Au Liban aussi la propriété c'est le vol
En toute liberté « La propriété, c’est le vol », disait Proudhon, un ancêtre de Marx. La doctrine sociale de l’Église ne dit pas autre chose. Dans son message du Carême, le patriarche maronite en a rappelé les deux grands principes : celui de la destination universelle des biens et celui de l’hypothèque sociale qui accompagne la propriété. L’hypothèque sociale qui, si elle n’est pas honorée, transforme la propriété privée, parfaitement légitime, en accaparement illicite.
Que dit – très brièvement – cette doctrine ? « Les biens de la création sont destinés à tout le genre humain (...). Le droit à la propriété privée, acquise ou reçue de manière juste, n’abolit pas la donation originelle à l’ensemble de l’humanité. La destination universelle des biens demeure primordiale (...). L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres (...), les biens de production – matériels ou immatériels – comme des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les détenteurs de biens d’usage et de consommation doivent en user avec tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre. L’autorité politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété. » (Catéchisme de l’Église catholique 2042-2045).
Qui a volé le mazout rouge? En attendant qu’une enquête improbable le désigne par son nom, il faut dire que c’est l’État qui en a permis ce vol, par sa gestion désastreuse de ce secteur vital. Comment a-t-on songé à subventionner le mazout, alors qu’on est incapable d’en contrôler la distribution pour s’assurer qu’il ira aux catégories sociales auxquelles il est destiné ? Là est le scandale.
« Entre vente et achat, une faute s’introduit », dit cette mine inépuisable de proverbes que sont les Écritures. La voilà la faute. Ce qui était destiné aux pauvres est accaparé par les riches, qui le revendent aux pauvres au prix fort. Là, encore plus clairement que ne l’a dit Proudhon, la propriété (du mazout rouge) c’est le vol. Quelqu’un en doute-t-il ?
Dès le moment où l’État n’avait pas le moyen de contrôler la distribution du mazout de chauffage, l’erreur était évidente. Les sociétés, les stations d’essence ont mille et une façons de stocker le mazout acheté à un prix subventionné pour le vendre à prix fort. Ce n’est pas la ruse qui leur manque, sachant que personne ne viendra contrôler leurs cahiers de comptes. C’est élémentaire. On ne va pas apprendre à des Libanais à s’enrichir.
L’État, assure le rapport de la Cour des comptes, a le droit de se faire rembourser tout le mazout acheté à un tarif subventionné et écoulé au prix fort. Voyons voir ! Qu’on nous montre, ne serait-ce qu’une fois, une seule fois, qu’un accapareur a été sanctionné, que l’État s’est fait rembourser ce qu’on lui a volé. L’État étant, bien entendu, l’émanation de la volonté populaire, et l’argent volé étant, bien entendu, le nôtre. Celui que nous versons, bon gré mal gré, au nom du bien commun et de la solidarité sociale.
Et pendant ce temps, des nourrissons bleuissent de froid, des régions entières sont privées d’électricité, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux grelottent dans leurs maisons sans chauffage, ou au fond de leurs lits, emmitouflés, attendant la clémence des éléments et désespérant de la justice des hommes.
Lybie: vers un nouvel Irak ?
Ce qui était prévisible depuis des semaines s’est produit. Inquiets de l’enlisement militaire sur le terrain et déçus de l’incurie des forces rebelles qui perdent systématiquement toute conquête momentanée acquise grâce à la couverture aérienne de l’Otan sitôt les avions occidentaux retournés à leurs bases, les stratèges de l’Otan ont revu leurs calculs et ont fait intervenir directement leurs hélicoptères d’attaque et des détachements de leurs forces d’élite qui débarquent à partir de la mer et du territoire tunisien et encadrent les forces rebelles. A ce sujet, saluons au passage la courageuse opposition de citoyens tunisiens libres au port de Zarzis contre une cargaison d’armes qatarie à destination des rebelles en Lybie.
La prise rapide durant ces derniers jours de plusieurs localités stratégiques à l’Est, à l’Ouest et au Sud-Ouest de Tripoli ne pouvait s’expliquer autrement. Le but étant d’encercler et d’envahir Tripoli à partir de la mer et de ces trois côtés.
Dans ce plan d’attaque, l’action clandestine des groupes dormants dans la capitale devait être primordiale en termes de renseignement et de neutralisation des défenses de la ville le jour « J ». Parmi ces groupes dormants, les opposants libyens comptent pour du menu fretin. Tout comme pour les rebelles armés, on les exhibe devant les caméras de télé pour donner le change et cacher le fait qu’il s’agit avant tout d’une intervention des forces spéciales de l’Otan en vue de prendre la capitale libyenne et liquider Kadhafi.
Que va-t-il se passer maintenant ? La chute de Tripoli va constituer à n’en pas douter un tournant dans le conflit libyen. Les Occidentaux et leurs supplétifs du Golfe exultent ! La guerre « humanitaire » du XXIe siècle, tout comme les guerres coloniales du XIXe siècle, a ses slogans : la « démocratie « a remplacé la « civilisation », les Médias de l’Otan et les intellocrates comme BHL ont remplacé les Eglises missionnaires, les nouveaux « démocrates » arabes ont remplacé les goumiers et autres bachagha Boualem !
Mais que les Occidentaux et leurs supplétifs arabes déchantent ! Ni leurs tapages médiatiques ni la fumée de leurs bombes incendiaires ne pourront cacher à la longue les résultats de leur macabre campagne pseudo-humanitaire et l’arroseur risque d’être à son tour arrosé et plus vite qu’on ne pense !
Vers un nouvel Irak ?
Les divisions profondes aussi bien régionales, tribales que politiques, y compris au sein de la rébellion, ne vont pas disparaître miraculeusement, une fois Tripoli prise et une fois Kadhafi neutralisé ! Les Occidentaux le savent et c’est pourquoi ils se préparent à une occupation déguisée du pays et si cela s’avère insuffisant, ce sera une occupation ouverte avec un proconsul occidental comme cela a été expérimenté en Irak. Les responsables de l’Otan commencent déjà à préparer l’opinion publique pour une telle éventualité en arguant l’insécurité et l’instabilité qui risquent de suivre la chute du régime de Kadhafi et s’il faut passer par le « machin » du Conseil de sécurité de l’Onu pour sauver les formes, pourquoi pas ?
Mais aucune occupation ouverte ou déguisée sous forme d’une base permanente de l’Otan en Libye ne pourra empêcher les contradictions à l’œuvre dans ce pays de s’exprimer par une violence d’autant plus redoutable que les armes en circulation font désormais de ce pays un grand entrepôt à ciel ouvert ! Mais ce n’est pas tout. Les djihadistes qui n’ont trouvé aucun mal « théologique » à monter dans le train de l’Otan pour en découdre avec l’ « apostat » Kadhafi (au nom de la devise pseudo-théologique « Allah frappe-les l’un par l’autre !) risquent de se retourner contre leurs anciens amis du CNT et leurs commanditaires occidentaux !
Des dizaines de Zarquaoui risquent de voir le jour en Libye et de mettre le pays à feu et à sang ! Dans ces conditions, il est fort à craindre que tous les allumés de la région qui meurent d’envie d’en découdre avec les forces de l’Occident risquent de se rappliquer en Libye dans la mesure où l’occupation étrangère du pays leur donnera un prétexte théologique de bonne facture ! Pire, les intérêts européens et particulièrement français risquent d’être pris pour cibles comme l’ont annoncé récemment des groupes djihadistes.
Une victoire à la Pyrrhus ?
Ce jour-là, la victoire de Sarkozy et BHL apparaîtra pour ce qu’elle est vraiment : une victoire à la Pyrrhus. Une entreprise néocoloniale au nom d’une idée dépassée de la grandeur pour cacher l’échec d’une politique économique et sociale néolibérale et se faire réélire à peu de frais !
Une entreprise néocoloniale qui risque d’avoir des effets collatéraux terribles sur la cohésion sociale en France et aggraver un climat de méfiance intercommunautaire au grand bénéfice des forces d’une droite et d’une extrême-droite faussement « nationalistes » qui surfent sur la vague du choc des civilisations pour cacher aux Français la véritable catastrophe nationale : le hold-up des institutions et des médias de la République par les lobbies apatrides de la Finance transnationale qui se fiche et des Français et des immigrés musulmans qu’ils cherchent à opposer pour continuer à s’adonner à leur sport favori : la spéculation boursière et financière et la casse du tissu agricole, industriel et symbolique du pays pour le noyer dans l’Europe des banquiers et des technocrates anonymes de Bruxelles !
Au demeurant, Sarkozy aura beau rouler les mécaniques, il ne pourra arracher pour la France que ce que ses amis et protecteurs apatrides voudront bien lui laisser. Sans doute Bouygues et d’autres arracheront quelques contrats mirobolants. On ne s’est pas acharné à détruire les infrastructures avec une telle sauvagerie pour rien ! Rien que la reconstruction de la Libye dans les dix prochaines années risque de coûter la bagatelle de 100 Milliards USD ! Les contrats d’armements qui seront partagés entre les larrons qui ont participé à cette guerre pourront rapporter au moins 20 Milliards USD.
Mais justement parce que la campagne libyenne est aussi une affaire de gros sous, les fidèles alliés d’aujourd’hui risquent de se tirer dans les pattes demain ! En Cyrénaïque, les Français devront compter avec les Britanniques ! En Tripolitaine, les Italiens ne vont se laisser faire par les Français ! Dans le Fezzan, les Français qui y étaient présents dans le temps risquent de devoir compter avec les pays voisins de la Libye qui devront défendre leurs intérêts et surtout leur sécurité nationale contre les groupes terroristes et les contrebandiers.
Et tout ce beau monde devra finalement compter avec l’Oncle Sam qui garde un œil vigilant sur une région qui constitue pour lui sous-région vitale dans une région qu’il considère comme stratégique à savoir la région MENA qui comprend dorénavant la sous-région du Sahel. En effet, on ne peut rien comprendre à cette guerre en Libye si on perd de vue l’importance de ce pays dans l’architecture instable de la région MENA et plus particulièrement ce qui est en train de se passer dans l’Egypte voisine.
Pourquoi la Libye ?
La stratégie US consiste à avoir le contrôle sur la région MENA qui va du Maroc à la péninsule arabique et à laquelle il faut ajouter la sous-région du Sahel. Mais pour cela pourquoi les US ont-ils besoin de faire la guerre en Libye et de chasser Kadhafi ? N’ont-ils pas déjà le contrôle sur l’Afrique du nord ? Pourquoi, n’ont-ils pas chassé Kadhafi quand il finançait directement les organisations de la résistance palestinienne et les opérations "terroristes" et foutait le bordel dans le Sahel ! Alors pourquoi aujourd’hui ?
Sans doute il y a plusieurs visions, positions et stratégies occidentales qui s’emboitent sur le terrain mais si on fait une analyse profonde de ce qui arrive aujourd’hui, on ne peut pas ignorer les perspectives de changement incontrôlées qui risquent de se produire en Egypte. Pas le "changement démocratique" qui a fait chanter et danser certains optimistes mais le changement discret au niveau de l’Etat avec l’arrivée au pouvoir de nouvelles élites plus jeunes et plus soucieuses des intérêts nationaux de l’Egypte.
Le fait que des généraux égyptiens commencent à se tourner vers la Russie et la Chine pour l’armement est un signe qui fait plus peur aux états-majors israélien et occidentaux que les déclarations fracassantes auxquelles nous ont habitués certains dirigeants arabes volubiles ! Ce qui se passe dans les coulisses est parfois aussi important que les manifestations millionnaires des citoyens révoltés !
Par ailleurs, une alliance stratégique entre l’Algérie et l’Egypte avec une début d’intégration régionale en matière d’énergies renouvelables et d’industrie de défense n’est pas impossible C’est pourquoi certains courants manipulés par les lobbies pro-israéliens dans ces deux pays ne ratent aucune occasion (même d’un match de foot) pour saboter toute perspective de rapprochement entre ces deux pays qui restent les deux seules puissances régionales que l’impérialisme n’a pas encore cassé (pas encore !).
En Egypte, malgré le travail de sape d’Al Jazeera, l’impérialisme n’a pas réussi à plonger le pays dans la guerre civile. Il n’a pas réussi non plus à casser les liens entre l’armée et la société civile. Il n’a pas réussi à créer un fossé infranchissable entre l’opposition laïque et l’opposition, islamiste ni entre musulmans et chrétiens. En Algérie, les émeutes sociales pourtant récurrentes n’ont pas débouché sur le « printemps arabe » tant rêvé par certaines officines budgétivores et par Al Jazeera.
Je reviendrai plus en détails sur les stratégies en présence et les complots qui se trament dans ces deux pays arabes mais pour le moment il importe de faire le lien entre ce qui se passe en Libye et ce qui se passe dans la région plus généralement. La conquête de la Libye n’a rien à voir avec le prétexte « humanitaire » invoqué par Sarkozy et ses médias. C’est une guerre calculée et poursuivie dans le cadre du rôle de supplétif que l’Empire a confié à une France qui a perdu toute souveraineté sous le poids des lobbies israéliens et transnationaux qui squattent désormais les institutions de la République.
La guerre contre la Libye est une guerre pour asseoir le contrôle sur l’Afrique du nord, pour surveiller de près l’Egypte et l’Algérie, pour les empêcher d’avoir une continuité territoriale et pour user leurs énergies internes et leurs budgets dans une guerre contre un ennemi invisible et manipulable à merci qui a pour nom « Al Qaida » mais qui constitue en fait un monstre qui sort directement des mêmes laboratoires qui ont produit la théorie du « choc des civilisations » pour justifier le bellicisme de l’Empire, ses budgets faramineux et les projets fous d’un complexe militaro-industriel dont l’existence constitue tous les jours une insulte aux milliards de pauvres et de malades qui meurent de malnutrition et d’épidémies dans le monde…
9 avril 1948: le massacre de Deyr YaSîn
Le 9 avril, 50 ans auront passés depuis ce jour noir qui vit le massacre de la population palestinienne du village de Deyr YaSîn par les troupes de Menahem Beghin, celui-là même à qui l'on remettra par la suite l'un des plus honteux prix Nobel de la paix qui ait jamais été attribué.
Pour commémorer ce jour, nous vous proposons d'abord quelques extraits d'un article de Dominique Vidal, paru dans le Monde Diplomatique de décembre 1997, et consacré à la révision de l'histoire de l'Etat d'Israël qu'opèrent actuellement certains "nouveaux historiens" israéliens.
«Seuls quelques-uns ont admis le fait que l'histoire du retour de la rédemption et de la libération de leurs pères est une histoire de conquête, de déplacement [des populations], d'oppression et de mort.»
C'est par cette exergue que commence l'article de Dominique Vidal, qui écrit ensuite:
«Entre 1947 et 1949 , plusieurs centaines de milliers de Palestiniens qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël ont quitté leurs foyers. Selon l'historiographie israélienne traditionnelle, les réfugiés se sont pour la plupart enfuis volontairement, répondant aux appels de dirigeants [arabes] qui leur promettaient un retour rapide après la victoire.
Dès les années 50, toutefois, quelques personnalités israéliennes, liées au mouvement communiste, contestaient cette version. Depuis la seconde moitié des années 80, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de chercheurs, qui se définissent eux-mêmes comme «nouveaux historiens », s'en prennent aux mythes de l'histoire d'Israël , contribuant à rétablir la vérité sur l'exode des Palestiniens — au moins partiellement .
«Sur une carte situant les 369 villes et villages arabes d'Israël (dans ses frontières de 1949), [l'un de ces historiens] résumait, localité par localité, les causes du départ de leur population. Dans 45 cas, l'auteur avouait les ignorer. Les habitants de 228 autres étaient partis au cours d'assauts des troupes juives, dont 41 cas d'expulsions manu militari. Dans 90 autres localités, les Palestiniens avaient cédé à la panique consécutive à la chute d'une agglomération voisine, à la hantise d'une attaque ennemie ou encore aux rumeurs propagées par l'armée juive — particulièrement après le massacre, le 9 avril 1948, de 250 habitants de Deir Yassin, dont la nouvelle se répand comme une traînée de poudre à travers tout le pays.
Emblématique apparaît l'expulsion des Arabes de Lydda (l'actuelle Lod) et de Ramleh, le 12 juillet 1948 : une escarmouche avec des blindés transjordaniens sert de prétexte à une violente répression (250 morts, dont des prisonniers désarmés), suivie de l'évacuation forcée, accompagnée d'exécutions sommaires et de pillages, de quelque 70 000 civils palestiniens! Des scénarios similaires seront mis en oeuvre en Galilée centrale, dans le nord du Néguev et en Galilée du Nord . Autant d'opérations souvent ponctuées d'atrocités, dont Aharon Zisling, chargé de l'agriculture, dira au conseil des ministres du 17 novembre 1948 :
"Je n'ai pu dormir de la nuit. Ce qui est en cours blesse mon âme, celle de ma famille et celle de nous tous (...). Maintenant, les juifs aussi se conduisent comme des nazis, et mon être entier en est ébranlé."»
«Le gouvernement israélien développe une politique inflexible pour empêcher "à tout prix" le retour des réfugiés, que l'Assemblée générale des Nations unies exige pourtant dès le 11 décembre 1948. Leurs villages sont détruits ou investis par des immigrants juifs, et leurs terres réparties entre les kibboutzim environnants. Près de 400 bourgades arabes seront ainsi rayées de la carte ou judaïsées, de même que la plupart des quartiers arabes des villes mixtes.
Selon un bilan établi en 1952, Israël mettra ainsi la main sur 73000 pièces d'habitation , sur 7800 boutiques, ateliers et entrepôts, sur 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et, surtout, sur 300000 hectares de terres.»
"Il doit être clair [écrit Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif] qu'il n'y a pas de place pour deux dans ce pays (...), et la seule solution, c'est la Terre d'Israël sans Arabes. Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine."
Après ce bilan du terrorisme israélien, bilan qui ne concerne qu'une de deux ans (entre 1947 et 1949) sans prendre en compte toutes les exactions postérieures, bilan qui, de plus, ne prend en compte que les sources israélienne et se trouve donc évalué au plus bas, après ce sombre bilan, donc, on comprendra mieux les quelques réflexions suivantes, tirées du livre d'Emmanuel Lévyne intitulé Judaïsme contre sionisme.
«Des amis antisionistes, écrit-il, condamnent les attentats terroristes des résistants palestiniens, notamment celui de Jérusalem qui a fait de nombreuses victimes parmi la population civile, et prétendent que ces actes desservent la cause palestinienne. On s'attendrait que nous, qui nous prétendons non-violents, exprimions cette opinion. Mais on oublie qu'en Palestine ce sont les sionistes qui ont introduit les méthodes terroristes et que c'est grâce à elles qu'ils ont conquis le territoire de leur Etat d'où ils ont chassé ses habitants palestiniens.
Des Juifs palestiniens nous ont raconté les horribles attentats qu'ont commis les sionistes contre les civils arabes pour les contraindre à fuir: par exemple, ils chargeaient des enfants arabes de porter des colis piégés, ils jetaient des bombes dans les souks. Déïr Yassin, où 250 femmes, enfants, vieillards furent massacrés par les terroristes sionistes, a eu beau être désapprouvé par la conscience universelle et même juive, il n'a pas desservi la cause de l'Etat juif, puisqu'il a fait fuir les populations Arabes.
Les Palestiniens, las de faire des prières, de compter sur les sentiments de justice des grandes puissances ou même sur l'aide des armées arabes, ont résolu de se mettre à l'école des sionistes et d'utiliser leurs méthodes de terreur qui leur ont si bien réussi. Quand le monde aura condamné l'Etat d'Israël, nous les condamnerons également.»
« Notre devoir est de condamner le sionisme et l'existence de son Etat fondé dans le sang et l'iniquité, comme l'a fait le prophète Michée (au chapitre 3, versets 9 à 12):
"Ecoutez donc ceci chefs de la Maison de Jacob, et princes de la maison d'Israël, vous qui avez en horreur la justice et qui pervertissez tout ce qui est droit, vous qui bâtissez Sion avec le sang et Jérusalem avec l'iniquité, — et ils osent s'appuyer sur l'Eternel! —: à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de pierres et la montagne du temple une colline couverte de bois."
Les sionistes ont été prévenus par les Prophètes, les rabbins, les penseurs juifs les plus éminents, les politiciens sages. Ils n'ont écouté personne, ils ont passé outre. Ils ont semé la violence. Qu'ils ne s'étonnent pas de récolter du sang. Ils l'ont voulu.»
«Si la reconstruction de Sion a des références dans la Bible, sa destruction en a également, ce qui est le cas de l'Etat sioniste qui a été établi par la violence humaine et la puissance de l'argent, et non par l'esprit de l'Eternel.
Les destructeurs de l'Etat sionistes accomplissent la Volonté de Dieu. Les terroristes d'el-Fatah sont les serviteurs de l'Eternel. Nous devons les vénérer et les craindre et surtout pas nous opposer à leurs desseins.»
Les sionistes et l'Etat d'Israël dépenses des sommes faramineuses, inimaginables pour produire des livres et des films, financer des journaux, soudoyer des orateurs et des hommes politiques, bref déployer une activité tous azimuts pour arriver à faire passer dans la mentalité collective du public comme des dirigeants politiques les mensonges les plus énormes. Et lorsque, d'aventure, quelque voix dévoilant le véritable visage du sionisme et de l'Etat d'Israël arrive à se frayer un chemin à travers une jungle de médias dominée par les sionistes, la propagande sioniste s'active avec les mêmes moyens financiers pour la faire terre, soit en multipliant les procès, soit en faisant disparaître totalement un livre édité, comme ce fut le cas pour Judaïsme contre sionisme, l'excellent livre d'un rabbin kabbaliste français, Emmanuel Lévyne, qui montrait que le judaïsme authentique ne pouvait que condamner le sionisme et lutter contre lui.
Malheureusement, comme le faisait remarquer Emmanuel Lévyne, la propagande sioniste «a réussi, réussit et réussira encore à faire croire aux esprits les plus lucides, les plus froids, les choses les plus invraisemblables, les plus contraires à la réalité». En particulier de se présenter comme ceux qui sont venus sauver la nation juive de l'enfer nazis et de l'antisémitisme, alors qu'ils sont au contraire ceux qui ont attisé l'antisémitisme, qui l'ont porté même là où il n'existait pas et, pire encore, ceux qui ont livrés sans vergogne leurs coreligionnaires les plus pieux aux nazis parce que cela favorisait leur projet sioniste.
Cela peut paraître incroyable, et pourtant nous avons bien vu de quel cynisme les sionistes avaient été capables dans l'affaire de l'Exodus. Ce cynisme s'étale d'ailleurs parfois ouvertement tout en passant étrangement inaperçu. Ainsi, dans le numéro de novembre 1996 du mensuel le Monde diplomatique, dans un article de Dominique Vidal dont toutes les références sont des études d'historiens juifs, on peut lire que le dirigeant sioniste Itzhaq Shamir reconnaissait volontiers lui-même que son parti avait proposé une alliance à Hitler et ne voyait pas à cela d'inconvénient majeur. Mais laissons plutôt la parole à Emmanuel Lévyne:
«Le sionisme, de son point de vue, ne consiste pas à retourner en Palestine pour y créer une République démocratique, mais à y établir un Etat juif racialement pur, libéré de toute présence étrangère: la descendance d'Amalek, ce sont les Arabes, il faut donc les exterminer, ou du moins les chasser. Avoir pitié d'eux c'est se montrer cruel envers les juifs, c'est s'opposer à la volonté divine, c'est manifester des sentiments chrétiens.
La colonisation de la Palestine ne peut s'accomplir sans l'expulsion du peuple qui l'habite et de son extermination en cas de résistance. Les Israéliens ont déjà prouvé qu'ils avaient atteint un degré d'inhumanité assez grand pour chasser plus d'un million de Palestiniens de leurs maisons et de leurs terres ancestrales par la terreur, de massacrer des dizaines de milliers de défenseurs arabes au napalm en quelques jours. Hitler et les nazis, avant 1939, n'en avaient pas fait autant avec les Juifs, et à ce rythme et à ce compte nul doute que les victimes palestiniennes et arabes seront finalement infiniment supérieures à celles des victimes juives du nazisme .»
«On criera encore au scandale : nulle comparaison n'est possible entre le nazisme et le Sionisme. L'Etat d'Israël ne désire que la paix, ce sont les Arabes qui ne pensent qu'à faire la guerre et à exterminer ses habitants. Le mensonge devient insupportable en cette affaire: il y a [bien] un sionisme nazi.» «Les Israéliens font subir aux Palestiniens ce que les Nazis ont fait subir aux Juifs, sinon quantitativement — pas encore — du moins qualitativement.»
«Le Sionisme qui s'était proposé comme but de mettre fin à l'antisémitisme ne fait que l'engendrer et le créer là où il n'existait pas. Il représente le plus grave danger qui ait jamais menacé l'existence du peuple juif et du judaïsme. Il est la fin du peuple juif, sans point d'interrogation. les ennemis d'Israël sont à l'intérieur. Ce sont ses dirigeants et ses chefs . C'est devenu une tradition historique : les dirigeants de la communauté juive, qui se recrutent toujours parmi les plus riches, conduisent le peuple juif à sa perte et le livrent à ses destructeurs.»
«La sociologue américaine d'origine juive, Hannah Arendt a révélé qu'Eichmann avait été partisan de la solution sioniste et lecteur enthousiaste de l'Etat juif, [le livre] de Théodore Herzl.» «[Voici ce qu'elle] a écrit au sujet des événements du nazisme [dans les numéros 99-100 du Nouvel Observateur]:
«Partout où il y avait des juifs, il y avait des responsables juifs, reconnus comme tels, et ces responsables, à de très rares exceptions près, collaborèrent d'une façon ou d'une autre, pour une raison ou une autre avec, les nazis. »
«Ce sont surtout les sionistes et leurs dirigeants qui ont le plus collaboré avec les nazis et se sont le mieux entendus avec eux :
"Dès l'entrée en fonction d'Eichmann, révèle Hannah Arendt, son nouveau patron (un certain von Mildenstein) lui ordonna de lire l'Etat juif de Théodore Herzl. Ce grand classique de la littérature sioniste convertit Eichmann, immédiatement et pour toujours, au sionisme. Il semble que ce fut là le premier livre sérieux qu'il ait jamais lu, et l'Etat juif le marqua profondément. Dès lors — et il le répéta mille et une fois — il envisagea une "solution politique" et chercha les moyens de « mettre un peu de sol sous les pieds des juifs ». A cette fin, Eichmann se mit à répandre le message sioniste dans les milieux S.S. (...).
Ses premiers contacts personnels avec des responsables juifs bien connus, sionistes de longue date, furent tout à fait satisfaisants. L'"idéalisme" d'Eichmann était, selon lui, à l'origine de sa fascination pour ces sionistes [qui] étaient, comme Eichmann lui-même, des « idéalistes». Un « idéaliste» tel que le concevait Eichmann, était quelqu'un qui ne vivait que pour son idée et qui était prêt à sacrifier tout et notamment tout le monde à cette idée.
Le Docteur Rudolf Kastner était le plus grand « idéaliste » qu'Eichmann rencontra parmi les juifs. C'est avec lui qu'il négocia au moment des déportations des juifs de Hongrie. Ces deux hommes parvinrent à un accord selon lequel Eichmann laisserait partir « illégalement» quelques milliers de juifs pour la Palestine (en fait leurs trains étaient convoyés par la police allemande) ; en échange, « l'ordre et la tranquillité» régneraient dans les camps d'où étaient expédiés en direction d'Auschwitz des centaines de milliers de juifs.
Les quelques milliers de rescapés mentionnés dans cet accord étaient des Juifs éminents et des membres des organisations sionistes de jeunesse, « le meilleur matériel biologique» selon les termes employés par Eichmann lui-même.»
Le livre d'Emmanuel Lévyne intitulé Judaïsme contre sionisme, est composé de textes écrits à diverses époques, depuis 1902 jusque fin 68. La deuxième partie du livre est ainsi constituée de lettres qu'il écrivit en 1967, après la guerre des six jours, à Georges Montaron, qui était alors le directeur du journal Témoignage chrétien. Dans ces lettres, Emmanuel Lévyne lance un appel aux chrétiens pour qu'ils saisissent la chance d'être fidèles au Christ en soutenant les Palestiniens. Les titres qu'il a choisi pour ces lettres sont particulièrement révélateur de leur état d'esprit. On peut y lire: «Le Christ est un réfugié palestinien»; «le Messie sera un pauvre» ou encore «Dieu se range toujours du côté des persécutés».
Un des points importants évoqués dans ces lettres est l'information que nous donne Emmanuel Lévyne sur deux formes de sionisme qui n'ont en commun que le nom: le sionisme politique, pour lequel Sion désigne un Etat, l'Etat juif, et le sionisme traditionnel des rabbins pour lesquels Sion était un concept essentiellement spirituel. Certes, celui qui se rendait en Palestine, en pèlerinage ou pour s'y établir afin d'y mener une vie consacrée à l'étude religieuse, accomplissait bien pour les rabbins une haute œuvre religieuse. Mais il n'était pas question pour eux de se rendre en Palestine collectivement, encore moins pour y établir un Etat, et surtout pas par la force des armes, l'injustice et le crime généralisé.
C'est donc en profitant de cette homonymie que la propagande sioniste a réussi à faire progresser cette doctrine — qui n'est, comme le rappelle Lévyne, qu'un vulgaire «nationalisme racial» — au point de dominer le judaïsme et de le vider de ce qu'il pouvait s'y trouver de plus spirituel. Mais écoutons plutôt le message que ce juif juste, rabbin et kabbaliste, voulait faire passer aux chrétiens:
«Je vous remercie de tout coeur d'avoir eu le courage de publier mon article L'Etat d'Israël est-il un signe de Dieu ?. Je ne m'attendais pas à une publication si rapide. Dans mon esprit, c'était un sondage, et je ne me faisais guère d'illusions : le lobby pro-israélien est si puissant, quel journal pourrait résister à ses énormes pressions ? Déjà j'avais bien été étonné de voir ma lettre au journal Le Monde paraître. Mais les réactions ont été si violentes, d'après ce que m'a écrit Jacques Fauvet, qu'on ne s'est pas aventuré à me donner le droit de réponse aux lettres hostiles qui ont été publiées à la suite de la mienne.
Dans l'esprit des rabbins, la Palestine, la terre d'Israël représentait une patrie virtuelle, symbolique destinée à faire contre-poids à l'attirance des nations parmi lesquelles les Juifs séjournaient: aujourd'hui nous sommes des étrangers, mais l'an prochain à Jérusalem nous serons dans notre patrie, nous pouvons donc tenir encore une année et ne pas nous assimiler. Pour les Juifs faibles, l'idée de Sion était indispensable pour empêcher l'assimilation.
Mais comme la réalisation du sionisme se situait à la fin des temps, à la venue du Messie, et qu'il était interdit de retourner en masse et de reconquérir la Palestine par des moyens humains — ni par l'argent, encore moins par les armes —, elle ne devait pas engendrer de nationalisme et aboutir à la création d'un Etat — donc à des guerres et à des conflits que ces sages rabbins savaient insolubles et inextricables. La volonté funeste d'établir de nouveau une souveraineté humaine en Israël constitue une régression catastrophique — une sorte de névrose collective .
Que le sionisme soit une névrose, une folie, on commence à s'en apercevoir, et à prendre au sérieux ce mouvement infantile qui n'est pas le signe d'une grande intelligence. Ils sont aussi fous que les nazis. Ils ne sont que deux millions, mais essayez d'imaginer ce qu'ils feraient s'ils étaient 70 millions comme les Allemands. »
«Le peuple juif a le droit à l'existence, mais aucun peuple n'a le droit de menacer la vie de l'humanité par des entreprises et des initiatives injustes. Imposer son roi, sa souveraineté, son Etat à un peuple étranger, cela n'est pas défendable, c'est une injustice au plein sens du mot, c'est ce que l'on appelle aujourd'hui le colonialisme. C'est ce qu'ont voulu faire et ce que veulent faire plus que jamais les sionistes. Ils exigent que les Palestiniens acceptent un Etat juif dans leur propre pays. Que diraient les Français si les Juifs voulaient leur imposer un Etat juif dans un de leurs départements. Pourtant il y a toujours eu des Juifs en France, plus qu'en Palestine même .
Abraham était un étranger dans le pays de Canaan, qui a été conquis, plus tard, par les troupes de Josué par des méthodes qu'on appelle de nos jours — il faut le reconnaître — « génocide». D'après l'histoire, les premiers propriétaires de la Palestine furent les peuples cananéens qui ont été... exterminés [comme on peut le lire dans la Bible au livre de Josué, chapitre 10, versets 28 à 40, et dans tout le chapitre 11]; en conséquence, les Juifs, ne peuvent revendiquer la Palestine qu'en tant que conquérants et colonisateurs — et ce ne sont pas là des titres dont on doit être fier et qui donnent tous les droits. »
«Vous avez bien raison, il ne s'agit pas d'un conflit de races, de peuples, de nations, mais de mondes : celui des gavés contre celui des damnés de la terre, celui des riches contre celui des pauvres. Les Juifs sont devenus riches (la principale communauté juive, plus de six millions, est celle des Etats-Unis, de laquelle dépend l'Etat d'Israël); les pauvres, les sous-développés sont les Arabes, et surtout les Palestiniens. Les réfugiés Palestiniens sont, spirituellement, notre chance de redevenir de véritables Juifs et de véritables Chrétiens, de nous réconcilier, de nous réunir, de reconstituer le peuple de Dieu, l'Israël spirituel, le coeur, l'âme de l'humanité qui est en train de périr. Ne la laissons pas échapper. C'est la dernière chance.
Le Christ est un réfugié palestinien. Moi qui suis Juif, je le comprends, je le vois. Pourquoi tant de Chrétiens sont-ils aveugles ? Pourquoi ont-ils pris parti pour les plus riches, les plus forts, les plus puissants ?» «Oui, vous pouvez dire cela aux Chrétiens de l'Amitié judéo-chrétienne, ces flatteurs, ces courtisans des Juifs riches et puissants, qui sont prêts à toutes les complicités, à approuver et à couvrir tous les crimes de la bourgeoisie et du capitalisme judéo-américain et de l'Etat qu'ils ont fabriqué en Terre Sainte et où ils ont exproprié les pauvres de Dieu.
Oui, ces faux-chrétiens peuvent s'associer à ces faux-juifs, ils font bon ménage ensemble, les voilà les assassins du Christ de génération en génération. Qui sont les assassins du Christ ? Ceux qui approuvent et se rendent complices de l'assassinat des pauvres. Jésus était un pauvre et il a été victime non des Juifs, mais des Juifs riches, [complices] des romains. Ils ont beau acheter des intellectuels et des historiens pour prouver le contraire. L'Etat d'Israël donne la preuve de leur culpabilité en la réactualisant.»
Dans une de ces lettres, Emmanuel Lévyne faisait allusion à un de ses article intitulé L'Etat d'Israël est-il un signe de Dieu ? Cet article était une réponse ferme et catégorique dans laquelle il contredisait fermement les thèses d'un des rabbins sionistes les plus célèbres de France: Josy Eisenberg, collaborateur de nombreux médias, en particulier le quotidien Le Monde et la télévision, où il est l'un des principaux responsables et animateurs de l'émission Judaïque.
Comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, Judaïsme contre sionisme est un recueil de textes juifs contre le sionisme, l'essentiel étant constitué par ceux d'Emmanuel Lévyne lui-même. La troisième partie de l'ouvrage, intitulée «Dieu ou l'Etat», réunit des lettres envoyées au journal le Monde en réponse à des prises de positions sionistes parues dans ce quotidien, et en particulier des articles du rabbin Josy Eisenberg. Malheureusement, le Monde ne publia aucune de ces lettres, parce que, dit Emmanuel Lévyne, après la publication d'une première lettre «les réactions ont été si violentes, d'après ce que m'a écrit Jacques Fauvet, qu'on ne s'est pas aventuré à me donner le droit de réponse aux lettres hostiles qui ont été publiées à la suite de la mienne».
Ce sont des extraits de ces lettres que nous entendrons aujourd'hui, en commençant par celle où il contredit la thèse des juifs qui voudraient voir, dans la création de l'Etat d'Israël, un "signe de Dieu".
«Un signe de Dieu, dans le langage de la tradition biblique et juive, c'est un miracle, un prodige, une intervention surnaturelle, comme cela s'est produit lors de la sortie d'Egypte. Or, je voudrais bien qu'on me montre en quoi la création de l'Etat d'Israël est un signe de Dieu, un miracle? L'Etat d'Israël semble devoir beaucoup plus son existence à l'efficacité des terroristes de l'Irgoun et des groupes Stern qu'à une intervention surnaturelle.
Le retour à Sion est un événement surnaturel et messianique qui ne peut se réaliser selon les voies de ce monde; il ne peut être un événement naturel et historique: son accomplissement se situe à la fin des temps, à la fin de l'histoire, à la fin de ce monde; ce sera un événement métahistorique, eschatologique.
L'Etat d'Israël est un Etat de ce monde. C'était d'ailleurs le but de ses fondateurs et de ses constructeurs. Normaliser le peuple juif, en faire une nation comme toutes les autres nations. Ce sont les rabbins qui se sont ralliés plus tard au mouvement sioniste qui lui ont attribué un caractère messianique. Mais en fait, il est difficile de ne pas reconnaître avec Léon Tolstoï que le sionisme «est lui-même l'os de l'os, la chair de la chair de l'européanisme contemporain».
La pensée juive se fourvoie dangereusement en s'engageant dans le sionisme et en se faisant la servante de la raison d'Etat, [mais] elle peut [certes] être assurée d'être bien payée par l'Etat d'Israël, dont la puissance est celle du capitalisme juif et américain.»
«Le rabbin Josy Eisenberg affirme que «les Prophètes ont toujours proclamé la renaissance d'un Etat juif comme un indispensable palier de l'escalade messianique». Aucune référence n'est donnée. Et pour cause : dans toute la littérature traditionnelle juive, on ne trouve aucune mention d'un projet de monter en Terre Sainte pour y établir un Etat israélite. L'Etat juif est la traduction d'une expression allemande, le titre de l'ouvrage du journaliste autrichien Théodore Herzl, fondateur du sionisme politique. César — fut-il devenu juif— ne sera jamais notre Dieu et notre Messie. Nous n'avons d'autre souverain que l'Eternel et de royaume que la Torah.»
«C'est [le sionisme] qui a introduit le nationalisme racial dans le judaïsme. Pour les rabbins, au contraire, le judaïsme était un nationalisme de religion et de culture. Etre juif, c'était essentiellement vivre dans le monde de la Torah, et non se rattacher à un territoire particulier ou au peuple juif pour lui-même. C'était la Torah, la religion juive, qui constituait le lieu de l'unité du peuple juif, et non la terre ou la race, comme le veulent les sionistes.
Le concept du nationalisme, tel qu'il a été élaboré dans l'Europe du 19e siècle, et dont le sionisme s'est inspiré, était étranger à l'esprit des rabbins. Le sionisme était pour eux un mouvement nationaliste d'origine européenne, donc étranger au judaïsme, et ils pressentaient le danger qu'il représentait pour l'avenir spirituel du peuple juif; c'est pourquoi ils le combattirent de toutes leurs forces, comme les livres Lettres des rabbins, Lumière pour les justes et d'autres, en témoignent.
"Les sionistes [peut-on y lire] se sont ingéniés à introduire de l'extérieur le nationalisme, qui nous est étranger, à nous fils d'Israël ; c'est la Torah seule qui a fait de nous un peuple, et nous n'avons pas cessé de l'être même après que nous ayons été exilés de notre pays à cause de nos péchés."»
«Les créateurs du sionisme, c'est-à-dire d'un nationalisme étatique juif, ont rendu un bien mauvais service à l'humanité en découvrant une nouvelle source de tension et de conflits au Moyen-Orient; le monde n'en avait nul besoin, il n'est que trop gâté de côté. Et ils savaient bien ce qu'ils faisaient, car leur prophète Théodore Herzl a écrit dans son Etat juif ces paroles hautement significatives :
"On nous dit que nous devrions nous garder de créer de nouvelles distinctions entre les hommes, qu'au lieu d'élever de nouvelles frontières, mieux vaudrait abolir les anciennes. Ceux qui se bercent de ces illusions me semblent être des rêveurs dignes d'estime (...). Mais la fraternité humaine est moins qu'un beau rêve. La présence d'un ennemi est un précieux secours sans lequel ne saurait se modeler les grandes personnalités".
C'est là [sans doute] de l'allemand, mais certainement pas de l'hébreu prophétique.»
«Nous, juifs antisionistes, nous avons choisi la Paix. C'est pourquoi nous n'avons pas voulu la création de l'Etat d'Israël et nous souhaitons sa disparition . En fait, les sionistes apparaissent comme des juifs qui ont perdu leur conscience messianique, leur conscience tout court, comme le faisait remarquer Léon Tolstoï dans un article publié en français dans le recueil les Révolutionnaires.»
«La majorité des rabbins ont condamné le sionisme à sa naissance, et les événements actuels montrent qu'ils n'avaient que trop raison. Mais alors, m'objecterez-vous, pourquoi la plupart des rabbins sont aujourd'hui partisans de l'Etat d'Israël et soutiennent sa politique? C'est parce qu'ils sont corrompus. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire que les masses juives et leurs dirigeants s'égarent. Déjà du temps de Moïse et des Prophètes. La question n'est pas de savoir si les juifs antisionistes sont en majorité ou en minorité, mais de juger s'ils ont raison ou tort en référence aux vérités éternelles .
Dieu ne peut que renier l'Etat qui le nie. Et de ce fait, toute force politique qui nie l'existence de l'Etat d'Israël se révèle comme l'allié, l'instrument objectif de l'Eternel.»
Dieu ne peut que renier l'Etat qui le nie. Et de ce fait, toute force politique qui nie l'existence de l'Etat d'Israël se révèle comme l'allié, l'instrument objectif de l'Eternel.»
Ces puissantes paroles du rabbin kabbaliste français Emmanuel Lévyne sont tirées de son livre Judaïsme contre sionisme, et l'on comprend mieux en les entendant pourquoi les sionistes n'ont lésiné sur aucun moyen pour faire disparaître ce livre du marché et des bibliothèques publiques.Lisons des extraits de deux lettres adressées aux directeurs des journaux le Monde et Témoignage chrétien, lettres dans lesquelles Emmanuel Lévyne aborde principalement deux problèmes: d'abord, celui de la catastrophe qui se produit lorsque l'on prend la Bible à la lettre, sans faire les interprétations nécessaires; et puis l'exigence de ne pas se résigner à un état de fait lorsqu'il est injuste.
«Une fois de plus je dois rétablir la vérité qui n'a pas été respectée par un de vos lecteurs [… qui] écrit : « mais il est une citation en tout cas que personne ne pourra jamais tirer de la Bible (y compris du Nouveau Testament), c'est une révocation quelconque de la promesse de la Terre faite à Abraham, et renouvelée à Isaac et Jacob pour leur descendance "à perpétuité"».
Dans le Zohar, il est dit : "Le sens littéral de l'Ecriture, c'est l'enveloppe ; et malheur à celui qui prend cette enveloppe pour l'Ecriture même". On affirme [même] que cela fait revenir le monde au chaos primitif. Il est évident que si l'on s'obstine à lire la Bible littéralement, c'est ce qui risque de se produire à brève échéance. Car la Bible ne promet pas à Israël une Palestine habitée, la coexistence, mais une terre dont les habitants auront été dépossédés impitoyablement .»
«Si vous n'expulsez pas devant vous les habitants du pays, ceux d'entre eux que vous laisserez seront comme des épines dans vos yeux et comme des aiguillons dans vos flancs, et ils vous traiteront en ennemis dans le pays que vous allez habiter» peut-on lire au livre des Nombres, chapitre 33, verset 55.
«[Heureusement], les rabbins ont évolué et déjà du temps du Talmud, il y a près de 2000 ans, ils avaient pris conscience que les juifs et le judaïsme ne pourraient survivre sans un changement de conception, sans une nouvelle exégèse de la Promesse de la Terre . Mais certains chrétiens voudraient revenir à une situation antique. Ils se réjouissent de voir une partie du peuple juif engagée dans une voie qui est bien connue des historiens pour mener inéluctablement à la catastrophe.
La Promesse de la Terre, selon les rabbins, doit s'accomplir par le Messie miraculeusement, surnaturellement, sans armes et sans guerres, avec l'accord de toutes les nations intéressées. Je veux bien de la Promesse d'une Terre, mais non d'une Terre arrosée du sang des pauvres et des innocents.»
«Je ne suis pas un spécialiste de l'exégèse chrétienne, mais j'ai dans mes dossiers un document émanant d'un groupe de théologiens du Proche-Orient et intitulé Mémorandum sur les exigences de la foi chrétienne devant le problème palestinien dans lequel je lis:
"La promesse faite à Abraham porte sur une descendance et sur une terre. Si cette descendance devait être la race juive et la terre la Palestine, cela signifierait que Dieu exclut les autres peuples de la terre, or la bénédiction de la promesse est destinée à se répandre sur toute l'humanité et toute la création. La terre, c'est le Royaume de Dieu . Comprendre "selon la chair" la promesse faite à Abraham, c'est pervertir le dessein de Dieu .»
«Je crois vous l'avoir dit [écrit Emmanuel Lévyne dans une lettre au directeur de Témoignage chrétien, écrite en 1967, peu après la guerre des six jours]: mes interventions publiques dans le conflit palestinien se font au nom de la vérité et de la justice, qui sont les attributs essentiels du Dieu d'Israël, qui ne peut être que du côté des faibles, des vaincus, des persécutés, des pauvres, comme l'enseigne ce texte rabbinique :
«Dieu prend toujours le parti du persécuté. Si un juste persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un méchant, Dieu se range du côté du persécuté. Et même si un juste persécute un méchant, Dieu Se range encore du côté du persécuté»
Le Dieu d'Israël est donc du côté des réfugiés palestiniens. Et comme le dit un autre texte des rabbins : « Mieux vaut être parmi les persécutés que parmi les persécuteurs»
«Vous écrivez : « L'Etat d'Israël est reconnu par les grandes nations. Il est membre de l'O.N.U. Cela lui donne le droit à la vie. (...). Il a le droit à son indépendance et à son intégrité territoriale.» Mais vous vous déclarez hostiles à l'annexion des territoires nouvellement conquis [lors de la guerre des six jours]. Israël n'a pas fait autre chose en 1967 que ce qu'il a fait en 1948 . Ceux qui, comme vous, approuvent 1948 — ou du moins s'y résignent — parce qu'on se trouve en 1967, ceux-là qui désapprouvent 1967 [maintenant] l'approuveront en 1987 — ou du moins s'y résigneront. Non, cher monsieur, reconnaître et tolérer l'injustice parce qu'elle est devenue un fait accompli n'est pas conforme à la justice . Elle doit être réparée et effacée.
L'Etat d'Israël portait dans son principe toutes les injustices et tous les crimes auxquels nous assistons aujourd'hui, il ne pouvait pas se créer sans les perpétrer et se maintenir sans les perpétuer et se développer sans en commettre de nouveaux et des pires. Il faut condamner l'Etat d'Israël en son principe, en son idée même, sinon nous serons témoins et complices de la destruction et de l'extermination du monde arabe, du moins palestinien. Car c'est la même référence biblique qui autorise la possession de la Palestine par les juifs et la dépossession et l'extermination, le génocide, de ses habitants:
"Vous conquerrez le pays et vous y établirez, car c'est à vous que je le donne à titre de possession (…) Mais si vous ne dépossédez pas à votre profit tous les habitants de ce pays, ceux que vous aurez épargnés vous harcèleront sur le territoire que vous occupez" [peut-on lire dans les Nombres, chapitre 33 versets 53 et 55].
Telle est l'exégèse littérale, simpliste , qui permet aux sionistes comme aux nazis de commettre leurs génocides. Je l'ait écrit, je l'ai dit et je ne le répéterai jamais assez : ce n'est pas la bombe atomique qui provoquera la fin de l'humanité, mais une lecture erronée, une exégèse simpliste de la Parole de Dieu. Les rabbins du Talmud, contrairement au sens apparent de ce verset et d'autres, ont dit qu'il était interdit de retourner collectivement et par la violence en Palestine . Le sionisme politique et la création d'un Etat juif en Palestine étaient expressément interdits par les rabbins si l'on ne voulait pas provoquer des catastrophes épouvantables.»
«En reconnaissant le droit à l'existence de l'Etat d'Israël, vous prenez parti pour les sionistes, qui sont des faiseurs de catastrophes, qui ont causé déjà et qui causeront des malheurs sans nombre dont seront victimes avant tout les pauvres et les faibles. Vous avez dit non au nazisme allemand, ce n'est pas pour dire oui à un nazisme juif.»
La quatrième partie de Judaïsme contre sionisme est intitulée Textes de combats. Elle est composée de prises de positions qui intervinrent, soit dans des correspondances, en particulier avec des juifs prosionistes, soit dans des textes parus dans la revue Tsédek. Cette revue, dont le titre signifie «justice» en hébreu, était consacrée à la défense de la pure tradition judaïque et Emmanuel Lévyne la publiait lui-même au prix des plus lourds sacrifices.
«Vous avez dit non au nazisme allemand, ce n'est pas pour dire oui à un nazisme juif.» C'est en lui reprochant de telles expressions qu'un ancien ami de son père, devenu sioniste, essaya de faire passer Emmanuel Lévyne de l'autre côté de la barrière:
«Vous avez tort, [lui écrit-il au lendemain de la guerre des six jours] grandement tort, tort jusqu'à la profanation de parler des juifs d'Israël comme vous le faites. Ils défendent leur vie, ils défendent notre vie, ils entendent assurer leur sécurité et celle de leurs enfants. Vous n'avez pas le droit, sans commettre l'outrage suprême, sans vous mettre au niveau le plus bas, de traiter les juifs d'Israël de nazis. Ils sont nos frères, nos proches, notre chair.»
A ce genre d'arguments, Emmanuel Lévyne a évidemment de quoi répondre:
«La tradition nous commande d'être solidaires dans le malheur, mais non complices dans le crime. Le sionisme est un crime collectif, car il ne pouvait pas se réaliser, s'accomplir sans verser du sang et sans provoquer de terribles injustices. Nos anciens rabbins étaient des sages, c'est pourquoi ils l'avaient interdit; nos rabbins modernes ne pensent qu'à plaire aux riches qui les payent: c'est pourquoi ils taisent la vérité, ils cachent le crime, ils excusent et justifient les assassins en interprétant faussement les enseignements traditionnels.»
Comme il va l'expliquer à son correspondant, Israël n'est pas une race, encore moins un Etat, mais une communauté religieuse, celle des enfants d'Israël, qui n'existe que par le respect d'une foi et d'un Livre. Mais laissons-lui plutôt la parole:
«Je regrette de ne pas partager votre conception raciale — pour ne pas dire raciste — du judaïsme et d'Israël. Pour vous, une seule chose compte: préserver la survie de la société juive à tout prix. Et pour vous Israël, le peuple juif, c'est l'Etat. Vous ne vous apercevez pas que vous transférez à l'Etat les qualités que nos pères attribuaient seulement à Dieu : le salut des âmes et des corps. Vous divinisez l'Etat — qu'ont fait d'autre les Allemands avec Hitler — . Vous ne croyez plus qu'à la violence et à l'armée pour assurer la survie du peuple juif; contrairement à nos pères qui croyaient que notre vie dépendait exclusivement de notre attachement à l'Eternel et à la Torah : s'il nous arrivait des malheurs, c'était à cause de nos péchés.
Je constate que les opinions simplistes par lesquelles vous justifiez et défendez l'Etat d'Israël ont un caractère américain manifeste ; les raisons que vous avancez pour justifier, couvrir l'agression israélienne contre le monde arabe est de même nature que celles des Américains pour justifier leurs agressions impérialistes . Les centaines de milliers de réfugiés chassés de leurs maisons et de leurs terres comme l'ont été les Juifs d'Allemagne, les dizaines de milliers d'Arabes écrasés sous les bombes, brûlés au napalm en quelques jours, en quelques heures, cela ne vous suffit pas? Combien de millions, de dizaines de millions de cadavres arabes vous faudra-t-il pour commencer à ouvrir les yeux et à comprendre que le prix du sang de l'existence de l'Etat d'Israël est un peu trop élevé?
Hitler et les nazis nous ont exterminés parce que nous étions juifs. Nous ne pouvions pas ne pas être juifs. Mais nous pouvions éviter de construire un état au milieu d'un monde étranger qui avait des raisons de ne en vouloir. Nous juifs européens, qu'avions-nous à aller emmerder ces paisibles paysans palestiniens, à leur imposer un Etat juif — donc forcément étranger — conçu en Allemagne. Il faut partir, ou du moins renoncer à l'Etat juif.
«Les Arabes palestiniens sont comme nos pères: le monde entier est contre eux, on leur reproche les mêmes défauts, on les traite de la même façon. Je ne peux pas me désolidariser d'eux. Je ne reconnais plus [les enfants d']Israël dans les Israéliens. Je ne vois en eux que les assassins de mon père et de ses pères.»
Dans sa réponse, Emmanuel Lévyne cite alors un extrait du n°47 des Cahier Témoignage chrétien, intitulé «l'impérialisme international de l'argent». «C'est sous la signature d'un prêtre, le Père Gauthier, que j'ai lu les paroles de justice biblique et prophétique, de Tsédek, qu'il fallait dire au monde. Je me contenterai ici d'en rapporter ces passages particulièrement démonstratifs et probants:
« L'Etat d'Israël fait figure de nouveau riche à la frontière des pays de la faim. Le revenu moyen d'un Israélien est [en 1967] de 1500 dollars par an, alors que celui de l'Egyptien moyen est de 75 dollars (5 % de celui de l'Israélien). Le revenu national des 50 millions d'Arabes voisins d'Israël équivaut à peine à celui des 2 millions et demi d'Israéliens. (...).
Durant [la guerre des six jours], et surtout au début, on a parlé du petit David face au géant Goliath. Rien de plus faux que cette comparaison. En réalité, Israël n'a sans doute [en 1967] que deux millions et demi d'habitants, mais soutenus par quelque dix millions de Juifs, dont quatre aux USA et deux à New York. Financièrement Israël, avec ses supporters est une grande puissance .
Mais d'où proviennent donc les dollars que les Juifs américains ou autres envoient à Israël ? N'est-ce pas le produit de l'exploitation des peuples encore non-développés tenus en esclavage économique ? La différence de salaire entre l'ouvrier de ces pays et celui des U.S.A. est telle que le premier est frustré chaque jour par rapport au second de huit fois moins son salaire . Le système économique international des pays liés aux U.S.A. et aux grandes puissances permet à celles-ci d'empocher ce dont est frustré l'ouvrier du pays colonisé. Avec ces bénéfices, il est facile d'être généreux à l'égard d'Israël.»
«Bien des Juifs religieux [conclut alors Emmanuel Lévyne] savent et disent que les Prophètes ont toujours protesté contre les alliances avec l'Egypte ou la Babylone d'alors, c'est-à-dire les U.S.A, ou l'U.R.S.S. d'aujourd'hui.
Un seul État pour la Palestine et Israël : une utopie ?
Le Soleil (Québec)
Opinions, vendredi 11 novembre 2005, p. A13
par Taïeb Moalla, journaliste indépendant et analyste de la situation au Moyen-Orient.
Chaque fois que l’idée d’édifier un seul État démocratique en Palestine-Israël est avancée, la réaction est immédiatement sceptique. La proposition est souvent jugée utopique. Pourtant, un examen minutieux des réalités du conflit nous permet de prétendre qu’il s’agit, à long terme, de l’issue la plus logique et la plus juste. Après tout, le fait d’imaginer un État unique n’est pas plus irréaliste que d’entrevoir deux États vivant côte à côte dans la paix et l’harmonie.
Une vieille idée
Cette solution n’a rien de nouveau. Pendant les années 60 et 70, elle était le credo des différentes factions palestiniennes regroupées au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Dans son fameux discours de novembre 1974 devant l’ONU, Yasser Arafat souligna clairement sa préférence. "Travaillons ensemble à réaliser mon rêve de rentrer d’exil avec mon peuple pour vivre dans un seul État démocratique où chrétiens, juifs et musulmans vivraient en toute égalité, dans la justice et la fraternité", disait le leader palestinien, disparu il y a tout juste un an.
Précisons aussi que le projet sioniste de créer un foyer national juif en Palestine était minoritaire au sein des communautés juives dans le monde pendant les quatre premières décennies du XXe siècle. Bénéficiant du contexte international de l’après-Seconde Guerre mondiale - et particulièrement le sentiment de culpabilité qui a traversé les démocraties européennes devant l’ampleur du génocide - , les Pères fondateurs de l’État hébreu ont pu imposer le partage de la Palestine historique, décidé par la toute jeune ONU, cela avec le concours actif des États-Unis qui ont su trouver les arguments pour convaincre suffisamment de pays à l’Assemblée générale en vue d’atteindre les deux tiers des voix requis. Dans l’Israël actuel, seuls quelques groupuscules antisionistes, une bonne partie des arabes israéliens et l’extrême-gauche portent l’option d’un État binational.
Le noeud du conflit
Les points litigieux entre Israéliens et Palestiniens sont nombreux. Le démantèlement des colonies, le statut de Jérusalem, le retrait aux frontières de 1967, la question des prisonniers, etc., sont autant de pierres d’achoppement. Or, le noeud du conflit réside dans le droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnu par la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU, dès décembre 1948. Conscients du côté explosif de cette question, les négociateurs des deux côtés se sont toujours gardés de la mettre à l’avant-scène.
La révolte des Palestiniens est née et a grandi dans les camps des réfugiés des années 60. À l’époque, la principale revendication était celle de l’application du droit au retour. Malgré son charisme et sa légitimité historique, Yasser Arafat a toujours su que la renonciation, même partielle à ce droit, est une ligne rouge qu’aucun dirigeant palestinien ne pouvait franchir sans s’attirer la colère de son peuple. Aujourd’hui encore, le rêve du retour berce des générations de Palestiniens.
Côté israélien, il existe un quasi-consensus qui traverse le paysage politique, y compris ses franges les plus progressistes. Pour une écrasante majorité de la classe politique et de la population israéliennes, l’invocation du droit au retour confirme le désir secret des Palestiniens de "détruire Israël". En janvier 2004, le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, avait suscité un tollé monstre en expliquant que "si (Ariel Sharon) refuse toujours un État palestinien dans les frontières de juin 1967, avec éventuellement des rectifications mineures, nous devons réclamer la création d’un État binational".
Il apparait que seule l’option d’un seul État pourrait concilier les exigences contradictoires des protagonistes. Les Juifs attachés à la réalisation de leur Aliya ("montée" en hébreu) vers Israël pourront continuer à le faire. Et les Palestiniens qui choisissent d’appliquer leur droit (de façon individuelle et collective) au retour seraient satisfaits.
Un seul État démocratique, qui prendrait soin de séparer la religion et les affaires de la cité, permettrait d’en finir avec la contradiction originelle voulant qu’Israël puisse être "juif et démocratique" en même temps. Il contribuera à arrêter les discriminations subies par les Arabes israéliens qui constituent actuellement 20 % de la population israélienne et conduira à la coexistence de deux peuples condamnés à vivre ensemble.
La question des colonies
Un autre argument plaidant en faveur de l’option d’un seul État, c’est celui des colonies israéliennes, illégales selon le droit international.
Au moment de l’expulsion du retrait de Gaza, Elias Khoury - un écrivain libanais que l’on peut difficilement soupçonner de sympathie envers les colons - écrivait ceci, dans Al Quds Al Arabi du 23 août 2005. "Cela n’aurait aucun sens de dire que la tristesse des colons était mensongère et je ne veux nullement me réjouir de leur malheur. Je peux tout à fait comprendre leur peur et leur désespoir, eux qui étaient convaincus de posséder le droit absolu permettant à son titulaire de confisquer les droits et les terres des autres (...) La scène qui nous a permis de les voir exhumer leurs morts pour les enterrer dans de nouveaux cimetières a frappé nos consciences. Comment le téléspectateur ordinaire peut-il ne pas être solidaire des pauvres juifs se tenant sur les toits de leurs synagogues et résistant pacifiquement à leur expulsion ?", s’interrogeait M. Khouri.
Si l’évacuation de 8000 personnes a nécessité deux années de négociations et de controverses au sein de la société israélienne, combien de temps faudra-t-il pour déloger 50 fois plus de colons occupant la Cisjordanie ?
D’ailleurs, la tendance est plutôt à l’accroissement et à l’extension des colonies. Ariel Sharon a indiqué le 31 octobre dernier que "les projets de développement (du gouvernement israélien) comprennent non seulement la Galilée, le Néguev et Jérusalem, mais aussi les grands blocs d’implantations, la vallée du Jourdain et le Golan (plateau syrien occupé par Israël depuis 1967)".
Dans un État unique Palestine-Israël, les colonies ne poseraient plus de problème puisque les citoyens pourraient s’installer dans la partie du territoire de leur choix.
Pour des raisons stratégiques, l’Autorité palestinienne se contente depuis une vingtaine d’années de demander l’application scrupuleuse des résolutions onusiennes. Tout en militant dans ce sens, les mouvements qui se battent pour une paix juste au Proche-Orient devraient avancer, en parallèle, l’idée d’un État unique dans lequel tous les citoyens seraient traités de manière égale. Ce n’est que de cette façon que l’utopie d’aujourd’hui pourra être la réalité des prochaines années.
Conférence de Stuttgart: un seul Etat démocratique en Palestine !
Dans le cadre de la campagne internationale pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions à l’égard d’Israël (BDS), le Comité palestinien de Stuttgart a organisé dans cette ville, du 26 au 28 novembre 2010, une conférence qui fera date, sur le thème : Un seul État démocratique en Palestine avec l’égalité des droits pour tous ses citoyens.
Sous le titre « Séparés par le passé – Ensemble face aux futurs obstacles, et perspectives pour une juste solution » [1], cette conférence a rassemblé des intervenants qui se distinguent par leurs positions sans ambigüités sur la question israélo-palestinienne, parmi lesquels : Ilan Pappé, Haidar Eid, Ali Abunimah.
Leurs remarquables exposés méritent une large diffusion, le public francophone ayant été passablement désinformé, non seulement par les médias traditionnels, mais également par des figures au sein du mouvement de solidarité qui, de longue date, ont monopolisé le débat [2], mettant délibérément de côté les voix loyales qui voulaient, à juste titre, faire la clarté sur les véritables enjeux et conduire à un soutien digne de ce nom en faveur des victimes palestiniennes.
Nous proposons ci-dessous les vidéos de leurs interventions aux lecteurs francophones qui sont sans doute assez nombreux à pouvoir les suivre en anglais. Nous avons en effet constaté, lors de nos enquêtes, que beaucoup de militants et de sympathisants - qui, en France, en Belgique, en Suisse, voulaient contribuer de manière efficace au soutien du peuple palestinien en lutte contre l’occupant colonial - ont été tenus dans l’ignorance des vrais enjeux. Si nombre d’entre eux se sont rebellés dès 2009, la confusion - entretenue par la stratégie de diversion sur fond d’accusations d’antisémitisme, de négationnisme et d’exclusion - n’en reste pas moins largement répandue au sein des grandes associations.
Ilan Pappé - « Le nettoyage ethnique en Palestine et le droit au retour des Palestiniens »
Ilan Pappé, professeur à la Faculté d’Histoire de l’Université
(britannique) d’Exeter, a écrit de nombreux livres et collabore avec des
revues locales et internationales. Parmi ses ouvrages, signalons : « The Making of the Arab-Israeli Conflict » (London and New York 1992), « The Israel/Palestine Question » (London and New York 1999), « La storia della Palestina moderna » (Einaudi 2004), « The Modern Middle East » (London and New York 2005) et « The Ethnic Cleansing of Palestine » (2006) [« Le nettoyage ethnique de la Palestine » (Fayard 2008)].
Haidar Eid – « La situation à Gaza et les parallèles entre l’apartheid sud-africain et Israël »
Haidar Eid, professeur associé au Département de Littérature
anglaise de l’Université Al-Aqsa, à Gaza, Palestine, est membre
fondateur du « One Democratic State Group » et membre de la Campagne palestinienne pour le Boycott académique et culturel d’Israël (http://PACBI.org).
Ali Abunimah - « La solution à un État comme perspective pour une paix juste »
Ali Abunimah est cofondateur de The Electronic Intifada et l’auteur de « One Country : A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse » (Metropolitan Books, 2006).
Sa mère, originaire du village de Lifta, qui fait maintenant partie
d’Israël, est devenue réfugiée lors de l’exode forcé des Palestiniens en
1948. Son père, originaire du village de Battir, maintenant en
Cisjordanie, est un ancien diplomate jordanien qui a servi comme
ambassadeur aux Nations Unies. Né à Washington DC, Ali Abunimah a passé
ses premières années au Royaume-Uni et en Belgique avant de retourner
aux États-Unis pour suivre le collège. Il est diplômé des universités de
Princeton et de Chicago.
Voir son site web : http://aliabunimah.posterous.com/
Silvia Cattori
Le programme de la conférence (avec renvoi à toutes les vidéos) peut être consulté sous ce lien :
http://www.bds-kampagne.de/articles/2010/11/26/26---28-november-2010-palstina-konferenz-in-stuttgart/
La déclaration finale de la conférence (« Déclaration de Stuttgart ») figure sous ces liens :
en anglais : http://kupola.de/petition/main_en.html
en allemand : http://kupola.de/petition/main_de.html
[1] « Getrennte Vergangenheit - Gemeinsame Zukunft Hindernisse und Perspektiven für eine gerechte Lösung ».
[2] Voir :
« Les fantassins français de Salam Fayyad », par Pierre-Yves Salingue, silviacattori.net, 28 août 2010.
« Plaidoyer pour la liberté d’expression et d’action », par Silvia Cattori, silviacattori.net, 18 novembre 2009.
Toutes les versions de cet article :
- Videos of the Stuttgart Conference
Création d'un Mouvement International pour un seul Etat en Palestine
http://www.diatala.org/article-creation-d-un-mouvement-international-pour-un-seul-etat-democratique-en-palestine-61094033.html
Vers un seul état en Palestine-Israël
L’inutilité de rechercher une solution à deux Etats israélien - palestinien - Un Etat est la seule solution possible
Par Christopher King *, le 02 juin 2009.
La
recherche d’une solution de deux Etats entre Israël et la Palestine est
une perte de temps. Un tel accord n’aura aucune validité, pour une
raison simple : ce sera une solution imposée, c’est-à-dire un accord
inéquitable entre une population assujettie et un occupant militaire. Il
sera donc fondamentalement non viable selon n’importe quel critère de
légalité ou de justice, et sujet à contestation à tout moment dans
l’avenir.
Il n’y aura aucune difficulté à prouver devant un tribunal international
futur que l’occupation israélienne fut brutale, que des crimes de
guerre ont été commis dans l’objectif de voler sans relâche la terre et
les ressources en eau et, par des moyens inhumains, en violation avec
les principes de Nuremberg, de forcer les Palestiniens à abandonner leur
terre. Chaque Palestinien préparera son journal de témoignages directs
et demandera à récupérer sa terre, partie de son héritage palestinien.
C’est pour cette raison que l’actuelle Autorité Palestinienne (AP) n’a
pas le pouvoir de signer des accords valides avec Israël en matière de
frontières, de ressources, de réfugiés et de droits.
Il y a aussi la question de la légitimité de l’AP sous domination Fatah.
Le parti Fatah agit en tant qu’AP mais c’est le parti Hamas qui a gagné
les élections démocratiques palestiniennes de 2006, avec 76 sièges
parlementaires sur 132 et le droit de former le gouvernement. Les Etats
Unis et Israël n’ont pas reconnu ce résultat parce que ce n’était pas
celui qu’ils voulaient. Ils ont apporté leur soutien au parti perdant,
le Fatah, qui n’a remporté que 43 sièges, pour qu’il soit au
gouvernement. Le Fatah est maintenant de connivence avec les USA et
Israël pour le pouvoir et l’argent, mais n’a pas de légitimité
démocratique. La collaboration du Fatah avec les USA et Israël provoque
la division du peuple palestinien, facilitant ainsi le vol des terres
pendant que des crimes de guerre sont commis contre lui. L’actuelle AP
ne peut signer aucun accord légitime au nom des Palestiniens.
Les souhaits des Etats Unis, d’Israël, de l’AP et même du Hamas sont
donc non pertinents. Aucune des parties n’a le pouvoir de réaliser un
accord incontestable alors qu’Israël occupe la terre palestinienne avec
ses colonies et ses armées. Aucun tribunal impartial ne pourra statuer
autrement.
Lorsque par exemple l’Allemagne nazie a occupé la France et annexé
l’Alsace-Lorraine, le gouvernement fantoche français de Vichy a cédé une
partie de la France à l’Italie et permis à l’Italie fasciste de
Mussolini d’occuper la Corse sans opposition. Aucune de ces
modifications de frontières n’a été maintenue après la défaite de
l’Allemagne. De telles circonstances violent chaque principe pertinent
du droit et chaque conception de la justice.
Le désir de la part de l’Amérique et de l’occupant israélien de conclure
une paix durable en Palestine par tout accord qui entérine le vol de la
terre palestinienne est donc vain. Leurs « feuilles de route » et
conférences lancées à grand renfort de publicité ne sont que des
exercices de relations publiques destinés à faire croire au monde que
l’occupation israélienne des terres palestiniennes peut être légitimée
par un accord camouflage. L’Amérique et Israël sont certainement
conscients que les conditions d’occupation rendent impossible toute
légitimité.
Le même principe s’applique à la terre sur laquelle se tient Israël. Il
est absurde qu’Israël affirme qu’il est légitime que les Juifs viennent
de partout dans le monde pour occuper la terre volée au peuple
palestinien par le meurtre et le terrorisme, obligeant la population
palestinienne à fuir ses terres comme des réfugiés. Les justifications
que les Juifs occupaient ce territoire il y a deux mille ans et que Dieu
leur a donné la terre sont absurdes et ne peuvent avoir aucune position
en droit.
Tout groupe palestinien dissident peut donc à n’importe quel moment dans
l’avenir soit prendre les armes soit intenter une action en justice
contre l’entité se nommant elle-même Etat d’Israël qui, nonobstant la
reconnaissance des Nations Unies, n’a aucun droit à la terre sur
laquelle elle se tient. Les Nations Unies ont soit fait une erreur de
droit en reconnaissant Israël, soit il est légitime que tout groupe de
personnes occupe et se saisisse du territoire d’un autre peuple par les
armes, le meurtre et le terrorisme, l’en expulse, et devienne le
gouvernement internationalement reconnu de ce territoire. Il est clair
que les Nations Unies ont fait une faute en loi internationale.
C’est une illusion de croire que l’entité israélienne puisse parvenir à
la légitimité et à la paix par les moyens qu’elle a utilisés jusqu’à
aujourd’hui, et encore moins légitimer le vol des terres en dehors des
frontières reconnues par l’ONU. C’est la raison pour laquelle elle a été
forcée d’amasser un arsenal nucléaire et de perpétrer des crimes de
guerre tant dans le passé, comme à Deir Yassin, qu’aujourd’hui à Gaza où
la population vit dans des conditions de camp de concentration dictées
par l’armée israélienne. Armes nucléaires, chars et avions de chasse
n’ont rien à voir avec la légitimité et ne peuvent pas se substituer à
elle. Les hommes savent, dans leurs cœurs et leurs esprits, ce qui est
bien et juste. Plus il est nécessaire d’employer la violence, plus il
est évident qu’il y a injustice.
Alors que j’écris, je note qu’Israël est sur le point de voter des lois
qui criminalisent “de nier qu’Israël est un Etat juif et démocratique”,
d’observer le jour de l’indépendance d’Israël comme un jour de deuil et
exigent un serment de loyauté et de volonté à faire son service
militaire pour recevoir une carte d’identité d’Israël. Il est évident
que ceci vise à se débarrasser des citoyens palestiniens d’Israël et de
supprimer toute contestation intérieure sur la nature de cette entité
illégale. Si ces lois passent, Israël sera entré de façon décisive dans
la mentalité “laager” caractéristique du régime d’apartheid d’Afrique du
Sud où j’ai vécu quelques temps. Malheureusement, le cas d’Israël est
pire. Le racisme d’Afrique du Sud était basé seulement sur la couleur de
la peau ; celui d’Israël est basé sur l’exclusivité d’un petit groupe
ethnique combiné avec l’élément explosif de la religion.
Les gens à l’extérieur de l’Afrique du Sud n’ont jamais réellement
compris son apartheid. Moi non plus, jusqu’à ce que j’y vive. Je présume
que le monde ne comprend pas la nature d’Israël en dépit des articles
des médias. L’apartheid m’était désagréable en tant que blanc ; j’ai du
mal à imaginer ce que cela a dû être pour les noirs et les indiens
d’Asie, qui étaient eux aussi classés comme noirs. Mais au moins le
gouvernement sud-africain n’a pas régulièrement assassiné les leaders
noirs à coup de missiles, n’a pas bombardé au hasard, n’a pas interdit
l’eau, la nourriture, l’électricité et autres matériaux aux noirs, ni ne
les a terrorisés par des vols d’avions chasseurs à basse altitude, ni
bombardés au phosphore blanc, ni déraciné leurs vergers, démoli leurs
maisons au bulldozer, ainsi de suite. On pourrait dire que c’était un
régime relativement “léger”, et pourtant, il a scandalisé le monde
entier. On n’a pas encore compris ce qu’est Israël.
Israël s’est maintenant engagé dans une course de violence et
d’inhumanité toujours croissantes contre les Palestiniens qu’avec une
logique invertie et perverse, il accuse de ses propres crimes. Bien que
les Palestiniens n’aient été en mesure que de résister faiblement aux
crimes israéliens, ça ne sera pas forcément toujours le cas. L’Amérique
implose. Dans dix, cinquante ou cent ans, quand l’Amérique ne sera plus
capable de soutenir l’existence illégale et l’occupation de la terre
d’autrui par Israël, ou quand sa nature intrinsèquement brutale sera
plus largement reconnue, les choses pourraient être bien différentes.
S’étant saisi de son territoire par la violence, Israël n’a pas d’autre
option que de s’y maintenir par la violence et des lois scandaleuses.
Les Israéliens et leurs partisans ne devraient pas perdre de vue que ce
n’est pas en Israël que les Juifs, depuis 1945, ont vécu dans la paix et
la prospérité, mais en vivant comme des citoyens égaux dans d’autres
pays, en particulier en Europe et aux USA. C’est le concept d’ « Etat
Juif » imposé par la violence qui est erroné. Le seul avenir sûr,
pacifique et légitime pour les Israéliens est d’accepté la solution à un
Etat, avec le droit au retour des réfugiés palestiniens et de leurs
descendants. Rien d’autre ne marchera.
Il y a maintenant la possibilité que ceux de la diaspora juive qui
soutiennent Israël soient considérés comme corrompant les gouvernements
des pays où ils vivent pour qu’ils soutiennent Israël. Il y a de bonnes
raisons de penser que c’est ce qui s’est passé aux USA et au Royaume-Uni
dans le cas de la guerre contre l’Irak. Il est de notoriété publique
que l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), avec les membres
juifs de l’administration Bush, ont influencé le déclenchement de
l’invasion en Irak. Même chose pour les membres juifs du Parlement au
Royaume-Uni, et en particulier des individus aux ancêtres juifs dans le
gouvernement Blair : Michael Levy, le voyageur de commerce de Blair ;
Peter Mandleson, le plus proche conseiller de Blair ; Jack Straw, le
secrétaire aux affaires étrangères de Blair qui a soutenu la guerre aux
Nations Unies et Peter Goldsmith, l’avocat de la couronne qui a
mensongèrement déclaré légale l’invasion de l’Irak. Il y a de bonnes
raisons d’accuser Goldsmith et Straw, ainsi que Blair, de crimes de
guerre et espérons que cela sera fait en temps voulu.
Cette situation d’allégeances partagées des Juifs a été prévue il y a deux cents ans.
A Paris, en 1807, Napoléon Bonaparte a convoqué le Sanhédrin, une Cour
juif, pour une cérémonie établissant les droits de la communauté juive
comme pleins citoyens français. Il a aussi donné la pleine citoyenneté
aux Juifs de tous les pays qu’il avait conquis. En échange, cependant,
Napoléon a demandé aux Juifs d’abandonner la juridiction rabbinique dans
les affaires juives civiles et judiciaires, qui deviendraient la
prérogative de l’Etat français. Il a aussi demandé aux Juifs
d’abandonner leur vœu de nationalité séparée, en particulier en
Palestine. Les Juifs ont donné ces assurances. Dorénavant, la France
seule aura l’allégeance de ces Juifs qui étaient ses citoyens (Sachar HM
: A history of Israel ; Knopf, 2003, p. 3).
Ce fut la condition implicite sur laquelle les Juifs de toute l’Europe, y
compris en Grande Bretagne, ont depuis l’époque été considérés comme
des citoyens pleins et égaux. Les Juifs sionistes ont par la suite
ignoré ce facteur vital, l’effet corrosif que Napoléon, administrateur
civil de génie, avait prévu.
S’il est avéré que les personnes juives en position d’influence ou
d’autorité dans un gouvernement agissent dans l’intérêt d’Israël sur la
base d’une religion et d’une ethnicité communes plutôt que sur les
principes de la justice internationale et de l’intérêt de leur pays de
citoyenneté résidentielle, le remède qui sera adopté est évident : les
Juifs ne seront pas autorisés à tenir de telles positions.
Ce serait une démarche rétrograde et hautement indésirable ramenant à
des relations médiévales entre les Juifs et les non-Juifs, avec les
Juifs comme citoyens de seconde classe en qui on n’a plus confiance.
Bien que ce soit de l’antisémitisme, ce serait la réponse inévitable. La
démarche progressiste ne peut être pour Israël que d’accepter la
solution à un seul Etat en Palestine dans lequel les Juifs et les
Palestiniens vivraient avec des droits égaux selon le droit civil. Il y a
de bonnes raisons de supposer que les Palestiniens accepteraient un
seul Etat avec le droit au retour. C’est dans l’intérêt vital tant des
Juifs de la diaspora que des Israéliens de soutenir cette solution.
Il est honteux que le Royaume Uni et l’Union Européenne suivent les
Etats Unis dans leur soutien à l’annexion du territoire palestinien par
Israël, leurs invasions d’autres territoires, en particulier en Irak et
en Afghanistan, leurs attaques contre le Pakistan et sa déstabilisation,
leurs provocations vis-à-vis de la Russie en la dépeignant comme
agressive, leur agressivité contre l’Iran, dont ils convoitent le
pétrole, leur confrontation dangereuse avec la Corée du Nord nucléaire
et leur ingérence politique partout dans le monde.
Le Président Barack Obama poursuit cette même politique ; aussi la
notion qu’il peut apporter une résolution pacifique en Palestine avec
cette mentalité, tout en armant et en subventionnant Israël, est
absurde. La demande d’Israël que les Palestiniens « reconnaissent Israël
comme Etat juif » est tout aussi absurde et montre qu’Israël ne
souhaite en aucun cas un accord, mais plutôt poursuivre son expansion
coloniale et le vol de la terre palestinienne.
La solution de deux Etats en Palestine/Israël est morte avant que les
négociations ne débutent pour toutes les raisons ci-dessus. Comme ne
sera jamais accepté par l’ensemble des Palestiniens un quelconque
règlement signé par l’Autorité Palestinienne illégitime et corrompue. Il
serait à jamais sujet à contestation, tant légale qu’armée. Un accord
juste à un seul Etat éliminerait la possibilité de contestations futures
et offrirait une paix immédiate, ainsi qu’une future prospérité aux
deux communautés. Une telle intégration a été le modèle de la prospérité
et de l’harmonie juives avec les autres cultures partout dans le monde.
Elle fonctionnerait parfaitement bien en Palestine.
* Christopher King est consultant et enseignant en management et marketing. Il est à la retraite et vit à Londres.
Source :
- version originale : Redress Information & Analysis
- version traduite : ISM France
Palestine: vers la disparition de la solution des deux Etats
Les Palestiniens d’Israël sont prêts à occuper l’avant-scène
samedi 20 novembre 2010 sur http://www.info-palestine.net/
par Seumas Milne - The Guardian
Avec la disparition de la solution à deux Etats, il se peut
bien que les Palestiniens d’Israël soient enfin sur le point de passer
sur le devant de la scène, écrit Seumas Milne.

A l’exemple de l’Afrique du Sud, le régime israélien d’Apartheid finira un jour par céder sous la pression de la majorité palestinienne et autochtone en Palestine occupée.
Dans une rue calme dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est sous occupation, Rifka al-Kurd, âgée de 88 ans, nous explique comment elle est venue vivre dans la maison qu’elle et son mari ont construite, comme réfugiés palestiniens dans les années 1950. Alors qu’elle parle, trois jeunes juifs ultra-orthodoxes viennent faire leurs provocations à l’avant du bâtiment - des colons désireux de revendiquer leur place - criant en hébreu et en mauvais arabe : « les animaux arabes », « tais-toi, putain ».
Il y a une brève altercation avec la fille de Rifka, tandis que les colons se barricadent dans les chambres qu’ils occupent depuis l’hiver dernier. C’est à cette periode-là qu’ils ont finalement gagné une ordonnance du tribunal pour s’emparer d’une partie de la maison de la famille al-Kurd, au motif qu’une extension a été construite sans autorisation - autorisation que les Palestiniens de Jérusalem ne se voient presque jamais accordée. C’est une scène répugnante, l’arrogance des colons étant renforcée par la certitude qu’ils peuvent à volonté appeler la police et l’armée.
Mais ces vols de maisons palestiniennes dans Sheikh Jarrah sont devenus monnaie courante, comme les protestations qui se poursuivent. La même chose se produit dans les environs de Silwan, où vivent plus de 30 000 Palestiniens à côté de la vieille ville, et où 88 foyers pour 1 500 Palestiniens ont été désignés à la démolition pour faire place à un parc à thème King David tandis que des centaines de colons sont protégés 24 heures sur 24 par des gardes de sécurité à la gâchette facile.
Tout au long des quartiers arabes de Jérusalem, en Cisjordanie, le gouvernement israélien va de l’avant avec les expropriations de terres, les démolitions et la construction de colonies, ce qui rend les perspectives d’un État palestinien de plus en plus improbables. Pour faire place à des colons israéliens, en violation flagrante du droit international, plus d’un tiers des terrains de Jérusalem-Est ont été expropriés depuis que la ville été occupée en 1967.
Les derniers plans d’Israël n’ont pas été « utiles », s’est hasardé à dire Barack Obama, ce mardi. Mais tandis que les États-Unis parrainaient des négociations israélo-palestiniennes qui vont nulle part et que l’attention a été concentrée sur le siège brutal de Gaza, la colonisation s’est poursuivie. Elle avance rapidement en Israël même, où la démolition de villages bédouins palestiniens dans le désert du Néguev s’est accélérée sous le gouvernement de Binyamin Netanyahu.
Environ 87 000 Bédouins vivent dans 45 villages « non reconnus », sans droits ou services publics de base, parce que les autorités israéliennes refusent de reconnaître leur droit à la terre. Tous ont des ordres de démolition qui pèsent sur eux tandis que des centaines de colonies juives ont été établies dans toute la région.
L’écrivain israélien Amos Oz appelle le Néguev une « bombe à retardement ». Le village d’Araqeeb a été détruit six fois ces derniers mois, et chaque fois il a été reconstruit par ses habitants. Le gouvernement veut nettoyer le terrain et déplacer les Bédouins dans des cantons réservés. Mais même là, les démolitions ont lieu régulièrement.
Ce week-end, une mosquée dans la ville bédouine de Rahat a été détruite par l’armée durant la nuit. Dimanche après-midi, les populations locales étaient déjà au travail pour la reconstruire, tandis que des chants patriotiques étaient diffusés par une sono et que les militants s’adressaient à la foule en colère.
L’éveil des Bédouins du Néguev, dont beaucoup avaient pour habitude d’envoyer leurs fils se battre dans l’armée israélienne, reflète une plus grande politisation des citoyens arabes d’Israël. Coupée de la majorité des Palestiniens après 1948, ils ont essayé de trouver une place dans l’État dont la discrimination à leur encontre a été, selon les mots de l’ancien premier ministre Ehud Olmert, « profonde et intolérable » dès le début.
Cet effort a été abandonné, aussi bon qu’il ait été. Les partis arabes aujourd’hui à la Knesset israélienne rejettent toute idée d’Israël comme Etat ethniquement délimité, exigeant plutôt un « Etat de tous ses habitants ». L’influent mouvement islamique refuse totalement de prendre part au système politique israélien. Les Palestiniens de 48, qui représentent maintenant 20% de la population, s’organisent de plus en plus sur une base indépendante, et ils font cause commune avec leurs frères palestiniens de l’autre côté de la Ligne verte [ligne de cessez-le-feu de 1949].
L’expérience palestinienne, à l’intérieur d’Israël, de confiscations de terres pour la construction de colonies et de ségrégation ethnique n’est pas après tout si différente de ce qui a lieu à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Après 1948, les Palestiniens de Jaffa qui ont survécu à l’épuration ethnique ont été contraints de partager leur maison avec les colons juifs - comme Rifka al-Kurd est obligée de le faire aujourd’hui à Jérusalem. Le sentiment d’être un seul peuple palestinien est de plus en plus profond.
Ce sentiment a été renforcé par les tentatives chaque jour plus agressives du gouvernement Netanyahou de mettre les citoyens arabes d’Israël sous son talon, avec une volonté croissante de transférer des centaines de milliers d’entre eux vers sous une future administration en Cisjordanie. Une série de nouvelles lois visant la minorité palestinienne sont en préparation, dont le projet de loi approuvé par le cabinet israélien le mois dernier exigeant que tous les nouveaux citoyens non-juifs prêtent un serment d’allégeance à Israël en tant qu’Etat juif.
La pression sur les dirigeants palestiniens et leur communauté est de plus en plus forte Il y a quinze jours plus d’un millier de soldats et de policiers étaient sur place pour protéger la marche organisée par un groupe d’extrême-droite violent et raciste israélien dans la ville palestinienne d’Umm al-Fahm. Le chef du Mouvement islamique, Raed Salah, est en prison pour avoir craché sur un policier, la député palestinienne Haneen Zoabi a été privée de ses droits parlementaires pour s’être jointe à la flottille de Gaza, et, militant de premier plan pour les droits civils, Ameer Makhoul, fait face à 10 ans de prison après avoir été reconnu coupable de l’accusation invraisemblable d’espionnage au profit du Hezbollah.
Pendant ce temps Israël exige aussi que les dirigeants palestiniens à Ramallah reconnaissent Israël comme un Etat juif dans le cadre de tout accord à venir. Peu de gens hors de l’Autorité palestinienne - ou même à l’intérieur - semblent croire que le « processus de paix » conduira à un accord, quel qu’il soit. Même les dirigeants du Fatah comme Nabil Sha’ath font maintenant valoir que les Palestiniens ont besoin d’envisager un retour à la résistance armée, ou d’une réorientation vers le modèle sud-africain de la résistance populaire de masse, également favorisée par des personnalités palestiniennes en Israël.
Quant à ceux qui ont gagné les dernières élections, Mahmoud Ramahi, le secrétaire général du Hamas au parlement palestinien m’a rappelé ce lundi que les Etats-Unis continuent de s’opposer à toute réconciliation avec le Fatah. Il a été arrêté par les Israéliens à peine 24 heures plus tard, au moment même où les discussions entre les deux parties se tenaient à Damas.
Le centre de gravité de la lutte israélo-palestinienne a changé au cours des 40 dernières années, allant de Jordanie au Liban, puis dans les territoires occupés. Avec la disparition de la solution à deux Etats, il se peut bien que les Palestiniens d’Israël soient enfin sur le point de passer sur le devant de la scène. Si c’est le cas, ce conflit qui plus que tout autre a pris une dimension mondiale, aura finalement bouclé la boucle.
Du même auteur :
Les leçons de l’Irak sont ignorées et la cible est maintenant l’Iran - 10 janvier 2010
Mahmoud Abbas : « Je soutiens le mur égyptien » - 5 février 2010
Le terrorisme est le prix à payer pour le soutien aux despotes et aux dictateurs - 10 janvier 2010
10 novembre 2010 - The Guardian - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.guardian.co.uk/commentis...
Traduction : Claude Zurbach
Palestine: l'analyse du FPLP

Pouvez-vous me parler de votre rôle aujourd’hui au sein du Front Populaire pour la Libération de la Palestine et de la politique palestinienne en général ?
Maintenant, je suis un membre du Politburo du FPLP et je suis responsable des dossiers du comité des réfugiés et du Droit au Retour, ce qui signifie que nous avons un programme et un plan pour généraliser et mobiliser les citoyens sur le Droit au Retour. Parce qu’aujourd’hui, et depuis des années, les Israéliens tentent de mettre fin à l’idée du Droit au Retour. C’est négliger et ignorer le Droit de Retour des Palestiniens dans leurs foyers. C’est pourquoi il s’agit d’un dossier important dont je m’occupe et dont je suis responsable au sein du FPLP.
Dans un document de l’OLP récemment divulgué, on voit qu’en décembre 2009 Mahmoud Abbas était prêt à concéder le droit au retour en autorisant uniquement 150 000 Palestiniens à revenir sur une période de 10 ans, en laissant le reste pourrir dans les camps de réfugiés ou en tant qu’invités indésirables dans les états arabes voisins. Quelles sont vos idées à ce sujet ?
Personne ne peut interdire le droit du peuple, même s’il est Mahmoud Abbas ou tout autre personnage officiel palestinien. Ils ne peuvent pas [remplacer] le droit de retour par leur propre vision. Il y a une grande opposition contre cela. Le peuple, que ce soit dans la diaspora ou en Cisjordanie et à Gaza, est contre ces déclarations et contre une telle attitude, parce que le droit de retour est un droit personnel, c’est un droit populaire, c’est un droit légal pour les êtres humains comme les Palestiniens qui ont été chassés de leur patrie par la force. Et souvenez-vous que la Résolution 194 de l’Organisation des Nations Unies appelle Israël à respecter la loi internationale qui dit dans cette résolution qu’Israël sera accepté en tant que membre de l’Organisation des Nations Unies à condition que les Palestiniens reviennent dans leur patrie et dans leurs villages et leurs propriétés d’où ils ont été chassés par la force en 1948. Ainsi aucun personnage officiel ne peut pas, ou n’a aucunement le droit de changer le droit de retour en une idée que quelques uns des Palestiniens pourraient revenir en Palestine.
Et il y a deux jours, nous avons eu Salam Fayyad, qu’on dit être le Premier Ministre, car nous n’avons pas une souveraineté sur nos terres pour avoir des Premiers Ministres ou un gouvernement ou quoique ce soit. De sorte qu’il y a une grande discussion maintenant parmi les formations, parmi les citoyens et leurs représentants au sein de l’OLP ou partout dans le monde, qu’ils n’ont pas le droit de dire que le droit de retour pour les Palestiniens n’est plus désormais une question réaliste et aussi longtemps que la lutte continue, et que ce conflit se poursuit, cela signifie que la clé de la solution est le droit au retour. Ainsi Il n’est pas juste de modifier cette question et ce droit selon leur vision.
Dans votre livre "Mon peuple va vivre" vous avez dit que les actes de violence visaient à "expulser la cire des oreilles de libéraux occidentaux sourds". Le détournement d’avion et autres tactiques violentes ont certainement concentré l’attention du monde sur la cause palestinienne mais seriez vous d’accord que la cire bouche toujours fermement les oreilles des libéraux occidentaux lorsqu’il s’agit des droits palestiniens ?
Je pense que maintenant il n’y a pas de cire. Ils l’entendent, mais ils n’agissent pas encore conformément à ce qu’ils entendent. Le problème n’est pas ce qu’ils entendent. Le problème, c’est d’ être convaincu que les Palestiniens ont le droit d’avoir leur propre État indépendant avec Jérusalem sa capitale et que les Palestiniens sont soumis à l’occupation. Les Palestiniens sont toujours des réfugiés dans leur pays et dans la diaspora alors il faut de plus en plus lutter pour convaincre non seulement, non pas les gouvernements parce que nous savons que les gouvernements sont inclinés du côté d’Israël. Nous sommes dépendants du mouvement populaire dans différents pays, en particulier à l’Ouest, et nous avons constaté l’escalade des appels pour Boycott Désinvestissement et Sanctions contre Israël.
De quoi l’Occident a-t’il plus besoin que de l’holocauste des Palestiniens à Gaza ? Que faut-il de plus à l’Occident qu’une résolution de la Haute Cour de Justice de la Haye jugeant que le mur de l’apartheid qu’Israël construit en Palestine est illégal et que les colonies sont illégales ? Que leur faut’ il de plus, alors qu’ils ont vu qu’Israël a utilisé toutes sortes d’armes de destruction massive dans la bande de Gaza dernièrement, pour être convaincu que les Palestiniens ont besoin de leur liberté, ils ont besoin de leur souveraineté sur leurs terres, ils ont besoin du soutien pour leur lutte car notre lutte est une lutte légale, et c’est un devoir pour nos concitoyens et pour nous que de lutter contre l’occupation qui est la plus inhumaine action contre les peuples ? C’est pourquoi je vous dis qu’il n’y a pas de cire dans les oreilles de l’Occident, mais c’est qu’ils ne sont pas convaincus qu’ils doivent changer leurs idées. De toute façon nous dépendons du peuple, des campagnes de solidarité de différents peuples, y compris les parlementaires et les organisations populaires ou de masses, qui appellent toujours à soutenir les Palestiniens.
En 1974 le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) a quitté l’Organisation de Libération de la Palestine pour former le Front du Rejet avec d’autres gauche groupes en réponse au programme en dix points du Fatah qui est apparu comme la première étape de la reconnaissance de l’état d’Israël. Cela est arrivé à nouveau lorsque l’OLP est entré dans les négociations qui ont abouti aux accords d’Oslo, le FPLP cette fois rejoignant/formant l’Alliance des Forces Palestiniennes avec les groupes laïques de gauche et des groupes islamiques tels que le Hamas et le Jihad islamique. Le FPLP n’est plus un membre de l’Alliance des Forces Palestiniennes ; pouvez vous donner une idée de cette décision de devenir une fois de plus actif dans l’OLP lorsqu’elle continue à contredire un des principes de base du FPLP de ne pas négocier avec l’ennemi ?
Le FPLP fait partie de l’OLP, et l’OLP est le seul représentant des Palestiniens et le représentant légitime des Palestiniens. Maintenant c’est l’institution où nous pouvons, en tant qu’ opposition, lutter pour le changement de l’attitude du Fatah et de la direction de l’OLP, maintenant, ceci d’un côté. De l’autre côté, nous avons de nombreuses connexions avec le Hamas et le Jihad car ceux-ci font partie des composants de notre société et des organisations de notre société et nous ne disons pas que nous n’avons rien à voir avec eux ou que nous n’avons pas de relations avec eux. Nous entretenons des relations avec toutes les formations, parce que nous sommes à un stade, le stade de libération et avec les règles qui gouvernent, ou qui nous donnent le droit d’avoir des relations avec toutes les formations, y compris les formations islamiques. Parce que la principale contradiction est avec l’occupation israélienne et non avec les composants de notre société. C’est pourquoi nous sommes toujours dans l’OLP parce que nous sommes les fondateurs de l’OLP, bien que nous ne soyons pas la principale direction de l’OLP.
Mais nous sommes toujours opposés aux accords d’Oslo ; nous sommes opposés à la division qui a eu lieu à propos de l’utilisation des armes entre le Hamas et le Fatah, nous avons condamné l’utilisation des armes parce que depuis le début de la révolution après 1967 nous sommes parvenus à être d’accord que les contradictions entre les formations ne peuvent être résolues que par le dialogue et par les discussions et non par les armes. Les armes sont utilisées uniquement contre l’ennemi. C’est pourquoi nous sommes dans un endroit où nous sommes à la même distance entre les deux formations, entre le Fatah et le Hamas, mais en même temps nous avons beaucoup de choses en commun. Par exemple, les colonies, le mur, les questions des prisonniers, les questions traitant de la politique israélienne, même si nous sommes contre les négociations. Et dernièrement nous sommes, avec d’autres, contre les négociations indirectes tenues à la suggestion américaine de tenir des négociations indirectes sans arrêt des colonies et nous avons réussi à faire que même Abbas n’a pas pu accepter les pourparlers indirects... il a accepté au début, mais il s’est arrêté en raison de l’opposition. Nous dirigeons cette opposition en tant que FPLP.
Pourquoi, lorsque le Fatah et Mahmoud Abbas ont constamment trahi la cause palestinienne à la demande des Israéliens et des impérialistes, ont-ils toujours apparemment un soutien populaire ?
Je pense que Mahmoud Abbas a encore un soutien, mais pas dans la mesure de trahir la cause palestinienne. Nous entendons toujours une critique, une forte critique maintenant venant de différentes formations et de personnalités différentes, également de syndicats critiquant l’attitude de Abbas, ce qui signifie qu’il est en train de perdre sa popularité depuis qu’ il a été élu président de l’AP. C’est pourquoi je pense que s’il poursuit sa politique en direction des négociations je pense qu’il va perdre beaucoup.
Et le Fatah ?
Bien entendu, il est le chef du Fatah et le Fatah perdra tout d’abord à partir de ses effectifs des bases du Fatah, car les bases du Fatah, jusqu’à présent, sont avec la résistance, et non contre elle. Mais en raison de la situation en Cisjordanie entre les Israéliens et l’appareil de sécurité de Abbas, les gens sont arrivés à un point où ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent faire parce qu’ils seraient arrêtés soit par l’appareil palestinien soit par les Israéliens. Ce qui signifie qu’ils sont en train de pousser les gens eux-mêmes à exprimer leur attitude. Mais quand cela arrive à des colonies ou à des constructions, en détruisant les maisons à Jérusalem, nous avons été témoins que les gens sortiront pour déclarer leur attitude à Hébron, à Jérusalem, à Naplouse, dans différentes villes de la Cisjordanie en condamnant les étapes israéliennes vers le changement de Jérusalem, ce qui signifie que le peuple ressente beaucoup de colère contre cette politique et cela a fait qu’ Abbas soit revenu de son acceptation des négociations indirectes avec Israël.
Comment le FPLP voit-il le rôle de la classe ouvrière israélienne, et le FPLP maintient-il des liens avec les anti-sionistes israéliens et les groupes socialistes juifs?
Nous avons des liens avec certaines personnalités et nous considérons également la classe ouvrière comme une classe ouvrière libre. La classe ouvrière en Israël participe à l’occupation - jusqu’à présent. Cette classe ouvrière est trompée par l’idéologie sioniste, et c’est pourquoi nous regardons du côté des Israéliens comme La Paix Maintenant ou Arrêt du Mur , ceux qui soutiennent notre peuple contre le mur, qui expriment leur solidarité chaque semaine dans les manifestations dans différents villages comme Bil’in et Nilin, mais ce n’est pas un large mouvement qui est le courant principal dans la société. Parce que nous avons vu il y a deux ans, ou moins que ça, lorsque les élections ont eu lieu en Israël une majorité de la classe ouvrière en Israël a voté pour l’extrême droite, ce qui signifie que jusqu’à maintenant la classe ouvrière en Israël a des illusions sur l’aile droite en Israël au gouvernement. Cela signifie que nous avons besoin de plus de temps pour atteindre une vision commune de la classe ouvrière également en Israël, que l’occupation est inhumaine, qu’elle est illégale et qu'elle est contre la société elle-même, parce que je dois dire que les travailleurs palestiniens en Israël, leurs employeurs ne payent parfois pas les travailleurs palestiniens à leur prix. La Histadrout qui représente la classe ouvrière ne défend pas les travailleurs palestiniens ce qui signifie que, jusqu’à présent, cette classe ouvrière participe à l’occupation.
Quel est analyse du FPLP sur le mouvement anti-impérialiste croissant en Amérique du Sud, dirigé par Hugo Chavez au Venezuela et Evo Morales en Bolivie, qui tous deux ont récemment coupé toutes les relations diplomatiques avec Israël et expulsé les diplomates israéliens ?
Dès le moment où Chavez a été élu et puis ensuite Morales et leurs politiques et morales nous avons vu plus d’espoir et de plus de force pour affronter l’impérialisme américain et depuis ce temps, nous avons de bonnes relations avec les partis là-bas et avec les gouvernements du Venezuela et de la Bolivie. Cela nous donne aussi la force de dire à nos masses non seulement en Palestine, mais aussi en Irak, en Égypte, dans les pays arabes que l’impérialisme américain n’est pas notre destin et donc que nous pouvons y faire face. Et maintenant les gens peuvent voir que l’on espère arrêter l’occupation en Palestine et également en Irak. Car il y a maintenant deux pays arabes qui sont occupés par les Israéliens et les Américains. Donc ces gens au Venezuela et en Bolivie ont changé l’idée et l’attitude de l’administration américaine selon laquelle l’Amérique du Sud est le jardin derrière la Maison Blanche. Ils l’ont modifiée parce ce qu’il s’agit de pays libres, de gens libres, qui luttent pour leurs droits de l’homme, pour leur progrès. Cela nous donne plus de patience, plus de courage pour continuer notre combat.
Je dois dire que dans les manifestations de l’an dernier pendant la guerre contre Gaza, le peuple, les nôtres, ont porté des portraits de Chavez, car ils le considéraient comme un héros, non seulement pour le Venezuela, mais également pour tous les peuples qui recherchent leur liberté. Ce qui montre que notre peuple a compris directement que de telles personnalités dans l’histoire, même s’ils sont loin géographiquement, cela signifie pour nous que ces personnes ont apporté la liberté dans leur pays et ils aideront ceux qui vivent sous l’ occupation en Palestine et aussi en Irak.
Pouvez vous donner un aperçu du rôle actuel des différents régimes arabes, et y a-t-il des mouvements populaires de masse dans le monde arabe qui pourraient aider à contester le statu quo ?
Lorsque nous parlons des régimes arabes en général, et à quelques très rares exceptions près, comme la Syrie, les autres régimes comme l’Egypte par exemple ou l’Arabie Saoudite ou ceux qui soutenaient la question palestinienne, nous avons vus maintenant au dernier sommet en Libye, ils n’ont même pas refusé quoi que ce soit de la politique américaine en Palestine occupée ou en Irak; les régimes arabes en général, ils se sont conformés , ils se conforment à la politique américaine dans notre région car ils ne prennent pas leurs décisions eux-mêmes. On leur ordonne toujours de rendre leur politique conforme aux intérêts américains/israéliens dans notre région.
Et depuis les années où Shimon Peres a appelé à un nouveau Moyen-Orient où le monde arabe et les cerveaux juifs puissent ensemble générer un Moyen-Orient florissant, c’est dans son livre The New Middle East, ce qui signifie que les Arabes doivent accepter Israël comme faisant partie de leur avenir. Désormais, les Américains ajouté le grand Moyen-Orient, pour construire un nouveau Moyen-Orient plus grand ce qui voulait dire l’occupation de l’Irak, l’occupation américaine de l’Irak, cela signifie créer une région selon les intérêts américains dans cette région. Je pense donc que le mouvement populaire des partis, les partis arabes tentent de faire une sorte d’unité entre eux, une telle unité pour avoir une seule voix contre leurs régimes, mais en l’absence de démocratie dans ces pays, je pense que cela signifie que nous avons besoin de beaucoup de travail et beaucoup de lutte pour modifier les régimes. Les régimes arabes doivent être des régimes démocratiques dans notre région, en particulier ceux autour de la Palestine elle-même.
Maintenant le dernier sommet dont il a été déclaré qu’il s’agit d’un sommet pour Jérusalem. Deux jours durant les régimes arabes viennent de dire qu’ils doivent payer, qu’ils souhaitent payer la moitié d’ un milliard de dollars pour Jérusalem à condition que [inaudible} cela signifie qu’ils ne vont pas payer. Mais est-ce là un problème d’argent uniquement dans Jérusalem ou une attitude politique uniquement pour travailler à un niveau international pour utiliser le pétrole comme l’une des armes que nous basons ces politiques ? Ils ne font pas cela et donc nous ne voyons pas dans les régimes arabes un facteur de soutien de leur peuple, parce que ces pays, quand ils parlent de démocratie ils parlent théoriquement et non littéralement, comme d’un moyen effectif de construire des sociétés. Il y a beaucoup de violations des droits de l’homme. Vous pouvez voir que de nombreux activistes sont mis en prison en raison de leurs attitudes dans différents pays arabes. Il y a deux pays qui ont des relations diplomatiques et économiques et des relations militaires et qui coordonnent leur sécurité avec Israël, comme l’Egypte et la Jordanie. L’Égypte est en train de construire, selon l’ordre américain, le mur d’acier entre Gaza et l’Égypte, et elle ne va pas aider à nos options. Nous ne comptons pas sur ces régimes, mais nous comptons sur leurs masses pour changer ces régimes.
Je dis qu’il y a une exception avec la Syrie. Elle est toujours contre l’occupation et la domination américaine et israélienne dans la région. C’est pourquoi nous avons de bonnes relations avec la Syrie, qui s’est avérée être un pays et un gouvernement, une direction, qui soutiennent toujours la lutte palestinienne et la résistance comme un droit du peuple au Liban, en Palestine et en Irak.
Vendredi 17 septembre 2010

En Palestine, la résistance s’appelle Hamas
par Ginette Skandrani sur http://www.plumenclume.net/
Le Hamas n’est pas un mouvement terroriste puisqu’il se bat pour la récupération des terres palestiniennes spoliées par l’État sioniste.
Le Hamas,
mouvement de résistance islamique tel qu’il se définit, est
actuellement le plus important des mouvements palestiniens. Il est
d’obédience musulmane, ce qui me semble tout à fait logique vu qu’il a
vu le jour dans un pays musulman, mais tous les membres et
sympathisants de ce mouvement ne sont pas forcément musulmans. Beaucoup
de mes amis du FPLP, souvent chrétiens, qui avaient essayé de concilier
marxisme et nationalisme arabe, ont fini par rejoindre le Hamas pour
continuer la résistance, une fois que le FPLP eut renoncé à la lutte
armée. Le Hamas s’est d’ailleurs toujours présenté comme un «mouvement
de résistance palestinien». La dénomination Hamas a été délibérément
choisie en raison du rapprochement avec le sens du mot en arabe, qui
signifie «ardeur, zèle», sur le modèle de l'acronyme inversé Fatah.
Le
Hamas a été crée en décembre 1987 par le Cheikh Ahmed Yassine au moment
de la première Intifada dans laquelle ce mouvement s’était largement
investi à côté des mouvements représentés dans l’OLP et des différents
comités crées pour l’occasion. Cheikh Yassine, paraplégique et en
fauteuil roulant, a passé dix ans, de 1994 à 2004, dans les prisons de
l’occupant. Le Hamas s’était inspiré à ses débuts du mouvement des
Frères musulmans pour se transformer au fur et à mesure de ses combats
en un mouvement de résistance et de reconquête des terres spoliées par
Israël en 1948, lors de la création de l’État sioniste, puis de celles
annexées en 1967, créant des centaines de milliers de réfugiés.
Le
Hamas, ainsi que le Jihad islamique, étaient des mouvements tolérés
sinon soutenus, par Israël, pour affaiblir l’OLP. Les sionistes
voyaient d’un très bon œil ces mouvements religieux car ils
s’imaginaient pouvoir les cantonner dans les mosquées. Ils se sont bien
trompés, car chaque Palestinien, croyant, pratiquant, ou non, est avant
tout un patriote et cherchera toujours à défendre la terre de ses
ancêtres.
Les attaques de la branche armée du Hamas visent
indistinctement civils et militaires israéliens et déstabilisent
l’occupant qui a fait pression sur toute la communauté internationale,
afin de mettre ce mouvement sur la liste des organisations terroristes
établie par le Conseil de l’Europe, du Canada, du Japon et des USA. Sur
cette liste figure également le FPLP depuis quelques années.
En
revanche, pour la Grande-Bretagne et l'Australie, seule la branche
armée du Hamas est classée comme terroriste; pour l'Afrique du Sud, la
Russie, la Norvège, le Brésil et d'autres pays, le Hamas n'est pas
classé comme terroriste.
Par ailleurs le mouvement a créé un vaste
réseau d'assistance sociale en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, et
a remporté les élections législatives palestiniennes de 2006; il a
ainsi dirigé deux gouvernements successifs de l'Autorité palestinienne
pendant quelques mois. Le groupe se concentre sur l'aide sociale et
médicale, sur des projets religieux et une intense action d’aide aux
familles. Il a acquis la confiance de l’ensemble de la population
palestinienne.
Le Hamas, comme le FPLP (Front populaire de
libération de la Palestine, crée par Georges Habache) ont rejeté les
accords d'Oslo de novembre 1993 signés entre Israël et l’OLP, qui ont
donné naissance à l’Autorité nationale palestinienne. Le 16 avril 1993,
le Hamas a revendiqué la première opération kamikaze qu'il a organisée,
elle a été perpétrée contre un bus à Mehola Junction dans la Vallée du
Jourdain.
Avant la seconde Intifada, le Hamas a inauguré
l'utilisation des attentats-suicides contre des civils israéliens
(notamment à Hadera, en avril 1994) et contre des soldats et a étendu
la résistance pendant les années du soulèvement palestinien,
particulièrement durant la seconde Intifada, celle de 2000.
Le chef
historique du mouvement, le cheikh Ahmed Yassine, est assassiné dans sa
chaise roulante, lors d'une attaque aérienne ciblée de l'armée
israélienne le 22 mars 2004, sur ordre d'Ariel Sharon. Puis son
successeur Abdelaziz Al Rantissi est également assassiné quelques jours
après sa désignation, de la même façon, par un missile. Le changement
de direction à la tête du Hamas entraîne un changement de stratégie du
mouvement qui a commencé à s'impliquer davantage dans la vie politique.
Des
représentants du Hamas se sont présentés aux élections municipales
palestiniennes de 2005. Le succès aux municipales a fait apparaître le
Hamas comme une opposition politique importante face au Fatah, un an
avant les législatives prévues pour janvier 2006. Il apparaît depuis
lors comme une organisation intègre et proche des gens face au Fatah
embringué dans des histoires de détournement d’aides internationales et
très bureaucratique.
En tant que parti de résistance, le Hamas est
opposé au partage de son territoire avec Israël et a dénoncé les
accords d'Oslo vus comme une trahison de la volonté du peuple. Le Hamas
est pour une Palestine arabe, une terre où tous ceux qui le veulent
peuvent vivre ensemble quelle que soit leur religion. Le 26 janvier
2006, le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes. Il
a obtenu 56% des suffrages, ce qui lui a donné une majorité
parlementaire de 74 sièges sur 132. Le Hamas a ainsi ravi la majorité
au Fatah qui ne l’a jamais accepté et qui a toujours voulu prendre sa
revanche quitte à faire le jeu de l’occupant.
Le président de
l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a invité le Hamas à former le
nouveau gouvernement, en janvier 2006. Mais ce résultat est perçu comme
un net retour en arrière par les gouvernements étrangers qui jouaient
le rôle de médiateurs dans le conflit israélo-palestinien. Ils
voulaient bien des élections, mais voulaient également choisir les
élus! Les USA ont déclaré qu'ils ne traiteraient pas avec le Hamas tant
qu'il ne renoncerait pas aux opérations-kamikaze et seulement lorsqu'il
accepterait le droit à l'existence pour Israël, ce qui est en
contradiction avec la charte actuelle du mouvement.
Pendant la durée
de la campagne législative palestinienne, il n'a pas été fait mention
d'un objectif de destruction d'Israël, plusieurs commentateurs et
médias israéliens précisent néanmoins que les dirigeants du Hamas ne
renoncent pas explicitement à cet objectif. Pendant cette campagne, le
Hamas a soutenu également la légitimité de son action passée, notamment
les attaques menées en Israël, à Gaza et en Cisjordanie, qui ont permis
l'évacuation de la Bande de Gaza.
En février 2006, Khaled Mechaal,
chef du bureau politique du Hamas, réfugié à Damas, réitère la
proposition de Hudna (trêve) et de mettre fin à la lutte armée si
Israël se retire de tous les territoires occupés et reconnaît les
droits du peuple palestinien. Le Premier Ministre par intérim, Ehud
Olmert, exclut pour sa part toute négociation avec le Hamas : «Nous ne
négocierons pas et nous ne traiterons pas avec une Autorité
palestinienne dominée totalement ou partiellement par une organisation
terroriste».
L'objectif du Hamas est l'établissement d'un État
souverain sur le territoire actuellement constitué par Israël, la Bande
de Gaza et la Cisjordanie (d'après les frontières d'avant 1967), avec
Jérusalem comme capitale. Pour l'accomplissement de ce but, le Hamas
soutient son droit à la lutte armée.
Selon certains médias,
Abdelaziz Al Rantissi, l'un des cofondateurs du Hamas, assassiné par
Israël comme son prédécesseur Ahmed Yassine, a affirmé que le but de
l'organisation était d'«effacer Israël de la carte».
Ismaïl Haniyeh
a été désigné par le Hamas pour former un nouveau cabinet de l'Autorité
palestinienne. Depuis l'élection ayant porté au pouvoir le Hamas, c'est
la crise en Palestine : fin des subventions internationales, nombreuses
attaques de la part d'Israël, bouclage de la bande de Gaza et, plus
récemment, des attaques bilatérales entre les deux principales factions
palestiniennes, soit le Fatah du président Mahmoud Abbas et le Hamas du
Premier ministre Ismaïl Haniyeh. Constatant l'échec des négociations
Fatah-Hamas, le président Abbas menace à la mi-décembre de déclencher
des élections législatives anticipées, bravant ainsi la Loi
Fondamentale (Constitution palestinienne) qui n'accorde qu'au Conseil
législatif cette prérogative. Le Hamas rejette la décision d'appeler à
de nouvelles élections législatives. Malgré l’accord de départ,
Mohammed Dahlan, membre du Fatah, chef de la Sécurité Intérieure,
détesté par tous les militants, accentue les tensions et les amplifie
pour leur faire atteindre leur paroxysme en juin 2007. Ainsi, le 15
juin 2007, suite à ce qui s'apparente à une guerre civile entre le
Hamas et le Fatah, qui occasionnera 113 morts, les forces de sécurité
du Hamas prennent le contrôle de la bande de Gaza, évinçant totalement
le Fatah du territoire.
Le 17 juin, le président Mahmoud Abbas
limoge Ismaïl Haniyeh de son poste de Premier ministre, nommant à sa
place le ministre des Finances Salam Fayyad. Ce nouveau gouvernement
siégeant à Ramallah et contrôlant la Cisjordanie n'est pas reconnu par
le Hamas, car la Loi Fondamentale impose au Président en cas de
limogeage du Premier Ministre, de le remplacer par un membre de la
majorité parlementaire, à savoir le Hamas, or le parti de Salam Fayyad
n'a obtenu que 2% des suffrages aux législatives contre 56% pour le
Hamas, ce qui mène à la scission de fait des Territoires palestiniens
en deux entités distinctes. Suite à ces évènements, des divergences
apparaissent au sein du Fatah, resté au pouvoir en Cisjordanie, quant à
l'attitude à adopter. Le président M. Abbas, toujours revanchard,
n’acceptant pas le résultat des urnes, refuse catégoriquement tout «
dialogue avec les putschistes, les assassins, les terroristes »,
qualifiant la prise de contrôle du Hamas de «plan pour diviser Gaza et
la Cisjordanie et établir un Émirat, un mini-Etat, contrôlé par un seul
groupe, ses fanatiques et ses fondamentalistes». D'autres, tel Marouan
Barghouti, critiquent fermement le coup de force du Hamas à Gaza, mais
tentent cependant de conserver l'objectif: l'unité des Palestiniens.
Le
27 décembre 2008, une offensive israélienne vise à déstabiliser le
Hamas dans la Bande de Gaza, officiellement pour mettre fin aux tirs de
roquettes sur le territoire israélien : c'est le début de la Guerre
barbare de Gaza. Nous sommes spectateurs d’un génocide programmé sous
nos yeux. Le ministre de l’Intérieur de Gaza, Saïd Siam, vient d’être
assassiné à son tour, par une frappe aérienne ciblée. L’armée
israélienne, à son habitude, a agi lâchement, massacrant aveuglément
les voisins et les membres de sa famille. Nous honorons ici sa mémoire.
Nous
demandons ici à tous nos amis palestiniens, d’oublier leurs rancœurs et
leurs rivalités afin de reprendre le dialogue entre eux, de se serrer
les coudes, car leur division ne profite qu’au colonisateur de leur
terre. S’ils ont survécu à 61 ans de répression, d’exclusion, de
massacres, de spoliation des terres et de l’espace, s’ils ont su
résister avec peu de moyens… c’est parce qu’ils étaient unis.
Paris, le 16 janvier 2009
L'Occident et Israël
Allégeance en rase campagne ou diabolisation des antisionistes?
«Quand un voleur vous embrasse, comptez vos dents.» Proverbe hébreu
L’actualité de ces dernières semaines nous a
interpellés à la fois sur le plan convulsions climatiques et sur la
politique moyen-orientale dominée encore une fois par l’arrogance
d’Israël dans sa politique de destruction de la société palestinienne
et, pire encore, par une judaïsation rampante d’El Quods sous les yeux
complices d’un Occident tétanisé et qui, a des degrés divers, continue
d’expier les massacres de masse opérés par l’un des leurs sur la terre
européenne. Et pour reprendre une expression de Sophie Bessis,
l’idéologie nazie du troisième Reich n’est pas une rupture d’avec les
politiques ambiantes en Europe d’alors, mais une continuité. Il faut
savoir que c’est le XVIIIe avec le siècle des Lumières et surtout le
XIXe siècle qui ont créé le mythe des races supérieures avec les
chantres connus Renan, Gobineau, Jules Ferry; Chamberlain, Kipling et
Rhodes..Leurs formatages des sociétés par des idées franchement
racistes ont amené inexorablement le fascisme et le nazisme. Les
victimes furent nombreuses! Il y eut 20 millions de Russes morts, des
centaines de milliers de Juifs mais aussi de Tziganes.
Cependant,
par une curieuse amnésie sélective, la doxa occidentale, notamment
française et américaine, n’a retenu que les massacres des Juifs. Déjà
au tribunal de Nuremberg, le calvaire des Tziganes ne fait pas partie
de la repentance européenne. La «faute» occidentale vis-à-vis
d’Israël n’en finit pas d’être expiée continuellement et tous les pays
européens sont passés à la caisse. Comme l’écrit si bien Normal
Finkielstein dont les parents sont morts à Auschwitz, scandalisé par ce
racket sans fin, il le dénonce dans son fameux ouvrage: L’industrie de
l’holocauste Plus encore, les Occidentaux n’osent pas critiquer Israël.
De fait, on ne peut critiquer Israël en toute impunité sans s’exposer
aux sanctions. Quelle est la «technique utilisée» pour
diaboliser celles et ceux qui trouvent qu’Israël ne respecte pas le
droit international qu’aucune des 40 résolutions de l’ONU n’a eu de
suite? Quelques exemples nous permettront de mesurer la dimension de
cette épée de Damoclès.
Cela tient en un mot aux réseaux d’influence
souterrains aux bons endroits qui traquent la moindre critique d’Israël
ayant réussi à créer un amalgame entre le peuple juif, la politique
israélienne, l’antisémitisme et le sionisme. Le racisme? En clair, tout
jugement défavorable à la politique israélienne vis-à-vis des
Palestiniens est assimilé à de l’antisémitisme amenant ainsi tous les
pays occidentaux à édicter des lois contre l’antisémitisme et, au
passage, condamner lourdement ceux qui osent remettre en cause la
singularité «indiscutable» du massacre des Juifs pendant la
Seconde Guerre mondiale. Souvenons-nous de Roger Garaudy, l’Abbé Pierre
et Dieudonné qui ont été effacés des médias pour avoir seulement pensé
comme l’écrit l’ancien président américain, Jimmy Carter, que «ce que fait Israël aux Palestiniens est une abomination»
Les intellectuels communautaristes veillent, les médias veillent, les
organismes représentatifs des communautés juives veillent. (Aipac,
Crif...)
Un exemple récent nous est encore donné par un chantre
invétéré du sionisme et de la politique d’Israël, Bernard Henry Levy.
Alors qu’il s’en prenait dans son bloc-notes hebdomadaire du Point à
Frédéric Taddeï, coupable, selon lui, d’avoir invité à plusieurs
reprises la «bête immonde» Dieudonné, le 1er juillet 2010.
Pourtant il se trouve et pour l’honneur des Juifs, des intellectuels
israéliens qui remettent en cause la politique israélienne bravant
ainsi les foudres du pouvoir. On trouve aussi des personnalités juives
qui se démarquent totalement d’Israël. L’exemple de Bruno Kreisky en
Autriche montre qu’on peut être juif et «antisioniste» à la fois et celui de Marx qu’on peut être juif et antisémite à la fois.
L’autre
technique, c’est l’attaque: Israël culpabilise les pays occidentaux qui
osent discuter sa politique. Dernier exemple en date, le président
Shimon Peres a suscité la fureur des membres du Parlement de
Grande-Bretagne en déclarant dans une interview que l’Angleterre est «profondément pro-arabe et anti-Israël», ajoutant qu’«ils ont toujours travaillé contre nous». «Il y a en Angleterre un proverbe qui dit qu’un antisémite est quelqu’un qui hait les Juifs plus qu’il n’en a besoin», affirme Peres...Avant de reprendre, «l’attitude
de l’Angleterre envers les juifs et Israël est un grand problème. Il y
a plusieurs millions d’électeurs musulmans ici, et de nombreux
parlementaires qui se font élire sur la haine des juifs.(...)»(1)
Dans l’impunité
Il
faut cependant témoigner du courage intellectuel de personnalités qui
ont dénoncé les exactions multiples et impunies d’Israël. Ainsi, les
massacres demeurés impunis de 1400 Palestiniens dont 400 enfants en
janvier 2009, ont permis de prendre la dimension de la force des lobbys
militant sans relâche pour Israël d’un côté, le courage de
personnalités insensibles aux pressions. C’est le cas, à titre
d’exemple, du professeur André Noushi, juif natif de Constantine, qui
écrit une lettre à l’adresse de l’ambassadeur d’Israël à Paris. «Monsieur
l’ambassadeur. Pour moi, depuis plusieurs années, la colonisation et le
vol israélien des terres palestiniennes m’exaspère. (...) Il n’est plus
possible de se taire devant la politique d’assassinats et d’expansion
impérialiste d’Israël. Vous vous conduisez exactement comme Hitler
s’est conduit en Europe avec l’Autriche, la Tchécoslovaquie. Vous
méprisez les résolutions de l’ONU comme lui celles de la SDN et vous
assassinez impunément des femmes, des enfants; n’invoquez pas les
attentats, l’Intifada. Tout cela résulte de la colonisation illégitime,
illégale et qui est un vol. Vous vous conduisez comme des voleurs de
terres et vous tournez le dos aux règles de la morale juive. Honte à
vous! Honte à Israël! (...) J’ai honte comme Juif, ancien combattant de
la Seconde Guerre mondiale, pour vous. Que votre Dieu vous maudisse
jusqu’à la fin des siècles! J’espère que vous serez punis.».(2)
Pascal Boniface, directeur de l’Institut français des Relations internationales écrit: «Je
trouve inadmissible le terrorisme intellectuel consistant à accuser
d’antisémitisme toute personne qui critique le gouvernement israélien,
accusation d’ailleurs qui devrait s’appliquer aux pacifistes israéliens
et aux juifs français qui partagent ce point de vue.» Dans une
contribution qui lui vaudra d’être limogé 10 jours plus tard de son
poste de sous-préfet de Saintes par le gouvernement français...Bruno
Guigue serait «violemment» hostile à Israël. Bruno Guigue aurait écrit qu’Israël est «le seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles».
De plus, il a osé critiquer des sommités médiatiques comme Pascal
Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel,
Pierre-André Taguieff ou encore Frédéric Encel, des gens qui n’ont qu’à
claquer des doigts pour que toute la presse publie leurs plaidoyers
pro-Israël.
Une autre résistante qui a bravé l’interdit cette fois
aux Etats-Unis est la grande journaliste Helène Thomas qui a parlé
d’Israël en termes forts. Gilad Atzmon, universitaire israélien connu
pour ses positions antisionistes en parle: «Ceux qui sont engagés
dans le discours de la solidarité avec les Palestiniens sont accoutumés
à deux visions de la résolution du conflit: la "solution à deux Etats"
et la "solution à un seul Etat". Cette semaine, nous avons pris
connaissance d’une troisième solution possible, qui me semble
personnellement la plus raisonnable et la plus morale, les
circonstances étant ce qu’elles sont. Cette solution, Helen Thomas, 89
ans, doyenne des journalistes accrédités à la Maison-Blanche, l’a
résumée en une seule phrase. Un rabbin armé d’une caméra lui ayant
demandé "où les Israéliens devraient-ils aller?", elle a répondu que
les juifs devraient "aller se faire cuire un oeuf en dehors de la
Palestine, Ils doivent rentrer chez eux en Pologne, en Allemagne, en
Amérique et où que ce soit ailleurs"».
Mme Thomas s’est vu
rappeler très rapidement par celui qui gouverne sur Capitol Hill. Une
guerre mondiale a été déclenchée contre elle. Elle a été contrainte de
démissionner et de s’excuser. (..) Mme Thomas suggère, par exemple, que
les juifs aillent vivre en Allemagne: (..) Nous ne devons pas oublier
non plus que les sous-marins nucléaires israéliens qui sont en route
depuis quelque temps vers le Golfe arabo-persique (nous informe The
Times) ont été donnés à Israël par l’Allemagne en «cadeau»,
juste au moment où Israël réduisait le Liban en tas de ruines (2006).
(...) Comme tout le reste de l’humanité, la dame âgée qu’est Helen
Thomas est fatiguée du pouvoir juif et de la barbarie israélienne. Elle
a touché le nerf exactement là où cela fait mal en disant la vérité
toute pure. La vérité, semble-t-il, est l’écho de l’éthique et de la
raison.(3)
La droite européenne s’aligne sans discuter sur Israël
Il
y a de plus en plus un basculement net de la droite européenne pour qui
Israël est le dernier rempart contre la barbarie arabe et musulmane De
nombreuses forces politiques européennes, de la droite populiste à la
droite traditionnelle, écrit Alain Gresh, envisagent désormais le
conflit israélo-palestinien comme l’une des composantes de la guerre de
civilisation contre l’Islam. Geert Wilders, le chef du parti populiste
néerlandais, vient d’affirmer ses vues sur le conflit: «Si Jérusalem
tombe aux mains des musulmans, Athènes et Rome suivront. Ainsi,
Jérusalem est la principale ligne de défense de l’Occident. Ce n’est
pas un conflit sur le territoire, mais une bataille idéologique entre
la mentalité de l’Occident libéré et l’idéologie de la barbarie
islamique.» (..) La droite dure suisse n’est pas en reste. Oscar Freysinger, l’homme à l’origine de la «votation» sur l’interdiction de la construction de minarets en novembre 2009, explique: «Notre
parti a toujours défendu Israël parce que nous sommes bien conscients
que si Israël disparaissait, nous perdrions notre avant-garde. (...)
Aussi longtemps que les musulmans sont concentrés sur Israël, le combat
n’est pas dur pour nous. Mais aussitôt qu’Israël aura disparu, ils
viendront s’emparer de l’Occident.»(4)
Dans le même ordre, dans un interview au journal Le Times, José-Maria Aznar déclare: «Si Israël tombe, nous tomberons tous!» José-Maria Aznar appelle l’Europe «à
refuser les appels à la destruction d’Israël, car le lien qui lie
l’Etat juif à l’Occident est indispensable tout comme la collaboration
entre Juifs et Chrétiens». L’ancien Premier ministre n’utilise pas la langue de bois: «La
colère contre Israël à propos de Ghaza est une immense erreur. (...)
C’est un pays aux racines démocratiques profondes, un pays dynamique,
avec une société ouverte qui se distingue sur le plan culturel,
scientifique et technologique. Israël est notre première ligne de front
dans un Proche-Orient menacé de chaos. Et si Israël tombait, nous
tomberions alors tous.» «Abandonner Israël à son sort
aujourd’hui serait la plus belle preuve de la profondeur de notre vide,
et nous devons à tout prix empêcher que cela arrive. Nous devrions nous
inquiéter de notre attitude agressive envers Israël car elle reflète la
perte de nos valeurs occidentales. La force d’Israël est la nôtre, sa
faiblesse sera la nôtre....»(5)
Ce discours [de l’invasion
musulmane ndt] est désormais relayé par certains partis de la droite
populiste ou extrême; abandonnant l’antisémitisme pour l’islamophobie
(un tournant que d’autres formations comme le Front national n’ont pas
encore assumé, le vieil antisémitisme y restant puissant), ils
proclament qu’Israël serait le bastion avancé de la civilisation dans
sa lutte contre la barbarie.(4)
Parmi les laudateurs attitrés
d’Israël, on ne peut pas s’empêcher de citer Christian Barbier de
L’Express. Dans son éditorial lors de la boucherie de 2009, il écrit: «Une guerre juste, juste une guerre» - il félicite Israël pour son courage. «Israël agit pour nous».
Même Christine Boutin dont l’engagement personnel religieux est
profondément catholique, mais aussi sur le plan culturel, déclare
depuis toujours son réel attachement envers Israël et son peuple. Le 22
juin 2010, lors d’un rassemblement organisé par le Crif en soutien à
Israël, Claude Goasguen, député UMP, déclare: «Nous serons les
alliés indéfectibles d’Israël, notre ami, notre frère. Et nous
défendrons Israël jusqu’au bout. C’est notre destinée, à nous, de la
République de France». Dans le même meeting, Eric Raoult,
député-maire UMP, a fait sensation en révélant accorder plus
d’importance au soutien d’Israël qu’à la réforme des retraites. «Ce n’est pas, dit-il, un combat politique mais un combat du coeur! Guilad Shalit, c’est notre Betancourt à nous!».
L’allégeance
de la classe politique française à la politique israélienne est
notamment affirmée sur le ton de la disculpation au tribunal dinatoire
du Crif selon le juste mot - pour une fois - d’Alain Finkielkraut. Nous
citons à titre d’exemple quelques extraits du discours de Michèle
Alliot-Marie garde des Sceaux: La lutte contre l’antisémitisme demeure
plus que jamais une priorité du gouvernement. Elle s’inscrit dans le
cadre de relations fortes entre l’Etat et la communauté juive. (...)
Nous partageons le constat: des actes, trop d’actes antisémites ont
défrayé la chronique ces derniers mois. Je demande que tout auteur
d’actes antisémites soit poursuivi et fasse l’objet de réponses pénales
systématiques et adaptées. En amont, il faut renforcer le dialogue
entre l’institution judiciaire et la communauté juive. J’ai demandé aux
procureurs généraux et aux procureurs de la République de mieux
communiquer au plan local, avec les institutions représentatives de la
communauté juive. Les procureurs vous tiendront informés des actions
menées. Les instances représentatives pourront faire remonter leurs
préoccupations et leur analyse des situations locales. En aval, je
souhaite que les procès puissent jouer un rôle pédagogique.(6)
Que
peut-on dire en définitive? En France nous sommes loin de la phrase de
De Gaulle - le peuple juif est un peuple sûr de lui et dominateur -
suite au constat de la réalité de la guerre de 1967 à l’occasion de
laquelle Israël a trompé tout le monde: «David contre Goliath».
La droite européenne a basculé définitivement pour trois raisons: la
première est la dette toujours recommencée pour les massacres
hitlériens, la deuxième est à la fois bassement électoraliste mais
aussi une crainte du courroux des lobbys qui font et défont les
pouvoirs. La dernière est plus profonde, c’est le fond rocheux du
racisme et de l’islamophobie enfoui dans l’inconscient de l’Européen
qui règle ses comptes par procuration, avec l’Islam et les Arabes.
(*) Ecole nationale polytechnique
(*) enp-edu.dz
1.http://jssnews.com/2010/08/01/shimon-peres-langleterre-est-prodonfement-pro-arabe /
2.André Noushi: Lettre à l’ambassadeur d’Israël en France. Janvier 2009
3.Gilad
Atzmon - La solution d’Helen Thomas 14 juin 2010 http: //
www.gilad.co.uk/writings/...Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
4.Alain Gresh: La droite dure au secours d’Israël. Le Monde Diplomatique 5-07-2010
5.http://www.boursorama.com/forum-politique-jose-maria-azna...
6.Michèle
Alliot-Marie:
www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=18926&returnto=
accueil/main&artyd=56. 19/02/10
Pr Chems Eddine CHITOUR (*)
http://www.lexpressiondz.com/article/8/2010-08-16/79631.html


