrial, délégué à l'OTAN, déclare dans La Tribune que "Notre effort de défense doit être soutenu" ; le député UMP Guy Tessier, président de la commission de la Défense, refuse toute réduction "parce que là on est vraiment arrivé à l’épure...". Les arguments pour justifier ces choix sont sur le thème : le monde ne devient pas moins dangereux au contraire...
Cette pseudo-démonstration se base justement sur l'augmentation des dépenses militaires mondiales sans dire qu'elles proviennent d'abord du non-règlement de conflits (Irak, Afghanistan, Libye) qui auraient pû être résolus politiquement différemment et aussi, d'un climat de méfiance persistant du fait du ralentissement, voire du blocage, depuis l'ère Bush des processus de désarmement, notamment sur l'arme nucléaire. On peut d'ailleurs s'étonner de lire dans la presse de ces derniers jours des leaders socialistes comme Arnaud Montebourg (dans La Tribune) ou le conseiller militaire de Lionel Jospin, Louis Gautier (dans Le Monde), exprimant un soutien sans condition à l'arme nucléaire française, sans prendre en compte, les débats internationaux qui se sont ouverts sur sa possible abolition.
Les orientations françaises de défense sont définies par le Livre blanc de la Défense qui couvre la période 2009-2014. Le ministère commence à travailler pour sa réactualisation pour prendre en compte les orientations pro-otaniennes et interventionnistes de Nicolas Sarkozy à partir de 2012. Quatre groupes de travail ont été créés afin de réintégrer les problématiques non traitées, ou pas assez traitées dans l’édition de 2008, selon les responsables du ministère. Mais voilà, les élections présidentielles et législatives de 2012 dont le résultat est devenu incertain bouleversent la donne. Du coup, selon Francis DELON, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, la rédaction finale du Livre blanc actualisé ne pourra intervenir qu’après ces élections afin que la nouvelle Assemblée Nationale puisse voter éventuellement une nouvelle Loi de programmation militaire. Cela signifie que le débat sur la politique de défense de la France, son budget militaire, ses armements, sa politique de sécurité, ses relations avec la société internationale doivent être au coeur des débats des futures élections et que les candidats doivent fournir aux citoyens des engagements clairs. Il n'est pas trop tôt pour y réfléchir.

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29 juin 2011

L'égalité contre la liberté ?

C’est ce que voudrait faire croire toute personne qui détient un pouvoir et qui n’entend pas le partager. Sa conception de la liberté, qui est celle des tout-puissants qui gouvernent le monde, prend ici sa forme la plus achevée dans la liberté des affaires, ou le « libre-échange », c’est-à-dire la libre circulation des biens, des services et des capitaux. Le « monde libre », expression utilisée par Winston Churchill dans son discours de Fulton en 1946, a désigné par la suite les pays riches, alliés aux États-Unis et situés en dehors du « bloc soviétique ». De la même façon, le terme libéral a perdu son sens initial, qu’il avait encore au temps de Molière, pour qualifier à la fois l’économie de marché et tous ses partisans.

Pour les hommes de pouvoir, aidés en cela par le cercle des privilégiés à leur service et qui forme le gros de l’élite, les deux mots liberté et égalité, inscrits dans la devise de la République, sont incompatibles. Cette confusion, entretenue en permanence, pleinement intégrée dans la « pensée unique », a été dénoncée par les révolutionnaires. Mais, poussés par les multiples tentations du pouvoir, ils ont préféré sacrifier l’égalité à leurs ambitions. Si bien que tant de gouvernements portés et soutenus par le peuple ont dégénéré en dictatures. Et même ceux qui prétendaient s’inspirer de Marx ont totalement oublié que pour lui, les deux mots sont inséparables et que l’égalité est la condition de la liberté. Son unique préoccupation étant l’avènement du vrai « règne de la liberté ».

Pendant que la mondialisation financière avance à grands pas, la seule parade pour sauver l’humanité de la barbarie toute proche est la République, à réaliser de toute urgence. La République, fondée justement sur la Liberté, l’Égalité et la Fraternité qui, loin de s’opposer, se conjuguent et se complètent pour le bonheur de tous.

Georges Benne

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07 juin 2011

Chrétiens et altermondialistes

les_chretiens_dans_la_mouvance_altermondialiste

De la première édition du Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001, aux suivantes de Nairobi en 2007 et de Belem en 2009, les observateurs ont constaté, parfois avec surprise, que les chrétiens étaient bien représentés au sein de la mouvance altermondialiste. Ce livre montre que cette présence ne doit rien au hasard.

Dans le contexte latino-américain, les militants et les organisations impliqués dans les forums mondiaux sont souvent issus des courants de la théologie de la libération. En Europe et particulièrement en France, l’engagement des chrétiens dans l’altermondialisme trouve son origine, dès la fin des années 1980, dans le combat pour l’annulation de la dette publique des pays du Sud et l’émergence d’une forte solidarité internationale. De leur côté, les catholiques français (CCFD, Secours catholique, CRID) entretenaient depuis longtemps des liens avec des partenaires en Afrique et en Amérique latine.

Au sein de cette mouvance les chrétiens se sont distingués par une participation non violente, un fonctionnement en réseau horizontal préservant leur marge de manœuvre et un refus de toute structuration idéologisée de l’altermondialisme. Parallèlement à cet engagement des chrétiens, des membres de la communauté musulmane se sont aussi impliqués dans ces forums nationaux et internationaux, mais avec plus ou moins de reconnaissance de la part des autres courants altermondialistes.

Christophe Grannec est maître de conférences à l’Université catholique de Lille. Il a obtenu un doctorat à la section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études, à la Sorbonne, et enseigné de 2003 à 2009 à l’Université de Sudbury, en Ontario, au Canada. Ont également participé à cet ouvrage : Sylvie Ayer, Yann Raison du Cleuziou, Xabier Itçaina, Timothy Peace.

Editions Karthala

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20 février 2011

Badiou: Tunisie, Egypte, "nous devons être les écoliers de ces mouvements, et non leurs stupides professeurs"

Tunisie, Egypte : quand un vent d'est balaie l'arrogance de l'Occident

           Le   vent d'est l'emporte sur le vent d'ouest.  Jusqu'à quand l'Occident désœuvré et crépusculaire, la "communauté internationale" de ceux qui se   croient encore les maîtres du monde, continueront-ils à donner des leçons de bonne gestion et de bonne conduite à la terre entière ? N'est-il pas risible de voir quelques intellectuels de service, soldats en déroute du capitalo-parlementarisme qui nous tient lieu de paradis mité, faire don de leur personne aux magnifiques peuples tunisiens et égyptiens, afin d'apprendre à ces peuples sauvages le b.a.ba de la "démocratie" ? Quelle affligeante persistance de l'arrogance coloniale !   Dans la situation de misère politique qui est la nôtre depuis trois décennies, n'est-il pas évident que c'est nous qui avons tout à apprendre des soulèvement populaires du moment ? Ne devons-nous pas de toute urgence étudier de très près tout ce qui, là-bas, a rendu possible   le renversement par l'action collective de gouvernements oligarchiques,  corrompus, et en outre – et peut-être surtout – en situation de  vassalité humiliante par rapport aux Etats occcidentaux ?

Oui, nous devons être les écoliers de ces mouvements, et non leurs  stupides professeurs. Car ils rendent vie, dans le génie propre de leurs inventions, à quelques principes de la politique dont on cherche depuis bien longtemps à nous convaincre qu'ils sont désuets. Et tout particulièrement à ce principe que Marat ne cessait de rappeler : quand il s'agit de liberté, d'égalité, d'émancipation, nous devons tout aux émeutes populaires.
On a raison de se révolter. De même qu'à la politique, nos Etats et ceux qui s'en prévalent (partis, syndicats et intellectuels serviles) préfèrent la gestion, de même à la révolte, ils préfèrent la revendication, et à toute rupture la "transition ordonnée". Ce que les peuples égyptiens et tunisiens nous rappellent, c'est que la seule action qui soit à la mesure d'un sentiment partagé d'occupation scandaleuse du pouvoir d'Etat est le levée en masse. Et que dans ce cas,   le seul mot d'ordre qui puisse fédérer les composantes disparates de la  foule est : "toi qui est là, va-t'en." L'importance exceptionnelle de la révolte, dans ce cas, sa puissance critique, est que le mot d'ordre répété par des millions de gens donne la mesure de ce   que sera, indubitable, irreversible, la première victoire : la fuite de  l'homme ainsi désigné. Et quoi qu'il se passe ensuite, ce triomphe, illégal par nature, de l'action populaire, aura été pour toujours victorieux. Or, qu'une révolte contre le pouvoir d'Etat puisse être absolument victorieuse est un enseignement de portée universelle. Cette victoire indique toujours l'horizon sur lequel se détache toute action collective soustraite à l'autorité de la loi, celui que Marx a nommé "le dépérissement de l'Etat".
A savoir qu'un jour, librement associés dans le déploiement de la puissance créatrice qui est la leur, les peuples pourront se passer de la funèbre coercition étatique. C'est bien pour cela, pour cette idée ultime, que dans le monde entier une révolte jetant à bas une autorité installée déclenche un enthousiasme sans bornes.
Une étincelle peut mettre le feu à la plaine. Tout commence par le suicide par le feu d'un homme réduit au chômage, à qui on veut interdire   le misérable commerce qui lui permet de survivre, et qu'une femme-flic   gifle pour lui faire comprendre ce qui dans ce bas monde est réel. Ce geste s'élargit en quelques jours, quelques semaines, jusqu'à des millions de gens qui crient leur joie sur une place lointaine et au départ en catastrophe de puissants potentats. D'où vient cette expansion   fabuleuse ? La propagation d'une épidémie de liberté ? Non. Comme le dit poétiquement Jean-Marie Gleize, "un   mouvement révolutionnaire ne se répand pas par contamination. Mais par   résonance. Quelque chose qui se constitue ici résonne avec l'onde de choc émise par quelque chose qui s'est constitué là-bas". Cette résonance, nommons-là "événement". L'événement est la brusque création, non d'une nouvelle réalité, mais d'une myriade de nouvelles possibilités.
Aucune d'entre elles n'est la répétition de ce qui est déjà connu. C'est pourquoi il est obscurantiste  de dire "ce mouvement réclame la démocratie" (sous-entendu, celle dont nous jouissons en Occident), ou "ce mouvement réclame une amélioration sociale" (sous-entendu, la prospérité moyenne du petit-bourgeois de chez nous). Parti de presque rien, résonant partout, le soulèvement populaire crée pour le monde entier des possibilités inconnues. Le mot "démocratie" n'est pratiquement pas prononcé en Egypte. On y parle de "nouvelle Egypte", de   "vrai peuple égyptien", d'assemblée constituante, de changement absolu   d'existence, de possibilités inouïes et antérieurement inconnues. Il s'agit de la nouvelle plaine qui viendra là où n'est plus celle à laquelle l'étincelle du soulèvement a finalement mis le feu. Elle se tient, cette plaine à venir, entre la déclaration d'un renversement des forces et celle d'une prise en main de tâches neuves. Entre ce qu'a dit   un jeune tunisien : "Nous, fils d'ouvriers et de paysans, sommes plus forts que les criminels" ; et ce qu'a dit un jeune égyptien : "A partir d'aujourd'hui, 25 janvier, je prends en main les affaires de mon pays."
Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle. Il est très étonnant que dans notre Occident, les gouvernements et les média considèrent que les révoltés d'une place du Caire soient "le peuple égyptien". Comment cela ? Le peuple, le seul peuple raisonnable et légal, pour ces gens, n'est-il pas d'ordinaire réduit, soit à la majorité d'un sondage, soit à celle d'une élection ? Comment se fait-il que soudain, des centaines de milliers de révoltés soient représentatifs  d'un peuple de quatre-vingt millions de gens ? C'est une leçon à ne pas  oublier, que nous n'oublierons pas.
Passé un certain seuil de détermination, d'obstination et de courage, le peuple peut en effet concentrer son existence sur une place, une avenue, quelques usines, une université… C'est que le monde entier sera témoin de ce courage, et surtout des stupéfiantes créations qui l'accompagnent. Ces créations vaudront preuve qu'un peuple se tient là. Comme l'a dit fortement un manifestant égyptien : "avant je regardais la télévision, maintenant c'est la télévision qui me regarde."

RÉSOUDRE DES PROBLÈMES SANS L'AIDE DE L'ETAT

Dans la foulée d'un événement, le peuple se compose de ceux qui  savent résoudre les problèmes que l'événement leur pose. Ainsi de  l'occupation d'une place : nourriture, couchage, garde, banderoles,  prières, combats défensifs, de telle sorte que le lieu où tout se passe,  le lieu qui fait symbole, soit gardé à son peuple, à tout prix.  Problèmes qui, à échelle de centaines de milliers de gens venus de  partout, paraissent insolubles, et d'autant plus que, sur cette place,  l'Etat a disparu. Résoudre sans l'aide de l'Etat des problèmes  insolubles, c'est cela, le destin d'un événement. Et c'est ce qui fait  qu'un peuple, soudain, et pour un temps indéterminé, existe, là où il a  décidé de se rassembler.
Sans mouvement communiste, pas de communisme. Le soulèvement  populaire dont nous parlons est manifestement sans parti, sans  organisation hégémonique, sans dirigeant reconnu. Il sera toujours temps  de mesurer si cette caractéristique est une force ou une faiblesse.  C'est en tout cas ce qui fait qu'il a, sous une forme très pure, sans  doute la plus pure depuis la Commune de Paris, tous les traits de ce  qu'il faut appeler un communisme de mouvement. "Communisme" veut dire  ici : création en commun du destin collectif. Ce "commun" a deux traits particuliers. D'abord, il est générique, représentant, en un lieu, de l'humanité toute entière. Dans ce lieu, il y a toutes les sortes de gens   dont un peuple se compose, toute parole est entendue, toute proposition  examinée, toute difficulté traitée pour ce qu'elle est. Ensuite, il  surmonte toutes les grandes contradictions dont l'Etat prétend que lui  seul peut les gérer sans jamais les dépasser : entre intellectuels et  manuels, entre hommes et femmes, entre pauvres et riches, entre  musulmans et coptes, entre gens de la province et gens de la capitale…
Des milliers de possibilités neuves, concernant ces contradictions, surgissent à tout instant, auxquelles l'Etat – tout Etat – est entièrement aveugle. On voit des jeune femmes médecin venues de province   soigner les blessés dormir au milieu d'un cercle de farouches jeunes hommes, et elles sont plus tranquilles qu'elles ne le furent jamais, elles savent que nul ne touchera un bout de leurs cheveux. On voit aussi   bien une organisation d'ingénieurs s'adresser aux jeunes banlieusards pour les supplier de tenir la place, de protéger le mouvement par leur énergie au combat. On voit encore un rang de chrétiens faire le guet, debouts, pour veiller sur les musulmans courbés dans leur prière. On voit les commerçants nourrir les chômeurs et les pauvres. On voit chacun   parler à ses voisins inconnus. On lit mille pancartes où la vie de chacun se mêle sans hiatus à la grande Histoire de tous. L'ensemble de ces situations, de ces inventions, constituent le communisme de mouvement. Voici deux siècles que le problème politique unique est celui-ci : comment établir dans la durée les inventions du communisme de   mouvement ? Et l'unique énoncé réactionnaire demeure : "cela est impossible, voire nuisible. Confions-nous à l'Etat". Gloire aux peuples tunisiens et égyptiens qui nous rappellent au vrai et unique devoir politique : face à l'Etat, la fidélité organisée au communisme de mouvement.
Nous ne voulons pas la guerre, mais nous n'en avons pas peur. On a partout parlé du calme pacifique des manifestations gigantesques, et on a   lié ce calme à l'idéal de démocratie élective qu'on prêtait au mouvement. Constatons cependant qu'il y a eu des morts par centaines, et   qu'il y en a encore chaque jour. Dans bien des cas, ces morts ont été des combattants et des martyrs de l'initiative, puis de la protection du  mouvement lui-même. Les lieux politiques et symboliques du soulèvement  ont dû être gardés au prix de combats féroces contre les miliciens et  les polices des régimes menacés. Et là, qui a payé de sa personne, sinon  les jeunes issus des populations les plus pauvres ? Que les "classes  moyennes", dont notre inespérée Michèle Alliot-Marie   a dit que l'aboutissement démocratique de la séquence en cours dépendait d'elles et d'elles seules, se souviennent qu'au moment crucial, la durée du soulèvement n'a été garantie que par l'engagement sans restriction de détachements populaires. La violence défensive est inévitable. Elle se poursuit du reste, dans des conditions difficiles, en Tunisie, après qu'on ait renvoyé à leur misère les jeunes activistes provinciaux.
Peut-on sérieusement penser que ces innombrables initiatives et ces sacrifices cruels n'ont pour but fondamental que de conduire les gens à "choisir" entre Souleiman et El Baradei, comme chez nous on se résigne piteusement à arbitrer entre MM. Sarkozy et Strauss-Kahn ? Telle serait   l'unique leçon de ce splendide épisode ?
Non, mille fois non ! Les peuples tunisiens et égyptiens nous disent : se soulever, construire le lieu public du communisme de mouvement, le défendre par tous les moyens en y inventant les étapes successives de l'action, tel est le réel de la politique populaire d'émancipation. Il n'y a certes pas que les Etats  des pays arabes qui soient anti-populaires et, sur le fond, élections ou pas,  illégitimes. Quel qu'en soit le devenir, les soulèvements tunisiens et égyptiens ont une signification universelle. Ils prescrivent des possibilités neuves dont la valeur est internationale.

Alain Badiou, Le monde

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Manifestations à Bahrein

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17 février 2011

Démocratie de marché

par Michel Peyret , 17 février 2011

 

 

LA DEMOCRATIE REPRESENTATIVE...DE MARCHE



Là, le titre est repris de André Tosel.

Ce penseur, dit Arnaud Spire dans L'Humanité de 20 février 1998, est l'auteur de nombreux ouvrages, tous consacrés à délivrer la pensée de Marx et d'Engels de ses interprétations dogmatiques.

 

LA DEMOCRATIE NE PEUT S'EPUISER DANS SES FORMES CONNUES

« Des générations d'étudiants niçois, poursuit Arnaud Spire, ont puisé dans ses cours convictions, dynamisme et créativité. Aujourd'hui, André Tosel enseigne à la Sorbonne, où il dirige le Centre de Recherches sur l'histoire des systèmes de la pensée moderne. De ses recherches sur Spinoza et Kant, de ses travaux sur Gramsci, on retiendra que le philosophe est persuadé que la démocratie, pas plus que le communisme, ne peut s'épuiser dans ses formes connues. »

Tout un programme donc, mais dont nous ne donnerons aujourd'hui qu'une première approche, peut être susceptible de nous mettre en appétit pour plus tard.

C'est toutefois en une autre occasion que André Tosel a formulé l'expression retenue comme titre. Là, le journaliste de L'Humanité rend compte le 16 avril 2010 qu'à la Maison de la poésie, avec les Amis de L'Humanité, André Tosel a offert à l'assistance emportée par le rythme haletant de l'exposé une cérémonie de haut vol.

Sous le titre, « L'inhumaine humanité de la guerre », sont en débat, « Jaurès, le capitalisme transnational et la guerre mondialisée. »

Ce n'est pas l'objet de l'exposé de ce jour mais nous y trouvons l'expression consacrée par nous.

 

LE MONDE, C'EST L'EMPIRE...ET L'EMPIRE, C'EST LA GUERRE

«Le monde, c'est l'Empire, et l'Empire, c'est la guerre.

Le monde est guerre et la guerre est monde... »

André Tosel montre que depuis les années 1990 s'est opéré un changement d'époque radical...l'Irak, les Balkans, la guerre d'Afghanistan, la seconde guerre contre l'Irak après les attentats criminels de 11 septembre 2001, la tension entre l'Iran et les Etats-Unis et leurs alliés européens devenus vassaux au sein de l'OTAN recyclée, le martyr infini du peuple palestinien privé par Israël de tout Etat et voué à la soumission ou à la destruction, « tels sont les moments de la guerre globale que conduit la puissance impériale au nom de l'occident et avec son concours de fait. »

« Plutôt que guerre de l'Empire il s'agit avant tout de la guerre impériale que conduit la seule puissance impériale, les Etats-Unis d'Amérique, forte d'une suprématie militaire colossale sans égale dans l'histoire. »

 

UN PROJET D'INTEGRATION GLOBALE

« Son projet est antérieur aux évènements du 11 septembre 2001, dit-il sans insister, et il s'intègre dans un contexte d'intégration globale, celui du super-capitalisme se mondialisant inégalement mais irréversiblement, avec ses institutions spécifiques, le marché mondial, la domination du capital financier sur le capitalisme industriel, avec sa légitimation politique – LA DEMOCRATIE REPRESENTATIVE DE MARCHE – et sa conception du monde séduisante et totalitaire qui unit la stimulation consumériste et la surveillance des sujets au nom de l'impératif gestionnaire.

« La nouveauté de cette guerre est son globalisme que l'on peut définir à partir de quatre déterminations conceptuelles, comme l'a montré le politologue Danilo Zolo dans sa contribution « Dalla guerra moderna alla « guerra globale ».

« Cette guerre, dit-il en conséquence, peut être dite globale du point de vue géopolitique, du point de vue systémique, du point de vue normatif, du point de vue idéologique... »

 

PRESERVER LES MECANISMES DE PRODUCTION ET DE DISTRIBUTION DE LA RICHESSE


Certes, la présidence Obama a renoncé au discours théologico-politique le plus agressif, mais les objectifs de la stratégie demeurent et avec eux la prégnance de l'élection divine et historiale de la puissance impériale.

« L'objectif premier de la guerre globale demeure: il est de produire la stabilité globale sans toucher aux mécanismes de production et de distribution de la richesse qui en même temps creusent un fossé structural toujours plus profond entre pays pauvres et pays riches, sans altérer les mécanismes financiers qui reposent sur la corruption et redoublent les assujettissements. »

 

LES GUERRES POUR DECIDER QUI ASSURE LA DIRECTION HEGEMONIQUE


Ainsi les guerres globales sont-elles les guerres que l'on conduit pour décider qui assurera la fonction de direction hégémonique dans le système mondial. Il s'agit bien de déterminer qui décidera des règles assurant le pouvoir de modeler pratiquement les processus d'allocation des ressources en richesses et en pouvoir, qui se permettra de faire prévaloir une conception du monde et un sens de l'ordre.

Aussi, les réalités de la lutte des classes peuvent-elles amener à faire la « part du feu » dans les pays où la misère ambiante peut conduire les peuples à la révolte et ceux qui détiennent le pouvoir mondial à sacrifier tel Ben Ali ou tel Moubarak, l'impérialisme est toujours là pour essayer de faire en sorte que la révolte, voire la révolution, ne remette pas en cause les règles sacrées dans lesquelles tous les peuples du monde sont aujourd'hui enserrés.

Les peuples des pays dominants, ou du pays dominant, échapperaient-ils aux viols permanents que les gouvernements de leurs pays infligent aux peuples des pays qu'ils dominent?.

 

DES PEUPLES PRIVES DE DEMOCRATIE

Le fait même que André Tosel place la « démocratie représentative » au coeur même de la globalisation ainsi définie, le fait qu'il la caractérise comme étant de « marché », est l'indication forte, sinon la caractérisation profonde de ce qui peut être privatif de démocratie dans ce qui est affirmé comme tel, et dont tous les peuples demeurent prisonniers, quel que soit le degré de conscience qu'ils en aient aujourd'hui.

Henri Pena Ruiz, dans l'article qu'il consacre à l'ouvrage de André Tosel, « Un monde en abîme. Essai sur la mondialisation capitaliste », va à l'essentiel.

« Tosel, dit-il, pointe le ralliement de nombre de philosophes, de penseurs et d'idéologues, le plus souvent installés sur le devant de la scène médiatique, aux illusions d'un libéralisme économique sans rivage et gratifié des vertus des droits de l'homme, de la démocratie, d'une communication enfin libérée de ses entraves, d'un monde enfin libéré de ses frontières grâce au divin Marché, nouveau dieu tutélaire.

 

CE MONDE N'EST PAS UN MONDE

« Mais qu'est-ce que ce monde?

« Ce monde n'est pas un monde. Un « non-monde », dit fortement Tosel.

« L'âge d'or que nous prédisait Fukuama en décrétant la trop fameuse « fin de l'histoire » au moment où s'effondre le mur de Berlin n'est pas advenu.

« Les adeptes de la mondialisation croyaient avoir terrassé le communisme, ou plutôt sa caractéristique stalinienne, et avoir ainsi congédié de façon définitive toute véritable alternative au capitalisme pudiquement rebaptisé « libéralisme » pour mieux s'auréoler des valeurs de liberté et d'Etat de droit dont il se targue.

« Mais le capitalisme désormais seul au niveau international n'apparaît guère comme un horizon indépassable.

« Il juxtapose une nouvelle misère à la richesse que décuple une exploitation rendue à ses pulsions premières, et graduellement libérée de tout garde-fou par la destruction des droits sociaux.

« Quand au prétendu droit international, ce n'est pas un droit équitable, rendant justice à tous les peuples qui le constitue, mais bien la loi d'une super-puissance tantôt travestie en droit international, tantôt explicitement et brutalement affirmée comme loi du plus fort, supposée bien sûr rendre service à la cause démocratique mondiale... »

 

LE CATALOGUE POMPEUX DES DROITS DE L'HOMME

Aussi les avertissements de Marx sur le « catalogue pompeux des droits de l'homme » et sur la mystification qui déguise un rapport d'exploitation en contrat librement consenti n'ont-ils pas pris une ride.

André Tosel, dit-il, le montre avec force en rappelant le processus de destruction tendancielle des droits sociaux qui avaient humanisé le capitalisme en le forçant à composer avec des exigences qu'il n'assumait pas spontanément.

« Quel est l'homme des droits de l'homme? »

« On comprend, dit-il, que la question chère à Marx fasse aujourd'hui retour quand l'idéologie du libéralisme économique confine l'humanité de l'homme dans l'individualisme possessif, et privilégie la liberté d'entreprendre quoi qu'il en coûte à la communauté...

 

LA DOMINATION DE LA MAIN INVISIBLE...


« Et que vaut toute la rhétorique libérale de la main invisible qui comme par magie conduirait le marché s'il apparaît que la conjonction des initiatives privées en vue du seul profit capitaliste ne produit nullement la prise en charge de l'intérêt commun?

« Quand aux formes politiques dans lesquelles se déploie le processus de mondialisation, leur lustre hérité de l'époque où elles furent d'authentiques progrès semble bien terni.

« La démocratie représentative, comme le montre André Tosel, devient le plus souvent l'occasion d'un dessaisissement du peuple comme tel. »

 

ET LE DESSAISISSEMENT DU PEUPLE

Ainsi, « ce n'est plus le représenté qui est l'auteur du représentant, selon la formule de Hobbes, mais bien plutôt le représentant qui s'autonomise si radicalement du représenté qu'il en vient à le produire selon un imaginaire idéologique où l'on reconnaît mal l'intérêt du peuple représenté... »

Et que dire du transfert à des « experts » non élus de décisions qui devraient relever de plein droit de la souveraineté populaire?

 

ROUSSEAU ET LA DEMOCRATIE DIRECTE

La volonté générale, que Rousseau voulait faire advenir dans des processus de démocratie directe, avec contrôle effectif de la souveraineté populaire, voire mandat impératif plutôt que mandat de longue durée, était effectivement problématique en ce qu'elle semblait postuler une « faculté de vouloir ce qui vaut pour tous », commune à tous les citoyens, par delà les clivages de classe. Mais elle avait au moins le mérite de mettre en débat l'intérêt commun, de mettre à l'épreuve les intérêts particuliers.

« Dans le cadre, dit-il, d'une République à la fois laïque et sociale où se sédimenteraient en un corpus de lois les grandes conquêtes issues des luttes ouvrières, elle avait le pouvoir de faire contrepoids à la logique des « eaux glacées du calcul égoïste » évoquée par Marx en 1848.

« Mais aujourd'hui, pour les tenants de la mondialisation dite libérale, il ne saurait être question de tolérer un tel exemple de configuration politique et sociale.

« Le travail de sape, au nom de l'Europe et du monde, est largement entamé » en France. Et ce avec la complicité de forces politiques qui confondent rénovation et trahison, désespérant encore un peu plus ceux qui croyaient pouvoir compter sur elles pour résister. »

Résister?

 

LA POLITIQUE DE L'EMANCIPATION EST A RE-INVENTER

Pour André Tosel, la politique de l'émancipation est à ré-inventer.

« Marx, dit-il n'est pas un classique de l'humanité comme les autres. Marx dérange encore malgré les funérailles qui lui sont régulièrement réservées, la dernière en date étant représentée par la thématique de la post-modernité qui a décrété la fin des grands récits de l'émancipation, celle de l'histoire et des classes révolutionnaires, et qui légitimait directement ou non un nouveau grand récit, celui du régime totalitaire panlibéral issu des noces de la démocratie représentative et du marché capitaliste mondial. »

Pour André Tosel, en effet, les marxismes d'appareils incarnés dans les partis communistes ont été incapables pour de multiples raisons de penser la transition politique qui avait pu faire suite à la percée de la révolution d'octobre 1917 entreprise sous la direction de Lénine, autre auteur à étudier.

« Ils n'ont pu à quelques exceptions près (Gramsci en tête, mais aussi Lukas, Bloch, Brecht, Lefebvre, Althusser) faire la preuve de la réflexibilité de la théorie marxienne, la prolonger de manière critique et autocritique, pour la mettre en situation de se prendre elle-même pour objet, en identifiant ses limites, ses contradictions, ses lacunes, ses apories. »

 

MARX PEUT RETROUVER UNE AUTRE ACTUALITE

« Le mouvement ouvrier marxiste, poursuit-il, le seul à avoir pu libérer des potentialités anti-système, a subi une défaite époquale qui se traduit dans la nouvelle phase de la mondialisation capitaliste.

« Tout est à refaire en matière de lutte pour l'émancipation. Mais Marx sera de, et dans, cette lutte où il peut retrouver une autre actualité. »

Tosel montre alors que Marx est le penseur qui a pris la mesure de la mondialisation capitaliste comme processus tout à la fois producteur et destructeur, créateur et sacrificiel de ses propres résultats.

« Il a découvert, dit-il, le démonisme nihiliste d'un mode de production qui applique réflexivement à lui-même sa propre logique.

« Il ne considère rien comme stable, solide, sacré. Il enserre le monde dans une entreprise qui libère la puissance humaine, en l'enchaînant à l'appropriation privative de ses résultats, et donc en la retournant contre elle-même.

« Il fait un monde pour quelques-uns mais prive de monde les multitudes humaines.

« Il sape les fondements de l'économie naturelle et universalise la particularité des volontés de puissance. »

Pour Tosel, la critique marxienne est déjà un des éléments porteurs de la nécessaire critique du capitalisme mondialisé, du capitalisme qui a liquidé le socialisme et le communisme, mais aussi d'une certaine manière le libéralisme éthico-politique au profit du pan-libéralisme, de sa licence et de son bellicisme.

 

S'APPROPRIER DE TOUTES LES ELABORATIONS THEORIQUES

Tosel considère aussi que cette perspective d'une critique de la mondialisation capitaliste exige l'appropriation des élaborations théoriques les plus pertinentes de la philosophie et des sciences humaines et sociales.

« Elle ne sera pas, dit-il, l'occasion d'une nouvelle orthodoxie marxiste. Son horizon ne peut être prédéterminé par les formes des luttes et d'organisation du passé. »

Et il confirme: « La politique de l'émancipation est à ré-inventer sur la base des leçons à tirer de ce passé. »

 

UNE NOUVELLE DONNE POUR RE-INVENTER UNE DEMOCRATIE

« Cette nouvelle donne obligera à réinventer une démocratie processus articulée sur les niveaux du local, du national, du transnational, à reformuler les rapports du moment économique et du moment éthico-politique.

« Sur le plan strictement philosophique elle passera par une réévaluation méta-rationaliste des rationalismes enfin purifiés de leur désir de maîtrise infinie.

« De toute manière il ne s'agira pas de tout libérer des possibles empêchés, mais de rendre impossible la poursuite de ces possibles réels que la mondialisation ne cesse d'actualiser au détriment du monde lui-même. »

André Tosel avait titré l'intervention d'où sont extraits ces derniers paragraphes: « Etudier Marx selon Marx, penser avec et contre Marx. »


[Le titre de l'article est emprunté à Roger Garaudy]

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26 décembre 2010

Socialisme ou barbarie !

Meurtre d’un « voleur » de truffes à Grignan dans la Drôme : sans le socialisme, c’est la barbarie qui explose


Comme nous l’avons déjà souligné à de nombreuses reprises pour les communistes il n’existe pas de « faits divers ». Tout ce qui se passe dans la société est le reflet de cette société.

Cela est vrai des récents multiples abandons d’enfants… dans des voitures, alors que la personne qui en était responsable allait « s’amuser. » Mais cela est vrai de tout phénomène, et en voici un très parlant.  Car le meurtre lundi dernier à Grignan (Drôme) par un agriculteur d’un homme soupçonné de lui voler des truffes en dit long sur la période que nous vivons et ce vers quoi nous nous dirigeons.

Voilà un fait sur lequel il est juste de revenir, pour en constater l’exemplarité.

L’agriculteur aurait en effet abattu l’homme, âgé de 43 ans et père de deux enfants, de deux coups de fusil, le premier dans les jambes, le second dans la tête. L’intention était donc clairement de tuer.

Dès le lendemain de ce drame, 250 trufficulteurs se sont rassemblés et ont défilé dans les rues de Grignan en solidarité avec leur collègue/assassin, par ailleurs président des Jeunes Agriculteurs de la Drôme.

D’après eux la police ne faisait rien pour empêcher la multiplication des vols de truffe, et même quand elle a agi, les «voleurs » n’auraient été que trop légèrement punis.

L’explosion du fascisme chez une partie de la petite bourgeoisie est ici flagrante. Alors qu’avec la crise les agriculteurs voient leurs revenus et leur conditions de vie fragilisées, les masses populaires, elles, cherchent les moyens de pouvoir survivre.

Mais les agriculteurs, par leur position de classe, sont en majeure partie incapable de comprendre et d’accepter le besoin de communisme.

Et comme ils sont également victimes de la crise capitaliste, ils adoptent une posture de rebelles contre l’ « ordre établi », contre une police et surtout une justice trop molle à leurs yeux. Ils ne leurs restent alors plus que la possibilité de maintenir l’ordre par eux-mêmes.

Il faut aussi rappeler ce que représente la truffe dans la mentalité arriérée produite par la contradiction entre les villes et les campagnes, où ces dernières sont maintenues à l’écart de la culture réservée aux centres urbains. La truffe est un champignon souterrain qu’il est possible de repérer par l’odorat des chiens (spécialement dressés) à cet effet ou des cochons.

La truffe est ainsi un symbole du rapport perverti de l’humain à la nature car, enfouie sous terre, elle demeure invisible et c’est seulement par l’utilisation d’un « animal-outil » que l’on parvient à dénicher le précieux sésame.

La truffe est devenu un produit de luxe qui se vend parfois à près de 1000 euros le kilo. Nous sommes ici confrontés à la sacralisation de la gastronomie française qui fabrique une image de « raffinement » lui permettant en premier lieu d’engranger les profits.

Comme pour tout produit de luxe intégré à la sacro-sainte gastronomie française, la truffe permet de jouer sur l’aspect de compétition individuelle car il faut bien entendu être un « fin connaisseur » pour reconnaître la « vraie truffe du Périgord » au milieu des autres sortes moins cotées.

Sur les marchés, on rivalise donc d’entourloupes pour tenter de tromper le chaland. « Le connaisseur » qui découvre les tentatives n’en tient pas rigueur à celui qui a essayé de l’escroquer, car il tire un certain prestige de sa perspicacité et éprouve de la satisfaction à l’idée qu’un autre que lui (moins « malin » évidemment) se fera berner. Et avec l’esprit mesquin découlant de la contradiction entre les villes et les campagnes, on se fait une petite joie d’arnaquer celui « qui n’est pas du coin », « qui n’y connaît rien ».

Plus généralement, la rivalité pour la cueillette des champignons fait l’objet d’un culte du secret et une vénération de la propriété privée où la notion de partage est exclu. En effet, on ne révèle jamais à autrui « les coins à champignons » car il s’agit de les garder jalousement pour soi afin de préserver son capital et surtout sa place dans la compétition individualiste.

Dans cette affaire où les agriculteurs légitiment l’assassinat d’un « voleur » de truffes, on retrouve la même pseudo critique de la justice que dans la campagne des fascistes pour la libération de René Galinier qui avait tiré au fusil de chasse sur deux cambrioleuses Roms qui s’étaient introduites chez lui.

La revendication de pouvoir se « faire justice soi même » est un thème récurrent chez les fascistes qui cherchent à créer des milices pour éliminer celles et ceux qu’ils considèrent comme des « parasites ».

On voit clairement ici comment le fascisme portée par la petite bourgeoise se construit comme une sorte de « troisième voie » entre capitalisme et communisme. Le fascisme se pose alors comme une rébellion alors qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une réaction.

Il apparaît tout aussi clairement qu’au lieu de se tourner vers le futur les fascistes souhaitent un retour vers le passé, un retour à l’ordre et à la prospérité économique d’avant la crise.

Ce genre de drame, appelé « faits divers » par la bourgeoisie, reflète bien la barbarie vers laquelle mène le capitalisme.

Le combat contre le fascisme est  un combat pour la civilisation. Car on voit clairement quelle culture portent les fascistes : celle de la barbarie, de la « vie dangereuse », du « social-darwinisme ».

Contrairement à tout cela le peuple rêve de paix, de vivre une vie paisible et heureuse, en harmonie avec la biosphère !

Chaque jour notre mot d’ordre prend davantage de sens : Socialisme ou retombée dans la barbarie !


[Article proposé par Pascal, ami du blogue]



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17 décembre 2010

L'autogestion, hier et aujourd'hui

 

L'autogestion hier et aujourd'hui, que reste-t-il de nos amours ?

 

La démocratie participative dans les pas de l'autogestion ? Etude (1) en partenariat avec l'ADELS avec le soutien de l'association "les Amis de Tribune Socialiste", rapport intermédiaire décembre 2008
Pierre Thomé


 

Présentation

 

Au début de l'année 2008, la proximité du 40ème anniversaire de mai 68 n'y étant pas pour rien, des militants ex PSU(2) ou CFDT se sont retrouvés pour échanger de l'actualité politique. Un moment l'un d'entre eux a posé cette question : "l'autogestion a pratiquement disparu du discours politique, vous savez pourquoi ?" Silence abyssal de quelques instants… et jaillissement de la parole genre brainstorming dont on retiendra :

 

• certains courants politiques évoquent encore l'autogestion, comme "les Alternatifs Rouge et Vert" où l'on retrouve des anciens du PSU, comme aussi différents mouvements Libertaires

 

• la gauche de "gouvernance" a, semble-t-il, abandonné le concept : le PS, les Verts n'en parlent plus, le PCF l'évoque de temps en temps mais non comme un projet de société

 

• il existe encore de nos jours des pratiques autogestionnaires, par exemple dans des SCOP, des associations, des mouvements sociaux …

 

• aujourd'hui, on parle de démocratie locale, participative, de citoyenneté … Ces idées, ces pratiques, s'inscrivent-elles dans les pas de l'autogestion ? Et si oui en quoi ? 

De là est née l'idée d'approfondir cette question :

 

"l'autogestion hier et aujourd'hui, que reste-t-il de nos amours ?"

 

Mais comment faire ? De manière autogestionnaire bien sûr … tout en faisant appel à quelques connaissances susceptibles d'apporter leur appui "d'experts". Parmi celles-ci, l'ADELS, dont on connaissait quelques éminents fondateurs autogestionnaires, a été sollicitée. Cette association s'est dite intéressée par le sujet et a bien voulu être considérée comme partenaire facilitateur de contacts et de communication, celle-ci pouvant aller éventuellement jusqu'à l'édition.

 

"D'un côté le débat et le combat pour l'autogestion ont disparu de la scène publique où le mot n'est pratiquement plus utilisé. D'un autre, le débat civique s'ordonne depuis plusieurs années autour des thèmes de la crise de la démocratie représentative et de la nécessité, pour y faire face, de développer une citoyenneté active, une démocratie participative. (…) Comment rendre compte du paradoxe de cette disparition apparente du thème autogestionnaire, mais d'une vitalité souterraine qui continuerait de structurer notre débat contemporain ?" Patrick Viveret(3) .

 

1. l'autogestion

1.1. définitions

il n'est pas aisé de donner une définition claire de l'autogestion parce qu'on ne sait pas toujours très bien si l'on parle d'un projet politique de société ou bien de pratiques. Pour l'instant on fait deux propositions :

• la plus simple qui soit : gérer soi-même

• une plus complexe : organisation sociale et économique de la société favorable à la gestion directe non hiérarchisée de structures de travail, d'habitat, d'éducation, etc., par les hommes et les femmes impliqués directement dans ces structures et en fonction de leurs besoins fondamentaux.

Cette définition sera développée tout au long de cette étude.

 

1.2. historique

Sans plonger dans la nuit des temps, sinon on pourrait alors remonter à l'Agora de la Grèce antique, voire à la révolte des esclaves romains conduite par Spartacus en -73, on s'intéresse à des moments de l'histoire des 19ème et 20ème S., où l'autogestion a trouvé, nous semble-t-il, ses principaux fondements. Nos propres histoires ont pu aussi croiser les évènements du 20ème Siècle.

 

a. 19 siècle

L'Association Internationale des Travailleurs (AIT)(4) ou 1ère Internationale (fondée en1864), dont les principaux leaders sont Pierre-Joseph PROUDHON (originaire de Besançon), courant "mutualiste" et Michel BAKOUNINE, courant "collectiviste". Les statuts de cette association (5), rédigés par Karl MARX, précisent que "l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes". Tout au long de sa relative courte existence (fin en 1876), l'AIT a été traversée par de longs débats à propos de :

• la suppression ou non du salariat, du droit d'héritage

• la place de l'État dans le socialisme

• la manière de conquérir le pouvoir par l'auto organisation des forces prolétariennes ou par une avant-garde révolutionnaire instituant temporairement la dictature du prolétariat

Ces questions, parmi d'autres, seront reprises dans la pensée autogestionnaire du 20ème siècle.

 

la Commune de Paris 1871(6) , en 72 jours, a généré des pratiques autogestionnaires tant dans la conquête du pouvoir que dans son exercice par le peuple. On peut les caractériser par :

• lutte armée pour s'opposer d'une part à l'envahisseur prussien, d'autre part à une partie de l'armée française restée fidèle au gouvernement français (Thiers) réfugié à Versailles. Deux figures marquantes de cette lutte : Louis-Auguste BLANQUI qui, bien qu'étant en prison à cette époque, a certainement eu une influence idéologique prépondérante chez les communards et Louis ROUSSEL, transfuge de l'armée française, nommée ministre de la guerre et chargé d'organiser la défense de Paris, non sans mal d'ailleurs, bon nombre de communards refusant de prendre les armes

• mise en place de structures économiques et sociales démocratiques, égalitaires et non discriminantes

• rôle important des femmes dans la lutte

• insistance mise sur l'entraide, l'éducation et la formation avec Louise MICHEL comme figure emblématique.

L'association des Amis de la Commune de Paris perpétue la mémoire de cet évènement.(7)

 

Charles Fourier (lui aussi originaire de Besançon) et "les Phalanstères"(8) , vie communautaire et de travail fondée sur "l'attraction passionnée", jonction de l'intérêt individuel et de l'intérêt collectif ; source de l'harmonie universelle et d'un nouvel État(9) .

"On commence par dire : cela est impossible pour se dispenser de le tenter, et cela devient impossible, en effet, parce qu'on ne le tente pas".

Fourier a inspiré des communautés de travail comme Longo Maïl (10) dans les Alpes de Hte Provence, ou Boimondau dans la Drôme(11). On évoquera un peu plus longuement cette dernière dans la partie 20èmeS. l'autogestion en France.

 

b. 20ème siècle

Le mot autogestion a eu une existence politique officielle dans plusieurs pays bien avant qu'il n'apparaisse en France, entre autres en Yougoslavie et en Algérie.

En Yougoslavie (République fédérale composée de 6 républiques jusqu'en janvier 1992)

le maréchal TITO apparaît à la fin de la 2ème guerre mondiale comme un véritable sauveur. Il profite de son aura de résistant au nazisme pour s'opposer au stalinisme et rompre avec Moscou en 1948. Staline n'ose pas toucher à ce personnage devenu une véritable figure emblématique internationale.

Tito entreprend alors de grandes réformes et introduit officiellement l'autogestion dans la constitution tout en gardant un Etat très centralisé avec parti unique. En fait l'autogestion concerne exclusivement le monde de l'entreprise dont à l'époque les plus grosses unités de production, ne dépassent pas 700 emplois. De 1950 à 1970, l'autogestion s'est déroulée dans le cadre d'une économie planifiée par l'État. Ce n'est pas une grande réussite et l'économie de marché internationale pousse le pays, à partir de 1970, à s'adapter à cette réalité ; la plupart des entreprises sont progressivement privatisées tout en gardant parfois leur fonctionnement autogestionnaire. La mort de Tito en 1980 amorce une crise très dure et longue conduisant à l'éclatement de la Yougoslavie dans les années 90.

Selon Marie-Geneviève Dezès(12) , Tito, en choisissant l'autogestion, voulait donner un signe fort au monde pour montrer que sa rupture avec le stalinisme allait bien dans le sens d'un socialisme libre, ce qui fut loin d'être le cas. Mais, pendant un temps, cette représentation a fonctionné puisque, à partir des années 60 une partie de la gauche française (PSU, extrême gauche, CFDT…) fait de la Yougoslavie une référence et se rend sur place pour y chercher l'inspiration autogestionnaire. Des organismes de voyages se spécialisent : par exemple "Découverte et cultures" agence réservée aux militants révolutionnaires et surtout ARVEL (13) (Association de Rencontres, de Voyages, d'Études et de Loisirs) créée à Lyon en 1968 par quelques militants du PSU et de la CFDT et dont la première destination (et unique au début) est la Yougoslavie dans une île où cette association prend même la gestion d'un centre de vacances.

En Yougoslavie un courant critique s'est rapidement développé et s'exprime en particulier dans la revue PRAXIS (interdite en 1975). En France cette critique est relayée par de nombreux militants et intellectuels : Albert MEISTER, Henri LEFEBVRE … Ce qui débouche sur la création du Centre International de coordination des Recherches sur l'autogestion (CICRA) en 1976 dont le siège est fixé à Paris à la Maison des sciences de l'Homme. Le CICRA n'existe plus.

En Algérie, la guerre d'indépendance a été un tournant pour la gauche française et pour l'autogestion ! Avant la création du PSU en 1960, due en grande partie aux difficultés grandissantes de la SFIO (14)(le PS actuel) et du PCF à se positionner clairement dans ce conflit qui déchirait le peuple français et le peuple algérien(15), c'est l'extrême gauche trotskiste de la 4ème Internationale qui, dès 1954, a été la plus active dans le soutien à la révolte du peuple algérien . Selon les courants politiques qui traversaient les trotskistes, le soutien pouvait s'adresser plus au MNA (16) par le PCI (17) tendance Pierre Lambert ou plus au FLN (18) par le PCI tendance Pierre Frank. Dans le soutien au FLN apparaît, dès 1954, une figure historique de la 4ème Internationale : PABLO ou Michel RAPTIS. C'est Yvan CRÉPEAU (19) qui le met en relation avec le FLN dès 1954. Pablo devient alors l'un des principaux conseillers du FLN. Il est à l'initiative de la création d'une usine clandestine d'armement installée au Maroc.

À l'indépendance en 1962, un certain nombre de militants trotskistes décident de vivre en Algérie comme enseignants, médecins, agriculteurs … Ils sont surnommés "les pieds rouges". Ils croient en la révolution socialiste et aux capacités du peule algérien à se libérer du poids des années de colonisation ; les algériens ont simplement besoin de leur aide pour se former au socialisme. Pablo en fait partie. Il a une entrevue avec Ben Bella qui le convînt "que le projet d’une Algérie socialiste est possible car «la logique d’un développement socialiste de la Révolution est inévitable ». Ben Bella prête d’ailleurs une oreille attentive aux projets de Pablo concernant l’autogestion, qui doit constituer un embryon de contrôle ouvrier et paysan et l’amorce d’un véritable pouvoir prolétarien. Pablo devient alors conseiller de Ben Bella, principalement en ce qui concerne l’autogestion. Il crée l’Union nationale d’animation socialiste, qui élabore les plans pour une évolution vers le socialisme. Il parvient, avec Mohammed Harbi et Hocine Zahouane, à faire adopter en octobre et novembre 1962, puis en mars 1963, des décrets sur l’administration des biens vacants et l’autogestion des entreprises"(20) .

Le soutien, dès le début du conflit, des trotskistes au FLN, puis celui de la Nouvelle Gauche et du PSU un peu plus tardivement, ont certainement été efficaces dans des tâches pratiques clandestines (par exemple "les porteurs de valises") jusqu'à l'indépendance. Ensuite, il semblerait que ces organisations soient restées pendant un temps sur l'idée que la conquête révolutionnaire et armée de l'indépendance ne pouvait que déboucher sur le socialisme. Les pratiques non démocratiques du FLN, au nom de la sauvegarde de l'intégrité de la révolution algérienne et du socialisme - avec, par exemple, dissolution dès le début de l'indépendance du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA), refus d'élections libres, interdiction de partis politiques comme le Parti communiste algérien ou le Parti de la Révolution Socialiste - démontraient pourtant le contraire. Le désenchantement fut total en juin1965 avec le coup d'état militaire qui installe Houari Boumediene à la présidence. Les militants trotskistes, encore présents en Algérie, sont alors tous expulsés.

En Algérie, comme en Yougoslavie, l'autogestion fut décrétée par un pouvoir se disant socialiste mais avec des pratiques totalitaires, ce qui paraît déjà assez paradoxal en soi ! Peut-on en effet décréter l'autogestion alors qu'elle devrait être aspiration, mouvement ascendant venant du peuple ? Peut-on imaginer que cette aspiration puisse apparaître et être acceptée par un État imposant son total pouvoir y compris par la force ? Ces pratiques autogestionnaires, aux durées relativement courtes, mais dont certaines semblent avoir correctement fonctionné, auront au moins servi de terrains d'observation pour bon nombre d'organisations politiques et syndicales en particulier françaises.

 

En France, on continue à chercher quand le mot "autogestion" a fait son apparition explicitement dans le langage politique. En 1964 (21), le philosophe marxiste André GORZ en fait l'aboutissement social des luttes d'émancipation conduisant à l'autonomie individuelle. La pensée autogestionnaire s'est construite à partir des années 60 en puisant dans 3 courants de pensée :

• le marxisme, représenté par des communistes, exclus du PCF pour certains, rejetant le stalinisme et le centralisme démocratique : citons parmi les plus connus Pierre Naville, Yvon Bourdet, Victor Leduc, Serge Depaquit, Yvan Crépeau, André Gorz, Henri Lefebvre … Deux tendances traversent les marxistes : les structuralistes (centralité de la structure et rejet de la subjectivité) et les existentialistes (se libérer de toute aliénation pour atteindre une totale autonomie individuelle). Les élections sont reconnues comme un moyen possible pour arriver au pouvoir, mais le mouvement révolutionnaire n'est cependant pas exclu pour le prendre ; prendre le pouvoir au plus haut niveau étant la première condition pour mettre en place le socialisme autogestionnaire,

• le christianisme progressiste, humanisme éclairé prônant la "révolution douce" (réformer la vie quotidienne), l'influence du personnalisme d'Emmanuel Mounier y est grande. Citons Claude Bourdet (fondateur de l'Observateur, devenu "le Nouvel Observateur"), Gilles Martinet, Henri Desroche (revue Esprit), Pierre Rosanvallon, Albert Meister … C'est "l'autogestion goutte à goutte" évoquée par Daniel Mothé (22),

• l'anarchisme, le communisme libertaire, militant contre l'autorité sous toutes ses formes.

Plusieurs leaders des 2 premiers courants sont à l'origine en 1966 de la revue AUTOGESTION, qui deviendra AUTOGESTIONS en 1980, ce pluriel signifiant que l'autogestion est plurielle. Après la chute du communisme c'est le courant "humaniste" qui occupe le terrain idéologique, souvent sous l'étiquette "2ème gauche".

 

Il paraît nécessaire de souligner la grande influence du philosophe marxiste Henri Lefebvre (23)dans la construction du concept. Pour lui c'est dans la quotidienneté qu'il faut chercher à débusquer les rapports de domination du capitalisme, sources d'habitudes "inauthentiques", obstacles majeurs à l'inventivité, à la liberté …, nécessaires au développement de l'autogestion. Celle-ci ne peut être un système établi, elle est mouvement perpétuel. Sa "Critique de la vie quotidienne" en 3 volumes demeure une référence. "Impossible de saisir le quotidien comme tel en l'acceptant, en le «vivant» passivement, sans prendre un recul. Distance critique, contestation, comparaison vont ensemble"(24). Il était professeur de sociologie à Nanterre depuis 1965 quand tout a commencé en 1968 depuis cette Université…

 

Mai 1968 est la véritable plateforme de lancement du socialisme autogestionnaire.

Ce mouvement, s'il n'a pas pu déboucher politiquement pour différentes raisons qui seront développées, a eu toutefois une influence sociale et culturelle que rien n'a sans doute égalé depuis.

 La CFDT, très présente dans le mouvement et efficace dans le rapprochement étudiants / travailleurs, adopte le concept dès 1970.

 Le PSU fait écho à la CFDT et intègre peu à peu l'autogestion dans son projet politique. Son refus en 1972 de participer au Programme commun de la gauche, jugé réformiste, centralisateur et trop gestionnaire , l'amène à faire officiellement du socialisme autogestionnaire son Manifeste, approuvée lors du 8ème congrès en décembre 72 à Toulouse. "L'autogestion, loin d'être pour nous une vague utopie, constitue, au contraire, l'axe politique autour duquel se construira la société socialiste" déclare Michel ROCARD, alors secrétaire national du PSU, lors de ce congrès. Basse manœuvre opportuniste de la part de celui-ci, diront certains ?

Le socialisme autogestionnaire existe désormais au plan politique par la critique radicale de tous les modèles existants : capitalisme bien sûr, mais aussi communisme, centralisme démocratique, social-démocratie.

Années 70, l'amélioration de la qualité du cadre de vie prend de l'ampleur. Devant l'urgence à régler les problèmes du logement, les grands ensembles se sont multipliés le plus souvent sans aucune concertation. Toutefois certaines communes ont cherché à associer habitants, associations, syndicats. Pour de nombreux militants ce fut l'occasion de mettre en avant des pratiques se rapprochant de l'autogestion. Plusieurs expériences seront présentées dont la Ville Neuve à Grenoble et le quartier de la Boissière dit le "quartier rouge" à Morlaix (Finistère). On parlera également du mouvement de "l'Habitat autogéré" qui s'est développé ces années là. Bien qu'antérieur, le mouvement des Castors des années 50-60 sera également évoqué comme une pratique d'inspiration autogestionnaire.

 

Octobre 1971 débute la longue lutte du LARZAC pour s'opposer à l'extension (de 3.000 à 17.000 hectares) du camp militaire décidée par le gouvernement français. Ce mouvement a été innovant dans la manière à la fois autogestionnaire et non violente dont il fut conduit. Il débouche en 1981 par la décision rapide du nouveau Président de la République François Mitterrand de ne pas procéder à l'extension

1973, LIP est un évènement qui fait date et le célèbre "on fabrique, on vend, on se paie !" parcourt le monde. Cette longue lutte demeure un modèle dans la manière autogestionnaire dont elle fut conduite (25). L'autogestion trouve là son apogée.

LIP et le LARZAC ont beaucoup de points communs et ces deux mouvements se sont fréquemment rencontrés.

Mais 1973, c'est aussi le premier choc pétrolier, et l'entrée dans une longue période de crise où l'emploi devient la préoccupation numéro 1. Cette situation, qui perdure, ô combien, provoque bien des replis, c'est-à-dire tout le contraire de ce qui pourrait créer du mouvement vers l'autogestion.

C'est également la parution de "l'Archipel du Goulag" de Soljenitsyne et la prise en compte, enfin, d'une réalité insupportable du monde communiste qui ne s'en remettra pas ; et le marxisme, identifié à la barbarie par certains "nouveaux philosophes", va en subir les conséquences.

En 1974, les Assises du socialisme sont l'occasion pour les rocardiens (la 2ème gauche) de quitter le PSU pour le PS avec la ferme intention d'influer et de transformer celui-ci. Mais ils se heurtent à la personnalité de François Mitterrand qui a tout autant d'ambition et se dit "agacé" par la référence constante des rocardiens à l'autogestion. Ceux-ci réussissent malgré tout à faire adopter par une convention nationale en 1975 "15 thèses sur l'autogestion", mises en forme par Gilles MARTINET. Notons toutefois que le PS ne fera jamais de l'autogestion un concept de propagande.

Le Parti Communiste Français a longtemps considéré l'autogestion comme un mot vide de sens. Il l'adopte cependant du bout des lèvres à partir de 1978. Son programme électoral de 2007 y fait encore allusion : "Fonder une 6ème République solidaire, démocratique, laïque et autogestionnaire. Le programme des communistes : donner le pouvoir aux citoyens et aux salariés, dans la cité et l'entreprise".

L'arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 va, paradoxalement, sonner le glas du socialisme autogestionnaire. F. Mitterrand estime que la conquête rapide du pouvoir de l'État passe par l'acceptation des institutions de la 5ème République, pourtant décriées en d'autres temps. Cela lui réussit et finalement il semble que ces institutions lui conviennent et il n'est plus question de nouvelle Constitution, considérant sans doute qu'il y a plus urgent à faire. Il entreprend rapidement de grandes réformes, celles qui concernent le plus le sujet de cette étude sont :

 les lois Auroux pour transformer les relations dans le monde du travail ; les travailleurs doivent être acteurs du changement, avec deux idées clés : l'extension de la citoyenneté dans l'entreprise et le développement des initiatives collectives : "promouvoir une démocratie économique fondée sur de nouvelles relations du travail (…) et sur l'élargissement du droits des travailleurs", Jean AUROUX (26), dans son rapport introductif. L'étude examinera où en sont ces lois dans leur application.

 les lois sur la décentralisation pour rapprocher des citoyens les lieux d'exercice des pouvoirs : loi Deferre en 1982, "véritable coquille vide" (27) en matière de participation des citoyens ; loi Joxe en 92 sur l'information des habitants, loi Voynet en 99. Ces différentes lois définissent des cadres institutionnels pour renforcer le pouvoir des élus locaux dans les communes, les départements et les régions. Mais qu'en est-il exactement du pouvoir par le peuple ?

Aux yeux des autogestionnaires, ces lois de 82 sont loin d'être satisfaisantes. Les lois Auroux ? "le droit de donner son avis sur la couleur des moquettes à changer" ! dit avec humour Victor FAY (28) qui a intégré le PS avec l'espoir d'exercer une influence de l'intérieur. Les lois sur la décentralisation ? "s'intéressent plus à donner du pouvoir aux élus qu'au peuple" !(29)

Victor FAY est à l'origine de la création du "Collectif autogestion" en 1981(30) afin d'œuvrer à "l'extension de la démocratisation dans l'entreprise et dans la commune" (31) Ce collectif lance un appel au gouvernement et aux parlementaires de gauche et va même jusqu'à élaborer 2 propositions de lois portant sur "la création de conseils d'atelier, de bureau et de service" et pour "l'extension de la démocratie dans la commune" (32)

1983 : la gauche de gouvernance, avec l'exercice du pouvoir, prend conscience de la très difficile articulation de la politique nationale avec l'économie de marché qui se mondialise de plus en plus. Et la question récurrente du chômage est loin d'être solutionnée … La conjoncture n'est pas donc pas favorable au développement d'idées autogestionnaires. L'entreprise de déconstruction du concept continue inexorablement : la CFDT se recentre et le PSU se prépare lentement à disparaître …

Après ce rapide survol historique, on peut se demander pourquoi le socialisme autogestionnaire n'a pas réussi à s'imposer comme projet politique crédible.

 

1.3. l'autogestion, utopie ou (et) mythe ?

Pour la clarté du propos, il est nécessaire de bien distinguer deux approches : l'autogestion en tant que pratique et l'autogestion attachée au socialisme en tant que projet politique.

L'autogestion comme pratique est bien réelle. Il y a eu, il y a et il y aura encore de multiples expériences s'y référant. Boimondau, Longo Maï, LIP, ont déjà été évoquées, d'autres le seront, mais leur addition ne conduit pas pour autant à une société autogestionnaire. Mai 68, sans doute l'un des plus grands évènements d'émancipation populaire de l'histoire française, a débouché sur une retentissante victoire de la droite aux élections législatives qui ont suivi marquant ainsi le retour à l'ordre, la liberté ferait-elle peur ?

L'autogestion comme projet politique global n'a jamais vraiment débouché. Dans les pays où il y a eu des amorces voulues par le pouvoir en place et dans la dynamique de luttes abouties : résistance au nazisme en Yougoslavie, indépendance en Algérie, révolution des œillets au Portugal … , l'expérience n'a pu être pérenne. Et aujourd'hui qui ose vraiment encore en parler comme projet de société possible ?

Robert CHAPUIS, en décembre 1971, déclarait "l'autogestion ne peut être envisagée que dans un système cohérent où l'on tient en main le problème de la production, et c'est le rôle de l'organisation des producteurs ; mais il faut tenir aussi les problèmes de l'organisation des citoyens et de la direction politique. Le fédéralisme yougoslave a permis l'autogestion en fournissant une donnée politique plus proche de la base. Mais il y a un troisième niveau, celui de l'État qui, lui-même, s'il n'est pas démocratique comme c'était le cas en Yougoslavie, fait s'écrouler l'autogestion. Parce que lorsqu'on chasse la démocratie à un endroit, il ne faut pas croire qu'elle peut apparaître à un autre. (…) C'est un système finalement très délicat, et pour nous cela implique qu'il y ait transformation du pouvoir au niveau de l'entreprise, au niveau des régions et au niveau de l'État." (33)

En fait, en se référant aux pays déjà cités, on se rend compte que les trois niveaux évoqués par Robert Chapuis, n'ont jamais vraiment pu fonctionner ensemble. Ce serait peut-être la France qui, en 1981, aurait pu s'en rapprocher le plus, avec les nationalisations, la régionalisation et un État qui ne demandait qu'à se démocratiser. Mais le contexte mondial a sans doute été un trop gros obstacle. Et aux trois niveaux de R. Chapuis, on doit ajouter celui de la mondialisation. Celle-ci ne permet plus d'imaginer, aujourd'hui, qu'un pays seul puisse concevoir un fonctionnement autogestionnaire.

Cette analyse structurelle conduit donc à constater l'impasse à laquelle conduit le projet du socialisme autogestionnaire. Il y aurait aussi à développer un autre type d'analyse plus philosophique prenant en compte certains comportements humains découlant du désir de la possession : avidité, violence, domination, pouvoir, manipulation … Ces comportements sont profondément inscrits dans l'humanité et très difficilement contournables, du moins aucune politique, aucune religion n'ont encore vraiment trouvé la solution ! Ils sont on ne peut plus incompatibles avec un système autogestionnaire qui, par définition, exclut tout rapport de domination et fait de la grande propriété l'origine principale de l'aliénation.

 

Alors utopie ou mythe ?

Si l'on prend la définition de Théodore Monod "« L'utopie est simplement ce qui n'a pas encore été essayé! »(34), alors l'autogestion n'est plus dans l'utopie ; elle a, en effet, été essayée politiquement dans plusieurs pays et elle continue à l'être dans ce que nous nommons "l'autogestion pratique". Ce qui n'en fait plus un idéal puisqu'elle fonctionne dans le réel et que des résultats sont observables.

En revanche le socialisme autogestionnaire comme projet politique global, relèverait non seulement de l'utopie mais aussi du mythe parce que fondé sur l'imaginaire d'une société idéale, libre, harmonieuse, sans classe, sans violence …, la recherche du paradis perdu pourrait-on dire ! Mais dans ce projet, certains éléments du réel ne figurent pas ou ne sont pas suffisamment pris en compte. On l'a vu à propos de l'Algérie où, manifestement, il y a eu une part d'aveuglement chez des militants enthousiasmés par la conquête de l'indépendance et qui ont cru qu'un pays se libérant d'un rapport de domination combien aliénant, ne pouvait que déboucher vers le socialisme autogestionnaire. En fait la réalité était tout autre et le pouvoir qui se mettait en place n'avait rien de démocratique.

Roland Barthes associe mythe et mystification. Le mythe, selon lui, est une illusion qui altère les données de l'observation du réel et va donc à l'encontre du raisonnement et de la connaissance.(35) " La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir…" . Le mythe relève donc, y compris en politique, plus de la croyance que de la raison. Mais il peut avoir une fonction hautement symbolique favorisant la mise en mouvement, "groupons-nous et demain l'Internationale sera le genre humain" ! Et ce mouvement peut alors jouer un rôle important dans la transformation du réel sans pour autant le bouleverser de fond en comble.

En politique (36) le mythe naît souvent dans les périodes de mutation, de crise identitaire. Il devient alors une planche de salut. Il peut s'incarner dans un personnage présenté comme le sauveur, ou bien dans une recherche d'unité communautariste à l'encontre d'un phénomène de société, ou bien encore dans une représentation de "l'âge d'or" passé -retour à la nature - ou à venir : abondance pour tous, harmonie et fin de l'Histoire ! Le socialisme autogestionnaire a eu cette fonction mobilisatrice dans une période où le pouvoir était exercé de façon autoritaire par un homme lui-même "sauveur" et qui avait institué une République quasi monarchique, en tout cas à l'opposé de l'esprit du socialisme démocratique. Il a permis le rêve, une recherche moderne du "paradis perdu" ! Il a eu une période faste, mai 68, "sous les pavés, la plage !". Il a participé à la victoire de la gauche en 81. Et là, paradoxalement, il commence à se déconstruire. Libérée du communisme, la 2ème gauche (à laquelle on peut associer les Verts), celle de la révolution douce, celle des "réformistes", occupe le terrain idéologique. Elle accepte l'économie de marché comme quelque chose d'inéluctable et s'oriente vers la social-démocratie.

Aujourd'hui, à l'exception des "LES ALTERNATIFS. Rouge et Vert" (37) , plus grand monde n'évoque le socialisme autogestionnaire comme un projet possible. On peut certes penser qu'une nouvelle délivrance de Prométhée en rallumerait le feu (38); mais on peut aussi estimer qu'il est entré dans le domaine de l'histoire. Sans lui quand est-il, aujourd'hui, du mouvement social ?

Ponctuellement certains évènements provoquent de grandes mobilisations (altermondialistes par exemple). Mais on a l'impression que peu à peu on s'éloigne des grands projets politiques de société bouleversant l'ordre des choses, comme si la mondialisation rendait difficile, voire impossible, la compréhension de la politique globale sur laquelle le citoyen que je suis ne voit pas comment il peut agir pour en modifier le cours. On a là, sans doute, l'une des raisons de la défiance à l'égard du politique, avec des conséquences négatives pour la démocratie représentative.

Cependant, des hommes et des femmes continuent à rechercher un peu partout d'autres façons de vivre. Ils mettent en œuvre des solidarités de proximité, des actions de développement durable, d'autres façons de concevoir les rapports économiques, de consommer ... Tout cela crée du mouvement mais peu visible, peu saisissable dans l'opinion. Ces nouvelles forces conduiront-elles à une alternative au système existant ? André GORZ en était intiment convaincu : "l'expérimentation avec de nouveaux modes de vie et d'autres formes sociales, dans les failles d'une société en pleine désagrégation, subvertira et délégitimera le contrôle que le Capital exerce sur l'esprit et le corps des gens. [Ainsi] les contraintes et les valeurs de la société capitaliste cesseront d'être perçues comme naturelles et libéreront finalement les puissances de l'imagination et du désir"(39), démarche qui amènerait, selon A. Gorz, à un "éco-socialisme non capitaliste" (40). Nous n'en sommes pas encore là et pour un mouvement plus global on manque, peut-être, du rêve qui permettrait de sortir de la façon strictement gestionnaire et sécuritaire que la politique actuelle propose. Il y a, semble-t-il, un manque d'ambition collective, à moins que la démocratie participative en soit une source possible ?

 

2. la participation

2.1. définition et histoire

Lorsque des instances dirigeantes évoquent la participation, cela signifie qu'elles cherchent à associer les salariés, les habitants, les usagers … à la vie d'une entreprise, d'un quartier, d'un service … À l'inverse d'un système autogestionnaire où le pouvoir est normalement non hiérarchisé et s'exerce collectivement, le système participatif ne modifie en rien les hiérarchies existantes.

Dans le monde du travail on peut considérer les comités d'entreprise et surtout les comités d'hygiène et de sécurité comme des instances participatives.

En politique, l'usage du mot n'est pas très ancien. C'est le Général de Gaulle qui en 1967 fait de la participation des salariés aux résultats de l'entreprise un objectif à atteindre rapidement. Il l'impose par ordonnance pour les entreprises de plus de 50 salariés contre l'avis du CNPF et avec beaucoup de réserves des partis de gauche et des syndicats de salariés.

Les Groupes d'Action Municipale (GAM) (41) avaient, dans les années 60, fait ressortir la nécessité d'associer les habitants à tout projet de rénovation urbaine. Il faut toutefois attendre les années 80, à l'occasion des premières mesures concernant la Politique de la ville (42), pour que l'État introduise la notion de participation comme "étant au cœur de la politique de la ville" (43). Plusieurs lois ont jalonné ces années :

• loi du 12/7/83, dite loi Bouchardeau, relative à la démocratisation des enquêtes publiques et la protection de l'environnement

• loi du 13/2/2000, relative à la Solidarité et au renouvellement urbain

• et enfin loi du 27/2/2002, dite loi Vaillant, relative à la démocratie de proximité.

Dans la loi de 2002 la participation des habitants (chap.1er du titre 1er) occupe en fait 2 pages sur les 48 du texte de loi ! (44) Tout le reste évoque le statut des élus, l'intercommunalité, les collectivités territoriales et leurs compétences, les enquêtes publiques …

Cette loi rend obligatoire les conseils de quartier (CQ) dans les communes de plus de 80.000 habitants, "les conseils de quartier peuvent être consultés par le maire et peuvent lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la ville. Le maire peut les associer à l'élaboration, à la mise en œuvre et à l'élaboration des actions intéressant le quartier, en particulier celles menées au titre de la politique de la ville"(art.1.II). On note que le CQ "PEUT être consulté … associé…" et non pas DOIT. Les élus gardent ainsi l'initiative de ce qu'ils veulent bien soumettre aux habitants.

Le projet initial prévoyait l'obligation des CQ pour les communes de plus de 20.000 habitants. On ne s'explique pas très bien pourquoi on est passé à 80.000 dans les navettes entre le Parlement et le Sénat. Toutefois beaucoup de communes de moins de 80.000 habitants ont créé des CQ.

 

2.2. pourquoi une loi ?

Lors de la "rencontre nationale des conseils de quartiers et de la démocratie locale", tenue à Paris en mai 2001, Claude BARTOLONE, alors ministre délégué à la ville concluait ainsi la journée :

"La politique de la ville a été portée il y a plus de 20 ans sur ses fonds baptismaux par Hubert DUBEDOUT avec l'intime conviction que sa réussite était conditionnée par la participation des habitants et par leur réelle implication dans sa conception (…)

Pour la politique de la ville, la démocratie de proximité est l'un des actes fondateurs de notre action autant qu'un impératif de réussite. (…) La démocratie participative est une condition de la réussite du renouveau social (…). Les conseils de quartier sont des lieux de confrontation essentiels à la démocratie, essentiels pour gouverner une ville (…) Qu'il s'agisse de propreté, d'éclairage public, de tranquillité publique, d'implantation du mobilier urbain, des aménagements de voirie …, il nous faut débattre et nous organiser pour répondre à des demandes ascendantes et non pas seulement discuter de propositions descendantes…"

Il annonçait à cette même rencontre la promulgation prochaine de la loi.

Cette loi prend en compte une longue période d'expérimentations de toutes sortes en matière de démocratie locale dans de nombreuses communes françaises, le plus souvent de gauche, avec en toile de fond LE modèle PORTO ALEGRE au Brésil. Mais alors pourquoi ce besoin de légiférer ? Il n'y avait pas un mouvement social organisé poussant à cela, sinon peut-être les mouvements spontanés de jeunes dans certains quartiers, mais pour eux la réponse se trouve-t-elle dans cette nouvelle gouvernance ?

En fait le principal motif est sans doute à rechercher dans l'inquiétude éprouvée par la classe politique devant un certain "désenchantement démocratique "(45) ; l'évolution négative des taux d'abstention aux élections en étant le principal indicateur.

Mise à part l'élection présidentielle, toutes les dernières élections de 2007 et 2008 ont vu leur taux d'abstention augmenter. Entre 1970 et 2008 le taux d'abstention (46) aux législatives est passé de 17,7 à 39,6% ; celui des municipales de 22,9 à 39,1%. Ce qui fait que des maires, des conseillers généraux, des députés sont élus par 30 à 40% de la population majeure, quelle légitimité réelle leur donne alors leur élection ? L'abstention concernerait, dit-on, surtout les milieux populaires. Ce qui nous approfondirons car on suppose qu'elle existe aussi dans les classes moyennes soit par désintérêt soit par désenchantement à l'égard de la politique institutionnelle. Il y a donc "crise de la représentation (…). Les citoyens, notamment ceux appartenant aux couches populaires, s'éloignent de plus en plus des mécanismes traditionnels de la démocratie. Une fracture civique profonde s'est aujourd'hui creusée entre la représentation politique et une large fraction de ceux qu'elle est censée représenter" (47)

La démocratie est-elle en péril au point de devoir la mettre sous perfusion, avec la participation comme sérum vital ? Pourtant, par définition, la démocratie -pouvoir par le peuple- est participative sur le principe même que tout citoyen est en droit de participer à la décision politique, si cela n'est pas, le mot démocratie se vide de son sens premier. "Si parler de démocratie participative ne traduisait rien d'autre que la volonté d'exploiter et d'instrumentaliser la défiance des citoyens envers leurs représentants -cette défiance fut-elle, à bien des égards, compréhensible et légitime - (…) ce qui fragilise leur attachement et leur désir pour la démocratie, le risque alors serait que l'appel d'une démocratie participative ne finisse par effacer la démocratie elle-même (…) Il n'y a de démocratie que participative.", Bernard STIEGLER (48)

Qualifier la démocratie de participative relève donc quelque peu du pléonasme et de la méthode Coué avec injonctions répétées à la citoyenneté sur tous les modes : débat citoyen, démarche citoyenne, café citoyen, conseil citoyen … Le citoyen (49) du 21ème S. est, semble-t-il, en train de détrôner le travailleur du 20ème S. Le travail, de par les incertitudes qu'il représente et le moindre temps qui lui est consacré, perd de son importance dans la construction de l'identité sociale au profit de la cité avec ses multiples lieux d'exercice de la citoyenneté : associations, instances participatives ou lieux moins formalisés que la loi de 2002 ne prend pas vraiment en compte.

Les CQ ont tendance à polariser l'attention (la nôtre en particulier !) alors qu'ils n'intéressent qu'une infime partie de la population. Leurs membres sont des habitants volontaires, ne représentant qu'eux-mêmes ; leur profil : cadres moyens ou supérieurs jeunes retraités, propriétaires de leur logement, déjà actifs dans la vie associative. On n'y trouve donc pas, ou fort peu, certaines couches de la population et tout particulièrement les jeunes et les milieux les plus populaires. Alors les CQ nouvelle caste sociale défendant avant tout ses intérêts ? Si ce n'était que cela on aurait là le plus bel effet NIMBY (touche pas à mon jardin) tout à fait contraire à ce que l'on nomme "l'intérêt général". Mais comment définir cet intérêt général, que la démocratie participative est censée opposer à l'intérêt particulier ? Comment le représenter? Est-ce ramener l'individuel dans le collectif ? C'est un point qui sera approfondi.

 

2.3. que fait-on dans les instances participatives ?

Tout n'est pas sombre dans les CQ. Certains s'investissent dans l'urbanisme et participent à un réel travail d'aménagement urbain, d'autres se préoccupent de solidarités de proximité.

Par exemple (50) dans le 18ème arrondissement de Paris, les CQ "Clignancourt, Jules Joffrin" et "Amiraux, Simplon, Poissonnières" se sont demandés début 2006 que faire face à l'accroissement des personnes sans abri séjournant dans le quartier. Après étude avec l'association "Un toit pour tous", au fait de cette question, les CQ ont émis unanimement un vœu demandant l'ouverture d'une Maison Relais sur le quartier avec accueil de jour et de nuit. Ce vœu a été approuvé par le Conseil municipal d'arrondissement en avril 2006 et transmis au Conseil de Paris qui décide de donner suite avec la création de 2 maisons Relais. Les CQ participent ensuite au comité de pilotage du projet (implantation, fonctionnement etc.).

Dans cet exemple le schéma est ascendant et représente sans doute un processus quasi idéal :

 repérage d'un problème

 étude avec une association qui joue dans le cas présent un rôle d'expertise

 construction d'un argumentaire et transmission d'un vœu

 présentation au conseil municipal, discussion

 décision du CM

 participation au comité de pilotage

 

Une réserve toutefois, puisque, aux dernières nouvelles, dès que les sites d'implantation ont été connus du grand public, des habitants , non participants des CQ, ont manifesté leur opposition en faisant signer une pétition à l'initiative de l'ancien chanteur des "Chats Sauvages" Dick Rivers !(51) Comme quoi il n'est pas toujours simple de participer !

Notre intention n'est pas de dresser ici un tableau exhaustif des pratiques participatives, l'ADELS le fait très bien sur son site(52). Voici cependant une brève typologie des contenus que nous avons repérés :

• simple information descendante élus vers habitants, avec questions / réponses

• demande ascendante d'informations auprès des élus

• consultation sur un projet

• partenariat pour l'élaboration et la réalisation d'un projet

• délégation de pouvoir, pour la gestion d'un équipement de quartier.

 

2.4. la participation, ravalement de façade de la démocratie ?

"Faire un état des lieux ensemble, c'est ça la participation !", Marylise LEBRANCHU, députée du Finistère, manifeste au cours d'un entretien récent un certain mécontentement à propos de la démocratie participative telle qu'elle est en train de s'instituer : "où sont les personnes en souffrance des quartiers populaires dans ces instances ? Elles n'y viennent pas ! Parce que le pouvoir y est pris par quelques personnes, celles qui ont la culture des mots. C'est aux élus à aller à pied dans les quartiers, de discuter en direct avec les habitants, de parler des problèmes de leur vie quotidienne… d'expliquer les projets avec des plans … et leur donner la possibilité de critiquer" (53).

"Les comités de quartier, c'est pas fait pour jouer les cantonniers !" proclame Jean-René MARSAC, député d'Ille-et-Vilaine. "La démocratie participative, telle qu'elle est souvent pratiquée encore, donne trop de place à la parole. Il suffit de se réunir, de se parler, d'échanger quelques idées, et on serait dans la démocratie participative ? C'est pas sérieux ! C'est la réduire à l'état de forum réservé à ceux qui savent s'exprimer. Et je ne vois pas comment émerge la dedans l'intérêt général … S'il n'y a pas de logique d'action, ce n'est plus de la démocratie… La démocratie c'est fait pour décider, donc faire des choix : où on met l'argent ? pour quoi ? pour quelle population ? C'est pas compliqué et on peut très bien associer le maximum de personnes dans cette démarche de responsabilisation ; c'est à mon avis la seule qui permettra de progresser vers plus de démocratie, sinon on va rester dans un concept mou, pas assez exigeant. L'autogestion avait une logique de progression dans la prise de responsabilité, ce serait utile de s'en inspirer"(54).

La démocratie ne peut s'accommoder de la misère sous toutes ses formes(55), elle doit au contraire lutter contre. Si la participation conduisait à y faire écran, parce que réservée à une élite oligarchique constituée d'élus associés à quelques militants, et bien on obtiendra l'effet inverse de ce qui est souhaité par bon nombre d'élus et d'associations qui œuvrent quotidiennement pour que la démocratie retrouve du sens. On cite trois exemples d'associations simplement parce qu'on a eu l'occasion de discuter avec elles, seulement trois !, mais il pourrait certainement y en avoir plusieurs centaines tant il y a du mouvement dans ce domaine (56):

 à Lyon, l'association "Formation Action Citoyenne" a réalisé une recherche-action dans plusieurs communes du Grand Lyon sur les difficultés rencontrées par des habitants pour se faire entendre. "Sortir l’exercice de la démocratie locale du huis clos des institutions, casser l’exclusivité des médias dans la représentation et donner à voir, jusque dans la rue, une autre démocratie qui suscitera l’implication progressive des personnes réputées exclues des démarches de participation". Un film vidéo a été réalisé. (57)

 dans le Nord "Paroles d'habitants" pratique la "Ballade citoyenne" ou le "Diagnostic en marchant"(58) .

 dans l'Isère, l'association Arpenteurs "se consacre aux processus démocratiques et durables de fabrication de la ville, à travers l'animation d'espaces de débat entre ses acteurs, l'organisation d'évènements de mobilisation, la programmation d'espaces et d'équipements publics, des actions de formation, des études-actions et des réseaux d'échanges d'expériences(59).

 

Brève conclusion

En l'état actuel des travaux on peut dire que, entre hier et aujourd'hui,

 l'autogestion comme pratique est bien vivante dans un grand nombre de micro expériences dans des domaines variés : économie sociale solidaire, services, action sociale, culture … ; sous divers statuts juridiques : SCOP, SA, SARL et association. Ces expériences font référence à des valeurs communes : solidarité, égalité, protection de l'environnement, développement durable, primat de l'homme sur le profit, un homme une voix … Si leur présence dans la société civile est bien réelle, cela ne conduit pas, au moins pour l'instant, à un projet politique d'ensemble pouvant modifier toute la société. Comme si, en quelque sorte, le rêve du grand soir ne pouvait plus exister et que seule l'action "ici et maintenant" apportait la satisfaction de se réaliser.

 la démocratie participative, avec toutes les réserves faites sur le sens de cette appellation , ne relève pas, telle qu'elle est mise en place par les collectivités territoriales, de l'autogestion (gérer soi-même), mais plutôt, et au mieux, de la cogestion de projets entre des élus détendeurs du pouvoir décisionnel et une petite minorité d'habitants s'auto désignant.

 les associations, au demeurant toujours très actives bien qu'ayant du mal à renouveler leurs cadres bénévoles, les collectifs ou comités mis en place ponctuellement pour traiter d'un problème spécifique, peuvent fonctionner en autogestion.

 

Ces différents constats seront développés. Des entretiens avec plusieurs élus et militants ayant traversé le courant autogestionnaire, puis avec des élus et des militants plus jeunes ne l'ayant pas rencontré directement, permettront de préciser les éventuels ponts entre autogestion et participation.

 

Rédigé par Pierre Thomé - 29 décembre 2008


 


 

[1] contact : tél. 06 75 79 00 46 / mail : etudes3569@orange.fr
2. Parti socialiste unifié

 3. dans "Territoires", N° 454, janv.2005
4. L'internationale, son origine, son but …, Oscar TESTUT, 1870, Lyon
L'AIT 1ère Internationale est à ne pas confondre avec l'AIT fondée en 1922 à Berlin, par des syndicats révolutionnaires tendance anarcho-syndicaliste, Cette AIT fait référence à l'autogestion. En France la Confédération Nationale du Travail (CNT) en fait parti.

5. cf. "Procès de l'Association internationale des travailleurs. Statuts et règlement", Paris, 1870, Association générale Typographique.
6. Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier LISSAGARAY, 1ère édition 1876, réédition, 1990, La Découverte. Avant-propos de Jean MAITRON
7. 46, rue des Cinq-Diamants 75013 Paris, http://www.commune1871.org 
8. La Société festive. Du fouriérisme écrit aux fouriérismes pratiques, Henri DESROCHE, Paris, Seuil, 1975
9. le Nouveau monde industriel et sociétaire, Charles FOURIER, Paris, 1829
10. "Longo Maï, révolte et utopie après 68", Beatriz GRAF, 2006, éd. THESIS
11. "Faire des hommes libres", Michel CHAUDY, 2008, Valence, éd. REPAS
12. dans "Autogestion, la dernière utopie ?" sous la direction de Frank GEORGI, 2003, Paris. Publications de la Sorbonne
13. ARVEL 31, cours E. Zola 69100 Villeurbanne tél. 07 72 44 95 50 / http://www.arvel-voyages.com/ 
14. Section Française de l'Internationale Socialiste (1905 - 1969)
15. cf. "Les camarades des frères", Sylvain PATTHIEU, préface de Mohamed Harbi, 2002, éd. Syllepse
16. Mouvement National Algérien, créé par Messali Hadj. Le MNA, perdra peu à peu de son influence à partir de 1957
17. Parti Communiste Internationaliste, branche française de la 4ème Internationale, créé en 1944
18. Front de Libération National
19. secrétaire de Trotski en 1933 et transfuge de la 4ème Internationale vers la Nouvelle Gauche et le PSU en 1960
20. Sylvain PATTIEU dans "Les camarades des frères. Guerre d'Algérie et extrême gauche en France". Thèse de doctorat, 2000, Université de Provence
21. "Stratégie ouvrière et néo capitalisme", André GORZ, 1964, le Seuil
22. "l'Autogestion goutte à goutte" Daniel MOTHÉ, Paris, 1980, Centurion
23. (1901 - 1991), exclu du PCF en 1958
24. Critique de la vie quotidienne I. Introduction, Paris, l'Arche 1948
Critique de la vie quotidienne II. Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, l'Arche, 1962
Critique de la vie quotidienne III. De la modernité au modernisme, Paris, l'Arche, 1981

25.  un film récent évoque cette lutte avec justesse : "les LIP, l'imagination au pouvoir", Christian ROUAUD, 2007, produit par "Les Films d'ici", (existe en DVD)

26. ministre du travail de 1981 à 1983

27. Georges GONTCHAROFF, entretien du 10 nov. 2008
28. "l'autogestion, une utopie réaliste", Victor FAY, Paris, 1996, Syllepse
29. id.
30. actif jusqu'en 1985
31. "l'autogestion, une utopie réaliste", Victor FAY, Paris, 1996, éd. Syllepse
32. id.
33. interview dans la Revue de la Chronique Sociale de France, "Qu'est-ce que le PSU ?",Lyon, décembre 1971, N° 5-6
34. cité par Wikipédia, l'encyclopédie qui se dit autogestionnaire
35. "Mythologies", 1957, Paris, le Seuil
36. "mythes politiques modernes", André Reszler, Paris, 2001, PUF
37. 
http://www.alternatifs.org/
38. "La délivrance de Prométhée. Pour une théorie politique de l'autogestion", Yvon BOURDET, Paris, 1970, éd. Anthropos
39. "L'immatériel. Connaissance, valeur et Capital", André GORZ, Paris, 2003, éd. Galilée
40. "Capitalisme, socialisme, écologie", André GORZ, Paris, 1991, éd. Galilée
41. GAM 40 rue Benoît Malon 92290 Châtenay-Malabry tél. 01 46 31 21 89 / mail : sngam@neuf.fr 
42. on évoquera l'expérience d'élus et de militants de la Roche-sur-Yon (Vendée) dont l'objectif en 1989 était de "permettre aux habitants d'être la principale force motrice d'un projet de développement économique et social d'un quartier", Elie Gaborit
43. circulaire L. Jospin de décembre 1998
44. telle que publiée par 
http://www.legifrance.gouv.fr/
45. beaucoup d'auteurs utilisent cette expression dont Serge DEPAQUIT dans "Renouveler la démocratie … oui, mais comment ?" Paris, 2005, éd. de l'ADELS
46. sources : ministère de l'Intérieur
47. Serge DEPAQUIT, id.
48. "De la démocratie participative", Marc CREPON, Bernard STIEGLER, 2007, éd. Mille et une Nuits
49. dans le langage de la gauche le mot citoyen a connu une éclipse partielle jusqu'en 1981, date à laquelle il reprend de l'ampleur.
50. sources : entretien à la Mairie de Paris, avec Hamou BOUAKKAZ, adjoint en charge de la démocratie locale et de la vie associative, et Julien NEIERTZ, conseiller technique. Document "les actes du printemps de la démocratie locale" mars 2007, Mairie de Paris ; avec compléments d'information par téléphone et mail avec la coordinatrice des conseils de quartier du 18èmearr.
51. le Parisien, 29 sept. 2008
52. Observatoire de la démocratie locale ADELS
http://www.adels.org/ressources/observatoire.htm
53. entretien avec Marylise LEBRANCHU, MORLAIX, 29 sept. 2008
54. entretien avec Jean-René MARSAC, Paris, 12 nov. 2008 
55. cf. "La misère du monde", sous la direction de Pierre BOURDIEU, 1993, éd. du Seuil
56. cf. le site de l'ADELS 
http://www.adels.org/ressources/observatoire.htm
57. "Participation et fracture sociale", disponible en DVD auprès de FAC 38 quai Arloing, 69009 Lyon / la-fac@la-fac.org
58. pour en savoir plus se reporter au site "Récits" http://www.recit.net/spip.php?article116
59. http://www.arpenteurs.fr/ Voir aussi "Télé Quartier" : 
http://www.telequartiers.com/

 

 

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04 décembre 2010

Transcendance contre déterminisme, postulat de toute révolution

 

Le grand iconoclasme, la lutte contre les idolâtries de la foi, commence avec Kierkegaard qui fait la critique du christianisme historique et institutionnel à partir de l'individu, et se poursuit avec Marx, qui en fait la critique du point de vue de la société.
Karl Marx ne fait jamais une critique théologique ou philosophique du christianisme: vivant lui aussi (comme Kierkegaard, ndlr
) dans l'Europe dominée par l'esprit de la "Sainte Alliance", son point de départ est le refus des justifications idéologiques, religieuses, de l'oppression.
Refus sociologique d'abord, et tributaire du moralisme ambiant. Marx appartient à la même génération que Kierkegaard (il a cinq ans de moins).
A vingt-cinq ans, en 1843, il devient socialiste par un choix éthique, par un acte de foi: "l'impératif catégorique de bouleverser tous les rapports où l'homme est un être dégradé, asservi, abandonné, méprisable."
(Critique de la philosophie du droit de Hegel, Gallimard, Pléiade, p 390.)Il assigne alors à la classe ouvrière "la mission historique" de la "reconquête totale de l'homme". Il le fait encore en termes hégéliens: le capitalisme est la négation de l'homme, le prolétariat est la négation de la négation.
Marx, qui s'est toujours déclaré modestement "un disciple critique de Hegel" demeure encore très près de cette conception nécessitaire de l'histoire. Mais un cheminement continu de sa pensée, des Manuscrits de 1844 au Capital et aux lettres de la fin de sa vie, l'amènera à mettre de plus en plus fortement l'accent sur le rejet d'un déterminisme historique dont il dira, à propos du livre de son gendre Paul Lafargue sur le "déterminisme économique": "Si c'est cela le marxisme, moi Karl Marx, je ne suis pas marxiste."
(Lettre d'Engels et Bernstein, 3 nov. 1882.)Marx rompt avec le "déterminisme historique" sur quatre points fondamentaux:

L'émergence, avec l'homme, de la finalité consciente. Dans le Capital, se référant à Vico, il souligne la différence radicale entre l'évolution biologique et l'histoire humaine, faite par les homme eux-mêmes. Il marque le point d'émergence de la première initiative historique en différenciant le travail "sous sa forme spécifiquement humaine" du travail de l'animal:"Ce qui distingue le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté." (Capital, II, p 59, n.)

La transcendance de l'homme par rapport à la nature. "L'histoire de l'homme se distingue de l'histoire de l'évolution de la nature en ce que nous avons fait celle-là et non celle-ci", proclame Marx dans le Capital. Il redit, de manière plus précise encore, dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte: "Ce sont les hommes qui font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé." (Capital, II, p 59, n.)

L' "autonomie relative des superstructures". Lorsque certaines formulations de leurs ouvrages de jeunesse risquent de conduire à une interprétation déterministe de leur oeuvre, Marx et Engels n'hésitent pas à en faire l'autocritique. Par exemple, dans L'Idéologie allemande (en 1845), lorsqu'ils énonçaient ce principe: "Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience", ils ajoutaient ce commentaire malheureux: "de ce fait la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l'idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent toute apparence d'autonomie. Elles n'ont pas d'histoire, pas de développement" (L' Idéologie allemande, Ed. sociales, p.23). Dans sa lettre à Joseph Bloch qu 21 septembre 1890, Engels corrige trés fermement: "C'est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu'il est dû au côté économique. Face à nos adversaires qui le niaient, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l'occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l'action réciproque. Mais dès qu'il s'agissait de présenter une tranche d'histoire, c'est-à-dire de passer à l'application pratique, la chose changeait, et il n'y avait pas d'erreur possible." (Marx et Engels, Etudes philosophiques, Ed. sociales, p 156.)

Le "côté actif" de la conscience ( 2e et 3e thèse sur Feuerbach). De cette "action réciproque" de la base et des "superstrucures", et de l'autonomie des superstructures, Marx donne une illustration éclatante à propos des arts: "La difficulté, écrit-il, n'est pas de comprendre que l'art grec et l'épopée sont liés à certaines formes de développement social. La difficulté réside dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esthétique et qu'ils ont encore pour nous, à certains égards, la valeur de normes et de modèles inaccessibles." (Contribution à la critique de l'économie politique, Ed. sociales, p 175.)
C'est dans cette perspective que l'on peut comprendre pleinement l'attitude de Marx à l'égard de la religion, en situant dans son contexte historique et philosophique, la formule: "La religion est l'opium du peuple", à quoi l'on a prétendu réduire la pensée de Marx.

Lorsque Marx, en 1843, alors âgé de 25 ans - c'est-à-dire au moment de son choix moral du socialisme - dénonce la religion comme "opium du peuple" et caution idéologique des répressions de la "Sainte Alliance", il souligne, dans la même page (Critique de la philosophie du droit de Hegel, Pléiade, p 383) que la religion est "à la fois le reflet de la détresse humaine et la proptestation contre cette détresse". Comme "protestation" elle peut donc, dans certaines situations historiques, n'être pas un "opium", mais au contraire un ferment de révolte.
Marx et Engels ont parfaitement conscience de "laïciser l'espérance chrétienne du Royaume de Dieu" en marquant leur filiation avec Joachim de Flore à travers son disciple le pasteur Thomas Münzer qui dirige, au XVIème siècle, le soulèvement des paysans de Souabe, avec ce mot d'ordre inscrit sur leurs bannières: "Seigneur, soutiens ta justice divine." Engels parle de lui comme d'un "prophète de la révolution". Il ajoute: "Le Royaume de Dieu était pour lui une société sans classes, sans propriété privée et sans Etat." Ce programme politique, conclut Engels, "frisait le communisme", et cette "anticipation géniale" constituait un "arsenal historique" plus riche que celui de toutes les sectes communistes jusqu'en 1848 (c'est-à-dire jusqu'au Manifeste communiste de Marx et d'Engels).
L'inspirateur de Thomas Münzer (qu'Ernst Bloch appellera "le premier théologien de la révolution") était Joachim de Flore, moine calabrais du XIIe siècle, que Dante, dans sa Divine Comédie (Paradis XII, 141), considère comme "doué d'un esprit prophétique". Pour Joachim de Flore, l'exégèse n'est pas seulement une manière de lire les Evangiles, mais de les vivre. C'est discerner, à la lumière de la révélation, les "signes du temps", le sens des évènements contemporains, dans leur rapport actuel avec cette révélation.
Pour comprendre le Nouveau testament, Joachim de Flore ne part ni des Epîtres de saint Paul, ni des Evangiles synoptiques qui en sont inspirés, mais de l'Apocalypse. Ce retour à la vision apocalyptique du christianisme, radicalement opposée à la conception du constantinisme, libère la lecture de Evangiles de ses perversions judaïsantes ou hllénisantes.
Le "millénarisme", refoulé depuis saint Augustin (Cité de Dieu, XX, 5 et 7), parce qu'il considérait l'Eglise comme cité parfaite et détentrice du pouvoir jusqu'à la fin des temps, retrouve, avec Joachim de Flore, sa signification militante: un appel à l'espérance pour lutter, dés aujourd'hui, pour un Royaume de Dieu qui est "déjà là", en tout acte d'amour, mais encore à venir pour que cette relation d'amour devienne la régulatrice de toutes les strucures sociales.
Cette irruption du futur dans le présent est le ferment de l'histoire.
Joachim de Flore fait de la Trinité la clé du déchiffrement de l'histoire humaine. " Les trois personnes de la Trinité sont trois états du monde que les mystères de la Sainte Ecriture nous attestent: le premier, lors duquel nous fûmes sous la loi; le second, lors duquel nous fûmes sous la grâce; le troisième, que nous attendons et lors duquel nous jouirons d'une grâce plus parfaite. La soumission fut la caractéristique du premier état; le régime de la sagesse, celle du second; la plénitude de l'intelligense, celle du troisième. Le premier fut placé sous les auspices de la dépendance, le second sous ceux de la dépendance filiale; le troisième sous ceux de la liberté.La "troisième alliance" ne sera plus celle d'Abraham avec Israël, ni de Jésus, le Fils, avec l'Eglise, elle sera le règne de l'esprit, où Dieu sera tout en tous, sans médiation d'une Eglise.
Elle sera, par rapport au christianisme actuel, ce que fut Jésus par rapport au judaïsme: au terme de ce "dépassement", le "Saint-Esprit" sera le sujet de la nouvelle initiative historique, libérant les hommes, personnes ou institutions, de tout ce qui les enchaïnait au passé. Cet appel à la création d'une cité nouvelle aura des échos dans tous les mouvements révolutionnaires de l'Europe, de jean Hus à Thomas Münzer et à Karl Marx.
Dans cette perspective, Jésus n'est pas venu pour accomplir l'histoire du salut des hommes, mais pour ouvrir le futur à de nouveaux possibles

Marx apprend de Thomas Münzer, et, au-delà, de Joachim de Flore, le sens de la rupture "apocalyptique" nécessaire à toute révolution.
Si, en effet, le déterminisme historique est souverain, l'avenir ne peut être qu'un prolongement du passé et du présent. C'est l'axiome majeur de tout conservatisme. Alors que la transcendance, et non le déterminisme, est le postulat nécessaire de toute révolution.
Marx, comme Kierkegaard, prend ainsi du recul par rapport à la philosophie de l'histoire de Hegel, qui fait de l'homme un moment et un instrument d'une logique prétendant exprimer un plan divin.
Marx dénonce cette orientation du judaïsme et du christianisme historique: "Du moment que juif et vhrétien ne reconnaissent plus dans leur religion respective que des étapes distinctes du développement de l'esprit humain, des peaux de serpents rejetées par l'histoire, leur "rapport" cesse d'être religieux et devient purement critique, scientifique, humain."
( La Question juive, Gallimard, Pléiade, p 549.)L'"abolition de la religion", dont il parle dans la même page, prend son vrai sens lorsqu'il écrit: "L'Etat soi-disant chrétien est la négation chrétienne de l'Etat, et ce n'est nullement la réalisation politique du christianisme." (Ibid, p 363.)L'Etat dont Marx rêve alors, "ce n'est pas le christianisme, c'est le fond humain du christianisme" (Ibid, p 368.)
Ce "fond humain", dans L'Idéologie allemande, Marx le définit comme il définit le socialisme: "Une société créant les conditions économiques, politiques, culturelles, pour que chaque enfant portant en lui le génie de Mozart ou de Raphaël puisse devenir Raphaël ou Mozart." (Idéologie allemande, IX, 14.)A partir de cette conception de l' "homme total", Marx montre comment l'économie de marché et ses concurrences font de l'homme un loup pour l'homme, créent une jungle où "l'avoir" engendre une aliénation fondamentale:"Plus tu as et moins tu es", écrit-il dans ses Manuscrits de 1844. Toute son oeuvre ultérieure consistera alors, par une critique scientifique du mécanisme de l'aliénation dans la société de marché, à découvrir la force capable de surmonter le chaos. La fin morale posée, il étudie les moyens scientifiques pour concevoir une société échappant aux aliénations du marché et de "l'avoir", pour changer le monde en substituant aux affrontements aveugles un plan conscient et concerté entre tous les membres d'une communauté, où chacun ne se considère pas comme le centre, la mesure et la fin de toute chose, mais comme personnellement responsable du destin de tous.
 
Roger Garaudy
Extrait de: Annexes,  dans Les fossoyeurs. Un nouvel appel aux vivants. Ed. L'Archipel, pp 220 à 225

rg25

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12 septembre 2010

Strauss-Kahn le libéral

     Pourtant friande d’articles sur DSK, la grande presse a passé largement sous silence le rapport que le FMI a publié le 15 juin dernier sur la France.  Ce rapport résume les constats préliminaires effectués par les représentants du FMI à l’issue de missions qui s’inscrivent dans le cadre des consultations périodiques de suivi de la situation économique.    

    A la lecture de ce document, si par malheur la France devait être réduite à réclamer l’aide du FMI, le calvaire libéral imposé par Nicolas Sarkozy ne serait qu’un avant-goût de la thérapie de choc imaginée par DSK…  

   

Dans son rapport pour la France, le FMI vante la rigueur budgétaire tout en pointant les risques de contraction de la demande et donc de déficits qui vont en découler ! Il se réjouit des coupes sombres envisagées par Nicolas Sarkozy : «La maîtrise des dépenses sociales est cruciale. Les mesures de rigueur, notamment la poursuite de la réduction des effectifs des fonctionnaires (avec le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux)… permettront de maîtriser la hausse des dépenses des administrations publiques».    

    Le FMI indique aussi que «la réforme des retraites et du système de santé doivent constituer la pierre angulaire de la stratégie     budgétaire de moyen terme». Et il donne même des leçons de rigueur à Nicolas Sarkozy en mettant en garde la France contre la tentation redistributive : «il convient toutefois de résister aux pressions qui conduiraient à ne pas corriger les déséquilibres fondamentaux et à s’appuyer démesurément sur des mesures d’accroissement des recettes».  

   

Un comble quand on sait que les recettes n’ont cessé de diminuer depuis 10 ans, notamment avec les exonérations de cotisations patronales accordées indistinctement sans conditions à toutes les entreprises : celles dont la santé est florissante et qui délocalisent souvent comme celles qui ont des difficultés sérieuses (plus de 30 milliards d’euros par an, soit environ 20% des cotisations patronales) Sans oublier les 506 niches fiscales «officielles» qui représentent 70,7 milliards €, la cour des comptes estimant, quant à elle, le vrai montant de toutes les niches fiscales réelles à 146 milliards € !    

    Beaucoup plus que le déficit record du système de retraites estimé à 40 milliards € en 2018 !  

   

Mais le FMI va encore plus loin. Il pointe qu’«en France, le marché du travail et le marché des produits se caractérisent par     d’importantes restrictions ». Et il appelle carrément à de nouvelles régressions sociales : «réduire la dualité entre les CDD et les CDI» et poursuite de «la modération du     salaire minimum (SMIC)».    

   Un plaidoyer particulièrement indécent quand on sait que le Directeur général du FMI gagne 500 000 dollars nets par an, soit plus de 30 fois le SMIC chaque mois !  

 

    Les jeux d’esquive de DSK  

    

Outre la Grèce, le FMI est intervenu dans trois pays de l'Europe de l'Est membres de l'UE : la Hongrie en octobre 2008, la     Lettonie en décembre 2008, la Roumanie en mars 2009. Il est également intervenu dans deux pays de l’Est non membres de l’UE     : l’Ukraine en 2008 et la Serbie en 2009    

    Partout, les conséquences sont les mêmes : libéralisation du marché, baisse des dépenses du secteur public, baisse du pouvoir d’achat pour des millions de salariés.  

   

Le plan de rigueur draconien concocté par le FMI et l’UE pour la Grèce est particulièrement édifiant :    

    - Salaires gelés jusqu’en 2014.  

      

- Primes du 13e et 14e mois (Noël et Pâques) supprimées pour les salaires supérieurs à 3.000 € par mois et plafonnées à 1.000 € pour les salaires inférieurs à 3.000 € par mois, alors que ces primes avaient déjà été réduites de 30% dans le cadre des précédentes mesures annoncées en mars dernier.    

    - Baisse des investissements publics de 1,5 milliard €.  

   

- Taux de TVA, passé en mars de 19 à 21, relevé à 23%.    

    - Mise en place d’un nouveau salaire minimum applicable aux jeunes et aux chômeurs de longue durée.  

    

- Réduction du nombre de départs anticipés à la retraite, avec comme objectif d’interdire ces départs avant 60 ans.    

    - Libéralisation des marchés des transports et de l’énergie.  

 

    Cette liste n’étant évidemment pas exhaustive.  

 

    Aujourd’hui, DSK se dit «admiratif de l’extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou» (Le Monde du 4 mai 2010) dont  il est en grande partie, en réalité, l’instigateur.  

   

Mais, comble de l’hypocrisie, DSK prétend que les mesures d’austérité sont toujours prises par les gouvernements eux-mêmes. Ainsi, dans l'émission « A vous de juger » de France 2 le 20 mai 2010, il affirmait ne pas avoir imposé au gouvernement roumain la baisse de 25 % des salaires des fonctionnaires.    

    Selon lui, il aurait dit aux dirigeants roumains : «Si vous avez besoin de faire des économies, vous augmentez les impôts, notamment pour les plus riches.». «Le gouvernement roumain nous a répondu : "Non, c'est nous qui décidons"»  

   

Mais selon Libération du 8 juin 2010 le gouvernement roumain conteste vivement cette version : «La Roumanie ne dispose pas de suffisamment de riches pour     partager avec tous les pauvres», selon le ministre des Finances, Sebastian Vladescu qui y voit un calcul politique : «Il veut se présenter à l'élection présidentielle française, il a fait une déclaration proche de la gauche.»    

    Le Président Traian Basescu a ajouté avec colère : «Si M. Strauss-Kahn a des doutes, je vais lui transmettre personnellement le papier que le FMI voulait faire appliquer par la Roumanie : une hausse de la TVA de 19 à 24%, une augmentation du taux unique d'imposition de 16 à 20% ainsi qu'une réduction des salaires dans le secteur public de 20%»   

 

    Demain, si DSK confirme son départ à la course présidentielle en 2012, il faudra qu’il s’explique un peu mieux sur son idéologie et son action au sein du FMI.  

      

Car hier déjà, sous le gouvernement Jospin, il préconisait une baisse du taux supérieur de l’impôt sur le revenu au profit des très hauts revenus. Il défendait également une défiscalisation sans limite des stocks options et voulait accélérer la privatisation du service public.    

    La gauche est ainsi clairement prévenue contre l’erreur que constituerait le choix d’un tel candidat face à Nicolas Sarkozy en 2012. Car le PS aura du mal à apparaître crédible comme parti du changement d’autant plus qu’outre le Directeur du FMI, un autre «socialiste», Pascal Lamy, œuvre à l’OMC en ne cessant de prôner un libéralisme qui fait de plus en plus de ravages dans le monde…  

 

   Source: Réformer aujourd'hui 

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