13 mars 2012

Clermont-Ferrand: justice et vérité pour Wisssam, journée du 17 mars

Posté par Alaindependant à 23:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,


01 mars 2012

Présidentielles: un appel au boycott

Abstention ?
 Non : BOYCOTT !

Passant outre le vote du peuple de France, la "classe politique" a imposé le Traité constitutionnel européen (Traité de Lisbonne). Sauf erreur, non seulement ce coup d'État --il faut appeler un chat, un chat-- n'a été dénoncé par aucun des candidats et partis politiques présents au prochain scrutin, mais la plupart d'entre eux osent encore nous vendre "l'Europe sociale".
C'est dire qu'il ne peut sortir des urnes qu'une approbation des politiques passées et une accélération de l'asservissement des peuples d'Europe au capital financier.
 
Venant après le coup d'État contre le peuple de France, l'interdit de referendum du peuple grec, l'imposition à la tête des gouvernements grec et italien d'individus non élus, l'instauration du MES dont les dirigeants sont hors de portée de la justice, qui peut encore douter du glissement fascisant des institutions européennes ?
 
Dans ces conditions, l'élection présidentielle française apparaît pour ce qu'elle est : un leurre, permettant le remplacement de dirigeants politiques discrédités, par d'autres qui ont déjà fait la preuve qu'ils étaient acquis à la politique du capital ; un leurre permettant de semer des illusions à la mesure des souffrances du peuple de France, et de désorienter sa mobilisation contre le capital financier et son Europe.
 
Alors que nous vivons la dictature terroriste du capital financier en expansion, le peuple de France est invité à voter pour choisir celle ou celui qui --en son nom-- lui imposera les reculs sociaux, sociétaux, civilisationnels, indispensables à la poursuite de l'accumulation des profits d'un tout petit nombre d'individus.
Parce que nous sommes de celles et ceux qui refusent les reculs sociaux, sociétaux, civilisationnels, nous refusons ce scrutin et lui dénions toute valeur : nous le boycottons !
C'est le seul moyen de prolonger notre vote "non" au Traité constitutionnel européen, et d'adopter une position de lutte et de rassemblement, sans limite partisane, contre l'asservissement du peuple de France aux politiques du capital financier.
 
1er mars 2012
Jean-François Autier (ajusteur mécanicien retraité, communiste)
Michel Peyret (instituteur retraité, ancien député de Gironde, communiste).

Posté par Alaindependant à 22:04 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
05 février 2012

Clermont-Ferrand: Wissam est mort, et maintenant ?

Petition
LA PETITION:http://www.petitionenligne.fr/petition/justice-verite-pour-wissam/2066

Le comité Justice et Vérité pour Wissam: http://cjvpourwissam.over-blog.com/

Posté par Alaindependant à 10:37 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
05 décembre 2011

Elections russes: le peuple rejette l'Occident

Les élections législatives marquent à n’en pas douter, un ancrage définitif de la Russie dans un modèle de développement démocratique autonome, éloigné des influences occidentales. La baisse de Russie Unie était prévisible tant le résultat de 2007 fut exceptionnel, avec plus de 60% des voix. Le parti au pouvoir conserve une confortable avance sur ses rivaux. L’importance de ces élections n’est pas dans cette baisse de Russie Unie, qui n’empêchera pas, de toute façon, Vladimir Poutine de gouverner pendant son prochain mandat. Ce qui compte avant tout, c’est le rejet massif de l’influence occidentale par le peuple russe. Les moyens engagés par les ONG américaines l’auront été en pure perte. Même à Moscou, le parti Yabloko, considéré comme le plus libéral, recueille à peine 10%. La nouvelle classe moyenne russe ou les milieux populaires, lorsqu’ils n’ont pas voté Russie unie (49,7%), ont voté communiste (KPRF : 19,15%), Russie Juste (parti proche de Russie Unie : 13,16%) ou pour les ultra-nationalistes de Vladimir Jirinowski (LDPR : 11,7%). Au total, plus de 90% du corps électoral russe rejette l’influence occidentale.

La Russie semble définitivement guérie de son engouement pour le modèle occidental du début des années 90. Le modèle consumériste, si visible à Moscou, n’est pas venu à bout à bout de l’âme russe. Les trois millions de fidèles qui ont défilé devant la ceinture de la Vierge dans toute la Russie, attendant pendant des heures, la nuit et dans le froid sont là pour en témoigner. Les Russes, soutenus en cela par leurs élites reconstruisent leur identité autour du christianisme, ce qui est également une rupture nette avec l’Occident ou la laïcité militante est devenue religion d’État.

Absence de partis pro-occidentaux à la Douma, reconstruction de l’identité russe autour du christianisme, piété populaire, refus de l’affrontement civilisationnel, interdiction du prosélytisme homosexuel, c’est le modèle européiste au complet qui est rejeté par le peuple russe et ses élites dirigeantes. Paradoxalement, c’est un modèle de développement qui pourrait inspirer les sociétés européennes enfoncées dans une crise autant économique que morale.

Xavier Moreau


 

Au vu des résultats 2011, la Russie devient une vraie démocratie.

Une vraie démocratie musclée et non molle comme en Europe.

1/ Russie Unie en tête avec ses deux tours : Poutine et Medvedev. Un vrai parti centriste fort. Ce parti a tapé fort dans les moins de 25 ans , ce qui contredit « les oiseaux de malheur occidentaux »

De Gaulle en serait jaloux!

2/ Un Parti communiste débarrassé des oripeaux du stalinisme fait fort avec près de 20%. Parti important pour l’équilibre de la Russie.

3/  Le Parti Russie Juste avec près de 13% s’est remusclé. En comparaison avec la France, c’est un PS français mais dont le fruit  n’est pas pourri.

Ce tiercé donne à la Russie une force inégalée, une Russie droite dans ses bottes prête à construire la nouvelle Eurasie tant désirée par le Kazakhstan.

Les autres partis:

Le parti Juste Cause représentant l’ultra libéralisme ne fait que 1.1% signifiant que le Peuple russe rejette le capitalisme inhumain.

Le Parti Iabloko ne représentant que 4% avec une population plutôt citadine, cultivée, n’ayant pas trouvé ses marques fera mieux la prochaine fois et avec 5% sera présent à la Douma (chambre basse du parlement).

Le Parti libéral-démocrate de Russie avec ses 11% reste stable. Parti  à comparer avec le FN français porté sur le patriotisme zélé mais ne progressera certainement pas dans l’avenir car vendre du patriotisme en Russie en tête d’affiche en « coeur de cible  » est inutile car tous les russes sont patriotes, toutes opinions confondues.

Le Parti Patriotes de Russie avec moins de 1% – Rien à dire, parti des indécis permanents mais courage…Comme aux jeux olympiques, l’essentiel est de participer !

Quant à l’ineffable Kasparov ne représentant que lui-même il jouait au jeu « des élections » ( plus captivant que le monopoly ) dans sa chambre d’hôtel. Il aurait été vu dernièrement pleurer dans les bras de Pierre Avril du Figaro qui va se charger d’expliquer au français lambda que les élections russes étaient truquées. Il faut bien occuper les enfants !

Vilistia 


Posté par Alaindependant à 23:53 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
02 novembre 2011

Parole de trader

"Nous sommes déçus. Les marchés sont déçus. Dès qu'il y a un pas en avant, un peu d'espoir, les politiciens foutent tout en l'air. On leur met le pistolet sur la tempe. On leur demande de faire des efforts. Et ils tergiversent. Ils veulent faire voter leur peuple à la con. C'est lamentable. Les marchés n'ont pas le temps d'attendre."

Un trader à l'annonce du referendum grec, au JT de France 2. Ca mon gars, c'est sûr qu'à part une solution à la chilienne en septembre 73, les peuples, on leur fait pas fermer leur gueule comme ça. C'est con, hein?

fqg

http://feusurlequartiergeneral.blogspot.com/

Posté par Alaindependant à 23:27 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags :


27 août 2011

Les capitalistes n'ont plus de lapin dans leur sac

par David Pestieau sur le site de "Solidarité", journal du PTB (Parti du Travail de Belgique)
L’économiste Roubini, qui avait prédit la crise de 2008 : « Jusqu'à l'an passé, les décideurs pouvaient toujours produire un nouveau lapin... Stimulant fiscal, taux d'intérêt quasiment nul... tout a été essayé. Maintenant, ils n'ont plus de lapin dans leur sac. »

Même s'ils crient victoire sur des champs guerriers loin de leurs frontières, nos gouvernants font face à une crise majeure. Marc De Vos, du centre d'études ultra-libéral Itinera : « Un spectre hante l'Europe et il s'appelle “Double Dip” (double dépression, NdlR). Dans toute l'Europe et aux États-Unis, l'économie est presque à l'arrêt. Les économistes craignent une nouvelle récession, après celle de 2008. Les politiciens redoutent la catastrophe. »1 

En 2008, ces penseurs ultralibéraux nous avaient parlé d’un accident de parcours. D’autres avaient été plus loin, estimant qu’il faudrait réguler et moraliser le système. Di Rupo avait ainsi déclaré : « Nous devons faire comprendre aux princes du capitalisme que le monde a changé. L’Internationale socialiste se bat pour moraliser l’économie. »

Aujourd’hui, ces promesses se sont envolées et la crise économique reprend de plus belle. La crise financière est devenue une crise des dettes d’États, qui ont dû remplir les trous des banques. Et maintenant ceux-ci veulent nous mettre tout ça sur notre dos.

Aussi la question se pose : faut-il continuer à accepter cette logique ? Faut-il espérer en arrondir les contours ? Ou faut-il remettre en cause le système lui-même ?

L’économiste Roubini, qui avait prédit la crise de 2008, écrit : « Karl Marx avait raison. À un certain point, le Capital peut se détruire lui-même. Vous ne pouvez pas continuer le transfert des revenus du travail vers le capital sans créer d'un côté une capacité excédentaire de production et de l’autre un manque de demande. Nous pensions que les marchés fonctionnaient. Ils ne marchent pas. »2

Retour aux sources donc ! Marx : « Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives (les entreprises, NdlR) ; de l’autre en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. À quoi cela aboutit-il ? À préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. »3 C’est ce que nous avons pu voir les trois dernières années. Et aujourd’hui nos décideurs décident de poursuivre de manière plus intense dans cette voie : diminuer nos salaires, nous faire travailler plus longtemps, précariser nos emplois, donner de nouveaux cadeaux aux patrons. C’est la logique que prend aussi l’Union européenne et que suivent les négociateurs autour du formateur Di Rupo. Ils ressemblent à ces médecins du Moyen-Age qui prescrivaient la saignée comme remède aux malades. Cette voie est sans issue. Roubini : « Jusqu’à l’an passé, les décideurs pouvaient toujours produire un nouveau lapin... Stimulant fiscal, taux d’intérêt quasiment nul... tout a été essayé. Maintenant, ils n’ont plus de lapin dans leur sac. »4

La crise va frapper dur. Les tenants du capitalisme sont bien décidés à nous la faire payer. Aussi le monde du travail et la jeunesse devront trouver la force de se mobiliser, de s’organiser et choisir un autre chemin [...]

 


1. De redactie, 22 août 2011 • 2. Wall Street Journal, 12 août 2011 • 3. Manifeste Communiste, Œuvres Choisies, I, p 117 • 4. Is capitalism doomed? In Project syndicate, 15 août 2011  

Posté par Alaindependant à 18:13 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
25 juillet 2011

Salauds de pauvres

Les 8 millions de français qui sont sous le seuil de pauvreté ne sont pas gentils. Ils empêchent les nantis de dormir sur leurs deux oreilles. Alors, culpabilisés peut-être par leurs fortunes, les riches choisissent des lieux discrets pour leurs vacances.

C’est Marcel Aymé qui le premier a utilisé l’expression « salauds de pauvres » dans son livre « la traversée de Paris » dont Claude Autant Lara a réalisé en 1956 le film éponyme [*]. Le seuil de pauvreté a été relevé, passant de 791 € à 949 € et comme le dit Louis Maurin, directeur de l’observatoire des inégalités, cela explique en partie qu’un ménage français sur huit se trouve sous le seuil de pauvreté. Mais il y a manipulation de chiffres car les statistiques ne prennent en compte ni les sans-abri, ni les pensionnaires des maisons de retraite, ou les prisonniers.

Au-delà de la polémique sur ces chiffres, il reste une évidence : notre pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la misère. 7% des ménages ne peuvent pas chauffer convenablement leur appartement, et 10% ne peuvent pas recevoir des amis. Les discriminations se multiplient : les enfants de chômeurs ne seront pas acceptés à la rentrée 2011 dans les cantines scolaires de Thonon-les-Bains, car Jean Denais, maire UMP de cette commune pimpante, à trouvé pour cela la raison qui tue : manque de place. Il a fait voter par son conseil municipal en avril dernier un règlement intérieur qui « exige des demandeurs d’emplois de fournir à la ville, à partir de septembre 2011, un justificatif de présence à un entretien d’embauche ou à une formation pour que leur enfant déjeune à la cantine dans la limite des places disponibles ».

La France d’en bas a donc du souci à se faire, car la France d’en haut ne veut plus la voir, et pour l’exclure des grandes villes, elle va jusqu’à prendre des mesures pour empêcher leur vieilles voitures de rouler en ville, avec un prétexte tout trouvé : « elles polluent plus que les voitures des riches ». La chasse aux pauvres est bel et bien lancée. A Paris, par exemple, en 2006, on a discrètement fait évacuer 300 sans-abris, dont les tentes bigarrées installées pas très loin de « Paris Plage », déparaient dans le paysage, comme le raconte Jacques Deroo dans son livre « Salauds de Pauvres » (parus aux éditions Gutenberg).

Ils sont nombreux à ne pas aimer les pauvres, même dans les secteurs où l’on pourrait s’attendre à un peu d’humanisme, comme dans le milieu médical par exemple. En 2009, une étude à mis en évidence que le ¼ des médecins, ou dentistes exerçant à Paris refusent de soigner ceux qui sont bénéficiaires de la CMU. Alors bien sur, l’ordre des médecins tape sur la table, mais ça ne semble pas émouvoir grand monde, d’autant qu’ayant demandé au parlement de pouvoir sanctionner les coupables, les députés de notre belle assemblée nationale l‘ont tout simplement refusé. C’est peut-être l’une des raisons pour laquelle 1 français sur 4 ne se fait plus soigner. Rappelons que la CMU (couverture médicale universelle) ne s’applique qu’aux personnes ayant des revenus inférieurs à 750 € par mois, ce qui en limite considérablement l’accès. La France qui occupait jusqu’en 2006 la 1ère place du classement européen en matière de santé, à chuté en 5 ans à la 7ème place.

Il faut aussi évoquer malheureusement l’attitude méprisante des banquiers envers les personnes de modeste condition, malgré la charte qu’ils ont signée en 1992 dans laquelle ils s’engageaient à « offrir des services bancaires de base à tous ». Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir avait déjà dénoncé ça en 2005, expliquant que 4 à 5 millions de personnes étaient en situation d’exclusion financière. Depuis, ça ne s’est pas arrangé, car même si les statistiques ne mesurent pas ça, on estime qu’ils pourraient être entre 2 et 9 millions aujourd’hui, ce qui fait une large fourchette.

Mais la discrimination envers les pauvres va parfois plus loin, comme pour ce sdf de 45 ans battu a mort à coup de barres de fer, par trois jeunes de 17 ans, dans un village de Loire Atlantique.

Dans la France d’en haut, le champion s’appelle Bernard Arnault, et avec ses 21,2 milliards d’euros, il devance le patron d’Auchan, Gerard Mulliez alors que Liliane Bettencourt, la généreuse supportrice de l’autocrate présidentiel ferme la marche des plus riches de ce pays avec ses 17,5 milliards d’euros. Mais il est devenu vulgaire d’arborer une Rolex, la nouvelle tendance étant de vivre plus discrètement dans le luxe : de Saint Barthélémy (Antilles) à Rousset en Provence, en passant par Ste Marguerite (Vosges), les riches se cachent pour se nourrir, et passent leurs vacances à l’abri des regards curieux. D’après le classement Forbes, ils sont 1210 milliardaires sur cette planète ce qui représente 4500 milliards de dollars. Serge Dassault est l’un d’eux (7,6 milliards d’euros), et un blogueur a fait le calcul que pour atteindre cette somme, un salarié devrait travailler dur pendant plus de 3 millions d’années.

Et pourtant, ce même Dassault, est favorable à la suppression des aides sociales aux plus démunis. Il n’est pas le seul : en mars dernier, Pierre Lang, député UMP de Moselle, veut obliger les chômeurs qui reçoivent le RSA à faire en échange des « petits boulots non rémunérés » et il a déposé une proposition de loi dans ce sens : « les chômeurs indemnisé depuis plus de 6 mois, et les bénéficiaires du RSA seraient tenus d’effectuer des TIG » (travaux d’intérêt général). Laurent Waukiez, ministre des affaires européennes, soutient cette idée : il a proposé récemment conditionner le RSA, à un travail obligatoire. L’idée fait son chemin puisque Jean François Copé à repris le concept à son compte. Patrick Buisson, l’éminence noire de l’autocrate présidentiel va encore plus loin et a suggéré la suppression pure et simple du RSA, qu’il qualifie « d’assistanat ». Ce « fin stratège » a déjà définit les axes de bataille qui seront au centre de la campagne présidentielle afin de sauvegarder le fauteuil doré de l’Elysée. « Une grande loi de réhabilitation du travail qui lutterait contre l’assistanat en réservant le RSA seulement à ceux qui auraient un travail », plus de fermeté dans l’immigration, une nouvelle couche sur « l’identité nationale » et « le pouvoir d’achat », tels sont les plans que Buisson a proposé à Sarközy. L’idée sous-jacente étant que les bénéficiaires du RSA seraient pour la plupart des fraudeurs, et d’après un sondage du « Figaro« , qui sent la manipulation grossière, 67% des sondés seraient favorables à une contrepartie de travail obligatoire pour bénéficier du RSA. Au Conseil Général des Alpes Maritimes, cher à Christian Estrosi, ex ministre UMP et proche du FN, une idée fait son chemin : « supprimer les allocations familiales aux familles dont les enfants sont des absentéistes scolaires ». Pour défendre cette idée, TF1 est allé jusqu’au « bidonnage », en faisant témoigner la soi-disant mère d’un enfant qui aurait déserté l’école, mais cette femme n’était en fin de compte que l’attachée de presse du conseil général, et n’aurait pas plus d’enfant que de crédibilité.

La chasse aux pauvres est aussi ouverte à Pole Emploi où toutes les occasions permettant la radiation sont bonnes : le radié n’étant plus considéré comme chômeur, c’est un moyen radical pour en faire baisser le nombre. Les radiations abusives se multiplient : un simple retard lors d’un entretien, une recherche d’emploie jugée insuffisante, ou même une non réponse suite à un appel téléphonique suffit à vous faire radier. L’objectif présidentiel est clair : à quelques mois de l’échéance présidentielle tous les moyens sont bons pour faire baisser le nombre de chômeurs. Chaque année on dénombre 500 000 radiations, dont 95% sont consécutives à « une absence à une convocation ». En 5 ans, 2,5 millions de chômeurs auraient donc pu être théoriquement supprimés.

Pour la géologue Leuren Moret, tout cela fait partie d’un plan mondial : reprenant la thèse de Bertrand Russel écrite en 1959, elle explique « qu’une élite utilise la médecine, la technologie, l’informatique et l’état policier avec l’objectif final de créer une oligarchie totalitaire scientifique en mettant en place des programmes discriminatoires qui bénéficieront aux riches et auront un impact négatif sur les pauvres ». Dans le camp des nantis, les privilèges se multiplient, et une pétition vient d’être lancée proposant de s’inspirer des pays scandinaves, où les hommes politiques sont payés raisonnablement et utilisent les transports en commun. Espérons que les candidats de 2012 se focaliseront enfin sur la pauvreté, établissant un niveau de salaire maximum, et un salaire minimum décent pour tous, sans contrepartie. Car comme dit mon vieil ami africain : « une journée où tu ne ris pas est une journée perdue ».

Olivier Cabanel

[*] NDLR: Charles BAUDELAIRE avait déjà intitulé un de ses poèmes en prose: "Assommons les pauvres !"

Posté par Alaindependant à 09:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
06 juillet 2011

Les conseils ouvriers

 par Michel Peyret

01 juillet 2011

 

 

  LES CONSEILS OUVRIERS OU L'AUTO-GOUVERNEMENT

 

Anton Pannekoek est clair dès le départ.

Il titre son texte: "L'organisation des Conseils."

Et annonce: "Les conseils ouvriers sont la forme d'auto-gouvernement qui remplacera, dans les temps à venir, les formes de gouvernement de l'ancien monde."

Et il poursuit: "Bien entendu, pas pour toujours; aucune de ces formes n'est éternelle. Quand la vie et le travail en communauté constituent une façon d'être normale, quand l'humanité contrôle entièrement sa propre vie, la nécessité fait place à la liberté et les règles strictes de justice établies auparavant se résolvent en un comportement spontané."

Et il ajoute pour concrétiser: "Les conseils ouvriers sont la forme d'organisation de la période de transition pendant laquelle la classe ouvrière lutte pour le pouvoir, détruit le capitalismr et organise la production sociale."

 

COMMUNISME OU SOCIALISME D'ETAT?

"Pour connaître leur véritable caractère, il sera utile de les comparer aux formes existantes d'organisation et de gouvernement que la coutume présente à l'esprit public comme allant de soi."

Auparavant toutefois, Anton Pannekoek avait tenu à préciser "que le système social dont il est question ici pourrait être appelé du nom de communisme si ce nom n'était utilisé dans la propagande mondiale du "Parti communiste" (les guillemets sont de lui) pour désigner son système de socialisme d'Etat, sous une dictature du parti."

Mais qu'est-ce qu'un nom?, interroge-t-il.

"On abuse toujours des noms pour tromper les masses: les sons familiers les empêchent de penser d'une manière critique et d'apprécier clairement la réalité.

"Donc, au lieu de chercher le nom qui convient, il sera plus utile d'examiner de plus près la caractéristique principale du système: l'organisation des conseils."

C'est, je le rappelle le titre donné à ce texte.

 

COMPARER PARLEMENTS ET CONSEILS OUVRIERS

 Les communautés trop vastes pour se réunir en une seule assemblée règlent toujours leurs affaires au moyen de représentants, de délégués;

"Lorsque nous parlons, indique-t-il de l'administration des affaires par des délégués élus, c'est toujours aux parlements que nous pensons; c'est donc surtout aux parlements que nous devons comparer les conseils ouvriers si nous voulons discerner leurs traits essentiels."

La différence, dit-il, saute aux yeux dès l'abord: les conseils ouvriers s'occupent du travail et doivent règler la production, alors que les parlements sont des corps politiques qui discutent et décident des lois et des affaires de l'Etat.

"La politique et l'économie, cependant, ne sont pas des domaines entièrement séparés.

"En régime capitaliste, l'Etat et le parlement prennent les mesures et font les lois nécessaires à la bonne marche de la production: ils pourvoient à la sécurité du négoce et des affaires, à la protection du commerce, de l'industrie, des échanges et des déplacements à l'intérieur et à l'étranger; à l'administration de la justice, à la monnaie et à l'uniformité des poids et mesures.

"Et leurs tâches politiques qui, à première vue, ne semblent pas liées à l'activité économique, sont en rapport avec les conditions générales de la société, avec les relations entre les différentes classes qui constituent le fondement du système de production.

"Ainsi, la politique, l'activité des parlements, peut, au sens large, être considérée comme un auxiliaire de la production."

 

LA DISTINCTION ENTRE LA POLITIQUE ET L'ECONOMIE

Leurs rapports sont les mêmes que ceux qui existent entre la règlementation générale et la pratique concrète.

La tâche de la politique est d'établir les conditions sociales et légales dans lesquelles le travail productif peut s'effectuer régulièrement, ce travail lui-même étant la tâche des citoyens.

Ainsi, il y a division du travail.

La réglementation générale peut être laissée à une minorité de politiciens dirigeants.

Le travail productif lui-même, base et contenu de la vie sociale, est constitué des activités séparées de nombreux acteurs et absorbe entièrement leurs vies.

Ce n'est qu'aux époques de crises sociales, de décisions fondamentales et de controverses sévères, de guerre civile, de révolutions, que la masse des citoyens a dû consacrer tout son temps et toutes ses forces à ces réglementations générales.

"Tout autre est l'organisation de la production commune par les conseils ouvriers...La production sociale constitue une totalité cohérente, objet de l'attention de la totalité des travailleurs, occupant leurs esprits en tant que tâche commune à tous...La réglementation générale, c'est le problème principal, qui exige l'attention conjuguée de tous...

"Il n'y a plus séparation entre la politique et l'économie...Pour la communauté indivise des producteurs, politique et économie ont fusionné; il y a unité de la réglementation générale et du travail pratique de production.

"Cette totalité est l'objectif essentiel de tous."

 

DES ORGANES DE DISCUSSIONS ET DE COMMUNICATIONS SOCIALES

 Les conseils, dit Anton Pannekoek, ne gouvernent pas, ils transmettent les opinions, les intentions, la volonté des groupes de travail...Ils ont pris part aux dicussions, ils se sont distingués comme porte-parole ardents des opinions qui ont prévalu...Ils ne sont pas seulement capables de les défendre à la réunion du conseil, mais encore ils sont suffisamment impartiaux pour être ouverts à d'autres arguments, et pour présenter à leur groupe des opinions ayant une large audience.

Les conseils sont donc les organes de discussions et de communications sociales.

 La pratique parlementaire est exactement à l'opposé.

Là, les délégués doivent prendre des décisions sans consulter leurs électeurs, sans être liés par un mandat. Il peut daigner leur parler...Mais il vote selon sa conscience...Il est expert en matière politique, spécialistes des questions législatives, il ne peut se laisser guider par les directivzes de gens ignorants...Il doit être guidé par de grands principes politiques et ne pas se laisser influencer par l'égoïsme étroit des intérêts privés de ses mandats;

C'est ainsi dans le capitalisme démocratique: il est possible à des politiciens élus par une majorité de travailleurs de servir les intérêts de la classe capitaliste.

Pis, les principes du parlementarisme ont aussi pris pied dans le mouvement ouvrier.

Dans les organisations syndicales de masse, ou dans des organisations politiques géantes comme le parti social-démocrate allemand, les dirigeants agissaient comme une sorte de gouvernement, avec pouvoir sur les membres, et leurs congrès annuels prenaient l'allure de parlements...

 

UNE REVOLUTION TOTALE DANS LA VIE SPIRITUELLE DE L'HOMME

"Dans l'organisation des conseils, dit Pannekoek, la division des tâches a disparu...Il ne s'agit plus de la préoccupation de chacun pour sa propre entreprise, son propre emploi, en concurrence avec les autres...Le travail collectif domine la pensée de chacun. La conscience de la communauté forme le fond et la base de tout sentiment et de toute pensée.

"Il s'agit là d'une révolution totale dans la vie spirituelle de l'homme. Il apprend à voir la société...Elle apparaît en pleine lumière, transparente et connaissable...Son regard embrasse la production dans sa totalité...Elle est devenue l'objet d'une organisation consciente...

"La société est dans la main de l'homme: il agit sur elle, il en comprend la nature essentielle...Le monde des conseils transforme l'esprit."

 

LA PERIODE DE TRANSITION

 "Il y a soixante-dix ans, Marx signalait qu'entre le règne du capitalisme et l'organisation finale d'une humanité libre, il y aurait une période de transition où la classe ouvrière serait maîtresse de la société, mais où la bourgeoisie n'aurait pas encore disparu.

"Il appelait cet état de choses la dictature du prolétariat.

"A son époque, ce mot n'avait pas encore la résonance sinistre que lui ont donné les systèmes modernes du despotisme, et on ne pouvait pas l'employer abusivement pour la dictature d'un parti au pouvoir, comme plus tard en Russie.

"Il signifiait seulement domination de la société passant de la classe capitaliste à la classe ouvrière...

"Nous voyons aujourd'hui que l'organisation des conseils met en pratique ce que Marx avait anticipé en théorie, mais dont on ne pouvait à l'époque concevoir la forme pratique.

"Quand la production est organisée par les producteurs eux-mêmes, la classe exploiteuse d'autrefois est automatiquement exclue de la participation aux décisions, sans autre forme de procès.

"La conception de Marx de la dictature du prolétariat apparaît comme identique à la démocratie ouvrière de l'organisation des conseils."

 

LA DEMOCRATIE N'EST PLUS UN SIMULACRE

Anton Pannekoek insiste: cette démocratie ouvrière n'a rien de commun avec la démocratie politique du système social précédent.*

"Ce que l'on a appelé démocratie politique du capitalisme était un simulacre de démocratie, un système habile conçu pour masquer la domination réelle du peuple par une minorité dirigeante.

"L'organisation des conseils est une démocratie réelle, la démocratie des travailleurs, où les ouvriers sont maîtres de leur travail;

"Dans l'organisation des conseils, la démocratie politique disparaît parce que la politique elle-même disparaît, cédant la place à l'économie socialisée. La vie et le travail des conseils, formés et animés par les ouvriers, organes de leur coopération, consistent dans la gestion pratique de la société, guidée par la connaissance, l'étude permanente et une attention soutenue...

"Ce que l'on arrive à faire dans de telles conditions ne pourra jamais être commandé d'en haut, ou ordonné par la volonté d'un gouvernement.

"La source en est la volonté commune de tous ceux qui sont en cause, car l'action est fondée sur l'expérience et la connaissance du travail de tous, et elle influence profondément la vie de chacun...

"Les conseils ne sont pas un gouvernement; même les conseils les plus centralisés n'ont pas un caractère gouvernemental, car ils n'ont aucun moyen d'imposer leur volonté aux masses; ils n'ont pas d'organes de pouvoir.

"Tout le pouvoir réel appartient aux travailleurs eux-mêmes. Partout où l'exercice du pouvoir est nécessaire – contre des troubles ou des attaques de l'ordre excistant – il émane des collectivités ouvrières dans les ateliers et reste sous leur contrôle."

 

CE QUI RESTE C'EST DE L'ADMINISTRATION

Pour Anton Pannekoek, pendant toute l'ère civilisée et jusqu'à nos jours, les gouvernements ont été nécessaires comme instruments permettant à la classe dirigeante de garder sous sa coupe les masses exploitées.

Ils assumaient aussi des fonctions administratives de plus en plus importantes; mais leur caractère principal de force organique du pouvoir était déterminé par la nécessité de maintenir une domination de classe.

Quand cette nécessité disparaît, son instrument disparaît aussi.

Ce qui reste, c'est l'administration, qui est une sorte de travail parmi beaucoup d'autres, la tâche d'une espèce particulière de travailleurs.

Ce qui prend la place du gouvernement, c'est l'esprit de vie de l'organisation, la discussion constante des ouvriers, qui pensent en commun à leur cause commune. C'est leur autorité morale. Et dans une telle société, l'autorité morale a un pouvoir bien plus rigoureux que les ordres ou la contrainte d'un gouvernement.

 

DECISION ET EXECUTION INTIMEMENT LIEES

"A l'époque des gouvernements au-dessus du peuple, poursuit Pannekoek, lorsque le pouvoir politique devait être concédé aux peuples et à leurs parlements, il y avait séparation du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif du gouvernement; parfois même, le pouvoir judiciaire devenait un troisième pouvoir indépendant.

"La tâche des parlements était de légiférer, mais l'application, l'exécution des lois, l'administration quotidienne étaient réservés à un petit groupe privilégié de dirigeants.

"Dans la communauté de travail de la nouvelle société cette distinction disparaît. Décision et exécution sont intimement liées; ceux qui font le travail décident, et ce qu'ils décident en commun, ils l'exécutent en commun...

"Dans le domaine de la production elle-même, chaque entreprise doit non seulement organiser avec soin son propre champ d'activité, mais elle doit aussi créer des liaisons horizontales avec des entreprises similaires, verticales avec celles qui lui fournissent les matières premières ou qui utilisent ses produits.

"Dans cette dépendance mutuelle...les conseils couvriront des domaines toujours plus étendus, jusqu'à l'organisation centrale de la totalité de la production.

"D'autre part, l'organisation et la consommation, la distribution de tous les biens nécessaires, exigera ses propres conseils de délégués de tous les intéressés et aura un caractère plutôt local ou régional."

 

L'AUTO-ORGANISATION DE TOUS LES DOMAINES DE LA VIE

Par-delà l'organisation de la vie matérielle, il y a, dit Pannekoek, le vaste champ des activités culturelles et de celles, non directement productives, qui ont pour la société une nécessité primordiale, telles l'éducation des enfants ou le soin de la santé de tous.

 "Ici, dit-il, c'est encore le même principe qui règne: celui de l'auto-organisation de ces domaines de travail par ceux qui font le travail.

"Il semble tout à fait naturel que tous ceux qui participent activement soit au soin de la santé universelle, soit à l'organisation de l'éducation, c'est-à-dire les soignants et les enseignants, règlent et organisent l'ensemble de ces services, par les moyens de leur association...

"Dans la nouvelle société, à cause du lien bien plus intime de la santé et de l'éducation, avec le travail, ils règleront leurs tâches de manière que leurs conseils restent en contact étroit et collaborent constamment entre eux et avec les autres conseils ouvriers...

"D'une manière générale, il y a, en ce qui concerne les activités culturelles aussi bien que toute activité non productive, une disparité fondamentale entre une organisation imposée d'en haut par un corps dirigeant, et une organisation faite de la libre collaboration de collègues et de camarades...

"Ainsi, l'organisation des conseils tisse à travers la société un réseau de corps diversifiés, travaillant en collaboration, et règlant sa vie et son progrès selon leur libre initiative.

"Et tout ce qui est discuté et décidé dans les conseils tire son véritable pouvoir de la compréhension, la volonté, l'action de l'humanité laborieuse."


 Note: le texte de Anton Pannekoek constitue le chapitre 7 du livre 1 "La Tâche" de "Conseils ouvriers" (1942). Il est publié par "Editions Turbulentes": http://nem.brassicanigra.org/

 

 

 


 

Posté par Alaindependant à 07:21 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
23 juin 2011

Opium du peuple

La religion n’est pas l’opium du peuple

Sonia Noreau
Religion et Politique, volume 9, septembre 2009

« Définir c’est limiter »
  Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

L’auteure de ce texte, bien que d’un athéisme à s’en confesser, volera au secours de ce qu’elle a en horreur à prime abord: le christianisme. Ce texte s’oppose à la fameuse citation de Marx: « La religion est l’opium du peuple. » L’auteure ne prétend pas pouvoir offrir une définition claire et définitive du christianisme ni de la religion en général, mais il lui semble quand même important, afin d’avancer vers une meilleure compréhension de ce en quoi la religion consiste, de déterminer ce en quoi elle ne consiste pas. Ce texte cherche à démontrer en quoi la vision de Marx de la religion ne tient pas la route si on la comprend comme une description de l’essence même de la religion, ou même encore si on applique cette vision « fonctionnalisante » à une autre société et à une autre époque que celles qu’a connues Marx.

La religion n’est pas l’opium du peuple. Néanmoins, Marx eut raison de préciser que « l’homme fait la religion [et que] ce n’est pas la religion qui fait l’homme »(1). En le faisant il souligne la primauté de l’homme sur le religieux et la possibilité de manipuler les masses avec la religion, et explicite à juste titre l’influence de la politique sur le religieux. Le propos religieux n’est pas politique à la base. S’il se retrouve dans l’arène politique, c’est qu’il y a été traîné par un acteur se servant de cet aspect de la vie social pour atteindre son but. Ce n’est ni son projet au départ ni une voie que le christianisme emprunte inévitablement.

Lorsqu’on essaie de comprendre la religion uniquement selon sa fonction sociale, on passe à côté de ce qu’elle peut être en soi et de ce qu’elle pourrait devenir dans un autre contexte ; on se restreint à un seul de ses aspects sans regarder ce qu’elle était à l’origine avant d’évoluer selon les nécessités politiques passées, ni comment elle pourrait évoluer en restant en contact avec la société qu’elle habite. La conscience religieuse peut mener à une conscientisation politique et à la prise en main de problèmes sociaux. Elle n’est pas l’opium du peuple, car ce n’est pas clair dans ses racines historiques, soit au moment de sa fondation, que son essence serait d’aliéner le peuple pour lui faire oublier sa réalité socio-économique. De plus, la citation de Marx devient moins évidente encore si l’on considère la variété des formes que peut prendre la religion chrétienne (comme la théologie de la libération en Amérique latine, par exemple).

Par contre, Marx n’a pas complètement tort lorsqu’il affirme que la religion est une théorie dont la fonction sociale est de justifier les actes politiques de la classedominante. Cependant, il ne faut pas voir là une définition de la religion, puisque ce n’est que l’une des nombreuses fonctions sociales qu’elle a occupées à un moment et temps donnés. Or, la « fonctionnalisation » dans les sciences humaines, telle que rejetée par Hannah Arendt dans Les Crises de la culture, est une méthodologie réductrice et trompeuse. En démontrant que ce n’est pas parce que le communisme remplit les fonctions émotives, sociales et psychologiques d’une religion qu’il en est devenu une, Arendt souligne à quel point il est important de ne pas ranger dans une même catégorie tout ce qui occupe la même fonction: manipuler les masses, par exemple, peut être l’une des fonctions de la religion, mais aussi de la publicité, de l’art, de l’éducation, etc. « C’est comme si j’avais le droit de baptiser marteau le talon de ma chaussure parce que, comme la majorité des femmes, je m’en sers pour planter des clous dans le mur »(2), illustre Arendt, qui souligne également l’erreur que constitue le fait de ne pas étudier « ce que les sciences historiques appellent les sources »(3).

Passons maintenant rapidement en revue, en nous appuyant sur les travaux d’Armelle Le Bras-Chopard (4), comment le message original de paix du christianisme a pu être transformé au point de permettre à un président américain de justifier une guerre au Moyen-Orient en parlant de guerre sainte. En expliquant l’articulation de la guerre dans le discours religieux chrétien, Le Bras-Chopard nous apprend que le christianisme endosse trois interprétations contradictoires de la guerre, issues de l’évolution de la religion en réponse au contexte politique dans lequel elle se trouvait : le principe de la non résistance à la violence du christianisme primitif, la licéité de la guerre juste et, finalement, les thèses providentialistes qui soutiennent que la guerre est auto-justificatrice.

Si le message initial de la Bible en est un de non-violence et d’amour envers son prochain, il a toutefois été complètement transformé au fil du temps pour des raisons politiques. C’est suite à l’adoption du christianisme comme religion d’État par Constantin que les choses changèrent. Après que ce dernier eût déclaré le christianisme religion d’État, les chrétiens firent face aux invasions barbares et durent repenser la possibilité de faire la guerre afin de défendre la Cité. Saint Athanase et saint Ambroise créèrent le concept de « guerre juste », guerre au cours de laquelle il était permis de tuer un ennemi. En offrant une solution médiane conciliant le besoin de faire la guerre et le respect du principe de la non-violence, saint Augustin établit les principes de ladite guerre juste, c’est-à-dire la une guerre sous conditions. La guerre serait juste si elle tendait à rétablir l’ordre naturel et pacifique d’une union entre les hommes, tel que voulu par Dieu. Bref, la théologie chrétienne devenait de plus en plus permissive en termes d’utilisation de la violence, phénomène qui n’a fait que s’accroître avec saint Thomas d’Aquin, à qui on doit le concept de la « guerre défensive ». Cette troisième interprétation contradictoire du message chrétien provient des thèses providentielles, qui voudraient que la guerre ait une essence divine venue régler l’iniquité entre les peuples qui en appellent de la vengeance de Dieu(5). C’est à travers les nécessités historiques des nations que se sont développés les ponts entre la religion et la politique. La religion ne serait donc pas, au départ, un outil de manipulation populaire, contrairement à ce qu’en a dit Marx.

La religion, au moment de sa fondation, n’est pas l’opium du peuple. Ce n’est plutôt qu’une fonction que lui a fait porter la classe politique au fil de l’histoire. Toutefois, c’est cette possibilité au sein même de la religion d’être un moteur de réflexion, d’action et de conscientisation politique qui trahit la fameuse citation marxiste. Il peut sembler contre nature, dans notre société sécularisée, de suggérer que la conscience religieuse peut mener à la conscience politique. Pourtant, l’exemple donné par la théologie de la libération, en Amérique latine, confirme qu’il est possible de se politiser à travers les préceptes religieux.

Louise Melançon, professeure à la Faculté de Théologie de l’Université de Sherbrooke, fait comprendre ce phénomène en adoptant une conception de la politique où cette dernière n’ignore pas les autres dimensions de la vie sociale. Sortis de la compartimentation classique des sciences humaines, les problèmes étudiés dans le domaine de la science politique peuvent se comprendre tels qu’ils se retrouvent en société, c’est-à-dire à travers une pluralité de points de vue et de compréhensions du monde. La religion, puisqu’elle se vit au sein des sociétés humaines, est en contact avec ses problèmes. Les chrétiens peuvent se pencher sur ces derniers sans abandonner leurs croyances. Par conséquent, la foi peut se vivre en société et, par ricochet, en politique, avec tous les engagements que cela sous-entend. La foi, comme tout autre aspect social, peut alors prendre une dimension politique. Par exemple, les chrétiens conscients de l’exploitation de certains par d’autres s’engagèrent, en Amérique latine, dans le débat politique. Appelée théologie de la libération, cette mouvance politico religieuse « est en même temps une option de foi: leur foi se fait praxis de libération »(6). En vivant à l’intérieur d’une société dite, la foi est amenée à se redéfinir face aux réalités des gens et, dans le cadre de la théologie de la libération, les prêtres furent amenés à poser des gestes politiques. La spiritualité, dans ce contexte, est alors un élément social dynamique en contact avec la réalité politique et non pas un outil de manipulation des masses.

Conséquemment, la religion n’est pas l’opium du peuple. Elle a pu en occuper la fonction dans le contexte sociohistorique de Marx, un peu comme le fait présentement la publicité et la télévision dans nos sociétés contemporaines, mais elle ne l’était pas au moment de sa fondation et elle a su être le moteur de luttes politiques dans d’autres contextes, lorsqu’elle avait une autre fonction sociale. Hannah Arendt a raison de rejeter le fonctionnalisme des sciences humaines à cause du manque de considération de ce dernier pour l’essence possible, si essence il y a, des réalités sociales. De plus, le fonctionnalisme vient noyer celui qui voudrait une réponse claire et unique parmi des possibilités aussi nombreuses qu’il y a de contextes. Faut-il alors définir le christianisme par ce qu’il était à sa fondation, avant d’être manipulé par la politique, comme un besoin humain, une prise de conscience de l’Homme de sa place en société? L’auteure de ce texte ne le sait pas, mais elle doute que le fonctionnalisme puisse nous apporter une réponse satisfaisante ou qu’il faille réduire la religion à une fonction d’« opium du peuple ».


1 MARX Karl, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel
2 ARENDT Hannah, La Crise de la culture, Gallimard, Paris
3 Ibid.
4 LE BRAS CHOPART, Armelle, La Guerre, théorie et idéologie, Clef politique, 1994
5 MELANÇON Louise, La Théologie de la libération
6 Ibid.

Posté par Alaindependant à 07:34 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
28 mai 2011

28 mai 1871: dernier jour de la "semaine sanglante", l'assassinat des Communards parisiens

communeparis71


Chanson de Jean Ferrat

La commune
Paroles : Georges Coulonges

Musique : Jean Ferrat


Il y a cent ans commun commune
Comme un espoir mis en chantier
Ils se levèrent pour la Commune
En écoutant chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme une étoile au firmament
Ils faisaient vivre la Commune
En écoutant chanter Clément

C'étaient des ferronniers
Aux enseignes fragiles
C'étaient des menuisiers
Aux cent coups de rabots
Pour défendre Paris
Ils se firent mobiles
C'étaient des forgerons
Devenus des meublots

Il y a cent ans commun commune
Comme artisans et ouvriers
Ils se battaient pour la Commune
En écoutant chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme ouvriers et artisans
Ils se battaient pour la Commune
En écoutant chanter Clément

Devenus des soldats
Aux consciences civiles
C'étaient des fédérés
Qui plantaient un drapeau
Disputant l'avenir
Aux pavés de la ville
C'étaient des forgerons
Devenus des héros

Il y a cent ans commun commune
Comme un espoir mis au charnier
Ils voyaient mourir la Commune
Ah! Laissez-moi chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme une étoile au firmament
Ils s'éteignaient pour la Commune
Écoute bien chanter Clément

Posté par Alaindependant à 00:19 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


  1  2  3  4  5