17/06/08
L’Europe, laboratoire de l’alchimie Orient-Occident, par Amin Maalouf
L’Europe ? Un laboratoire. Le seul au monde où puisse se réaliser la délicate alchimie entre l’Occident et le monde arabo-musulman. Si l’expérience réussit, le modèle pourra s’exporter.
Faire coexister ensemble, de manière harmonieuse et féconde, des peuples ayant des langues différentes, des traditions différentes, des parcours historiques souvent antagonistes, c’est le défi que l’Europe s’était donné pour mission de relever. Aujourd’hui, la difficulté supplémentaire est de concevoir un modèle de coexistence qui inclut les populations porteuses de cultures non européennes.
Or, c’est en Europe que se trouve le seul environnement humain où une telle expérience puisse être tentée. Si la coexistence entre les porteurs des diverses langues et des diverses croyances ne réussit pas dans le cadre de l’Europe, c’est qu’elle ne réussira nulle part. Nous laisserons alors à nos enfants et à nos petits-enfants un héritage de violence sans fin. A l’inverse, si l’expérience réussit, alors peut-être pourrons-nous proposer ce modèle à d’autres régions du monde qui en ont cruellement besoin et qui sont manifestement incapables de le mettre en œuvre.
L’exemple de l’Irak
L’origine du contentieux historique entre l’Occident et le monde arabo-musulman est une question qui me préoccupe depuis toujours. Je suis né à la frontière entre ces deux univers culturels, avec un pied sur chaque rive, et mon premier livre, publié il y a un quart de siècle, avait pour thème les croisades.
Mais je dois confesser, sur ce chapitre, une certaine lassitude. Je ne crois plus à la vertu apaisante des explications historiques. Elles sont généralement l’occasion pour les uns et les autres de mettre en avant leurs préjugés et leurs récriminations. C’est que tous les événements sont systématiquement interprétés de manière différente et contradictoire, selon qu’on se trouve dans un camp ou dans l’autre. Deux interprétations de l’Histoire s’opposent, cristallisées autour de deux perceptions de « l’adversaire ». Pour qui écoute chaque « tribu globale » dans sa langue, ce que j’ai l’habitude de faire depuis de longues années, le spectacle est à la fois édifiant, fascinant et affigeant.
Si, par exemple, on accepte le postulat selon lequel l’un des calamités de notre époque serait « la barbarie du Monde arabe », l’observation de l’Irak ne peut que conforter cette impression. Un tyran sanguinaire qui a régné par la terreur pendant un tiers de siècle, saigné son peuple, dilapidé l’argent du pétrole en dépenses militaires ou somptuaires ; qui a envahi ses voisins, défié les puissances, multiplié les vantardises, sous les applaudissements admiratifs des foules arabes, avant de s’écrouler sans véritable combat ; puis, dès que l’homme est tombé, voilà que le pays sombre dans le chaos, voilà que les différentes communautés commencent à s’entre-massacrer comme pour dire : voyez, il fallait bien une dictature pour tenir un tel peuple !
Si, à l’inverse, on adopte comme axiome « le cynisme de l’Occident », les événements s’expliquent de manière tout aussi cohérente. En prélude, un embargo qui a précipité tout un peuple dans la misère, qui a coûté la vie à des centaines de milliers d’enfants, sans jamais priver le dictateur de ses cigares ; une invasion, décidée sous de faux prétextes, sans égard pour l’opinion ni pour les organisations internationales, et motivée, au moins en partie, par la volonté de mettre la main sur le pétrole ; dès la victoire militaire, une dissolution hâtive et arbitraire de l’armée irakienne et de l’appareil d’Etat, et l’instauration explicite du communautarisme, comme si l’on avait choisi de plonger le pays dans l’instabilité permanente ; en prime, la prison d’Abou-Ghraib, les « dommages collatéraux », les innombrables bavures impunies…
Pour les uns, l’exemple de l’Irak démontre que le Monde arabe est imperméable à la démocratie ; pour les autres, le même exemple dévoile le vrai visage de la démocratisation à l’occidentale. Même dans la mort filmée de saddam Hussein, on pourrait voir aussi bien « la barbarie des Arabes » que « l’arrogance de l’Occident ». De mon point de vue, les deux discours sont justes, et les deux sont faux. Chacun tourne dans son orbite, devant son public, qui le comprend à demi-mot et qui ne veut pas entendre des « autres ».
Le fond de ma pensée, c’est que tous deux se trouvent dans une impasse historique sans précédent. Le monde arabo-musulman est en proie à une régression matérielle et morale, englouti dans le désespoir, sans aucune vision de l’avenir. Il n’a su répondre à aucun défi de l’Histoire, et il se trouve aujourd’hui totalement désemparé et désaxé. Il est peu probable qu’il sorte bientôt de son cauchemar, qui est devenu le cauchemar du monde. Je suis sûr que l’on pourrait formuler la chose en des termes plus diplomatiques. Mais je n’en ressens pas vraiment la nécessité. Moi dont les ancêtres nomadisaient déjà dans le désert d’Arabie il y a quinze siècles, je ne me sens pas obligé d’utiliser, à propos des miens, un langage plus circonspect. Je dis les choses comme je les vois. Ce que j’aime dans cette civilisation, ce sont les grandes heures de son passé, Cordoue, Grenade, Ispahan, Alexandrie, Constantinople, Samarcande. Aucun Arabe ni aucun Musulman n’aime le temps présent. Tous se sentent étrangers, égarés, orphelins, dans le monde d’aujourd’hui ; certains espérent encore le réformer, d’autres ne songent plus qu’à le démolir.
En comparaison, parler d’impasse à propos de l’Occident peut paraître très excessif. Il a façonné le monde à son image, sa science est devenue la science, sa philosophie est devenue la philosophie, il a répandu sur la terre entière ses idées, ses principes, ses institutions, ses techniques, ses instruments…
L’échec du soft power à l’occidentale
Et pourtant, il se trouve manifestement dans une situation délicate qui ressemble fort à une impasse. Parce qu’il semble de moins en moins capable de diriger le monde par la puissance douce, le soft power de l’économie et de l’autorité morale, et de plus en plus tenté de recourir à la puissance militaire. Sa tragédie historique, c’est qu’il a rempli la planète entière de ses enfants non reconnus. Il leur a transmis ses idées, ses techniques, ses langues, mais il n’a jamais franchi le pas supplémentaire qui leur aurait permis de s’identifier à lui et qui lui aurait gagné leur fidèle adhésion. Au lieu de quoi, les élites modernistes du monde entier, et notamment celles de l’aire culturelle arabo-musulmane, ont dû s’épuiser dans des combats inutiles contre les puissances coloniales, puis contre les compagnies occidentales, et beaucoup se sont fourvoyés, par réaction, dans la voie sans issue, du modèle soviétique.
On aurait pu s’attendre à ce que la chute du mur de Berlin remette les pendules à l’heure. Cela ne s’est pas fait. L’une des raisons de cet échec, c’est qu’avec la fin de la confrontation entre communisme et capitalisme, on est passé d’un monde où les clivages étaient principalement idéologiques à un monde où les clivages sont principalement identitaires, avec une forte composante religieuse. Pour cette raison, la civilisation occidentale, au moment même où elle aurait dû apparaître la plus largement universelle, est soudain apparue liée à une identité culturelle spécifique, et a été prise pour cible par ceux qui prônaient d’autres identités particulières.
De plus, la puissance militaire de l’Occident n’a plus été perçue comme un contrepoids à la puissance soviétique, mais comme une force destinée à maintenir…quoi, au juste ? Au nord d’une certaine ligne, on dira : à maintenir, au besoin par la force, la paix et la stabilité dans le monde ; au sud de cette ligne, qui fait le tour de la terre en passant notamment par le détroit de Gibraltar, et en longeant le Rio Grande, on dira plutôt : pour maintenir, au besoin par la force, la suprématie de l’Occident.
La politique des passerelles
Cette longue faille horizontale entre Nord et Sud est-elle destinée à s’élargir irrémédiablement ? Ou bien peut-elle encore se réduire, se résorber, pour que l’on recommence à construire des passerelles ? On a peut-être une chance d’accomplir, dans le cadre européen, ce qu’on n’a pas su accomplir depuis des siècles au niveau planétaire, à savoir : montrer que l’Occident est prêt à appliquer aux autres les principes qu’il a édictés pour lui-même, afin qu’il puisse reconquérir sa crédibilité morale. La crédibilité morale est, dans le monde d’aujourd’hui, la denrée la plus rare. L’Occident en a de moins en moins, et ses adversaires n’en ont pas. Tenter de restaurer sa crédibilité morale sur toute l’étendue de la planète serait une tâche titanesque, mais il n’est pas insensé de chercher à la restaurer au sein de nos sociétés, le seul lieu où la diversité du monde demeure à peu près gérable.
Pour cela, il faudrait faire en sorte que les personnes qui ont choisi de vivre dans les pays d’Occident puissent s’identifier pleinement à leur société d’adoption, à ses institutions, à ses valeurs, à sa langue, et même à son histoire. Qu’elles ne soient pas constamment en butte aux discriminations et aux préjugés culturels. Qu’elles puissent revendiquer, la tête haute, leur identité plurielle au lieu d’être contraintes à un choix déchirant et néfaste entre leur culture natale et leur culture d’adoption. Qu’elles puissent enfin jouer leur rôle de passerelles de civilisation, pour réhabiliter leurs sociétés d’origine aux yeux de l’Occident.
Aucune action ne me paraît plus importante. Ni plus urgente, parce qu’il est déjà presque trop tard.
Amin Maalouf, in Louvain, n°174, juin-juillet 2008.
08/04/08
L’Espagne, ses Morisques et nous, de Maria Poumier
Dans un contexte de tensions communautaires, certains cherchent à raviver l’image d’une Espagne féroce, celle qui non seulement a chassé ses juifs en 1492, mais aussi ses musulmans en 1609, l’Espagne comme bastion d’un nationalisme et d’une église catholique alliés pour projeter une image repoussante, faite d’intolérance, de hargne délirante, de morgue colonialiste, au dedans comme au delà de ses frontières : en somme une maquette du lepenisme le plus ringard, qui se trouve, par l’effet de ce miroir, encore plus stigmatisé par son enracinement dans l’archaïsme. Mais la politique de conversion forcée des juifs fut adoptée par la majorité d’entre eux, et les nouveaux convertis restèrent très influents dans les cercles dirigeants, au point d’être particulièrement actifs au cœur de l’Inquisition elle-même. On estime à 200 000 les juifs qui choisirent l’expulsion plutôt que la conversion ; ce nombre n’a de sens que par rapport à l’ensemble de la population de l’Espagne, dont il ne constituent pas plus de 3,3%, et par rapport au nombre de ceux qui acceptèrent le baptême, 400 000[1].
La persécution des Morisques commença bien après, et présente des caractéristiques très différentes. Signalons tout d’abord que c’est un épisode beaucoup moins bien connu que le précédent. Les conservateurs de la mémoire morisque ont apparemment été paresseux, et ceux qui réprimèrent leurs soulèvements puis les déportèrent d’une région à l’autre d’Espagne, pour enfin les envoyer dans les enclaves chrétiennes d’Afrique du nord ne s’étendirent pas sur leurs raisons d’agir ainsi. Les principales sources qu’exploitent les chercheurs depuis les années 1980 sont les dossiers de l’Inquisition, qui ne s’intéressa aux Morisques qu’après 1530, soit quarante ans après la prise de Grenade, la dernière ville maure[2]... Il en ressort que la redoutable institution était constamment battue en brèche par les prévenus, qui obtenaient la protection de leurs seigneurs chrétiens, ou qui faisaient appel auprès du roi, du pape, et d’autres tribunaux[3].. Et le nombre de condamnations à mort en grande pompe (2,5% des condamnés morisques) fut encore moindre que dans le cas des judaïsants, l’Inquisition cherchant avant tout à exercer une pédagogie, favorisant les conversions par la clémence pour tous ceux qui abjuraient, ne pratiquant la cérémonie du bûcher que pour sa valeur d’exemple terrifiant, et ceci surtout à titre d’intimidation pour les chrétiens, qui pouvaient être tentés par toutes sortes d’hérésies. L’Inquisition était en fait honnie surtout pour sa tendance à confisquer les biens d’autrui au moindre prétexte. Il n’y eut donc à proprement parler aucune politique d’extermination.
En fait, l’élimination progressive des spécificités juives et maures dans le paysage espagnol correspond à un changement de paradigme et d’échelle dans le contrôle politique. Au Moyen Age, les souverains peinaient pour étendre leur souveraineté sur des territoires que nous appelons maintenant des provinces, et de victoires militaires en mariages bien négociés, les monarques unifiant progressivement l’Espagne sous la bannière du christianisme signèrent durant trois siècles au moins des traités de paix avec les cités maures qu’ils soumettaient garantissant le respect des coutumes et des croyances, selon la conception médiévale, et le droit d’émigrer sans confiscation des biens. Même après la chute de Grenade en 1492, toutes garanties furent données aux habitants, pour peu qu’ils se soumissent à l’impôt. Ensuite, chaque nouvelle mesure fut négociée, et donnait lieu à des actes écrits appelés « concordias », qui tenaient souvent du rackett ; a-t-on jamais vu un Etat qui ne pressure pas ses pauvres ?
Le projet était, comme en Amérique, d’amener ces populations qui ne parlaient pas espagnol, du moins dans le dernier bastion qu’était Grenade, au baptême par une catéchèse adaptée, en les protégeant pendant au moins une génération de l’Inquisition, dans la continuité du travail d’évangélisation entrepris dès le IX° siècle. Ce travail porta des fruits extraordinaires. D’une part, la doctrine du taqiyya interdit aux musulmans de mettre leur vie en danger pour ses convictions, en pays non musulman. Tous les accommodements aux us, coutumes ou mesures autoritaires étaient donc encouragés par la religion: la christianisation, logiquement, en pays majoritairement chrétien, fut donc massive. On repérait les descendants de musulmans à leur esprit critique, leur façon décontractée d’observer les rites chrétiens : c’étaient les libres-penseurs, les laïcards ironiques, voire les libertins. Ils introduisaient donc un piment salutaire dans le christianisme obsédé par ses dogmes difficiles à faire admettre aux rationalistes normaux, tels que la virginité de Marie et le mystère de la Trinité, qui contredisent scandaleusement la biologie et l’arithmétique, même en terre vieille-chrétienne. Mais au delà, c’est tout un syncrétisme fécond qui se développa ; c’est par l’infusion du rationalisme arabe que le christianisme occidental produisit ses meilleurs arguments théologiques, dans l’œuvre du majorquin Raimond Lulle au XIII° siècle, et par l’héritage du soufisme andalou, son plus grand mystique au XVI°, saint Jean de la Croix. Au niveau des gens ordinaires, rappelons que la langue espagnole est remplie de mots arabes, même dans le domaine religieux, au point que l’expression « inch Allah » ( ¡Ojalá!) est tout simplement la façon la plus naturelle de dire « pourvu que ».
¡Ojalá que llueva café !, dit une chanson optimiste : Pourvu qu’il pleuve du café, et pourquoi pas des sous, tant qu’on y est…
Moros en la costa
De fait, c’est contre une petite minorité récalcitrante que le cardinal Cisneros, archevêque de Tolède et confesseur de la reine, prend des mesures autoritaires, comportant l’interdiction du costume traditionnel, et des mesures fiscales douloureuses. Et elles donnent lieu à des résistances et des soulèvements : à Grenade en 1501, dans les montagnes de la Alpujarra et à Ronda en 1568. En Aragon, les Morisques résistent très bien, et obtiennent l’abandon de la conversion forcée, moyennant un tribut, à Valence en 1510 de même, ils ont une partie de la noblesse avec eux. Peut-on dans ces affrontements parler de choc des civilisations ? Ces musulmans convaincus savaient sans doute qu’ils étaient les héritiers d’une culture à laquelle l’Occident devait tout : algèbre, astronomie, géographie, importations technologiques d’Extrême Orient, transmission de l’héritage grec, sciences humaines, traductologie, théologie et philosophie. Leur fierté était parfaitement légitime. C’est la politique étrangère seule qui explique l’aggravation de la répression. En effet, les Turcs menés par Soliman le Magnifique menaçaient sur tout le pourtour méditerranéen, et les pirates de Berbérie attaquaient constamment la côte pour alimenter les marchés orientaux en esclaves chrétiens[4]. Voilà pourquoi l’expression « moros en la costa », « des arabes à l’horizon » veut dire encore aujourd’hui « faites gaffe ! » Or les Turcs sont les alliés des Français, concrètement des Béarnais, aux frontières, et le Béarnais dangereux, Henri IV, est un protestant ! Les protestants, c’est bien connu, font alliance avec les juifs dans toute l’Europe du Nord, et l’Espagne prétend au même moment faire régner sa loi sur les Pays Bas. Bref, les Morisques récalcitrants sont par définition, dans un tel contexte, la cinquième colonne. Les tensions sont exacerbées après la victoire chrétienne de Lépante, en 1571.
Y eut-il un antisémitisme populaire véhément, comparable à celui qui accable les juifs ? Ces derniers étaient honnis parce qu’ils constituaient avant tout la caste des usuriers et des percepteurs d’impôt du roi, autrement dit une grande partie du secteur financier, l’Eglise étant l’autre grand banquier et prédateur ; les Morisques n’atteignirent jamais une position de pouvoir aussi consistant. La conversion assurait la promotion : ils étaient souvent grands commerçants, grands propriétaires, et grands voyageurs entretenant des relations avec le Maghreb et l’Orient. Ils étaient aussi la main d’œuvre rurale famélique qui pullulait : ils avaient bien plus d’enfants que les Chrétiens, et ne favorisaient pas le célibat par l’institution des couvents ; et l’Espagne s’appauvrissant, la concurrence entre miséreux était vive. Ils étaient dits voleurs, et leurs femmes enjôleuses, irrésistibles, même. Enfin on leur reprochait, comme aux juifs, une forte solidarité familiale et clanique, l’hypocrisie, la double allégeance, leurs accointances avec les juifs, et la pratique secrète de leurs rites, en complément des pratiques chrétiennes. La pratique du Ramadan agaçait prodigieusement. Bref, comme aujourd’hui dans certains milieux, les musulmans étaient à proprement parler les « têtes de Turcs » des chrétiens. On reconnaît là des frictions entre communautés comme il s’en produit jusque de nos jours. Mais les historiens n’ont pas fini leur travail ; on manque de données pour évaluer l’ampleur d’éventuelles conspirations contre la monarchie, quoique de toute évidence, un grand opposant aragonais à Philippe II comme Antonio Pérez ait misé sur des troupes morisques; certains attendaient vraiment un libérateur qui viendrait de Turquie ; y avait-il en outre des mouvements d’immigration récents renforçant le caractère étranger voire délinquant de certaines communautés ? Toujours est-il qu’il y eut un ministre pour proposer la castration massive, ce qui ne fut pas mis en pratique finalement. Rappelons que ce genre d’idées est encore très répandu à notre époque, puisque le chimiste inventeur de la pilule contraceptive dans les années 1960 n’avait pour but que de réduire la natalité du Tiers monde, et que, devant le tour pendable que lui ont joué les femmes du premier et du deuxième monde, il s’est reconverti dans la recherche sur la contraception masculine, avec l’encouragement des militaires de certains pays tels que les Etats-Unis, l’Afrique du sud avant Nelson Mandela, et Israël bien entendu, tout à fait raffinés dans la mise au point d’armes biologiques, voire génétiques.
En 1609, l’expulsion des non convertis est donc mise en œuvre, et elle touche environ 275.000 personnes. Mais le sens de celle-ci est complexe ; en effet le Grand Turc la souhaitait vivement, et il menaçait de brûler (vifs) tous ses captifs chrétiens si on ne lui restituait pas ceux qu’il considérait comme ses sujets ! Et l’Espagne n’avait nullement l’intention de lui faire plaisir, elle refusa longtemps d’en venir à l’expulsion ; les déportations se firent exclusivement entre provinces espagnoles et à destination des « présides » de Ceuta et Melilla[5], car les autres territoires chrétiens n’en voulaient pas. Les menacés d’expulsion avaient quant à eux tout intérêt à apparaître comme des immigrants récents, nullement christianisés : ils échappaient alors aux poursuites de l’Inquisition, réservée aux chrétiens douteux. Mais, quand ils ne disparaissaient pas en Tunisie, où ils étaient bien accueillis, au Maroc (Andalous, Castillans et Extrémègnes), ou en Algérie (Valenciens)… ils revenaient !
Têtes de Turcs
La désislamisation de l’Espagne fut finalement relative, et la littérature cultiva aussitôt la nostalgie du Moyen Age comme époque où grâce aux Arabes, la tolérance, le raffinement et l’érotisme régnaient, thèmes que reprit bien plus tard le romantisme français. La poésie populaire développa le thème sentimental et poignant des rois maures vaincus, de la splendeur passée de Grenade. On appelait « Paradis de Mahomet » les îles d’Amérique où les gens se promenaient nus, se lavaient à grande eau, et pratiquaient sans se cacher la polygamie ainsi que la sodomie, sans parler de l’inceste, puisque le mariage entre cousins était recommandé chez les mahométans. L’Islam d’Espagne était donc étranger au rigorisme, et ne semble pas avoir été taxé d’intolérance : chaque communauté l’était au même degré. Rien d’étonnant à ce que par la suite, l’Andalousie toute entière ait revendiqué la délicatesse mauresque, et le rôle de médiatrice entre les deux continents unis par la Méditerranée.
L’affaire du foulard à l’école rappelle à certains cette époque : mais les analogies sont fabriquées de toutes pièces ; en France aujourd’hui, la loi qui brusquement, se met en place en un tournemain, prend appui sur des tensions inévitables sur fond de misère dans les banlieues, explosive dans les structures scolaires appauvries ; l’opinion a été chauffée afin de produire un sursaut communautaire général ; mais ce n’est pas une chrétienté dynamique qui cherche à intégrer ses étrangers de gré ou de force, c’est une société affaiblie par le consumiérisme et le clivage entre laïques et catholiques qui est prête à tomber dans le piège qu’on lui tend, à renforcer les divisions entre Français de souche diverse ; et c’est le secteur politique pressé de rejoindre l’alliance avec les Etats-Unis qui pousse à l’identification des Français musulmans avec un monde arabe censé être voué au terrorisme et aux projets agressifs contre l’Europe. Mais l’islam d’Occident, celui des Français, est une force spirituelle capable de redonner sens à la personnalité collective française, parce que (grâce au téléphone arabe, encore une de leurs inventions ?) il échappe à la langue de bois.
Les intellectuels français courroucés par ce phénomène, véhéments pour interdire le voile mais non le string à l’école[6] sont surtout soucieux d’enfermer la parole populaire qui ridiculise la leur, et ils voudraient stigmatiser l’expression claire d’un sentiment vécu : si des jeunes filles ont envie de porter un voile à l’école, c’est entre autres par ce qu’elles refusent de s’associer à la surenchère du sexe qui corrompt une bonne partie de la jeunesse, pour le plus grand bonheur des marchands de cul protégés par la loi du marché . C’est ce qu’a toujours signifié le voile, dans la culture chrétienne aussi, et c’est ce qui agace tellement ceux qui voudraient une jeunesse totalement décervelée et donc à la merci de la publicité. « Que nenni, se récrient les nouveaux inquisiteurs ! Vous n’avez rien compris, c’est parce qu’elles sont manipulées par des antisémites tout à fait négationnistes. C’est parce qu’on n’arrive pas à les coincer, ceux-là, qu’on est bien obligés de s’en prendre aux gamines, tant pis pour elles ! » Mais chassez notre douleur de Palestine par la porte, elle revient par la fenêtre, amplifiée
L’islamophobie d’extrême droite est largement dépassée par les manipulateurs du gouvernement, et par les minables relais qu’ils trouvent dans la presse. Au lieu de pacifier une société où la crise sociale s’ajoute au malaise général devant les colossaux mensonges que les Etats-Unis voudraient nous faire avaler, et une politique étrangère peu cohérente, ils excitent les communautarismes afin de renforcer les tendances à la ségrégation sociale. En désignant un ennemi intérieur contre lequel on sévirait chaque fois plus, sous prétexte de voile ou de keffieh dans une étape suivante, le gouvernement se mettrait objectivement à la merci de ceux qui souhaitent que la France soit affaiblie politiquement, pour que les Etats-Unis y fassent la loi, insidieusement par le contrôle des médias, ponctuellement par la menace de rétorsions commerciales, juridiques, et militaires s’il le faut. La proposition d’instaurer comme fêtes chômées pour tous les élèves de toutes les écoles des dates significatives pour les trois religions majoritaires enclencherait au contraire un œcuménisme salutaire ; pourquoi ne pas y ajouter un quatrième jour pour les autres religions, et un cinquième pour agnostiques et athées ? De la sorte, les périodes actuelles de vacances pourraient non pas être allongées abusivement, mais sacralisées de façon pédagogique, dans le sens du respect de chacun et du resserrement des liens.
La recherche historique est toujours dynamisée par un enjeu idéologique au présent. Il est important de révéler des faits ignorés du grand public, qui peuvent retendre des ressorts pour la résistance à l’intoxication par les idées reçues, simplifiées à l’extrême, comportant une part de connaissance infime, mais qui cependant, de par leur massivité même, se font passer pour des évidences, et font obstacle à la perception de dangers qui devraient crever les yeux. Il y eut dans les relations entre musulmans et chrétiens d’Espagne, des épisodes cruels et injustes. Le fils bâtard du roi, don Juan d’Autriche, fut le vainqueur de Lépante, et celui qui écrasa la révolte des Grenadins ; il a laissé un souvenir sanglant. Ces jours-ci, dans la province de Málaga[7], on a fait condamner l’iman Kamal Mostafa à quinze mois de prison (avec sursis, probablement) et une amende de 2.160 euros parce qu’il recommande dans un livre (retiré de la vente) des châtiments corporels doux et modérés pour les épouses intraitables[8]. Certains espèrent sûrement susciter de l’indignation des deux côtés, des lapidations verbales dans les deux sens. Mais ce serait un nouveau piège que de raviver une haine morisque rétrospective, pour affaiblir encore les Européens généreux, partisans ou non d’une réglementation du costume, partisans ou non du divorce sonnant et trébuchant comme seule méthode pour abolir la misère conjugale. Une société qui ne met pas à l’honneur la pudeur et la famille décidée à durer en tant que telle est une société morte. Les forces vives ne laisseront pas détourner leur indignation contre leurs gouvernements par des chiffons rouges. Non au mur entre Arabes et Gaulois.
Maria Poumier
[1] Contrairement à ce qu’on imagine, il revint bientôt une bonne partie des expulsés, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, après quelques années de christianisation superficielle au Portugal, si bien qu’en 1633, le grand écrivain et conseiller de Philippe IV Francisco de Quevedo avait encore des raisons d’exhorter le monarque à la répression du cryptojudaïsme dans un écrit non destiné à la publication, qui s’intitulait de façon limpide « Exécration des juifs ». Il considérait qu’il existait un « parti judaïsant » dans l’entourage du roi, pernicieux par ses options politiques et ses alliances ; le représentant de cette tendance, le favori Olivares, devait d’ailleurs bientôt le faire tomber en disgrâce et l’envoyer en prison..
[2] Les sources consultées pour cette synthèses sont : Louis Cardaillac, Morisques et chrétiens, 1492-1640, Klincksiek, 1977 ; Jeanne Vidal, Quand on brûlait les morisques, 1544-1621, Nîmes, 1986 ; Morisques et inquisition, Publisud 1990, sous la direction de Louis Cardaillac ; Henry Kamen, la Inquisición española, Crítica, Barcelona, 1992. Rafael Carrasco, Histoire et civilisation de l’Espagne classique, 1492-1808, Nathan, 2001.
[3] C’est de tous les secteurs sociaux qu’émanait la résistance à l’Inquisition, qui n’eut même pas l’initiative de la politique d’homogénéisation par la religion. L’inquisiteur Pedro Abués fut assassiné à Saragosse, capitale morisque de l’Aragon.
[4] tandis que les chrétiens se pourvoyaient auprès des marchands arabes en esclaves réputés musulmans, noirs de préférence.
[5] Melilla fut conquise en 1497, et les Espagnols occupèrent aussi Mers-el-kebir, Peñón de la Gomera, Oran, Bougie, Tripoli, après les Canaries, colonisées dès le XIV°s.
[6] Variante idéologique pour dévaluer le sens du voile : il y a des sophistes pour considérer que le voile et le string, c’est du pareil au même : une écrivaine qui a sûrement une grande culture psychanalytique, et peut-être un système pileux bizarrement situé, publie dans Le Monde que les jeunes filles qui cachent leurs cheveux et celles qui montrent leurs fesses font à peu près la même chose : elles refusent d’accepter qu’on a des poils en grandissant !!!! (Alina Reyes, 18 janvier 2004).
[7] Málaga, ville maure, fut reprise par les chrétiens au terme d’une bataille féroce en 1487 ; on y fit 15 000 prisonniers qui furent vendus comme esclaves, plus sept-cents qui furent offerts à des notables en cadeau.
[8] Le livre s’intitule Las mujeres en el islam ; dans la liste de phrases incriminées, les plus scandaleuses semblent être les recommandations suivantes, qui me semblent, personnellement, de très bon conseil, si on les suit dans les milieux du showbiz et les quartiers défavorisés où le désespoir et les stupéfiants font habituellement des ravages domestiques, telles que : « Les coups ne doivent pas être forts et durs, car le but est de faire souffrir psychologiquement et non pas d’humilier et de maltraiter physiquement… On ne doit pas frapper en état de fureur exacerbée et aveugle, afin d’éviter de plus grands dégâts, ni frapper sur les parties sensibles du corps… Il faut administrer les coups sur des parties précises du corps, telles que les mains et les pieds, de préférence avec une baguette pas trop grosse ; c’est à dire assez fine et légère pour ne pas entraîner de cicatrices ou d’hématomes ». c’est la première condamnation pour le délit de discrimination sexuelle. Il est probable que l’on découvrira bientôt que l’auteur est également antisémite et négationniste, puisqu’il nie, de toute évidence, que la femme moderne et formatée par le féminisme étasunien soit un être très supérieur.
Maria Poumier sur http://andalus.blogspirit.com/
19/02/08
Indépendance
(sur le blog ami "Chroniques", mais étant donné le titre je ne pouvais pas ne pas reprendre cet article... dont je partage surtout le fond)
Le Kosovo est libre est indépendant ! Voilà ce qui pourrait être plutôt une bonne nouvelle au moins pour les kosovars ! Ils ont connu le joug turc, puis le joug serbe et ils ont connu, absolu horreur, le nettoyage ethnique de Milosevic à la fin des années 90. Donc à ce niveau là il est bon que ce peuple d’origine albanaise trouve une juste liberté et le droit de vivre en paix en assumant ses origines et sa culture. Mais la chronique a commencé par le Kosovo est libre et indépendant ! Or je ne le crois ni libre, pas plus qu’indépendant. Libre, comment le serait-il alors même qu’à peine la proclamation de l’indépendance prononcée, ce sont des soldats de l’ONU (la KAFOR) qui vont y faire régner « l’ordre » et que les autorités kosovares ne disposent même pas des moyens de base pour financer cette toute nouvelle liberté. Indépendant, mais de qui l’est–il le Kosovo, lui qui doit cette indépendance aux USA qui ont ainsi pu régler un vieux compte avec la Serbie et par voie de conséquence avec la Russie son alliée de toujours, lui qui doit cette indépendance à l’Union Européenne qui va s’empresser de financer tout ce qui peut l’être pour s’assurer la main mise sur un nouveau pays en le mettant sous respiration financière contrôlée ! Libre d’une Serbie qui ne reconnaîtra que contrainte et forcée l’indépendance de ce qu’elle considère comme l’une de ses régions, soutenue par une Russie déterminée et une Chine bien perplexe. Alors oui le Kosovo vient de tourner une page de son histoire, pour autant la période qui s’ouvre risque bien d’être pavée de mauvaises ornières pour ce nouveau pays. Et puis chaque fois que l’on construit une frontière entre les hommes où que ce soit et quand que ce soit, c’est plutôt une régression de l’humanité fait son chemin. Pour s’en convaincre il suffisait de voir les photos de la toute nouvelle frontière entre la Serbie et le Kosovo libre et indépendant : une forêt de béton armé et de barbelés constellée d’hommes en armes de part et d’autres !
14/02/08
Devoir de mémoire
Video sur http://www.youtube.com/watch?v=chbCRWTgn6Y
Sur le devoir de mémoire et l'intempestive initiative du Président, voir http://www.republique-des-lettres.fr/10304-nicolas-sarkozy.php
20/01/08
Pour l'Europe des peuples
Interview de Jean-Michel Vernochet (publiée sur http://www.toutsaufsarkozy.com), coordinateur de Manifeste pour l'Europe des peuples, ouvrage collectif.
R&A - Considérant les dérives de l’actuelle Union Européenne certains auteurs qui s’expriment dans « Le Manifeste », proposent d’en revenir au texte fondateur du Traité de Rome signé en 1957. Pourtant, la relecture des Pères fondateurs pourrait laisser penser que, dès le départ, les dés étaient pipés ?
JMV - Toute la construction européenne s’est faite autour d’un non-dit. Malentendu pour les uns, arrière-pensée pour les autres. Il est clair que la construction a été lancée sur un a-priori implicite : la destruction des États nations. L’idée même de nation étant devenue odieuse aux nouvelles classes dirigeantes dans un monde occidental dominé, au lendemain de la guerre, par un modèle démocratique à prétentions universalistes, exporté par l’Amérique. La nation est depuis accusée de tous les maux, la responsabilité de toutes les guerres passées, présentes ou futures. Cela était évidemment mensonger, mais le propre des idéologiques dogmatiques n’est-il pas qu'elles soient admises et imposées comme Vulgate, sans le moindre examen critique. Intelligentsia et politiques réunis ont tous communié dans la volonté de détruire l’idée même de communauté nationale. Notion toujours méprisable lorsqu’il s’agissait des peuples de la vieille Europe, mais exaltée lorsqu’il s’agissait de soutenir les mouvements exotiques de libération nationale. Attitude schizophrénique, mais en surface seulement puisque la logique inavouée était une guerre sans limites contre la souveraineté des anciennes nations appelées à se satelliser puis se fondre dans l’espace marchand et sécuritaire euratlantique.
Loin de s’affaiblir avec le temps cette haine de l’État national (c’est-à-dire incarnant une communauté et une continuité de destin historique, ethnoculturel), s’est exacerbée jusqu’ à produire une guerre de sept ans en Europe même avec pour but le démantèlement de la Fédération yougoslave. Processus non encore achevé malgré l’épuration ethnique qui a frappé les Serbes dans leur foyer historique du Kossovo et qui pourrait nous réserver des surprises tant la poudrière balkanique mérite bien son nom !
Notons que cette guerre intra-européenne, la première depuis septembre 1939, se déclenche alors que la construction communautaire a pris un tournant décisif avec la signature du Trait de Maëstricht le 7 février 1992, intervenu alors que le processus de désintégration de la Yougoslavie vient de commencer avec la sécession, soutenue par l’Allemagne, de la Slovénie le 25 juin 1991. Cette guerre européenne n’a en fait été rendue possible que par la signature le 17 février 1986 de l’Acte unique européen qui, en matière de sécurité collective, associait le destin de l’Union de l’Europe occidentale à celui de l’Otan qui portera au printemps 1999 le coup de grâce à la Fédération yougoslave au cours de deux mois de bombardements intensifs notamment sur des objectifs civils, soit autant de crimes de guerre.
Les guerres balkaniques ont ainsi révélé la vraie nature de l’Union européenne dans sa vocation à servir les objectifs politiques et militaires de la puissance atlantique au cœur même de l’Europe. Pour mémoire, je rappellerais en raccourci que le Kossovo abrite aujourd’hui la plus grande base américaine à l’Ouest du continent, que d’autres sont en cours d’aménagement chez les derniers arrivants, Roumanie et Bulgarie ; que la Pologne, supplétif des anglo-américains en Irak (où à contre sens du mouvement général de désengagement, renforce son contingent à l’heure de la débâcle !), va installer des batteries de missiles anti-missiles qui n’ont évidemment pas vocation à bloquer d’éventuelles frappes iraniennes, mais bien à contenir, au sens d’encercler, une Russie qui poursuit son effort de reconstruction nationale. Je rappelle enfin, que la guerre du Kossovo a été conduite par les Européens sous la houlette du Grand frère - Big Brother – américain, hors de toute légalité internationale, c’est-à-dire sans l’aval du Conseil de Sécurité, mais sous la bannière du Pacte atlantique !
Plusieurs États, membres de l’Union ce sont aujourd’hui associés aux Etats-Unis dans leur guerre d’agression contre d’autres États souverains, en Irak, par exemple, l’un de ce derniers verrous de souveraineté qui bloquent l’intégration des peuples au sein d’un vaste espace de pillage économique – ce que d’aucun nomment le marché global – au profit de minorités oligarchiques, lesquelles ont théorisés la concentration des pouvoirs d’argent entre leur main au nom d’une prétendue liberté : celle du renard libre dans le poulailler libre ; étant entendu que les volailles s’interdisent de battre des ailes pour échapper à leur sort. À ce titre, les peuples ne sont plus aujourd’hui, à mes yeux, que du bétail taillable et corvéable à merci au seul profit des prophètes d’un ultralibéralisme dont la seule foi et la seule loi, tiennent dans la concentration sans limites de puissance entre leurs mains, celle d’une poignée d’élus régnant sur l’univers.
R&A - Pourtant un argument souvent martelé est que, malgré ses imperfections, la grande réussite de l’Europe c’est la paix ?
JMV – Plus c’est énorme et mieux ça marche. Plus le mensonge est phénoménal et plus il devient incontestable. D’ailleurs qui peut répondre, et où, et comment ? La grande presse est aux mains d’analphabètes recrutés spécifiquement pour leur ignardise et leur absence de jugement personnel, qui tournent très vite menteurs professionnels parce qu’enfin, ils ont quand même des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. L’exemple des guerres balkaniques est exemplaire et l’affaire n’est pas terminée ; après la Yougoslavie, une fois le Kossovo indépendant, ce sera au tour de la Macédoine. Pendant ce temps l’on nous serine « l’Europe, c’est la paix ». Du pur Orwell. Je signale au passage que pour constituer la Légion arabe qui participa à la guerre de Bosnie sous les auspices de la CIA, Oussama Ben Laden bénéficia d’un passeport diplomatique bosniaque qui lui fut remis à Vienne ! Cela en dit long sur les dimensions cachées des conflits d’Europe orientale et des manipulations qui les accompagnent…
Pour ne pas conclure sur ce chapitre, je note que l’Union participe aux côtés des É-U à sa Guerre sans limites contre l’aire civilisationnelle islamique : n’est-ce pas l’Otan qui conduit les opérations sur le théâtre afghan ? L’Otan, jusqu’à plus ample informé, c’est essentiellement l’Europe. De jeunes européens font donc actuellement la guerre au profit des oligarques et des néo-conservateurs américains. Double conclusion : l’Europe américaine sous tutelle de l’Otan, c’est la guerre ; les politiques et leurs sbires médiatiques nous prennent pour des imbéciles.
R&A – Dans le domaine économique, l’idéologie officielle de l’Union est celle du libre-échangisme intégral. Cela nous a-t-il finalement permis de créer un espace de coprospérité viable ?
JMV - Évidemment non. La liberté des échanges, des personnes, des biens, des idées fonctionne, la plupart du temps, à sens unique. En ce qui concerne les personnes essayez donc d’immigrer illégalement n’importe où dans le monde, vous m’en direz des nouvelles. Il n’y a que dans l’Espace Schengen où l’on puisse entrer comme dans un moulin, s’installer et faire prévaloir des droits exorbitants du sens commun. Quant aux É-U, la Chine, l’Inde, ils protègent jalousement leurs frontières et ces superpuissances ne se privent pas de recourir à des mesures protectionnistes que nous nous interdisons au motif de respecter un carcan de règles infernales qui dévastent nos économies les transformant littéralement en friches industrielles sous l’effet du tsunami des délocalisations vers les pays sans coûts sociaux. La dérégulation générale de l’économie, et ce n’est là qu’un paradoxe apparent, s’accompagne en outre d’une division internationale du travail voulue par les sorciers planétaristes qui décident de nos destinées dans les enceintes du le G8, de l’Otan, de l’OMC. En fait de co-prospérité, l’élargissement démentiel de l’Union à l’Est, tire nos économies vers le bas, nous appauvrit, stérilise nos énergies. Et parce que les nouveaux entrants sont étroitement inféodés aux É-U - à l’Est Washington ne se gêne pas de pratiquer une politique clientéliste avec ses nouvelles démocraties bananières - l’Union élargie à vingt-sept constitue à l’évidence un vrai danger dans l’actuelle conjoncture de guerre. Je veux parler du conflit qui peut intervenir à tout instant contre l’Iran.
R&A - Le protectionnisme ne serait-il pas un choix économique suicidaire pour l’Europe ?
JMV – C’est ce que l’on a voulu nous faire croire pendant des décennies. Cela fait partie de l’arsenal ordinaire du terrorisme intellectuel. Il n’y a pas que les hommes qui soient diabolisés, les idées aussi. Cela permet d’interdire des champs sémantiques essentiels à la compréhension du monde et sans lesquels il ne saurait y avoir de liberté de pensée et d’action. Ce ne sont pas seulement des mots qui sont retranchés du vocabulaire, mais des idées qui sont interdites : s’il vous manque des pièces dans le mécano vous permettant de construire une vision cohérente du monde, vous construisez autrement, de façon bancale, incomplète, faussée.
L’interdit qui frappe certains mots dans cette Novlangue, tels ceux de nation, d’identité – on vient de le voir dans la campagne des présidentielles – ou son corollaire ethnicité, rend impossible de penser la réalité et par conséquent canalise l’action à sens unique. Nous sommes peu à peu enfermés dans des labyrinthes sémantiques qui cassent la logique du vivant – comme dans les nouveaux plans de circulation de la Capitale - et interdisent l’action ; nous sommes prisonnier d’une matrice logique qui nous coupe du réel comme l’avait imaginé George Orwell. De façon générale, le protectionnisme linguistique est essentiel à notre survie en tant que peuple. Nous devons œuvrer contre toutes les tendances à la déstructuration linguistique, tous les abâtardissements anglomaniaques ou créolisant.
Il est clair qu’en matière économique, un certain protectionnisme relève du plus élémentaire bon sens, notamment dans les secteurs où nous devons en aucun cas ne pas dépendre des importations. L’agriculture en est un parmi d’autres : l’éventualité très présente de crises internationales engendrant une rupture des approvisionnements extérieurs, crée une insupportable dépendance. Idem pour l’énergie, ceux qui prônent l’abandon du nucléaire sont, au mieux, des imbéciles.
R&A - Douze millions de paysans sont portés manquants en Europe, les mines, la sidérurgie, le textile ont presque disparu, maintenant les secteurs de haute technologie comme Airbus, paraissent menacés. Quel doit être notre destin dans un monde dominé par la grande finance apatride ?
JMV – Ne plus avoir de destin du tout puisque nous n’existerons plus en tant que peuple doué d’une conscience et d’un imaginaire collectif. Les champs de ruines industriels, mille ans de terroirs effacés par l’agrobusiness, la mémoire effacée des paysages et les jeunes cervelles lessivées par le système de formatage idéologique qui se nomme par antiphrase « Éducation nationale », la déculturation et la zombification universelle, seront notre destin. Celui d’un bétail humain producteur et consommateur et, le cas échéant, chair à canon destinée à l’abattoir dans des guerres perpétuelles opposant le Nord au Sud, l’Ouest à l’Est. Notre destin se situe quelque part entre la matrice des frères Wachowski et « 1984 ».
Je précise que cette façon de voir n’est pas outrancièrement pessimiste ; nous y sommes déjà et la meilleure preuve en est que nous n’en avons que peu ou pas conscience du tout ! Nous ne décidons plus de rien, nous le peuple réputé souverain, car ladite démocratie est depuis longtemps totalitaire à bas-bruit, tout est prohibé et les rares choses autorisées le sont très explicitement (et non le contraire comme l’avait bien noté Coluche). Nous sommes caporalisés, enfermés dans un monde de sens unique, de panneaux d’interdiction, suspects de naissance... N’êtes-vous pas d’accord ?
R&A - Plusieurs contributeurs au « Manifeste » se rattachent à la mouvance souverainiste. Si nous partageons avec eux la conscience aiguë du danger lié à une construction européenne supranationale, a contrario, le refus de l’Europe ne constitue-t-il pas un autre danger ? Celui d’un repli sur le bastion national menacé de n’être plus à terme qu’un ghetto hexagonal ? L’espace géopolitique européen n’est-il pas notre dernière chance ?
JMV – Cela ne se discute pas. Face aux « empires » émergents d’Asie et la surpuissance de la thalassocratie anglo-américaine, notre seule issue est dans la construction d’une Europe-puissance où chacun conservera ses atouts. À nous d’inventer un modèle qui saura associer les prérogatives de la souveraineté avec le jeu coordonné de l’ensemble. Il est clair que certains États auront une voix prépondérante ; la France, l’Allemagne, ou les deux réunis, si la convergence de vue et d’intérêt est atteinte. Pour tout orchestre, il faut un conducteur, le reste est bavardage. De toute façon, seuls, nous ne faisons pas le poids, surtout en traînant le fardeau des droits de l’homme et d’une dette pharamineuse… Quant aux dits souverainistes, permettez-moi de douter de la pureté de leurs intentions : n’ont-ils pas épousé la rhétorique mortelle du Choc des civilisations dont la traduction ici sera la guerre civile ? N’étant pas totalement des sots, j’imagine que leur conception de la souveraineté n’est pas du tout en rupture avec l’atlantisme ; la seule ligne de clivage politique ayant un sens - à présent que droite et gauche sont mortes ou quasiment - est entre indépendance ou satellisation. Les avez-vous entendu dénoncer l’Otan ? Non ? Bon alors !
R&A - Qu’est-ce que l’Europe ?
JMV – Vaste question. L’Europe des peuples préexiste à son concept. La réalité précède l’idée et le mot. L’Europe est une réalité née de l’histoire. Elle existe parce que tous autant que nous sommes, sortons d’une matrice ethno-culturelle commune. Il a les négateurs de l’Europe réelle, ceux qui effacent délibérément les origines et font la guerre à notre mémoire collective ; ceux qui voudraient exclusivement des Européens de papier selon ce qu’ils appellent des critères de convergence. À ce titre, n’importe qui peut se déclarer européen s’il remplit le cahier des charges établi par les eurocrates. Évidemment, il faut d’urgence revenir à la réalité, sortir du rêve éveillé et rebâtir un monde pour des hommes de chair et d’os. L’utopie européiste, meurtrière comme toutes les utopies, nous conduit droit au chaos économique et social. À nous de changer ce funeste destin. À nous de retrouver les chemins de la liberté.
R&A : Le « Manifeste » appelle à une refondation du projet européen comme préalable à renaissance des peuples. Comment vous situez vous idéologiquement par rapport à la ligne de notre revue ouvertement identitaire, grande européenne et révolutionnaire ?
JMV - Rien de ce qui est humain, et particulièrement français et européen, ne m’est étranger. La France est ma terre natale, l’espace culturel et linguistique qui a façonné ma personnalité et modelé ma façon de penser, d’être au monde. Nous faisons corps avec la terre nous vivons. Peut-être peut-on aller jusqu’à dire que nous sommes imprégnés ou possédés par l’esprit de la terre où nous vivons. Toujours est-il que, si aujourd’hui nous ne réagissons pas, nous sommes des condamnés à mort. Mort économique, culturelle, nous disparaissons en tant que peuple porteur d’une haute culture ; nous nous fondons dans un magma humain aux couleurs de la world culture, autrement dit le néant culturel.
Certains ont pu parler encore dans un passé récent de la mission spirituelle de la France, sans aller jusque-là, disons que nous avons un devoir de survie ; or nous ne survivons que dans et par nos enfants dans la mesure où ils nous ressemblent ; ceci suppose la préservation du terreau où ils poussent, c’est-à-dire le support existentiel, territoire matériel, géographique, qui est aussi espace spirituel et culturel. Nous avons également un devoir de fidélité à l’égard de nos aïeux, de nos ancêtres qui ont tant sacrifié, souffert et espéré pour bâtir cette France qui est nôtre d’héritage et de droit ; une entité physique réelle, charnelle, organique et pas seulement une idée pouvant être frappée d’obsolescence. Ne varietur. Cette conscience et cette volonté d’être nous-même, de transmettre ce que nous avons reçu à ceux qui viennent et qui sont nos fils, qui donc, par filiation sont porteurs et vecteurs des destinées anciennes, cela est notre droit et notre devoir.
Si revenir au réel est une attitude révolutionnaire et bien oui, je me déclare comme tel. Je milite pour la révolution du vivant contre les idéologies de mort qui vouent les hommes et les cultures au suicide collectif. Seul l’homme enraciné peut prétendre à l’universalité. Il faut être pleinement soi-même, inscrit dans une lignée cohérente, venant du passé pour aller vers l’avenir. La seule façon d’être humain est d’être pleinement soi-même, conscient et libre de ses choix. La société que nous devons bâtir devra permettre cette assomption de l’homme. Dans le cas contraire, elle est son pire ennemi.
13/01/08
Traité européen: l'honneur d'un socialiste
Communiqué de Marc Dolez, Député P.S. du Nord
Je juge déplorable la position du groupe Socialiste de l’Assemblée Nationale, annoncée ce jour, de boycotter la réunion du congrès de Versailles, le 4 février, pour la révision de la Constitution préalable à la ratification du Traité Européen. (Lire : Le PS votera le traité UE mais n’ira pas à Versailles, Reuters, 8 janvier 2008. N.d.l.r.)
Alors qu’en votant non à la révision de la Constitution, où la majorité des 3/5 est requise, les parlementaires de gauche peuvent imposer au Président de la République le référendum dont il ne veut pas, le boycott revient à renier les engagements pris et à se rendre complice de cette forfaiture qui consiste à faire adopter par le parlement un projet de traité précédemment repoussé par le peuple.
Profondément attaché au respect de la souveraineté populaire, je refuse pour ma part de cautionner cette indigne complicité et me rendrai donc, le 4 février, au congrès de Versailles pour voter non.
Marc Dolez
Source : Forces Militantes www.forces-militantes.org
26/12/07
A force de dire oui à tout, on disparaît soi-même
A force de dire oui à tout, on disparaît soi-même, Nicolas Dupont-Aignan, citant le Général de Gaulle
A l'heure où l'on essaie de faire rentrer par la petite porte une Constitution européenne sortie par la grande porte (le suffrage des français), extrait du compte-rendu analytique de l'Assemblée nationale - Séance du 27 janvier 2005
Motion de renvoi en Commission
M. le Président - J'ai reçu de M. Nicolas Dupont-Aignan une motion de renvoi en commission déposée en application de l'article 91, alinéa 7, du Règlement.
M. Nicolas Dupont-Aignan - Permettez-moi d'associer à cette motion mes collègues Labaune, Mourrut et Villain.
« Honte au pays où l'on se tait », disait le grand Georges Clemenceau. S'il est un domaine où tout est fait pour dissimuler l'importance des enjeux, c'est bien celui de l'Europe. En témoigne la citation suivante, qui date de 2002 : « A l'heure où les candidats à la présidence de la République préparent calicots, arguments et ripostes, il est une sorte de secret dans le débat politique français. Ce grand secret, c'est d'abord que la plupart des décisions que les candidats vont s'engager à prendre avec la confiance du peuple ne relèvent plus d'eux seuls. » Qui a écrit cela ? Philippe de Villiers, Charles Pasqua, Philippe Séguin ? Non : Michel Barnier.
Rares sont cependant les avocats de l'actuelle construction européenne qui reconnaissent l'importance des révisions constitutionnelles et des traités qu'ils nous demandent d'approuver. Habituellement, nous vivons dans l'ambiguïté et la caricature. On n'expose jamais les conséquences des transferts de souveraineté sur notre démocratie. Pour éviter les débats cruciaux, qui risqueraient de susciter des interrogations, on caricature les positions. Il y aurait d'un côté les bons, favorables au rapprochement entre les peuples, à la paix et à la prospérité, qui approuveraient la dernière avancée du jour, et de l'autre les méchants, les franchouillards, les frileux, hostiles à la marche triomphale du progrès humain...
Or la question n'est pas, n'a jamais été de se déclarer pour ou contre l'Europe, qui est une nécessité, mais de savoir comment on la bâtit.
De quelle Europe parlons-nous ? Evoque-t-on l'idéal de rapprochement des peuples, qui fait l'unanimité chez les gaullistes, ou la pression disciplinaire d'un super-Etat ? Discute-t-on des politiques communes volontaristes des années 1960 ou du marché unique ultralibéral des années 1990 ? S'interroge-t-on sur les traités, approuvés de bonne foi par notre Parlement, ou sur le droit européen dérivé ?
La discussion générale l'a montré, nous débattons moins de la révision constitutionnelle que de la vague idée que les uns et les autres se font de l'Europe. Or, nous ne pouvons nous prononcer sur la révision constitutionnelle sans mesurer précisément à quoi nous engage le traité.
J'ai souhaité défendre la motion de renvoi en commission pour donner aux représentants du peuple, avant de prendre position, un peu de temps supplémentaire. Je le fais en conscience. Ce débat transcende les formations politiques. Je vous demande donc de ne pas mal interpréter ma position, qui était la même à propos du traité de Maastricht, alors que le gouvernement était différent. C'est l'honneur du Parlement de laisser parler ses membres sur un tel sujet.
M. Jacques Myard - Très bien !
M. Nicolas Dupont-Aignan - Nous ne pouvons nous déterminer sans nous poser deux questions fondamentales. En premier lieu, la constitution européenne nous fait-elle basculer dans un système fédéral, en remettant en question les principes fondateurs de la Ve République, pour ne pas dire de la République tout court ? A cette question, je réponds oui. En second lieu, est-ce l'intérêt de la France et des Français, est-ce même celui de l'Europe ?
Si je peux être rapide sur le premier point, c'est grâce aux arguments que Jacques Myard a exposés hier. Permettez-moi une simple réflexion de juriste sur la nature de ce fameux traité constitutionnel. Allons-nous changer de régime ?
M. Jacques Myard - Oui !
M. Nicolas Dupont-Aignan - A la lecture du traité, il y a création d'un Etat européen et mise en œuvre d'une nouvelle architecture institutionnelle sans clarification des compétences entre l'Union et les Etats membres. La constitution européenne pose les bases d'un Etat supranational. Pourquoi, d'ailleurs, utiliser le vocable de « constitution » si ce n'est dans ce but ? En effet, la constitution est l'acte par lequel les citoyens définissent les conditions d'exercice du pouvoir politique. Il y a constitution quand il y a Etat.
On me répondra qu'il n'y a Etat que s'il existe un peuple suffisamment soudé pour s'en réclamer.
M. Jacques Myard - Une nation !
M. Nicolas Dupont-Aignan - C'est vrai et c'est précisément l'objet de ce traité que de décréter la création d'un peuple européen qui, autrement, n'aurait aucune chance de voir le jour. Ce n'est pas là je ne sais quel fantasme de souverainiste, mais le point de vue de Josep Borrell, président socialiste du Parlement européen, qui affirme avec une louable franchise : « Instituer une constitution pour l'Europe revient à accepter virtuellement l'existence d'un peuple européen. » Du virtuel au réel, il n'y a qu'un pas que les fédéralistes s'imaginent pouvoir franchir contre le gré des peuples, si tant est que ceux-ci s'en rendent compte.
Il s'agit bien d'un pas décisif vers la fondation artificielle d'un peuple européen, sans laquelle il ne peut exister d'Europe fédérale. Une fois posé cet objectif suprême, le traité tend logiquement à conférer à l'Union le plus grand nombre possible d'attributs internes et externes de la souveraineté étatique.
Au plan interne, la suprématie du droit européen sur les droits nationaux est pour la première fois inscrite dans un traité. Elle est ainsi revendiquée en pleine lumière, encore qu'on en minimise la portée. « Mais non, me dira-t-on, vous lisez mal : cette suprématie ne s'applique qu'au droit de l'Union. » Certes, mais celui-ci tend à investir tous les domaines de la vie des nations.
On ne peut que s'étonner de voir le Parlement réviser la Constitution avant même que le peuple se soit prononcé par référendum sur le traité constitutionnel, préjugeant ainsi du vote des Français. Si le « non » l'emportait, le Parlement serait ainsi en porte-à-faux avec le peuple.
N'oublions pas que le texte qui nous est soumis tend à modifier en profondeur la Ve République. Il autorise seize transferts de compétences reconnus contraires à la Constitution par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 19 novembre 2004. Il va donc beaucoup plus loin que le texte de 1992, préalable à la ratification du traité de Maastricht. Il valide par avance les cinq clauses dites « passerelles » prévues dans le traité pour quatre matières essentielles et la clause générale de révision simplifiée figurant à l'article 444 du traité, qui concerne l'ensemble des domaines à l'exception de la défense.
Cette révision revient à subordonner la Constitution au traité de Rome du 29 octobre 2004. D'une part, on ne pourra plus lire la Constitution sans se référer au traité ; d'autre part, la constitutionnalité des modifications qui seront apportées au traité est d'avance validée.
On ne peut que s'interroger sur l'ambiguïté de la décision rendue par le Conseil constitutionnel sur le traité constitutionnel, une décision qui semble à beaucoup de constitutionnalistes en deçà des enjeux. Le président Mazeaud me pardonnera ces propos, lui qui, ici même, le 7 mai 1992, s'estimait « en droit de critiquer le Conseil constitutionnel ».
Le juge constitutionnel a estimé que le texte de cette constitution s'inscrivait dans la continuité juridique de la construction européenne, sans aucun bond en matière d'intégration communautaire, malgré l'article 6 qui proclame la suprématie du droit européen sur les droits nationaux.
Le Conseil constitutionnel s'appuie sur l'intention des parties, selon laquelle l'Union européenne aurait vocation à fonctionner sur le mode communautaire et non fédéral, ce qui n'induirait aucune contrainte supra-constitutionnelle. Ainsi, ce traité relèverait des articles 55 et 88 de notre Constitution : il ne serait qu'un traité ordinaire, organisant un transfert complémentaire.
Pour étayer sa doctrine, le Conseil constitutionnel invoque l'article 5 du traité, selon lequel l'union respecte « l'identité nationale » des Etats membres, sans se préoccuper du caractère vague de cet énoncé ni de l'effet des 457 autres articles. Philippe Séguin, en 1992, estimait déjà significatif le choix de cette expression, « l'identité nationale ». Je le cite : « L'identité, c'est ce qu'on consent à nous laisser. On parle d'identité quand l'âme est déjà en péril, quand les repères sont déjà perdus. La quête identitaire est la démarche de ceux qui ont le sentiment d'avoir cédé. On ne nous concède donc pas grand-chose en nous laissant l'identité nationale. Que veut-on mettre à la place de ce qu'il est question d'effacer ? A quoi veut-on nous faire adhérer quand on aura obtenu de nous un reniement national ? Sur quoi va-t-on fonder ce gouvernement de l'Europe auquel on veut nous soumettre ? Sur la conscience européenne ? C'est vrai, elle existe ; il y a même quelque chose comme une civilisation européenne, au confluent de la volonté prométhéenne, de la chrétienté et de la liberté de l'esprit. Bien sûr, nous autres européens avons un patrimoine, et nombre de similitudes. Mais cela ne suffit pas pour forger un Etat. S'il y a une conscience européenne, c'est un peu comme il y a une conscience universelle : elle est de l'ordre du concept et n'a rien à voir ni avec l'âme du peuple, ni avec la solidarité charnelle de la nation. La nation française est une expérience multiséculaire : la conscience européenne est une idée, qui d'ailleurs ne s'arrête pas aux frontières de la communauté, et l'on ne bâtit pas un Etat légitime sur une idée abstraite, encore moins sur une volonté technocratique. » Tout est dit dans ce texte magistral. La Convention n'ignorait pas tout cela, et c'est bien pourquoi elle a accepté, comme un lot de consolation, que soit retenu à l'article 5 le respect des identités nationales - après avoir expressément refusé d'y inscrire celui de la souveraineté nationale.
M. Jacques Myard - Scandaleux !
M. Nicolas Dupont-Aignan - La garantie avancée par le Conseil constitutionnel repose donc sur l'intention des Etats signataires du traité. Garantie bien fragile, puisque par définition non juridique et éminemment subjective dans son interprétation. Si fragile d'ailleurs que le président du Conseil constitutionnel a cru prudent de l'assortir après coup de quelques réserves décisives : « il y aurait vice de consentement de la France si, le traité une fois entré en vigueur, les cours de Luxembourg ou de Strasbourg allaient au-delà de cette lecture naturelle et raisonnable ». Or c'est là que le bât blesse : par son article 375, la constitution européenne confie au juge supranational un monopole d'interprétation du droit européen. Cela revient à dire que le Conseil constitutionnel n'a pour garantie de l'application « naturelle et raisonnable » du traité que la jurisprudence passée et la bonne volonté future de la Cour de Luxembourg, et qu'en cas de dérapage - par exemple sur la laïcité, au titre de l'article 70 de la Constitution - il n'aura aucun moyen de recours. Ainsi, le Conseil a beau affirmer le maintien du bloc de constitutionnalité de la République française, il ne s'en dessaisit pas moins de sa garde en validant de la sorte le traité. Accorder une telle confiance à des eurocrates inamovibles et non élus - ce qui explique sans doute les scrupules légitimes de Pierre Mazeaud - c'est inviter le loup dans la bergerie pour qu'il assure la comptabilité des moutons !
M. Jean-Pierre Brard - C'est vrai.
M. Arnaud Montebourg - C'est un problème réel.
M. Nicolas Dupont-Aignan - Force est donc de revenir à la question cruciale, la seule qui vaille, et qui depuis quinze ans n'a pas trouvé un début de réponse : qu'est-ce que le mode de fonctionnement communautaire ? Jusqu'où doit-il aller ? Et dans quel but ? La question n'est pas académique : elle se pose concrètement, puisque le Conseil constitutionnel lui-même fonde sur elle le cœur de sa doctrine. A l'en croire, en effet, la différence entre le communautaire et le fédéral serait décisive, bien qu'il ne donne aucun contenu substantiel à cette mystérieuse distinction. A-t-on affaire à du communautaire, qui additionnerait et compléterait les souverainetés nationales sans les bafouer, ou à du fédéral qui les subordonne, y compris dans leur dimension constitutionnelle, à un ordre supranational contraignant ? Le président de la Convention européenne lui-même, Valéry Giscard d'Estaing, apporte ici un éclairage salutaire. « Dans la Constitution européenne, dit-il, le mot « fédéral » a été remplacé par le mot « communautaire », ce qui veut dire exactement la même chose ; cette substitution a eu lieu parce que, dans les différentes langues de l'Union, le terme fédéral n'a pas la même connotation »... Tout est dit : selon son principal concepteur, et en contradiction flagrante avec l'analyse du Conseil constitutionnel, ce traité est en réalité fédéral et fait basculer la France dans un système irrévocablement supranational.
La raison en est simple : on ne peut pas relever en même temps de deux ordres juridiques. Puisque de plus en plus de compétences sont transférées à Bruxelles, la coexistence de deux ordres juridiques devient une fiction : une constitution l'emporte nécessairement sur l'autre. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un extrait de l'intervention de Pierre Mazeaud, le 7 mai 1992, à l'Assemblée nationale : « Nous sommes tous d'accord pour considérer que la souveraineté ne peut en aucun cas se transférer, qu'elle est inaliénable et imprescriptible. Les premiers constituants du 3 septembre 1791 l'avaient d'ailleurs inscrite dans l'article premier de la Constitution, reprenant en cela les lois fondamentales du royaume. Ce qui me fait dire, et je souhaiterais que la commission des lois puisse encore réfléchir à cette question, que le peuple lui-même ne saurait aliéner la souveraineté nationale. Alors, a fortiori, ses représentants ne peuvent pas le faire. »
L'analyse du traité constitutionnel confirme et même aggrave ce jugement. Comment notre Parlement peut-il une nouvelle fois, après le précédent de Maastricht, remettre en cause le pacte fondateur de la République, traduit par l'article 3 de la Constitution de 1958 : « la souveraineté nationale appartient au peuple » ? Selon la vieille recette du « deux pas en avant, un pas en arrière », j'entends les voix de ceux qui nous disent toujours : dormez tranquilles, ce traité n'est qu'un compromis, non une révolution ; rien ne change vraiment... Ce propos ne résiste pas à une lecture approfondie, notamment pour ce qui est de l'architecture institutionnelle et des compétences. Tout d'abord, le traité transforme l'architecture institutionnelle de façon à anticiper une architecture fédérale. Le principe directeur de l'Europe selon le projet de constitution, c'est de favoriser systématiquement les institutions supranationales et leur rôle dans le processus de décision, à l'exact opposé de l'Europe des nations que souhaitait le Général de Gaulle. Le traité esquisse ainsi un système fédéral où la Commission prend de plus en plus les allures d'un gouvernement, cependant que le Parlement prend de plus en plus celles d'une assemblée dépositaire d'une souveraineté, tandis que le Conseil européen tend à se transformer en une sorte de Sénat. Mais comme on ne va pas au bout de la logique, il n'y a pas non plus de démocratie européenne : on reste au milieu du gué. D'autre part, l'extension de la majorité qualifiée change la nature de l'Europe, et du coup celle des pays qui la composent. La Commission, cœur du système, voit ses prérogatives énormément accrues. Elle conserve et renforce son monopole d'initiative, en particulier en matière budgétaire. Elle est renforcée d'un vice-président qui n'est autre que le ministre des affaires étrangères lui-même, à l'élection duquel elle participe de plein droit ; et pour la première fois dans le système européen, le ministre des affaires étrangères de la Commission présidera un conseil des ministres. Elle est le carrefour obligé de tout ce qui importe dans la vie de l'Union, proposant, recommandant, vérifiant, menaçant et punissant. Elle a le plus souvent l'avantage face au Parlement et au Conseil, et obtient la création de règlements délégués - article 36 - lui permettant de compléter ou de modifier certains éléments « non essentiels » - sans que le critère soit défini - de la loi ou de la loi-cadre. Elle continue en outre de bénéficier du vote à l'unanimité des Etats membres sur les amendements du Parlement qu'elle refuse : elle aime la majorité qualifiée quand cela l'arrange, mais garde l'unanimité quand cela la sert... Quant au Parlement européen, il bénéficie d'une large extension de la procédure de codécision, très ambiguë sur la plan démocratique. Son pouvoir de blocage du Conseil est renforcé. Par ailleurs ses amendements, s'ils sont acceptés par la Commission, ne doivent faire l'objet que d'un vote à la majorité qualifiée au Conseil, ce qui favorisera ses hardiesses fédéralistes. Enfin il a désormais le pouvoir de s'inviter dans la révision du traité au titre de la procédure simplifiée.
D'autre part, le Conseil européen se fédéralise un peu plus, car la règle du consensus cède franchement la place à la majorité qualifiée partout où la constitution le prévoit. La majorité qualifiée devient la règle commune de l'Union, et s'étend à de nombreuses politiques jusque-là décidées à l'unanimité. Surtout elle devient implicitement l'essence même de l'intérêt général européen. Cette extension ne concerne pas moins de cinquante-cinq domaines, dont la culture, l'immigration - avec la disparition de la clause de sauvegarde nationale du traité de Schengen -, la politique de libre-échange de l'Union, la définition de la comitologie - qui a permis à la Commission d'imposer la levée du moratoire sur les OGM -, la définition du périmètre des services d'intérêt économique général - adieu les services publics en France ! -, les nouveaux règlements délégués permettant à la Commission de compléter elle-même des directives, la politique spatiale européenne, la politique énergétique, la position de l'Union en politique étrangère...
Dans tous ces nouveaux domaines, qui bien sûr s'ajoutent aux anciens, nos partenaires européens pourront nous imposer sans recours des politiques incompatibles avec le mandat que nous auront confié les Français. Le basculement dans la majorité qualifiée va donc bien plus loin que le simple accroissement de l'efficacité institutionnelle invoqué par les partisans de la Constitution : il aura aussi un effet fatal sur les politiques qui restent décidées à l'unanimité. En effet, lorsqu'un Etat s'opposera dans l'un de ces domaines, les autres pourront évidemment faire pression sur lui à travers les votes à la majorité qualifiée sur d'autres dossiers.
Un dernier point du traité montre son caractère fédéral : c'est le fameux partage des compétences, que le texte est censé clarifier. Avons-nous lu la même constitution ? Chef d'œuvre d'hypocrisie, l'article 12 définit les compétences partagées comme celles que peuvent exercer les Etats membres « dans la mesure où l'Union n'a pas exercé la sienne ou a décidé de cesser de l'exercer ». Étrange conception du partage ! Notons qu'il s'agit de « domaines de compétence » et non des « compétences » elles-mêmes : ce qui révèle le trait essentiel de la démarche, à savoir le caractère extensif des prérogatives de l'Union, que renforce encore le vague des énoncés. Ces domaines de compétence se répartissent en deux familles principales : celle où l'Union a les coudées franches pour agir, et celle des « compétences d'appui ou de complément » où elle ne le peut qu'à la marge. Du moins sur le papier : en réalité elle a de nombreux moyens d'action détournés, notamment l'invocation du sacro-saint principe de libre concurrence ou celle de l'objectif générique de favoriser l'émergence d'un fait européen. Ainsi la Commission fait déjà peser des menaces sur le cinéma français, au nom de la prétendue nécessité de donner naissance à un cinéma transnational européen... Ainsi, l'Union intervient dans ces domaines de biais, par le truchement d'autres politiques. L'industrie reste principalement de la compétence nationale ? Oui, mais par le biais de la politique de la concurrence, qui est européenne, on peut empêcher un Etat de devenir actionnaire d'une société, Alstom, par exemple. L'éducation est nationale ? Oui, mais la Belgique s'est vue condamner pour discrimination entre nationalités parce qu'elle réservait aux étudiants belges la gratuité des études universitaires, les étrangers n'ayant pas contribué par l'impôt, comme les nationaux, à financer le système éducatif national. La santé reste nationale ? Oui, mais au nom de la libre circulation des travailleurs, des directives ont imposé la reconnaissance de tels ou tels diplômes. La culture reste nationale ? Oui, mais cela n'a pas empêché l'Union, au nom du libre accès des activités non salariées, d'établir une directive dite « télévision sans frontière », et on n'a encore rien vu : attendons la fameuse directive Bolkestein, qui va apprendre vraiment aux Français ce qu'est la délocalisation...
Ainsi, qu'elles soient exclusives, partagées ou d'appui, les compétences de l'Union couvrent à peu près l'ensemble de la vie des peuples européens. Et si malgré tout quelque chose échappait à la voracité sans limite de l'Union, il serait toujours possible de réparer cet oubli au titre de l'article 18 de la Constitution, dite « clause de flexibilité ». Celle-ci reprend et étend un article existant des traités, le 308 TCE à la réputation légitimement scélérate, et dont la mise en oeuvre est allée jusqu'à susciter, une fois n'est pas coutume, les critiques répétées de la Cour européenne de justice. Son application ne nécessiterait pas l'accord des parlements nationaux mais leur simple information. Avec d'autres « clauses-passerelles » dont elle est l'emblème et le fer de lance, la clause de flexibilité doit permettre d'étendre presque sans fin le périmètre d'action de l'Union. Et qu'elle soit mise en œuvre à la suite d'un vote unanime du Conseil européen ne représente qu'une garantie très fragile.
Ainsi, pour les compétences exclusives, et bientôt pour les compétences partagées, les Etats membres seraient réduits au statut de circonscriptions administratives déconcentrées, comme le sont les arrondissements français par rapport à l'Etat. Ce n'est qu'au titre des domaines de compétence d'appui et de coordination qu'on pourrait assimiler les Etats membres à des collectivités locales. Quant à la souveraineté, elle se cantonnerait désormais dans la rubrique introuvable des compétences exclusives des Etats membres.
Face à une telle dépossession des prérogatives des Etats nations, on était en droit d'attendre que la constitution invente au moins de réels mécanismes de rééquilibrage démocratique au profit des citoyens ou de leurs représentants. Hélas, la démocratie en toc de la Constitution n'est qu'un trompe-l'œil : pour ce qui est de résorber le fameux déficit démocratique, l'Europe de la Constitution est comme jamais celle du « Désert des Tartares ».
Ainsi, le droit de pétition est une mauvaise farce : il ne s'agit en fait que d'un droit de supplique que la Commission européenne pourra ignorer et dont les mécanismes sont compliqués. Leur détail n'est même pas connu.
M. Arnaud Montebourg - Tout à fait exact.
M. Nicolas Dupont-Aignan - La Commission a par ailleurs déjà démontré qu'elle se moquait éperdument de l'avis des citoyens de l'Union : elle a ainsi décidé, juste avant les élections européennes, en juin dernier, de lever unilatéralement le moratoire sur les OGM. En fait, cette disposition a un double objectif : faire croire à la démocratisation de l'Union, concourir à la création d'une opinion publique européenne artificielle. A propos de cet inepte « droit » de pétition, certains ont été jusqu'à affirmer que l'Europe avait innové là où les Etats se montraient incapables de résoudre leur mal-être démocratique. Il serait plus juste de constater qu'aucune démocratie au monde n'a eu jusqu'à présent le front de ressusciter les cahiers de doléances de l'ancien régime. Le « droit de pétition » est une telle insulte au bon sens et à la dignité des Français qu'il ne mérite pas que l'on s'y appesantisse.
En revanche, le contrôle tant vanté de la subsidiarité par les parlements nationaux est un piège beaucoup plus subtil. Il s'agirait d'une mini-révolution permettant de faire entendre la voix des représentants des peuples dans les arcanes de Bruxelles. Il y a douze ans, Alain Peyrefitte avait brillamment exposé ici-même la problématique à laquelle nous sommes confrontés en renvoyant le principe de subsidiarité à son origine catholique romaine : l'échelon supérieur traite des questions pour lesquelles l'échelon inférieur n'est pas compétent. « Mais qui décide en cas de conflit », demandait-il ? L'échelon supérieur : « La subsidiarité est une forme très autoritaire de fédéralisme ». A la question de savoir qui déciderait de la répartition des compétences, Alain Peyrefitte répondait : « La Cour de justice de Luxembourg, qui n'a cessé d'empiéter sur les compétences des Etats membres. »
M. Jacques Myard - Le peuple réagira !
M. Nicolas Dupont-Aignan - Les événements lui ont donné raison, la Commission s'arrogeant l
