samedi 7 novembre 2009
Harcèlement médiatique anti-communiste
Lettre du Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe (CISC)
à Monsieur le Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel.
Objet: protestation contre la campagne anticommuniste sur les médias publics. Demande d’intervention du CISC dans les médias au titre du pluralisme et du droit de réponse.
Monsieur le Président,
Une indécente campagne totalitaire(1)et grossièrement manichéenne de diffamation contre l'histoire, les idéaux et les militants du Mouvement communiste international, est actuellement menée à l'occasion du 20ème anniversaire de la rupture de la frontière berlinoise de la RDA. A notre connaissance, le CSA, pourtant charger de faire régner le pluralisme sur les ondes, est resté silencieux devant cette infamie.
Tous
les jours, à chaque heure de la journée, sur toutes les chaînes privées
et publiques payées par l'argent de tous les citoyens et de tous les
consommateurs, est propagée une présentation caricaturale, foncièrement partiale et dénuée d’objectivité historique, des évènements qui entourèrent
l’érection puis la chute du mur de Berlin. Nul
souci de montrer que ce mur, dont la signification tragique renvoie aux
tensions planétaires des années soixante, fut érigé dans les conditions
d'une guerre froide qui pouvait à tout moment dégénérer en conflit
nucléaire mondial. Rien à notre connaissance, dans les présentations
caricaturales qui ont été proposées jusqu’ici dans les médias, ne
permet aux Français de savoir que la division de l'Allemagne résulta du
refus des Occidentaux d'accepter la proposition soviétique de mettre en
place une Allemagne unifiée, démilitarisée et sérieusement dénazifiée.
Rien qui permette de comprendre que le "mur" fut une réponse tardive de
la RDA et du camp socialiste à la tentative permanente de l'Occident de
déstabiliser l'Allemagne socialiste. Rien qui permette de comprendre
que la RDA était alors un pays pauvre, qui finissait de régler ses
dettes de guerre à l'URSS, alors que la RFA fut dispensée par l’Ouest
de régler ses réparations et que le "miracle allemand" dut beaucoup au
plan Marshall et à la remilitarisation de l’Allemagne capitaliste en
tant que pays de la « ligne de front » antisoviétique. Rien qui
permette à la jeunesse d’apprendre que la
création de l'OTAN a précédé de loin celle du Pacte de Varsovie, de
même que la création unilatérale de la RFA par ses occupants
occidentaux, suivie du rattachement illégal de Berlin-Ouest à la RFA
capitaliste, a précédé et suscité la création de la RDA sur l'ex-zone
d'occupation soviétique. Rien non plus pour
indiquer aux usagers du service public que les acquis sociaux,
éducatifs, sanitaires, culturels (le pays de Brecht !) et
civilisationnels de la RDA (égalité hommes/femmes garantie par l’emploi
massif des femmes et par les crèches d’entreprise) étaient très
importants : c’est pourquoi la majorité d’« Ossis » qui juge
positivement le bilan du socialisme, n’est pas constituée de
"nostalgiques" sentimentaux ; comme en Russie, où selon les sondages,
80% des citoyens jugent le « socialisme supérieur au capitalisme », ces Allemands de l’est comparent, expérience faite, ce que leur a apporté le
capitalisme (chômage
de masse, destruction acharnée de leur mémoire, disparition des
solidarités, réunification vécue comme une annexion, chasse aux
sorcières et licenciement pour délit d'opinion de milliers d'
enseignants et de cadres "Ossis" remplacés par des "Wessis",
« retraites de punition » pour les vétérans communistes, etc.) à ce que leur assurait le socialisme en matière de solidarité sociale. Et
cela ne signifie pas qu’ils ferment les yeux sur les manquements,
contradictions, défauts et déformations (E. Honecker a livré ses
propres analyses sur ce point dans ses "Moabiter Notizen") dont ce
socialisme de première génération fut porteur dans les conditions très difficiles
que l'Occident lui a constamment faites (course aux armements
incessante, concurrence entre deux camps inégaux du point de vue de la
puissance économique, pression anticommuniste permanente, pression
permanente sur Berlin qui était la « ville-front » où s’affrontaient le
plus directement le système capitaliste et le système socialiste).
Nous sommes tout spécialement outrés de la décision des chaînes publiques de transformer le lundi 9 novembre en lundi brun de l'anticommunisme d'Etat obligatoire : ce jour-là, en tout « pluralisme anti-totalitaire», les auditeurs auront le « choix » entre l'anticommunisme et l'anticommunisme, toutes les chaînes offrant le même programme. Jamais dans ces ex-pays socialistes qu'on accuse de totalitarisme on n'est allé si loin dans le conditionnement idéologique. Cette charge totalitairement anticommuniste contre le "communisme totalitaire" serait risible si elle ne cachait une entreprise continentale de criminalisation du communisme, de chasse aux sorcières et de réhabilitation insidieuse du fascisme, qui prend de l'ampleur dans toute l'Europe supranationale et dans nombre d'Etats de l'UE, dont la France. On assiste en effet ces derniers temps, sans que les médias en disent rien, à la mise en place de lois scélérates amalgamant le communisme au nazisme, quitte à banaliser le second tout en avilissant le premier. Ce n'est pas seulement une insulte aux Soviétiques (près de 30 millions !), et spécialement de communistes soviétiques, qui donnèrent leur vie pour permettre à l'Armée rouge d'écraser les nazis, de prendre seule Berlin et d’y faire flotter le drapeau rouge, mais c'est une injure aux communistes français qui moururent par milliers pour libérer la France des nazis, et dont de nombreux monuments portent trace de Chateaubriand au Mont-Valérien en passant par la Citadelle d’Arras. C’est aussi une insulte aux victimes du génocide hitlérien qu’il est indigne de banaliser et dont maint survivant doit la vie aux libérateurs de l’Armée rouge. C'est une insulte aussi le Général De Gaulle qui déclara en 1966 : "les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération". Enfin, c'est une menace pour les libertés car à l'abri de cette campagne de négation de l'histoire, qui permet à Hitler de prendre une revanche posthume sur les "rouges" allemands qui furent ses opposants les plus déterminés, des mesures liberticides sont prises partout, ou sont sur le point d’être prises dans l’Europe de Maastricht, pour réprimer les partis communistes. A terme de telles mesures menaceront toute opposition à l'U.E., toute forme de syndicalisme de classe, toute forme de militance anticapitaliste, comme c’est déjà le cas en ex-RDA, en Hongrie, en Tchéquie, dans les pays baltes où les ex-Waffen SS bénéficient de la complaisance scandaleuse des autorités. Et quand chez nous on honore Guy Moquet, c’est en cachant aux lycéens qu’il fut réprimé en vertu de lois anticommunistes antérieures à l’Occupation (le décret Sérol), du même genre que celle que voudraient raviver en Europe des dirigeants italiens ouvertement nostalgiques de Mussolini.
De manière plus générale, comme de très nombreux citoyens, nous sommes excédés par ces campagnes médiatiques harcelantes qui durent des semaines et où un seul thème bien-pensant est martelé en violation du droit à la différence, à la pensée libre et au droit de chacun d'entendre des arguments contradictoires pour forger sa propre conviction politique. Qui donc décide en haut lieu que pendant des semaines on martèlera sur les ondes, tantôt que le communisme est intrinsèquement pervers, tantôt (après le 11 septembre) que "nous sommes tous américains", tantôt que les Français doivent toutes affaires cessantes se passionner pendant des jours aux présidentielles américaines, etc. Qui décide d’embrigader ainsi notre jeunesse ? Trouverait-on en haut lieu que cette jeunesse est encore trop rebelle, trop anticapitaliste et insuffisamment « européenne » comme elle l’a certes montré lors du référendum de mai 2005, des luttes anti-CPE et des européennes…? Quand les médias se décideront-ils à laisser les gens penser par eux-mêmes au pays de Descartes ? Qu'est-ce qui fait que, par ex., on consacre des milliers d'heures d'émission à sens unique au mur de Berlin alors qu'on évoque à peine, et sans les dénoncer franchement, ces "murs de la honte » bien réels et très actuels qu’ont érigés les puissances dominantes du monde capitaliste- : mur construit par Israël pour ghettoïser le peuple de Palestine, mur érigé pour empêcher la réunification pacifique des deux Corée, barbelés séparant les riches USA des pauvres du Mexique, murs invisibles protégeant « l’Europe-forteresse » des « dangereux immigrés » qui fuient la faim créée chez eux par les spéculateurs du monde capitaliste… Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » permanent sinon parce que les grands médias ne défendent pas les droits de l’homme, mais le CAPITALISME ?
Dans ces conditions, nous exigeons, en tant que citoyens ayant droit à la libre expression de leurs opinions, que l’opération totalitaire de lundi 9 novembre (une journée entière sur le mur de Berlin avec programme unique et à sens unique de toutes les radios de Radio-France !), soit annulée et qu’un débat contradictoire et « à armes égales » soit organisé à une heure de grande écoute sur les médias publics à propos du bilan comparatif du « socialisme réel » et de la restauration capitaliste à l’Est. Et qu’on n’inverse pas les choses en disant que notre modeste organisation, constamment censurée ou caricaturée depuis sa fondation, appelle à la censure : elle appelle au contraire au respect du PLURALISME et à la RUPTURE DE LA CENSURE qui frappe les communistes (exceptés ceux qui font profession d’autoflagellant !).
Nous demandons aussi que l'un ou plusieurs d'entre nous soi(en)t invité(s) à une heure de grande écoute lundi 9 novembre pour présenter le "livre noir de l'anticommunisme" édité par notre comité avec la participation de plusieurs PC : au nom de quoi les auteurs très controversés du « livre noir du communisme » (sic) bénéficieraient-ils d’un quasi-monopole d’expression ? Y aurait-t-il une vérité historique officielle en France ? Et qu'on ne nous dise pas que le harcèlement médiatique anticommuniste est mené sous le contrôle scientifique d’historiens au-dessus de tout soupçon : à notre connaissance, aucun historien NON ANTISOVIETIQUE n'a été récemment accueilli sur les chaînes ; à aucun moment on n'a entendu à une heure de grande écoute d’anciens dirigeants NON REPENTIS de la RDA évoquer leur bilan. Qu'est-ce donc que ce procès anticommuniste permanent où la parole n'est jamais accordée qu'à l'accusation, sauf à dose homéopathique et en dehors des heures de grande écoute ?
Nous demandons aussi que les médias permettent à ses organisateurs d’annoncer le rassemblement du 7 novembre à Paris à 15 heures, devant le métro Stalingrad, en l'honneur du 92ème anniversaire de la Révolution d'Octobre et avec le soutien du PRCF, de l'URCF, du RCC, de G. Hage, de dirigeants locaux ou nationaux du PCF, et la participation des PC de Grèce, de Cuba, d’Algérie, du PC Brésilien, des défenseurs allemands du Mémorial Ernst Thälmann, le président du KPD assassiné par les nazis, un monument dont le démontage est en cours.
Cela
ne compensera pas pour autant l'énorme déséquilibre médiatique qui est
créé pour discréditer le communisme à une époque où le capitalisme fait
chaque jour un peu plus, y compris dans notre pays, la preuve de sa
nocivité pour les acquis sociaux, l'emploi, les conditions de vie des
travailleurs, le pouvoir d’achat populaire, la souveraineté des
peuples, les libertés et la paix.
On connaît le mot célèbre: "quand
ils s'en sont pris aux communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas
communiste... Quand ils ont arrêté les Juifs, je n’ai pas bougé, je
n’étais pas juif (…) ; quand ils sont venus me chercher, il n'y avait
plus personne pour me défendre"... Que
nul ne dise à nouveau un jour qu'il ne savait pas, surtout parmi ceux
qui sont payés pour défendre le pluralisme et la liberté et qui
propagent en réalité jusqu’à l’écoeurement la « pensée unique »
anticommuniste.
(1) Au sens que l’idéologie dominante donne à ce mot.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de notre vigilance indignée.
Vincent Flament et Georges Gastaud, avec le soutien de Landini Léon - Officier Lég. d'honneur – Méd. de la Résistance - Grand Mutilé de Guerre - décoré par L'URSS - Officier FTP-MOI. Roussel René – Chev. Lég. d'Honneur – Méd. de la Résistance - Croix de Guerre – Resp. cadres FTP Zone Sud - Liquidateur Nat. auprès du ministère des Armées du Front National pour la Libération de la France - des FTPF et FTP-MOI. Tchakarian Arsène – Chev. de la Lég. d'Honneur - Croix de Guerre – Compagnon de Manouchian aux seins des FTP-MOI de la RP. Pranchère Pierre, a. député, a. FTPF des Maquis de Corrèze ; Hage Georges, a. député du nord ; Hemmen Jean-Pierre, fils de Jean Hemmen membre du C.C. des J.C., commissaire pol. des Brigades Internationales, commandant FTPF fusillé au Mont Valérien (médaille de la Résistance, médaille de C.V. de la Résistance à titre posthume).
mardi 26 mai 2009
Dans le peuple comme des poissons dans l'eau...
par Michel Peyret
ETRE DANS LE PEUPLE COMME DES POISSONS DANS L'EAU !
La « Longue Marche » est devenue une légende .
En 1911 , l'Empire chinois s'était effondré , une république était née à la présidence de laquelle furent placés Sun Yat-Sen , puis Chiang Kai- shek , tous deux plutôt nationalistes de droite .
Ce fut un temps de chaos . La République était attaquée de l'extérieur par les Japonais , et à l'intérieur , connaissait une guerre civile alimentée par de petits seigneurs locaux et nombre de bandits de grand chemin...Le chaos total !
Dans ce contexte , ou à cause de lui , le parti communiste chinois réussit à prendre pied et à s'installer dans quelques bases , enclaves territoriales , où il promulguait des institutions faites pour le peuple . Cela tout à fait inacceptable pour Chiang-kai- shek qui , en 1936 , lance des troupes nombreuses et aguerries contre ces bases .
LA LONGUE MARCHE
Les partisans communistes entament alors une retraite tourbillonnante qui les conduit à 12000 kilomètres de leur point de départ , dans la Chine du nord-ouest . Pour surmonter les pertes , les difficultés considérables , s'approvisionner , il était essentiel pour cette armée rouge de ménager , et même de séduire les populations des territoires traversés afin d'en obtenir l'aide nécessaire et faire aimer le communisme qu'elle représentait .
Aussi Mao , devenu chef suprême , institue un nouveau style de comportement militaire : il disait que le soldat communiste doit être parmi les populations civiles comme le poisson dans l'eau .
La Longue Marche a été l'épopée fondatrice de la Chine de Mao . Et si la légende embellit toujours l'histoire , il est difficile de dire jusqu'où !
LE PARTI-ETAT .
D'autre pays , y compris la Chine , ont connu d'autres formes de rapports entre les partis communistes , au moins s'affirment-ils comme tels , et les peuples .
Le temps et l'expérience nous ont finalement appris que la préoccupation principale de ces partis ne fait plus , et le pouvait-elle ?, de la séduction pour mieux faire aimer le communisme !
Souvent le « Parti-Etat » , appelé ainsi tant les deux structures étaient étroitement liées dans la direction du pays , s'est substitué au pouvoir du peuple , pouvoir qui là comme ailleurs , est demeuré une fiction . C'est un hyper-étatisme qui y a été établi jusqu'à nier sous différentes formes toute démocratie , tandis que cet étatisme exacerbé exerçait également sa tutelle sur tous les moyens de production et d'échange .
En fait , les partis communistes s'étaient placés en posture d'extériorité par rapport aux peuples à qui ils prétendaient imposer de pseudo-choix scientifiques .
Au nom de Marx et du communisme , ils en imposèrent une caricature , au point que l'un de mes amis estime aujourd'hui devoir parler de « communisme démocratique » , comme si le communisme pouvait ne pas être démocratique ou tout simplement n'être pas !
LE COMMUNISME A-T-IL EXISTE COMME SOCIETE ?
Aussi , avec d'autres communistes de notre temps , j'ai fait le choix motivé de considérer que le communisme n'avait pas existé , au moins en tant que société réalisée ou même en construction .
Il est néanmoins nécessaire de se prémunir contre des apparences qui , souvent , sont trompeuses , ainsi que le reconnaît la sagesse populaire .
Ainsi , Philippe Sollers , en 1976 , n'y allait pas de main-morte :
« Mao a échoué , comme Marx , comme Lénine , comme la Commune de Paris , comme Mai 68 , le paysage de ce point de vue est accablant . Une fois de plus , on part pour l'abolition de l'Etat et on arrive à son renforcement maximal . On part pour l'autodétermination des masses et on arrive à leur anesthésie , à leur manipulation . Il y a là un problème terrible . Des exceptions viennent rétablir la règle : est-ce que l'on peut dire alors que la règle avance ? Peut-être , mais à quel prix ! »
C'est là la négation pour la négation , et elle est mortifère !
Philippe Sollers , en effet , poursuit :
« Je crois que l'humanité reste en proie à la passion religieuse , celle-ci n'est jamais si patente qu'autour du problème de la mort . Quoi de plus simple , en effet , que de refermer l'horizon sur la terreur et le respect sacré du cadavre ? C'est , si vous voulez , une vieille histoire égyptienne... Jamais l'analyse du père mort n'a été autant d'actualité . Il y a , pourrait-on dire, comme une passion nécrophile de l'humanité . C'est la fascination de la lettre qui tue , la lettre morte . Après tout , le Christ aussi , dans sa simplicité grandiose , serait bien étonné s'il pouvait juger du christianisme . »
LE RETOUR DE L'IDEE COMMUNISTE .
Nous ne sommes plus en 1976 ! Mais 33 ans , un tiers de siècle après ! Mais pas encore la longue durée de l'histoire !
Aujourd'hui que le capitalisme est en crise , le retour de l'idée communiste est surtout une façon de répondre à la propagande libérale .
En tout cas , c'est ce que considère Eric Hobsbwam pour qui :
« Le libéralisme a sous-estimé les aspirations et les succès des mouvements communistes . On a voulu les jeter entièrement à la poubelle , en faire de simples excuses pour fonder les goulags. Cette mythologie qui date de la guerre froide n'est pas encore morte . Elle reste très vive par exemple au Parlement européen , où l'on continue de passer des résolutions contre le totalitarisme comme si on était dans les années 60... »
Et Eric Hobsbawm constate :
« Ce n'est 1998-1999 , avec la crise asiatique , que les milieux d'affaires ont commencé à se dire que quelque chose ne marchait plus . Et à redécouvrir Marx . »
Et il évoque un déjeuner avec le spéculateur George Soros durant cette période :
« Il m'avait demandé ce que je pensais de Marx et m'avait fait l'éloge de ses prédictions sur le développement frénétique du capitalisme . C'était le moment où Long Term Capital Management venait de connaître une faillite retentissante . Ce fonds de placement était géré par deux prix Nobel , qui avaient calculé le risque d'un effondrement de leur fonds à une chance sur plusieurs millions... Tout le monde sait qu'il y a toujours des risques . Si Marx intéresse les banquiers n c'est parce qu'il dit que l'essence du capitalisme n'est pas la stabilité , mais la crise . »
Mais pourquoi n'intéresserait-il pas un monde autre que celui des métiers d'affaires , des banquiers et autres capitalistes ? Par exemple ceux qui sont victimes du capitalisme et de sa crise !
SON ANCIENNETE ET SA PUISSANCE .
On ne saurait toutefois réduire Marx et le communisme à ce seul moment de l'histoire !
L'idée communiste , si elle a de l'actualité et de l'opportunité en ces temps , possède aussi de l'ancienneté et donc de la puissance , celle des longs temps des aspirations humaines .
Symboliquement , c'est certainement ce que veut dire Robert Maggiori dans « Politiques » du 23 mai qui titre son article : « Aristophane , premier camarade » et le présente ainsi :
« De la Grèce à Marx , en passant par l'utopie au XVIe siècle , 2500 ans de collectivisme » , et
poursuit :
« Le capitalisme est un bébé , comparé au communisme , âgé de plus de 25 siècle ; Dès que l'on a voulu organiser la vie politique , les hommes ont élaboré des modèles « communistes ». Parfois sur le mode cocasse . On trouve un projet collectiviste dans « L'Assemblée des femmes » d'Aristophane (392 avant J.-C.) . Dans une période de profonde « crise » , à Athènes , les femmes , déguisées en hommes , gagnent la majorité des postesd à l'assemblée du peuple et votent des décrets qui leur assignent la gestion de la chose publique . Les biens , les terres , l'argent , sont mis en commun et partagés en fonction des besoins de chacun ; Femmes et enfants appartiennent à tous . Déjà dans « Ploutos » , le poète comique avait imaginé une répartition égalitaire des richesses , et ici il pose en termes satiriques que la « sortie de la crise » se fera par un programme ultra-communiste , politique et sexuel . « Il n'est plus question de riches et de pauvres . L'un ne doit plus avoir de trop vastes terrains , pendant que l'indigent n'a pas assez d'argent pour se faire enterrer . Il n'est plus question que l'un soit servi par trois mille serviteurs alors que l'autre doit compter sur son labeur . »
Robert Maggiori énumère les différentes formes historiques de cet idéal communiste .
Les premières communautés chrétiennes : « Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun . Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens , pour en partager le prix entre tous , selon les besoins de chacun (Actes des apôtres – 2 , 44-45 ) .
Les deux grandes oeuvres de Thomas More ( Utopie , 1516 ) et de Tommaso Campanella ( La cité du Soleil , 1602 ) où la société communiste trouve sa description la plus fantastique...
Les anarchismes et socialismes utopiques : Fourier , Etienne Cabet , François-Noël Babeuf , Henri de Saint-Simon , Auguste Blanqui , Choiseul...
Et Marx...
POURQUOI LE COMMUNISME A PLUS DE POIDS QUE LE CAPITALISME.
Nulle part , dit Robert Maggiori , une telle société n'a été construite...
Parce que jamais , comme je l'ai déjà indiqué , deux pans essentiels de la projection de Marx n'ont été mis en oeuvre : la fin de la propriété privée par l'appropriation sociale et non par l'étatisation-nationalisation , le dépérissement de l'Etat et non par l'hypertrophie étatique …
« Mais on voit pourquoi , conclut Robert Maggiori , comme idéal , comme valeur , le communisme a plus de poids que le capitalisme ; Aussi loin qu'on le pousse , le capitalisme , comme son nom l'indique , a toujours affaire à des capitalisations , des avoirs , des « choses » , des échanges marchands – rien d'humain . Alors que le communisme , si l'on s'en tient à son nom , appelle à ce que les hommes mettent en commun , pour être plus riches , en savoir , en intelligence , en affects , en possibilités , en « être » , en humanité .
Comme le dit mon ami Pierre , « Maintenant la ressource humaine . »
Il poursuit :
« Les rapports sociaux sont l'essence de l'humain .
En économie , ce sont les échanges qui déterminent la vie économique et son développement . Lorsque les moyens de production augmentent la quantité des produits , si l'augmentation de la quantité des échanges n'est pas « proportionnelle » , il y a crise .
« Lorsque l'on introduit l'automation dans la grande production , mais aussi une gestion cybernétique mondialisée , morcelée , sans rapport cohérent à l'ensemble , et que cela ne s'accompagne pas de la même explosion des échanges , il y a des déséquilibres qui entraînent des chutes ou plutôt une chute généralisée .
« Il en est de même de tous les rapports sociaux , qu'ils soient économiques , culturels , ludiques , psychologiques , etc... Il est d'ailleurs absurde de leur imaginer des frontières étanches . Ils sont intriqués , ils constituent une unité d'activités , pour l'individu comme pour la communauté humaine .
« Tous les échanges , de quelque sorte qu'ils soient , subissent et subiront donc cet effet de chute .
« C'est en ce sens que la mise en commun , si elle donne les moyens de mettre en correspondance les moyens de production et le mode de production , contient le remède réaliste de résolution de cette équation .
« Ce n'est donc pas au seul nom de l'utopie... mais au nom du réalisme qu'il nous faut revendiquer la transformation par cette mise en commun dans la société ... »
LA MISE EN COMMUN MAINTENANT !
Cette mise en commun , ce n'est pas seulement pour demain , les luttes et les votes d'aujourd'hui en sont aussi un laboratoire .
Dans sa longue marche , le peuple français a déjà construit une mise en commun considérable . Elle n'est plus le nouveau-né qui , ce jour , verrait la lumière . Il hérite de toute l'histoire humaine , bien avant celle qui permettait l'existence et l'oeuvre du camarade Aristophane , près de ce « croissant fertile » qui vit la naissance conjuguée de l'agriculture et du langage , de ces terres aussi où naquirent également les trois religions monothéistes se réclamant du même dieu .
Le peuple français a lui aussi apporté , dans les prolongements de ces temps , sa pierre à la construction de cette mise en commun , dans les contradictions et les obstacles de toutes sortes
LA PROCHAINE ETAPE
Une des prochaines étapes est le 7 juin .
Et ce n'est pas dans la simplicité qu'elle se présente !
Ni dans un désert absent de toute expérience et même de victoires !
J'ai dit dans d'autres articles les vois de ce cheminement .
Depuis plusieurs décennies ces voies ont aussi été celles de la lutte contre ce qui est une caricature du beau nom dont on l'a baptisé , l'Union européenne , en fait un super-Etat européen dont on considère mal les frontières , en fait un super-carcan pour museler les peuples européens .
Des victoires récentes ont été remportées .
En 2004 , à l'occasion des précédentes élections du Parlement européen , l'abstention a triomphé partout contre la totalité des forces politiques qui présentaient des candidats .
En mai 2005 , dans le prolongement de 2004 , c'est aussi le NON au TCE qui l'emportait contre la quasi-totalité des partis , des médias , qui appelaient à voter OUI .
C'est dans ces victoires , dans leurs contenus politiques et humains , dans leurs significations profondes , que peut se construire la mise en commun de notre temps pour des objectifs transformateurs de notre société malade de trop de capitalisme et de trop d'étatisme et de super-étatisme .
En tout cas , ce n'est pas en s'opposant , en combattant cette mise en commun que les forces politiques vont redorer leur blason .
Ce n'est pas non plus en considérant comme nulles et non-avenues les conséquences de ces victoires que le lien va se renouer entre ce peuple entré en rébellion et ces forces politiques ;
D'autant que la négation des résultats a pris un caractère particulier : nier le résultat d'élections qui se sont déroulées démocratiquement , c'est une négation officielle de la démocratie .
A plus forte raison quand l'enjeu était l'existence même de l'Etat européen , très abusivement nommé « Union européenne » . Le projet de traité constitutionnel qui était soumis au peuple français reprenait , et il ne pouvait pas ne pas le faire , l'ensemble des traités européens depuis le traité fondateur de Rome .
UN DOUBLE COUP D'ETAT .
C'est donc l'ensemble des traités constitutifs de cet Etat européen qui ont été annulés et , de ce fait cet Etat n'existe plus , et à plus forte raison son Parlement . Les traités antérieurs qui demeurent valables sont ceux antérieurs au traité& de Rome lui-même .
La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet persiste et signe :
« La relance par voie parlementaire du processus constitutionnel européen malgré le NON référendaire relève du double « coup d'Etat » , à la fois formel et matériel .
« On ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté , constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat . »
Et comment considérer tous ceux qui en appelant à voter aujourd'hui pour l'élection du Parlement européen apportent leur caution à ce double coup d'Etat ?
Ce faisant , en s'opposant à la majorité souveraine du peuple exprimée démocratiquement et légalement , le moins que l'on puisse en penser est qu'ils ne créent pas les meilleures conditions pour concrétiser la mise en commun possible avec la majorité exprimée à l'occasion de ces différents scrutins .
C'est certainement là le plus grand dol de ce moment en rupture totale avec une stratégie qui s'assignerait comme objectif le rassemblement le plus large du peuple pour une transformation révolutionnaire de la société .
C' »st un positionnement opportuniste ignorant les avancées réalisées par le peuple lui-même tout au long du parcours de cette marche qui ne l'est pas moins .
C'est aussi le retour dans les faits aux pratiques qui furent celles responsables de l'échec de la forme de société qui s'était érigée dans les pays dits « socialistes »
J'ai maintenant la certitude de ce que l'abstention sera de nouveau majoritaire lors de ce scrutin du 7 juin , au moins en France .
Et aucune force politique organisée ne sera avec cette majorité du peuple pour travailler à la mise en commun qu'elle devrait permettre .
Cela souligne l'urgence de cette phrase qui porte la solidarité internationale des peuples :
« Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
« Décrétons le salut commun ! »
mardi 11 novembre 2008
Communistes d'hier et d'aujourd'hui
Texte publié il y a peu sur: http://sanseprendrelechou.forumactif.com/
Je veux d’abord dire la tendresse profonde que j’ai pour les militants communistes que je côtoie de prés depuis mon enfance, dont j’ai fait partie, mais qui ne peut plus, qui ne doit plus, servir d’excuse à une politique conservatrice (oui, une politique qui ne fait pas confiance aux masses est conservatrice !) et dévastatrice. Mon propos pourra paraître provocateur, c’est que n'ayant d’autre responsabilité que ma parole et ma parole engageant mon cœur (j’allais dire mes tripes) autant que ma raison, je peux tout me permettre (bienheureux les pauvres en esprit !) !
Au vif du sujet, donc :
Pour imaginer et construire un avenir, pour aller de l’avant, il faut nous unir. Et pour nous unir il nous faut regarder devant. Dialectique, mon cher Watson !
La guerre des tranchées, le repli sur soi, cela ne suffira pas pour faire refluer la vague réactionnaire et moins encore pour construire un socialisme à visage humain. Le mouvement comporte un risque, mais l'immobilisme est pire.
N'attendons pas d'être d'accord sur tout pour avancer.
L'idéal qui nous anime, une société où l'homme prime sur l'économie, le travail sur le capital, le tout sur le partiel, l'avenir sur le passé, cet idéal doit être au moins autant sinon plus réel que le réel car le réel est quelque chose que nous devons comprendre mais pour nous en libérer. Le passé nous divise.
Nous sommes des millions – ce qu’à la suite de Christian Delarue j’appelle le peuple – classe - à avoir en commun l’espérance d'un monde où la compréhension, la coopération, la cogestion l'emportent sur l'individualisme, la concurrence de tous contre tous, les égoïsmes et les dominations de classe, de nation, de religion ou de race. Seule la construction de l'avenir est susceptible de nous unir, à travers des projets concrets et précis.
Une condition cependant : que chacun - groupe, association, syndicat, parti, militant, simple citoyen, - soit persuadé qu'il a quelque chose à apprendre de l'autre, qu'il soit donc prêt à renoncer à faire prévaloir en tout - projets et stratégie - son propre point de vue.
Comment mettre en oeuvre cette grande ambition ?
Le Parti socialiste, majoritairement sur la ligne de gestion loyale du capitalisme, n'en peut plus des concessions au marché, au libéralisme. Le Parti communiste a oublié que le parti n'est pas une fin en soi mais un moyen au service d'un but. Les deux ont rallié, sous des formes et à des époques différentes les mythes de la démocratie électoraliste, de l’Europe et de la croissance. L’échec des deux est aveuglant.
Il ne s’agit pas de lutter contre les partis (au sens classique) ce qui débouche toujours sur la victoire du parti de la dictature, ni de les ignorer, mais de prendre conscience que les partis ne joueront plus le rôle qui fut le leur. Ce pour deux raisons :
1/ Les décisions essentielles se prennent ailleurs qu’au Parlement, dans des cercles, officiels ou non, où l’élite des commis – de droite et de gauche - de l’Etat bourgeois rencontrent les managers du grand capital.
2/ Le peuple - classe, les travailleurs - citoyens conscients, veulent participer à la création de l’avenir autrement qu’en votant pour des professionnels de la politique ou des programmes clé en mains.
Donc, la forme parti (au sens des 19e et XXe siècle) ayant vécu, retrouvons du bon Marx ! Pour lui, le parti…naît naturellement et un peu partout du sol de la société moderne ; par parti il entend le parti dans le grand sens historique du mot (Lettre à Freiligrath, 29/02/1860). Le parti c’est le prolétariat constitué en classe, ce n’est pas un élément qui lui est extérieur et supérieur. Le parti étant dévalué de ce point de vue, le moment est venu de lui substituer le mouvement, la fédération ou le réseau (le nom importe peu). L’idée est de donner dans son mode d’organisation et son type d’action (protestataire, mais aussi constructif: syndicats, associations, collectivités territoriales) une sorte de préfiguration de la société que nous voulons.
Le parti c’est pour moi le terme générique qui englobe toutes les initiatives qui font exister dans tous les domaines et à tous les niveaux (aussi à la base) l’hypothèse communiste levée par Marx.
Qu’à la visée originelle il faille aujourd’hui incorporer entre autres une vision mondiale des problèmes et de leurs solutions, une remise en cause du mode de croissance, la nécessité d’une démocratie socialiste (= autogestionnaire ) dans les entreprises et les médias, la recherche collective d’un sens à nos vies, voilà qui n’est pas formellement inclus dans le marxisme mais non contradictoire avec lui, au contraire. Qu’il faille rassembler tous ceux qui sont déjà engagés dans ces combats, voilà qui est encore moins contestable. Que les partis actuels en soient incapables, voilà qui est non seulement incontestable mais démontré. D’où la nécessité de fédérer autrement ces initiatives.
Cela ne se fera pas du jour au lendemain, à marche forcée.
En attendant, les responsables et militants actuellement engagés dans les partis ou associations existants ont une responsabilité particulière car ils ont plus de moyens que les autres pour se faire entendre. Vont-ils encore longtemps se contenter d'incantations sans franchir le pas, sans donner l’exemple, sans commencer à esquisser ce rassemblement de type nouveau ? C’est le sens des débats actuels.
Le Congrès de Tours en 1920 a vu la scission entre communistes et socialistes. Les leçons du passé, les dangers du monde, les risques qui pèsent sur notre terre, la nouvelle ligne que la réalité trace entre croissance et sens de la vie, entre réformes et révolution, n'indiquent-ils pas que le moment est venu de se fixer l'horizon d'un Congrès de Tours à l'envers ?
En terme d’organisations, comment cela peut-il se traduire dans un premier temps ?
Le PS continuera quoi qu’il arrive, soit sur une position centriste soit sur une position classique de type social-démocrate. Le PCF aussi, mais à l’état de séquelle, en concurrence de plus en plus directe avec le NPA. Faire du neuf, donner l’exemple, ce serait rassembler communistes tournés vers l'avenir, socialistes et démocrates anti-libéraux, écologistes de gauche, républicains sociaux, révolutionnaires et progressistes en ayant assez des groupuscules, humanistes de foi et de raison, militants associatifs cherchant une issue politique à leur engagement, ouvriers, employés, citoyens - travailleurs espérant depuis longtemps une initiative de ce type.
Des membres, nombreux peut-être, de l'actuel PS se tourneront vers le centre ? Des membres de l'actuel PCF rejoindront le groupe des anti ? Sans doute. Une clarification s'opèrera ainsi partout. Nous qui voulons changer le monde, nous avons tout à perdre dans une crispation doctrinale et organisationnelle, tout à gagner à l'immersion dans un grand rassemblement pour le socialisme.
Dans ce rassemblement diversifié, qui prétend qu'il faille renoncer à être soi-même ? Comme dit Teilhard, l'union différencie au contraire. Par exemple, le communiste restera communiste (ce qui n'est pas facile), le chrétien restera chrétien (ce qui n'est pas facile non plus), etc. N'ayons pas peur ! a dit Jean – Paul !
Autogestionnaire dans son fonctionnement, le rassemblement d’aujourd’hui puis la fédération (ou mouvement ou réseau ou toute autre appellation) de demain devront l’être aussi dans leurs objectifs.
A chaque fois que la gauche est arrivée au gouvernement, elle a abandonné en cours de route son programme de transformation sociale pour pratiquer une politique qui n’était pas celle pour laquelle elle avait été élue. Plus jamais ça !
La démocratie représentative, parlementaire, partout -dans les institutions, les partis, les syndicats -la délégation de pouvoir illimitée et professionnalisée, ça ne suffit plus ! Inventer des formes de démocratie directe (pas forcément le trompeur referendum) voire de mandat impératif est nécessaire pour que le plus grand nombre participe à la prise des décisions. La vraie démocratie doit tendre à l'unanimité, non se réduire à l’absurde 51/49 ou 53/47.
Pour moi, l’autogestion est l’ensemble des moyens permettant au peuple - -classe de disposer en permanence du mandat (par ailleurs limité en temps et en étendue) confié à ses représentants, soit lors d’une situation type grève générale, grève nationale ou mouvement protestataire de grande ampleur, à plus forte raison dans une situation pré – révolutionnaire, soit dans un cadre institutionnel.
Je suis bien conscient que ce texte pose plus de questions qu’il n’en résout. C’est exprès ! Mais je serais bien ingrat envers les communistes actuels et anciens si je n’avais pas envers eux à qui je dois tant l’exigence de les croire capable de ce formidable sursaut : se dévouer à plus grand que soi pour qu’existe l’hypothèse communiste.
Alain
vendredi 5 septembre 2008
Garaudy et Prague 68
Sur un blog qui a repris à son compte le mot d'ordre d'un socialisme à visage humain vous ne serez pas étonnés que je revienne à nouveau sur le Printemps de Prague écrasé logiquement le 20 août 1968 par les dictatures pseudo-socialistes.
Pour situer les uns et les autres, il faut dire que Garaudy commencait déjà à être marginalisé dans le parti. Thorez, grand communiste (stalinien oui, mais qui ne l'était pas alors ?), grand homme d'état, lui avait toujours apporté son soutien. Thorez mort, Waldeck Rochet assurait - avec une grande honnêteté - une sorte d'interim. Marchais et son équipe, avec au premier rang Juquin notamment, voilà les dirigeants qui "montent". En mai 68, le PCF s'est coupé de la jeunesse étudiante: Aragon humilié par Cohn-Bendit à la Sorbonne, Juquin défenestré à Nanterre, Roland Leroy (en concurrence avec Marchais pour le secrétariat général) chassé de la Halle aux vins, Garaudy est le seul dirigeant du parti (il est encore membre du BP) à pouvoir s'exprimer pendant plusieurs heures parmi "les enragés" de la Sorbonne malgré l'avis négatif des autres membres du BP. Il a publié début 68 son livre "Peut-on être communiste aujourd'hui ?" (Grasset éditeur) où il donne sa vision du marxisme (non pas bible, mais "méthodologie de l'initiative historique), où il revendique la "pluralité des modèles" du socialisme, où il réfléchit sur un "nouveau style de travail" du parti communiste, etc. Pendant les "évènements" de mai, il ne partage en rien les "analyses" de l'équipe Marchais-Plissonnier qui ne comprennent rien à ce qui est en train de se passer. A la fin 68, Garaudy publie une deuxième édition de son livre intitulée: "Pour un modèle français du socialisme" (Editeur Gallimard, Idées) et c'est à cette édition que j'emprunte des passages significatifs sur le Printemps de Prague, car il y est dit bien mieux que je ne pourrais le faire ce que je pensais à l'époque, et que je pense toujours, et cet extrait montrera tout le chemin qui séparait alors Garaudy de presque TOUS les dirigeants du parti (à de rares exceptions prés, comme Fernand Dupuy le maire de Choisy),
"Le parti joue son rôle dirigeant lorsqu'il s'adapte aux conditions historiques nouvelles pour se tenir à la tête de l'évolution sociale, à la tête du mouvement. La recherche du contrôle du peuple et le développement de la démocratie sont la seule méthode pour renforcer une discipline vraiment consciente...Les communistes tchécoslovaques ont donné un grand exemple et apporté une grande aide à tous les partis communistes...Tel est le beau visage humain du socialisme que les communistes tchécoslovaques avaient entrepris de donner au monde, au moment où l'intervention décidée par les...dirigeants soviétiques est venue barrer le chemin de cette grande espérance. Mais cette espérence...ne doit pas être détruite. Il appartient à chaque communiste français de prendre le relais en contribuant à la création d'un modèle nouveau du socialisme correspondant aux exigences d'un pays hautement industrialisé, aux traditions nationales démocratiques de notre peuple, selon les méthodes découvertes et élaborées par Marx et Lénine avant leurs perversions staliniennes ou poststaliniennes...Ni la Tchécoslovaquie, ni l'Union soviétique, ni la Chine ne sont l'avenir de la France...Marx faisait de la France le plus haut éloge en disant que c'était le pays où les luttes de classe ont toujours été menées jusq'au bout. Etre fidèles à ce grand passé c'est être capables d'imaginer une nouvel avenir par des initiatives historiques nouvelles: inventer un modèle français du socialisme correspondant aux exigences d'une société hautement développée...
La manifestation de loin la plus grave de la dégénérescence théorique et politique de la direction du Parti communiste de l'URSS fut l'intervention militaire en Tchécoslovaquie, qui n'était pas une erreur ou une folie, mais la conséquence nécessaire d'une conception systématique: à partir du moment où les dirigeants soviétiques étaient dogmatiquement enfermés dans le schéma stalinien identifiant le socialisme avec le seul modèle historiquement réalisé en Union soviétique, ils étaient amenés à considérer comme une menace pour le socialisme toute tentative d'adapter les formes de la construction du socialisme aux conditions, par exemple, d'un pays déjà hautement industrialisé, avant la révolution. C'est ainsi qu'ils ont jugé notamment l'entreprise du Parti communiste tchécoslovaque et de son chef Dubcek, de créer une démocratie socialiste. Pour justifier cette vue schématique, au mépris de toute analyse marxiste des rapports de force réels, les dangers de la révolution et de la contre-révolution ont été démesurément grossis. En fait, c'est l'occupation militaire qui a effectivement servi la réaction et la contre-révolution en Tchécoslovaquie et dans le monde entier...
Ce qu'Alexande Dubcek appelait la renaissance du socialisme...a été pour tous les communistes un grand exemple, capable de donner de l'idéal du communisme son plein rayonnement. Il y a là un mouvement irréversible et l'entreprise tchécoslovaque...a montré à tous les peuples le beau visage humain du socialisme".
Dans les jours qui ont suivi l'invasion de la Tchécoslovaquie, Roger Garaudy (il le raconte dans ses Mémoires: "Mon tour du siècle en solitaire", Editeur Robert Laffont, 1989) publie avec l'ambassadeur de Tchécoslovaquie à Paris, Mr Pithart, un communiqué qui sera diffusé à Prague par la radio clandestine et qui se termine par ces mots:"Un pays qui en opprime un autre est-il socialiste ? Allez-vous'en."
On voit bien par ces quelques exemples que les positions de Garaudy sont radicales (radical au sens de Marx, c'est-à-dire qui prend les choses à leur racine), trés éloignées des "centristes" que sont par exemple Juquin, Besse et même Kanapa, qui sont beaucoup plus "realpolitik"...Tellement radicales qu'il sera exclu le 6 février 1970: parlant des accusations portées contre lui d'anti-soviétisme, il dira à la tribune du Congrès: "Ce qui nourrit l'antisoviétisme ce n'est pas de dire ces choses [l'invasion de la Tchécoslovaquie entre autres, la précision est de moi] mais de les faire et de les taire...même si l'on écarte quelques-uns de ceux qui les posent, les problèmes continueront à se poser dans la vie". L'histoire lui a donné raison.
(J'ai publié ce petit texte il y a quelques jours sur un forum dont je vous recommande la fréquentation:
http://sanseprendrelechou.forumactif.com/)
dimanche 17 août 2008
Il y a 40 ans, l'assassinat du printemps de Prague
Dans la nuit du 20 au 21 août 1968 a lieu l’opération Danube : les chars de l’armée russe et du pacte de Varsovie envahissent la capitale de la Tchécoslovaquie et mettent un terme à ce que l’on a appelé le « Printemps de Prague ».
Après une période de libéralisation - économique et politique - qui s’était exprimée au sein du régime communiste, sous l’impulsion d’Alexander Dubcek (1921-1992), mais aussi dans la société, comme en avait témoigné quelques années plus tôt le film de Milos Forman Les Amours d’une blonde , le pays voit le rideau de fer se baisser à nouveau et ses dirigeants contraints de retourner à une plus stricte orthodoxie marxiste-léniniste.
Le grand-frère soviétique n’a pu supporter cette expérience novatrice qui prétendait conduire le peuple tchèque sur la voie originale d’un socialisme à visage humain.
C’est l’époque où à la question : « Pourquoi faites vous une distinction entre les pays frères et les pays amis ? » les communistes des pays de l’est répondaient : « Parce que les amis on les choisit! »
Le mouvement communiste international apparaît alors divisé entre le bloc des pays de l’est (même si la Roumanie de Ceaucescu et la Yougoslavie de Tito n’ont pas voulu associer leurs armées à l’intervention) et les partis communistes occidentaux dont le parti communiste italien, qui condamne l’intervention, reste la figure de proue.
En France l’affaire se présente de manière plus compliquée. Membre à treize ans, par atavisme familial, du mouvement de la jeunesse communiste (1), j’ai vécu de très près les débats au sein du P.C.F. : l’émotion était grande et palpable parmi les militants.
Dans un premier temps un communiqué du Bureau politique fait part de “sa surprise et marque sa réprobation“, acte d’indépendance de la direction par rapport au parti communiste d’U.R.S.S., mais le lendemain, 22 août, le Comité central n’exprime déjà plus que sa “désapprobation“.
Waldeck Rochet (1905-1983), secrétaire général du P.C.F., expliquera le 24 août à l’ambassadeur de Tchécoslovaquie à Paris, je cite : « La condamnation de l’intervention ne pouvait pas être plus dure de la part du P.C.F. car il fallait prendre en considération la partie la moins progressiste de ses membres et ne pas fermer les contacts avec le parti communiste d’Union Soviétique » (2)
(L’Humanité, édition du 21 août 1998)
Dans un langage moins policé Louis Aragon parlera d’un “Biafra de l’esprit” et, avec Pierre Daix, il ne cessera de défendre dans Les Lettres Françaises un point de vue critique ; car si le parti a désapprouvé l’intervention il sera silencieux sur la normalisation qui s’ensuivra.
Or celle-ci sera féroce, trois faits pour l’illustrer :
- 16 janvier 1969 : immolation de Jan Palach, étudiant à la Faculté des lettres de l’Université Charles, pour protester contre la normalisation, il mourra trois jours plus tard à vingt-et-un ans,
- 17 avril 1969 : remplacement de Alexander Dubcek par Gustav Husak, imposé par les Russes à la tête du parti communiste tchécoslovaque,
- octobre 1969 : fermeture des frontières
Pendant ce temps, en France, Waldeck Rochet est tombé malade, victime collatérale du printemps de Prague (3), et Georges Marchais se prépare à devenir secrétaire général adjoint du P.C.F. …
Jean Ferrat saura, une fois de plus, trouver les mots que tous les militants attendaient, il chantera dans “Camarade” :
« Que venez-vous faire camarades,
Que venez-vous faire ici? »
Mais c’est d’une autre chanson dont je voudrais vous parler.
En hommage à Alexander Dubcek, Claude Lemesle a composé en effet en 1984, avec Alice Dona, une très belle chanson intitulée “Le Jardinier de Bratislava” car tel fut le sort réservé in fine à Alexander Dubcek par les dirigeants des pays frères que celui de cet exil intérieur.
« Les amis on les choisit », disions-nous.
Notes
(1) je ne renie pas cette période où j’ai appris, entre autres choses, que « La conscience de classe ne peut pas être importée », c’est-à-dire que les ouvriers, et eux seuls, ont conscience de leur aliénation et que « Le conflit de classe a la primauté sur le conflit des générations » ; Pasolini ne disait pas autre chose qui expliquait mai 68 en France comme une révolte de fils de bourgeois (les étudiants) réprimée par des fils d’ouvriers (les C.R.S.)
(2) Jeannette Vermesch-Thorez se voulait la gardienne du temple et de la fidélité à la statue du Commandeur, Maurice Thorez, dont elle avait été l’épouse
(3) à l’issue d’un voyage à Prague puis à Moscou Waldeck Rochet avait obtenu, quelques mois avant, l’assurance de Léonid Brejnev que les Russes n’interviendraient pas en Tchécoslovaquie, il s’était senti trahi
Le Jardinier de Bratislava
"Cette nuit il a encore gelé
Hier les gosses ont vu un défilé
A Bratislava,
2 avril pas un bourgeon encore
On dirait que les jardins sont morts
A Bratislava
Alexander prend le car de sept heures
Il salue son copain le facteur
D’un "Comment ça va?"
Nulle part il n’y a de sot métier
Et Alexander est jardinier
A Bratislava
Jardinier à Prague en soixante-huit (1)
Il a été, cet homme qui habite
A Bratislava,
Mais d’un grand espoir d’un grand printemps
Bien plus fort que tous les faux sultans
De la Moskova
Puis en août les chars sont arrivés
Les soldats n’ont jamais su rêver
Plus loin que leurs pas,
Ils ont tué Prague et son hirondelle (2)
Mais un jardinier se souvient d’elle
A Bratislava
L’hiver c’est rien, c’est une blague
Le vrai malheur, le seul, c’est quand on a la certitude,
Prague, qu’il n’y aura plus de printemps,
Cette année les roses viendront tard
Comme les chansons sur les guitares
De Bratislava
Alexander parce qu’il a osé
Doit jouer l’arroseur arrosé
A Bratislava,
La doctrine qui lui lie les mains
Ne prendra jamais visage humain
Pourtant il y croit,
Près de la faucille et du marteau
Il rêve d’une fleur sur ton drapeau
Czekoslovaquia!
Cette nuit il va encore geler
Demain il ont prévu un défilé
A Bratislava,
2 avril pas un bourgeon encore
On dirait que l’avenir est mort
A Bratislava
Alexander descend de l’autocar
Y a du foot à la télé ce soir
Et "Allez Dukla!" (3)
Le printemps de Prague est oublié
Et Alexander est jardinier
A Bratislava
Le printemps de Prague est oublié,
Alexander Dubcek est jardinier
A Bratislava"
Paroles et musique : Claude Lemesle (4) - Alice Dona ; interprète : Alice Dona
Notes
(1) ici jardinier au sens figuré, c’est-à-dire le jardinier qui a permis l’éclosion du printemps de Prague
(2) "Une hirondelle ne fait pas le printemps", affirme un dicton populaire, alors s’il n’y en a même plus une …
(3) le Dukla de Prague, célèbre club de football de la capitale tchèque
(4) Claude Lemesle a aussi écrit les plus grands succès de Joe Dassin dont il était devenu l’auteur quasi attitré ; il vient de publier "Puisque tu veux tout savoir", aux éditions Albin Michel, un livre de souvenirs où il s’adresse à Julien Dassin, le fils du chanteur
Articles en provenance de: http://mfrontere.blog.lemonde.fr/
Camarade (Paroles et musique de Jean Ferrat)
C'est un joli nom Camarade
C'est un joli nom tu sais
Qui marie cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai
Pendant des années Camarade
Pendant des années tu sais
Avec ton seul nom comme aubade
Les lèvres s'épanouissaient
Camarade Camarade
C'est un nom terrible Camarade
C'est un nom terrible à dire
Quand, le temps d'une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d'août s'obscurcit
Camarade Camarade
C'est un joli nom Camarade
C'est un joli nom tu sais
Dans mon cœur battant la chamade
Pour qu'il revive à jamais
Se marient cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai
lundi 23 juin 2008
Un pasteur haut responsable au Parti Ouvrier Populaire, le parti communiste Suisse
Josef Zisyadis est responsable, dans le canton de Vaud, du POP, le Parti Ouvrier Populaire. Il fait aussi partie de sa direction nationale et de la direction européenne du Parti de la Gauche européenne. Portrait et parti pris.
"L’Evangile n’est pas une question de parti politique. Nous sommes plutôt dans l’ordre du renversement des valeurs."
- A quel parti politique français le POP correspondrait-il ?
- Au parti communiste, mais avec une tradition différente. Le Parti Suisse du Travail a été créé au sortir de sa clandestinité, les forces de gauche ayant été interdites en Suisse pendant la guerre. Il y a eu une renaissance avec trois composantes : des socialistes, des anti-fascistes et des anciens communistes. Le POP a une tradition d’accompagnement social auprès des personnes âgées et des exclus du système. Se sont ajoutés à notre électorat, ces dernières années, des gens qui ne se satisfont plus des arrangements politiques par coalition. Nous sommes de ceux qui pensent qu’il faut mettre en place de vraies alternances. On pèse peu au niveau fédéral, davantage au niveau de la Suisse romande, car on est un peu le maillon indispensable pour les Verts et les socialistes, dès lors qu’il s’agit de constituer des majorités.
- Quelle est la situation du marché du travail en Suisse ?
- Il y a du chômage, contrairement à ce qu’on pense, même si le taux officiel est extrêmement bas. Certains cantons ont un taux plus élevé que d’autres, 7% pour l’un quand d’autres sont à 2%, par exemple. Pendant de nombreuses années, la Suisse a refoulé les immigrés qui se trouvaient au chômage. Nous n’avons pas d’obstacles aux licenciements comme cela existe dans plusieurs législations européennes. La Suisse est un paradis pour patrons ! Nous avons besoin d’une sécurité de l’emploi, du début de la vie active à la retraite. Je comprends que de petits patrons aient de la peine ou hésitent à embaucher parce qu’ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Mais quand on voit les grandes entreprises financières et les bénéfices colossaux qu’elles retirent, nous serions en mesure de créer en Europe un cursus de vie professionnelle qui permette de passer des périodes d’emploi à des périodes de non-emploi. Ces périodes-là seraient des périodes de formation et de requalification. C’est la raison pour laquelle je suis contre tout licenciement. Cette proposition, pour l’instant inimaginable, coûterait moins cher à la société que d’avoir autant de chômeurs dont les coûts indirects sont énormes sur tous les plans de la vie sociale, celui de la santé, de la criminalité, etc.
"Il n’y a pas de changement de société sans conversion individuelle."
- Quels sont les combats qui vous paraissent les plus préoccupants et les plus prioritaires aujourd’hui ?
- Premièrement, le combat contre la pauvreté de masse. Il y a aggravation. On est passé d’une période, celle de l’après-guerre, où l’on connaissait des revenus qui allaient de 1 à 10, à des disparités de 1 à 500. Il faudrait mettre un plafond aux revenus maximums. Réduire les disparités entre les classes me paraît essentiel. Le patron de l’UBS une banque mondialisée— a 31 millions de francs suisses de revenus annuel, 15'000 fois plus que celui de l’ouvrier de base. Ce n’est pas acceptable. Nous sommes dans une situation telle qu’il nous faut revoir la forme de vie en société que nous voulons. Revalorisons le SMIC et faisons en sorte qu’il soit relié à un revenu maximum. Deuxièmement, l’avenir de la paysannerie. C’est la question de notre rapport à la terre qui se pose. Nous devons absolument lutter pour la souveraineté alimentaire. Il convient de maintenir une agriculture vivante dans nos pays ultra industrialisés. Et enfin, troisièmement : la lutte contre la technologie à outrance. Les sciences et la technique deviennent quasiment autonomes par rapport aux décisions politiques (clonage humain, développement d’Internet, etc.). On ne se pose pas la question de la maîtrise de ces sciences et de ces techniques.
- Qu’attendez-vous des églises ?
- L’enseignement de Jésus est simple, et double : Justice et amour du prochain. Il ne s’agit pas d’instituer ici-bas le Royaume de Dieu, mais de créer un cadre juridique qui permette une meilleure justice. Quant à l’amour du prochain, c’est un engagement individuel qui va au-delà du politique. L’Evangile n’est pas une question de parti politique. Nous sommes plutôt dans l’ordre du renversement des valeurs. Dans le système capitaliste, l’individu est broyé. Nous devons être du côté de l’attachement à la personne humaine. Il n’y a pas de changement de société sans conversion individuelle. Je le dis très franchement. Je mets la primauté sur la conversion individuelle. Le changement personnel est détonateur de changement dans la société. C’est une totale erreur de penser qu’en édictant des lois, l’être humain va se transformer. On a vu ce qui s’est passé dans les pays de l’Est...
Propos recueillis par Farid SERGY
Jésus et Marx J’ai fait mes études de théologie à Lausanne, et je suis parti travailler dans les quartiers populaires avec la Mission Populaire Evangélique de France. Je n’ai jamais pensé que le travail de pasteur était inefficace sur le plan politique. Il prend en compte l’individu humain dans sa totalité, corps et esprit. Son travail se situe sur un autre plan. J’ai préféré, à un moment donné, faire le choix d’un engagement politique, mais il n’est pas exclu que je redevienne pasteur. Je n’ai pas du tout perdu la foi. Ceux qui ont pensé qu’on pouvait éliminer la religion par décret d’Etat se sont trompés. J’ai découvert le marxisme comme outil d’analyse. Le vieux Marx était un précurseur, l’un des premiers penseurs de la mondialisation des échanges marchands. Or, aujourd’hui, on est en plein dedans ! Il a été assimilé à un système politique de domination qui n’avait rien de communiste ni de socialiste. Karl Marx est d’abord un penseur, un philosophe. Il a beaucoup apporté, le mouvement altermondialiste s’en inspire plus ou moins… |
Tiré du n°227 de la revue Certitudes
(Article sur http://www.blogdei.com/index.php/)
lundi 26 mai 2008
Le communisme n'a jamais été essayé
Notre vie publique est dominée par un dogme, dont le poids est écrasant. Ce dogme c’est que le communisme a été essayé, comme on dit, et qu’il a échoué d’une manière incontestable et écrasante. C’est donc terminé.
C’est le grand dogme dans lequel nous vivons, dans lequel nous pensons, dans lequel nous échangeons, dans lequel nous essayons d’inventer. Le communisme est mort.
À cela j’objecte que le communisme n’a pas pu échouer pour l’excellente et simple raison qu’il n’a jamais été « essayé », nulle part. Ni dans des pays qui ont voulu construire au-delà du capitalisme, ni de la part de partis, qui sans être jamais parvenus vraiment au pouvoir, ont censément fait de la politique avec le communisme.
Je dis qu’ils n’en ont jamais fait vraiment avec le communisme, y compris le parti dont je suis membre depuis maintenant pas loin de 60 ans.
Pour tirer au clair cet étrange constat, le communisme a été essayé et il a échoué, réponse : pas du tout, il n’a été essayé nulle part, il faut se demander : de quoi parle-t-on ? Que veut-on dire ?
Pour moi cette question a commencé à prendre corps au tout début des années 80. Ayant été beaucoup mis en mouvement -comme nombre de communistes, membres du Parti ou pas, mais appartenant à cette mouvance politique- par le fameux abandon de la dictature du prolétariat en 1976, qui posait des problèmes stratégiques fondamentaux -ou, plus exactement, qui devait poser ces problèmes beaucoup plus qu’il ne l’a fait réellement- ma réflexion a été particulièrement sollicitée à ce moment-là.
D’autant plus que j’étais en bisbille avec Althusser sur ce point. Lui était pour qu’on garde la dictature du prolétariat, moi j’étais absolument d’accord avec la décision du Parti, mais pas du tout d’accord avec le manque de pensée théorique qui accompagnait cette décision.
C’est ce qui m’a mis en mouvement. Ce mouvement a abouti à ce qui a été pour moi une véritable découverte et que chacun peut refaire aujourd’hui encore.
J’ai longuement enseigné que Marx, dans un texte fameux de 1875 qui s’appelle "La critique du programme de Gotha", explique qu’au-delà du capitalisme, il y a deux moments historiques fondamentaux. Le premier, qui est une phase inférieure, c’est le socialisme. Le deuxième, plus tard, phase ultérieure, sera le communisme.
Or, j’ai commencé à découvrir à ce moment-là, il y a de cela pas loin de 30 ans, qu’en réalité ce n’est pas du tout cela le vocabulaire de Marx. La fameuse première phase, jamais nulle part, en aucune circonstance, il ne l’a appelé socialisme. Il l’a toujours appelé communisme.
Mieux même, le choix du mot communisme par Marx et Engels, qui est une longue histoire -dans laquelle il est hors de question d’entrer en quelques minutes- est un choix fondamental, théorique, qu’Engels éclaire notamment dans la préface à l’édition anglaise du manifeste de 1877, lorsqu’il dit nous avions le choix entre socialisme et communisme en 1848, mais socialisme c’était un terme bourgeois, salonnard alors que communisme était prolétarien.
Et de plus, quand on s’intéresse au contenu, le socialisme renvoyait à toute sorte de choses dont l’étatisme, alors que le communisme, de ce point de vue, était beaucoup plus proche de l’anarchisme, malgré une divergence radicale quant à la manière et au moment de la suppression de l’Etat.
Mais en tout cas le communisme c’est le dépassement, l’abolition de l’Etat.
Donc entre socialisme et communisme il n’y a non pas successivité historique : d’abord le socialisme puis, tout naturellement, comme son aboutissement, le communisme.
Question : et alors pourquoi l’Union soviétique n’a-t-elle jamais transité vers le communisme, contrairement à la croyance, à l’espoir de Khrouchtchev qui annonçait que le socialisme bien « beurré » serait meilleur que celui « sans beurre », et que ça allait se produire dans peu d’années ?
A ce moment-là, on vivait encore dans l’idée qu’on était dans la phase socialiste, puis qu’on allait passer enfin (en tout cas commencer à passer) au communisme, avec la gratuité du métro, tout ça, qui allait s’étendre petit à petit.
Puis, sous Brejnev, le communisme disparaît. Ou plutôt il existe, mais très « en haut ». Au sommet des immeubles comme dans des slogans que plus personne ne regarde.
Ceux qui sont allés à Moscou dans ces périodes là ont certainement encore cette extraordinaire image des grands slogans en lettres éclairées la nuit : « En avant vers le communisme », ce qui n’avait rigoureusement plus aucun sens, qui n’en avait jamais vraiment eu, mais qui alors là, officiellement, n’en avait plus aucun.
Lucien Sève cité par R.B (les passages en gras sont soulignés par R.B) sur http://bellaciao.org/fr/
samedi 24 mai 2008
Communisme et démocratie
Dans son discours d’hommage à Jacques Rimbault (1929-1993), ancien maire de Bourges et député communiste, et qui fut sans doute l’homme politique du Cher le plus remarquable des décennies qui viennent de s’écouler, le député communiste Jean-Claude Sandrier établit une curieuse opposition entre la démocratie et le communisme. « Il a fait se rencontrer communisme et démocratie. » S’il les a fait se rencontrer, c’est qu’ils étaient étrangers l’un à l’autre. Comment la démocratie, qui est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple peut-elle se trouver à ce point dissociée de l’idéal communiste d’abolition des classes sociales et de sortie de l’aliénation de la classe ouvrière, qui recouvrerait alors sa liberté et ses droits politiques et sociaux, au terme d’un bouleversement concluant logiquement et historiquement ce grand mouvement d’émancipation né avec la révolution française et le mouvement ouvrier du XIXème siècle ?
C’est ce que Jean-Claude Sandrier n’explique pas, sinon en esquissant une opposition entre le « collectif » et le « respect dû à chacun ». On pourra juger qu’il s’agit d’un « progrès ». Les « communistes républicains », comme s’appellent désormais les élus du PCF, auraient réussi la synthèse difficile des exigences contradictoires qui opposent les aspirations des « individus » et la nécessaire contrainte du « collectif ».
Mais cette dépréciation des valeurs collectives par un élu communiste est, à tout le moins, un hommage paradoxal à l’idéologie libérale qui place l’individu comme centre et ultime finalité de tout projet politique.
De sorte qu’on peut au moins s’interroger et se demander ce qu’il reste de « communisme » dans l’idée de « communisme républicain ». Un hommage à l’histoire ? Une tradition qui se perpétue dans les mots, dans un langage où se sédimentent les rêves avortés des opprimés ?
En tous cas, si un élu communiste porte un jugement si négatif sur ce que fut historiquement le communisme, on se demande alors pourquoi le PCF porte encore ce nom dans son sigle. En revanche, on ne s’étonne pas que toute référence au Parti Communiste ait désormais disparu des affiches et des tracts des élus communistes du Cher lors des campagnes électorales.
Et ce n’est peut-être pas un hasard si ce fut Jacques Rimbault lui-même qui inaugura cette pratique qui témoigne d’une « haine de soi » tout à fait curieuse, mais non sans causes historiques ...
lundi 5 mai 2008
Gauche et point de vue communiste
Gauche : réflexions pour un point de vue communiste de France (première partie), vendredi 2 mai 2008 / "le Patriote"
A l’évidence, après les espérances mais aussi les réalités et les échecs historiques du « court 20ème siècle », comme après les cycles électoraux de 2002 et 2007 en France, mais aussi les évolutions européennes, tant en Italie, Chypre, l’Espagne ou l’Allemagne, une réflexion et une production conceptuelle et pratique nouvelles sont indispensables pour refonder un processus d’émancipation humaine de toutes les exploitations et de toutes les dominations.
Un capitalisme mondialisé et financiarisé ayant réussi, économiquement mais aussi culturellement et sociologiquement, à intégrer et réagencer l’ensemble de ces dominations à son profit. Y compris celles qui ont historiquement précédé le capitalisme, comme la domination patriarcale.
Notre responsabilité aussi bien dans les ripostes d’aujourd’hui, les rassemblements de luttes comme pour l’avenir, est d’apporter une réflexion nouvelle, chacun ayant bien conscience, au delà de la diversité légitime des points de vue qu’une simple amélioration de l’efficacité militante de l’existant serait en deçà des défis posés.
La notion de gauche
Cette notion reste t elle pertinente ? Ainsi que l’ambition de s’adresser et de vouloir rassembler toute la gauche ? Dans une première vision les raisons d’y renoncer et de vouloir totalement essayer « autre chose » ne manquent pas. Les échecs historiques de la fin du 20ème siècle, aussi bien ceux concrétiser par l’effondrement soviétique que l’échec des social-démocraties dans l’aménagement du capitalisme. Le type de construction européenne à l’œuvre et son insertion dans la mondialisation. Le glissement des cercles dirigeants de la social démocratie en social libéralisme ainsi que le rôle que jouent activement nombre de ses dirigeants dans ce capitalisme mondialisé, de l’OMC au FMI, en passant par des dirigeants européens comme T.Blair….les raisons apparentes de vouloir faire « table rase » de cette ambition ne semblent pas manquer.
Et, partant de ce constat, considérer que face à ce bipartisme de consensus pour l’économie de marché qui a une domination institutionnelle écrasante, l’heure ne serait qu’à la résistance anticapitaliste, voire à une longue traversée du désert pour ressourcer une force révolutionnaire nouvelle, au refus de toute alliance avec le PS, à considérer comme compromettante toute perspective de dynamiser une gauche qui soit à la fois de combat et de responsabilité dans les institutions ou des majorités, voire même considérer que la notion même de gauche aurait perdu toute pertinence.
De tels points de vue ne feraient à mon sens qu’accélérer la marginalisation durable des forces de transformation sociale, agissant pour un dépassement du capitalisme et l’émancipation humaine.
L’utilité de la politique
Notamment dans la tradition française, la notion de gauche vient de loin. Y compris dans les suites de la révolution française. Ce n’est d’ailleurs pas d’aujourd’hui, qu’un courant de cette gauche est marquée par le réformisme, voire selon les périodes des compromissions actives avec les forces dominantes du capitalisme et on ne va découvrir tous les matins ce que sont les « socialistes » comme produit et prolongement de cette histoire du réformisme, comme si on tombait de l’armoire. (1) Jamais sinon, nos prédécesseurs n’auraient osé le « Front Populaire contre le fascisme, pour le pain et la liberté », ni non plus recherché le rassemblement du peuple de France le plus large dans la Résistance et à la Libération.
Il reste que, loin d’avoir intérêt à l’effacement du clivage « gauche/droite », voire de rejeter le PS dans le « camp d’en face », l’intérêt populaire est au contraire me semble t-il de restaurer pleinement ce clivage « gauche/droite », tout en portant un débat, totalement public sur ce que doit être la gauche et une politique de gauche. Il y a d’ailleurs un déficit dramatique de ce débat public et populaire. Là est la question pour dépasser les formes effectivement insuffisantes voire obsolètes d’échanges, d’accords ou de désaccords entre organisations politiques.
Car les difficultés ne sont pas seulement les déceptions nées en France comme en Italie des politiques des « gouvernements de gauche » enfermés dans leurs renoncements face au néo-libéralisme ou bien les menaces institutionnelles du bipartime et du vote utile. La difficulté essentielle réside dans la crédibilité d’une perspective de transformation sociale de dépassement du capitalisme dans les conditions nouvelles de notre époque. C’est la question politique majeure. D’où la question du projet et des contenus. Certes s’adresser à toute la gauche, comme au peuple entier, ne suffit pas pour répondre à la question posée. Mais s’en priver serait assurément s’interdire de la résoudre en assassinant la crédibilité de toute perspective majoritaire et condamner alors la contestation du capitalisme à se cantonner à la protestation marginale et au verbe incantatoire et dénonciateur.
Le communisme français
Ce qui distingue un parti politique communiste, d’un simple mouvement ou d’une association, c’est la nature de l’ambition. Pas simplement entretenir une contestation ou des contre- pouvoirs dans tels ou tels domaines, mais d’être utile concrètement, à la fois au quotidien et dans l’utopie (au sens positif du terme), pour construire des rassemblements populaires majoritaires, faire bouger la société dans le sens des réponses aux besoins populaires contre l’insécurité sociale que déchaîne le capitalisme, unir réformes et ambitions révolutionnaires. Ce que le PCF a su faire à différents moments de son histoire.
Le communisme français vient de loin, de bien avant la « matrice de 1920 », au même titre que Marx d’ailleurs n’a jamais figé dans sa réflexion les formes et les contours de ce que devait être un « parti communiste ». Le communisme n’est pas une théorie ou un « idéal », il est dans chaque formation sociale et nationale, et donc spécifiquement en France, un « mouvement historique réel ». (2) Son utilité et sa reconnaissance se sont enracinées dans la capacité sociale à permettre à des classes exclues, y compris issues de l’immigration, d’exister en politique, dans l’utopie créative d’une perspective, et surtout dans les moments de son histoire où il a su proposer à la société française, non pas « d’abolir » le capitalisme, ou de lui substituer un « modèle » tout préfabriqué qu’il s’agisse du « communisme » ou du « socialisme », mais de conquérir des transformations sociales concrètes, qui ont été potentiellement à leurs époques des négations potentielles et partielles du capitalisme : pensons par exemple au contenu et à la philosophie de la Sécurité Sociale à sa création.
Toute la question qui nous est collectivement posée, est pour la société française d’aujourd’hui, dans le monde et l’Europe d’aujourd’hui, de refonder dans la spécificité du communisme français, un apport pour toute la gauche et la société.
Jean Paul Duparc
(1) voir « L’histoire du réformisme » que Jean Burles avait publié il y a quelques années aux Editions Sociales. (2) Roger Martelli
mardi 4 mars 2008
Réflexions à propos d’une interview de M.G. Buffet
Sur France-Inter le 28/02/08
par Sadek Hadjerès
MGB s’est référée à l’exemple de "die Linke" (parti de la gauche allemande qui remporte en ce moment des succès significatifs), pour justifier le projet d’un parti de gauche français, capable de surmonter le glissement électoral catastrophique de législatives de 2007.
Cela m’a suggéré quelques réflexions sur des thèmes que j’ai entendu souvent débattre, notamment à Espaces Marx. J’y retrouve aussi des échos d’une problématique plus générale dont j’ai connu quelques expressions dans le mouvement social et communiste algérien, lui-même confronté aujourd’hui aux questionnements d’une difficile recomposition.
J’ai bien apprécié un certain nombre des réponses de MGB sur les problèmes concrets posés aux Français, par exemple sur la question de la médiatisation des grandes manifestations sportives. Quant au problème politique lancinant, concernant la recomposition de la gauche française, j’avoue être resté sur des interrogations et des inquiétudes. Les réponses de MGB aux questions qui lui ont été posées m’ont paru pécher par unilatéralité. Elles ne se sont pas appuyées selon moi sur certains des vrais enseignements des expériences positives auxquelles elle se réfère (celle de Die Linke est l’une d’elles). Pas plus qu’elles n’ont pris en considération les nombreux déboires dans le monde (je connais en particulier le cas de l’Algérie) où l’illusion d’élargir l’audience du mouvement social radical en renonçant à ce qui avait fait la force du mouvement communiste dans le passé s’est partout traduit par la dispersion et le rétrécissement souvent catastrophique de cette audience. Rançon d’une confusion déplorable entre la nécessité d’une mise à jour nécessaire pour se délester des approches dogmatiques et l’abandon prétendu inévitable des fondements dûment vérifiés à travers les succès remportés lors des périodes fastes du mouvement révolutionnaire.
J’ai moi-même observé l‘expérience allemande de "Die Linke" et surtout celle de "Synaspismos" en Grèce dont les derniers résultats électoraux et surtout la montée en flèche dans les plus récents sondages constituent une excellente référence des possibilités ouvertes, sous condition, au mouvement de gauche (au dessous de 6% il y a moins d’une année, les sondages en faveur de Syriza (coalition radicale dont Synaspismos constitue le noyau) sont passés à 12 ou même 14 %, portant ainsi les pourcentages potentiels de la gauche (si elle était unie) aux environs de 20 % (ou plus en tenant compte d’une dynamique créée par l’esprit et la pratique de l’unité d’action dans le respect des autonomies respectives). Depuis longtemps, les dirigeants socialistes du PASOk au service d’une politique de droite avaient caressé le rêve "d’avaler " une partie des cadres ou des électeurs de Synaspismos ; aujourd’hui, sous la pression du mouvement social, c’est le mouvement inverse qui s’opère avec des secteurs socialistes sincères qui se tournent à gauche.
Les réponses de MGB à des questions d’auditeurs m’incitent à penser que les enseignements essentiels de cette montée ne semblent pas avoir été saisis. Il m’a même semblé comprendre, à travers une certaine unilatéralité dans l’argumentation, les raisons de fond qui pont amené ou précipité les reculs et la crise du PCF. Je ne crois pas que cette crise sera surmontée si les équivoques que j’ai cru remarquer ne sont pas levées. J’ai cru constater un paradoxe entre la montée du mouvement social en France que le PCF semble appuyer et même initier à la base, et des discours idéologique dont les ambiguïtés ne font pas fructifier le développement et l’ancrage organique du parti , si même ils ne contribuent pas à creuser l’écart d’audience dont souffre le parti en tant qu’organisation politique.
Les réponses de MGB à 3 questions d’auditeurs m’ont paru illustrer cela :
1 - Raisons du décalage entre la grande influence du PCF des années 40-50 et l’effondrement électoral du PCF actuel
2 - Raisons de l’effondrement de l’URSS
3 - Appréciation sur les modalités d’enseignement et de sensibilisation à la Shoah préconisées par Sarko dans les écoles
Sur la question 1 : MGB rappelle à juste titre que le PCF avait assumé des tâches de large rassemblement national pour la libération de l’occupation nazie et pour la reconstruction. Elle omet en même temps de souligner que c’était accompagné de positons de classe (ne s’exprimant pas mécaniquement ou de façon ouvriériste) qui donnaient confiance aux travailleurs jusqu’à leur faire admettre consciemment certains sacrifices en faveur des tâches nationales (et pas seulement pour s’assurer une participation gouvernementale). C’est grâce à cette confiance que le PCF a su résister après 1947 aux attaques réactionnaires et atlantistes et conserver en cette période difficile une audience respectable.
Question 2 : MGB indique avec raison le déficit démocratique parmi les causes de l’effondrement du système socialiste en Europe de l’Est . Mais elle le fait dans l’absolu, sans le contextualiser et surtout elle omet un autre déficit d’importance majeure selon moi : l’insuffisance de réalisations sociales au profit des travailleurs, insuffisances dont les raisons complexes auraient gagné évidemment à être éclaircies et approfondies. La gravité de cette insuffisance réside dans le fait que lorsque le système a été mis en danger par le démocratisme suspect de Eltsine (et tout ce qu’il y avait derrière lui), le système socialiste n’a pas été défendu par les travailleurs au nom de qui il avait été instauré.
J’ai eu l’occasion d’observer en URSS dans les années 87-88 l’expression de cette tragique coupure à la base, à l’occasion des assemblées de travailleurs et de la population organisées pour leur expliquer la perestroïka. A la fin des exposés, très théoriques et axés sur la démocratie, les questions très concrètes de l’assistance fusaient en rafales (encouragées par le climat de liberté d’expression). Pourquoi on ne trouve pas de viande au marché, pourquoi le saucisson est si cher, pourquoi les besoins de logement dans la localité restent sans solution, etc. Les représentants de l’appareil, certains sincèrement, d’autres rongés par le bureaucratisme et par l’élitisme ne comprenaient rien à ce qu’ils considéraient comme un manque de culture politique de la base laborieuse. Mais c’était eux qui étaient à côté de la plaque et inconscients de leur propre insensibilité sociale, indépendamment des réelles difficultés objectives de l’économie. Méconnaissance de la finalité du socialisme qui a été payée cher !
Question n° 3 : MGB souligne à bon droit la position et les efforts de clarification des communistes sur ce qu’a été la « Shoah ». Mais elle est restée sur le terrain où les sionistes cherchent à enfermer la question, lorsqu’ils mettent en avant à tout bout de champ la Shoah pour occulter la responsabilité écrasante de leurs comportements colonialistes et racistes dans la montée des haines et de l’antisémitisme en Palestine et dans l’embrasement de toute la région.
Il me semble que dans les guerres psychologiques acharnées ainsi livrées aux peuples et aux communistes, l’erreur serait d’être complexés par les arguments fallacieux et unilatéraux que les impérialistes néolibéraux utilisent sans arrêt pour conditionner l’opinion. (J’en vois un exemple aujourd’hui encore, quand les media officiels en restent à l’appel pressant aux FARC de libérer Ingrid Betancourt, Appel tout à fait compréhensible, mais dangereusement boiteux et trompeur s’il ne s’accompagne pas de l’exigence et de fortes pressions pour que le réactionnaire Uribe crée lui aussi les conditions sectorielles de sécurité et politiques pour faciliter la libération des otages.
Dans les 3 cas, réponses déséquilibrées : chaque fois la réponse aborde un aspect vrai. Mais faute d’en aborder l’autre aspect, pourtant fondamental, on peut comprendre que la position unilatérale ainsi exprimée prête le flanc à des interprétations et des pratiques opportunistes. Le PCF s’en trouve laminé, comme paralysé et prisonnier des pressions s’exerçant à ses deux ailes. A sa gauche, le PCF perd du côté de larges secteurs prêts à lui apporter leur soutien, ce sont des formations gauchistes qui tirent bénéfice de ce qui apparaît comme carence et abandon par le PCF de ses positions de classe. Sur sa droite, une partie des gens les plus sensibles aux arguments et préoccupations de souplesse, de réformes, d’unité d’action avec les socialistes ou le MODEM n’ont pas de raisons particulières de s’investir avec le PCF puisque des formations plus à droite assument ce type de préoccupation.
L’enseignement essentiel à mon sens, confirmé par les progrès spectaculaires de "Die Linke" et de "Synaspismos", c’est la nécessité d’une combinaison maîtrisée et simultanée entre de fermes positions de classe, sensibles aux souffrances et préoccupations des couches les plus exploitées et une grande ouverture sur les efforts unitaires autour, non pas de combinaisons et coalitions trop électoralistes, mais autour de programmes d’action sur des problèmes concrets vécus par les gens, les institutions et la Nation.
Je comprends bien que ce n’est pas un voie facile dans l’état où s’est retrouvé aujourd’hui le PCF. Mais il me semble que c’est la voie la plus sûre du redressement, en commençant par freiner tout ce qui alimente la spirale des glissements. Cela suppose de faire reculer les crispations des uns et des autres sur des points de vue idologiques unilatéraux qui ne font qu’ouvrir la voie aux émiettements et aux implosions. Il est possible et préférable me semble-t-il de renforcer les consensus favorables à l’unité d’action résolue autour des intérêts de classe, climat le meilleur pour les prises de conscinece et décantations idéologiques sur la base de l’expérience acquise. Il serait dommage de gâcher les conditions et les appuis potentiels qui existent déjà pour cela dans la société et le mouvement social et se renforceront de plus en plus tant que le PCF veillera à être à leur écoute
