13 mai 2012

2000 prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis un mois

Depuis un mois, plus de 2000 prisonniers palestiniens ont entamé une grève de la faim illimitée. Leur mouvement, d’une ampleur nationale et politique sans pareille, n’aboutit à aucune réalisation de leurs revendications pourtant légitimes. Le gouvernement israélien refuse de répondre à leurs demandes : ils réclament l’amélioration de leurs conditions de détention, la fin de l’isolement, l’autorisation de visite pour leurs familles, la suppression des arrestations arbitraires et l’abolition de l’arrestation administrative sans aucun jugement

Ce mouvement est suivi en Cisjordanie et dans la bande de Gaza par des milliers de Palestiniens qui organisent partout des manifestations de soutien à ces prisonniers, dans leur combat pour la liberté et la vie. Et des centaines de personnes ont commencé une grève de la faim en solidarité avec eux.

Cette grève est historique, c’est la plus longue dans l’histoire des prisonniers politiques du monde. C’est une résistance remarquable que celle de ces hommes et de ces femmes de bonne volonté qui, par leur patience et leur persévérance, sont un exemple pour le monde entier

Malgré quelques initiatives prises par des associations de la société civile dans certains pays, en solidarité avec les prisonniers palestiniens grévistes de la faim, on observe le profond silence des médias, des intellectuels, des partis politiques et celui des gouvernements d’un monde qui se dit libre et démocrate.

Personne ne bouge pour réagir devant le sort réservé à ces prisonniers ? Pourquoi ?

Vont-ils continuer longtemps à souffrir ?

Où sont donc les organisations des droits de l’homme ?

Où donc est le monde libre ?

Quand y aura-t-il une réelle pression sur les autorités israéliennes d’occupation ?

Les cris des estomacs vides de nos prisonniers vont-ils être entendus ?

En attendant, derrière les prisonniers palestiniens, tout notre peuple va poursuivre le combat, jusqu’à la conquête de ses droits légitimes et jusqu’à la sortie du dernier détenu des prisons et des ghettos israéliens.

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01 mai 2012

Le 1er mai à Istanbul: Marx et Allah

A Istanbul: 1er mai entre le Capital et le Coran

Les célébrations du 1er mai, la fête du Travail, sont désormais légales en Turquie. Depuis trois ans, la place Taksim d'Istanbul, qui avait été  le lieu d'un véritable massacre en 1977 (37 morts), accueille les cortèges des syndicats et partis politiques de la gauche turque. 20.000 policiers étaient mobilisés à Istanbul et aucun incident sérieux n'a été signalé. Hormis le saccage d'un fast food caféiné à Sisli.

Cette année, une petite originalité dans ces défilés: la présence d'un groupe de "jeunes musulmans anticapitalistes ", se réclamant à la fois de Marx et d'Allah. Après une prière à la grande mosquée de Fatih, ce groupe de 200 jeunes militants qui s'est constitué cette année, a défilé jusqu'à Taksim, avec une banderole écrite en turc, en kurde, en arménien et en arabe. "Le capital n'appartient qu'à Allah". "Nous ne sommes pas des musulmans socialistes, nous défendons le vrai Islam, qui défend aussi la justice sociale", explique Ihsan Eliacik.

Cette initiative, qui diffère nettement de celle de syndicats conservateurs et pro AKP tels que Memur-Sen, rassemblés à Ankara, a été abondamment commentée par les chroniqueurs: Oral Calislar  ou Koray Caliskan par exemple dans Radikal.

Les spéculations vont bon train pour tenter de comprendre d'où vient l'initiative d'un tel mouvement, qui s'est prononcé en faveur d'une politique ouverte en direction des Kurdes et pour la reconnaissance des crimes de 1915 contre les Arméniens (quelques-uns étaient présents le 24 avril pour commémorer le génocide). Est-il lié à la confrérie de Fethullah Gülen? A l'AKP? Pour beaucoup de démocrates et d'anciens militants de gauche ce groupe incarne surtout le renouveau d'une mouvance conservatrice, plus libérale (au sens politique) que la génération précédente. La révolution et la démocratie sortiront-elles de la mosquée?

http://istanbul.blog.lemonde.fr/

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23 mars 2012

Journée Romero pour le droit à la vérité

Cette journée, 24 mars soit le jour de l'assassinat d'Oscar Romero, a été nommée par l'ONU la Journée pour le droit à la vérité.

Le 24 mars 1980 au Salvador, l’archévèque Oscar Romero, qui était devenu la voix d’un peuple opprimé et terrifié, une voix qui, lors des messes, nommait clairement les violations graves des droits humains, mais aussi une voix qui prêchait la paix et la justice, fut assassiné dans son église. À cette époque, l’ambassadeur US John Negroponte supervisait et aidait des escadrons de la mort au Salvador. L’élite espérait taire le peuple… mais l’étouffement tragique de la voix d’Oscar Romero, au contraire, fut le lancement d’un soulèvement massif.

Tous les 24 mars de chaque année, nous commémorons la mort de ce grand porte-parole du message de Jesus; Oscar Romero est le symbole d’une personne de classe sociale favorisée qui a eu le courage de faire partie du peuple et de partager leurs souffrances. Par sa croyance que les Chrétien-nes doivent dénoncer l’injustice et la violence économique ou systémique, il est aussi devenu un exemple de la Théologie de la libération.

Lire article complet ici

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13 mars 2012

Appel aux professeurs futurs jeunes retraités, par "Enseignants sans frontières" (Belgique)

 

 

 

   esflogo   www.esfbelgique.org

Aux professeurs futurs jeunes retraités

 

 Madame, Monsieur, cher collègue professeur,

 

Nous avons besoin de vous !

Vous, c’est le professeur que vous êtes toujours … pour quelques mois, quelques semaines. Puis c’est la retraite. Un autre monde. Du temps libre … à vivre autrement.

Vous avez été enseignant  pendant un bon nombre d’années. Vous avez aimé votre métier et vous l’aimez toujours. Vous avez acquis un solide savoir et un non moins costaud savoir-faire comme instituteur, institutrice à l’école primaire ou comme professeur dans le secondaire général, artistique, technique ou professionnel. Non seulement vous vous sentez toujours en forme, mais vous seriez même prêt à continuer le boulot. Plus à temps plein, c’est vrai, mais quelques heures par semaine ou  alors dans un projet d’activités pédagogiques avec d’autres collègues, d’autres milieux, d’autres cultures, à la demande. Parfait. Nous avons ce qu’il vous faut.   

Nous, c’est Esf, « Enseignants sans frontières », une association de professeurs et autres amis passionnés par l’enseignement. De tous âges, de tous niveaux (primaire à supérieur), de tous réseaux (Esf est totalement pluraliste). Depuis bientôt 20 ans, Esf s’emploie à : «  promouvoir des réseaux de coopérations entre enseignants ,(…) privilégier les pratiques pédagogiques axées sur l’autonomie des apprenants et le développement de toutes leurs potentialités,  ( …) répondre aux demandes des enseignants dans toutes les disciplines sans se substituer à eux, (…) encourager les synergies à tous les niveaux dans les secteurs scolaires et associatifs, (…) œuvrer à la création d’outils pédagogiques, (…) participer à la formation de formateurs, (…) collaborer à l’élaboration et à l’évaluation de projets éducatifs » (Déclaration d’intention  d’Esf, novembre 1994) 

Notre école, c’est un monde « sans frontières ». Depuis 1995, une quinzaine de projets ont été réalisés dans une douzaine de pays : en Afrique, en Amérique latine et même en Belgique (à Bruxelles et à Charleroi où Esf fut sollicité par le « Petit Château » pour aider des candidats réfugiés dans l’apprentissage du français).

Notre manière de travailler, c’est de partager, dans des activités pédagogiques, nos expériences de professeurs avec des collègues « d’ailleurs » qui nous sollicitent. Les projets d’Esf sont donc toujours originaux puisque chaque fois travaillés avec des partenaires nouveaux. Des exemples ? En voici quelques uns : Esf a participé à la formation de futurs directeurs d’école, à la formation d’enseignants à l’inter culturalité, à l’éducation au respect de l’environnement en milieu scolaire, à l’élaboration de séquences pédagogiques et de supports didactiques à partir de matériaux locaux, à l’utilisation de l’outil informatique, à la création de centres de formation continuée d’enseignants, à l’élaboration d’un programme d’éducation affective et sexuelle pour adolescents, à l’accompagnement pédagogique de futures institutrices maternelles, à la création d’activités didactiques pour adolescents handicapés mentaux, à l’apprentissage des matières scolaires (math, géo, sciences, français, …) en jardins potagers pédagogiques, etc.

En général, un projet Esf est programmé sur trois années avec, en amont, une éventuelle mission exploratoire pour mieux identifier la demande du partenaire et, en aval, une possible prolongation si le partenaire local formule une nouvelle demande. Tout au long  de ces années, des activités concrètes sont préparées entre une équipe belge porteuse du projet et les responsables locaux de sa mise en oeuvre. Elles sont réalisées le plus souvent pendant les vacances d’été, en 15 à 20 jours de stages pratiques. Quant aux bénéficiaires de ces stages d’été, ils s’engagent à en diffuser les acquis chez leurs collègues d’écoles dans un effet « boule de neige » indispensable à la « durabilité » du projet.

C’est dans une telle chaîne de partenaires, bénévoles mais non moins professionnels, que Esf vous invite à vous inscrire.

Pour en savoir plus, allez voir notre site :    www.esfbelgique.org

Si vous préférez prendre contact par téléphone, formez le  02/375.20.34

Pour votre courrier, une adresse :    Secrétariat d’Esf

                                                         Drève de Nivelles, 166, bte 3

                                                         B - 1150  Bruxelles

 

Esf vous souhaite une heureuse fin de carrière professionnelle et une retraite tout aussi agréable.

 

Cordialement,

 

Jean Schmit, président d’Esf-Belgique

et toutes les équipes de bénévoles d’Esf.  

 

ESF
Siège social
 : 140, av. Albert 1er, 1342 - Limelette/Ottignies
Président :         9, rue du Framboisier, 1180 – Bruxelles
Secrétariat :   166, bte 3, Drève de Nivelles,  1150 – Bruxelles

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10 mars 2012

Choc culturel et conflit identitaire: l’enseignement de la culture franco-belge à des adultes d’origine latino-américaine

par Luc Collès et Marie BaillieuxUCL, Louvain-la-Neuve, Belgique

Nous rendrons compte ici d’une expérience d’enseignement du français (FLE) à des immigrés latino-américains menée durant l’année académique 2009-2010 à Bruxelles. Partant d’études de sociologues et d’anthropologues (Collès 2003), nous avons émis l’hypothèse selon laquelle des Latino-Américains, immigrés depuis peu en Belgique, vivaient une situation de choc culturel et de conflit identitaire. Selon Margalit Cohen-Emerique (1999 : 304), un tel choc peut être défini comme « une réaction de dépaysement, plus encore de frustration ou de rejet, de révolte et d’anxiété, ou sur un mode positif, un étonnement, une fascination ; en un mot, c’est une « expérience émotionnelle et intellectuelle qui apparaît chez ceux qui, placés par occasion ou profession hors de leur contexte socioculturel, se trouvent engagés dans l’approche de l’étranger. Il constitue un élément important dans toute rencontre interculturelle (…). Ce choc est un moyen important de prise de conscience de sa propre identité sociale dans la mesure où il est repris et analysé ».

Nous avons ensuite voulu confirmer notre hypothèse grâce à une enquête par questionnaire. Notre but étant en effet d’élaborer des parcours didactiques destinés à résorber le choc culturel de ces Latino-Américains, il nous semblait important de commencer par vérifier les représentations (Zarate 1993 et Verbunt 1994) de notre public sur les composantes culturelles que nous voulions étudier, à savoir les dimensions spatiale et temporelle des cultures en présence. Pour ce faire, nous avons pris contact avec un professeur bénévole qui donnait, dans une paroisse de Bruxelles, des cours de français à un groupe d’adultes composé de six Equatoriens, groupe homogène auquel sont venus s’ajouter plus tard une Colombienne et un Péruvien. Nous avons ensuite étendu notre étude à un groupe hétérogène qui suivait des leçons de français à la Maison de l’Amérique Latine à Bruxelles.

 

Exposé du questionnaire

Nous avons divisé les questions en fonction de quatre paramètres. Un premier ensemble constitue ce que nous appelons « des questions d’identification ». Elles concernent le sexe, l’âge et la nationalité de l’individu, mais aussi l’année de la migration, les raisons pour lesquelles il est venu et les contacts qu’il avait en Belgique. La formation scolaire suivie dans le pays d’origine et éventuellement en Belgique est également incluse. La seconde partie du questionnaire aborde les représentations développées par les apprenants avant et après leur arrivée en Belgique. Celles-ci s’appliquent au pays mais aussi aux Belges et à certaines de leurs façons de communiquer liées par exemple à la vie sociale, professionnelle ou encore familiale. Le troisième type de questions a trait essentiellement aux rapports de proxémie. Elles s’intéressent, d’une part, aux contacts physiques et visuels et, d’autre part, à la régularité et à l’importance des rapports que les étudiants entretiennent avec les Belges. Enfin, le paramètre « temps » est analysé dans le dernier volet de l’enquête. Celui-ci concerne plus spécifiquement la gestion du temps (par rapport aux horaires, à la planification des activités…) et le rythme de vie. Il s’agit ici, en grande partie, de choix multiples, mais les autres questions sont pour la plupart ouvertes.

 

Résultats relatifs aux questions d’identification

Les six Equatoriens du premier groupe étaient des adultes primo-arrivants âgés de 26 à 50 ans. Il y avait quatre femmes et deux hommes[1]. L’une de ces personnes était arrivée en 2002, une autre en 2006, deux en 2007 et, enfin, deux en 2009. La plupart étaient parties pour des raisons économiques, espérant construire un avenir meilleur en Europe. Une seule d’entre elles n’avait aucun contact en Belgique avant son arrivée ; les autres comptaient sur un ami (souvent d’origine équatorienne) ou sur un membre de la famille. Par ailleurs, en ce qui concerne la formation scolaire reçue en Equateur, nous avions affaire à un groupe très hétérogène. En effet, un des apprenants n’avait suivi qu’un quart de la formation en primaire, un autre avait terminé l’école secondaire tandis qu’une troisième, couturière, n’a pas mentionné de parcours scolaire. Enfin, parmi les trois autres personnes, l’une était bachelière et les deux autres licenciées. Aucune ne poursuivait de formation scolaire en Belgique, en dehors des cours de français donnés dans le cadre de leur paroisse.

Le second groupe avec lequel nous avons pris contact suivait des cours de français à la Maison de l’Amérique Latine, à Bruxelles. Il se composait de deux Colombiens, de deux Chiliens, de trois Brésiliens[2], d’une Équatorienne et enfin d’une Dominicaine. Il s’agissait également d’adultes primo-arrivants, âgés de vingt à trente-deux ans. Il y avait six femmes et trois hommes. La plupart de ces personnes étaient arrivées en 2009 ou 2010, hormis deux dont l’arrivée datait de 2006. Les raisons de leur migration en Belgique étaient plus diversifiées que dans le premier groupe : trois d’entre elles avaient quitté leur pays pour réaliser des projets personnels (mariage…), une autre pour des raisons politiques, deux dans le cadre de leurs études et enfin trois pour travailler. Toutes avaient des contacts sur place avant leur arrivée (ami, famille). En ce qui concerne la formation scolaire suivie dans le pays d’origine, tout le groupe avait obtenu, au minimum, le diplôme de l’enseignement secondaire. Une de ces personnes avait terminé un graduat tandis que trois autres avaient obtenu un master ou son équivalent. Enfin, deux des apprenants qui suivaient le cours de FLE donné à la Maison de l’Amérique Latine poursuivaient d’autres études en Belgique. L’un dans le cadre d’une spécialisation dans la restauration, l’autre en tant qu’étudiant d’échange. Il s’agissait donc pour la plupart d’adultes venus en Europe pour s’insérer dans la vie sociale et active.

 

Résultats relatifs aux représentations de la Belgique et des Belges

Par souci de clarté, nous avons décidé de rendre compte des résultats de notre enquête sous forme de tableaux. Nous avons choisi de distinguer les réponses des deux groupes car nous supposions que les facteurs d’homogénéité et d’hétérogénéité pouvaient influer sur les représentations. Cependant, il ne s’agissait pas d’établir une comparaison.

 

Questions

Groupe homogène

Groupe hétérogène

 

La Belgique (avant leur arrivée)

 

Pays petit, froid, stressant, cultivé, sans problème économique.

 

Pays petit, froid, riche, gris, propre, joli, organisé, avec une économie prospère.

 

Les Belges (avant leur arrivée)

 

Gentils, cultivés, agréables, travailleurs, ponctuels, ordonnés.

 

Secs, froids, matérialistes, intelligents, antipathiques vs gentils, aimables, honnêtes.

 

Attitudes inattendues

 

Indifférents, antipathiques, grossiers, économes.

 

froids, racistes vs sympathiques, chaleureux, généreux.

Ces résultats témoignent de représentations de la Belgique presque similaires dans les deux groupes. Par contre, en ce qui concerne la vision que les apprenants se faisaient de la population belge avant leur arrivée, la classe hétérogène se distingue de la classe homogène par une conception plus nuancée. En effet, elle mentionne des caractéristiques négatives tandis que la première ne le fait pas. Cependant les perceptions s’équilibrent quelque peu si l’on prend en compte les “ attitudes inattendues[3] ”. Enfin, la question Comment décririez-vous les Belges maintenant ? permet, dans certains cas, de voir une légère modification des points de vue. De façon globale, les Belges restent (du moins en apparence) des gens calmes, froids, organisés, intelligents, gentils, aimables et serviables.

 

Résultats relatifs aux représentations liées à l’espace et au temps

D’après notre questionnaire, une personne sur six, dans le premier groupe, passe du temps avec des Belges dans le cadre de ses loisirs et de sa vie privée. Les autres ne le font que très peu et déclarent n’être invitées qu’à de rares occasions. Dans le second groupe, seuls deux des apprenants estiment passer beaucoup de temps avec des Belges, tandis que trois sont invités régulièrement chez des autochtones.

 

Questions relatives à l’espace

Groupe homogène

Groupe hétérogène

 

Différences dans les contacts physiques.

 

Nombreuses. Affection et tendresse peu affichées.

 

Contacts moins nombreux.

 

Différences dans les contacts visuels.

 

Regard ferme, fort.

 

Regard assuré, fixe dans les yeux.

On le voit : les Belges sont souvent considérés comme des personnes discrètes en ce qui concerne l’expressivité de leurs contacts.

Questions relatives au temps

Groupe homogène

Groupe hétérogène

Les Belges…

…sont stressés : totalité

 

…font peu la fête : totalité

 

…accordent plus d’importance à l’avenir : majorité

 

…planifient leurs activités : majorité

…sont stressés : majorité

 

…font peu la fête : majorité

 

…accordent plus  d’importance au présent ou au passé : mitigé

…planifient leurs activités : majorité

 

Comme une partie des Occidentaux du nord, les Belges sont perçus comme ayant un rythme de vie accéléré. Cependant, rappelons qu’il est important de parler en termes de tendances car nous ne pouvons considérer ces réponses comme des vérités géné-ralisables. D’une part, l’échantillon que nous avons testé au moyen de notre questionnaire est très restreint ; d’autre part, il est possible que les membres de ces groupes n’aient pas été soumis à des conditions exactement similaires. Notre but dans cette démarche n’est pas de réaliser une étude statistique (laquelle demanderait une approche scientifique plus objective) mais consiste à rapporter les résultats de notre enquête afin d’orienter nos propositions didactiques.

Ayant fait l’hypothèse que les Latino-Américains, immigrés en Belgique, vivaient un choc culturel et l’ayant vérifié grâce à ce questionnaire, nous avons voulu amener les apprenants de français à mieux prendre conscience des contraintes culturelles qui s’instaurent dans les relations entre le locuteur étranger et ses partenaires (autochtones) de communication. Ce choc peut, en effet, être porteur d’apprentissage et source d’entente, à condition d’être convenablement analysé et de devenir matière d’appropriation pour les apprenants. Nous avons conçu ce programme à deux, mais c’est Marie Baillieux, une de mes étudiantes, qui s’est chargée de l’appliquer sur le terrain en prenant en charge les cours de français pendant six mois. Faute de temps, l’expérience n’a pu être menée que dans le deuxième groupe dont tous les membres, rappelons-le, avaient obtenu au minimum le diplôme du secondaire et possédaient un niveau moyen de connaissances en français.

 

Propositions didactiques

Le but de nos propositions didactiques était d’abord de sensibiliser les élèves à l’altérité et à la différence, et ensuite de leur faire découvrir des traits socioculturels propres aux Belges francophones et à leur culture d’origine. Cet objectif s’est concrétisé, d’une part, en observant et en interprétant ces caractéristiques illustrées dans divers supports (chanson, film, texte littéraire…), d’autre part, en établissant des comparaisons entre les cultures étudiées. Nous voulions ainsi faire prendre conscience aux élèves de l’existence de modèles culturels de communication et les inviter à un certain relativisme par rapport à leur système de référence.

Nous avons construit les exercices selon une progression bien définie. Il s’agissait d’abord de permettre à l’apprenant d’établir un premier contact avec le sujet au moyen de sa perception personnelle et de ses « cribles culturels » (Besse 1984 : 46-50). Afin qu’elle puisse évoluer (qu’elle se renforce ou soit remise en question), cette conception initiale a été mise en relation avec des supports variés présentant d’autres points de vue. Notre méthode consistait donc à passer du champ subjectif de l’apprenant, c’est-à-dire de ses représen-tations initiales, à un apport d’informations sur la culture cible, la culture d’origine et les phénomènes socio-culturels liés à la communication interculturelle[4].

Pour structurer notre travail, nous avons regroupé nos propositions didactiques en trois grandes rubriques. Les premières sont rassemblées sous le titre Propositions pour une entrée en matière. La seconde catégorie concerne la relation à l’espace et à la proxémie. Une troisième série se compose d’un ensemble d’exercices liés au paramètre du temps. Certaines de ces propositions sont l’occasion d’aborder des thèmes tels que la famille ou des habitudes culturelles qui ne sont pas directement liées à la gestion de l’espace et du temps. Notons que quelques-uns des supports, traités au sein de chacune des rubriques, pourraient faire l’objet d’exercices en rapport avec le thème des trois autres. Dans le cadre de cette contri-bution, nous nous limiterons aux propositions pour une entrée en matière et à celles qui concernent la gestion spatiale.

1. Propositions pour une entrée en matière

A. Enjeux

Nous avons choisi de diviser cette première rubrique en sept phases afin d’en rendre la présentation plus claire.

B. Déroulement

Première phase

Dans un premier temps, l’enseignante a proposé aux élèves de répondre à une série de questions en se basant sur le principe d’une table ronde où chacun était invité à parler librement. Les questions qu’elle a posées avaient trait à l’expérience personnelle d’immigration des apprenants. Le professeur a, par exemple, demandé ce qui est le plus (ou le moins) difficile lorsqu’on vient vivre dans un pays étranger et elle a évoqué plusieurs possibilités : comprendre et parler la langue du pays, s’adapter aux coutumes et les accepter (horaires, nourriture…), s’adapter à la manière d’être des gens du pays (gestes, distance…), acquérir l’accent local, etc.

Durant cette première activité qui servait d’amorce, l’enseignante a veillé à établir un climat de respect et d’écoute, nécessaire surtout lorsqu’on aborde la question de l’interculturalité et ses difficultés. Ces premiers contacts, s’ils sont bons, brisent déjà une barrière culturelle.

Deuxième phase

Dans un second temps, l’enseignante a tracé quatre colonnes au tableau. Au-dessus des deuxième et troisième colonnes, elle a inscrit d’une part le mot « proche », d’autre part le mot « éloigné ». La quatrième colonne était surmontée d’un point d’interrogation signifiant l’indécision de l’élève. Cette fois-ci, l’enseignante a posé des questions plus orientées et a inscrit chaque fois l’objet du questionnement dans la première colonne. Les réponses orales des élèves étaient transcrites sous forme de croix dans la colonne adéquate. La question de base était la suivante : Comment vous situez-vous par rapport aux Belges… ? Le professeur l’a complétée au moyen de thématiques telles que : … et à leur façon de vivre ? ,  … et à leur manière de faire la fête ? ,… et à leur manière d’avoir des contacts ? ,  … et à leur manière d’organiser le  temps ?

Une partie de ces questions avait déjà été posée lors de notre enquête de départ. Cependant, nous avons pensé qu’il était utile de les réitérer, car les réponses n’avaient pas été mises en commun. Ce tableau constituait donc un relevé statistique des impressions de la classe. Ainsi que nous le supposions, les réponses se sont recoupées, comme cela s’était vérifié dans notre questionnaire d’enquête. Les convergences ont permis de réfléchir par la suite au fait que l’appartenance à une culture implique que ses ressortissants développent des « cribles culturels » similaires. Ces derniers induisent, à certains niveaux, une perception commune de la réalité. Les réponses divergentes ont permis de nuancer le propos et de s’interroger sur l’origine et sur la cause de ces différences.

À nouveau, l’intérêt de ces exercices résidait dans la spontanéité et la sincérité des réponses données par les élèves. Il s’est ensuite agi d’analyser le processus par lequel ces représentations étaient produites. Plus les élèves sont spontanés, plus il est facile de leur démontrer que leur vision n’est pas réfléchie et qu’elle risque d’être empreinte de stéréotypes. Nous restions donc à ce stade dans le domaine des impressions.

Troisième phase

Pour la troisième partie de cette entrée en matière, l’enseignante a demandé aux élèves d’écrire sur une feuille cinq adjectifs qui leur venaient spontanément à l’esprit et qui leur semblaient les plus représentatifs de la mentalité belge. Après une mise en commun des réponses, la classe a sélectionné (par vote à main levée…) les deux adjectifs qu’elle considérait comme les plus significatifs. Il était alors intéressant de réfléchir aux éléments (comportementaux, physiques, contextuels…) et aux éventuelles sources (romans, revues, cours, on-dit, expériences vécues…) qui avaient déterminé ce choix.

L’enseignante a ensuite distribué un premier questionnaire d’enquête[5] aux élèves. Celui-ci avait été soumis à douze étudiants[6] de l’UCL au cours d’Histoire de l’Amérique latine, donné par le professeur P. Milos en 2001-2002.. Après un temps de lecture silencieuse, l’enseignante a communiqué les résultats de cette enquête : onze occurrences de l’adjectif « religieux » avaient été relevées, neuf de l’adjectif « amical », six de « généreux », tandis que « courageux » avait été choisi cinq fois par les étudiants belges.

L’enseignante a ensuite demandé aux élèves ce qu’ils avaient éprouvé en prenant connaissance de ce document et de ses résultats (indifférence, colère, amusement, tristesse…). Après un court échange, elle a remis aux apprenants le second questionnaire qui avait été, quant à lui, soumis en 1940[7] (plus de soixante ans plus tôt !) à des personnes originaires des Etats-Unis. À nouveau, elle a laissé un moment pour la lecture silencieuse du document et a attendu les réactions des élèves. Ceux-ci se sont très vite aperçus que ces questionnaires étaient presque similaires, mais que les résultats divergeaient. Le professeur a alors pris le temps de réaliser une analyse collective de ces documents. Elle a expliqué le sens de sa démarche sur la base des résultats de l’analyse. On peut, en effet, facilement statuer que les réponses au questionnaire de 2001-2002 présentent une vision beaucoup plus favorable des peuples latino-américains. Celles datant de 1940 témoignent d’une conception plus centrée sur les aspects physiques ainsi que sur le caractère soi-disant irascible et émotif de ces peuples. L’enseignante a interrogé les élèves sur ces différences. Elle a veillé à mettre en évidence que c’est en particulier le regard porté sur les Latino-Américains qui s’est modifié. En 1940, on ne percevait pas ce caractère sympathique et festif qu’on a tendance à faire correspondre aujourd’hui à l’identité latino-américaine.

Quatrième phase

Cette quatrième phase s’est appuyée sur l’analyse d’un extrait du roman d’Isabel Allende, Paula. Ce passage nous a semblé pertinent car il permet de montrer aux apprenants une situation de choc culturel vécue par une Chilienne. De plus, il peut leur faire prendre conscience que ce phénomène ne concerne pas uniquement l’étran-ger et les autochtones, mais aussi des immigrés de nationalités différentes entre eux.

L’enseignante a replacé l’extrait dans son contexte. Elle a présenté l’auteur et le résumé du livre. I. Allende est une romancière contemporaine d’origine chilienne. Son livre constitue le récit de l’histoire de sa famille, adressé à sa fille Paula (vingt-neuf ans) qui a sombré dans le coma suite à une grave maladie. Ce témoignage autobiographique est, pour elle, l’occasion d’établir une « communication » avec sa fille, à travers son histoire personnelle. Le lecteur découvre en parallèle l’histoire du Chili et les conséquences de la dictature qui y sévit. L’exil forcé de cette femme nous mène du Chili à l’Espagne en passant par le Pérou, les États-Unis, le Venezuela, le Moyen-Orient, la France et la Belgique…

Les élèves ont été invités à lire l’extrait[8]. L’enseignante leur a ensuite soumis une grille d’analyse[9] sous forme de questions : Qui sont les acteurs de cette situation interculturelle ? Décrivez-les. Décrivez la situation dans laquelle se déroule cet extrait. Quels rapports entretiennent les personnages ? Quels sont les sentiments des interlocuteurs ? Quels sont les représentations, les valeurs, les préjugés des personnes en présence ? Comment réagissent-elles ? Quel dénouement trouvent-elles à cette situation problématique ?

L’enseignante a demandé aux élèves quelles étaient leurs impressions et a invité à une réflexion collective. Pour alimenter l’échange, elle a demandé : Avez-vous déjà vécu une situation similaire ? Quelles sont, selon vous, les raisons de ce malentendu ? Pensez-vous que la solution trouvée soit idéale ? Que proposeriez-vous ? Elle a clôturé l’activité en présentant la définition du choc culturel que donne M. Cohen-Emerique (cf. supra 1999 : 304).

Cinquième phase

Enfin, le professeur a présenté aux élèves le thème du cours et de ceux qui allaient suivre, à savoir le choc culturel. Ce fut alors l’occasion d’aborder la question de l’identité. Dans cette cinquième phase, l’enseignante a proposé l’explication que Altay Manço (1999 : 132) donne de celle-ci. Selon celui-ci, elle naît de l’interaction sociale : c’est en s’orientant simultanément vers les deux pôles (soi-autrui) de cette interaction que l’identité se construit dans sa double dimension psychosociale et contribue à la construction du champ dans lequel elle se déploie […].

Ensuite, l’enseignante a distribué aux élèves un texte poétique en espagnol, mais sans en donner la référence[10]. Nous avons choisi de travailler ce texte dans la langue dans laquelle il fut écrit. Cette décision résulte de sa complexité. En effet, nous pensons qu’il est trop difficile d’en donner une traduction qui soit à la fois fidèle et compréhensible pour les apprenants. L’enseignante leur a proposé d’en lire un fragment, tour à tour et à voix haute, puis elle a laissé aux élèves le temps de relire le texte en silence. Elle a ensuite demandé quel était le sujet du texte et le message que l’auteur voulait  faire passer. Le niveau de difficulté de ce texte étant assez important, il pouvait freiner certains élèves dans leur appropriation et leur compréhension. Pour y remédier, l’enseignante a proposé de se centrer uniquement sur les deux derniers paragraphes qui résument l’essentiel de cette réflexion poétique. Elle a alors donné son interprétation. Celle-ci contenait les éléments suivants : la vision que l’on porte sur l’étranger contribue à la définition de celui-ci ; nous manquons souvent de références pour interpréter valablement une réalité.

Il a paru intéressant de continuer la réflexion en se référant à un théoricien tel que J. Berque (1987 : 11-18). Ce sociologue et anthropologue a travaillé la question de l’identité. Il défend l’idée selon laquelle il y a, dans les identités collectives, à la fois une continuité et du changement. En effet, la personne ne change jamais complètement, mais elle ne reste pas non plus la même. D’autre part, pour lui, lorsqu’on analyse une identité (c’est-à-dire un (ou des) individu(s) porteur(s) de cette identité), celle-ci devient un objet, mais reste en même temps le fruit d’une subjectivité. Enfin, Berque dénonce notre tendance à voir un individu comme une totalité plutôt que comme une combinaison d’éléments très différents. L’enseignante a illustré cette troisième caractéristique en prenant un élève comme exemple. Appelons-le X pour les besoins de notre illustration. X est à la fois une totalité, mais il est aussi la combinaison de son statut d’étudiant par exemple, de sa nationalité, de toutes les activités qu’il exerce et qui constituent des éléments porteurs de son identité. L’enseignante a même mené la réflexion plus loin en abordant différentes sortes d’identités : sexuelle, socioprofessionnelle, religieuse…

Ensuite, l’enseignante a demandé si quelqu’un connaissait l’auteur de ce texte. Comme ce n’était pas le cas, il lui a paru intéressant d’interroger les élèves sur la nationalité de l’auteur. Elle leur a demandé de faire des hypothèses. Ceux-ci se sont aperçus que le texte ne contenait pas assez d’éléments explicites pour permettre de définir l’origine, même imprécise, de l’auteur. Cet aspect renforce la dimension universelle du texte, applicable à de nombreuses nationalités. L’enseignante a alors fait découvrir aux élèves les références complètes du texte (titre, auteur…). Elle a brièvement présenté cet auteur colombien et le contexte dans lequel l’œuvre a été écrite (il s’agit d’un prix Nobel de littérature).

À travers cette cinquième phase s’est esquissé un mouvement de sensibilisation à ce qui constitue le phénomène des représentations et aux effets néfastes que celui-ci peut entraîner.

Sixième phase

Cette étape a cherché à rendre les élèves conscients de ce que représente la culture. L’enseignante a lu à voix haute ce texte de Raymonde Carroll (1997 : 17-18) à la classe : Ma culture est en effet cette logique selon laquelle j’ordonne le monde. Et cette logique, je l’ai apprise dès ma naissance, dans les gestes, les paroles et les soins de ceux qui m’entouraient, dans leur regard, dans le ton de leur voix ; dans les bruits, dans les couleurs, dans les odeurs, dans les contacts ; dans la façon dont on m’a élevée, récompensée, punie, tenue, touchée, lavée, nourrie ;  dans les histoires que l’on m’a racontées, dans les livres que j’ai lus, dans les chansons que j’ai chantées ; dans la rue, à l’école, dans les jeux ; dans les rapports des autres dont j’étais témoin, dans les jugements que j’entendais, dans l’esthétique affirmée, partout, jusque dans mon sommeil et dans les rêves que j’ai appris à rêver et à raconter. Cette logique, j’ai appris à la respirer et à oublier qu’elle était apprise. Je la trouve naturelle. Elle sous-tend tous mes échanges, que je produise du  sens ou le reçoive. Cela ne veut pas dire que je doive être d’accord avec tous ceux qui partagent ma culture : je ne suis pas forcément d’accord avec tous ceux qui parlent ma langue. Mais leur discours, si différent du mien puisse-t-il être, appartient pour moi au domaine du familier, du reconnaissable. Il en est de même, en quelque sorte, pour la culture.

Puis, l’enseignante a demandé aux élèves : Etes-vous d’accord avec cette définition de la culture ?  Qu’en pensez-vous ? Pour vous, la culture est-elle quelque chose qu’on intègre inconsciemment ? Expliquez. Etes-vous d’accord avec l’idée que la culture constituerait un héritage collectif mais aussi individuel ?

Cet exercice a aidé les élèves à se situer individuel-lement face à la notion de culture, à en donner une définition personnelle et à la partager ensuite avec la classe. Le professeur a distingué deux types de culture : d’une part, celle qui relève essentiellement du domaine intellectuel, d’autre part, celle qui concerne notre vie quotidienne.

Septième phase

Il s’agissait alors une fois de plus de montrer aux élèves que le choc culturel est vécu dans les deux sens. En effet, les Belges développent aussi des stéréotypes par rapport aux personnes étrangères. Cet exercice basé sur une enquête a permis aux apprenants de pénétrer dans le système de la culture belge et d’en saisir certaines caractéristiques. Cela a été également pour eux l’occasion de comprendre certains comportements produits face à des situations de multiculturalité et de les interpréter non plus comme des réactions négatives mais comme des stratégies liées à l’appartenance culturelle.

Ce travail s’est d’abord déroulé en classe. Les élèves devaient créer eux-mêmes le questionnaire d’enquête. L’enseignante leur a demandé de réfléchir aux types de questions qu’ils inséreraient dans leur enquête. Celles-ci auraient trait à des situations d’interculturalité auxquelles sont liées des représentations sur un pays et ses habitants. Les élèves travaillaient par groupes de deux pour commencer.

Pour la seconde étape, la mise en commun des idées, on a eu recours à une forme de petit exposé devant la classe, de manière à familiariser les apprenants avec l’oralité. Pendant ce temps, l’enseignante prenait note des propositions. Lorsque tous les exposés ont été réalisés, les élèves ont choisi ensemble ce qui entrerait dans leur questionnaire. Une fois encore, l’enseignante a dû assurer le rôle de médiateur. Ensuite, la formulation de ce contenu a été l’occasion de mener à bien un exercice de production écrite.

La dernière étape de ce travail s’est déroulée sur le terrain puisqu’il s’est agi de soumettre ce questionnaire sous forme d’une interview à une personne de nationalité belge. Cette ultime phase a exigé une préparation orale en classe pour apprendre à bien formuler les questions. Celle-ci a été conçue sous forme de petits jeux de rôles. Avant de se rendre sur le terrain, il s’est également agi de choisir un lieu, une situation mettant des Belges en contact avec des étrangers. Nous avons pensé qu’il était utile de laisser les apprenants déterminer eux-mêmes le type de milieu dans lequel ils réaliseraient leur enquête. L’enseignante a cependant proposé des exemples (une asbl, une crèche, une école accueillant des réfugiés, ou encore une prise de contact, par l’intermédiaire de l’émission radio de la RTBF « les Belges du bout du monde », avec des Belges qui ont travaillé à l’étranger…).

L’activité s’est clôturée par une mise en commun des résultats et des impressions des élèves. On a comparé ces informations avec celles des première et deuxième phases des « propositions pour une entrée en matière », afin de mettre les deux systèmes culturels en présence. Par cette synthèse, on a cherché à comprendre et à interpréter, à la lumière des éléments recueillis, certains comportements d’individus appartenant à des cultures différentes. À ce moment, certaines stratégies d’observation et d’interprétation ont pu se mettre en place, même inconsciemment.

 

 

2. Parcours lié au paramètre de l’espace

A. Enjeux

La première phase du parcours sur l’espace a constitué en une mise en condition. Il s’est agi de faire réfléchir les élèves aux différentes attitudes non verbales de la communication en les mettant eux-mêmes en situation. Par la suite, cet exercice leur a permis de développer des habiletés concrètes d’analyse et de décodage des comportements culturels. Ils ont alors pris conscience que ces derniers résultent de codes qui peuvent varier d’une culture à l’autre et être à l’origine de gênes ou de malentendus. La seconde étape de ce parcours a permis d’illustrer certaines attitudes rencontrées en Belgique. Elle a été l’occasion d’acquérir, à travers l’étude d’extraits de textes littéraires, des connaissances sur  les comportements de personnes appartenant à un groupe culturel donné. L’intérêt du texte de P. Mertens réside, entre autres, dans le fait que cet auteur belge nous livre un regard sur son pays et ses habitants à travers les yeux d’un étranger. Enfin, la dernière phase cherchera, dans la ligne des exercices précédents, à relativiser la vision que portent les appre-nants latino-américains sur les rapports proxémiques en Belgique.

B. Déroulement

Première phase

L’enseignante inaugure ce second parcours en proposant aux élèves un jeu de rôles sur la communication non verbale (Denis 2002 : 188-192). Pour ce faire, elle divise la classe en deux groupes. Ceux-ci se répartissent dans le local en deux endroits éloignés. L’enseignante distribue les consignes sans annoncer que celles-ci diffèrent selon le groupe.

Chaque membre du premier groupe doit lier avec un membre du second groupe une conversation dont le fil conducteur est repris dans le canevas suivant : En vous promenant dans la rue, vous rencontrez par hasard une de vos connaissances. Vous la saluez et entamez une conversation dont vous improvisez le sujet. L’essentiel, au cours de cet exercice, est d’appliquer de façon naturelle les instructions suivantes, à savoir : Tenez-vous environ à 15 centimètres plus près de l’autre que d’habitude. Accompagnez la conversation de gestes assez expressifs et de contacts physiques avec la personne. Soutenez le regard de l’autre lors de l’échange.

Quant aux membres du second groupe, ils doivent engager la conversation (cf. canevas) le plus naturel-lement possible en tenant compte des éléments suivants : Tenez-vous environ à 15 centimètres plus loin de votre interlocuteur que d’habitude. Utilisez une gestuelle assez discrète. Évitez de fixer votre partenaire lorsque vous vous adressez à lui.

Ensuite, les élèves se répartissent en équipes de deux, comprenant un membre de chaque groupe. Ils ouvrent la discussion en tenant compte des instructions distribuées au préalable. Au bout d’un moment, lorsqu’ils ont pu tester les paramètres non verbaux liés à la communication, le professeur interrompt l’exercice. Il interroge alors les apprenants sur leurs impressions : Y a-t-il des attitudes chez votre interlocuteur qui vous ont gêné, amusé, voire choqué ? Expliquez. Comment avez-vous tenté de résoudre cette difficulté ? Quelles ont été les réactions de votre interlocuteur face au comportement que vous développiez (en lien avec les consignes de l’exercice) ? Avez-vous déjà vécu ce type de situation ? Expliquez. Quel est le but de cet exercice selon vous ?

Deuxième phase

Cette seconde étape se base essentiellement sur l’analyse d’extraits du roman de P. Mertens, Terre d’asile. Cette démarche nous semble intéressante dans la mesure où, les relations interculturelles comportent plusieurs dimensions qui s’expriment sur les plans affectif, social, cognitif et historique et que l’on retrouve abondamment illustrés dans un récit (Gaudet & Lafortune 1997 : 123-124). Or, si cette expression n’est autre que le produit fragmentaire d’une subjectivité (celle de l’auteur), elle donne aussi corps aux perceptions spatio-temporelles que son auteur partage avec le groupe dont il est issu  (Collès 1994 : 77). Ces extraits nous permettent de dégager des attitudes propres au système culturel de P. Mertens.

Nous commencerons par introduire la démarche que nous avons suivie en replaçant les extraits dans leur contexte. Ensuite nous définirons leurs enjeux. Le mode d’exploitation suivra à chaque fois le texte.

a) Contextualisation

Avec Terre d’asile, P. Mertens aborde le thème de l’exil. Il nous raconte l’arrivée en Belgique de Jaime Morales, un Chilien fuyant la dictature qui sévit dans son pays en 1977. Tout au long du roman, le personnage se sent déchiré. D’une part, il voudrait être ce porte-parole de l’histoire de la dictature chilienne, attitude que ses interlocuteurs belges attendent de lui. D’autre part, il ne peut échapper à la réalité de celui qu’il est.

Nous nous sommes intéressés à cette œuvre dans le cadre de notre travail car celle-ci permet de découvrir une nouvelle vision de la Belgique à travers les yeux d’un étranger. P. Mertens, au sujet de sa patrie, dit lui-même : Je suis revenu vers elle, par l’extérieur. C’est un peu comme si je la découvrais, après mes nombreux voyages, à travers le regard d’autrui[11]. Selon M. Grodent[12], « l’auteur a voulu que son personnage soit une source d’étonnement, l’ethnologie bien comprise possédant au plus haut degré cette vertu de nous rendre […] ‘exotiques à nous-mêmes’, de nous mettre à distance de nos valeurs, de ces vérités que nous croyons absolues et qui ne sont que relatives[13] ».

À travers cette œuvre nous est exposée en quelque sorte une autocritique de certains comportements culturels belges.

b) Enjeu

Nous avons choisi ces extraits car nous pensons qu’ils constituent une importante concentration d’éléments et d’attitudes liés à la gestion de l’espace. Notons que les résultats obtenus dans nos questionnaires en ce qui concerne ce paramètre concernaient essentiellement la proxémique. Le premier extrait est l’occasion de traiter de la qualité de la vie en Belgique, de la conception de la famille et des contacts sociaux. Enfin, l’analyse de ces rapports peut être poursuivie sur la base du second texte. Quant à la troisième illustration, elle permet d’aborder les relations entre hommes et femmes dans le domaine amoureux.

c) Extrait n° 1 (p. 46) :

Il se demanda ce qu’il avait retenu de la Belgique depuis son arrivée. Il se dit que dans les rues et les squares, on rencontrait moins de jeunes que de vieux, et beaucoup de chiens, de chiens bien nourris. Dans les ascenseurs, les gens ne se parlaient pas et prenaient un air grave. Si par exception ils se parlaient, il suffisait de l’intrusion d’un nouveau venu, à un autre étage, pour qu’ils se retranchent de nouveau dans leur silence.

Il se demanda si les Belges aimaient la Belgique.

Il prit peur, soudain, qu’un jour il ne sût plus rien de ce qu’il fallait connaître de son propre pays. Que se passait-il, à cette heure, dans les ascenseurs de Santiago et de Concepción ?

Mode d’exploitation :

L’enseignante s’est assurée de la compréhension globale de ce premier texte en posant des questions de contenu aux élèves. (Que retenez-vous de ce texte après une première lecture ? Y a-t-il des mots que vous ne comprenez pas ?). Il les a amenés ensuite à réfléchir au contenu sous-jacent de cet extrait. Il a analysé certains éléments et induit une comparaison avec le vécu personnel des apprenants : Pourquoi le narrateur parle-t-il de chiens biens nourris ? Que peut signifier ce propos ? Quel rapport entretient-on avec les animaux dans votre pays ?

Ces questions ont permis d’orienter la discussion sur la qualité de la vie en Belgique. Celle-ci est en général meilleure que dans les pays latino-américains. Le fait de parler d’animaux bien nourris laisse penser que les gens ont une vie suffisamment aisée pour se permettre de posséder des animaux domestiques et de se préoccuper de leur bien-être. Les conditions de vie ont également une incidence sur la longévité des individus. On constate que celle-ci augmente dans les pays industrialisés. En effet, ces pays comptent de plus en plus de personnes âgées (cf. la création de maisons de repos), tandis que le taux de natalité diminue. Enfin, l’enseignante a abordé la thématique des rapports sociaux à travers la description que P. Mertens donne des contacts interindividuels dans les lieux publics. Le professeur a ensuite proposé un exercice écrit basé sur la phrase suivante : Que se passe-t-il à cette heure dans les ascenseurs de votre ville natale ?

d) Extrait n° 2 (p. 129) :

Plus simplement, il se dit qu’il engageait là une conversation de café comme on en avait dans son pays, avec n’importe qui, avec la première venue. Ici, même vos voisins de banquette dans le tramway ne vous adressaient pas la parole.

Mode d’exploitation :

Ce second extrait permet de continuer la réflexion sur les contacts sociaux. Cette fois, l’enseignante amène les élèves à relativiser leur point de vue. Il se base sur le texte de Th. Zeldin, Les Français[14]. Le fragment dont nous proposons la lecture permet de prendre conscience de notre tendance à généraliser des comportements étrangers.

e) Extrait n° 3 (p. 148) :

[…] elle put enfin expliquer que les filles latino-américaines à qui tous les hommes, dans les rues de Bogota, de Quito, de Santiago, disent qu’elles sont belles, une fois arrivées ici où, du jour au lendemain, plus personne ne les arrête jamais pour le leur dire, bientôt s’inquiètent, se sentent devenir laides… À Paris, ça allait encore : elle y était allée un week-end et des hommes l’avaient importunée dans la rue mais ici, ça n’était jamais arrivé…

Mode d’exploitation :

L’enseignante a demandé aux élèves s’ils s’identifient à ces propos. Elle a ensuite tenté de leur démontrer que ce sentiment éprouvé par la narratrice ne résulte pas forcément d’un désintérêt des hommes belges pour les femmes, mais d’une conception différente des pratiques de séduction. Elle a alors proposé des extraits d’articles ou de textes traitant de ce sujet.

Selon l’écrivain belge J.-P. Otte, la diversité des pratiques de l’amour est sidérante. Les gestes, les parties du corps censées être érogènes, ainsi que les actes de séductions varient du tout au tout d’une société à une autre[15]. […] Chaque peuple, chaque civilisation, construit sa relation homme-femme sur la base de ses mythes originels[16]. L’enseignante a appuyé cette idée par la lecture d’un article sur les rites amoureux paru dans Le Vif l’express. Elle a demandé aux élèves si, dans leur pays, les pratiques de « drague » se rapprochent de celles que cet article expose. Ce fut alors l’occasion d’un échange oral sur les différentes coutumes culturelles de l’amour. Pour aborder les « rites » de la com-munication amoureuse chez les Français, l’enseignante s’est aussi servie des nombreuses illustrations que propose J.-C. Beacco dans son ouvrage intitulé Parlez-lui d’amour[17]. La comparaison de ces différences culturelles a permis aux étudiants de relativiser la vision qu’ils avaient de certains comportements belges. Ils ont compris qu’il s’agissait avant tout d’attitudes liées à un héritage culturel.

Troisième phase

Dans cette troisième et dernière partie des propositions concernant le rapport à l’espace, le professeur a abordé cet extrait de texte où K. Gharbi aborde le thème des salutations en Belgique[18] :

La poignée de main est évidemment la manière la plus courante de saluer en Belgique. Une règle de savoir-vivre à l’égard des femmes veut cependant qu’on attende qu’elles tendent les premières la main, sinon un simple bonjour de la tête suffit. On embrasse ses proches parents et parfois aussi ses amis (cela dépend du milieu social dans lequel on se trouve). Une tradition veut qu’en Belgique, on embrasse les membres de sa famille par trois baisers sur les joues. Appréciant la discrétion ici comme dans tout, le Belge évite généralement les salutations trop bruyantes. Dans les grandes villes, par exemple, pour saluer une connaissance sur le trottoir opposé au sien il traversera la rue plutôt qu’il ne criera pour attirer son attention. Pareillement, en dehors des petits villages, les femmes ne s’interpellent pas lorsqu’elles sont à leur fenêtre[19]

Ce texte a été l’occasion d’établir une comparaison entre les habitudes de salutations en Belgique et en Amérique latine. Avec les élèves, l’enseignante a relevé dans le texte les différents types de salutation recensés (saluer une femme, un ami, un membre de la famille…). Ils ont constitué un tableau de deux colonnes et ont inséré ces éléments dans la première. Puis l’enseignante a demandé aux apprenants de compléter la seconde au moyen des conduites que l’on adopte chez eux dans ce type de situation. Elle a également rappelé qu’il s’agissait de tendances culturelles, non de vérités arrêtées.

 

En conclusion, nous avons constaté que tous ces exercices ont fait prendre conscience à nos élèves du caractère déformant que peuvent avoir les représen-tations et leur ont offert des outils de connaissance qui leur permettront d’éviter certaines attitudes maladroites. De plus, ils les amèneront à une reconnaissance de l’autre à travers la compréhension du mode de fonctionnement de ses comportements. Nous avons donc voulu faire naître une réflexion chez ces apprenants latino-américains qui aboutirait à une relecture critique de leurs perceptions initiales. Nous espérons que cette expérience aura mis en place des automatismes ou du moins une méthode d’interprétation et une compétence culturelle adaptée à chaque individu en fonction de ses besoins, de ses objectifs et de son appétit de connaissances, tant relationnelles qu’intellectuelles.

 


Bibliographie

BERQUE J., « Identités collectives et sujets de l’histoire », in MICHAUD G. (dir.), Identités collectives et relations interculturelles, Paris, Complexe, 1978, pp. 11-18.

BESSE H., « Éduquer à la perception culturelle », in Le Français dans le monde, n° 188, octobre 1984, pp. 46-50.

BLONDEL A, BRIET G., COLLÈS L., DESTERCKE L. & SEKHAVAT A., Que voulez-vous dire ? Compétence culturelle et stratégies didactiques, Bruxelles, Duculot, 1998.

CARROLL R, Évidences invisibles. Américains et Français au quotidien, Paris, Seuil, 1997.

COHEN-ÉMERIQUE M., « Le choc culturel, méthode de formation et outil de recherche », in DEMORGON J. & LIPIANSKY E.-M. (dir.), Guide de l’interculturel en formation, Paris, Retz, 1999, pp. 301-315.

COLLÈS L., « Interculturel (didactique de l’-) », in FERRÉOL G. & JUCQUOIS G. (dir.), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, A. Colin, 2003.

COLLÈS L., Islam-Occident : pour un dialogue interculturel à travers des littératures francophones, Fernelmont, E.M.E., 2010.

DENIS M., Entrecruzar culturas. Competencia intercultural y estrategias didácticas (Guía didáctica), Bruxelles, De Boeck-Duculot, 2002.

MANÇO A., Intégration et identités. Stratégies et positions des jeunes issus de l’immigration, Paris, Bruxelles, De Boeck,1999.

VERBUNT G., Les Obstacles culturels aux apprentissages. Guide des intervenants, Montrouge, CNDP Migrants, 1994.

ZARATE G., Représentations de l’étranger et didactique des langues, Paris, Didier, 1993.

 


Annexes

Annexe 1a : questionnaire de 2002

Quels sont les adjectifs qui vous semblent les plus représentatifs des peuples sud et centre américains (mettre une croix)[20] ?

Amical, attardé, courageux, de peau foncée, efficient, émotif, fainéant, généreux, honnête, ignorant, imaginatif, intelligent, irascible, orgueilleux, perspicace, pour le progrès, religieux, sale, soupçonneux ;

Annexe 1b : questionnaire de 1940

Estereotipos estadounidenses sobre América Latina

El 10 de diciembre de 1940, el Departamento de Inves-tigación sobre la Opinión Pública (Office of Public Opinion Research) llevó a cabo una encuesta nacional en la que se proporcionó a los participantes una tarjeta con diecinueve palabras y se les pidió que indicaran aquellas que parecían describir mejor a la gente de Centroamérica y Suramérica. Los resultados fueron los siguientes :

                                   ( % )                        

De piel oscura                 80            Imaginativo         23

Irascible                        49            Sagaz                 16

Emotivo                        47            Inteligente            15

Religioso                       45            Honrado               13

Atrasado                      44            Valiente               12

Vago                           41            Generoso              12

Ignorante                     34            Progresista           11

Suspicaz                      32            Eficiente                5

Amigable                      30            No contesta           4

Sucio                          28            No sabe                 0

Orgulloso                     26

Como se pidió a los participantes que eligieran cuantos términos descriptivos desearan, los porcentajes suman considerablemente más de 100.

Fuentes : John J. Johnson, Latin America in Caricature, Austin, University of Texas Press, 1980, p. 18 ; Hadley Cantril, ed., Public Opinion, 1935-1946, 1935-1946, Princeton, Princeton University Press, 1951, p. 502.

Annexe II : extrait du roman de I. ALLENDE, Paula, Paris, Fayard, 1995, pp. 182-183.

On m’avait alloué une bourse dans le cadre d’un programme dont la Belgique s’estimait redevable aux Congolais après des années de colonisation. Je faisais exception : une femme à la peau claire au milieu de trente hommes noirs. Au bout d’une semaine d’humiliations, je compris que je n’étais pas préparée à une telle épreuve. Je décidai d’abandonner, sachant bien que, sans l’argent de ma bourse, nous serions en mauvaise posture. Le directeur me demanda d’expliquer à la classe les raisons de mon départ brutal, et je n’eus pas d’autre solution que d’affronter ce groupe compact d’étudiants pour leur dire, dans mon lamentable français : « Dans mon pays, les hommes n’entrent pas dans les toilettes des femmes en se déboutonnant la braguette, ils ne les bousculent pas pour franchir les premiers une porte, ils ne se battent pas pour s’asseoir à une table ou monter dans un autobus. Je me sens maltraitée et j’ai décidé de partir parce que je ne suis pas habituée à de telles mœurs ».

Un silence général accueillit mes paroles. Après un long moment, l’un d’eux prit la parole pour dire que dans son pays à lui, aucune femme décente ne manifestait le besoin d’aller aux toilettes en public, ou n’essayait de passer les portes devant les hommes, que sa mère et sa sœur marchaient plusieurs pas derrière eux, ne s’asseyaient pas à table avec lui, et mangeaient les reliefs de ses repas. Il ajouta qu’avec moi ils se sentaient en permanence agressés, qu’ils n’avaient jamais vu une personne aussi mal éduquée.

« Vous devrez vous adapter comme vous le pourrez, vous êtes minoritaire.

-Oui, je suis minoritaire dans ce cours et je suis disposée à m’adapter, mais vous êtes minoritaires dans ce pays et c’est à vous de changer d’attitude pour éviter tout problème avec les Européens. »

C’était une solution à la Salomon. Nous nous mîmes d’accord sur quelques règles élémentaires de cohabita-tion et je restai. Ils ne voulurent jamais s’asseoir avec moi dans le bus ou à une table, mais cessèrent d’envahir les toilettes et de me bousculer. Cette année-là j’envoyai promener le féminisme. Je marchais modestement deux mètres derrière mes compagnons, je n’élevais ni le regard ni le ton et franchissais les portes la dernière.

 

 



[1]       Nous n’avons pas pris en compte, au départ, la Colombienne et le Péruvien puisqu’ils se sont ajoutés au groupe homogène. Cependant, leurs réponses ont renforcé notre hypothèse selon laquelle d’autres nationalités latino-américaines peuvent vivre le même choc culturel.

[2]       Nous avons pris en compte les trois Brésiliens bien qu’ils ne soient pas hispanophones car nous ne nous intéressons pas à la dimension linguistique au sein de cette étude. Nous pensons, en ce qui concerne les composantes culturelles, que nous avons choisi d’analyser, que cette nationalité peut elle aussi être incluse dans notre travail.

[3]       Il s’agit de la question n°13 de notre enquête : Y a-t-il des attitudes qui vous ont choqué ou que vous trouvez étranges chez les Belges (donnez des exemples si possible) : dans leur manière de se parler, dans leur manière de travailler, dans leur manière de vivre en famille, autres cas ?

[4]       Nous avons développé cette approche dans Islam-Occident : pour un dialogue interculturel à partir de littératures francophones, Fernelmont, E.M.E., 2010.

[5] Cf. annexe 1

[6] Ces étudiants étaient des romanistes et des historiens de troisième ou quatrième année.

[7] Cf. annexe 2

[8]       Cet extrait constitue l’annexe II.

[9]       Cette grille est inspirée du périodique Antipodes, n°130, « Le choc culturel », sept. 1995.

[10]      La référence de ce texte est la suivante : G. GARCIA MARQUEZ, Discurso al recibir el Premio Nobel de Literatura, ante la Academia Sueca en 1982.

[11]      A.-M. TREKKER, « Pierre Mertens romancier témoin »ª, in A.-M. TREKKER, J.-P. VANDER STRATEN, Cent auteurs, anthologie de la littérature française de Belgique, Bruxelles, La Francité, 1982, p. 282.

[12]      M. GRODENT, licencié en Philologie classique, a réalisé une lecture de ce roman.

[13]      P. MERTENS, Terre d’asile, lecture de M. GRODENT, Bruxelles, Labor, 1987, p. 251.

[14]      Th. ZELDIN, Les Français, Paris, Fayard, 1983, pp. 476-477.

[15]      J.-P. OTTE entretien par A. MALHERBE in A. MALHERBE, « Petits fragments de rites amoureux »ª, in Le Vif l’express, n∞32, 10-16 août 2001, p. 41.

[16]      Idem, p. 38.

[17]      J.-C. BEACCO, Parlez-lui d’amour, le français des relations amoureuses, Paris, CLE international, 1988. Cet ouvrage permet d’apprendre le français des relations amoureuses au travers d’activités variées (jeux de rôles, analyse de textes et de conversations).

[18]      Le professeur pourra aussi se servir du manuel de A. BLONDEL & al., Que voulez-vous dire? Compétence culturelle et stratégies didactiques (1998) qui propose une série d’exercices intéressants sur le thème des salutations.

[19]      K. GHARBI, Fenêtres sur la Belgique, Bruxelles, Swissair, 1989.

[20]      Les termes ont été présentés en colonne.

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24 janvier 2012

Israël et les "printemps" arabes

Israël cueille les primeurs du printemps arabe
par Khadidja DJEBBAR LICIR

12 janvier 2012

[...]

Les 197 résolutions touchant au problème israélo-arabe, prises par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, sont toutes restées lettre morte, selon Roland Dumas, ancien ministre français, interviewé par Le Monde dans son édition du 12 mars 1991.      

Israël fait fi de toute loi internationale et continue sa politique expansionniste, fidèle à sa devise : occuper tout le territoire palestinien et régner sur le Grand Moyen-Orient afin de pouvoir contrôler les grandes richesses des pays arabes et concrétiser l’hégémonie israélo-américaine sur le monde entier et pour l’éternité. 

Pour arriver à ses fins, l’état sioniste, appliquera l’adage bien connu chez nous : diviser pour régner. Les divisions ont bel et bien commencé, aidées par des coups de pouce tel celui de Bernard-Henry Levy, venu en Lybie, en tant que Juif sioniste comme il l’a déclaré lui-même. C’est l’application du plan machiavélique révélé par la revue Kivounim, en 1982 qui dévoile les intentions démoniaques consistant à substituer aux états arabes actuels, des minis états à caractère monoethnique et faire en sorte qu’ils soient dressés les uns contre les autres en permanence. 

Le plan échafaudé dresse une série d’opérations à réaliser avec l’aide et le soutien inconditionnels des Américains car la force du poing juif vient du gant d’acier américain qui le recouvre et des dollars qui le capitonnent : propos tenus par un philosophe israélien. Certaines de ces opérations ont déjà eu lieu : la division du Soudan, la destruction de l’Iraq, le premier souci d’Israël, riche en pétrole et en proie à des luttes intestines, était dans la ligne de mire israélienne depuis longtemps déjà. Sa dissolution comptait plus à leurs yeux que la Syrie elle-même, car c’est l’Iraq qui représentait à court terme la menace la plus sérieuse pour eux.  Le parrainage des partis politiques et organisations kurdes, de même que leur formation militaire n’est un secret pour personne. Israël a toujours joué la carte des minorités ethniques et religieuses qu’il soutient, qu’il entraîne et qu’il envoie à la guerre contre leur propre pays. 

Une des priorités de ce plan, est la division en provinces de l’Egypte : avec un état copte en Haute Egypte, de la Lybie, et d’autres pays plus éloignés, comprenez par là les pays du Maghreb, notamment l’Algérie. 

L’Algérie n’est pas citée nommément mais les intentions pernicieuses envers notre pays sont révélées dans un article de Jean Ziegler, sociologue suisse qui explique comment l’Occident complote pour affaiblir l’Algérie, 11è pays producteur de pétrole, souverain dans ses décisions, qui arrive à se sortir de toutes les crises auxquelles il ne cesse d’être affronté, comparé au Nigéria, qui occupe pourtant la 8è place parmi les pays producteurs de pétrole mais qui se débat dans des difficultés interminables et se fait dicter sa conduite par les multinationales. L’Algérie ne sera donc pas épargnée à moyen ou à long terme pour peu que l’on manque de vigilance. Parmi les résolutions prises par les sionistes, notons celle de diviser le Liban en cinq provinces, oui cinq, ni plus ni moins. Le Liban a toujours suscité la jalousie de ses voisins perfides qui guettent la moindre petite forme de confrontation entre les différentes communautés qui y cohabitent, pour pouvoir intervenir. 

La Syrie, quant à elle, elle ne diffère pas des autres pays. Le même sort lui est réservé. Elle sera divisée en deux états distincts, un état chiite le long de la côte et un état sunnite dans la région d’Alep. Les Druzes ne seront point lésés, Israël pense leur faire don de son Golan. La péninsule arabique ne sera pas épargnée, elle non plus ; elle est, elle aussi, vouée à la dissolution sous des pressions internes. 

Pour la Jordanie, le travail prévu par le plan Kivounim, a déjà commencé, au grand bonheur des spectateurs sionistes et américains, ce sont tous les apatrides qui y seront envoyés pour revendiquer la nationalité jordanienne ; Israël envisage de leur adjoindre tous les Arabes de Palestine pour faire de la Jordanie, leur nouvelle patrie, car Les juifs d’Israël ne peuvent plus rester concentrés sur le littoral, région surpeuplée et trop exposée. Leur dispersion est un impératif pour la politique intérieure d’Israël, ils doivent s’installer en Judée, en Samarie et en Galilée, c’est justement la tâche à laquelle s’attellent les colons qui chassent les Palestiniens de leurs demeures pour s’y installer en toute impunité. La mosquée Al Aqsa sera détruite et remplacée par un temple juif. 

Le printemps arabe portera peut-être ses fruits, mais ce sera sans doute des primeurs amères car gorgées de sang arabe que les sanguinaires héritiers de Ben Gourion et de Sharon auront à déguster.

Lire ici la totalité de l'article

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19 décembre 2011

SALAH HAMOURI, NOTRE FRERE PALESTINIEN ET NOTRE COMPATRIOTE, EST ENFIN LIBRE !

passeport-salah


http://www.salah-hamouri.fr/node/346

salahlibre

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26 octobre 2011

Le master FLE-francophonie de l’Université catholique de Louvain

par Luc Collès et Sylviane Bachy, CRIPEDIS-UCL.

 

Notre communication vise à expliciter les fondements du master FLE-Francophonie de l'UCL. Nous présenterons une plate-forme d'apprentissage en ligne (UCLine) développée sur la base des besoins spécifiques des enseignants. Cette plate-forme a été conçue pour accueillir des programmes de cours enseignés totalement à distance. Dans ce cadre, nous présenterons la procédure d’adaptation des cours traditionnels vers les cours en ligne en pointant les spécificités méthodologiques et disciplinaires.

 

Our communication aims at presenting the FLE-Francophonie Master's degree available at the Université catholique de Louvain, Belgium. We will present an eLearning-platform (UCLine) which was developed following an analysis of the specific needs of teachers. This platform has been elaborated to include programmes for courses which are taught exclusively via e-learning, i.e. courses for which no actual attendance is required. Within this framework, we shall present the adaptation of courses (when these are taught in face-to-face interaction and when they are taught via e-learning) and the disciplinary specificities.

Master FLE-Francophonie, plate-forme d’apprentissage , Enseignement à distance

Master's degree FLE-Francophonie, platform,  eLearning

 

 Introduction

Le département d’Études romanes de l’Université Catholique de Louvain (UCL) est sollicité par de nombreux partenaires étrangers pour son expertise dans le domaine du FLE. Souhaitant élargir ce réseau à d’autres universités (y compris en Asie), il a mis sur pied un master international Francophonies et Français Langue Étrangère (FLE). Se sont alors posées des questions sur les modalités de l’enseignement. Les concertations avec les partenaires étrangers de l’université de Hanoï ont montré que le déplacement massif des étudiants vietnamiens vers Louvain-la-Neuve n’était pas envisageable. Par contre, les enseignants pouvaient envisager certains déplacements pour autant que leurs cours soient assurés en Belgique.

Passer à l’enseignement en ligne est rapidement devenu une évidence. Cela dit, mettre en place une formation à distance relève encore du défi dans la plupart des universités belges. En effet, même si celles-ci utilisent depuis longtemps des plates-formes d’apprentissage en ligne tel que Claroline, les usages se limitent généralement à la transmission de documents en soutien aux cours traditionnels. De plus, les enseignants concernés par ce master ne maîtrisent pas nécessairement tous les outils technologiques pour adapter leur cours. Un fonds du développement pédagogique a permis d’engager une conseillère pédagogique pour accompagner les enseignants dans la démarche d’adaptation des cours en ligne.

L’objectif de notre communication est d’expliquer la procédure d’adaptation des cours du master FLE pour l’apprentissage en ligne et de pointer quelques spécificités  (liées au passage en ligne et aux spécificités disciplinaires) qui sont apparues au cours de ce travail. En effet, sur la base des besoins spécifiques des enseignants, nous avons créé une nouvelle plate-forme d’apprentissage. Après avoir expliqué le contexte dans lequel le master a été créé, nous présenterons cette plate-forme. Ensuite nous expliquerons la procédure adoptée pour accompagner les enseignants qui le souhaitaient dans l’adaptation de leur cours à l’enseignement en ligne. 

 

 1. Internationalisation et codiplomation

Selon le site de l’Université catholique de Louvain (UCL), l’orientation  français langue étrangère (FLE) du Master en langues et littératures françaises et romanes propose l’étude des concepts, des opérations et des moyens didactiques qui permettent de maîtriser une compétence d’enseignement du FLE. Les cours sont essentiellement théoriques, mais des stages d’observation et de pratique dans des classes de langue complètent la formation des étudiants. Le master FLE vise un public double  puisqu’il accueille tant des étudiants belges qu’étrangers. Ce master a été conçu avec le souci de lui donner  une dimension d’internationalisation sous la forme d’une  codiplomation,  s’inspirant du Réseau International des Francophonies (RIEF), par exemple comme celle qui sera d’application avec l’Université de Hanoï à partir de l’année 2010-2011. La codiplomation favorisera à la fois la mobilité des enseignants et des étudiants, les échanges de cours (via e-learning et vidéo-conférences) et le partage d'expériences.

Dans le cas d’Hanoï, il s’agit en réalité d’une double diplomation, qui a été conçue et est gérée, entre autres, par nos collègues Silvia Lucchini et Francine Thyrion (UCL), et Vu Van Dai (Université de Hanoï).  Concrètement, les deux universités offrent à leurs étudiants la possibilité de suivre un programme commun.  En pratique, il s’agit de neuf cours (ce qui correspond à 45 ECTS), six étant à charge de l’UCL et trois à celle de l’Université d’Hanoï.  L’étudiant suit le reste des cours dans son université.

Le tronc commun concilie les attentes des deux universités : celle d’Hanoï a choisi six cours de l’UCL qui lui manquaient et l’UCL a choisi trois cours pour compléter son programme.  Ainsi, l’UCL intègre dans son programme des cours de pragmatique, de traductologie et de communication interculturelle. Le mémoire de fin d’études a également été pensé en fonction de la double diplomation : l’étudiant rédige un seul mémoire de Master, supervisé par un professeur belge et un professeur vietnamien.

Bien que l’administration utilise le terme de « codiplomation », les accords avec l’Université d’Hanoï relèvent de la double-diplomation et cette différence de vocabulaire est de taille : à la fin de son cycle, l’étudiant reçoit un diplôme valable tant en Belgique qu’au Vietnam.

Contrairement à d’autres universités françaises, cette formation ne peut se faire entièrement et exclusivement à distance: une partie de présentiel reste obligatoire en fonction d’un Décret de la Communauté française de Belgique.  Par conséquent, la double-diplomation avec Hanoï impliquera des déplacements des professeurs belges à l’Université d’Hanoï et vice versa (au total, une semaine sur les deux ans de Master).

Des codiplomations (voire des doubles-diplomations) avec les Universités de Craïova et de Sofia sont en projet d’élaboration, mais la différence des systèmes d’enseignement engendre des difficultés dans le processus de  concrétisation.

 

2. Conséquence : la création d’une plate-forme internet : UCLine

Suite aux accords signés par l’université de Hanoï, une nouvelle manière d’enseigner à l’université a dû être proposée aux étudiants ainsi qu’aux enseignants.  Un projet de ce type, initié par la conseillère pédagogique, répondait aux attentes d’un tel dispositif : la plate-forme en ligne UCLine[1]basée sur les développements du consortium Claroline.  Cette plate-forme tient compte des besoins spécifiques des enseignants associés au programme de double diplomation. En effet, une analyse préalable des cours tels qu’ils se donnent en présentiel et tels qu’ils pourraient être donnés à distance a été réalisée pour identifier les outils et les médias à développer au niveau de la plate-forme en tenant compte des spéficités disciplinaires.

Comme dit précédemment, la double-diplomation prévoit une base commune de neuf cours dont six sont pris en charge par l’UCL et les trois autres par l’université de Hanoï.  Jusqu’à présent, seuls les cours des professeurs belges sont adaptés à la plateforme UCLine (mais l’université vietnamienne devrait prochainement faire de même).  Concrètement, chaque étudiant, belge ou vietnamien, demande son inscription au responsable de la plate-forme et reçoit un identifiant et un mot de passe personnel.  Après cette formalité, il a accès aux cours de la double-diplomation ainsi qu’à de nombreux outils.

La plate-forme a mis sur pied plusieurs stratégies pour permettre l’attractivité entre les étudiants, les professeurs de l’UCL et ceux de Hanoï : forums, incitation à l’utilisation de skype, possibilité de créer des wiki, audio-conférences, etc.  Les forums et les wiki permettent un travail en différé.  Les premiers se veulent un lieu d’échanges de points de vue tandis que les seconds permettent la rédaction d’un travail collectif.  Quant à Skype et aux audio-conférences, ces techniques offrent la possibilité d’une rencontre en direct.  La plate-forme renseigne les utilisateurs sur l’heure locale des personnes de la même classe qui sont connectés ainsi que sur leur statut Skype (connecté – absent – ne pas déranger – etc.). Les conférences ont  l’avantage d’accueillir au maximum quatre participants dans l’espace de discussion virtuel et de pouvoir partager « online » un document de travail.

Par ailleurs, en ce qui concerne la réalisation du mémoire, UCLine a créé un espace comprenant un agenda commun à l’étudiant ainsi qu’aux deux promoteurs, un lieu d’échanges de documents ainsi que des liens d’aide à la recherche (Infosphère). Cet encadrement qui tente de ne pas subir les effets de la distance est également soutenu par l’espace de « prise de contact ».  En effet, une rubrique laisse la parole aux professeurs qui se présentent par écrit ou par vidéo.  Les étudiants sont également amenés à se présenter à leurs professeurs.  Ce lieu de présentation permet également à tous les étudiants de la même classe de se rencontrer virtuellement, quel que soit le lieu de résidence (la Belgique ou le Vietnam) pour renforcer le sentiment d’intégration nécessaire au métier étudiant.

Dans cette optique de mise à disposition d’outils, la plate-forme a le projet de créer une bibliothèque virtuelle.  Effectivement, pour certains cours, un long travail de scan a été réalisé pour permettre la consultation en ligne d’articles, de parties de livres, voire de livres entiers.  Selon des modalités de droits d’auteur bien précises, UCLine offre ainsi aux étudiants vietnamiens un accès à des livres épuisés dont l’UCL garde cependant une copie.  Le projet actuel vise donc au stockage informatique de toute une série de livres, d’articles ainsi que de mémoires.

 

3. Adaptation des cours pour la co-diplomation en ligne

Pour adapter les cours à l’enseignement en ligne, nous avons tenu compte des spécificités disciplinaires et des besoins pédagogiques des enseignants du Master FLE. Nous allons illustrer cette réflexion par le cours de Stratégie de communication orale en entreprise. Ensuite nous allons expliquer la procédure adoptée pour adapter les cours. Nous proposerons une seconde illustration basée sur le cours de géolinguistique. Enfin, nous discuterons des changements observés sur le dispositif pédagogique. En effet, passer en ligne ne signifie pas nécessairement passer d’un exposé magistral à une autre méthode transmissive médiatisée. C’est parfois l’occasion de penser le dispositif autrement en tenant compte des richesses du contexte. En l’occurrence ici l’apport de la co-diplomation consiste à travailler en plus avec des étudiants issus de cultures différentes.

3.1 Identification des spécificités disciplinaires

L’enseignant est amené à ne plus penser son cours avec les contraintes habituelles de l’enseignement traditionnel, à savoir qu’un cours de 24h se donne généralement en 12 leçons de deux heures. L’enseignement en ligne permet une réflexion et une adaptation du dispositif pédagogique par thème, chapitre ou module. Les modules peuvent être structurés en parcours pédagogiques. Celui-ci rassemble des ressources/informations (consignes, synthèse, illustration), des activités (résoudre un problème, participer à un forum) et des productions (réaliser un travail, faire des exercices). L’étudiant a un indicateur de progression par rapport à chaque composante du parcours pédagogique et l’enseignant peut contrôler la progression de l’apprentissage pour chaque étudiant.

L’illustration suivante du cours de Stratégie de communication orale en entreprise (figure 1), montre un parcours pédagogique qui vise à donner des outils d’analyse pour les présentations orales en entreprise. L’enseignante précise les objectifs du module. Ensuite elle présente des outils d’analyse. Le parcours se divise en quatre parties distinctes. Les trois premières regroupent des séquences vidéo (durée totale de 29’08’’), trois exercices et plusieurs extraits de journal télévisé à analyser (points un à trois).

Figure 1 – Illustration d’un parcours pédagogique

La dernière partie du parcours (le point quatre : « commenter oralement des représentations graphiques ») propose une recherche collective dont les résultats seront publiés dans un wiki.

 

Malgré l’enseignement à distance, les professeurs exigent un contact régulier avec leurs étudiants.  Bien qu’il soit communément admis que ces échanges sont nécessaires pour maintenir la motivation des étudiants et détecter rapidement des problèmes éventuels, il s’avère qu’ils se présentent avec des caractéristiques spécifiques pour les cours en FLE.  En effet, les enseignants donnent régulièrement des appréciations des travaux (évaluation formative) qui feront parfois l’objet d’une discussion sur l’un des forums.  Il y a aussi des rencontres sur skype ou des interventions sur les wiki pour commenter et proposer une synthèse.

 

Toutes ces interactions prévues dans les dispositifs en ligne assurent un contrôle régulier de l’apprentissage. Le nombre d’interactions et les modalités d’interactions (synchrones et asynchrones) se présentent différemment dans des cours en sciences politiques engagés dans la même démarche d’adaptation de cours en ligne. Tous les cours du Master FLE proposent davantage d’interactions en modalité synchrone et l’usage du wiki (réalisation de synthèse collective) est également nettement plus marqué (Bachy, Lebrun et al. 2009).

 

Si nous reprenons le cours illustré ci-dessus, pour le même module, l’enseignante propose que les étudiants visionnent plusieurs extraits de Journal télévisé  et qu’ils terminent le parcours par une recherche collective dont les résultats seront placés sur un wiki. Ce travail collaboratif à distance est supersivé par l’enseignant qui assure les régulations nécessaires par forum et par Skype.

 

3.2 La procédure pour les cours en FLE

Pour chaque cours, l’ensemble des parcours pédagogiques et l’ensemble des interactions prévues font l’objet d’une scénarisation propre à l’enseignement en ligne et à distance. Une des particularités du travail d’adaptation des cours pour l’eLearning, est de trouver des méthodes pédagogiques qui permettent d’enseigner le même contenu qu’en présentiel en tenant compte de ses spécificités disciplinaires.  Dès lors, il n’existe pas de scénario pédagogique pré-établi.

La difficulté à établir un scénario pédagogique réside dans le fait que l’enseignant est contraint d’expliciter et de planifier toutes les séquences d’apprentissage. En présentiel, les enseignants sont libres d’improviser.  Les séquences d’apprentissage peuvent s’adapter en fonction des interactions. Dans le cadre de l’enseignement en ligne, l’enseignant est amené à prévoir toutes les séquences d’apprentissage pour lesquelles les interactions seront également planifiées. Pour y arriver, il doit se forcer à décrire son propre schéma d’apprentissage pour en déterminer les étapes de progression. Nous avons élaboré une procédure en quatre étapes pour guider cette réflexion.

 

3.2.1 Quatre étapes

Une première étape consiste à décrire le cours en module. L’enseignant doit découper le cours en parties de contenu plus ou moins autonomes.

Une deuxième étape détaille pour chaque module tout le dispositif en utilisant une grille d’analyse. La grille (figure 2) comporte quatre colonnes : informations, activités, productions et interactions, composantes issue du modèle d’enseignement-apprentissage de Lebrun (2007). Ces composantes générales permettent de décrire un dispositif d’enseignement –apprentissage dans un contexte précis.   Par « informations », on entend ce qui relève des ressources, des connaissances à acquérir et de leur support; elles peuvent venir de l’enseignant ou de l’apprenant par ses lectures ou connaissances antérieures, par exemple.

La composante « activités » représente les stratégies d’enseignement et les activités d’apprentissage induites par les stratégies d’enseignement qui visent des processus cognitifs de différents niveaux.

La composante «interactions » relève ici du recours aux diverses ressources humaines disponibles pour l’apprentissage. Elle représente de manière générale tous les rapports à l’autre (enseignant, autres étudiants, etc.).

Enfin, la composante « productions » correspond à la construction de nouvelles connaissances, de nouvelles ressources qui constituent une nouvelle étape de l’apprentissage. Par un test, une synthèse ou la réalisation d’un schéma, l’enseignant et l’apprenant peuvent faire des liens avec l’information fournie pendant les activités.

Le modèle d’apprentissage de Lebrun détaille le processus «apprendre» qui se situe entre l’étudiant et le savoir. En effet, pour apprendre, l’étudiant doit mobiliser des ressources dans un contexte donné pour réaliser certaines activités en vue d’atteindre des objectifs ou des buts fixés par l’enseignant. Le modèle permet aussi d’analyser le dispositif d’enseignement (le processus « enseigner ») qui se situe entre l’enseignant et le savoir dans le triangle didactique. L’enseignant crée un dispositif à partir d’une information à transmettre dont il connaît l’importance et les fondements. Son propre rapport au savoir influence les méthodes qu’il va choisir pour enseigner.

Nous croisons (tableau 1) ces composantes avec des outils (Desbien & coll, 2004) et des médias.  Par outil, nous entendons ce qui permet de mettre en place le suivi de l’apprentissage (Bourda, 2001). Le focus principal de l’investissement de l’enseignant se fait pendant le cours. Les outils technologiques viennent soutenir l’enseignement et l’apprentissage  (Lebrun, 2007). Nous le distinguons du média éducatif qui véhicule du contenu et qui peut être textuel, audio-viduel ou programmé et se limite au contenu médiatisé contrairement à la plus large conception de Peraya, Rickernmann et al. (2002). L’enseignant en est entièrement responsable et le média ne doit pas nécessairement être en ligne.  Le focus principal de l’investissement du professeur vient principalement avant le cours quand il prépare les différents supports (présentations PowerPoint commentées, enregistrements vidéo, articles scannés, etc.).

 

Tableau 1: Grille d’analyse pour guider l’adaptation des cours en ligne – Bachy, S.

Module 1

Objectifs :

Evaluation :

 

ressources

activités

productions

interactions

outils

 

 

 

 

medias

 

 

 

 

 

Après la première étape qui consistait à découper la matière en ensembles cohérents (modules) et la deuxième étape qui demandait d’identifier les composantes du dispositif en ligne, une troisième étape se concentre sur les moments où l’enseignant veut recueillir des informations lui permettant d’avoir une idée sur la manière dont l’étudiant progresse dans le module. Enfin, une quatrième étape vise à préciser les modalités d’évaluation certificative.

Ces étapes d’adaptation des cours traditionnels vers les cours en ligne se déroulent avec chaque enseignant qui le souhaite. Lors de l’accompagnement techno-pédagogique individualisé, ces guides méthodologiques peuvent s’adapter en fonction des besoins pédagogiques et technologiques de chaque enseignant. A terme nous visons des cours en ligne qui associent un dispositif pédagogique de qualité avec le recours adéquat des outils technologiques. Cet accompagnement prend du temps et dépend des dispositions des enseignants associés au projet général.

Nous allons à présent illustrer cette démarche pour un extrait du cours de géolinguistique en pointant par la suite les changements observés entre le cours traditionnel et le cours adapté pour l’enseignement en ligne

 

3.2.2 Application de la procédure

Le cours de géolinguistique , avec deux co-titulaires,  décrit les variations que connaît le français dans diverses aires de la francophonie, qu'il y soit langue "endogène" (Wallonie, Suisse, Québec, etc.) ou langue "importée" (Afrique noire, Louisiane, Océanie, etc.). Cette approche, qui se fonde essentiellement sur des données lexicales et phonétiques/phonologiques, est intégrée dans le contexte historique, culturel et social de chaque aire étudiée. Ce cours répond aux objectifs suivants :

1. familiariser les étudiants de master avec les variations du français dans la francophonie, plus particulièrement d'un point de vue diatopique (dans l'espace), avec en outre des ouvertures vers la variation diastratique (selon les groupes sociaux) et diaphasique (d'après les situations de communications);

2. familiariser les étudiants avec les corpus oraux, leur constitution et leurs exploitations.

Il repose sur une large documentation provenant de diverses aires de la francophonie (Belgique, Canada, Afrique, etc.) présentée, tantôt sous une forme écrite, tantôt sous une forme sonore et visuelle. Une partie de cette documentation, issue de la banque de données VALIBEL, permettra une introduction au traitement informatique des données linguistiques.

L’examen comporte quelques questions de savoir encyclopédique, et des questions portant sur l’analyse de phénomènes phonologiques (description et catégorisation), le classement de régionalismes lexicaux, le commentaire de discours épilinguistiques. La participation au cours et aux diverses tâches fait partie intégrante de l’évaluation. Celle-ci se veut continue et formative tout au long du cours. Un travail de synthèse est demandé en fin de cours.

 

Étape 1 :

Le cours est découpé en 4 modules : introduction et cadre conceptuel, méthodologie pour la Belgique, Suisse ou Québec, méthodologie comparative et enjeux politiques.

Pour chaque module, les enseignants demandent la résolution d’un problème. Pour le résoudre, les étudiants sont amenés à consulter des ressources, à participer à des forums, à analyser des données et à réaliser des synthèses.

 

Étape 2 :

Le module 2  propose d’analyser le français de Belgique, de Suisse et du Québec.  La grille d’analyse (tableau 2) permet d’identifier les besoins en réalisation multi-médias (scan de documents, enregistrement d’extraits sonores, vidéos, etc.) pour les ressources.

 

Tableau 2 : grille d’analyse illustrée par un module de géolinguistique

Module 2

Objectifs : Fournir aux étudiants une grille d’analyse qui pourra servir d’outil pour analyser des corpus issus de la Belgique de la Suisse ou du Québec.

Évaluation : Travail individuel qui vise la résolution d’un problème et tenant compte des échanges qu’il y aura eu sur les forums.

 

ressources

activités

productions

interactions

outil

 

-prendre connaissance des ressources dans le parcours pédagogiques

-participer à deux forums et un débat

-réaliser les exercices

-réaliser une synthèse et la poster dans l’outil travaux

-messages du  forum

-travail d’analyse

-entre les étudiants : forum  (débat)

-entre les étudiants et l’enseignant : feedback sur le travail

média

Documentation pour chaque pays : extraits sonores, vidéos, articles

 

 

 

 

Ensuite, les enseignants doivent expliciter leurs attentes spécifiques par rapport à ce contenu. Ils définissent quelles sont les tâches ou les activités qui devront être prévues. Différentes interactions sont envisagées soit uniquement entre les étudiants sous la forme de débat avec le forum soit en vue de donner un feedback sur le travail d’analyse. Cela suppose que l’enseignant devra prévoir de poster des questions sur le forum, il devra donner des consignes pour le travail et bloquer du temps pour corriger les travaux.

 

Étape 3 :

Différentes productions sont envisagées par module essentiellement pour assurer un suivi de l’apprentissage et pour pouvoir apporter un feedback précis. Dans ce cas-ci, les enseignants estiment que l’application de la grille d’analyse pourrait être complexe pour les étudiants vietnamiens. Dès lors, ils ont prévu des travaux collaboratifs  (forum) et des feedbacks sur le travail d’analyse pour réguler l’apprentissage.

 

 Étape 4 :

Les étudiants sont tenus de participer aux forums (obligation de poster un message et obligation de répondre à un message) et de poster leur travail au terme de ce module. Ces tâches entrent en partie dans la note finale liée au cours.

 

3.3 Changements pédagogiques observés pour les cours en ligne 

Les enseignants qui ont adapté leur cours en suivant cette procédure ont mis en place des dispositifs souvent différents par rapport au cours initial enseigné en présentiel. Sur la base de l’ensemble des méthodes pédagogiques (exposé magistral, démonstration, invités, exposé par les étudiants, débat, etc.) proposées par Prégent (2005), nous avons comparé le dispositif pédagogique dans son ensemble (figure 2) pour le cours classique et le cours en ligne. Les enseignants devaient estimer la proportion d’utilisation de chaque méthode (3 étant une proportion d’utilisation supérieure à 2/3, 2 correspondant à une proportion comprise entre 2/3 et 1/3, 1 étant inférieur à 1/3 et 0 correspond à l’absence d’utilisation de la méthode).

Par rapport au cours tel qu’il se donnait de manière traditionnelle, les enseignants proposent des méthodes d’apprentissage fortement plus collaboratives (augmentation de l’utilisation de débats et de travaux de groupe)  et plus individualisées.

 

Figure 2 : Comparaison des méthodes pédagogiques

Les changements pédagogiques observés dans ce cours indiquent bien que les enseignants prêtent une attention particulière à leurs nouveaux étudiants. Ils souhaitent mettre en place un cadre pédagogique favorisant davantage les échanges interculturels et les régulations.

 

Conclusion

Nous avons expliqué les fondements du Master FLE-Francophonie de l’UCL ainsi que la démarche opérée pour adapter les cours de ce programme à l’enseignement à distance. La procédure utilisée pour chaque cours vise à accompagner chaque enseignant dans sa réflexion pédagogique et technologique. Cela dit, chaque enseignant reste libre d’accepter cette collaboration. Nous avons illustré la démarche par deux cours qui ont été encadrés par un conseiller pédagogique. Au terme de l’adaptation de ces cours traditionnels vers l’enseignement en ligne apparaît une double spécificité. D’une part, les cours du Master FLE proposent spécifiquement des dispositifs d’enseignement fortement basés sur les interactions. Contrairement à des cours de sciences politiques, celles-ci se passent davantage en modalité synchrone ou sur la base d’une co-construction d’une synthèse dans un wiki. Par ailleurs, les enseignants accompagnés par un conseiller pédagogique changent considérablement leur dispositif d’enseignement. Dans l’enseignement en ligne, ils envisagent plus de travail collaboratif et plus de suivi individualisé.  Ils visent des échanges interculturels entre les étudiants belges et les étudiants vietnamiens et ils mettent en place plus de suivis de l’apprentissage personnalisé.

 

Ces dispositions pédagogiques sont liées à ce projet en particulier. Elles sont conditionnées par le contexte qui limite le nombre des étudiants et qui encourage les échanges culturels. L’engagement d’un conseiller pédagogique  a également permis d’exploiter au mieux les outils technologiques en référence aux besoins disciplinaires.

 

Références bibliographiques

Sylviane BACHY, Marcel LEBRUN et Jean-Louis DUFAYS, Concevoir un cours en ligne : Entre la spécificité didactique et le choix d’outils d’interaction, Actes du colloque EPAL : échanger pour apprendre en ligne, Grenoble, 2009.

Yolaine BOURDA, Objets pédagogiques, vous avez dit objets pédagogiques ? , Cahiers GUTenberg, 2001, N°39-40, pp. 71-79.

Jean-François Desbiens, Jean-François Cardin, Daniel Martin, Vincent ROUSSON,  Intégrer les TIC dans l'activité enseignante : Quelle formation ? Quels savoirs ? Quelle pédagogie ?  Laval, Presses Université Laval, 2004, 268 p.

Marcel Lebrun, Théories et méthodes pédagogiques pour enseigner et apprendre : quelle place pour les TIC dans l’éducation ? 2e éd, Bruxelles, De Boeck Université, 2007, 206 p.

Daniel Peraya, René Rickenmann et François Lombard, Changement dans les rapports aux univers technique, relationnel et sémiotique. In :  GUIR R. Coord, Pratiquer les TICE. Former les enseignants et les formateurs à de nouveaux usages Bruxelles : De Boeck, 2002, pp. 77-91.

Richard PREGENT, La préparation d’un cours, 2e éd, Montréal, Éditions de l’école polytechnique de Montréal, 2005, 274 p.

 

Note : Cet article a paru dans les Actes du colloque Didactique et TICE IV publié par l’Université Antonine (Beyrouth, 2011)



[1] L’UCL utilise depuis de nombreuses années une plate-forme d’apprentissage appelée iCampus. Basée sur les développements de Claroline, cette plate-forme est utilisée pour supporter la quasi totalité des dispositifs de cours hybrides pour les étudiants résidant en Belgique. Le développement d’UCLine s’est réalisé grâce à l’intervention du Fonds de développement pédagogique qui a permis l’engagement d’un conseiller pédagogique (S. Bachy) et d’un informaticien (F. Fervaille) à mi-temps pour une durée de deux ans.

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06 septembre 2011

Un terrorisme nommé argent

Choc de civilisations ?

Les médias nous abreuvent de violence, d'attentats, de haine, au point d'avoir "inventé" une enseigne fourre-tout nommée Al-Qaida. Dès qu'arrive un massacre, qu'explose une bombe, c'est cet étendard vert qui est agité par nos gouvernants, et les gratte-papiers zélés qui les secondent. Cela permet d'entretenir dans la peur les citoyens qui se raccrochent aux édiles et à leurs armées pour les défendre. Une telle organisation internationale, pourtant, n'existe pas. De nombreuses études l'ont démontré. Ce n'est qu'un panneau publicitaire commode, que n'importe qui peut brandir pour accomplir en cachette ses forfaits.
On peut donc en conclure que cet épouvantail commode n'existe pas, que la mise en avant de cas isolés et souvent bien spécifiques n'est qu'une façon de soulever les populations contre les simples observants d'une religion, le plus souvent peu assidus à en pratiquer les préceptes.
Pourtant si, il existe, ce terrorisme international. Il fait des victimes par milliers, chaque jour. Il a pris pied partout, même en Amazonie ou chez les Inuit. Il n'a pas de visage, pas de figure de proue, pas de tribun, pas de pasionaria. C'est un terrorisme honteux, qui ne revendique pas, qui donne le change sur ses intentions, ses crimes, ses réalisations.
Ce terrorisme se nomme Argent. Il sait utiliser les plus grandes armées du monde, les plus grands empires de la presse, les industries les plus polluantes et les plus dangereuses. Jusqu'à présent, il est toujours arrivé à ses fins. Il sait couvrir ses méfaits, qui font mourir de faim chaque jour des enfants. A chaque fois, ce seront des guerres tribales, armées on ne sait comment. Ou un blocus dit "de sécurité". Lui n'apparaît pas. Ses armées couvrent la terre de munitions radioactives, de phosphore, de gaz de combat. Mais non, bien sûr, nous ne sommes pas en guerre mondiale. Officiellement. Ce n'est que la guerre de ceux qui ont, à ceux qui sont. Des possédants aux simples humains.
Ce choc des civilisations, souhaitons-le : mais pas de la façon dont les nantis l'entendent. Comme je l'indiquais plus haut, c'est le conflit généralisé entre ceux qui ont, et ceux qui sont. Par une solidarité étendue à toute la planète, peut-être ceux qui sont de vrais humains, avec de vrais sentiments, finiront-ils par faire vaciller et basculer ceux qui n'ont que l'argent pour perspective, et la violence du mépris pour moyen.

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30 août 2011

Reconnaissance d'un Etat palestinien à côté d'Israël ou un seul Etat en Palestine historique ?

 

Le Mouvement Citoyen Palestine, rejoint ouvertement les nombreuses voix palestinienne ou pas, juive ou pas, qui portent la position d’un état unique sur la totalité de la Palestine historique.
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L’Etat de Palestine à l’ONU : beaucoup de bruit pour rien ?
par Julien Salingue

L’actualité internationale du mois de septembre sera marquée par le projet de vote sur « l’État palestinien » à l’ONU. La direction de l’Autorité Palestinienne de Ramallah (AP) entend en effet demander aux Nations Unies la reconnaissance, voire même l’admission comme État membre, de la Palestine. C'est en tout cas ce qu'elle affirme aujourd'hui, et c’est sur cette hypothèse que je raisonnerai. Chacun a pu constater, à ce titre, une certaine agitation diplomatique, mais aussi des débats, de plus en plus explicites, au sein du mouvement national palestinien et du mouvement de solidarité avec la Palestine.

L'épisode onusien à venir doit être appréhendé dans son historicité, et non comme un événement isolé : il s'agit en effet avant tout d'une nouvelle étape du développement de la question palestinienne. Pourquoi maintenant ? Par qui ce projet est-il réellement soutenu ? Que pourrait-il changer dans les rapports de forces entre Israël et les Palestiniens ? Cet article entend répondre à ces quelques questions qui me semblent essentielles, sans pour autant prétendre fournir une analyse exhaustive de la démarche de la direction de l’AP et de ses éventuelles répercussions.

 

1) Pourquoi maintenant ?

 

a) Dans la continuité du « plan Fayyad »

 

Ce que les dirigeants israéliens appellent, non sans une certaine ironie, « l'unilatéralisme palestinien », ne date pas du projet de reconnaissance par l'ONU de l'État de Palestine. Ce dernier projet s'inscrit en effet dans la continuité de la « doctrine Fayyad », celle de la construction, « par en bas », d'un État palestinien malgré l'occupation. Après avoir été nommé Premier Ministre en 2007, malgré son faible score aux élections législatives de 2006 (2%), l'ancien haut fonctionnaire de la Banque Mondiale et du FMI a progressivement opéré un changement de paradigme dans la gestion de la question palestinienne : pour Fayyad, c'est un processus volontariste de state building qui permettra de mettre un terme à l'occupation israélienne, et non la fin de l'occupation qui permettra de construire un État palestinien.

 

Le corollaire de ce changement de paradigme était la « déclaration unilatérale d'indépendance », prévue à l'origine pour juillet 2011, à laquelle s'est progressivement substituée la reconnaissance onusienne : à la construction de l'État « par en bas » s'ajoute désormais la reconnaissance de l'État « par en haut », c'est-à-dire par les instances internationales, au premier rang desquelles l'ONU. Cet article n'a pas pour objet d'analyser en profondeur les succès et les échecs du plan Fayyad[1] : soulignons néanmoins que l'économie palestinienne, malgré les spectaculaires chiffres officiels de croissance, demeure précaire. Comme le souligne en effet l'UNRWA[2] dans un récent rapport[3], « contrairement aux informations des médias sur une économie cisjordanienne florissante, la seconde moitié de 2010 montre une détérioration du marché du travail, avec un recul de la croissance de l'emploi, un chômage en hausse et des salaires réels en baisse »[4]. Qui plus est, elle demeure une économie dépendante et subordonnée aux aides internationales : sans un appel à la mobilisation des pays donateurs, l'AP de Ramallah n'aurait pas pu payer les salaires des fonctionnaires de Cisjordanie durant l'été 2011[5].

 

L'État palestinien de facto promis par Fayyad devait contribuer à modifier les rapports de forces vis-à-vis d'Israël : par le développement des infrastructures, notamment économiques, la direction de l'AP entendait mener une politique de facts on the ground qui aurait culminé avec une déclaration unilatérale d'indépendance et un appel à la reconnaissance internationale[6]. Les pressions exercées sur l'AP, menacée de sanctions, notamment économiques, en cas de « décision unilatérale », l'ont conduite à réviser sa stratégie et à privilégier un vote des Nations Unies. Une intense activité diplomatique s'en est suivie, la direction palestinienne tentant de s'assurer la majorité des deux tiers au sein de l'Assemblée Générale de l'ONU.

 

b) Sortir du cadre négocié ou y revenir ?

 

Plusieurs commentateurs et analystes[7] estiment qu'en procédant de la sorte, la direction palestinienne a pris acte de l’état de mort clinique du « processus de paix » et a fait le choix conscient de s'émanciper du cadre étroit des négociations avec Israël. Rien n'est moins sûr. Le 16 mai dernier, Mahmoud Abbas publiait dans le New York Times (NYT) une tribune intitulée « The Long Overdue Palestinian State »[8]. On pouvait notamment y lire ceci : « Les négociations demeurent notre option principale mais, en raison de leur échec, nous sommes aujourd’hui contraints d’en appeler à la communauté internationale afin qu’elle nous soutienne pour préserver l’opportunité d’un règlement pacifique et juste du conflit ». Plus récemment, le « négociateur » palestinien Saeb Erekat affirmait que « [la] demande de statut de membre permanent pour l’État palestinien, au sein des frontières de 1967 et avec Jérusalem pour capitale, ne vise aucunement la confrontation ou le conflit, mais il s’agit bien de maintenir la possibilité des deux États et de préserver le processus de paix  »[9]. 

 

Ces deux déclarations sont éloquentes : pour Abbas comme pour Erekat, il n’est en aucun cas question de faire le deuil de la « négociation avec Israël » ou du « processus de paix ». Il s’agit plutôt de les relancer, en passant par la case ONU. Tel est le sens des propos de Mahmoud Abbas dans la tribune du NYT : « Une fois admis aux Nations Unies, notre État se tiendra prêt à négocier toutes les questions essentielles du conflit avec Israël ». Le pari de la direction de l’AP est donc le suivant : la reconnaissance de l’État de Palestine à l’ONU renforcera le camp palestinien dans les futures négociations avec l’État d’Israël. Nous discuterons de la pertinence de cette approche. Notons pour l’instant qu’il ne s’agit aucunement de remettre en cause la stratégie de l’OLP, puis de l’AP, depuis une trentaine d’années : la quête d’une solution négociée avec Israël, sous patronage international, en vue de l’établissement de deux États.

 

c) Un projet à sauver

 

Revenons à présent à notre question de départ : « Pourquoi maintenant ? » Lors de la signature des Accords d’Oslo, en 1993-94, l’OLP a achevé de se transformer en appareil d’État – sans État – investissant l’essentiel de ses forces dans la construction de l’Autorité Palestinienne, conçue au départ comme une structure intérimaire vouée à disparaître lors de l’établissement de l’État palestinien indépendant. Le bilan du processus d’Oslo est connu, mais un élément, pourtant essentiel, est rarement souligné : malgré les événements des années 1990 et 2000, la structure AP a trouvé sa propre raison d’être, avec le développement d’une nouvelle couche sociale, que j’ai nommée dans un article antérieur le « personnel politique d’Oslo »[10] : « Ministres, anciens Ministres, anciens Conseillers d’Arafat, Conseillers d’Abu Mazen, ex-responsables des forces de sécurité, « négociateurs », hauts fonctionnaires… »[11]. Cette couche sociale bénéficie de gratifications matérielles et symboliques qui ne sont pas dépendantes de la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens mais de la survie de l’appareil d’État et de la poursuite du processus négocié.

  

Or il s’avère que de plus en plus de voix s’élèvent, notamment dans les rangs palestiniens, exigeant de prendre acte de l’échec patent du projet d’État palestinien indépendant au terme d’un processus négocié : disparition des bases matérielles de l’État en raison de la colonisation, obstination israélienne à refuser tout compromis au sujet de Jérusalem, négociations sans fin durant lesquelles Israël poursuit sa politique de fait accompli… Pour Ziad Clot, ex-membre de l’équipe des négociateurs de l’OLP, le doute n’est plus permis : « Il n’y aura pas d’État palestinien »[12]. Sari Nusseibeh[13] lui-même déclarait en janvier 2010 dans une interview au Figaro : « [L]a possibilité de créer deux États s'est évanouie. Même si je n'exclus pas la possibilité d'un miracle, je ne considère personnellement plus cette perspective comme réalisable »[14].

 

Cette hypothèque inquiète évidemment la grande majorité du personnel politique d’Oslo, menacé par l’impasse des négociations et la fin de la perspective de l’État indépendant. Loin d’être une révolution copernicienne, la quête de la reconnaissance de l’État de Palestine à l’ONU est donc une inflexion tactique de la direction palestinienne, qui tente de sauver, sinon de ressusciter, le projet politique auquel elle est identifiée et qui lui assure sa survie économique et politique depuis plusieurs décennies. Le verdict d’Ali Abunimah, journaliste palestino-états-unien, fondateur du site web Electronic Intifada, est sans appel : « Il n’y a rien de nouveau dans l’approche d’Abbas. La seule chose qui pourrait être acquise grâce à la reconnaissance de l’ONU serait, pour Abbas et ses proches, d’être reconnus internationalement comme les dirigeants d’un « État » imaginaire sans que rien ne change pour les Palestiniens »[15].

 

2) Par qui ce projet est-il réellement soutenu ?

 

a) Dans le champ politique palestinien 

 

Les principaux promoteurs de l'initiative palestinienne sont, chacun l'aura compris, la direction de l'AP de Ramallah[16]. Ils se prévalent d'un soutien massif de la société palestinienne. Dans une tribune publiée sur lemonde.fr le 7 juin dernier, Saeb Erekat l'affirme : « Nous refusons de laisser notre État de Palestine se faire ensevelir sous quarante années supplémentaires d'expansion des colonies israéliennes. Nous, Palestiniens, allons continuer d'œuvrer pour la reconnaissance de notre État dans les frontières de 1967. Nous allons lancer la procédure de demande d'adhésion aux Nations unies et demander à l'Assemblée générale de soutenir notre appel pacifique à la concrétisation de nos aspirations nationales »[17]. Les 7 occurrences du « nous », procédé rhétorique habituel chez les dirigeants de l'AP et de l’OLP, laissent entendre que c'est bien « le peuple palestinien » qui soutient la démarche entreprise. Dans un « appel à l'action » daté d'août 2011, traduit et publié sur le site de l'Association France-Palestine Solidarités (AFPS), le même procédé est employé : « Nous appelons les syndicats, les organisations de la société civile, les fondations, les universités, et les citoyens du monde entier à soutenir la campagne du peuple palestinien pour la reconnaissance internationale et de l’admission de l’ONU »[18]. Cet appel est signé de la « Campagne nationale La Palestine : l'État 194 ». Or il s'avère que cette « campagne du peuple palestinien » a en réalité été lancée « par en haut » par Yasser Abed Rabbo, secrétaire général du Comité Exécutif de l'OLP et conseiller de Mahmoud Abbas, lors d'une réunion qui s'est tenue à Ramallah le 1er août dernier[19], et qu’elle n’est que très peu reprise.

 

Il serait évidemment abusif de réduire les soutiens à la démarche entreprise par Fayyad et Abbas à leur seul entourage. Mais il me semble essentiel, pour ne pas commettre d'erreur dans l'analyse, de tenter de rapporter, avec autant de précision et d'honnêteté que possible, la réalité des débats inter-palestiniens afin d'éviter toute généralisation hâtive sur « la » volonté « des » Palestiniens[20]. Or un examen approfondi des positions des principales forces politiques et sociales palestiniennes indique que le projet est loin de faire l'unanimité. Au sein du Fatah, Marwan Barghouti, souvent considéré comme plus « radical » que Mahmoud Abbas, a affirmé qu'il « soutenait pleinement » le processus de reconnaissance à l'ONU, sans pour autant considérer qu'il se suffisait à lui-même : « Evidemment, l’étape de Septembre ne nous permettra pas à elle seule de satisfaire nos droits nationaux, mais c’est un pas dans cette direction »[21]. Il a en outre appelé les Palestiniens à manifester lors de l’examen du « dossier » palestinien par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Nous y reviendrons.

 

Du côté de la gauche palestinienne, les positions ressemblent à s'y méprendre à celles entretenues à l'égard des Accords d'Oslo. La principale des organisations de gauche, le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), semble avoir adopté une attitude de « non-opposition », ne dénonçant pas la démarche de Mahmoud Abbas mais  mettant en garde ce dernier contre toute tentation de retour à de « futiles négociations ». Il est significatif de noter que le FPLP s'exprime assez peu à ce sujet, signe non d'un désintérêt mais bien de divisions internes quant à la question de la revendication de l'État palestinien indépendant, divisions que j'ai pu, comme d'autres, constater à de nombreuses reprises lors de discussions « officieuses » avec ses dirigeants. Le FPLP insiste davantage sur l'absence de perspective quant à la « réconciliation inter-palestinienne », accusant le Fatah et le Hamas de sacrifier l'unité sur l'autel des querelles de pouvoir[22].

 

Du côté du Hamas, c'est aussi la « non-opposition » qui semble dominer, même si, comme on va le voir, de plus en plus de dirigeants du mouvement islamique sortent de la réserve qu'ils s'étaient imposée avec la « réconciliation ». La non-opposition du Hamas était l’une des conditions implicites de l’accord de « réconciliation » signé au Caire en mai dernier. Mais l’impasse actuelle, et notamment l’incapacité des deux principales factions palestiniennes à se mettre d’accord sur le nom d’un Premier Ministre et sur un calendrier électoral, a délié certaines langues au sein du Hamas. Ahmad Yousef, proche d’Ismaïl Haniyah, continue de porter le discours de la non-opposition, tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de consensus au sein du Hamas : « c’est un pas dans la bonne direction auquel personne ne s’oppose. Le Hamas ne s’oppose pas à la demande, même si certains la considèrent comme un exercice futile »[23].

 

Mais d’autres font désormais preuve de moins de modération. Ezzat al-Richq, dirigeant du mouvement à Damas : « Un État palestinien doit être conquis et non quémandé. (…) La résistance est le seul moyen grâce auquel les Palestiniens pourront conquérir leurs droits, libérer leur terre et établir leur État » »[24]. Mahmoud Zahar, dirigeant du Hamas à Gaza : « Cela n’a aucun sens (…). Un État palestinien, cela veut dire une terre, un peuple et une autorité. (…) [L’initiative de septembre] est une escroquerie politique »[25]. Mohammad Awad, Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Gaza : « L’obstination d’Abbas à en appeler aux Nations Unies pour l’indépendance sur les frontières de 1967 est en réalité une campagne médiatique qui ne débouchera sur aucun résultat significatif »[26]. Etc.

 

Cette liste non-exhaustive de déclarations de hauts cadres du Hamas indique que, si la plupart des dirigeants du mouvement considèrent aujourd’hui, à l’image de Khaled Meshaal lors de son discours du Caire à l’occasion de la « réconciliation », que la revendication de l’État palestinien indépendant sur les lignes d’armistice de 1949 peut être portée par l’organisation islamique (comme une étape avant la libération de « toute la Palestine »)[27], le Hamas ne soutient pas (et c’est un euphémisme) la démarche entreprise par Mahmoud Abbas. Comme le FPLP, le Hamas est divisé sur l’attitude à adopter, oscillant entre opposition frontale et silence critique. Il me semble à cet égard erroné d’affirmer, comme le fait Dominique Vidal dans un article publié sur le site de l’AFPS le 20 août dernier, que la campagne pour l’admission à l’ONU représenterait « [un] consensus qui rassemble l’essentiel du mouvement national, y compris en l’occurrence le Hamas qui, par la voix de son principal responsable, Khaled Meshaal, a validé, sur le fond et sur la forme, à la fois la construction d’un État dans les territoires occupés par Israël en 1967 et la recherche de sa reconnaissance internationale »[28]. Si tel était le cas, pourquoi Ismaïl Haniyah aurait-il accusé Mahmoud Abbas, le 8 juillet dernier, de « courir après un mirage »[29] ?  De la simple tactique politique ? Peut-être. Mais de consensus, point.

 

b) Dans la « société civile » palestinienne

 

Du côté de la « société civile » palestinienne, aucune unanimité ne se dégage. Les « Comités populaires contre le mur et les colonies » ont exprimé leur soutien à la démarche de la direction de l’AP, dans un communiqué daté du 29 juillet, issu d’une longue – et tumultueuse – réunion : « Les comités populaires contre le mur et les colonies (…) ont discuté du projet de l’Autorité Palestinienne de se rendre à l’ONU pour obtenir la reconnaissance de l’État palestinien. Tous ont réaffirmé le droit du peuple palestinien à avoir un État reconnu, avec Jérusalem pour capitale, en se rendant aux Nations Unies et en obtenant la garantie de ses droits inaliénables. Les comités considèrent que Septembre sera une étape très importante dans l’histoire de la lutte palestinienne et appelle le peuple palestinien dans toutes ses composantes à s’engager activement et à répondre présent lors de cette étape »[30].

 

Les comités populaires appellent en outre les mouvements de solidarité internationale à participer à la journée de mobilisation du 21 septembre proposée par la « Campagne nationale La Palestine : l'État 194 », dans la foulée de l’appel de Marwan Barghouthi à se mobiliser « par millions » lors de l’Assemblée Générale de l’ONU. Les comités populaires émettent néanmoins une réserve : « [nous] demandons également au leadership palestinien de ne pas subordonner la démarche à l’ONU à un retour aux négociations ». Une réserve, chacun l’aura compris, d’importance, puisqu’elle remet directement en question la stratégie à moyen terme de la direction de l’AP[31]. Cette déclaration doit néanmoins être appréhendée comme l’expression d’un soutien à la « Campagne nationale », confirmant le rapprochement qui s’est opéré, ces dernières années, entre une partie de la direction de l’AP et certains « comités populaires ».

 

Cette position n’est cependant pas la seule au sein de la société civile palestinienne. Le « Palestine Solidarity Project » (PSP), duquel fait notamment partie le comité populaire du village de Beit Ommar, dans le district d’Hébron, a publié le 20 août dernier un communiqué dans lequel le scepticisme à l’égard de l’initiative de la direction de l’AP, est explicite : « Alors que le monde est occupé à parler de l’Assemblée Générale des Nations Unies en Septembre, la situation sur le terrain se détériore et Israël multiplie les attaques contre les villes de Cisjordanie et de Gaza »[32].

 

Plus frappant, le BNC (Comité National de la campagne BDS[33]) a publié deux déclarations sur la question qui nous préoccupe. La première d’entre elles, datée du 1er juin, se démarque nettement de la démarche de l’AP, sans pour autant s’y opposer frontalement. Extraits : « Le BNC se réjouit de la reconnaissance, par une grande majorité des États du monde, du fait que le droit des Palestiniens à la souveraineté et à la libération de l’occupation israélienne est depuis longtemps un dû (…). [Mais] une reconnaissance diplomatique doit conduire à la protection du droit inaliénable à l’autodétermination du peuple palestinien tout entier, représenté par une OLP démocratisée et ouverte non seulement aux représentants des Palestiniens sous occupation, mais aussi aux exilés – la majorité du peuple palestinien – et aux citoyens discriminés d’Israël »[34]. Nul besoin de lire entre les lignes pour comprendre que cette déclaration est une critique explicite de la démarche entreprise par l’AP, indirectement accusée de ne pas tenir compte des réfugiés et des Palestiniens d’Israël. Le Comité National de la Campagne BDS, qui regroupe plus de 170 organisations palestiniennes, confirmera cette position avec une seconde déclaration publiée le 8 août[35]

 

Même s’il est évident que l’ensemble des organisations palestiniennes partie prenante de la campagne BDS n’ont pas directement participé à l’élaboration de ces textes, il n’en demeure pas moins que ces derniers indiquent sans ambigüité qu’une large part de la société civile palestinienne est loin d’être convaincue de la stratégie de l’AP. A l’heure actuelle, et sauf erreur de ma part, aucune des organisations membres de la campagne ne s’est élevée contre les déclarations du BNC. Certaines d’entre elles sont même allées encore un peu plus loin. C’est le cas de l’ONG « Stop the Wall », dont le dirigeant Jamal Juma’, coordinateur de la campagne populaire contre le mur, s’en est vivement pris à l’AP dans une interview au titre explicite, publiée le 8 août : «  Jamal Juma’ : l’AP est en train de « tuer la résistance populaire » »[36]. Cette interview a été mise en ligne, entre autres, sur la version anglaise du site du village de Bil’in… aux côtés de la déclaration des « comités populaires » évoquée plus haut. Une juxtaposition de points de vue à l’image des divisions et des contradictions qui traversent la société civile palestinienne et le mouvement de « résistance populaire ».

 

Les positions de certaines organisations regroupant des Palestiniens « de l’extérieur » sont également révélatrices de cette absence de consensus autour de l’initiative de septembre, voire des sévères critiques auxquelles elle fait face. C’est ainsi qu’al-Awda, « The Palestine Right to Return Coalition », coalition internationale dont les principales activités concernent la question des réfugiés, a publié le 16 mai dernier un communiqué lui aussi sans ambiguïté : « Parier sur une reconnaissance, par les Nations Unies, d’un État palestinien basé sur les frontières de 1967, sans la coupler à l’obtention de la garantie du droit au retour immédiat des réfugiés dans leurs foyers d’origine ouvre en réalité la voie à un nouveau round de discussions diplomatiques futiles qui n’aborderont pas les racines du conflit, et offre à la communauté internationale une nouvelle opportunité, ou plutôt une nouvelle excuse pour se défausser de ses responsabilités à l’égard de notre peuple »[37].. La section états-unienne d’al-Awda participera le 15 septembre, aux côtés de plusieurs dizaines d’autres organisations à une manifestation en direction du siège des Nations Unies[38]. Leur mot d’ordre est le suivant : « Souveraineté, égalité et droit au retour »[39]. On est bien loin de la simple demande de la reconnaissance de l’État palestinien…

 

3) Quels changements dans les rapports de forces entre Israël et les Palestiniens ?

 

a) Renforcer les Palestiniens…

 

Je me suis contenté, dans la partie précédente, d’offrir un panorama non-exhaustif des positions des principales forces politiques et sociales palestiniennes à l’égard de la démarche de la direction de l’AP. Il apparaît que cette dernière ne bénéficie pas, loin de là, de l’assentiment « des » Palestiniens, contrairement à ce qu’affirment ses promoteurs. Il convient à présent de questionner les arguments des diverses parties, non pour établir avec certitude ce qui changera – ou non – après septembre, ni pour extrapoler sur les divers scénarios possibles, mais bien pour tenter de cerner les enjeux politiques de l’initiative de l’AP.

 

L’argument central des promoteurs de l’initiative de septembre est résumé par Mahmoud Abbas dans la tribune publiée en mai dernier dans le New York Times : « La Palestine négociera en tant que membre des Nations Unies dont le territoire est militairement occupé par un autre membre, et non en tant que peuple vaincu et prêt à accepter tout ce qui nous sera soumis ». Ce même argument est repris et développé par Dominique Vidal dans un article publié le 20 juin dernier sur le site de l’AFPS[40] : « [C]ette étape-là modifierait profondément la « règle du jeu ». Sur le terrain, Israël demeurerait l’occupant et la Palestine l’occupée, mais cette dernière ne serait plus abandonnée dans ce face à face inégal par une communauté internationale aussi lâche qu’impuissante. Reconnus États souverains l’un comme l’autre, ils disposeraient, aux yeux de l’ONU et donc de la communauté internationale, des mêmes droits et des mêmes devoirs, y compris le recours au chapitre VII. Et cela transformerait les conditions mêmes des tractations : celles-ci se dérouleraient, non plus bilatéralement et sous les auspices d’un parrain partial, mais dans le cadre des Nations unies et sur la base de leurs résolutions ».

 

Comprenons bien : les arguments ci-dessus ne s’appliquent qu’à la condition que la Palestine soit admise aux Nations Unie comme État membre, et pas seulement reconnue comme un État par une majorité, aussi écrasante soit-elle, de membres de l’ONU. Or, sauf coup de théâtre, et sans vouloir jouer les Cassandre, la Palestine ne sera pas admise aux Nations Unies en raison du veto des États-Unis. Barack Obama l’a indirectement annoncé le 19 mai dernier lors d’un discours au Département d’État : « Les efforts palestiniens pour délégitimer Israël se solderont par un échec. Les actions symboliques visant à isoler Israël aux Nations Unies en Septembre ne créeront aucun État indépendant »[41]. Les menaces du Président ont été suivies de deux votes des élus états-uniens au début du mois de juillet : le Sénat, puis la Chambre des Représentants, ont adopté une résolution – non-contraignante – menaçant l’AP de voir ses aides suspendues si elle allait au bout de sa démarche aux Nations Unies. Au regard des résultats des votes, le moins que l’on puisse dire est que la question ne fait guère débat : la résolution a été adoptée à l’unanimité du Sénat et par 407 voix contre… 6 à la Chambre des Représentants.

 

Ces votes et ces déclarations révèlent néanmoins un paradoxe : si les États-Unis ont décidé, en tout état de cause, de bloquer l’admission de la Palestine à l’ONU, pourquoi menacer l’AP ? La réponse est à chercher du côté des bouleversements régionaux actuels, au cœur desquels les États-Unis souhaitent se positionner : leur veto ne manquerait pas de renforcer l’hostilité régionale à leur encontre et de mettre en péril leurs intérêts présents et à venir. C’est pourquoi l’administration Obama tente de dissuader la direction de l’AP d’aller au bout de sa démarche. Cette dernière prendra-t-elle le risque d’un conflit avec les États-Unis et d’éventuelles sanctions financières ? Rien n’est moins sûr, à en croire les diverses déclarations, côté palestinien, affirmant que « d’autres options » sont envisageables, qui éviteraient aux États-Unis de se trouver dans une position inconfortable. C’est ainsi que la dirigeante palestinienne Hanan Ashraoui, envoyée par Mahmoud Abbas aux États-Unis pour défendre les positions de l’AP, a expliqué que les Palestiniens pourraient revoir leurs ambitions à la baisse en se contentant d’obtenir la reconnaissance du plus grand nombre d’États, voire de devenir un « État non-membre » de l’ONU[42]

 

Cette solution de rechange, qui semble à l’heure actuelle la plus probable, changerait-elle la donne ? D’après l’universitaire Victor Kattan, oui : « Même si les États-Unis parviennent à bloquer l’adhésion de l’État de Palestine, la reconnaissance de ce dernier par un grand nombre d’États lors de l’Assemblée Générale de l’ONU renforcerait la revendication la revendication d’indépendance. (…) Le discours pourrait aussi changer. La Palestine pourrait insister sur le fait que la colonisation et la poursuite de l’occupation sont des atteintes à sa souveraineté, à son intégrité territoriale et à son indépendance politique, et exiger qu’Israël se retire des territoires. Par exemple, la Palestine pourrait affirmer qu’Israël occupe un autre État comme l’Iraq l’a fait au Koweït en 1990 et comme l’Afrique du Sud l’a fait en Namibie pendant 40 ans, et exiger un retrait immédiat »[43]. La position de Kattan rejoint celle des promoteurs palestiniens – et internationaux – de l’initiative de septembre : les rapports de forces ne seront pas soudainement pas renversés et la seule démarche auprès de l’ONU ne permettra pas de satisfaire les droits nationaux des Palestiniens. Mais elle doit être considérée comme une étape, un point d’appui pour tous ceux qui exigent qu’Israël se conforme enfin au droit international.   

 

b)… ou les affaiblir ?

 

Une telle approche est discutable, et discutée. Pour Ali Abunimah, quand bien même la Palestine deviendrait membre de l’ONU, la victoire symbolique ne changerait pas les rapports de forces réels : « Aucune des violations sur le terrain – que l’on parle de la colonisation, de la construction du mur, des arrestations de masse, du nettoyage ethnique (…) ou du siège de Gaza – ne cessera avec une déclaration des Nations Unies. A moins, évidemment, que des mesures concrètes soient prises pour obliger Israël à se soumettre. Mais nous avons été témoins du vote de dizaines de résolutions, durant des décennies, disant que ces actions israéliennes étaient illégales et devaient cesser, et aucune mesure n’a jamais été prise »[44]. Abunimah rappelle en outre que « [l’État d’]Israël a occupé les territoires de nombreux États souverains – le Liban, la Syrie ou l’Egypte – durant des décennies, et les Nations Unies n’ont jamais pris de mesures pour faire aplliquer le droit international et pour forcer Israël à se retirer »[45]. Nul besoin d’être un fin connaisseur de la question palestinienne pour savoir qu’Israël n’a jamais fait grand cas des résolutions de l’ONU, faisant primer sa « sécurité » sur le droit international. Pour Ali Abunimah, ce ne sont pas des déclarations ou des condamnations verbales ou même écrites mais bien des sanctions réelles, telles que celles obtenues par la campagne BDS, qui pourront renverser les rapports de forces.    

 

Une seconde objection est énoncée : « l’État de Palestine », même reconnu à l’ONU, ne serait qu’un ensemble de bantoustans encerclés par Israël. Loin de mettre un terme à cette situation, la « reconnaissance » pourrait être interprétée comme une légalisation de cet état de fait. C’est l’opinion d’Haidar Eid, professeur de littérature à Gaza et animateur du volet culturel et académique de la campagne BDS[46] : « Une fois déclaré, le futur État palestinien « indépendant » couvrira moins de 20% de la Palestine historique. Avec la création d’un bantoustan qui sera appelé « État viable », Israël se débarrassera du fardeau représenté par 3.5 millions de Palestiniens. L’AP exercera son autorité sur le plus grand nombre de Palestiniens et sur la plus petite superficie de fragments de terre – fragments qui pourra être appelé « l’État de Palestine ». Cet « État » serait reconnu par des dizaines de pays : les chefs tribaux des ignobles bantoustans sud-africains doivent être très envieux ! »[47]

 

Cette critique est fort répandue, et a trouvé plusieurs échos, dans un paradoxal effet de miroir, chez certains inconditionnels de l’État d’Israël qui se sont exprimés en faveur de la démarche palestinienne. C’est le cas de Gidi Grinstein, fondateur et président du très sioniste Reut Institute[48] : « La déclaration d’un État palestinien indépendant en septembre pourrait déboucher sur des progrès diplomatiques et offrir des avantages significatifs pour Israël. L’établissement d’un tel État aidera à ancrer le principe de deux États pour deux peuples, tracer les contours d’une solution définitive avec un État d’Israël exerçant le contrôle sur les questions de sécurité et sur les alentours du nouvel État, et allègera le problème des réfugiés en marginalisant l’UNRWA et en minorant le statut des réfugiés »[49]. Par ses propos, Grinstein donne du crédit non seulement aux thèses d’Haidar Eid, mais aussi, comme on le voir, aux critiques formulées par, entre autres, le BNC palestinien.

 

En effet la centralité, voire l’exclusivité, accordée à la question de l’État dans la démarche entreprise à l’ONU, ne manque pas d’inquiéter nombre de militants et d’analystes. Dans la continuité du « processus de paix », la quête de la reconnaissance internationale de l’État palestinien met au second plan la situation des Palestiniens d’Israël et celle des réfugiés, qui représentent pourtant la majorité du peuple palestinien, s’inscrivant dans la logique de fragmentation/marginalisation consacrée par les Accords d’Oslo. Tel est le sens des déclarations, rapportées plus haut, du BNC ou d’al-Awda, qui accusent la direction de l’AP de vouloir substituer à l’OLP, dont la mission est de représenter l’ensemble des Palestiniens, les représentants du futur « État palestinien ». Pour eux, les Palestiniens n’ont pas besoin d’un État virtuel reconnu par l’ONU, mais d’une véritable représentation, d’une OLP refondée, qui défendrait les intérêts de tout le peuple palestinien : « Tous les Palestiniens, y compris les réfugiés du shatat (diaspora) et les Palestiniens d’Israël, ont le droit d’être représentés dans et par une OLP démocratique – que ce soit aux Nations Unies ou ailleurs – qui fixe leur statut politique et recherche le développement économique, social et culturel de l’ensemble du peuple palestinien »[50].

 

Le récent rapport du juriste Guy Goodwin-Gill[51]ne manquera pas de conforter les éléments les plus critiques de la démarche de la direction de l’AP. Dans un document remis aux « négociateurs » de l’OLP, ce professeur de droit international avertit notamment les dirigeants palestiniens que leur démarche comporte un risque majeur au cas où « l’État de Palestine » remplacerait l’OLP aux Nations Unies : « [Les Palestiniens de l’extérieur des territoires occupés] représentent plus de la moitié du peuple de Palestine, et s’ils sont « privés de droits » et perdent leur représentation à l’ONU, cela ne portera pas seulement préjudice à leur droit à une égale représentation (…) mais aussi à leur possibilité d’être entendus, d’être impliqués dans ce qui touche à la gouvernance nationale, y compris la formation et l’identité politique de l’État, et à exercer le droit au retour ». Et de conclure, en résonance avec la déclaration du BNC : « Les intérêts du peuple palestinien sont menacés (…), à moins que des mesures soient prises pour garantir et maintenir leur représentation par l’intermédiaire de l’Organisation de Libération de la Palestine ».

 

Hanan Ashraoui a commenté ce rapport en affirmant laconiquement que l’action entreprise par l’AP « ne supprimerait pas le rôle de l’OLP »[52]. Les juristes de l’équipe des négociateurs de l’OLP se sont probablement immédiatement mis au travail et fourniront certainement, dans les jours qui viennent, un contre-argumentaire. Mais nul doute que le document de Guy Goodwin-Gill ne manquera pas de gonfler les rangs des nombreux sceptiques et des multiples opposants à l’initiative de septembre dont les arguments ont, chacun le reconnaîtra, une certaine consistance. La prochaine session de l’Assemblée Générale  sera, à n’en pas douter[53], l’occasion de mesurer, au sein même des Nations Unies, l’isolement croissant de l’État d’Israël et l’existence d’une vaste majorité d’États favorable – du moins en paroles – à la reconnaissance d’un État palestinien[54]. C’est cette perspective qui inquiète au plus haut point Israël et ses soutiens et qui permet de comprendre pourquoi le gouvernement Netanyahu a tout fait pour « torpiller » l’initiative palestinienne. Mais ne nous trompons pas : les éventuels votes de l’ONU résulteront davantage d’un mouvement international d’opinion essentiellement dû à la politique israélienne (bombardements massifs du Liban en 2006, de Gaza à l’hiver 2008-2009, assaut sanglant contre la Flottille en 2010) et aux processus révolutionnaires dans le monde arabe, duquel participe le développement de la campagne BDS, que d’un quelconque succès de l’hyperactivisme diplomatique de la direction de l’AP[55].  De même, les manifestations qui se dérouleront très probablement dans les territoires palestiniens ne seront pas de simples initiatives de soutien à la démarche de l’AP. Les Palestiniens utiliseront la « fenêtre médiatique » fournie par l’Assemblée Générale de l’ONU pour exprimer leur volonté d’en finir immédiatement avec l’occupation et la colonisation, et de voir l’ensemble de leurs droits satisfaits, y compris le droit au retour.

 

c) La « dernière cartouche » de l’AP ?

 

« Si les États-Unis veulent que l’Autorité Palestinienne continue à exister, alors le prix à payer est l’établissement d’un État palestinien au sein des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale (…). Mais si les États-Unis opposent leur veto à l’admission de la Palestine aux Nations Unies, ont recours au chantage aux aides financières et laissent l’État d’Israël exercer seul l’autorité, alors à on avis l’Autorité Palestinienne doit cesser d’exister ».[56] Ces déclarations de Saeb Erekat peuvent être interprétées de deux façons : un « ultimatum » lancé aux États-Unis, ou la prise de conscience – tardive – qu’un cycle historique arrive à son terme. La recherche d’une « solution à deux États », négociée sous l’égide des États-Unis, s’était concrétisée avec les Accords d’Oslo et la création de l’AP. Affirmer que cette dernière pourrait « cesser d’exister » en cas d’échec de la démarche à l’ONU, c’est reconnaître implicitement que le rôle historique de cet organe pourrait arriver à son terme.

 

Nous l’avons dit : sauf coup de théâtre, la Palestine ne sera pas intégrée comme « membre » des Nations Unies lors de la prochaine session, en raison du veto annoncé des États-Unis[57]. Affirmer cela n’est pas faire preuve de « pessimisme » ou postuler que les rapports de forces ne changeront jamais. Mais il est plus qu’hasardeux de suggérer que les États-Unis pourraient, à l’heure actuelle, « lâcher » l’allié israélien ou que l’AP serait prête à aller jusqu’à la rupture avec l’administration Obama. Or, même si la direction historique du mouvement national palestinien a fait montre d’une capacité certaine, au cours des 40 dernières années, à accumuler les défaites sans opérer aucun bilan critique, l’aventure onusienne pourrait bien être la dernière. Un veto des États-Unis sera interprété comme la démonstration que la stratégie diplomatique suivie depuis 3 décennies est un échec. Une réévaluation à la baisse des exigences palestiniennes sera interprétée comme une énième reculade de l’AP.

 

Ce que certains tentent de présenter comme une offensive diplomatique du leadership palestinien est paradoxalement, comme le soulignent les propos de Saeb Erekat rapportés ci-dessus, la « dernière cartouche » dont disposent les dirigeants de Ramallah. Que feront-ils ensuite ? Et plus généralement, que se passera-t-il ensuite ? Le plus probable est que le débat, déjà ouvert en Palestine, concernant le bilan désastreux des accords d’Oslo et l’avenir de l’AP, reprendra avec un peu plus de vigueur. Crucial sera, à cet égard, le test du 21 septembre : la direction de Ramallah, entendant prouver sa légitimité (et consciente de l’hypothèse d’une mobilisation populaire, « avec ou sans elle »), a appelé à de grandes manifestations dans les territoires occupés ; mais elle a dans le même temps informé les autorités israéliennes qu’elle empêcherait tout « incident ». Quel que soit le scénario (à l’ONU et dans les rues palestiniennes), les contradictions inhérentes à la position de la direction palestinienne, chargée à la fois du maintien de l’ordre dans les territoires palestiniens et de la représentation des intérêts du peuple palestinien, se renforceront encore un peu plus, de même que la polarisation politique illustrée par les débats relatifs à l’initiative diplomatique de septembre[58]. Et il est peu probable, sur le moyen terme, que l’AP y survive, n’ayant plus aucune perspective politique, même la promesse d’un État, à offrir aux Palestiniens. 

 

Chacun doit enfin avoir à l’esprit que la question palestinienne n’est pas une question politique « hors sol », et qu’elle s’inscrit dans un contexte régional en plein bouleversement : les processus révolutionnaires dans le monde arabe changent progressivement la donne et démontrent chaque jour un peu plus, à ceux qui l’auraient oublié, que la « question palestinienne » est partie intégrante de la « question arabe ». Or une démocratisation du monde arabe pourrait conduire à une résorption du fossé entre la solidarité populaire avec les Palestiniens et l’hostilité historique des dictatures à leur égard, modifiant considérablement les rapports de forces et permettant de sortir du cadre étroit des solutions envisagées depuis une trentaine d’années. Les récents événements en Egypte, consécutifs à l’attaque menée contre les bus israéliens dans le Sinaï et à l’intervention israélienne sur le sol égyptien, sont à cet égard hautement révélateurs. Comme l’a souligné Ali Abunimah, « Il semble qu’Israël a – jusqu’à présent – renoncé à un assaut d’ampleur contre Gaza en grande partie grâce aux manifestations en Egypte et à un sentiment plus général qu’Israël « manque de légitimité » pour mener d’autres agressions malgré le soutien diplomatique assuré des États-Unis »[59]. Ce que, jusqu’à présent, aucune force politique palestinienne n’avait pu obtenir…  

 

On l’aura compris : les enjeux politiques de « septembre » vont bien au-delà du résultat d’un vote de l’Assemblée Générale de l’ONU. L’initiative de l’AP est, paradoxalement, l’un des principaux indices tendant à démontrer que nous assistons bien à la fin d’un cycle, que j’ai déjà eu l’occasion de nommer « parenthèse d’Oslo »[60], au cours duquel la direction palestinienne avait fait le pari d’une solution bi-étatique parrainée par la superpuissance états-unienne. Nul ne peut affirmer avec certitude ce que seront les caractéristiques du nouveau cycle qui s’ouvre, mais il ne fait aucun doute que les Palestiniens tireront les leçons des années Oslo et seront fortement influencés par la tempête qui secoue actuellement le monde arabe. C’est ce qui semble inquiéter au plus haut point les autorités israéliennes, davantage que ce qui se déroulera en septembre dans les travées de l’ONU. En témoigne cet aveu, sous le sceau de l’anonymat, d’un haut gradé de l’armée israélienne : « si devons faire face à des manifestations du même type qu’en Egypte ou en Tunisie, nous ne pourrons absolument rien faire »[61].

 

Le 28 août 2011.



[1] Voir à ce sujet J. Salingue, « Réflexions sur l’occupation israélienne, l’Autorité Palestinienne et l’avenir du mouvement national », Inprecor n°567, novembre 2010.

[2] Agence des Nations Unies en charge des réfugiés palestiniens.

[3] UNRWA, « Labour Market Briefing, West Bank, Second Half 2010 », 2011, p. 1.

[4] Toutes les traductions sont de mon fait.

[5] Voir, entre autres, « UK speeds up aid to PA to end fiscal crisis », Maannews, 24 août 2011. 

[6] Une stratégie en partie similaire à celle du mouvement sioniste, qui a valu à Salam Fayyad d’être affublé, dans la presse israélienne, du surnom de « Ben Gourion palestinien » (sic). Voir par exemple « A Day in the Life of the Palestinian Ben-Gurion », Haaretz, 12 février 2010.

[7] Voir par exemple Victor Kattan, « The case for UN recognition of Palestine », Electronic Intifada, 13 juin 2011. http://electronicintifada.net/content/case-un-recognition-palestine/10079

[8] « The Long Overdue Palestinian State », New York Times, 16 mai 2011. http://www.nytimes.com/2011/05/17/opinion/17abbas.html

[9] « Arab League discusses Palestinian Statehood », aljazeera.net, 4 août 2011. http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2011/08/20118441614328796.html

[10] « Congrès de Béthléem : la seconde mort du Fatah », in Julien Salingue, A la recherche de la Palestine, éditions du Cygne, Paris, 2011, pp. 80-94.

[11] Ibid.

[12] Ziad Clot, Il n'y aura pas d'État palestinien, Max Milo, Paris, 2010.

[13] Ancien représentant de l’OLP à Jérusalem-Est.

[14] « Un État palestinien est devenu impossible », le Figaro, 4 janvier 2010.

[15] « Exclusive: Abbas to let Israel keep settlements even if UN recognizes "state" », Electronic Intifada, 17 mai 2011. http://electronicintifada.net/blog/ali-abunimah/exclusive-abbas-let-israel-keep-settlements-even-if-un-recognizes-state

[16] Qui se confond avec le noyau dirigeant de l'OLP, officiellement en charge des négociations.

[17] « 1967-2011 : les Palestiniens n'attendront pas 40 années de plus », lemonde.fr, 7 juin 2011. C'est moi qui souligne. http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/07/1967-2011-les-palestiniens-n-attendront-pas-quarante-annees-de-plus_1532685_3232.html

[18] « Un appel à l’action », site de l’AFPS, 22 août 2011. C’est moi qui souligne. http://www.france-palestine.org/article18079.html

[19]   Voir par exemple « Officials set date for Palestine 194 march », aljazeera.net, 1er août 2011. http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2011/08/201181185654921787.html

[20] Généralisations qui ont conduit nombre de commentateurs et d'analystes à ne pas « voir venir » la victoire électorale du Hamas en 2006...

[21] « Barghouthi: Veto on UN bid tantamount to 'terror' », Maannews, 19 août 2011. http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=414284

[22] Voir par exemple « FPLP : Fatah and Hamas lack will to end rivalry », Maannews, 5 juillet 2011. http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=402589

[23] « Hamas leader: Abbas could delay unity until September », Maannews, 17 juillet 2011. http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=406119

[24] « Despite Hamas opposition, PA to go to UN September », Jpost.com, 17 juillet 2011. http://www.jpost.com/DiplomacyAndPolitics/Article.aspx?id=229781

[25] « Hamas leader: Palestinian UN bid a 'scam' », Haaretz.com, 29 juillet 2011. http://www.haaretz.com/news/middle-east/hamas-leader-palestinian-un-bid-a-scam-1.376004?localLinksEnabled=false

[26] « Hamas fears Abbas’ state recognition bid a ‘media stunt’ », Arabnews.com, 24 juillet 2011. http://www.arabnews.com/middleeast/article477442.ece

[27] Voir à ce sujet l’utile recension opérée par David Morrisson, « Is Hamas opposed to a “two-state solution”? », décembre 2010, Spinwatch, http://www.spinwatch.org/-articles-by-category-mainmenu-8/73-middle-east/5408-is-hamas-opposed-to-a-two-state-solution

[28] « Prendre ses responsabilités (suite) », site de l’AFPS, 20 août 2011. http://www.france-palestine.org/article18076.html

[29] « Applying to UN for Palestinian independence "a mirage": Hamas », Agence Xinhua, 8 juillet 2011. http://news.xinhuanet.com/english2010/world/2011-07/08/c_13974327.htm

[30] « The popular committees against the wall and settlements confirms that next September is the immense popular battle for the recognition of the State of Palestine, number 194 at the UN », publié le 14 août sur le site du village de Bil’in. http://www.bilin-village.org/english/articles/testimonies/The-popular-committees-against-the-wall-and-settlements-confirms-that-next-September-is-the-immense-popular-battle-for-the-recognition-of-the-State-of-Palestine-number-194-at-the-UN

[31] Voir supra, 1, b.

[32] « In Solidarity with Gaza », site du PSP, 20 août 2011. http://palestinesolidarityproject.org/2011/08/20/in-solidarity-with-gaza/

[33] Campagne internationale « Boycott, Désinvestissements, Sanctions », initiée en juillet 2005 à l’appel de plus de 170 organisations palestiniennes. Plus d’informations sur http://www.bdsmovement.net/

[34] « Before and After September: The Struggle for Palestinian Rights Must Intensify », site de la campagne BDS, 1er juin 2011. http://www.bdsmovement.net/2011/before-and-after-september-7154

[35] Extraits : « All Palestinians, including the refugees in the shatat (diaspora) and Palestinian citizens of Israel, have a right to participate in and be represented by – in the UN and elsewhere – a democratic PLO that determines the political status and pursues the economic, social and cultural development of the entire Palestinian people. (…) Until the Palestinian people exercises its right to self determination, the PLO remains the sole legitimate representative that represents all Palestinians in the UN and in other international, regional and multinational forums. No alternative will be accepted by the great majority of the Palestinian people ».  « BNC Reiterates its Position on “September” », site de la campagne BDS, 8 août 2011. http://www.bdsmovement.net/2011/bnc-reiterates-its-position-on-september-7794

[36] « Jamal Juma’: PA "killing popular resistance" », Electronic Intifada, 8 août 2011. http://electronicintifada.net/content/jamal-juma-pa-killing-popular-resistance/10249

[37] « Statement Issued by the Global Coalition for the Palestinian Right of Return », site d‘al-Awda, 16 mai 2011. http://www.al-awda.org/return_march.html

[39] Comprendre : fin de l’occupation, fin des discriminations contre les Palestiniens d’Israël et droit au retour pour tous les réfugiés.

[40] « Prendre ses responsabilités », site de l’AFPS, 20 juin 2011. http://www.france-palestine.org/article17642.html

[41] « Remarks by the President on the Middle East and North Africa », site de la Maison Blanche, 19 mai 2011. http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2011/05/19/remarks-president-middle-east-and-north-africa

[42] « L'Autorité Palestinienne redoute le veto des USA », nouvelobs.com, 3 août 2011. http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110803.OBS8024/palestine-l-autorite-palestinienne-redoute-le-veto-des-usa.html

[43] « The case for UN recognition of Palestine », Electronic Intifada, 17 juin 2011. http://electronicintifada.net/content/case-un-recognition-palestine/10079

[44] « Justice and the Struggle for Palestine », Socialist Worker, 26 juillet. http://socialistworker.org/2011/07/26/justice-and-the-struggle-for-palestine

[45] Ibid.

[46] Haidar Eid est également l’un des membres fondateurs de l’ODSG (One Democratic State Group – Groupe pour un État Démocratique).

[47] « An independant homeland or bantoustan in disguise ? », Electronic Intifada, 4 mai 2011. http://electronicintifada.net/content/independent-homeland-or-bantustan-disguise/9905

[48] Spécialisé, notamment, dans la lutte contre la « délégitimation » de l’État d’Israël, comme on pourra s’en rendre compte en se rendant sur l’Institut : http://reut-institute.org

[49] « Obama's mistaken approach to peace », Haaretz, 31 mai 2011. http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/obama-s-mistaken-approach-to-peace-1.365074

[50] « BNC Reiterates its Position on “September” », site de la campagne BDS, 8 août 2011. http://www.bdsmovement.net/2011/bnc-reiterates-its-position-on-september-7794

[51] « The Palestine Liberation Organization, the future State of

Palestine, and the question of popular représentation », août 2011. Téléchargeable (arabe et anglais) sur http://s3.documentcloud.org/documents/238962/final-pdf-plo-statehood-opinionr-arb.pdf

[52] « Ashrawi: UN statehood bid no threat to PLO », Maannews, 26 août 2011. http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=416202

[53] Et ce quel que soit la « tactique » de la direction de l’AP…

[54] Ce qu'admettent aujourd'hui l'État d'Israël et les États-Unis eux-mêmes. Voir à ce sujet « UN envoy Prosor: Israel has no chance of stopping recognition of Palestinian state », Haaretz, 28 août 2011. http://www.haaretz.com/print-edition/news/un-envoy-prosor-israel-has-no-chance-of-stopping-recognition-of-palestinian-state-1.381062

[55] A moins de considérer, comme l’ont souvent fait certains négociateurs de l’OLP, que la diplomatie peut être pensée indépendamment des rapports de forces sociaux, politiques, économiques et idéologiques…

[56] « Erekat: Palestinian Authority cannot exist without independent state », Haaretz, 26 juillet 2011. http://www.haaretz.com/print-edition/news/erekat-palestinian-authority-cannot-exist-without-independent-state-1.375258

[57] Et confirmé le 26 août par une porte-parole du Consulat des États-Unis à Jérusalem : « Comme l’a affirmé le Président Obama, des initiatives aux Nations Unies n’amèneront pas à une solution à deux États et à une paix durable, ce que les deux parties et les États-Unis recherchent. (…) Par conséquent, nous continuons à nous opposer aux initiatives palestiniennes à l’ONU ». Maannews, 26 août 2011. http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=416303

[58] Entre les partisans, de plus en plus nombreux, d’une refonte de l’OLP, d’une réévaluation des formes de lutte et de l’abandon du mot d’ordre de l’État indépendant et ceux, de moins en moins nombreux, de la poursuite du « processus de paix ».

[59] « How protests against Israel (and Flagman) saved lives in Gaza », 23 août 2011, Electronic Intifada.

http://electronicintifada.net/blog/ali-abunimah/how-protests-against-israel-and-flagman-saved-lives-gaza

[60] Voir notamment l’introduction de mon ouvrage A la recherche de la Palestine (cf note 6).

[61] « IDF has no way of stopping mass non-violent protest in West Bank », Haaretz.com, 29 juin 2011. http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/idf-has-no-way-of-stopping-mass-non-violent-protest-in-west-bank-1.370322

 

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