Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

26/04/08

3719 sites Internet bloqués par les USA

Qui est eNom, qui a bloqué 3.719 sites Internet déplaisant aux Etats-Unis ?

par Rosa Miriam Elizalde

Cubadebate, 06/03/2008
Traduit par Jose Gregorio pour Investig'Action

Les Etats-Unis financent des organisations comme Reporters sans Frontières pour attaquer certains pays sur le thème de la liberté d'Internet. Or, ces mêmes Etats-Unis ont bloqué 3.719 domaines.com en violant leurs propres lois.
Le New York Times a raison de qualifier de 'scandaleuse' la décision nord -américaine d' appliquer à internet, et cela dans tous les pays, des réglementations dont la légalité est insoutenable même sur le propre territoire des USA.

C`est un excellent article, mais qui laisse de côté des éléments d`information essentiels qui aideraient à comprendre pourquoi la censure des sites web dont les noms portent le suffixe .com, le plus utilisé sur le réseau des réseaux, n'est en fait que la partie émergée de l'iceberg d'une agression de plus grande portée contre Cuba et contre le réseau mondial.

Combien de noms de domaine liés a Cuba apparaissent-ils sur la liste noire du Département du Trésor nord-américain?

Revue avec une patience toute asiatique, la liste noire de l`OFAC recense 557 entreprises 'maudites' dans le monde et 3719 domaines .com qui ont été bloqués sur le net sans la moindre notification préalable à leurs propriétaires. Pour se faire une idée de ce que cela signifie, il suffit de regarder le rapport le plus récent relevé du registre de domaine en Amérique latine (www.latinoamericann.org ).

On constate que Cuba possède 1434 sites web avec nom de domaine .cu . C'est dire que les USA ont bloqué quasi trois fois plus de sites que tous ceux qui sont enregistrés par l'île sous le générique «.cu ».

- Qui est eNom, l'entreprise qui a bloqué les sites de Mr Marshall?

L'entreprise eNom est la 2ème plus grande entreprise au monde en registre de domaines, accréditée par l`ICANN (acronyme en anglais de Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, société internet pour l`assignation, l'attribution de noms et numéros), une organisation supposée indépendante sous laquelle s'ordonne le net.
L`ICANN désigne les noms et numéros de domaine, l'équivalent des codes postaux sur internet.

- Les USA peuvent-ils bloquer tout le net?

C'est une nouvelle preuve que les USA contrôlent non seulement l'accès de leurs citoyens au cyber-espace, mais aussi celui de tous les usagers de l'internet global.

Bien qu'il existe sur le net une grande rhétorique libertaire au niveau mondial, l'ICANN dépend du Département du Commerce US et des législations nord-américaines, à tel point qu'elle viole sans sourciller ses propres statuts.

Ses interventions sur le net sont supposées être d'ordre technique et ne peuvent censurer de sites, ni combattre ou appuyer aucune norme légale ou politique.
S'il y a la moindre réclamation sur le droit de propriété, elle doit la soumettre à l`arbitrage international.Néanmoins, eNom, inscrite à cette corporation et avec les mêmes fonctions, non seulement s'est soumise à une décision du gouvernement nord-américain, violant ainsi les législations d'autres pays, mais en plus sans même le notifier aux entreprises et personnes ainsi lésées, comme le signale le New York Times.

Le fait démontre que les USA contrôlent les principaux serveurs internationaux et peuvent en pratique bloquer tout ce qu'ils veulent sur le net sans même le prétexte d'une agression terroriste.

- Quelle loi les USA utilisent-ils pour violer la souveraineté de notre pays et de tous les pays du monde sur le net?

La Loi Torricelli ou Loi d`autorisation et de défense nationale pour l'année fiscale 1992, qui autorisa la connexion de l'île au réseau par satellite avec la condition que chaque megabyte (rang de vitesse de connexion) devait être sous contrat avec une entreprise américaine ou une de ses filiales et approuvé par le Département du Trésor.

Cette loi établit des limitations et des sanctions extraordinaires, comme des amendes de 50000 dollars pour chaque violation, pour ceux qui favoriseraient dans ou hors des USA le négoce électronique ou le moindre bénéfice économique pour l'île.

Ceci a été appliqué rigoureusement depuis et, petit à petit, l`OFAC a complété sa liste noire, jusqu'au délire récemment découvert par le journal nord-américain.

Par ailleurs, ce bureau consacre bien plus de fonctionnaires à surveiller les citoyens du monde qui voyagent ou envoient de l`argent à Cuba qu'à poursuivre les transactions suspectées de financer le terrorisme aux USA.

En avril 2004, l`OFAC informait le Congrès que, parmi ses 120 employés, quatre étaient désignés pour suivre la piste des finances d`Osama Bin Laden et Saddam Hussein, pendant que près de deux douzaines s'occupaient de renforcer le blocus contre Cuba.

Ils ont admis utiliser internet comme source fondamentale pour suivre les pistes de l'argent.

- Que peut-on faire?

L`OMPI, Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, établit le droit de chaque personne à présenter une demande liée à un nom de domaine enregistré sous .com .net .org.
Conformément à l`article 4 de l`ICANN, on peut soumettre à l`arbitrage international tout cas d'enregistrement abusif d`un nom de domaine ou toute censure de celui-ci avec circonstances démontrées dans la demande écrite.

Et bien, grâce à cet article du New York Times et aux spécialistes consultés par ce journaliste, il existe 3719 demandes potentielles pour censure de la part des USA. Qui commence?

http://www.michelcollon.info/

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06/04/08

A qui profite la crise du Tibet ?

La représentante de Californie Nancy Pelosi, qui dirige la majorité démocrate au Congrès étasunien, s’est illustrée une fois de plus en « idiote utile » au service du parti de la guerre. Proche de Felix Rohatyn, l’apôtre des privatisations déguisées en Partenariats Public Privé, Nancy Pelosi a milité en 2007 avec force contre toute procédure de destitution du vice-président Dick Cheney, tête de file de la faction néo-conservatrice.

En rendant visite au Dalaï Lama et la communauté tibétaine installée à Dharamsala en Inde, pour y dénoncer sans nuances les évènements du Tibet, attribués exclusivement aux « oppresseurs » chinois, Pelosi joue le jeu de tous ceux qui, au moment même où le système financier se désintègre, cherchent à provoquer un « choc des civilisations ». Cette carte politique « du chaos » d’origine britannique vise avant tout à préempter toute solution négociée entre les grandes puissances pour la mise en place d’un nouveau système financier international.

Rappelons ici que le Dalaï Lama, grand « pacifiste », a reconnu dans un interview au New York Times du 28 novembre 1993 que, dans le cadre de la guerre froide, son frère ainsi que des centaines de résistants tibétains reçurent de l’argent et un entraînement de la CIA au Colorado. Aujourd’hui, c’est surtout la main britannique qui a pris le relais. D’ailleurs, aussi bien Gordon Brown que le prince Charles d’Angleterre ont d’ores et déjà confirmé leur volonté de rencontrer le Dalaï Lama lors de sa visite prévue en Angleterre au mois de mai.

Si Nancy Pelosi, comme les grands prêtres des chaînes médiatiques, dénoncent le fait que les journalistes n’ont pas un libre accès à la capitale tibétaine Lhasa, le journaliste anglais James Miles de l’hebdomadaire The Economist, lors d’une interview à la chaîne de télévision américaine CNN, présente une autre version des faits.

De retour de Lhasa, où il a pu travailler pendant une longue semaine, et présent à Lhasa dès le début des émeutes du 12-13 mars, James Miles témoigne d’avoir constaté une violence sans précédent ciblant exclusivement la communauté des marchands chinois Han vivant à Lhasa, symbole du « génocide culturel » infligé contre le Tibet, ainsi que contre la minorité musulmane du peuple Hui [arrivée il y a 900 ans au Tibet…].

Les émeutiers, affirme Miles, ont « attaché des foulards blancs traditionnels à tous les commerçants et hommes d’affaires 100% d’origine tibétaine. Ceux-là n’ont pas été ciblés. Par contre, tous les autres ont été la cible d’attaques violentes, de pillages et leurs biens furent jetés dans la rue et brûlés. C’était une explosion extraordinaire de violence ethnique d’une nature fortement déplaisante à voir qui a surpris plus d’un tibétain qui les regardait. »

Miles rajoute que la police n’a quasiment rien fait pendant plusieurs jours pour faire mettre fin aux émeutes et qu’elle attendait le retour spontané du calme. C’est seulement à ce moment que la police aurait cherché à sécuriser les rues, « quand elle était convaincue qu’aucun bain de sang ne pouvait survenir ».


http://www.solidariteetprogres.org

http://www.alterinfo.net/index.php

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31/03/08

Point de vue d'Alain Gresh : Tibet-Palestine.

« Les émeutes se sont étendues sur la rue principale de Jérusalem, au début de l'après-midi du 14 mars. Elles avaient commencé un peu avant dans une rue proche, quand deux religieux musulmans avaient été battus par les forces de sécurité (c'est en tous les cas ce que croient les Palestiniens, la version officielle étant que ces religieux avaient attaqué la police israélienne). Une foule de dizaines de personnes se livre à des saccages le long de cette rue, certains hurlant alors qu'ils jetaient des pierres contre des magasins appartenant à des juifs et aussi aux taxis dont la plupart des chauffeurs sont juifs. »

« Les émeutes se sont rapidement propagées à travers les ruelles sinueuses de la vieille ville. Dans ces rues, on trouve de petites échoppes appartenant à des juifs ou à des non-arabes. Des foules se sont assemblées, apparemment spontanément, dans de nombreuses parties du quartier. Elles ont attaqué les boutiques appartenant à des juifs. Tout, de la viande à du linge, a été jeté dans des bûchers. Les émeutiers ont pris plaisir à jeter dans le feu des bombonnes de gaz et à courir se mettre à l'abri quand elles explosaient. Quelques-uns criaient “vive la Palestine indépendante”. »

« Durant des heures, les forces de sécurité n’ont rien fait. Mais de nombreux juifs qui vivaient au-dessus de leur boutique ont dû fuir. S’ils ne l’avaient pas fait, il y aurait eu plus de victimes. Le gouvernement affirme, de manière plausible, qu’il y a eu 13 personnes tuées par les émeutiers, la plupart dans des incendies. Ceux qui sont restés dans leur logement ont gardé les lumières éteintes pour éviter d’être repérés. » (...)

« La destruction a été systématique. Des boutiques qui appartenaient à des Palestiniens étaient marquées par des signes particuliers, elles ont échappé à la destruction. Presque toutes les autres ont été détruites. Il est vite devenu difficile de circuler dans les ruelles à cause des marchandises éparpillées. » (...)

« Quand les résidents ont commencé à se risquer dehors, le 17 mars, l’extension des émeutes est apparue. De nombreuses propriétés appartenant à des juifs, bien au-delà du quartier palestinien, avaient été attaquées. De nombreux immeubles avaient été livrés aux flammes. La porte de la principale synagogue avait été carbonisée... »

Tout cela, vous ne l’avez évidemment pas lu dans la presse. Et pourtant... C’est le compte-rendu des émeutes à Lhassa, rapportées par le seul correspondant étranger sur place, celui de l’hebdomadaire The Economist, le 19 mars, « Trashing the Beijing Road ». J’ai simplement remplacé « Tibétain » par « Palestinien », « Chinois » par « Israélien » ou « juif ». Imaginons le traitement médiatique qui aurait été accordé à cet événement s’il s’était déroulé en Terre sainte.

Il apparaît clairement de ce texte que les émeutes ont été largement suscitées par des Tibétains, qui ont commis de nombreuses exactions. Pourtant, les médias en France en ont peu parlé, car leur grille d’analyse était, à juste titre, que les Tibétains sont opprimés par le pouvoir central qui leur dénie leurs droits fondamentaux, et que l’on ne peut donc simplement « condamner » les exactions commises, aussi injustifiables soient-elles. La question est de savoir pourquoi ce traitement médiatique est rarement accordé aux Palestiniens, alors que les Nations unies considèrent que, en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem, ils vivent sous occupation depuis 1967 ? Les deux situations ne sont pas équivalentes (le Tibet n’est pas reconnu par les Nations unies comme territoire occupé) et il ne faut pas pousser le parallèle trop loin. Pourtant, la comparaison est instructive...

Alain Gresh 

24 mars 2008

Source : Carnets du diplo 
http://blog.mondediplo.net/...

(Article proposé par Y.C)

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28/12/07

Un Christianisme mondialisé venu d’Outre-atlantique

"Un Christianisme mondialisé venu d’Outre-atlantique", Gabriel Yoder nous exhorte à ne pas nous laisser trop facilement coloniser (sur http://www.blogdei.com/index.php/)

Après avoir vécu plusieurs années à l’étranger dont l'Afrique, les USA et l'Europe, j’observe comme beaucoup d’autres les effets grandissants de la mondialisation. Elle occupe progressivement les différentes couches de la société modifiant les enjeux et les relations entre les peuples. La mondialisation est un fait avéré et reconnu à notre époque. On parle régulièrement de mondialisation en terme économique et financier, mais on observe aussi un phénomène de mondialisation dans le domaine culturel tel que la musique, l’écriture, le cinéma etc. En fait toutes activités à finalité lucrative se retrouveront certainement sous la tutelle ou l’influence des promesses idylliques de la mondialisation. Certains la défendent hardiment, d’autre l’attaquent avec virulence. Mais n’oublions pas que la mondialisation se fait au profit de certains et aux détriments d’autres. Pour vous donner une image, on estime que 75% des communications mondiales (toute forme confondue, Internet, presse, films, musique, livres, TV, langage, radio etc.) sont anglophones. Ce qui veut dire que les 25% restant sont à partager avec les autres cultures et nations existantes. Comme l’intérêt financier prime très souvent sur le reste et que l’appât du gain est le principal moteur pour beaucoup de gens, il n’est pas étonnant que certaine nation/culture cherchent à dominer économiquement ou autrement d’autre nation/culture. Ainsi la mondialisation par son uniformisation et sa prépondérance ne laisse pas ou peu de place à la richesse de la diversité et des différences. Mais n’avons-nous pas été créés pour vivre en harmonie? Dieu n’a-t-il pas crée un monde riche et diversifié contenant des êtres humains si uniques et si différents avec des cultures si hétérogènes?

Ce préambule introduit mon propos que voici. Qu’en est-il de l’Eglise face à ces mécanismes mondialisants? Plus spécifiquement, je vous interpelle : « ne pensez vous pas que les ambitions et les modes opératoires de l’Eglise aux 21e siècle sont sous l’influence d’une mondialisation abusive et impérieuse »? Je me pose et je vous pose cette question urgente : avons-nous inconsciemment ou intentionnellement adopté le langage de la mondialisation pour faire face aux enjeux de l’Eglise d’aujourd’hui? Je me permets de vous faire un petit rappel historique pour vous montrer la nécessité de mon interpellation. Il y a environ cinq cents ans, les premiers missionnaires sont partis du vieux continent pour évangéliser le reste du monde. Sans vouloir jeter l’opprobre sur le travail des premiers missionnaires, il n’est pas outrancier de dire que l’Eglise et la Mission ont plutôt été indifférentes et peu respectueuses de la diversité des cultures découvertes. Il ne serait pas excessif de dire que les méthodes et l’attitude adoptées par l’Eglise pendant des décennies pour propager l’Evangile s’apparentaient à une sorte de mondialisation du Christianisme avec les mêmes effets négatifs. Lors de mon séjour en Afrique, j’ai été surpris de découvrir l’imposture et les résidus d’un Christianisme d’un autre temps. L’Eglise Africaine me semblait être prisonnière et contenue dans un modèle que nous, blanc européens, leur avions imposé et laissé avec les vestiges de la colonisation. Nous avions simplement copié un christianisme européen pour le coller sur le continent africain sans aucun effort de « culturalisation ». Le message du Christ a évidemment un caractère intemporel et interculturel. Mais la vie chrétienne et notre pratique religieuse se forgent, grandissent et se développent aussi dans un creuset culturel, social et familial propre à chacun de nous. Il serait donc incongru et incomplet de penser que la foi chrétienne n’est le résultat que d’une seule expérience et la profession de foi d’un seul modèle pour tous.

Cette réflexion a démarré suite à mon retour des Etats-Unis pour l’Europe. Après avoir vécu presque trois années là-bas, la culture américaine avait naturellement influencé et changé mes perspectives et ma manière de penser. Mais même si certains de ces changements pouvaient être bénéfiques et transposables ici en France, j’ai rapidement pris conscience des incompatibilités, et donc de la nécessité de faire un travail de réadaptation sociale et culturelle pour pouvoir à nouveau interagir efficacement et durablement avec mes semblables européens. Je ne pouvais pas continuer à revendiquer ou à imposer les us et coutumes américains dans mon pays d’origine.



Malheureusement, il me semble que nous, chrétiens, œuvres ou églises ne mesurons pas bien les dangers et les fausses promesses que véhicule ce monde mondialisé. Je m’explique. Je fais de plus en plus le constat que beaucoup d’églises françaises, d’œuvres et ministères francophones s’inspirent et tentent de copier tout simplement ce qui se fait outre-atlantique ! Je pense que la plupart de ces "copier-coller" sont complètement inappropriés et vont se retourner contre leur utilisateur. Je ressens chez beaucoup de chrétiens français de la fascination et de la convoitise pour leur grand frère américain. Cependant, ce regard que nous portons là-bas est ébloui par ce que nous voyons. Nous ne prêtons pas assez attention aux réalités culturelles et historiques car nous méconnaissons profondément ce pays. J’ai eu l’opportunité de participer de près et de loin à la vie de grandes églises américaines telles que l’Eglise de Rick Warren. Il est vrai que mes yeux de chrétien ayant grandi dans une petite église française ont été fascinés par les oeuvres et les fruits de ces ministères. Mais ne vous méprenez pas sur l’appréciation et le jugement que nous pourrions porter sur un tel succès. Il y a plusieurs facteurs qui nous échappent, à nous francophones. Revenons à mon interpellation : avons-nous inconsciemment ou intentionnellement adopté le langage de la mondialisation pour faire face aux enjeux de l’Eglise d’aujourd’hui? Comme les missionnaires des siècles derniers, je crois que nous sommes en train de reproduire et de subir cette fois-ci en tant que colonisés les mêmes choses. Je pense qu’une mondialisation est en marche dans nos églises, avec pour conséquence les même perversions que dans le monde séculier: c’est à dire des rapports de dominant à dominé, la suprématie d’un modèle unique, d’un nivellement par le bas, la recherche de profit et d’un non-respect de la diversité et des différences culturelles.

Je déplore que les églises francophones tournent trop leurs regards vers les églises américaines dans l’espoir de trouver des solutions à leur problème. Je déplore plus encore que les ressources que nous utilisons proviennent principalement des églises américaines à travers leurs musiques, leurs livres, leurs stratégies d’évangélisation ou leurs prédications. Je ne remets pas en question la pertinence de ces ressources. Je suis convaincu de leur utilité là où elles sont débattues et appliquées. Mais je doute fort que toutes ces ressources correspondent réellement aux attentes de ma culture, de mon peuple, de mes besoins et de ceux de mon prochain. Je crois que nous avons peur de regarder en face l’histoire culturelle et spirituelle de notre pays. Il est plus facile de regarder ailleurs pour ne pas voir tout ce qui est juste devant notre porte. Nous sommes séduits par le chant des sirènes de cette mondialisation. Quels sont véritablement le contenu et la provenance de notre message pour le peuple français ? Ou bien serions-nous devenu des falsificateurs justifiant nos agitations et nos stratégies avec les moyens du monde ? Quelle est la provenance de la marchandise : Made in USA ou bien "Made in Heaven"? Je veux croire que nous défendons un Evangile qui se fait tout à tous. Alors ne serait-il pas temps de voir de plus en plus une Eglise de France, des chrétiens de France qui assument leur héritage culturel et spirituel tout en le maintenant dans une émulation de vie à l’écoute des besoins et des aspirations secrets de nos compatriotes?

Je terminerai par cette réponse clairvoyante et sans parti-pris de Bill Hybels (1) lors d’une interview par le magazine « Christianisme Aujourd’hui ». La journaliste lui demandait : « Que proposez vous (pasteur américain) pour que l’Eglise (Française) atteigne d’avantage de personnes »? Réponse : « Il faut trouver ce qui est vraiment pertinent dans votre contexte culturel, essayer de se l’approprier afin de créer de nouvelles façons de capter l’écoute et l’attention des gens pour ensuite les amener si possible au Christ » (2).
Voici une magnifique réponse pleine d’écoute et de considération qui nous invite à prendre pleinement nos responsabilités, et utiliser la créativité et les dons que Dieu a donnés aux chrétiens de France.

Notes:
1 - Pasteur de la mégachurch « Willow Creek » à Chicago
2 - Christianisme Aujourd’hui, Novembre 2007, page 15

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17/12/07

La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime

par Thierry Meyssan*

Fondée à Taiwan par Tchang Kaï-Chek, le révérend Moon et des criminels de guerre nazis et nippons, la Ligue anti-communiste mondiale (WACL) a d’abord été utilisée sous Nixon pour étendre les méthodes de contre-insurrection en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Sept chefs d’État participaient alors à ses travaux. Elle a connu une nouvelle vitalité sous Reagan devenant un instrument conjoint du complexe militaro-industriel états-unien et de la CIA dans la Guerre froide. Elle fut alors en charge des assassinats politiques et de la formation des contre-guérillas dans toutes les zones de conflits, y compris en Afghanistan où elle était représentée par Oussama Ben Laden.

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens retournent des agents nazis, fascistes et oustachis pour créer un réseau anti-communiste, le stay-behind [1]. Si les agents recrutés dans les États de la future Alliance atlantique avaient vocation à rester secrets, ceux des États passés sous contrôle soviétique devaient au contraire agir publiquement. Une internationale fasciste est donc constituée, en 1946, pour coordonner l’action des agents originaires de l’Est immigrés à l’Ouest : le Bloc anti-bolchévique des nations (Anti-Bolshevik Bloc of Nations - ABN). Fascistes ukrainiens, hongrois, roumains, croates, bulgares, slovaques, lituaniens etc. se réunirent sous la houlette de Yaroslav Stetsko. Ancien leader collaborationniste en Ukraine, Stetsko est considéré comme responsable du massacre de 700 personnes, majoritairement juives, à Lvov le 2 juillet 1941.

Huit ans plus tard, à l’issue de la guerre de Corée, les États-Unis prennent le relais de la France en Indochine [2]. Le président Eisenhower met en place un système régional de défense dirigé contre l’URSS et la Chine. Le 8 septembre 1954, l’OTASE est créée sur le modèle de l’OTAN. Elle regroupe l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines, la Thaïlande, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le 2 décembre, le dispositif est complété par un traité de défense bilatéral États-Unis-Taiwan [3]. Parallèlement, la CIA, sous la direction d’Allen Dulles, structure les services de renseignement de ces États et met en place une organisation de contact entre les partis anticommunistes de la région. C’est ainsi que se constitue, autour de Tchiang Kaï-Chek lui-même, une Ligue anticommuniste des peuples d’Asie (Asian People’s Anti-Communist League - APACL).

Outre le président taiwanais Tchang Kaï-Chek, l’APACL compte dans ses rangs Pak Chung Hee, futur président de la Corée du Sud ; Ryiochi Sasakawa, un criminel de guerre devenu milliardaire et bienfaiteur du parti libéral japonais ; et le révérend Sun Myung Moon [4], prophète de l’Église de l’unification. Ainsi que le général Prapham Kulapichtir (Thaïlande), le président Ferdinand Marcos (Philippines), le prince Sopasaino (Laos) [5] ; le colonel Do Dang Cong (représentant le président Nguyen Van Thieu, Vietnam), etc. L’APCL est totalement contrôlée par Ray S. Cline, alors chef de poste CIA à Taiwan et futur sous-directeur de la CIA [6]. Elle édite l’Asian Bulletin, dont la rédaction est confiée à Michael Lasater, futur responsable du département Asie de la Fondation Héritage [7].

Dès 1958, président du Bloc anti-bolchévique des nations (ABN), participe à Taipei aux conférences annuelles de la Ligue anticommuniste des peuples d’Asie (APACL). Cline et Stetsko supervisent la fondation de la Political Warfare Cadres Academy de Taiwan, une institution chargée de former les cadres du régime de Tchang Kaï-Chek à la répression anticommuniste L’académie est le pendant asiatique de la Psychological Warfare Center de Fort Bragg (USA) et de la School of Americas de Panama [8]. Progressivement, la CIA forme un réseau de groupes politiques et d’instructeurs en contre-insurrection à l’échelle mondiale. En 1967, l’ABN et l’APACL fusionnent sous l’appellation Ligue anti-communiste mondiale (World Anti-Communist League - WACL) et étendent leurs activités à l’ensemble du « monde libre ». Parmi les nouveaux adhérents, on relève Los Tecos ou Légion du Christ-Roi, formation fasciste mexicaine constituée pendant la Seconde Guerre mondiale. La Ligue connaît un premier essor dans les années 73-75 lorsque Richard Nixon et son conseiller de sécurité Henry Kissinger siègent à la Maison-Blanche.

Son financement est grassement assuré par l’intermédiaire de l’Église de l’Unification. Cependant, cette réalité n’est plus assumée publiquement à partir de 1975. Le révérend Sun Myung Moon prétend alors rompre avec la Ligue, mais continue à exercer son leadership via son représentant japonais Osami Kuboki.

Le rôle de la WACL dans la réalisation des Plans Phoenix (1968-71) et Condor (1976-77), prévoyant l’assassinat de milliers de personnes suspectées de sympathies communistes en Asie du Sud-Est et en Amérique latine est encore insuffisamment documenté. L’Opération Phoenix a probablement été mise en œuvre au Vietnam par la Joint Unconventionnal Warfare Task Force du major général John K. Singlaub, qui devint ultérieurement le président de la WACL. Cependant Singlaub a toujours nié son implication dans cette opération. Par ailleurs, le général Hugo Banzer Juarez, qui imposa sa dictature en Bolivie de 1971 à 1978, présida la branche latino-américaine de la WACL. Il organisa un plan d’élimination systématique de ses opposants communistes, en 1975. Le Plan Banzer fut présenté, comme un modèle à suivre, lors d’une réunion latino-américaine de la WACL à Assomption, en 1977, en présence du dictateur du Paraguay le général Alfredo Stroessner. Une motion visant à procéder identiquement à l’élimination dans toute l’Amérique latine des prêtres et religieux adeptes de la théologie de la libération fut présentée par la délégation paraguayenne et adoptée par la conférence mondiale de la WACL, en 1978 [9].

De même, on ignore précisément le rôle de la WACL dans la stratégie de la tension qui frappa l’Europe à cette période. Le Français François Duprat, fondateur d’Ordre nouveau, l’Italien Giorgio Almirante, fondateur du MSI, l’Espagnol Jesus Palacio, fondateur du CEDADE, le Belge Paul Vankerhoven, président du Cercle des nations et d’autres encore y ont milité. Et c’est la Ligue qui exfiltre Stefano delle Chiaie [10], lorsque la justice italienne le recherche pour terrorisme, vers la Bolivie d’Hugo Banzer, où il est immédiatement nommé adjoint de Klaus Barbie à la tête des escadrons de la mort.

Enfin, on dispose de peu de documentation sur le rôle de la WACL dans la guerre du Liban. Tout au plus sait-on qu’elle a recruté les mercenaires intégrés dans les rangs des milices chrétiennes de l’ancien président Camille Chamoun, en 1975, quelques semaines avant que n’éclate le conflit.

En entrant à la Maison-Blanche, en 1977, Jimmy Carter souhaite mettre fin aux pratiques sordides de ses prédécesseurs. Il nomme l’amiral Stanfield Turner à la tête de la CIA et s’applique à renverser les régimes autoritaires d’Amérique latine. C’est une période vaches maigres pour la WACL qui n’est plus financée que par ses adhérents. Elle devient alors le repaire des anti-Carter préparant des jours meilleurs et noue spontanément des relations avec la principale organisation anti-Carter aux États-Unis, la Coalition nationale pour la paix par la force (National Coalition for Peace Through Strength). Ce front du refus est une émanation de l’American Security Council, que le président Eisenhower désignait sous le terme de « complexe militaro-industriel » [11]. Il est co-présidé par le général Daniel O’Graham [12], qui participa avec George H. Bush à la réévaluation de la menace soviétique au sein de la Commission Pipes dite Team B [13] et par le général John K. Singlaub [14]

De nombreux responsables de la Ligue s’impliquent dans les Comités de campagne pour l’élection de Ronald Reagan. Pour beaucoup, le gouverneur républicain de Californie n’est pas un inconnu. En effet à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il participa comme porte-parole de la Croisade pour la liberté (Crusade for Freedom) à la levée de fonds nécessaire à l’installation aux États-Unis pour l’immigration d’Européens de l’Est fuyant le communisme, en réalité pour le transfert des nazis, fascistes et oustachis membres du Bloc anti-bolchévique des nations (ABN). Quant au vice-président George H. Bush, c’est aussi un ami. Il a été, en qualité de patron de la CIA, le chef de l’Opération Condor. L’âge d’or de la WACL

Dés l’arrivée de Ronald Reagan et de George H. Bush à la Maison-Blanche, la WACL retrouve sa vigueur et reprend son développement. Les contacts précédents portent leurs fruits. Le complexe militaro-industriel états-unien prend en charge la création d’une section états-unienne de la WACL sous la dénomination Conseil pour la paix mondiale (Council for World Freedom - USCWF). Le général John K. Singlaub en est président tandis que le général Daniel O’Graham en est vice-président. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Le complexe militaro-industriel s’empare de la WACL pour en faire l’outil central de la répression anti-communiste mondiale. Singlaub est donc élu président de la WACL.

La Ligue agit tous azimuts :

Pour combattre la présence soviétique en Afghanistan, l’American Security Council finance [15] une section thématique de la WACL : le Comité pour un Afghanistan libre (Committee for a Free Afghanistan) dont le siège social est hébergé par la Fondation Héritage. L’opération est lancée à l’occasion d’une visite officielle aux États-Unis de Margaret Thatcher et Lord Nicholas Bethell, chef de département au MI6. Elle est dirigée par le général J. Milnor Roberts. Le Comité participe directement à l’aide logistique aux « combattants de la liberté » décidée par le directeur de la CIA William Casey [16] et gérée par Oussama Ben Laden [17]. La liaison entre la WACL et l’homme d’affaire saoudien est assurée par un des collaborateurs du géant des travaux publics, le Saudi Bin Laden Group, sheik Ahmed Salah Jamjoon, et par un ancien Premier ministre du Yémen du Sud [18]

Aux Philippines, la WACL est représentée par le président Marcos. Mais lorsque celui-ci est renversé, en 1986, John K. Singlaub et Ray Cline se rendent sur place pour y choisir de nouveaux correspondants. Ils mettent en place une unité paramilitaire de contre-guérilla et jettent leur dévolu sur le général Fidel Ramos [19] de Frank Carlucci [20], George H. Bush et des Ben Laden.

Pour combattre la révolution sandiniste au Nicaragua, la WACL installe une base arrière dans la propriété de John Hull au Costa Rica avec des instructeurs argentins. Elle utilise aussi les facilités offertes au Honduras par le chef d’état-major, le général Gustavo Alvarez Martinez, qui recrute des mercenaires en utilisant la couverture humanitaire de Refugee Relief International.

Au Guatemala, la WACL compte sur Mario Sandoval Alarcon leader du Mouvement de libération nationale. Sandovan, qui fut vice-président de 74 à 78, est le seul vrai maître du pays, le général-président Romeo Lucas Garcia n’étant qu’une marionnette. Il met en place des escadrons de la mort qui feront plus de 13 000 victimes en cinq ans.

Au Salvador, la WACL s’appuie sur Roberto d’Aubuisson, qui a été formé à l’académie taiwanaise et dispose de l’aide des Guatémaltèques. Il devient le patron de l’ANSESAL, équivalent local de la CIA, et le leader d’une formation d’extrême droite paramilitaire, le parti républicain nationaliste (ARENA). D’Aubuisson met en place des escadrons de la mort et assassine notamment l’archevêque Oscar Romero.

Mais le succès de la WACL sera aussi sa chute. En 1983, le sous-secrétaire à la Défense Fred C. Iklé [21] créé au Pentagone un comité secret de huit experts, le Conseil pour la défense de la liberté qu’il place sous la présidence du général John K. Singlaub [22]. On sait que le Comité modélise l’intervention secrète en Afghanistan et en préconise l’extension au Nicaragua, à l’Angola, au Salvador, au Cambodge et au Vietnam, mais le détail de son action est insuffisamment documenté. En 1984, Ronald Reagan choisit de confier à la Ligue en général et à John Singlaub en particulier l’ensemble des financements privés de l’Irangate, sous l’autorité directe du colonel Oliver North au Conseil de sécurité national. Le scandale, lorsqu’il éclate, en 1987, balaye tout sur son passage et détruit la WACL. Thierry Meyssan Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.

[1] Voir « Stay-hebind : les réseaux d’ingérence américains » par Thierry Meyssan, Voltaire, 20 août 2001

[2] L’armée française perd la bataille de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954.

[3] En outre, le 29 janvier 1955, le Congrès donne un blanc-seing au président Eisenhower. Il est autorisé à entrer en guerre pour défendre Taiwan si l’île est attaquée par les communistes.

[4] Voir « Révérend Moon, le retour » Voltaire, 26 mars 2001.

[5] Le prince Sopaisano, vice-président de l’Assemblée nationale laotienne, fut interpellé à l’aéroport de Paris-Orly, le 23 avril 1971. Il transportait dans ses bagages 60 kg d’héroïne pure.

[6] Ray S. Cline avait été l’analyste de référence pour le déclenchement de la guerre de Corée. Il fut chef de poste CIA à Taipei de 1958 à 1962. Il disposait d’une couverture de directeur de l’US Naval Auxiliary Communications Center. Il devint alors sous-directeur de la CIA à la faveur du mouvement de personnel qui sanctionna le fiasco de la baie des cochons. Il a publié des mémoires, Secrets, Spies and Scholars, Acropolis Books éd., 1976.

[7] Michael Laseter était le principal responsable de l’Église universelle et triomphante (CUT) d’Elizabeth Claire. La secte fut au centre d’un scandale au milieu des années soixante-dix alors que l’on découvrit un arsenal militaire à son siège californien. C’est un de ses autres responsables qui fut nommé comme directeur exécutif de l’antenne de la WACL en Afghanistan dans les années 80.

[8] La School of Americas fut transférée ultérieurement à Fort Benning, USA. Un annuaire complet des élèves de l’école, de 1947 à 1996, est disponible dans notre bibliothèque électronique.

[9] Cette opération semble avoir été conduite en lien avec Mgr Alfonso Lopez-Trujillo, qui était alors secrétaire général de la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM).

[10] Voir « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Voltaire, 12 mars 2004.

[11] La Coalition nationale pour la paix par la force a rassemblé 257 membres du Congrès.

[12] Le lieutenant général Daniel O’Graham fut sous-directeur de la CIA chargé des relations avec les autres agences de renseignement (1973-74), puis directeur de la DIA (1974-76). Directeur exécutif de l’American Security Council, il fut l’un des principaux avocats de la « guerre des étoiles ». Il fonda High Frontier qu’il présida jusqu’à sa mort, en 1995.

[13] En 1975, l’extrême droite accuse la CIA d’être infiltrée par les communistes et de minimiser le péril rouge. Le président Ford nomme alors George H. Bush à la direction de l’Agence et autorise une contre-expertise. « L’équipe B » est constituée par Richard Pipes. Elle publiera un rapport alarmiste qui justifiera de la relance de la course aux armements. On sait aujourd’hui que la Commission Pipes truqua délibérément les données pour ouvrir des marchés au complexe militaro-industriel. Voir à ce sujet : « Les marionnettistes de Washington » par Thierry Meyssan, Voltaire, 13 novembre 2002, et « Daniel Pipes, expert de la haine », Voltaire, 5 mai 2004.

[14] John K. Singlaub fut officier de l’OSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Il forma la guérilla du Kuomintang de Tchang Kaï-Chek contre les Japonais. Pendant la guerre de Corée, il fut chef de poste CIA, puis, pendant celle du Vietnam, il dirigea les Bérêts verts. Par la suite, il fut instructeur en contre-insurrection à Fort Benning. Admis à la retraite, il devint directeur de la formation de l’American Security Council. C’est à ce titre qu’il prit la co-présidence de la Coalition, puis la présidence de la Ligue.

[15] Le financement du Comité sera pris en relais par la Fondation nationale pour la démocratie à partir de 1984. Il reversera alors une partie des fonds reçus à des organisations humanitaires servant ses buts politiques en Afghanistan, notamment Médecins sans frontières de Bernard Kouchner et Aide médicale internationale.

[16] Les États-Unis ont délibérément déstabilisé l’Afghanistan, mais ils ont été surpris par l’ampleur de la réaction militaire de Moscou. Ils ont alors mobilisé leurs alliés pour s’impliquer dans la guerre, non pour « libérer » les Afghans, mais explicitement pour empêcher l’URSS de se tailler un couloir vers la mer d’Oman.

[17] En 1983, la WACL imprime des tee-shirts avec l’effigie d’Oussama Ben Laden et cette légende « Support the Afghan Freedom Fighter. He Fights For You ! » (Soutenez le combattant afghan de la liberté. Il se bat pour vous !).

[18] Oussama Ben Laden n’est pas présenté à l’époque comme un musulman pieux, mais comme un homme d’affaires anti-communiste choisi par le prince Turki, directeur des services secrets saoudiens, pour participer aux côté des États-Unis à la guerre contre les Soviétiques. Ben Laden s’occupe d’abord de diriger la construction des infrastructures nécessaires aux « combattants de la liberté », puis il gère l’intendance des moudjahidins étrangers qui les rejoignent. Il ne se transformera en musulman pieux que tardivement pour prendre autorité sur ces derniers.

[19] Le général Fidel Ramos sera élu président en 1992. À l’issue de son mandat, en 1998, il rejoindra le Carlyle Group. Voir « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Voltaire, 9 février 2004.

[20] Voir « L’honorable Frank Carlucci » par Thierry Meyssan, Voltaire du 11 février 2004.

[21] Fred C. Iklé était l’adjoint de Caspar Weinberger au Pentagone. Ce « guerrier froid » historique est aujourd’hui membre du Center for Security Policy (CSP), du Project for a New American Century (PNAC) et administrateur de la Smith Richardson Foundation.

[22] Ce comité comprend les généraux Harry Aderholt et Edward Lansdale, le colonel John Waghelstein, Seale Doss, Edward Luttwak, le major F. Andy Messing Jr et Sam Sarkessian.

- http://www.voltairenet.org/article1... et http://bellaciao.org/fr/

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15/10/07

Irrationalité du capitalisme et crise de civilisation

Extrême pauvreté, guerres, environnement :
l’irrationalité du capitalisme au cœur
de la crise de civilisation planétaire

François Chesnais *

Un mot d’avertissement liminaire car le titre peut tromper. Le lecteur ne trouvera pas ici de présentation ou d’analyse de données relatives à ces trois champs, tout au plus une tentative provisoire de classification des formes contemporaines de la guerre. Le but poursuivi est de proposer un cadre analytique susceptible d’être nourri de données par d’autres comme par moi-même, et ce faisant d’en faire évoluer la configuration.

Partons d’une idée qui gagne du terrain. Elle est un soupçon lancinant chez les uns, une hypothèse de travail angoissante mais scientifique chez les autres. Loin d’être le système rationnel que ses apologistes décrivent, la société fondée sur «le marché» serait marquée par une irrationalité profonde, si profonde même qu’elle porterait en soi son autodestruction. «Il peut sembler impossible qu’une société technologiquement avancée puisse choisir de s’autodétruire. C’est pourtant ce que nous sommes en train de faire». C’est par ces mots par exemple que Elizabeth Kolbert, l’une des principaux journalistes états-uniens en matière d’environnement, conclut un livre sur les changements climatiques[1]. Beaucoup diront que le type d’autodestruction évoquée par l’auteur mérite discussion, que rien ne prouve qu’on marche aussi loin, ni aussi clairement dans la direction des «écolo-pessimistes». Tout dépend de quoi on parle. Une société peut avoir détruit sa «civilisation», entendue les fondements de son «vivre-ensemble», longtemps avant que le processus d’autodestruction ait touché les conditions de reproduction de la vie au sommet de la société structurée en classes, notamment à un moment où les écarts entre l’oligarchie et les exploités se creusent de plus en plus. Or c’est bien la voie dans laquelle «nous», la société capitaliste mondiale contemporaine, sommes engagés.

La ghettoïsation des cités des villes de la banlieue parisienne et des couronnes des villes de province en voie de désindustrialisation, l’avenir qu’on ferme radicalement à la majorité de celles et de ceux qui y naissent et les réflexes de peur face à leurs réactions effectivement parfois violentes de la part de jeunes qui nous sont devenus «étrangers» sont les expressions «locales» de processus mondiaux. Le mot anglais le plus usité pour désigner le motif pour lequel une entreprise est habilitée à des salarié·e·s au chômage, est le fait qu’ils sont «redundant», dont la traduction exacte est superflue. Ce mot dit bien la réalité du capitalisme contemporain. Il n’y a plus aucune partie du monde où les salarié·e·s peuvent se considérer à l’abri des processus qui les rendent superflues. Dans certaines parties du monde, les choses sont infiniment plus graves. Ce sont celles où les dominé·e·s sont confrontés à la combinaison de mécanismes caractérisés comme «économiques» et de phénomènes dits «écologiques» relevant notamment des changements climatiques. Leur jeu combiné a pour effet d’interdire, chaque jour un peu plus, l’accès aux conditions élémentaires de vie à des millions d’enfants, de femmes et d’hommes, de les exproprier du peu qui leur reste dans certaines parties du globe et ailleurs de détruire le milieu physique dans lequel leur processus de reproduction sociale collective se faisait. C’est ici qu’on rejoint la question des rapports entre le capitalisme contemporain et les guerres contemporaines. Les processus combinés de rapine impérialiste et d’attrition des conditions élémentaires de la survie (dans le cas d’un continent comme l’Afrique, elles sont même étroitement enchevêtrés, sont le terreau de certaines des formes de ces états de «guerre permanente», de guerres menées «sans retenue» avant tout contre les populations civiles.  Face à la crise écologique mondiale et à ses impacts sociaux, donc politiques, des stratégies de défense de «l’ordre mondial» ont été d’ores et déjà mises au point.

L’incapacité du capitalisme à «s’autolimiter»

La réapparition de l’hypothèse que l’humanité serait engagée dans une course à l’abîme sous l’effet d’un processus d’autodestruction a resurgi dans la pensée depuis quelque temps déjà Elle représente un thème central des philosophes – peu nombreux – qui se situent toujours (ou faut-il dire encore) sur le terrain d’une critique de la société capitaliste et qui cherchent à en dégager les fondements. Ainsi dans l’un de ses derniers entretiens, Castoriadis caractérisait «la société capitaliste (comme) une société qui court à l’abîme, à tout point de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter». Et d’enchaîner, «Or une société vraiment libre, une société autonome doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’on ne doit pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer»[2]. Laissons de côté la question du «désir» qu’on retrouvera dans un article ultérieur où l’on abordera le rôle central que joue le fétichisme de la marchandise et de l’argent tant comme soutien boiteux de la valorisation du capital que comme moyen de domination idéologique et politique. Retenons en revanche cette idée du refus de la «société capitaliste», (synonyme du capitalisme) de se donner des limites, même lorsque la nécessité en devient criante.

Le thème du mouvement d’autodestruction d’un système qui, pour des raisons tenant à ses fondements mêmes, ne peut pas se donner de limites, est également central au travail des philosophes allemands du groupe Krisis, Robert Kurtz et Anselm Jappe. Ce travail est important. Très contestable sur certains points, sur d’autres il renouvelle profondément la lecture de Marx, notamment par la place que ces auteurs donnent à la théorie du fétichisme. Leur plus grande faiblesse tient à leur choix théorique et politique d’aborder la catégorie du capital sous le seul angle de la marchandise et de l’argent, sans le comprendre aussi comme un rapport de production antagonique qui met le capital aux prises avec les prolétaires (ceux qui sont contraints de vendre leur force de travail). L’argent devient capital uniquement en s’emparant du travail vivant. Méconnaître ce fait fondamental les conduit à lier le mouvement d’autodestruction de la production capitaliste aux seules déterminations contradictoires de la marchandise. D’où par exemple le titre du livre de Jappe, Les aventures de la marchandise (Ed. Denoël 2003) et une théorisation où le terme capital est exclu. Il en est ainsi du passage où Jappe dit que «la société basée sur la production de marchandises avec son universalité extériorisée et abstraite est nécessairement sans limites, destructrice et autodestructrice»[3]. L’absence consubstantielle de capacité à l’autolimitation est juste. Cependant la société capitaliste n’est pas fondée simplement sur la production de marchandises. Elle est fondée au moins autant sur un antagonisme essentiel, un antagonisme fondateur. Il est celui du capital, des propriétaires des moyens de production et des possesseurs de richesses accumulées sous forme financière, à l’égard du «travail», terme désignant l’ensemble de celles et de ceux dont le capital et l’Etat ont brisé à un moment donné le lien direct avec les conditions de production, et qui se trouvent donc placés dans le statut d’individus dont le capital commande le sort. On verra dans un instant la portée de la contradiction antagonique centrale qui voit notamment les entreprises considérer les salarié(e)s qu’elles emploient et dont elles approprient un surtravail et dans elles dépendent comme acheteurs des marchandises produites, surtout comme une source de «coûts».

La catégorie fondamentale dont il faut partir, est le capital comme tel. Son mouvement d’auto-valorisation qui ne peut effectivement pas avoir de fin, exige en effet un passage par la transformation en marchandise. Mais c’est lui dont il faut saisir la nature. Pour cela, il faut commencer par faire abstraction de ses configurations concrètes du moment, celle des groupes industriels[4] et des groupes de la grande distribution transnationaux (les sociétés transnationales ou STN) ainsi que celle de plus en plus décisive aujourd’hui des investisseurs institutionnels (les grandes banques, les sociétés d’assurance et les fonds de placement financier). Il faut faire l’effort de saisir le capital sous la forme de ce qu’on nomme en philosophie une «abstraction concrète»[5]. Au niveau le plus élémentaire, mais aussi le plus fondamental, le capital est constitué de sommes de valeurs dont l’objectif exclusif est l’auto-valorisation, la reproduction avec une augmentation, un profit, un surplus, une plus-value. Ces sommes de valeurs se présentent sous forme d’argent, de monnaie dans l’une des variantes de celle-ci. D’où ces passages clefs où Marx explique que c’est du capital en tant qu’argent cherchant à croître sans fin que naît l’absence de limites. Ainsi, «le capital, en tant qu’il représente la forme générale de la richesse – l’argent –, a la tendance, effrénée et illimitée de dépasser ses propres bornes. Sinon il cesserait d’être du capital, c’est-à-dire de l’argent qui se produit lui-même»[6]. Derrière le «développement des forces productives», il y a toujours eu coexistence entre les dimensions «héroïques» de la compréhension et de la domination du monde en tant que «Nature», comme de celles plus troubles de conquête et de soumission des sociétés non-capitalistes, avec le fait que le «principal moteur de la production capitaliste» est «‘faire de l’argent’» et d’en faire sans limites.

Aux yeux de ceux qui possèdent ou qui centralisent l’argent «oisif» et qui cherchent à le mettre en valeur, «le procès de production capitaliste apparaît seulement comme un intermédiaire inévitable, un mal nécessaire pour faire de l’argent»[7]. La compréhension de ceci est capitale. Le développement des forces productives, et en particulier celui de la technologie, n’a jamais été ni le ressort, ni la finalité de la production capitaliste. Il en a été un sous-produit, enfanté par la concurrence capitaliste et par la lutte contre la tendance à la baisse du taux de profit. Il en est de même pour ce qui est de ce qu’on désigne aujourd’hui en parlant de «l’emploi». S’engager dans le processus compliqué consistant à mettre des gens au travail pour les faire produire un surtravail approprié sous forme de marchandises qu’il faut ensuite vendre, n’a jamais été pour les possesseurs d’argent à valoriser que ce «mal nécessaire pour faire de l’argent», d’autres fractions de la bourgeoisie voyant dans la construction de l’industrie un impératif politique, l’un des fondements du pouvoir de l’Etat.

Aujourd’hui en raison du processus engagé depuis trente ans, de centralisation d’une masse immense d’argent «oisif» à la recherche de façons de se reproduire en grossissant de période en période, dans les vieux pays industriels, à commencer par les Etats-Unis, le pouvoir capitaliste décisif est passé aux mains de la nouvelle forme de propriété concentrée dans les fonds de pension et de placement financier (les Mutual Funds). La forme de capital à laquelle la libéralisation et la déréglementation ont ouvert l’espace planétaire de la mondialisation contemporaine, porte ainsi plus que tout autre avant elle, des attributs associés à la «valeur en procès», à cette force impersonnelle tournée exclusivement vers son auto-valorisation et son auto-reproduction que Marx a tenté de saisir dans les Grundrisse. Aujourd’hui, ces attributs incluent l’extrême mobilité des flux de capitaux de placement et la très grande flexibilité dans les opérations de valorisation du capital industriel, enfin une indifférence radicale quant à la destination sociale des placements ou à leurs conséquences sociales ou écologiques. Cette indifférence ne date pas du capitalisme sous domination actionnariale. A partir du moment où la production exige des matières premières et que la concurrence entre capitalistes est un mécanisme central de répartition des profits entre capitalistes, ces matières premières seront exploitées jusqu’à épuisement. De même, puisque le bouclage réussi du cycle emprunté par tout capital qui suit le chemin de la valorisation par la production exige la vente des marchandises produites, toute marchandise qui a trouvé des acheteurs, un «marché, continuera à l’être, quelques en soient le coût écologique et les effets sociaux.

Les effets de la domination de la valeur d’échange et du travail abstrait

Une fois posée la nature essentielle du capital, il faut effectivement en venir à la question de la marchandise dont les théoriciens du groupe Krisis font la principale cause de l’irrationalité du capitalisme. Le capitalisme a surgi comme moment de développement et de mutation qualitative d’une société marchande, qui a pris elle-même des siècles pour émerger de la société féodale avant d’en préparer la mort. L’une des deux formes prise initialement par le capital a été celle du capital marchand dont les mécanismes de valorisation ont consisté en particulier à acheter le résultat du travail de sociétés non-marchandes (par exemple celui des nations indiennes d’Amérique du Nord avant que l’expansion du capital ne requière leur extermination) pour les vendre avec un profit élevé en Europe. Dans le cadre européen, on a assisté parallèlement à l’expansion, lente au départ mais très rapide plus tard, de réseaux commerciaux comportant l’échange, entre des producteurs qui étaient encore des artisans et des paysans, de produits dont la «valeur» ne résultait plus de l’usage propre qu’ils en faisaient, mais de leur vente réussie. Celle-ci exigeait le recours à l’argent comme instrument d’échange et comme mesure de valeur. Argent et marchandise ont donc cru ensemble, à la fin pratiquement dans un seul et même mouvement. Au moment où le capitalisme s’est emparé de la production urbaine et agricole, l’expansion des rapports d’échange était déjà si grande qu’il était devenu possible, comme Marx l’a noté très tôt, pour «l’économie politique (de concevoir) la communauté des hommes sous la forme de l’échange et du commerce (…). La société, dit Adam Smith, est une société commerçante. Chacun de ses membres est un commerçant»[8].

Dans les Grundrisse, Marx commence par l’analyse du capital. Dans Le Capital il suit un ordre inverse. Cette inversion a été et restera l’objet de débats théoriques intenses. Disons ici que Marx semble avoir voulu anticiper sur des évolutions à venir. Le soin qu’il prend à explique les différences entre la valeur d’usage et la valeur d’échange traduit une volonté de jeter les jalons permettant à des discussions futures sur les caractéristiques dominantes des marchandises produites et vendues (les «biens et services») de s’engager sur des bases méthodologiques solides. De même, les pistes ouvertes sur le «fétichisme» associé à la marchandise et à l’argent facilitent, pour peu qu’on les emprunte, la compréhension de l’ethos d’une société marquée par l’omniprésence des marchandises. La question du fétichisme est l’une de celles où la lecture de Jappe est d’une grande portée, mais les limites de cet article exigent de renvoyer la présentation de son analyse à une prochaine occasion. Avec le passage de l’économie marchande au capitalisme, la valeur d’usage se trouve définitivement subordonnée à la valeur d’échange, même si toutes les conséquences n’en sont pas apparentes tout de suite. Ce n’est pas seulement de la marchandise que le capital s’empare, mais aussi et même surtout du travail dont il organise la mise en action ou en mouvement, autrement dit l’exploitation, dans les nouvelles entreprises.

L’échange des marchandises est effectué à l’aide de l’argent, mais désormais il est déterminé par les quantités relatives de force de travail utilisées pour les produire. Sur ce plan le travail est indifférencié. Pour le capital, c’est un «travail abstrait» producteur de valeurs d’échange, dont seuls compte le prix (d’où l’importance du coût de la force de travail et l’intensité de sa mise œuvre) et l’aptitude de ces valeurs à trouver un marché. Ce seront alors les caractéristiques d’une société divisée en classes et marquées par des contradictions et des impasses nées de cette division qui commanderont les caractéristiques des marchandises produites. Ici la lecture de Jappe est tout à fait utile. Par exemple quand il explique les conséquences du fait que «le travail abstrait (réduise) tout à l’unité, à une dépense, simple ou multipliée, de cette faculté de travailler que tous les homes ont en commun, de manière que le travail est social seulement en tant qu’il est vidé de toute détermination sociale. Si l’aspect social d’une chose ou d’un travail ne réside pas dans son utilité, mais seulement dans sa capacité à se transformer en argent, les décisions en société ne sont pas prises sur la base de l’utilité individuelle ou collective. Le contenu des travaux concrets, leurs présupposés, leurs conséquences sociales, les effets qu’ils ont sur les producteurs et sur les consommateurs, leur impact sur l’environnement : tout cela ne fait plus partie de leur caractère social. N’est social que le seul procès automatique et incontrôlable de la transformation du travail en argent». Et Jappe conclure à juste titre que «la subordination de l’utilité des produits, qui devient une dimension purement privée, à leur échangeabilité, leur seule dimension sociale, ne peut que conduire à des résultats catastrophiques»[9].

Un antagonisme «objectif», consubstantiel au capitalisme

Pour que l’argent devienne capital et puisse s’auto-valoriser, se reproduire avec un surplus, une plus-value, il faut impérativement qu’il établisse, en s’appuyant presque nécessairement sur des institutions politiques, en premier lieu l’Etat, une relation, directe ou indirecte, avec le travail humain lui permettant d’en approprier une partie des résultats. Le capital de prêt usuraire du Moyen Age, et plus tard le capital commercial du début des Temps modernes y sont parvenus chacun à sa manière selon des méthodes indirectes. Dans le cadre du capitalisme, le capital organise cette appropriation directement. Le marché du travail (plus exactement de la force de travail) et la mise au travail des salariés au sein de l’entreprise assurent l’alchimie très particulière qui voit, pour utiliser l’expression de Marx, «la conversion du travail (activité vivante et efficiente) en capital»[10]. Cette alchimie exige la destruction préalable du rapport immédiat des travailleurs paysans et artisans avec leurs moyens de production, donc un acte spoliateur initial majeur. Cette spoliation peut être le résultat d’une utilisation directe de la force ou celui du jeu des «forces du marché». Elle n’a pas de fin. Elle a commencé lors de la phase dite de «l’accumulation primitive»[11]. Elle s’est poursuivie de façon inexorable depuis et elle s’est encore aggravée au cours des trente dernières années[12] , sous l’effet des contradictions qui seront présentées plus loin.

L’antagonisme du capital à l’égard du travail (il serait plus précis de dire à l’égard des «prolétaires», de toutes celles et de tous ceux qui doivent vendre leur force de travail) ne cesse pas une fois cette expropriation passée. Il est consubstantiel au capitalisme (c’est la raison pour laquelle Marx répète qu’il ne vise pas les capitalistes comme individus, mais comme incarnations du capital). D’un côté il résulte de la forme propre au capitalisme d’appropriation du «surplus», qui se fait par le biais des processus qui maximisent la «productivité du travail» au sens non seulement d’être conflictuel. De l’autre il est imposé  aux capitaux individuels (les entreprises) par la concurrence. Le capitalisme a besoin de salarié(e)s. Il ne peut pas fonctionner sans eux Il a besoin de leur force de travail, puisque c’est de la valeur d’usage de cette force de travail que naît le surplus qui est à la base du profit. Les salaires qu’ils perçoivent en font aussi des consommateurs. Leurs achats permettent à de nombreuses entreprises de vendre les marchandises et boucler le cycle de mise en valeur du capital. Les entreprises ne voient pourtant dans les salarié(e)s qu’un coût qu’il faut réduire. Confrontées à un mouvement tendanciel de baisse du taux de profit dont elles ne comprennent pas les causes, ainsi qu’à la concurrence de leurs rivales (il n’y a pas besoin d’introduire les exigences des actionnaires propriétaires en matière de dividendes), les entreprises croient trouver leur salut dans deux directions, la «réduction des effectifs» et le recours aux marchés extérieurs. La première voie enclenche de façon immédiate un processus cumulatif dans lequel le rétrécissement de la demande, la dégradation des anticipations de profit et les nouveaux licenciements qui sont alors décidés se nourrissent et se renforcent. Passé un certain seuil, la seconde débouche sur des processus similaires.

Aux racines du basculement contemporain de période historique

La libéralisation, la déréglementation et le saut dans l’internationalisation du capital qu’elles ont provoqué, (saut qualitatif autant que quantitatif) ont eu pour effet de déplacer cet ensemble de mécanismes antagoniques et contradictoires du plan des économies des Etats-nation à celui de l’économie mondiale prise comme un tout différencié et hiérarchisé. Ce déplacement marque un changement radical de période historique. On bascule d’un régime économique et politique international, celui de l’après Seconde guerre mondiale, caractérisé par la présence de certains mécanismes de «régulation»[13], à une situation où l’anarchie de la concurrence ainsi que les nombreux effets de la destruction presque complète des rapports politiques et des institutions qui «contenaient» l’antagonisme défini plus haut (au sens d’en limiter le jeu et d’en contrecarrer les effets un peu), prennent progressivement le dessus. Opposons, quitte à forcer les traits les deux périodes.

De façon très, très schématique, le régime économique et politique de l’après guerre comportait dans les pays industriels, le bouclage du cycle du capital de la grande partie des capitaux individuels sur une base nationale. Le capital, bien moins centralisé et concentré qu’il ne l’est devenu était inséré dans des rapports politiques où il était forcé de négocier, de façon plus ou moins institutionnalisée selon les pays, avec les syndicats les salaires, la protection sociale et même des éléments touchant à l’intensité du taux d’exploitation. Dans la majorité des pays, le but principal des exportations était le financement d’importations indispensables. Du côté des pays de «socialisme réel» à propriété étatique, la situation était marquée par une intégration encore plus faible dans les échanges internationaux, mais aussi une peur suffisamment forte de la classe ouvrière pour qu’un emploi stable et un minimum de protection sociale soient assurés aux ouvriers. Lorsque vers 1955 les transnationales américaines se sont trouvées contraintes du fait de la chute du taux de profit de se tourner de nouveau vers le marché mondial, elles ont été forcées durant tout un temps de soumettre leurs investissements étrangers à ce régime d’économies encore autonomes et à leurs exigences en matière d’accumulation autocentrée. Si on prend les pays dits du «tiers-monde» comme un bloc, alors une fois encore à très grands traits, on peut dire qu’ils bénéficiaient d’une demande stable et croissante de matières premières et subissaient les impacts du capitalisme mondial dans des conditions où les rapports de subordination semi-coloniaux ne comportaient pas encore la pulvérisation de l’ensemble des relations sociales issues d’une histoire non-capitaliste ou seulement partiellement capitaliste. Ajoutons pour terminer que jusque vers 1975-78, l’accumulation financière «autonome», bien qu’en augmentation régulière depuis 1965, restait suffisamment limitée pour se voir encore bridée par de nombreux règlements nationaux. Pendant toute cette période le capital argent dans sa figure de capital de placement n’était pas encore devenu un protagoniste central du processus d’accumulation et de ses contradictions[14].

Avec la libéralisation et la déréglementation, c’est à l’échelle mondiale que le bouclage du cycle du capital se fait désormais dans le cadre d’une centralisation et d’une concentration très forte du capital (voir l’encadré). Ce changement a eu pour conséquence un affaiblissement très fort, lorsque ce n’est pas par leur disparition totale, des institutions et des rapports politiques qui avaient été capables de bloquer partiellement les mécanismes cumulatifs «pervers» inhérents à la production capitaliste. Cela au plan national comme au niveau international. Du fait de la libéralisation, de la déréglementation et de la mondialisation, les mécanismes «pervers» se développent désormais en tant que processus proprement mondiaux et en rencontrant de moins en moins de freins. C’est donc aussi au niveau planétaire, comme autant de conséquences d’un mouvement unique, que s’accentuent les manifestations majeures de ce qu’on peut et doit appeler une crise de civilisation planétaire. Le moteur immédiat en est la mondialisation du processus d’interaction et de renforcement réciproque entre le rétrécissement de la demande, la dégradation des anticipations de profit, les baisses des salaires et les licenciements et, enfin, la fuite en avant des entreprises dans la délocalisation vers les rares parties du marché mondial qui offrent à la fois un marché en expansion et la liberté dans l’ordonnancement des rapports capital-travail. 

Les contradictions fondamentales ont pour champ une économie hiérarchisée unique

Pour les architectes de la libéralisation et de la déréglementation, la constitution d’un espace mondialisé de valorisation du capital avec la possibilité offerte aux entreprises de boucler le cycle du capital sur un marché vraiment mondialisé et non plus sur des marchés nationaux exigus, devait ouvrir au capitalisme mondial une nouvelle phase d’expansion longue. Celle-ci aurait des retombées positives pour les populations, permettant de leur promettre à l’ombre du néolibéralisme un avenir radieux.

Pour ce qui est du premier point, on assiste, à partir des crises asiatiques de 1997-98, à autant d’évènements économiques qui indiquent que le répit attendu du déplacement des contradictions fondamentales du plan domestique au niveau mondial a été de courte durée. A l’exception de ceux qui sont acquis de façon aveugle aux thèses fondatrices du néolibéralisme, tous les économistes constatent que le «modèle» comme ils le nomment est un échec. Il a fallu le ralliement des dirigeants du Parti communiste chinois au capitalisme, selon une voie toute nationale et très contrôlée, pour que le moment auquel ces contradictions éclatent soit repoussé dans le temps. Il se peut que ce soit pour toute une décennie, ou peut-être pour moins longtemps, la seule certitude étant que l’ampleur des contradictions et de leurs effets aura été démultipliée par l’achèvement de la transformation des bases sociales de la Chine et par sa pleine intégration dans l’économie capitaliste mondiale.

Pour ce qui est de l’avenir radieux, cet article ne peut pas aller au-delà du constat suivant, qui devra faire l’objet d’analyses plus détaillées. Au nombre des effets lisibles dans les statistiques du capitalisme libéralisé, déréglementé et mondialisé, il y a l’extension continue du chômage dans les pays industrialisés comme dans ceux venant de l’aire des économies bureaucratisées, accompagné dans ces pays d’un accroissement qualitatif dans la précarisation des salarié(e)s vendeurs de leur force de travail ou postulant à la vendre. Dans le même temps, il y a eu de l’aveu même des architectes du «néolibéralisme», un accroissement très important inégalités au sein de chaque pays et entre les pays. Sur deux décennies, les créations d’emploi et les «sorties» de la pauvreté ou de l’extrême pauvreté ont été circonscrits à un petit nombre de pays. Dans ces pays comme la Chine et l’Inde, ils se sont accompagnés d’un accroissement très fort des inégalités, d’une polarisation sociale accrue. Ailleurs la pauvreté ou l’extrême pauvreté se sont accrues, notamment en Afrique. La création d’emplois dans certaines parties de l’économie mondiale est allée de pair avec des destructions d’emploi ailleurs, comme si le capitalisme ne pouvait pas englober, même comme membres des sections les plus vulnérables de l’armée industrielle de réserve plus qu’une fraction de celles et ceux qui y postulent.

Du point de vue de la théorie de l’accumulation, cela veut dire que le cycle de valorisation du capital «mondial» (en fait, ici, il est composé, encore d’une multiplicité de cycles particuliers et concurrents), se boucle dans des conditions où il incorpore comme salarié(e)s dont il achète et met en mouvement la force de travail, une fraction seulement, et même une assez petite fraction, de celles et ceux qu’il pourrait incorporer potentiellement. Du point de vue de la théorie de l’accumulation toujours, cela veut dire que nous avons affaire à un système qui repose sur la production et de l’appropriation de la plus value et qui n’en produit pourtant qu’un montant limité. Cela n’est pas le résultat d’obstacles externes : le capitalisme a eu raison du «socialisme réel» et a incorporé ou réincorporé l’ensemble des pays de la planète dans son fonctionnement (il n’y a que la Corée du Nord qui pourrait être une exception) et il soumet les ressources de la planète à un pillage effréné. Cela exprime les limites internes d’un système qui ajuste la production, et donc l’emploi, aux perspectives de profit et à la dimension du marché, dont il commande en même temps le niveau par les mécanismes qui lui sont propres. D’un côté, la baisse du taux de profit sous l’effet des mesures prises pour accroître la productivité de la force de travail et de l’autre, pour la majorité de la population, la subordination de la possibilité d’acheter des marchandises au fait d’avoir d’abord réussi à vendre sa force de travail … dont le capital de plus en plus souvent ne veut pas ou ne veut plus !

Un système assoiffé de plus value et qui, de son propre fait, n’en produit pas assez

Récapitulons les résultats du cheminement que nous avons suivi. Nous sommes partis de l’énoncé de la caractéristique fondamentale du capital de se présenter comme la catégorie centrale de la vie sociale moderne et d’être une entité pour qui tout limite est insupportable, «sinon, il cesserait d’être capital : c’est-à-dire de l’argent qui  se produit lui-même»[15]. Or ce que nous commençons à cerner dans les conditions historiques du début du 21° siècle, c’est de nouveau ce à quoi Marx s’est trouvé confronté au moment d’écrire le livre III du Capital, qu’il amène à conclure que «la véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même»[16]. Quand une force aussi puissante que le capital dont la spécificité est de ne pas pouvoir supporter de limites, s’en crée à lui-même et contre lui-même par son propre fonctionnement, et qu’il est incarné en même temps dans des formes très concentrées d’organisation capitalistes – et les sociétés transnationales, les grands fonds de pension et de placement collectif et les appareils politiques et militaires d’Etat qui en défendent les intérêts – le résultat pour ceux qui vivent dans la société planétaire façonnée par le capital, a de grandes chances d’être la barbarie sous de multiples formes.

La principale spécificité des conditions historiques du début du 21° siècle sur laquelle nous nous attarderons un peu plus longuement, a déjà été évoquée en passant. Elle a trait au rôle occuper désormais par les institutions et les mécanismes désignés à l’aide du terme «la finance». Elle concerne le fait notamment que la propriété du capital est repassée, à peu près entièrement, entre les mains des institutions financières, bancaires et surtout non-bancaires, et que ce sont les intervenants sur les marchés boursiers qui concentrent entre leurs mains les décisions industrielles stratégiques. Le caractère du capital de force impersonnelle tournée exclusivement vers son auto-valorisation et son auto-reproduction, dans une indifférence absolue quant à la destination sociale des investissements ou à leurs conséquences, est singulièrement aggravé lorsque c’est la forme déterminée de capital qui se valorise selon le cycle A-A’ qui domine, au moins dans les pays capitalistes plus anciens, les autres formes de capital[17]. Les traits de la forme qui pense en termes d’un cycle raccourci A-A’, inclut ce qu’on nomme «la distance à l’égard de la production», la focalisation exclusive sur le rendement immédiat, son «insatiabilité »[18]. Le déroulement des opérations de cette forme de capital sur des marchés de titres introduit la profonde instabilité financière qui est une marque de la période. Le propre de ces marchés et de leurs opérateurs est de manier des titres qui sont des expressions d’un capital fictif, «l’ombre d’un capital productif» dans le meilleur des cas, mais qui représentent des «bons à tirer» sur une production en cours et à venir hasardeuse. Car celle-ci ne «rendra» jamais tout ce que les gestionnaires financiers en attendent, aussi bien pour des raisons conjoncturelles que pour les raisons «structurelles» auxquelles il faut revenir maintenant.

En ce qui concerne les barrières que le capitalisme contemporain se dresse à lui-même les principales hypothèses sur lesquelles cet article débouche, sont les suivantes. Nous serions en présence d’un système qui aurait, à un degré particulièrement fort dans la mondialisation et du fait de celle-ci, les caractéristiques de se clore, du point de vue de ses relations systémiques fondamentales, en incorporant dans son fonctionnement une fraction seulement de la population mondiale. Ceci a des implications d’une très grande portée, toutes génératrices de barbarie. Pour la fraction de la population qui est totalement marginalisée, mais aussi pour celles qui forment partie de la périphérie de l’armée industrielle de réserve mondiale, ce trait du capitalisme mondialisé a valeur de condamnation à la faim, à la privation de l’accès à l’eau, aux effets de pandémies[19]. Mais il faut mesurer ce signifie pour le capitalisme de souffrir par incapacité d’employer plus qu’une fraction de celles et ceux qui demandent, par obligation, de devenir salarié(e)s d’une pénurie de surproduit, dans la forme propre au capitalisme, c’est-à-dire de plus value créée et appropriée sur la base des institutions spécifiques au capitalisme : propriété privée des moyens de production, marché du travail, organisation du travail dans l’entreprise sous l’autorité de l’encadrement. Talonné par la fraction qui le domine, celle qui ne comprend que le mouvement A-A’, le capital se déchaînerait dans un double mouvement de pressurisation à outrance de celles et ceux qu’il emploie et de recherche systématique de tout ce qui reste dans le monde à être approprié, privatisé, soumis au règne de la marchandise.

Si on se réfère au cadre analytique de l’accumulation du capital et de ses contradictions, nous serions passés des configurations analysées en détail par Marx de «surpopulation relative» à des situations dont il pressent la possibilité de «surpopulation absolue». En ce qui concerne la pénurie de plus value, pour qu’elle apparaisse il est nécessaire que la baisse du taux de plus value cesse d’être compensée par le montant total de plus-value produit et approprié. L’hypothèse est incluse dans les situations de crise périodique esquissées par Marx. Ce sont des périodes lesquelles la baisse du taux de profit cesse d’être simplement une tendance pour devenir momentanément une réalité reconnaissable et où la question de la masse de plus value produite peut donc se poser. Au 19° siècle ces situations étaient encore hypothétiques puisque les facteurs rangés par Marx sous l’appellation de «causes qui contrecarrent la loi» (de la baisse tendancielle du taux de profit) entraient encore vite en jeu. En va-t-il de même à notre époque ? Ce n’est pas du tout certain.

La problématique des «causes contrecarrant la baisse tendancielle du taux de profit»

Encore une remarque de méthode. La baisse tendancielle du taux de profit représente une tendance de fond qui est sous-jacente à l’accumulation de façon permanente au point de devenir apparente dans les statistiques produites par les historiens économiques. Il en résulte que les «causes qui contrecarrent la loi» et donc leur identification aussi précise que possible, sont aussi importantes que la tendance elle-même (qui n’est pas une «loi»)[20]. Regardons le chapitre XIV du livre III du Capital qui en traite. Trois des causes, examinées par Marx vers 1870, pourraient être devenues inopérantes à des degrés divers, mais chaque fois assez forts :

1° avec l’achèvement du «marché mondial» sous la forme d’une implantation profonde du capitalisme dans des parties du monde contrôlées précédemment par l’impérialisme mais devenus des concurrents des pays capitalistes centraux (la Chine et l’Inde), les effets de contre-tendance analysés sous le sous-titre «commerce extérieur» pourraient avoir largement disparus ;

2° la hausse des prix du pétrole et de nombreuses matières premières sous l’effet de leur raréfaction pourraient avoir mis fin à toute attente d’effets bénéfiques venant de la «baisse de prix des éléments du capital constant» ;

3° «l’augmentation du capital par actions» s’est transformée de facteur positif pour le redressement du taux de profit par l’aide qu’elle apporte à la centralisation et à la concentration, en une source spécifique de contradictions capitalistes. Restent alors au capital comme seule possibilité, l’activation accrue les trois mécanismes de contre tendance reposant tous sur l’aggravation des conditions des salarié·e·s et des exploité·e·s : «augmentation du degré d’exploitation du t