Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

25/04/08

Le jaurésisme réel

Par André Tosel, philosophe

Le Jaurès qui revient parfois dans nos débats n’est pas celui de l’histoire, mais la médiocre figure forgée par un publiciste tentant d’exploiter le respect légitime dont jouit le grand homme auprès de militants qui rêvent du retour d’une grande politique réellement socialiste. Ce rêve a été plusieurs fois déçu dans notre histoire par le PS lui-même, qui invoquait Jaurès au moment où il s’éloignait de l’inspiration jaurésienne. Il a été déçu toutes les fois où s’est dénoué le lien qui unissait la défense de la république et les réformes sociales révolutionnaires, où s’est brisé l’espoir d’une synthèse par double dépassement de l’antagonisme entre la classe ouvrière et la bourgeoisie industrielle. Ce rêve a disparu lorsqu’a été abandonnée une politique conduite par un État élargi, fondée sur de puissants services publics nationaux et municipaux, sur un système de coopératives de base. Il s’est dissipé enfin lorsque la défense d’une nation pacifique, fière de son rôle révolutionnaire, s’est inversée en des entreprises coloniales de type impérialiste, et que l’internationalisme s’est dissous dans le plus sanguinaire des bellicismes.

Il importe donc de rappeler quelques éléments du jaurésisme réel. Jaurès n’a jamais refusé les compromis si ceux-ci sanctionnaient une inflexion progressiste du rapport des forces dans la lutte des classes. C’est ainsi qu’il a soutenu l’alliance avec les partis républicains lorsqu’il s’est agi de questions engageant toute la lutte politique dans le sens de la justice (affaire Dreyfus). C’est ainsi qu’il a exploité toutes les occasions possibles d’élargir et de consolider les droits politiques et sociaux des travailleurs : nulle lutte concrète ne l’a pris au dépourvu, son réformisme singulier l’a toujours vu se ranger du côté des travailleurs. Il n’a jamais manipulé les organisations ouvrières pour en faire le simple public passif des travaux du Parlement. C’est ainsi qu’il a été, sans sectarisme antireligieux mais sans faiblesse cléricale, l’artisan majeur des lois fondant la laïcité. C’est ainsi qu’il a fait les plus grands efforts pour une démocratie dispensant une instruction de niveau pour tous les citoyens, à l’abri du marché et des lobbies cléricaux. La politique internationale ? De même que la république ne peut être que sociale, et qu’elle se développe dans un procès continu de réformes se dépassant par degrés en une révolution, de même l’internationalisme se fonde sur la transformation socialiste des États nations souverains. Cet internationalisme ne peut se réduire à l’universalisation de relations économiques marchandes éternisant l’exploitation capitaliste. Il avait foi en une Europe de la culture, riche de sa diversité. La nation n’est pas appelée à se dissoudre dans un internationalisme liquidateur. Elle est appelée à se sublimer dans « la grande nation », une communauté de nations pacifiques et renouvelées par le réformisme révolutionnaire.

http://www.humanite.fr/

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05/04/08

Une évolution révolutionnaire

l’Humanité des débats. Jaurès

Par Charles Silvestre, journaliste, secrétaire des Amis de l’Humanité

S’il est une vertu de Jaurès qui devrait parler au monde d’aujourd’hui, à la gauche, c’est le courage. Dans sa façon de tenir tête au déchaînement nationaliste, à la veille de la guerre 1914-1918, mais plus particulièrement encore, selon moi, dès 1898, quand à l’approche des élections il veut entraîner le groupe socialiste à défendre Dreyfus. Péguy rapporte ses propos : « Les ennemis et les adversaires ne sont rien. Ce sont les amis. Ils me mangent, ils me dévorent, ils ont tous peur de n’être pas réélus. » Jaurès persiste. À Carmaux, il est battu. Guesde lui-même fera marche arrière plus tard. Pas lui. Son siège, il le retrouvera en 1902. Il me semble, aujourd’hui, que l’électoralisme - je ne dis pas le combat électoral -, c’est-à-dire le résultat dans les urnes à tout prix, le fond allégrement sacrifié à la tactique, est l’un des pires maux dont souffre la politique.

En matière de conviction, j’oserai ce raccourci : Jaurès va du centre à gauche, quand tant d’autres nous ont habitués à aller en sens inverse, de gauche à droite. Ce qui sauve Jaurès de cette pente, c’est que ses convictions ne sont pas affaire de croyance, elles se forgent dans l’épreuve, dans la confrontation sociale et morale avec le patronat et le pouvoir en place. Au départ, il est républicain, « modéré » disait-on. Carmaux l’amène à penser que la République, pour être République, sera sociale ou ne sera pas. Découvrant, avec l’affaire Dreyfus, le mensonge d’État, il le dénonce, lui qui, comme personne, a le respect des institutions républicaines. Pour la laïcité, il est républicain avec Viviani, Clemenceau, mais il les combat quand ils réprimeront les grèves. « Vous étiez alors au centre », lui lance un député. Il lui rétorque : « Vous êtes assez jeune pour faire le chemin que j’ai fait. » Ne faut-il pas alors s’interroger sur ce phénomène qui fait que, même lorsque le pouvoir change de mains, le rouage l’emporte sur l’engagement, la connivence sur la sincérité, l’exigence des puissants sur les attentes des faibles ?

J’ai été surpris d’entendre, un matin, sur France Inter, Vincent Peillon, un responsable socialiste, affirmer que Jaurès n’était pas collectiviste. C’était trop dire ou pas assez. Jaurès, au congrès socialiste de Toulouse, en 1908, est très net : « Le socialisme, dit-il, c’est la substitution totale de la propriété sociale à la propriété capitaliste. » C’est la façon « sociale » d’y parvenir qui, dans la démarche de Jaurès, est complexe et pleine d’enseignements. Tout est fondé, chez lui, sur la coopération volontaire et consciente des travailleurs. Dans l’Humanité, en 1912, il défend les services publics comme apprentissage de la gestion du bien collectif. Il a en vue, déjà, une Sécurité sociale. Le socialisme se construit, selon lui, dans le combat permanent, fort de ses acquis, de ses expériences, de ses victoires, de ses défaites, sans oublier le but. Sans doute y a-t-il du flou dans ces constructions, mais une « méthode » est indiquée. Rien ne prouve, à observer le monde d’aujourd’hui, qu’elle ne retrouve pas une actualité.

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05/03/08

Réconciliation de l’Internationale et de la nation

l’Humanité des débats. Jaurès

Par Michel Vovelle, historien (*).

Rédigeant mon essai sur « La géopolitique de la Révolution française », j’ai eu l’idée inattendue de cartographier, à partir des milliers de titres de son index, la géographie de l’Histoire socialiste, de Jean Jaurès. Quelle richesse ! « Pays », provinces, villes et campagnes, il en a le sens et plus encore un amour profond, celui même qui se retrouve dans ses pages sur « le paysan » ou « la nature ». Mais ne l’enfermons pas dans un monde « que nous avons perdu ». De l’histoire, et singulièrement de la Révolution, il tient son attachement à la patrie et à la nation, indissociables. Dans le contexte des affrontements des années 1900, il réaffirme (comme Bebel) au congrès de Stuttgart en 1907 « l’autonomie et la légitimité des nations », la nécessité de concilier patriotisme et internationalisme, au nom du devoir des travailleurs d’empêcher les guerres par toute l’énergie de leur action. Dans l’Armée nouvelle, il évoque la « pensée ouvrière complète » qui concilie « l’Internationale et la nation ». Dans son écrit sur les Alliances européennes, comme dans ses discours à la Chambre, il se démarque des nationalistes chauvins comme des ententes traditionnelles avec les députés couronnés, déclarant : « Nous ne voulons qu’une alliance, l’alliance de la France avec toute l’Europe en vue de la paix générale et du désarmement universel. » Entre les pays, la patrie, la nation et l’Internationale, comment s’inscrit l’Europe ? Elle est un maillon essentiel, telle que Jaurès l’évoque dans son Histoire socialiste de la révolution, puisqu’il consacre un tome entier à « l’Europe et la révolution ». Les grands historiens (Mathiez, Godechot, Soboul) y ont été sensibles, même s’ils relèvent les limites de la culture européenne de Jaurès (focalisation sur l’Allemagne et partiellement l’Angleterre, méconnaissance de l’Italie, attention portée à l’héritage européen des courants de pensée des Lumières). Mais tous ont relevé la référence qu’il fait au texte anticipateur de Barnave sur les origines de la Révolution : « Il n’y a pas à proprement parler une Révolution française, il y a une Révolution européenne qui a la France à son sommet. » Barnave en énonçait la cause fondamentale : « À une distribution nouvelle de richesses doit correspondre une distribution nouvelle des pouvoirs. » Mais la Révolution française l’amène à s’interroger sur la « trop grande dysharmonie de la France révolutionnaire et du reste du monde », due à « l’inégalité dans le développement des forces productives ». En exportant à travers l’Europe son modèle, malgré les résistances, la Révolution française a-t-elle forcé la « lente évolution des nations attardées » de l’Europe, ou a-t-elle, quelles qu’aient été « ses imprudences volontaires », ouvert les voies diversifiées de la marche vers la démocratie, telles qu’il les découvre à l’horizon 1900 ? Dans le contexte de l’état du monde d’il y a un siècle, Jaurès invite à des réflexions transposables à notre époque dans le cadre de l’Europe.

(*) Extraits d’un article publié dans l’Humanité (2005). Au cours du colloque, Michel Vovelle a évoqué la suppression, par Jack Lang en 2000, de la Commission d’histoire économique de la Révolution française auprès du Parlement, dont il fut le dernier président, et qui avait été créée en 1903 sous l’impulsion de Jaurès.

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21/02/08

L’enjeu de la propriété sociale

Par Alain Boscus, maître de conférence à l’université de Toulouse-Le Mirail.

La pensée de Jaurès concernant la propriété et l’appropriation sociale me semble bien montrer l’actualité de sa réflexion à l’heure de la mondialisation capitaliste. Ses textes, innombrables, montrent à quel point il était un collectiviste convaincu et conséquent. Il avait perçu combien la propriété privée est néfaste. Elle sépare les hommes d’avec les choses, les divise entre eux et les rabaisse en faisant disparaître, en eux-mêmes, une large part d’humanité. C’est pourquoi il n’y a pas, selon lui, « d’idéal plus noble que celui d’une société où le travail sera souverain, où il n’y aura ni exploitation ni oppression, où les efforts de tous seront librement harmonisés, où la propriété sociale sera la base et la garantie des développements individuels ».

Socialiser, donc, c’était dans un premier temps créer des services publics démocratiques, nationaliser les grands groupes industriels et les grands domaines agricoles, donner à la nation la maîtrise du crédit. Mais Jaurès envisageait ces socialisations dans un cadre plus large, se prolongeant au cours du processus révolutionnaire et s’achevant dans la société future. Elles devaient aussi permettre d’amoindrir la puissance des classes dominantes, d’étendre ici et maintenant les capacités et les forces de la classe ouvrière, de créer des points d’appui d’une démocratisation économique et sociale à bâtir de A à Z. Démocratisation qui fondait tout à la fois son rejet de l’étatisme, du fonctionnarisme, du corporatisme et des demi-mesures solidaristes.

Socialiser, c’était aussi prélever et redistribuer une bonne part de la richesse produite, par le biais de l’impôt vraiment redistributif et par la mise en place d’un système complet d’assurances sociales (retraite, invalidité, maladie, chômage…) sur la base de droits-créances conçus comme des droits de propriété, ouvrant l’ère nouvelle de « la participation directe du prolétariat à la puissance économique ».

Jaurès unifie donc des formes inséparables de socialisation, aucune n’étant en elle-même suffisante. Il prend bien soin d’ajouter qu’il ne peut y avoir d’embryons socialistes dans la société capitaliste. Le « communisme démocratique universel » auquel il aspirait, selon ses propres termes, appelait d’autres « dépassements », afin d’empêcher toute pensée et toute forme d’oppression. C’est en grande partie pour avoir oublié la centralité de la question de la propriété et la nécessité de l’appropriation sociale (en étendant la démocratie à tous niveaux) que la gauche et le mouvement ouvrier sont aujourd’hui en crise. Ayant historiquement opté pour l’étatisme et le corporatisme, dans le cadre d’un compromis social qui a laissé le marché se développer de façon démesurée, ils se sont trouvés impuissants face au néolibéralisme destructeur. Ils ne pourront relever la tête qu’en comprenant, comme Jaurès, que la propriété est à la base de toutes les inégalités d’avoir, de pouvoir, de savoir et de valoir. Tracer les chemins du changement social de façon pragmatique sans abandonner l’idéal (la socialisation et la démocratie), tel est un de ses messages qu’il importe de se réapproprier…

l’Humanité des débats

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08/02/08

Socialisme et République. Une leçon de Jaurès

Sommes-nous encore en République ? Depuis trop d’années, nous assistons à la destruction de ses valeurs : petits salaires non revalorisés bien que parfois sous le seuil de pauvreté, chômeurs suspectés de paresse mais tributaires de décisions d’embauches qu’ils ne maîtrisent pas, grands patrons qui reçoivent des prébendes financières sans rapport avec le bien-fondé d’un revenu et leurs responsabilités réelles, cadeaux fiscaux pour les plus riches, licenciements constants pour les opérateurs les plus modestes pour seuls motifs financiers, protection sociale menacée au profit d’un système d’assurance qui valorise le risque plutôt que la solidarité…

Ces faits nous ramènent, sous couvert de prétendues « réformes », à l’époque antérieure à la conquête d’un statut citoyen des travailleurs. L’égalité s’efface, entraînant la liberté dans sa chute. Aujourd’hui, ceux, qui portent les valeurs du Socialisme, peuvent-ils, s’inspirant de Jaurès, réinventer la République ?

« … Ce que nous constatons, c’est que ce développement prodigieux du machinisme, qui en lui-même est un bien, a, dans le régime spécial de la production qui s’appelle le régime capitaliste, cet effet saisissant que, de plus en plus, la puissance économique appartient à un nombre plus restreint de producteurs, qu’il devient, de plus en plus, impossible au simple salarié, à celui qui n’a que ses bras, d’arriver à l’indépendance, à l’autonomie, à la propriété ; que le régime actuel est la lente et cruelle expropriation de ceux qui n’ont pas les grands capitaux, et qu’il prépare cette concentration souveraine du capital que nous voulons réaliser, nous, pour restituer à tous les travailleurs, dans la propriété nationale, leur part des instruments du travail (1) »

Ce discours de Jaurès réveille en nous des questions essentielles. Qu’est devenu ce socialisme là alors qu’aujourd’hui, acceptant la « victoire du capitalisme », des soi-disant socialistes prétendent le domestiquer (2) ! Baisses d’impôts, invention de système d’épargne capitalistique, laisser-faire face à des services publics qui se délitent parce qu’ils deviennent marchands, rien ne les rebute plus. Et, en raison d’une alliance « social démocrate » européenne, tel reste le « credo » de beaucoup d’entre eux, qui osent même, pour demeurer proches de leurs alliés, ne pas respecter le vote de leur peuple (3) ! Non, nous avons besoin de nouveaux engagements dignes de Jaurès !

Car la réalité économique, sociale et politique est encore celle d’un combat de classes. Economiquement et politiquement, l’aliénation du travailleur s’est même accentuée, car elle s’est mondialisée ; contrairement à ce que Marx avait prédit, le capitalisme n’a pas succombé à la loi du nombre ; il a systématisé son pouvoir. Après avoir laissé croire qu’il pouvait négocier avec les travailleurs, lors du fordisme puis des Trente Glorieuses, il donne de plus en plus raison à Marx : jamais, la valeur « travail » n’a été aussi éloignée de la réalité « travail » ; se moquant du sens des mots, il arrive même que la valeur « actionnariale » se fasse passer pour la juste rémunération d’un travail ! Spéculation généralisée, matières premières plus rares et plus chères, des deux côtés de la chaîne de la valeur à créer, l’étau se resserre sur la « variable » la plus fragile, celle du travail atomisé, dispersé sur toute la surface du globe et apparaissant divers dans ses modes et intérêts d’exploités, d’où la difficulté d’en rassembler les forces pour en refaire une classe, celle des exclus de la plus value qu’il crée ! La loi mondiale des hommes n’est plus qu’économique ; et tout discours, comme toute prétention de pouvoir politique maître de ses choix parce que proche des citoyens, est suspecté et souvent bafoué. Qu’elles sont loin, en France et dans le Monde, les valeurs de la République et du Socialisme !
Et justement la pensée de Jaurès peut aider à redonner une vision différente aux exploités du Capital.

Car il a appris le sens de l’exploitation au travers de sa propre vie. Il était issu d’une bourgeoisie provinciale, non du peuple des pauvres ; mais ses expériences politiques lors de ses campagnes électorales au contact des mineurs et des verriers de Carmaux, sa proximité des grévistes protestant contre le renvoi de leur responsable syndical Jean-Baptiste Calvignac, lui ont appris ce que signifiait la lutte des classes qu’il intégra à sa culture politique de républicain et de socialiste. Contesté dans son parti, même comme créateur et directeur de « L’Humanité », il ne dût son influence politique qu’à sa proximité des travailleurs et à son courage lors de leurs conflits. Agent du rapprochement de son parti avec les syndicats, il approuva tout combat social qui s’ancrait dans une vision politique rassemblant classe ouvrière et petite paysannerie, nourries l’une et l’autre aux idéaux de la grande révolution française. Parce qu’il mesurait les limites de la démocratie parlementaire et des partis nationaux, c’est vers l’action internationale qu’il se tourna pour rechercher l’unité de la classe ouvrière qui aurait pu éviter la guerre. Son expérience des conflits coloniaux rejoint la nôtre lorsque nous analysons les raisons des guerres qui secouent notre planète aujourd’hui : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage (4) ». Sa mort tragique est ainsi apparue comme un échec de l’unité, de la paix et de la transformation sociale.

Que peut-il nous apprendre sur ce lien étroit et quasi naturel entre Socialisme et République ?
D’abord, que l’absence de références idéologiques de beaucoup de ceux qui prétendent représenter le socialisme actuel est d’abord l’acceptation de l’idée suivant laquelle la pensée et les valeurs républicaines passent après « l’économisme » du Consensus de Washington (5) ; cette position relève dans leur esprit d’une nécessité fatale liée au dépassement du « politique » par une économie mondialisée ; dès lors, l’Etat perd sa primauté ; la capacité technique l’emporte sur la volonté politique ; le suffrage universel perd son sens et la relativité idéologique s’installe ! Ainsi se développe une situation aux antipodes de ce que souhaitait le grand socialiste lorsqu’il proclamait : « …par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C’est d’eux, c’est de leur volonté souveraine qu’émanent les lois et le gouvernement ; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres ; mais, au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage… (6) ». Valeurs universelles dans le temps comme dans l’espace ! Aujourd’hui comme alors, le rétablissement du « politique » passe par la réaffirmation combative des valeurs du Socialisme et de la République.

Bien entendu, aucune nation ne peut s’établir seule. Pas de République française sans reconnaissance politique des autres Nations et de leurs peuples. Mais pas de République sans recherche permanente de la cohésion sociale interne à la Nation, sans rapprochement du politique et du syndical ; les « règles économiques », en particulier le libre échange ne peuvent mettre en cause ces principes ! Et c’est leur refus, l’absence de stratégie de développement, la volonté d’asservir les peuples au nouvel ordre économique, qui mettent en péril la paix et développe des attitudes terroristes. C’est pourquoi l’internationalisme doit se récréer sur des bases qui étaient les siennes avant la guerre de 14, qui fondaient encore la pensée après la deuxième guerre mondiale (7), loin des dérapages mondialistes de prétendues régulations économique et commerciale qui, aujourd’hui, ne servent qu’à justifier l’ordre dominant. L’internationalisme du mouvement des travailleurs peut et doit conduire à un monde où les peuples, respectés dans leurs identités nationales, vivent en paix, dans l’égalité de rapports harmonieux parce qu’égaux.

« Le politique » doit retrouver sa place première, qui est la loi des peuples ; et « l’économique », procédé technique, doit s’inscrire au service de la République des citoyens du Monde ! Tel était le message de Jaurès qui donna sa vie pour la paix et le progrès social.

Par Albert Richez sur http://france.attac.org/
Professeur de philosophie

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06/01/08

L'écologie politique, avenir de la gauche ?

L’écologie-politique, avenir de la gauche , par Jean Zin

On peut analyser de différentes façons l’effondrement des Verts aux dernières élections présidentielles : par leurs défauts internes ou les défauts de l’élection, par la faute à Hulot, à Bové, au PS, aux médias... Certes tout cela a pu jouer mais il faut surtout rapprocher cet effondrement de deux autres faits : d’une part il ne faut pas faire comme si la marginalisation des Verts n’était pas celle de toute la gauche (l’extrême-gauche bien sûr mais jusqu’au PS puisque les valeurs de gauche y étaient marginalisées aussi !), d’autre part cette décrédibilisation du parti écologiste se produit paradoxalement au moment même où les problèmes écologiques commencent à être pris au sérieux par la société toute entière, y compris les partis de droite...

La gauche ne peut se tenir à l’écart de cette prise de conscience écologique et c’est sans doute un des enjeux principaux d’une refondation de la gauche d’arriver non seulement à prendre en compte ces questions écologiques mais à se reconstruire autour d’une véritable écologie-politique qui n’est pas autre chose que la continuation du socialisme par d’autres moyens. En effet, si l’écologie-politique constitue bien une nouvelle façon de faire société, avec de nouveaux biens communs, le sentiment d’une communauté de destin et d’une responsabilité collective, cette solidarité sociale renforcée ne signifie aucunement qu’il faudrait nier pour autant la division de la société ni la nécessaire résistance des dominés. Au contraire, c’est une base solide pour exiger avec plus de force encore la réduction des inégalités, pour ce qui serait une véritable écologie de gauche mais qui aura besoin d’être défendue par toute la gauche, pas seulement par une de ses composantes. La gauche y trouverait sans aucun doute un nouveau souffle pour reprendre l’offensive, une nouvelle légitimité qui pourrait rassembler le mouvement social sur un objectif à long terme. Pour le dire simplement : l’écologie-politique, c’est l’avenir de la gauche ! En effet, la leçon qu’on doit tirer de notre situation historique, c’est qu’il y a une double impasse : celle d’une écologie réduite à un parti groupusculaire, mais tout autant celle d’une gauche tournée vers le passé et sans projet, éclatée en petites chapelles sur le marché des idéologies et confinée à des stratégies purement défensives.

Une écologie de gauche

Le contraste entre la popularité de Nicolas Hulot et le score des Verts a valeur de démonstration du fait que les menaces écologiques sont reconnues désormais par une large partie de l’électorat, sans pour autant que les Verts apparaissent capables d’y répondre en quoi que ce soit ! Il ne faut pas y voir la preuve du caractère apolitique de l’écologie (le fameux ni-ni, "ni de droite ni de gauche") alors qu’il y a bien, au contraire, une écologie de droite comme il y a une écologie de gauche ! C’est juste la preuve que les Verts ne sont pas à la hauteur mais surtout que l’écologie n’appartient pas aux écologistes patentés et qu’elle est devenue incontournable, s’imposant à tous désormais comme notre réalité collective, la crise climatique matérialisant notre existence comme totalité planétaire et l’effet en retour de nos comportements collectifs. Il ne faut pas croire que ce sont les écologistes qui sont à l’origine de la sensibilité aux questions écologiques ni qu’il ne s’agit que d’effets de mode, ce sont les faits eux-mêmes dans ce qu’ils ont de plus matériel qui mettent la préoccupation écologique au centre de la vie publique. Il ne s’agit pas d’idéologie même si l’idéologie vient s’y greffer ensuite. L’écologie n’est pas une "valeur", une préférence pour la nature par exemple. L’écologie n’est pas un sentiment, c’est une prise de conscience, c’est assumer la responsabilité de l’effet de nos actions. Ce n’est pas non plus la nostalgie d’un passé originel alors que c’est tout au contraire une projection dans l’avenir et l’engagement dans un projet commun. Encore faut-il savoir lequel, ce qui devrait être l’objet justement du débat politique entre droite et gauche si la gauche n’avait perdu tous ses repères historiques ! En tout cas, il y a une chose qui apparaît de plus en plus clairement, c’est qu’on n’a pas vraiment le choix puisque, ce qui est en cause, c’est la préservation de nos conditions vitales, la préservation collective de notre existence collective !

Au-delà de Nicolas Hulot, la récupération actuelle de l’environnementalisme par le gouvernement pourrait laisser penser que l’écologie est passée à droite et du coup l’accuser d’être un truc de riches. C’est ce dont rêve la droite, sans aucun doute, dans l’illusion que le "capitalisme vert" pourrait intégrer la contrainte écologique et même relancer l’économie et la croissance, quand ce ne sont pas les tenants du libéralisme qui prétendent que le marché est un écosystème qui réglera tout à merveille tout seul ! Il y a effectivement un certain nombre de mesures urgentes qui peuvent être prises rapidement pour réduire les ravages du productivisme sans nuire à la croissance dans un premier temps mais la contradiction ne tardera pas à se faire sentir entre la logique du profit et la préservation des équilibres écologiques ou sociaux. La prise en compte de l’écologie, c’est-à-dire de tout le hors-travail et le non-économique, condamne à plus ou moins long terme le capitalisme et porte la nécessité d’un retour du politique dans l’économie mais aussi de sa relocalisation. La crise écologique est un élément supplémentaire de la critique du capitalisme productiviste, d’un libéralisme irresponsable et de la mondialisation marchande, c’est même "le plus grand et le plus large échec du marché jamais vu jusqu’à présent" selon le rapport Stern qui ne fait pourtant que proposer des mécanismes de marché pour y répondre ! Certes, on ne pourra se passer d’écotaxes, non pas tant pour internaliser les coûts que pour réduire le gaspillage et préserver les ressources rares, mais elles ne constituent pas du tout une véritable solution pour autant et pèsent surtout sur les plus pauvres. C’est une façon de réserver le droit de polluer aux riches. Pas étonnant que ce soit la voie défendue par la droite. Pour la gauche si des écotaxes sont inévitables, elles ne peuvent être acceptables sans contreparties ni alternatives. En tout cas, il est certainement stupide de prétendre que l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche, alors qu’il y a bien une écologie de droite, même si elle ne mène pas bien loin, et une écologie politique de gauche beaucoup plus ambitieuse !

L’écologie ne se réduit pas à l’environnementalisme, comme on le croit trop souvent, se contentant de corriger les effets les plus voyants du système. Au contraire, elle doit remonter aux causes et donc "remettre en cause" le système ; ce que la droite ploutocratique évitera de faire bien entendu, derrière toute sa phraséologie ! Il n’y aura de véritable écologie transformatrice que soutenue par la gauche et les couches populaires. C’est pourquoi, si l’écologie est bien l’affaire de tous, c’est surtout l’affaire de la gauche qui peut lui donner toute sa dimension, en tout cas la plus favorable au plus grand nombre, ouvrant la voie à une transformation sociale émancipatrice, de nouvelles solidarités et la construction d’un avenir commun où la gauche pourrait retrouver toutes ses valeurs. Assumer ce rôle historique en adoptant ces nouvelles perspectives, serait aussi l’occasion pour la gauche de tirer toutes les leçons de ses échecs passés et de ne plus en rester aux vieilles idéologies dépassées du siècle dernier, ni au productivisme industriel, ni à la centralisation du pouvoir. Cela devrait être l’occasion enfin de se tourner vers l’avenir et l’économie de l’immatériel.

Le discours écologiste que la gauche doit reprendre à son compte n’est pas forcément ce qu’on présente habituellement comme le discours "écolo". Rien à voir bien sûr avec l’opposition irrationnelle aux chasseurs par exemple ! Répétons-le, l’écologie n’appartient pas aux écolos ! Il y a tout de même toute une tradition écologiste qui se situe non seulement à gauche mais dans le sillage du marxisme, tout en marquant nettement leurs points de rupture, de Jacques Ellul à André Gorz. Contrairement aux idées reçues, il faut souligner à quel point les analyses de Marx ont été déterminantes dès les origines de l’écologie (le capitalisme comme productivisme, l’aliénation de la marchandise, l’abolition du salariat). L’écologie politique ne se réduit certes pas au rejet du marxisme comme certains écologistes ont pu le croire, elle en reprend plutôt le flambeau ! Une écologie de gauche ne peut qu’être révolutionnaire, engagée dans la construction d’une alternative au capitalisme ainsi qu’au salariat productiviste même si elle devra prêter une attention plus grande au qualitatif, aux spécificités locales ainsi qu’aux effets à longs terme de nos actions. Il y a continuité autant que rupture car si l’écologie vise l’épanouissement de l’individu dans son milieu naturel et social, il lui faut pour cela "changer de révolution" tout de même et notamment "penser global, agir local", comme disait Jacques Ellul.

La révolution écologiste

Les Verts ont beau s’être rangés depuis plus de 10 ans du côté de la gauche plurielle, ils n’avaient rien de révolutionnaire jusqu’à présent, c’est le moins qu’on puisse dire, il était même très mal vu d’oser parler d’écologie révolutionnaire dans leurs rangs, je peux en témoigner ! Les choses ont bien changé depuis car la reprise des thèmes environnementaux par les autres partis a montré qu’il n’y avait pas de place pour un parti écologiste réformiste, ce qui les a poussés à radicaliser leur discours, appelant à une "révolution écologiste" mais qui sonnait un peu faux, il faut bien le dire ! Les Verts qui croyaient avoir l’exclusivité de l’écologie ont dû comprendre, mais un peu tard, qu’un parti écologiste ne se justifiait qu’à défendre un véritable projet écologiste et donc, effectivement, une révolution écologiste, mais il ne suffit pas de le dire...

Si c’est toute la gauche qui doit devenir écologiste, n’est-ce pas l’existence même d’un parti écologiste qui est remis en cause ? La disparition des Verts dans un grand mouvement de gauche, n’est pas exclue, ou plutôt leur éclatement dans différentes familles politiques, mais ce n’est pas forcément le plus probable, ni le plus souhaitable d’ailleurs. Quel pourrait être le rôle d’un parti écologiste dans une gauche écologiste ? On peut penser qu’il pourrait servir utilement d’avant-garde, d’expression politique et de coordination des différents mouvements écologistes mais à condition de ne pas se réduire à un simple parti d’élus à la remorque du PS comme maintenant et d’expérimenter en son sein les solutions qu’il propose à la société toute entière. L’intérêt d’un parti écologiste devrait être, en effet, non seulement de proposer des alternatives mais de les mettre en pratique. Inutile de préciser qu’on en est loin ! Une question cruciale est trop souvent négligée, celle de notre rationalité limitée et donc de la nécessité du principe de précaution et de la construction de l’intelligence collective, ce qu’on peut appeler une démocratie cognitive (non pas une "démocratie populaire" formellement "majoritaire" et qui pourrait décider soi-disant de tout au nom d’une prétendue "volonté générale", encore moins une démocratie des experts plus ou moins indifférents au sort des citoyens mais une démocratie des gens, des minorités, des droits de l’homme, du respect et de la qualité de la vie). C’est ce que les Verts pourraient tenter d’initier en articulant mouvement écologiste et parti. En tout cas, une refondation des Verts est inévitable et ne pourra se faire que sur un projet concret d’alternative, question qui concerne toute la gauche cette fois.

Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. Une alternative effective doit répondre aux contraintes écologiques ainsi qu’aux aspirations sociales mais tout autant aux exigences de l’ère de l’information qui s’ouvre devant nous. Or, il n’y a pas de milliers de façons de prendre en compte à la fois l’écologie, avec la relocalisation des échanges, et l’économie de la connaissance, avec le développement humain. Il ne s’agit pas de prétendre tout réinventer comme si ces questions n’avaient pas été abondamment discutées depuis longtemps mais on peut s’étonner quand même du nombre restreint d’alternatives écologistes effectives. J’en ai dénombré 4 principales (productivisme durable, productivisme bridé, décroissance, production alternative) avec une mesure phare dans chaque cas : écotaxes, RTT, relocalisaton, revenu garanti. La première, trop libérale, ne peut faire plus que limiter les dégâts, c’est l’écologie de droite, pas vraiment alternative ! Les partisans de la réduction du temps de travail et des consommations se heurtent rapidement aussi au productivisme du système qu’ils voudraient seulement réduire, sans offrir d’alternative au capitalisme salarial. La décroissance est un mot d’ordre utile, derrière lequel il y a toutes sortes d’utopies un peu trop volontaristes, moralisantes ou même pires, mais qui insistent avec raison au moins sur la relocalisation de l’économie. Leur faiblesse au-delà de l’utopie un peu floue, c’est de ne pas intégrer du tout la révolution informationnelle.

La dernière alternative est la seule qui tient compte des transformations du travail à l’ère de l’information avec la revendication d’un revenu garanti. Il faut se persuader qu’il n’est pas possible d’attendre du marché qu’il règle magiquement nos problèmes mais pas plus qu’il serait possible de déterminer les besoins sociaux à l’ère de l’information et du travail immatériel où l’autonomie de l’individu devient si essentielle ! Cette alternative, qui me semble la seule vraiment sérieuse (bien qu’elle ne soit pas suffisamment prise au sérieux !), a été dessinée dans ses grandes lignes par André Gorz qui vient tout juste de nous quitter. Précurseur de l’écologie politique dans l’après Mai68, d’une écologie politique de gauche et anticapitaliste, héritière du marxisme et attentive aux conditions de travail, il sera toujours resté fidèle à la classe ouvrière malgré ses "adieux au prolétariat" un peu prématurés. C’est surtout dans "Misères du présent, richesse du possible" (1997) qu’il définira précisément les termes de l’alternative écologiste à l’ère de l’immatériel, rejoignant les propositions les plus innovantes de Jacques Robin et de Transversales pour une économie plurielle : revenu garanti, coopératives et monnaies locales... Il ne fait pas de doute que ces propositions qu’il faudrait détailler un peu plus ne paraissent pas assez crédibles, bien trop différentes des revendications habituelles du mouvement social ! Ce ne sont pourtant pas des propositions utopiques issues d’imaginations un peu trop fertiles, ni des résurgences proudhoniennes, ce sont des pratiques effectives, les enjeux du moment, ainsi que les conditions d’une économie plus immatérielle et moins productiviste. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est à la fois ce qui est possible et nécessaire.

Il y a d’abord le revenu garanti, défendu par bien d’autres comme Toni Négri ou Yann Moulier-Boutang mais qui reste difficile à admettre. C’est presque en contrebande qu’il insiste à travers de nombreuses luttes éclatées (retraités, chômeurs, travailleurs pauvres, précaires, intermittents du spectacle, rmistes, salaire étudiant, handicapés, etc.) et dans de nombreux pays (le Brésil en a le projet au moins). Comme tout le monde, André Gorz a d’abord été choqué par cette idée folle d’un revenu sans contrepartie, idée folle dans l’ancien monde sans aucun doute mais qui s’impose désormais pour assurer non pas seulement une véritable "sécurité sociale" mais bien donner les moyens d’un "développement humain" de plus en plus central. Le revenu garanti unifiant toutes ces luttes non seulement créerait de nouvelles solidarités mais inverserait le rapport de force en donnant les moyens de changer le travail et de sortir du salariat productiviste au profit du travail autonome et de la relocalisation de l’économie.

Il ne faut pas croire que le revenu garanti serait destiné à ne rien faire, il est destiné à assurer une continuité de revenu mais surtout à donner les moyens de valoriser ses compétences et d’assurer une production alternative au système marchand, ce pourquoi il faut des structures collectives destinées à faciliter le travail autonome et le rendre accessible à tous, avec toutes les protections sociales mais très loin d’un travail de fonctionnaire. C’est ce que j’ai appelé, en m’inspirant de Bookchin, des coopératives municipales, destinées aussi à dynamiser les échanges locaux, un peu comme les SEL (Systèmes d’Echanges Locaux).

Il s’agit en fait de prendre la question à l’envers de la planification socialiste, en partant du travailleur lui-même et non de la consommation ou des besoins sociaux, pour essayer de passer du travail forcé au travail choisi, favoriser la créativité, la formation, le travail autonome en lui procurant toutes les protections sociales, jusqu’à un revenu garanti, s’occuper enfin de "changer le travail pour changer la vie" et ne plus perdre sa vie à la gagner ! A condition d’avoir les institutions qui le permettent, cette écologie du travail pourrait offrir une alternative au salariat productiviste et constituer une véritable libération des nouvelles forces productives immatérielles en même temps que l’accès à un travail plus épanouissant pour tous. Cela constituerait, on en conviendra, un progrès indéniable de la qualité de la vie ! Partir des hommes eux-mêmes et de leur vie quotidienne permet de retrouver concrètement les questions écologiques liées à leur milieu. C’est ainsi que le travail autonome se révèle indissociable d’une relocalisation de l’économie au profit des échanges de proximité, constituant bien la base d’un véritable système de production alternatif, plus écologique et adapté à notre époque.

Ce sont les monnaies locales qui sont les meilleurs instruments d’une relocalisation de l’économie, réappropriation politique de la monnaie, au niveau local, et permettant une nouvelle forme d’économie publique, territorialisée. Non seulement, ce n’est pas impossible mais la monnaie solidaire SOL est opérationnelle depuis peu et peut être utilisée dès maintenant ! Cette importance donnée au local est sans doute une des plus grandes ruptures avec la gauche traditionnelle, mais qui a déjà été amorcée par l’altermondialisme avec la poursuite de changements globaux fondés sur des alternatives locales. L’écologie politique se caractérise par le souci du réel le plus concret, la nécessité de dynamiser les échanges locaux et de raccourcir les circuits de distribution, ce qui va de pair avec une revivification de la démocratie locale et de la "commune". C’est un renversement de perspective là aussi, et qui ne va pas de soi, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que c’est uniquement par le local qu’on pourra développer le local, c’est à partir du local qu’on pourra équilibrer la globalisation, c’est enfin à partir du local qu’on peut agir sans attendre, et construire dès à présent des alternatives locales à la mondialisation marchande. Cela n’exclut pas un mouvement plus ample dans lequel ces alternatives s’inscrivent et qui leur donne sens, mais cette fois selon un processus qui part de la base (bottom-up) et non pas imposé d’en haut (top-down). Il ne s’agit pas du tout d’utopie mais bien de ce qui est faisable ici et maintenant. Non seulement de ce qui est faisable, mais ce qu’il faut absolument faire ! Ainsi, même si c’est hautement improbable, les prochaines municipales pourraient être l’occasion pour les écologistes, voire pour toute la gauche, de commencer la révolution par les communes...

L’avenir de la gauche (retour vers le futur)

Pour une large part, la victoire de la droite n’est due qu’à la faiblesse de la gauche, son absence d’alternative plus que de mobilisation, et si la gauche retrouvait une légitimité dans l’opinion, si elle avançait des propositions crédibles, rien ne lui résisterait... En attendant, elle donne le spectacle de la plus grande division sans pouvoir renouveler son discours ni s’opposer au pire. Il est certes très important de parler de refondation de la gauche mais la recomposition n’est pas une affaire d’appareils comme on feint de le croire, c’est bien plus une recomposition théorique, une refondation idéologique, une confrontation avec les bouleversements de notre temps et la reconstruction d’un projet collectif. Il ne suffira pas d’un accord au sommet ni d’alliances de circonstance, il faut tout repenser. On peut même dire que c’est parce qu’il faut bousculer nos représentations et nos habitudes de pensée que la tâche est si désespérée, l’idéologie a une fonction d’inertie considérable même si tout peut s’accélérer sous la pression des événements.

En fait de refondation de la gauche, il semble que la plupart du temps cela ne signifie guère plus que tout garder (revenir aux fondamentaux, à la pureté du dogme) ou tout perdre (renoncer aux principes, passer à l’ennemi) alors qu’il faudrait apprendre à penser autrement dans un monde qui se transforme de façon de plus en plus accélérée, où nous sommes devenues responsables de la totalité du monde, du climat planétaire et de la biosphère, dans un monde limité où les ressources ne sont pas inépuisables mais où nous devons apprendre à vivre ensemble, en préservant notre avenir ou plutôt en le construisant collectivement. Il semble impossible à l’écologie-politique de ne pas se ranger du côté de l’alternative et de l’anticapitalisme, mais cela n’a aucun sens si ce n’est pas la gauche toute entière qui s’en empare. Le destin de l’écologie-politique ne peut être séparé des autres forces transformatrices car si elle a bien vocation à devenir toute la gauche, cela veut dire surtout que c’est toute la gauche qui doit intégrer cette dimension écologique et se tourner à nouveau vers le futur au lieu de rester vainement accrochée au passé...

Non seulement il faut tout repenser à partir de la question écologique mais c’est la production aussi qui doit être complètement repensée à l’ère du numérique, de l’automatisation et du travail immatériel. Cela fait beaucoup mais l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain correspond effectivement à de grands bouleversements dans l’organisation productive, bouleversements qui commencent à peine et devraient se traduire notamment par une indispensable relocalisation de l’économie afin d’équilibrer la globalisation marchande mais aussi par l’exigence d’un travail choisi et le souci de la qualité de la vie. On comprend que ces bouleversements idéologiques soient bien difficiles à digérer mais ils ne sont qu’une conséquence de transformations matérielles déjà effectives et de la nécessité de nouveaux rapports de production plus adaptées aux nouvelles forces productives. L’admettre serait la condition pour ne pas en rester aux revendications traditionnelles trop en décalage avec la réalité actuelle. Il ne suffira pas d’y ajouter un peu d’écologie, ce qu’il faudra c’est bien changer complètement de point de vue !

Les difficultés pour dépasser les anciennes idéologies et les organisations actuelles semblent plus qu’insurmontables. Les changements de culture, de perspectives et d’organisations sont trop importants. Inutile, en tout cas, d’attendre de tels changements d’accords au sommet. Par contre, c’est peut-être au niveau des alliances locales qu’une reconstruction pourrait s’avérer possible, c’est à ce niveau que la confrontation avec la réalité peut convaincre les militants de différentes origines de la justesse de propositions et des possibilités concrètes d’alternative, ici et maintenant, dans le cadre du capitalisme mondialisé et malgré les contraintes européennes mais sous la pression de plus en plus impérative des contraintes écologiques. Peu importe au fond que tout cela ne paraisse guère convaincant pour l’instant car il ne s’agit pas d’un débat théorique mais d’une confrontation au réel et de possibilités pratiques à expérimenter. Dans le désastre actuel, on ne peut que se détourner d’un pouvoir central dont on ne peut rien attendre de bon, et se replier sur le local, ce qui pourrait constituer notre chance. Pour cela il faudrait du moins arriver à se regrouper localement, à l’occasion des prochaines municipales par exemple, essayer de refaire communauté et réapprendre à vivre ensemble avec nos différences, un retour de la commune et de la fédération plutôt que des partis...

(Nouvelles Fondations no 7/8, novembre 2007, article repris sur http://www.naturavox.fr)

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30/10/07

« L’intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux »

Propos recueillis par Nicolas Weill | LE MONDE | 14.07.07

Par Alain Badiou

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?

Comme la véritable fin de la forme française de l’après-guerre  : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c’est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l’idée prudente est qu’il vaut mieux ne rien faire. L’élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n’étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l’extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national. Hormis les antiques maximes de la réaction « C’est très bien d’être riche », et « Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent », le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s’ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour « s’occuper » des affaires de ces gens-là  ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n’a pas été l’élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l’intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l’Etat et enterré l’"exception française". D’où la déconfiture totale de la gauche et de l’extrême gauche, cramponnées au consensus d’après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d’être désormais des réactionnaires classiques « sans hésitation ni murmure », comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l’adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l’après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l’intellectuel de gauche. Nous allons assister - ce à quoi j’aspire - à la mort de l’intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

Vous êtes, depuis la parution de Circonstances, 3. Portées du mot « juif » (Lignes, 2005), au coeur d’une polémique intellectuelle à propos de vos positions sur Israël que certains pensent favorables à sa disparition. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que cette polémique, si on la prend à son niveau le plus consistant et le plus élevé, tourne autour de la question de l’universel. Quel est le rapport entre le mot « juif » dans toute son extension, sa résonance historique et intellectuelle, et l’universalité émancipatrice ? L’universalisme subit une attaque de droite qui maintient qu’il faut revenir aux nations, aux traditions, à la religion, à la morale des familles, etc. Mais il doit compter aussi avec une attaque de gauche qui soutient que l’universalisme abstrait a toujours été une forme d’impérialisme intellectuel et qui pense que les identités sexuelles, raciales ou communautaires doivent être défendues. Contre quoi ? Eh bien, finalement, contre l’abstraction du marché. Dans ce débat, j’estime occuper une position médiane, même si j’ai la dent dure. Je m’oppose à la défense traditionaliste des identités morales, nationales ou religieuses, mais aussi à la défense moderniste qui prétend faire des identités le coeur de l’opposition politique au capitalisme mondialisé. Tel est le contexte dans lequel j’aborde la question du mot « juif ».

Pourquoi réduisez-vous la question à un mot ? N’est-ce pas une réalité ?

Bien sûr ! « Français » aussi... Mais « être français » ne m’empêche pas d’être d’origine africaine, ou aristocrate héréditaire, ou à moitié allemand, ayant telle ou telle idée de mon pays, héritier de la Révolution française ou au contraire fétichiste d’un terroir... Sous le mot, de valeur variable, on trouve une multiplicité infinie. Je polémique contre ceux qui disent que « juif » est un nom, et non pas un mot, c’est-à-dire ceux qui soutiennent que le mode de rassemblement que ce nom forme est unifié et absolument irréductible à tout autre. A mon avis, cela n’est soutenable que si intervient la transcendance divine. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on peut soutenir que « juif » est un nom, parce qu’il s’inscrit dans l’espace d’une élection : « juif » est le nom de l’Alliance. Je soutiens, comme le fait de façon cohérente Levinas, qu’il n’est pas possible de maintenir cette exception nominale sans l’appui de la religion. Ma cible n’est en réalité ni le sionisme, ni l’existence de l’Etat d’Israël, ni même un certain type de relation entre l’identitaire et l’Etat. Je critique une instrumentation idéologique du mot « juif » dans la polémique intellectuelle, spécialement en France, à des fins que je crois liées à la vague réactionnaire dans laquelle nous sommes plongés depuis près de trente ans. Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l’universel, devenir l’emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines. Je constate, avec une vraie douleur, que toutes sortes de gens dont j’ai été proche, parfois de chers amis, qui vers 1970 gravitaient autour du maoïsme révolutionnaire, ont pratiqué peu à peu la référence au mot « juif » et à l’Etat d’Israël comme un support pour quelque chose de politiquement et d’intellectuellement plus vaste, que l’on peut appeler la réinsertion dans l’Occident. Par « Occident », je veux dire l’ensemble des pays développés et « démocratiques », leur puissance et leur mode de vie jugé supérieur. Le traumatisme inouï qu’a été l’extermination des juifs d’Europe dans les chambres à gaz du nazisme rend cette instrumentation redoutable, parce qu’elle sidère la pensée, l’immobilise dans une mémoire conservatrice.

On vous accuse de vous attaquer à la mémoire de la Shoah, ou du moins à ses usages. Est-ce parce qu’elle a servi l’itinéraire que vous dénoncez ?

Je pense que la promotion des massacres et des victimes comme seuls contenus intéressants de l’Histoire est liée à un processus profond de dépolitisation. Examiner toutes les situations exclusivement à travers des catégories morales conduit à l’impuissance politique. D’autre part, je ne pense pas que la mémoire soit une bonne catégorie si l’on désire la non-répétition des désastres, parce que cette non-répétition suppose un jugement rationnellement constitué sur ce qui s’est passé. Une mémoire émotive fondée sur l’horreur et ses images est en réalité ambivalente. Distinguer entre ce qui relève de l’émotion de répulsion et l’émotion de fascination est très difficile. Oui, je me méfie de la mémoire. Tout autant de la mémoire des atrocités coloniales ou du stalinisme que de la mémoire du nazisme. L’intelligence politique et historique doit universellement remplacer la douteuse mémoire, proie désignée des propagandes.

C’est en ce sens que vous suggérez dans Circonstances, 3 d’oublier l’Holocauste ?

Cette phrase, dont je veux rappeler qu’elle figure dans un entretien avec le journal israélien Haaretz, était, vous vous en doutez, d’une imprudence calculée : elle ne pouvait se comprendre que dans le contexte, traitant des conditions de possibilité d’un dialogue entre Palestiniens et Israéliens. La phrase suivante précise aussitôt qu’un tel oubli est évidemment impossible.

N’est-ce pas la mémoire de la Shoah qui conserve, au moins en Occident, sa légitimité à l’Etat d’Israël ?

Que les choses soient claires : je n’ai jamais pensé que le destin des Israéliens était d’être jetés à la mer. Je ne crois pas non plus que la question des frontières d’Israël soit au coeur du problème. De l’intérieur d’une situation assumée, autrement dit en déclarant que l’installation de centaines de milliers de juifs à cet endroit-là est irréversible, j’estime que l’idée régulatrice, pour le devenir de la région, ne peut être que la vie mêlée des Palestiniens et des Israéliens sur une même terre. J’ai toujours pensé que la formule d’"Etat juif" était une formule périlleuse. Aujourd’hui, les politiques émancipatrices veulent que les nationalités et les Etats ne soient pas exclusivement définis en termes identitaires ou raciaux. Au minimum : le droit du sol contre le droit du sang. Israël sera nécessairement pris dans ce devenir, où l’universel s’établit peu à peu là où régnait la particularité.

Cela vous paraît mettre en question la légitimité d’Israël comme Etat juif ?

Vous savez, j’ai certainement écrit des choses beaucoup plus violentes contre la France que contre l’Etat d’Israël ! Le sionisme peut être inscrit dans une dimension coloniale, mais aussi dans une dimension révolutionnaire. Il a combiné les deux aspects, c’est ce qui en fait un phénomène singulier. Que des gens qui se désignaient au sein des nations européennes comme une minorité particulière de caractère national - la minorité juive - aient voulu trouver un lieu où réaliser territorialement cette identité sous la forme d’un Etat est une réalité historique qui, comme toute autre réalité de ce genre, n’est ni légitime ni illégitime. Ce que je ne crois pas raisonnable, c’est que cette aventure soit mise en exception des aventures nationales du même ordre, voilà tout.

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Posté par Alain 3 à 23:13 - Gauches - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Traité européen: la décomposition de la gauche du PS

« Sarkozy nous a tendu un piège » dit le fabiusien Bacheley à propos du nouveau traité « simplifié » remplaçant feu le TCE. C’est une mauvaise plaisanterie : Sarkozy n’a tendu aucun piège au PS puisqu’il ne fait que mettre en œuvre, à la lettre, ce qu’il avait annoncé dans sa campagne électorale. On peut reprocher beaucoup de choses au nouveau président de la république, mais certainement pas d’être infidèle à ses promesses, sur la question européenne comme sur les autres questions. Le seul responsable de ce prétendu « piège » est le parti socialiste lui-même.

Les choses sont en effet très simples : le programme du PS (congrès du Mans) et le programme de la candidate Royal disaient clairement : tout nouveau traité doit être soumis au référendum. A l’unanimité, les socialistes se plaignent du « déficit démocratique » dans la construction de l’Europe. La logique voudrait donc que les socialistes fassent tout leur possible pour contraindre Nicolas Sarkozy à organiser un référendum sur le traité simplifié. Et le seul moyen de le faire est de voter « non » à la révision constitutionnelle préalable à l’adoption du traité par le Parlement. Personne ne demande donc aux socialistes de renoncer à leurs convictions. Les adeptes du traité « relifté » pourront voter « oui » au référendum et même convaincre leurs concitoyens que c’est une bonne chose.

Au lieu de suivre cette logique et cette honnêteté élémentaire, les dirigeants socialistes ont décidé d’apporter un soutien décisif à Nicolas Sarkozy. Les Jouyet, Besson, Kouchner, Bockel and Co ne suffisaient pas. C’est maintenant tout le gratin de la rue de Solferino qui rallie le président sur cette question décisive : la mise hors jeu de la volonté populaire, la liquidation de l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui stipule que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ».

En effet, Moscovici, Poignant et une vingtaine d’autres hiérarques ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteraient « oui » au parlement, oui à la révision et oui au traité. Mme Royal leur a emboîté le pas. Rien de plus normal, la droite socialiste, ces socialistes de droite qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux prétendus « sarkozystes de gauche » font bloc avec leurs maîtres, la bureaucratie européiste, les rois de la finance, les spéculateurs, profiteurs, agioteurs et autres exploiteurs pour qui la construction européenne est un moyen indispensable pour liquider toutes les conquêtes sociales et tout ce qui reste de service public.

Mais le plus inquiétant ne vient pas de ces gens qu’on connaît bien et qui sont la honte du socialisme, à l’égal de leurs compères, les Blair et Brown, les dirigeants italiens noyés dans le PD de Prodi, les SPDistes collaborateurs de Mme Merkel, etc. Non, le plus inquiétant vient de tous ceux qui se proclamaient la « vraie gauche », ceux qui avaient dit « non » en 2005 et qui, les uns après les autres retournent leur veste. Les fabiusiens et une partie du NPS (Hamon) veulent conjurer le spectre de la division du PS et proposent l’abstention, ce qui revient ...à dire « oui » à Sarkozy. Courageux et intransigeant en parole, Emmanuelli, comme à son habitude, fait demi-tour quand il y a une bataille à livrer et propose de ne pas prendre part au vote, histoire de laisser M. Sarkozy en paix. Et, last but not least, Vincent Peillon, autre ex-leader du « non » socialiste, appelle purement et simplement à voter « oui » ! Avec un sens de l’absurde assez déconcertant, cet ex-professeur de philosophie prétend qu’il faut dire oui quand on a dit non... Une chance qu’il n’enseigne plus !

Qui reste en lice ? Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez. Un sénateur et un député et quelques autres militants et dirigeants. Cela paraît bien mince. Mais après tout, mieux vaut être seul que mal accompagné. Mais ces derniers socialistes ayant un peu d’honneur ne pourront rester éternellement à maugréer contre les importants et les belles gens, comme dit Mélenchon, sans devenir les faire-valoir de ceux qu’ils critiquent. Il faudra qu’ils tirent la conclusion qui s’impose : le PS ne peut plus être un outil de lutte, de représentation politique ou de réformes sociales. Si ce parti explose et disparaît de la scène, ce sera la meilleure chose qui puisse arriver à la gauche de ce pays. Et ainsi la voie se libérera pour la construction d’un nouveau parti socialiste et républicain.

Denis Collin

Source : La sociale www.la-sociale.net

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12/10/07

Il manque à la gauche..., par Anicet Le Pors

Ancien ministre communiste, Anicet Le Pors n’est plus membre du PCF. Très impliqué et actif sur des questions centrales posées à la société - droit d’asile, services publics, laïcité, citoyenneté… -, il estime que les outils du passé ne permettent pas d’analyser les contradictions du présent.

Ministre communiste du gouvernement Mauroy de 1981 à 1984, vous avez conduit une importante réforme du statut de la fonction publique : élargissement aux fonctions publiques hospitalière et territoriale, création d’une nouvelle voie d’accès à l’ENA… Comment jugez-vous les orientations actuelles concernant la fonction publique ?

Anicet Le Pors. C’est un moment très important car les dernières décennies ont été, dans leur ensemble, marquées par l’affirmation d’une conception, historiquement très forte en France, de la fonction publique comme coeur de la notion de service public. Après le premier statut démocratique des fonctionnaires de 1946 - je passe sur les réformes de 1959 qui n’ont pas bouleversé le paysage -, notre souci en 1983-1984 a été d’élargir la fonction publique à d’autres secteurs que ceux de l’État et de la moderniser en profondeur. La régression que nous vivons aujourd’hui a été initiée notamment lors des périodes de la droite au pouvoir, sans que la gauche revienne sur ces atteintes lorsqu’elle y revenait. On se plaint qu’il n’y ait pas assez de mobilité entre fonction publique de l’État et fonction publique territoriale, mais c’est le résultat de la loi Galland de 1987 qui les a éloignées l’une de l’autre.

Il y a eu aussi la suppression de la troisième voie d’accès à l’ENA réservée aux syndicalistes, aux élus et aux dirigeants associatifs, une réforme emblématique qui avait provoqué beaucoup de réactions parce qu’elle s’attaquait à l’élitisme bourgeois. Aujourd’hui, il s’agit d’un véritable coup de force. Le pouvoir veut s’appuyer d’une part sur les progrès d’une mondialisation libérale qui ne peut manquer de déteindre sur notre vie intérieure et d’autre part sur le modèle dominant en Europe. Ainsi l’Allemagne a 700 000 fonctionnaires (contre 5,2 millions en France). Mais, dans les Länder, notamment, travaillent beaucoup d’employés sous contrat qui seraient chez nous des fonctionnaires. Le gouvernement français actuel veut nous aligner sur cette conception d’une fonction publique cantonnée aux fonctions régaliennes : administration centrale, justice, armée, affaires étrangères. À partir d’un rapport du Conseil d’État de 2003, le contrat tend à être promu « source autonome du droit » dans la fonction publique. En bref, le contrat contre le statut. Une idée reprise par Nicolas Sarkozy lorsqu’il dit que le fonctionnaire devrait pouvoir choisir. Car personne n’est assez imprudent pour annoncer la suppression immédiate du statut. Simplement, il est mis progressivement en extinction. Comme à La Poste ou à France Télécom.

Dans une tribune récente, vous parlez de forfaiture…

Anicet Le Pors. Dans une autre tribune, pour l’Humanité, j’ai aussi parlé de dérive bonapartiste en montrant, avec une série d’exemples, que Nicolas Sarkozy s’affranchit de grands principes républicains pour définir de manière discrétionnaire le mandat qu’il prétend avoir reçu du peuple français. L’exemple souvent cité est celui de l’article 20 de la Constitution : le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il est clair qu’il n’est pas prévu que le président de la République joue aussi le rôle de premier ministre. Ce qu’il a pourtant décidé de faire. Et il s’arroge le droit de dire ce que doit être la « révolution culturelle » dans la fonction publique, dans les services publics. Pourquoi est-ce une forfaiture ? Parce que je conteste qu’il ait reçu mandat du peuple français pour s’attaquer à une pièce essentielle du pacte républicain. Il a décidé que le contrat prendrait la place du statut sans concertation, sans que la représentation nationale se soit jamais exprimée sur le sujet.

Le terrain n’a-t-il pas été préparé par des renoncements de la gauche ? La privatisation de France Télécom, le fameux « il faut dégraisser le mammouth »…

Anicet Le Pors. Je pense que nous sommes dans une situation de décomposition sociale. Je me rattache à une analyse de René Rémond disant que le XXe siècle a été un siècle communiste. Il entendait par là, que dans cette période allant de 1917 à 1991, une partie de l’humanité avait voulu maîtriser son destin et imprimer un puissant volontarisme dans la conduite des affaires du monde et la domination de la nature. Cela a échoué… Nous avons été marqués, singulièrement en France, par cette épopée prométhéenne. Le dernier exemple est le programme commun (1). Volontariste, structuré, cartésien, il correspondait à cette manière de voir et de penser. Il ne fait pas de doute que la domination du Parti communiste sur la gauche depuis la Libération a profondément déterminé la vie politique durant ces décennies. Aujourd’hui, nous vivons ce qu’on appelle une perte de repères, une phase de transition, qui peut être longue et où nous n’avons que les outils du passé pour analyser les contradictions du présent. Quels sont ces repères perdus ? L’État nation n’a plus la consistance, la fascination qu’il a eues dans la première moitié du XXe siècle. Mourir pour la patrie ne se proclame plus. Et si je reste attaché à l’État nation, il faut le saisir dans ses relations internationales. Ensuite, c’est l’analyse en termes de classes. Non pas que les classes aient disparu, mais elles se sont technicisées, stratifiées. Mineurs, métallos, dockers ne constituent plus des blocs. Et on ne peut en faire une somme dotée de caractères clairs et identifiants, permettant de parler de classe ouvrière comme autrefois. La bourgeoisie s’est, elle aussi, technicisée avec des gens dont le rapport au capital est complexe et opaque. Or l’inscription dans le mouvement de la classe ouvrière était le moyen, pour les travailleurs, de se doter d’une citoyenneté de combat, d’exister socialement avec des valeurs propres. Un troisième facteur concerne les mutations spatiales : l’urbanisation, le développement des transports… On n’en est plus à l’affiche du village tranquille de François Mitterrand dans sa campagne présidentielle de 1981. Et il faut ajouter la prise de conscience de l’écologie, de la finitude de la planète. Pour la première fois dans l’histoire du genre humain existe ce sentiment de la saturation de l’espace et, partant de là, celui d’une unité de destin. Quatrième dimension, les moeurs : familles, couples, recompositions, tout cela bouge beaucoup. Enfin, et je reviens par là à la question des renoncements de la gauche, nous vivons un effondrement idéologique. C’est peut-être le plus important.

Effondrement idéologique, c’est plus que des renoncements…

Anicet Le Pors. Je reste très imprégné du marxisme mais on ne peut pas transposer aujourd’hui les catégories que Marx a créées au milieu du XIXe siècle, non seulement s’agissant de la notion de classe, mais à travers le mécanisme d’exploitation qui a changé dans sa dimension et ses mécanismes. C’est pourquoi je ne m’inscris pas dans les efforts du type d’Actuel Marx, Espaces Marx… Je pense quy a là un reste de fétichisme. L’effondrement idéologique touche aussi la social-démocratie. Dans tous les pays qui s’en réclament, l’État providence est à bout de souffle. Quant au libéralisme, il n’a pas de théorie. La théorie néoclassique qui, à la fin du XIXe siècle, a semblé susceptible d’expliquer le capitalisme et son évolution a perdu depuis longtemps toute pertinence.

Les économistes libéraux sont devenus pragmatiques, ils étudient le cours des Bourses, les statistiques et théorisent très peu. Mais les libéraux n’en ont pas besoin. Le choix de thèmes comme « travailler plus pour gagner plus », sur lesquels ils font de la com, leur suffit. Le marché fait le reste, c’est-à-dire l’essentiel. Il existe ainsi à cet égard une dissymétrie entre la droite et la gauche. La gauche ne peut prospérer que sur la base d’une compréhension théorisée du monde et de sa traduction dans un projet politique. Si elle est en faillite aujourd’hui, c’est parce qu’elle a perdu cette dialectique antérieure, cette aptitude à élaborer des constructions fondamentales, la dernière étant probablement le programme commun. Au-delà, elle nourrit même une certaine culpabilité. Un exemple caractéristique : la hantise d’être taxé d’étatisme. De crainte d’être assimilé au modèle soviétique, on ne fait plus de différence entre étatisme et État, et, partant, entre étatisme et services publics. On nous explique, par exemple, que la « désétatisation » d’Air France n’est pas une privatisation. Plus question de propriété, on parle de pôle. Mais qu’est-ce qu’un pôle public ? Quel champ couvre-t-il ? Quels sont les instruments appliqués ? Quelle en est la signification, l’orientation ? Ce laisser-aller sur des questions idéologiques fondamentales est une erreur grave.

Vous préférez parler de nationalisation ?

Anicet Le Pors. On ne peut évidemment rester sur le terrain de la nationalisation au sens de 1946 ou 1972. Il convient en la matière d’aller vers quelque chose qui est inévitablement plus compliqué mais tout aussi nécessaire que par le passé. Du fait de la mondialisation, qui n’est pas seulement marchande mais aussi culturelle, de communication, d’échange, se posent des problèmes nouveaux. Ils pourraient, si on leur apportait des réponses adéquates, ouvrir un âge d’or des services publics dans le monde. La question de l’appropriation sociale au niveau international et mondial de l’eau, de ressources du sous-sol, de certaines activités productrices ou de services devrait être posée avec beaucoup de conviction. Kant dit que la terre étant une sphère, tous les hommes ont un droit égal à se trouver à tel ou tel endroit. Cela ne conduit pas à nier les contraintes étatiques et économiques, mais il faut se mettre dans l’optique que l’appropriation sociale a un grand avenir.

Quel regard portez-vous sur l’état de la gauche ?

Anicet Le Pors. La décomposition sociale, la perte des repères dont je parlais ne caractérise pas seulement la gauche mais l’ensemble de la société. La gauche est plus affectée en raison de l’impératif de construction qui généralement la caractérise, et comme le Parti communiste était le plus théoricien, le plus constructif, organisé, structuré, c’est lui qui subit avec le plus de violence ce retour de l’histoire. C’est pourquoi il ne sait plus où il est. C’est vrai aussi pour le Parti socialiste. L’un des intérêts de sa campagne a été de révéler son vide idéologique. Maintenant des socialistes disent qu’il faut revenir aux fondamentaux. Fort bien, mais lesquels ? Je ne crois pas à l’ouverture d’une perspective immédiate. Il faut se mettre dans le temps long de l’histoire. Nous sommes dans une crise de civilisation sans trop savoir quelle sera la nature de celle à venir. Que faut-il faire ? Dans la mesure où les repères fondamentaux n’existent plus, l’intérêt de la crise est de renvoyer chacun vers sa propre responsabilité. Et comme on n’a plus de systèmes globaux auxquels adhérer, qu’il s’agisse de l’État providence ou surtout du marxisme, c’est à chacun de reconstruire son être politique. Cela suppose un travail dans deux directions. La première : essayer de comprendre les contradictions dans lesquelles nous vivons. Voir quelle est la nature de cette mondialisation sans l’analyser systématiquement comme un phénomène entièrement négatif, exclusivement dicté par le capital international. Elle est cela, mais elle est aussi complexe, multiple et porteuse du destin du genre humain. Nous qui étions les internationalistes les plus éminents, nous devrions trouver là l’espace de création d’une pensée. Deuxième voie de recherche : quel héritage conserver, comment lui donner sens en le mettant en forme et en essayant d’en faire un investissement pour les temps à venir. Par exemple la laïcité est à la fois un héritage et un investissement. Idem pour le service public, nos conceptions de l’asile, des institutions. Le concept de citoyenneté peut fédérer cette démarche.

Dire à chacun de construire son être politique ne permet pas de répondre aux urgences et renvoie à une démarche très individuelle…

Anicet Le Pors. Quand je dis qu’il faut que chacun se reconstruise, c’est sur le plan idéologique de la manière que je viens d’indiquer. Bien entendu il faut être inscrit dans le réel. Personnellement, je fais partie d’une quinzaine d’associations sur les questions de l’asile, de la fonction publique, du service public et autres. Ce sont quinze engagements personnels dans la société telle qu’elle est. C’est mon génome de citoyenneté. Mais comme les partis sont discrédités, on va où on peut.

Ce discrédit est-il durable ?

Anicet Le Pors. Je pense que oui. Les partis ne pourront renaître que sous une forme à inventer, très différente. Mais, pour l’instant, souhaiter leur disparition serait irresponsable.

Et, selon vous, nous n’en sommes pas à l’invention ?

Anicet Le Pors. Le fait de renvoyer vers le citoyen sa responsabilité civique est très novateur. Dans l’ancienne manière de faire de la politique, un communiste était peu tenté de s’interroger sur sa responsabilité propre, de développer un esprit critique. Cela a conduit aux pires erreurs. Aujourd’hui la situation est inverse, on est renvoyé vers son moi. Et le problème est celui de la recherche d’une nouvelle centralité. Comment la recréer à partir de l’atomisation des citoyens ? Ce n’est pas simple à concevoir. Mais c’est très intéressant.

Dans ces conditions, comment voyez-vous les prochaines batailles, par exemple électorales ?

Anicet Le Pors. Il faut faire pour le mieux. Je le répète, ce qui manque aujourd’hui à la gauche, c’est une pensée. Je crois beaucoup aussi à l’événement. Il est peut-être plus proche qu’on ne peut l’imaginer. Un aventurier comme Sarkozy peut être celui qui risque de le créer.

Vous avez dit du communisme : le mot n’emporte pas la chose. Qu’entendez-vous par là ?

Anicet Le Pors. Dans l’absolu c’est un beau mot, il ne faut pas le sacrifier, mais il ne suffit pas de le prononcer pour exprimer une vérité ou une solution. Il y a des fondamentaux dans le communisme : le sens de la justice sociale, de la communauté de destin, de la fraternité… On peut à l’inverse y rattacher des idées d’une plate généralité. C’est un mot qu’il faut protéger. Je ne supporte plus les déclamations autour du mot lui-même, surtout lorsque cela recouvre des abandons de fond caractérisés. C’est un peu étrange que ce soit moi qui dise qu’il ne faut pas l’abandonner. Pour le sauvegarder, il faudrait avant tout avancer des raisons tangibles, pouvoir dire quelles en sont les fortes justifications, avoir suffisamment travaillé à cela. Si on est vide idéologiquement, dans les propositions, il ne reste que le mot. Et il en subit forcément le préjudice.

Vous caractérisez la période actuelle comme celle d’une décomposition et à la fois vous vous refusez « à nourrir le pessimisme ». Où puisez-vous ce relatif optimisme ?

Anicet Le Pors. Avant, le matérialisme historique disait l’avenir. Il y avait des séquences dans l’histoire : le féodalisme, le capitalisme avec trois ou quatre phases, le socialisme et le communisme. L’aventure humaine était réduite à une seule voie. Aujourd’hui, à travers la composition des génomes individuels et la recherche pour les faire converger dans des démarches collectives constructives, c’est beaucoup plus intéressant. Mille aventures sont possibles et nous avons la responsabilité de choisir. D’où la nécessité de regrouper les moyens du passé pour prendre en compte ce que les générations précédentes ont accumulé en conscience, en bonne volonté, en aspiration. Mais en avenir aléatoire les monstres ne sont pas non plus exclus. L’événement dont je parlais peut être catalyseur de révolution ou entraîner sur des chemins abominables. Il faut donc être prêt.

Et la gauche a l’obligation d’acquérir l’intelligence de la situation, la créativité nécessaire pour déboucher sur des propositions cohérentes. Mais c’est une course de vitesse…

Anicet Le Pors. C’est pourquoi un parti digne de ce nom ne doit pas se laisser dériver dans le courant. Il doit réagir, même s’il est très minoritaire. Ses positions de principe, si elles ne sont pas comprises maintenant, doivent pouvoir servir de référence pour l’avenir.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

(1) Le programme commun a été signé le 26 juin 1972 par le PS, le PCF et le MRG. Il prévoyait de grandes réformes. Malgré l’échec des négociations d’actualisation en 1977, c’est sur sa lancée que François Mitterrand a été élu en 1981.

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Posté par Alain 3 à 08:04 - Gauches - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [