Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

13/06/08

Négociations secrètes UE/Israël

Lettre de Francis Wurtz, Président du groupe GUE/NGL adressée à MM. Sarkozy, Barroso et Solana, au sujet des négociations secrètes UE/Israël:

"Permettez-moi de m’adresser à vous au sujet d’un fait relaté dans différents organes de presse européens et qui appelle, à l’évidence, une clarification urgente.
Il apparaît que des négociations secrètes sont en cours depuis un an entre l’Union européenne et les dirigeants de l’Etat d’Israël. Non pas, hélas, pour tenter de débloquer le processus de paix avec les Palestiniens - à cet égard, on ne peut que vivement déplorer l’impunité dont bénéficient les autorités israéliennes, malgré les violations lourdes et permanentes du droit international dont ils se rendent coupables -, mais pour examiner une demande proprement inimaginable de la part de Tel Aviv : celle de conquérir les droits d’un quasi-Etat membre de l’Union européenne !
Selon certaines sources, il semblerait qu’Israël ne demande rien de moins que sa participation à tous les niveaux aux réunions de l’UE sur les questions de sécurité et de dialogue stratégique ; aux délibérations du Conseil sur le Maghreb et le Mashrek comme sur les activités de l’UE au sein de l’ONU ! Tel Aviv demanderait en outre à pouvoir participer aux Conseils traitant de thèmes comme l’économie, les finances, l’énergie, l’environnement, les transports, les medias, la jeunesse, l’enseignement supérieur ; ou encore à voir constituer une structure parlementaire conjointe Union européenne - Israël...
J’ajoute que l’on apprend que la demande israélienne en question date ... du 5 mars de l’année dernière ; qu’un "groupe de réflexion" s’est réuni sur le sujet le ... 4 juin 2007 ; qu’une seconde réunion s’est tenue le 9 octobre dernier pour préparer une Déclaration du Conseil. Et tout cela sans que la moindre information n’en ait été donnée à la représentation parlementaire de l’Union !
Or, le 16 juin prochain, le Conseil d’Association Union européenne-Israël doit se réunir pour examiner officiellement ce dossier. Etant donné le contexte international dans lequel cet examen intervient - je viens de le rappeler - il paraitrait totalement inconcevable qu’une suite favorable puisse être réservée à la demande israélienne. Aussi une information autorisée au sujet de cette affaire extrêmement sensible me semble-t-elle indispensable.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération très distinguée."

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25/05/08

Le Dalaï Lama est-il un modéré ?

C’est la réputation qu’il a su se fabriquer avec une habileté politique et médiatique accomplie. Et pourtant les observateurs plus avertis ne se laissent pas tromper. Sur « Die Zeit », le 15 mai, l’ex-chancelier allemand Helmut Schmidt a publié un article contenant quelques passages particulièrement significatifs : « Le Dalaï Lama aussi a commis des erreurs. Dans ses livres, il représente, sur des cartes géographiques, comme parties du Tibet les territoires habités par des petites minorités tibétaines dans les provinces de Gansu, Qinghai, Yunnan et Sichuan. C’est un matériau inflammable dont on n’avait pas besoin ». Pas de doute, il est difficile d’interpréter comme expression de modération et de volonté de conciliation le projet expansionniste du Grand Tibet ! Seul un incendiaire peut agiter ce genre de mots d’ordre, qui, de fait, évoque le démantèlement de la Chine (objectif rêvé par le colonialisme et l’impérialisme depuis la fin du 19ème siècle).

Il faudrait, poursuit Schmidt, un compromis : « Ses éléments de fond sont clairs. D’une part la Chine devrait reconnaître l’autonomie religieuse des Tibétains et accueillir le Dalaï Lama comme un chef religieux. D’autre part, le Dalaï Lama et toutes les sectes lamaïstes devraient reconnaître le gouvernement et les lois de la Chine comme étant valides aussi pour le Tibet ».

Malheureusement - ajouterais-je - cette séparation entre sphère politique et sphère religieuse est absolument inacceptable pour les fondamentalistes. La « Constitution » établie par la réaction tibétaine en exil se conclut avec une « Résolution spéciale », approuvée en 1991, dans laquelle on proclame l’obligation politico-religieuse de la « foi » et de l’ « allégeance » à l’égard de « Sa Sainteté le Dalaï Lama », appelé à « rester avec nous à jamais comme notre chef suprême spirituel et temporel ».

La voix de l’ex-chancelier allemand n’est pas isolée. Sur l’International Herald Tribune du 19 mai est paru un article qui trace une brève histoire de l’intransigeance du présumé champion de la modération et de la raison : « Le Dalai Lama n’a pas su saisir une série d’opportunités : il n’a pas pris en considération la main que lui avait tendue le Secrétaire général Hu Yaobang en 1981 ; il a rejeté une invitation en Chine en 1989 ; il a annoncé le choix du Panchen Lama d’une manière qui a été perçue comme insultante par la Chine. Quand le Dalaï Lama et le cercle de son entourage parlent de « génocide » et revendiquent presque un quart de la Chine en tant que Tibet, ils frappent les chinois modérés ».

Quelles conclusions peut-on tirer ? Vouloir comprendre la « question tibétaine » à partir des déclarations du Dalaï Lama et de ses disciples serait comme vouloir reconstruire la révolution française en se fiant aux « analyses » de la réaction des nobles, qui, à l’époque, s’étaient réfugiés à l’étranger, et qui tendait à placer tous ses espoirs dans les baïonnettes des puissances contre-révolutionnaires. Une attitude analogue caractérise à présent la réaction tibétaine en exil. Celle-ci continue à espérer réaliser ses projets expansionnistes et fondamentalistes grâce à un mouvement de démantèlement de la Chine du type de celui qui a eu lieu en Union Soviétique et en Yougoslavie. Comme à Belgrade en 1999, elle rêve qu’un jour Pékin pourra être systématiquement frappé par les bombardements humanitaires des Usa et de l’OTAN, et sera contraint à la reddition. La campagne de diffamation et de haine qui est en cours est un aspect essentiel de la préparation idéologique de la guerre souhaitée par ces cercles. Pour la réaction tibétaine il est de bon augure qu’en 1999, à Belgrade, l’ambassade chinoise a aussi été touchée.

Et pourtant, le développement impétueux du grand pays asiatique rend de plus en plus évident le caractère irréaliste et fou de ce projet criminel. Le Dalaï Lama donne-t-il au moins quelque signe de résipiscence ? Pendant que le peuple chinois observe de façon solennelle et unanime trois jours de deuil pour le terrible tremblement de terre qui l’a touché, en Allemagne, Sa Sainteté, souriante, lançait de bruyantes manifestations de rue, en agitant ses mots d’ordre habituels. La ligne de la provocation continue.

LOSURDO Domenico  http://domenicolosurdo.blogspot.com/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio (http://www.legrandsoir.info/)

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16/05/08

Les Juifs en Palestine, par le Mahatma Gandhi

(Harijan, le 26 novembre 1938) [traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier]

[Extrait de "Ma Non-Violence" par le Mahatma Gandhi, édité par Sailesh Kumar Bandopadhaya - Ahmedabad : Navajivan Publishing House - 1960]

J’ai reçu plusieurs lettres dans lesquelles on me demande d’exposer mes vues sur la question arabo-juive en Palestine et la persécution anti-juive en Allemagne. Ce n’est pas sans quelque hésitation que je me risque à offrir mes opinions sur cette question très délicate.

Toute ma sympathie est acquise aux Juifs. J’ai connu certains d’entre eux, d’une manière très intime, en Afrique du Sud, et certains d’entre eux sont devenus des amis pour la vie. Grâce à ces amis, j’ai pu mieux connaître la persécution à laquelle ils ont été soumis depuis la lointaine histoire. Ils ont été, en quelque sorte, les intouchables de la Chrétienté. La similarité entre le traitement que les Chrétiens leur ont infligé et celui que les Hindous infligent aux Intouchables est frappante. Un jugement de nature religieuse a été invoqué dans les deux cas pour justifier les traitements inhumains qui ont été infligés aux uns comme aux autres. A part les amitiés qu’il m’a été donné de nouer avec certains d’entre eux, ma sympathie pour les Juifs ressortit donc à des raisons de caractère universel.

Mais ma sympathie ne me rend pas sourd aux exigences de la justice. L’appel à un foyer national pour les Juifs ne me séduit guère. La légitimité en est recherchée dans la Bible et dans la ténacité dont les Juifs ont depuis tout temps fait preuve dans la formulation de leur attachement à un retour en Palestine. Pourquoi ne pourraient-ils pas, comme les autres peuples sur Terre, faire de cette contrée leur pays où naître et où gagner sa vie ? La Palestine appartient aux Arabes de la manière dont l’Angleterre appartient aux Anglais ou la France aux Français. Il serait injuste et inhumain d’imposer (une domination par) les Juifs aux Arabes. Ce qui se passe en Palestine, de nos jours, ne saurait être justifié au nom d’un quelconque code moral de conduite. Les mandats n’ont pas d’autre justification que la dernière guerre mondiale (la Première, NdT). Ce serait à n’en pas douter un crime contre l’humanité de contraindre ces Arabes si justement fiers à ce que la Palestine soit restituée aux Juifs en tant que leur foyer national, que ce soit partiellement, ou en totalité.

Une alternative bien plus noble serait d’insister sur un traitement équitable des Juifs où qu’ils soient nés et où qu’ils aient été élevés. Les Juifs nés en France sont Français dans l’exact sens où les Chrétiens nés en France le sont. Si les Juifs n’ont pas d’autre foyer national que la Palestine, vont-ils accepter l’idée de devoir être contraints à quitter les autres parties du monde où ils sont installés ? Ou bien voudront-ils une double patrie, où ils puissent demeurer selon leur bon plaisir ? La revendication d’un foyer national pour les Juifs ne fait qu’offrir sur un plateau une justification présentable à l’Allemagne qui expulse ses Juifs. Mais la persécution allemande des Juifs semble ne pas avoir de parallèle dans l’histoire. Les tyrans de jadis n’étaient jamais allés aussi loin dans leur folie que semble l’avoir fait Adolf Hitler. Et il continue à le faire avec un zèle religieux. N’est-il pas, en effet, en train de prôner une nouvelle religion faite d’un nationalisme militant et exclusif, au nom duquel toute inhumanité devient un acte d’humanité devant être récompensé, ici et maintenant. Le crime d’un jeune leader certes intrépide, mais non moins complètement dément, est en train d’être imposé à l’ensemble de son ethnie avec une férocité absolument incroyable. Si jamais une guerre pouvait être justifiée, au nom de l’humanité, et pour elle, une guerre contre l’Allemagne, destinée à prévenir la persécution délibérée d’une race humaine toute entière serait totalement justifiée. Mais je ne crois en aucune guerre. Discuter le pour et le contre d’une telle guerre est, par conséquent, complètement hors de propos pour moi.

Mais s’il ne peut être question d’une guerre contre l’Allemagne, même avec l’énormité du crime commis contre les Juifs, il ne saurait être question, non plus, d’une alliance avec ce pays. Comment une alliance pourrait-elle être conclue entre une nation qui revendique la défense de la justice et de la démocratie et une nation qui est l’ennemi déclaré de l’une comme de l’autre ? Ou bien, alors, peut-être l’Angleterre est-elle en train de glisser vers une dictature armée avec tout ce que cela comporte ?

L’Allemagne est en train de démontrer au monde entier comment la violence peut être utilisée efficacement lorsqu’elle n’est entravée par aucune hypocrisie ni aucune faiblesse se faisant passer pour de l’humanisme. Elle montre aussi à quel point sa violence est hideuse et terrible dans son horrible nudité.

Les Juifs peuvent-ils résister à cette persécution planifiée et éhontée ? Ont-ils un moyen de préserver leur dignité, et de ne pas tomber dans le désespoir et l’abandon d’eux-mêmes ? Je fais le pari que c’est possible. Nul être humain croyant en un Dieu vivant ne doit se sentir impuissant ou abandonné.

Jéhovah, le Dieu des Juifs, est un Dieu plus personnel que celui des Chrétiens, des Musulmans ou des Hindous, bien qu’il s’agisse, en fait, par essence, du Dieu commun à tous ces croyants, c’est leur Dieu unique, sans associé et échappant à toute description. Mais comme les Juifs attribuent à Dieu une personnalité et croient qu’Il commande chacun de leurs actes, ils ne devraient pas se sentir impuissants. Si j’étais juif et né en Allemagne, si j’y gagnais ma vie, je proclamerais que l’Allemagne est mon pays, autant qu’elle peut être le pays de l’aryen gentil le plus baraqué, et je le défierais de me tuer ou de m’enfermer dans sa forteresse ; je refuserais d’être expulsé ou soumis à un traitement discriminatoire. Et pour ce faire, je n’attendrais pas que mes coreligionnaires juifs viennent me rejoindre dans la résistance civile, mais j’aurais la certitude qu’à la fin du compte les autres seraient amenés à suivre mon exemple...

... Et maintenant, un mot aux Juifs de Palestine. Je suis absolument persuadé qu’ils se fourvoient. La Palestine biblique ne correspond à aucun territoire géographique. Elle est dans leurs coeurs. Mais s’ils doivent absolument considérer la Palestine de la géographie comme leur foyer national, c’est un péché inexpiable d’y pénétrer à l’ombre du canon britannique. Un acte de nature religieuse ne saurait être posé avec l’assistance des baïonnettes et des bombes. Ils ne peuvent s’installer en Palestine qu’en respect de la bonne volonté des Arabes. Ils devraient s’efforcer de se gagner le coeur des Arabes. C’est le même Dieu qui commande aux coeurs des Arabes et à ceux des Juifs... Ils trouveront le monde à leurs côtés dans leur aspiration religieuse. Il y a des centaines de manières de s’entendre avec les Arabes, pour peu qu’ils écartent résolument l’aide que leur apporte la baïonnette britannique. Telles que les choses se déroulent actuellement, ils sont co-responsables avec les Britanniques de la spoliation d’un peuple qui ne leur a jamais porté un quelconque tort.

Je ne défends pas les excès des Arabes. J’eusse aimé qu’ils eussent adopté la non-violence dans leur résistance à ce qu’ils considèrent à juste titre comme une agression inqualifiable contre leur pays. Mais si l’on se réfère aux lois généralement admises du bien et du mal, rien ne peut être dit contre la résistance des Arabes à une injustice massive.

Laissons les Juifs qui prétendent être le peuple élu en apporter la preuve par choix qu’ils feront de la non-violence afin de revendiquer une place sur cette terre. Tout pays est le leur, Palestine y comprise, non pas en conséquence d’une agression, mais en vertu d’un service altruiste envers leur prochain. Un ami juif m’a envoyé un livre intitulé "La contribution juive à la civilisation", écrit par un Cecil Roth. Ce livre énumère tout ce que les Juifs ont apporté à la littérature, aux arts, à la musique, au théâtre, à la science, à la médecine, à l’agriculture etc... de part le monde. Avec un tel héritage, les Juifs sont fondés à refuser d’être traités comme les déchets de l’Occident, d’être méprisés ou traités avec condescendance. Ils peuvent obtenir le respect et l’attention du monde en se montrant dignes d’avoir été choisis par Dieu, au lieu de tomber dans la déchéance des brutes oubliées de Dieu. Ils peuvent ajouter à leurs contributions, innombrables et inestimables, (à l’Humanité) celle, suprême, de l’action non-violente.

http://lesogres.info/


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02/05/08

Ce que Israël fait aux Palestiniens est une abomination

«Ce que Israël fait aux Palestiniens est une abomination» Jimmy Carter, président des Etats-Unis (1977-1981)

Jimmy Carter a fait une intervention à l´Université américaine du Caire le jeudi 17 avril, où il a été accueilli par un public très nombreux et tout aussi chaleureux. Pour lui, il est impossible d´aboutir à un accord dans la région sans impliquer le Hamas, qui a gagné les élections, et la Syrie, dont le territoire du plateau du Golan est occupé par Israël. "Le mot apartheid a choqué, mais avant la parution de mon livre, il n´y avait jamais eu de débat public sur cela aux Etats-Unis; apartheid est pourtant l´exacte description de ce qui se passe aujourd´hui en Palestine", a commencé par dire l´ex-président américain. "En sept ans, il y a eu 13 personnes tuées par les roquettes, et je considère que tuer des civils innocents est du terrorisme, mais ces roquettes sont rudimentaires, et si tu vivais toi à Ghaza, tu verrais que pour un Israélien tombé sous les roquettes palestiniennes, 30 à 40 Palestiniens sont tués par les militaires israéliens, ce qui, selon moi, relève aussi du terrorisme."
Pour rappel, le livre de l´ancien président Jimmy Carter, "Palestine: La Paix et non pas l´Apartheid", avait provoqué un tapage avant même sa publication. Ainsi, la critique du président Carter est remarquable seulement parce qu´elle révèle l´ignorance de l´establishment politique américain, les Démocrates comme les Républicains, sur le conflit israélo-palestinien. Je défierais le nouveau président démocrate du Comité aux relations internationales de la chambre, Tom Lantos, d´identifier l´auteur du commentaire suivant, fait au moment où le Premier ministre Yitzhak Shamir était sur le point de nommer dans son gouvernement Rehavam Ze´evi, le chef du parti Moledet d´Israël. Ze´evi et son parti étaient des partisans du "transfert", un euphémisme pour le nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie et dans d´autres régions du "Grand Israël" " L´entrée dans le gouvernement du parti du transfert est une profonde souillure politique, morale et sociale, une dangereuse infection qui pénètre le gouvernement (d´Israël).

«L’agent du mal»
Toute personne qui inclut le (parti du) transfert parmi les partis de la coalition sioniste confirme, en effet, la résolution des Nations unies qui dit que le Sionisme c´est du racisme ". Si un Américain avait fait une telle déclaration, il aurait été, sans aucun conteste, accusé d´hostilité envers l´état d´Israël, si ce n´est d´antisémitisme. Si la personne avait été juive, elle aurait été stigmatisée comme un juif qui s´autodéteste. En fait, l´auteur de cette déclaration était Benny Begin, le fils de l´ancien Premier ministre de Droite, Menahem Begin, un "prince" du Likud. Il y a plusieurs mois, Olmert qui s´était inquiété publiquement des stigmates de l´Apartheid a nommé Avigdor Lieberman, un homme avec des convictions racistes et antidémocratiques, au poste de Premier ministre-adjoint. Lieberman préconise non seulement le nettoyage ethnique de tous les Palestiniens des territoires occupés mais de se débarrasser des Arabes qui sont des citoyens israéliens.(1)
La puissance du lobby pro-Israël aux Etats-unis est telle, qu´on comprend qu´un candidat ne veuille pas risquer de s´aliéner des voix d´électeurs. Les plus navrants ont été les commentaires de Barack Obama. Parlant devant un groupe de leaders de la communauté juive, dans une synagogue de Philadephie, Obama a critiqué l´initiative de Carter, déclarant que, "Hamas n´est pas un Etat, Hamas est une organisation terroriste". Obama a également sacrifié à l´obligation de se présenter comme un ami inconditionnel d´Israël, déclarant que, s´il était élu, "il ferait le nécessaire pour qu´Israël puisse se défendre contre toute attaque," - même si, ici encore, son choix des mots était intéressant, étant donné qu´il ne s´est pas explicitement engagé à aller en guerre pour le compte d´Israël, comme l´ont fait John McCain et Hillary Clinton. Carter a également été lacéré par les médias états-uniens qui n´ont parlé de son voyage que pour le critiquer. La page éditoriale du Washington Post s´est surpassée en accusant Carter d´aller embrasser des brutes sanguinaires. Pour Benjamin Shapiro, éditorialiste réputé dans plusieurs quotidiens U.S., c´est carrément la civilisation occidentale qui est en danger: " Jimmy Carter est un agent du mal. C´est douloureux de devoir traiter un ancien président U.S. de partisan des ténèbres. Mais il est dangereux de laisser un homme comme Jimmy Carter hanter la planète, drapé dans la cape de la réputation américaine et plantant les graines de la destruction de la Civilisation occidentale".(2)
L´ancien président américain Jimmy Carter, très critique de la politique israélienne dans son dernier ouvrage, a maintenu, vendredi 8 décembre 2007, que l´Etat hébreu se rendait coupable à ses yeux d´"apartheid" à l´égard des Palestiniens. Jimmy Carter a expliqué qu´il souhaitait susciter un débat sur la politique d´Israël inexistant ou étouffé dans les médias d´information américains qui, "presque tous restent silencieux" sur ce problème. "Le silence est quasi universel dès lors qu´il s´agit d´une possible critique des politiques que mène actuellement le gouvernement israélien". Les accusations de l´ancien président démocrate ont suscité la colère des organisations juives qui ont lancé des pétitions dénonçant l´usage du mot "apartheid" pour décrire le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Jimmy Carter affirme pourtant que ce terme se justifie par les barrières grillagées, les détecteurs électriques et les blocs de béton installés par Israël le long de la frontière avec la Cisjordanie. "Je pense même que la situation est pire, dans bien des cas, que l´apartheid en Afrique du Sud". "Il y a dans ce pays une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence", a-t-il souligné, notant que ce silence est observé non seulement par "des individus ou des personnes candidates à des fonctions électives mais aussi par les médias d´information".(3)
"On comprend dans ces conditions l´hystérie collective" Comment est-il possible que cet homme ait pu devenir président des Etats-Unis? ", s´interroge le New York Post dans un éditorial du 15 janvier dernier. Qu´a donc fait l´ancien président (1977-1981) pour mériter pareil traitement? Il a écrit un livre - Palestine: Peace not Apartheid. Et, dans celui-ci, il affirme: si la répression se poursuit à Ghaza et en Cisjordanie, si Israël ne consent pas à négocier l´existence d´un Etat palestinien, on pourrait arriver à une situation similaire à celle de l´apartheid sud-africain. En réponse, l´Anti-Defamation League fait publier des annonces dans divers journaux accusant l´auteur d´être antisémite.(4)
Les critiques de M.Carter à l´égard d´Israël et des Etats-Unis se retrouvent, en plus, détaillées dans le récent ouvrage de l´Américain d´origine palestinienne, Rashid Khalidi, également victime d´attaques systématiques depuis que l´université Columbia lui a attribué en 2003 la chaire Edward-Saïd. Khalidi décrit la relation existant entre la conception impérialiste des relations américaines avec les Etats du Proche-Orient et la façon dont Tel-Aviv et Washington empêchent la formation d´un Etat palestinien. Le New York Post, qui l´a accusé d´antisémitisme en 2004, a également prétendu que la chaire d’Edward-Saïd était financée par certains gouvernements arabes. Le harcèlement dont Khalidi est victime est devenu une pratique de plus en plus fréquente sur les campus universitaires des Etats-Unis....La tension autour des enseignants critiques à l´égard de Tel-Aviv a augmenté l´an dernier, lorsque deux prestigieux universitaires spécialistes des relations internationales ont publié un essai soulignant que les "groupes de pression juifs" aux Etats-Unis dominaient la politique extérieure américaine au Proche-Orient et que la guerre en Irak n´aurait pas pu avoir lieu sans le climat qu´ils ont créé (18). La réaction fut très dure. Quelques mois plus tard, l´universitaire britannique Tony Judt, directeur du Remarque Institute (université de New York), a également été victime d´une campagne lui prêtant des idées antisémites: il avait soutenu que la seule solution au conflit du Proche-Orient était l´existence d´un Etat israélo-palestinien intégrant les deux nations ".
S´agissant de la dénonciation de l´apartheid, Carter n´est pas seul à le faire. L´une des personnalités les plus autorisées à le faire, pour l´avoir vécu dans sa chair est sans conteste, Nelson Mandela. Ecoutons-le "L´Apartheid est un crime contre l´humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d´inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants." Ces paroles sont de Nelson Mandela, ainsi que les autres remarques faites par lui, en mars 2001, et qui restent malheureusement totalement d´actualité. (5).
Dans le même ordre d´idée, Bruno Guigue, normalien, sous-préfet en France, a été limogé brutalement pour avoir publié une tribune sur le site Oumma.com. Ecoutons-le nous décrire les pressions et la force du lobby pro-israélien qui a eu raison de lui: " Dans les jours qui ont suivi mon "limogeage", les éditorialistes Jean Daniel, Bernard-Henri Lévy et quelques autres se sont empressés de me prendre pour cible. Sans toujours réitérer l´accusation grotesque d´antisémitisme proférée par Luc Rosenzweig, ils insinuent que je me serais condamné moi-même par l´outrance de mes propos. Et au lieu de réfuter mes affirmations de manière factuelle, mes détracteurs préfèrent ainsi jeter l´anathème. Deux phrases inlassablement reprises en boucle, tirées de leur contexte, en effet, ont alimenté mon lynchage médiatique. "L´Etat d´Israël est le seul où des snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles". Une phrase choquante? Sans nul doute. Mais les tirs de soldats israéliens contre des enfants, hélas, sont des faits avérés, évoqués par le quotidien israélien Haaretz depuis 2000. Des tirs délibérés, dont le journaliste britannique Chris MacGreal, pour l´hebdomadaire The Guardian, a notamment fait le récit détaillé dans un article paru le 29 juin 2005. Livrée en pâture à l´opinion comme une énormité, la phrase que j´ai écrite avait quelque chose de monstrueux, en effet: elle était vraie. Et parce qu´elle disait la vérité, elle heurtait le formidable déni de réalité qui entoure, dans les médias dominants, la politique israélienne.(6)
La deuxième phrase litigieuse est celle où j´évoque "les geôles israéliennes, où, grâce à la loi religieuse, on interrompt la torture durant le shabbat". Choquant, là encore? Le propos renvoyait à leur propre contradiction ces fervents partisans de l´Etat d´Israël qu´indigne, curieusement, l´inclination de certains pays à la défense de la religion. Mais le fait mentionné, lui, ne fait pas l´ombre d´un doute: il suffit de consulter le dossier établi par l´association israélienne de défense des droits de l´homme Bet´Selem. Lorsque la Cour suprême israélienne tenta de limiter l´usage de la torture pratiquée sur les prisonniers palestiniens, en 1999, les services secrets ont argué de l´urgence pour la justifier. Les plaignants ont alors fait observer que du vendredi midi au samedi soir, cette pratique était interrompue, ce qui relativisait singulièrement l´argument de l´urgence. Cette affaire est parfaitement résumée par Sylvain Cypel, ex-rédacteur en chef du quotidien Le Monde, dans son livre Les emmurés, paru aux éditions La Découverte en 2005, p.94, note 17. Chacun peut s´y référer et vérifier la véracité de mes propos. Mea culpa: j´avais oublié que les comparaisons les plus désobligeantes, aux yeux de l´establishment hexagonal, sont interdites à propos d´Israël mais vivement recommandées à l´égard des pays du "tiers-monde". Mon principal tort, plus que d´avoir enfreint le devoir de réserve, n´est-il pas d´avoir heurté de plein fouet la doxa occidentale? Après avoir mis en lumière le déni de réalité dont le discours dominant entoure les exactions israéliennes, il faut croire que c´en était trop? A mes dépens, j´ai fait la démonstration que la frontière entre ce qu´il est licite de dire et ce qui ne l´est pas, dans notre pays, n´a rien à voir avec le vrai et le faux".(6)

Lynchage médiatique
La prise de position courageuse de Jimmy Carter et le lynchage médiatique, le plaidoyer de Bruno Guigue me rappellent curieusement l´hystérie médiatique contre l´abbé Pierre coupable d´avoir interprété "dans le mauvais sens" le Livre de Josué concernant l´extermination et d´avoir entretenu une amitié avec Roger Garaudy qui sent le soufre...C´est le cas aussi de Pascal Boniface mis à l´index pour avoir parlé de l´impunité d´Israël. Les intellectuels pro-israéliens voire, pour certains, pro-sionistes même sur le tard, tirent sur tout ce qui bouge! Ils ont pour cela une arme redoutable, le monopole de l´antisémitisme et la singularité de la Shoah. Il faut aussi dire que ces intellectuels n´ont pas le recul nécessaire pour juger en toute impartialité les faits. Ils se veulent des donneurs de leçons empêchant toute critique réelle et suivie de l´Etat théocratique d´Israël. Il est vrai, et il faut saluer cela, que beaucoup d´intellectuels israéliens ont su se démarquer de la politique de leur pays pour des idéaux qui les honorent.
Bruno Guigue est sanctionné, Carter est insulté mais les Palestiniens sont toujours en train de souffrir. Curieusement, les BHL, Alain Finkielkraut, Jean Daniel et j´en passe, sont discrets quand il s´agit de parler des Palestiniens d´une façon franche et objective Dans les situations gênantes, entendons par là quand Israël dépasse la mesure... ils donnent des conseils aux Israéliens naturellement sans lendemain, mais ils auront assuré de leur point de vue "le minimum" en tant que gardiens de l´orthodoxie des droits de l´Homme... Ces intellectuels qui dictent la norme en France devraient nous dire leur sentiment quand un bébé meurt dans le ventre de sa mère, tué par une balle en plein front. Il ne peut y avoir de vérités, il y a la vérité. Les Palestiniens continueront d´être la cible des snipers israéliens. Un peuple se clochardise. Qui s´en soucie?

(*) Ecole nationale polytechnique
(*) Ecole d´ingénieurs Toulouse

1.Henry Siegman - L´Ouragan Carter USA - 06-01-2007 http://www.thenation.com/
2.Hystérie aux USA contre Jimmy Carter 23 Avril 2008 http://libertesinternets.wordpress.com/
3.Jimmy Carter accuse Israël d´"apartheid" NouvelObs.com. 7 02 2008
4.Mariano Aguirre, Le Monde Diplomatique. Le président Jimmy Carter victime de la censure du lobby pro-Israël - Septembre 2007
5.Lettre de Nelson Mandela à Thomas L. Friedman, New York Times. 27.03.2001
6.Bruno Guigue: Ma faute? Avoir heurté de plein fouet la doxa occidentale, http://oumma.com/Ma-faute-Avoir-heurte-de-plein

Sur http://www.lexpressiondz.com/

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15/04/08

Douze thèses sur la guerre et la paix au Moyen-Orient

AUTEUR:  James Petras

Traduit par  Maria Poumier

1. L'invasion de l'Iraq a été le produit d'un effort concerté par les sionistes usaméricains qui occupent des positions stratégiques au Pentagone (la seconde et la troisième dans le commandement), au Conseil National de Sécurité, et au Bureau des Plans Spéciaux (OSP). Paul Wolfowitz, numéro 2 au Pentagone a dessiné le plan d'attaque, Douglas Feith, numéro 3 au Pentagone, a arrangé les données falsifiées sur les armes de destruction massive, et David Frum, un autre sioniste, a rédigé les discours de Bush, y compris son discours sur « l'axe du mal ». Qui plus est, les lobbies juifs puissants - comme on les appelle à juste titre en Israël - ont mobilisé le Congrès par des pressions directes et à travers leur puissante influence dans les médias de masse. Les grandes compagnies pétrolières n'ont pas fait ouvertement campagne pour l'invasion, parce que la guerre était perçue comme un facteur de déstabilisation pour leurs intérêts. Les sionistes usaméricains ont poussé à la guerre pour renforcer la domination d'Israël sur le Moyen-Orient et pour affaiblir l'opposition arabe à sa politique coloniale en Palestine.

2. La principale opposition à l'invasion fut conduite par les forces de gauche extra-parlementaires, parce que les "parlements" au Moyen-Orient sont les chambres d'enregistrement des clients des USA. En Europe les parlements reflètent des forces variées, mais leur opposition à la guerre fut surtout diplomatique et inefficace. L'activité extra-parlementaire a exprimé l'opposition aux politiques génocidaire des USA à grande échelle en Iraq, où 300 000 anciennes recrues militaires ainsi que des policiers furent mis d'office à la retraite, tandis que les forces religieuses tentaient d'instaurer un État musulman indépendant.

3. La force des mouvements mondiaux varie selon l'efficacité de la résistance intérieure en Iraq. Plus d'une douzaine de pays ont retiré leurs forces d'Iraq en raison de leurs pertes et de leur perception selon laquelle les forces d'invasion conduites par les USA ont d'ores et déjà perdu la guerre. Les pertes (morts et blessés) en Iraq, plus de 20 000, a fait monter l'opposition interne de 15% au début de l'invasion à 65% aujourd'hui (juin 2006). Il n'existe pas de mouvements sociaux apolitiques : ils visent principalement l'État, particulièrement l'État impérial, que ce soit lorsqu'ils ils demandent une réforme agraire, des emplois ou la nationalisation de ressources naturelles privatisées. Le grand défi est de parvenir à transformer ces revendications en une lutte pour le pouvoir au sommet, ce qui est un point faible des mouvements sociaux.

4. La conscience libérale en Iraq est surtout un phénomène propre à la classe marchande, à certains intellectuels et surtout à des expatriés vivant aux USA ou en Europe et qui sont rentrés avec l'invasion usaméricaine. Si tant est qu'elle ait jamais existé en Iraq, elle a évolué vers une opposition nationaliste diffuse à l'occupation usaméricaine, même dans le Bazar. Le support principal des expatriés dans la classe politique est l'armée usaméricaine. La société du Moyen Orient, y compris l'Iraq,comporte des nationalistes, des socialistes, des républicains laïques, des mouvements religieux et modérés. Bien des forces fondamentalement laïques-républicaines ont rejoint les mouvements à direction religieuse, à cause des ressources qu'ils contrôlent. On ne peut pas toujours opérer une distinction tranchée et claire.

5. L'invasion usaméricaine de l'Iraq avait rapport avec l'expansion de la puissance israélienne et les intérêts géopolitiques usaméricains. C'est un cas classique de guerre impérialiste contre un mouvement national de libération. Il y a des différences culturelles, mais elles existaient avant l'invasion et continueront d'exister après. D'elles-mêmes, les différences de « cultures » ou de religions ne mènent pas à la guerre. Ce sont les conflits d'intérêt politique, économique et idéologique qui déclenchent les guerres.

6. Les effets à court et à moyen terme de la guerre imperialiste ont donné lieu à un degré formidable d'hostilité à la présence européenne et usaméricaine au Moyen-Orient et aillieurs, qui ne pourra pas être surmontée aisément, surtout avec la « doctrine de la guerre préventive" usaméricaine et l'intervention terroriste étendue au monde entier.

7. Les principaux bénéficiaires de la "guerre contre le terrorisme" sont les Israéliens qui s'emparent de la terre palestinienne, le mouvement sioniste mondial parce qu'il consolide leur "patrie", l'industrie mercenaire multimilliardaire (ce qu'on appelle les "agences de sécurité ») qui reçoit des contrats militaires et exerce le pillage, les industries d'armement et la lumpen-bourgeoisie [1] qui s'empare des ressources de l'État dans les territoires occupés ainsi que de l'aide étrangère pour son enrichissement personnel.

8. Le terrorisme à un niveau national est surtout ancré dans la pratique étatique des USA, d'Israël et de l'Europe, ainsi que chez leurs prête-noms parmi les escadrons de la mort locaux, les groupes paramilitaires et les armées coloniales. La plupart des gouvernants arabes (Jordanie, Égypte, Maroc, États du golfe, Arabie Saoudite, etc) entreprennent des activités relevant du terrorisme d'État contre les dissidents dans leurs propres pays. Al Qaïda et d'autres groupes islamiques sont des acteurs marginaux et au rôle mineur dans les activités terroristes au niveau mondial, revendiquant moins de 5% des attaques de civils, si on les compare aux USA et à leurs hommes de paille en Iraq, en Israël et ailleurs, qui sont responsables de la majorité des meurtres de civils.

9. La résistance islamique de masse, y compris le combat en Iraq, est perçue comme un mouvement de libération nationale dans la plupart des pays du Tiers Monde. La plupart des opérations paramilitaires en Iraq sont dirigées par les USA et leur régime fantoche, ce qui explique pourquoi on ne parvient jamais à élucider les crimes, ni à punir personne. La plupart des combattants déposeront les armes aussitôt que les USA et les puissances européennes seront forcés de se retirer. Le vote palestinien démocratique en faveur du Hamas et son offre d'un cessez-le feu pour 18 mois malgré le fait de plus d'un millier d'assassinats de civils innocents est une manifestation de la nature démocratique et pacifique de la grande majorité de la population palestinienne, malgré les violentes provocations sans fin, les incursions et les assassinats par les escadrons de la mort et les sections d'assaut [2] israéliens. Le meurtre brutal, ces jours-ci, d'une famille de sept personnes au bord de la mer, les mensonges arrogants dans la couverture de ce crime aussitôt donnée par Israël , et la reprise prévisible par le lobby juif usaméricain des mensonges de Tel Aviv sont caractéristiques d'un véritable réseau de terreur et de duperie.

10. La réponse du monde arabe au 11 septembre a été variable, comme cela a été le cas dans la plus grande partie du Tiers Monde et même en Occident. Bien des gens du Tiers Monde ont interprété le 11 septembre comme le début des guerre de Washington sur le sol usaméricain ; ayant déjà eu à supporter les bombardements et les invasions usaméricains dans leur propre pays, ils ont vu le 11 septembre comme une extension territoriale de conflits en cours. La plus grande partie des classes moyennes et supérieures ont été abasourdies, dans le monde entier, par l'attaque et par les pertes en vies humaines, particulièrement celles qui ont des liens bénéfiques avec les puissances occidentales ; c'est le cas pour les classes éduquées d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique qui s'identifient avec la culture de l'élite occidentale.

11. L'opinion publique occidentale, y compris en Europe et aux USA, est profondément divisée sur l'Iran. Très peu de gens en Europe et aux USA soutiennent l'appel à la guerre du lobby juif, même parmi les officiers militaires usaméricains, les cadres et d'autres catégories. Personne en Europe, même le Premier ministre Tony Blair, ne soutient un boycott total contre l'Iran. La Russie et la Chine défendent la diplomatie. La faction qui pousse à la guerre dans la classe dirigeante des USA est très isolée au plan international et faible au niveau interne à cause de sa désastreuse politique de guerre contre l'Iraq. Cependant l'administration Bush, qui est d'extrême droite, aidée et encouragée par le lobby juif, peut lancer une attaque aérienne sur l'Iran dans un effort risqué pour renforcer temporairement ses chances électorales en novembre 2006. Une guerre provoquerait le meurtre massif de civils iraniens, au-delà des 250 000 déjà assassinés en Iraq, et déclencherait une conflagration générale, particulièrement une riposte à grande échelle de la part des Gardiens de la révolution iraniens, qui pénétreraient en Iraq et d'autres qui pourraient déclencher des attaques militaires contre les installations pétrolières usaméricaines et européennes, ce qui ferait monter les prix du baril de brut au-dessus de 100 dollars, causant une récession mondiale.

12. Avant la République islamique, l'Iran était gouverné par une monarchie despotique dévouée aux USA. L'État policier du Shah était l'un des plus répressifs au monde, et fit torturer et assassiner des dizaines de milliers de gens, jetant 300 000 personnes dans l'exil. C'était un État où les inégalités étaient énormes, par l'effet du pillage de la richesse pétrolière par les compagnies pétrolières occidentales et par les USA. Le Shah était un allié militaire d'Israël et des USA, et chacun soutenait la domination de l'autre. La révolution islamique mit fin à l'exploitation étrangère, fit des distributions de terres, nationalisa l'industrie pétrolière, et introduisit des élections pluralistes, dans des limites étroitement définies par la loi islamique. La mauvaise gestion économique, le retour du capital privé dans les champs pétroliers, la corruption au sein de l'État et la répression des mouvements syndicaux de gauche ont miné une bonne partie des réformes programmées par le régime islamique, mais pas toutes. Le nouveau président a promis de faire des efforts en matière de protection sociale, de défendre l'Iran des prédateurs étrangers et de promouvoir la croissance économique. La question du développement des capacités nucléaires de l'Iran a été soulevée par Washington comme prétexte pour le faire revenir à son ancien statut de fournisseur de pétrole à bon marché. Israël et le lobby juif veulent une attaque militaire afin d'éliminer l'opposition iranienne à leur décision d'annexer la Palestine.


NDT :

[1] lumpen-bourgeoisie = littéralement "bourgeoisie en haillons" [Lumpen est un mot allemand], en référence au terme de Karl Marx "Lumpenproletariat", pour désigner le sous-prolétariat (on dirait aujourd'hui "la racaille")

[2] L'auteur utilise le terme "storm troopers", traduction de l'allemand "Sturmtruppen", qui désignait les sections d'assaut nazies.


Par James Petras, juin 2006.

Traduit de l'anglais par Maria Poumier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es).

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07/03/08

Solidarité avec le peuple palestinien

Le gouvernement israélien prépare ouvertement l’opinion mondiale à l’invasion de la bande de Gaza. Cette invasion a déjà commencé avec plus de 60 civils tués pendant la seule journée du 1er mars. Depuis des mois, la bande de Gaza, décrétée « entité hostile » est soumise à un blocus ignoble. Le gouvernement israélien s’arroge le droit d’affamer un million et demi de personnes. On manque de tout à Gaza : de vivres, d’eau, d’électricité, de médicaments, de cahiers … Un pas supplémentaire vient d’être franchi. Les morts que l’occupant appelle pudiquement « terroristes », « assassinats ciblés » ou « dommages collatéraux » sont des citoyens ordinaires, des civils qui ne demandent qu’à vivre normalement. Par son silence, par son refus de condamner les auteurs de ces crimes contre l’humanité, la communauté internationale est COMPLICE. Nous demandons que le gouvernement français

— Condamne avec la plus grande clarté les crimes commis à Gaza par l’armée israélienne ainsi que le siège de la bande de Gaza mis en place par le gouvernement israélien.

— Qu’il fasse condamner l’Etat d’Israël par le Conseil de Sécurité pour les crimes commis à Gaza et EXIGE l’arrêt immédiat de ces violences.

— Qu’il pèse sur l’Union Européenne pour qu’elle condamne immédiatement cette violence inacceptable et mette en place les sanctions qui s’imposent contre Israël : suspension de toutes les coopérations économiques, politiques et culturelles.

— Qu’il cesse de faire un parallèle entre l’occupant et ses victimes et propose le blocus d’Israël tant que durera le blocus de Gaza.

— Qu’il mette fin à l’impunité des dirigeants israéliens coupables de crimes de guerre et exige l’application de toutes les lois internationales violées par Israël.

Le bureau national de L’Union Juive Française pour la Paix (Dimanche, 2 mars 2008)


Un projet de résolution sur la Palestine présenté à Genève sous l’égide du MNA

Un projet de résolution qui condamne avec fermeté l’escalade des agressions d’Israël contre la Bande de Gaza circule aujourd’hui au Conseil des droits de l’Homme dans cette ville. Le texte sera présenté sous l’égide du Mouvement des pays non alignés, présidé par Cuba en ce moment, la Ligue arabe, la Conférence islamique présidée par le Pakistan et le groupe africain, selon PL. Ce sera une seconde tentative pour placer Israël sur le banc des accusés, maintenant lors de la septième session du CDH, qui a débuté cette semaine et qui s’étendra jusqu’au 28 mars prochain.

Il se base sur la constante agression des droits de l’homme du gouvernement de Tel Aviv, avec des attaques et des incursions militaires dans les territoires palestiniens occupés, et plus spécialement sur les massacres perpétrés dans la Bande de Gaza.

Cuba, par l’intermédiaire de son ambassadeur à Genève, Juan Antonio Fernandez, en qualité d’actuel président des Non alignés, a impulsé des démarches, pour avancer le débat d’abord programmé pour la troisième semaine de mars.

http://libertedexpression.fr/index.php/


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02/03/08

Un état d'intimidation, interview d'E. Morin

Edgar Morin :
« On a créé un état d’intimidation ».
Entretien réalisé par Silvia Cattori
17 juin 2005.

Edgar Morin, sociologue mondialement connu, a été de tous les combats depuis soixante ans.(1) Son propos, vif et concis, contredit l’idée que « l’antisémitisme » est de retour. Ce terme serait brandi, selon lui, pour occulter la répression israélienne, pour « israéliser » les Juifs, pour fournir à Israël des justifications à sa politique. Ses prises de positions en faveur des Palestiniens humiliés et offensés, ont valu à Edgar Morin d’être calomnié. Nous gardons, de notre rencontre avec lui, l’impression d’un homme de grande simplicité et probité. Nous tenons à le remercier ici de nous avoir accordé l’autorisation de publier cet entretien. Silvia Cattori.

Silvia Cattori : Vous avez été condamné pour « diffamation raciale » (2) pour avoir critiqué Israël. Pouvez-vous nous dire ce qui motive votre intervention dans ce conflit ?

Edgar Morin : Tout d’abord il y a une chose que ne comprennent pas les défenseurs inconditionnels d’Israël, c’est que l’on puisse être animé par la compassion pour un peuple qui souffre. Ce sont les souffrances continues de Palestiniens, en butte à des humiliations, vexations, maisons détruites, arbres arrachés, qui m’animent. Bien évidemment les articles que je rédige ne sont pas des articles affectifs. J’essaye de faire des diagnostics. L’article « Israël-Palestine : le cancer »(3), qui m’a valu d’être incriminé, a été conçu dans cet esprit. J’avais rédigé auparavant un article titré « Le double regard », (4) dans lequel j’essayais de comprendre les raisons avancées par les Israéliens d’un côté, et les raisons avancées par les Palestiniens de l’autre. Il est évident que l’inégalité est incroyable. J’avais également développé cette réflexion dans un texte, appelé « Le simple et le complexe » (5), où j’ai essayé de voir les deux aspects du conflit. Je disais qu’il y a un oppresseur et un opprimé ; que l’oppresseur israélien possède une force formidable et l’opprimé palestinien n’a presque aucune force.

Silvia Cattori : Pouvez-vous expliciter ce que vous entendez par « le complexe » ?

Edgar Morin : Le « complexe » vient du fait que les Juifs bien entendu portent en eux le souvenir des persécutions subies par le passé ; souvenir qui est attisé évidemment par le rappel incessant d’Auschwitz, que l’on appelle Shoah. Il est clair aussi que tant que l’isolement d’Israël dans ce monde moyen oriental se poursuit, tant qu’il n’y a pas une politique qui permet son intégration, il y a une menace tout aussi radicale que celle qui a pesé sur le Royaume franc, le Royaume chrétien de Saint-Jean d’Acre.

Silvia Cattori : Donc vous vouliez appeler Israël à plus de raison ?

Edgar Morin : Cet article a été rédigé à l’un des moments les plus intenses et les plus violents. Nous étions en 2002, lors de l’offensive militaire de Sharon. C’était le moment de Jénin. Un moment de très grande répression. De là le besoin d’intervenir et de témoigner. J’ai fondé mon texte sur de nombreux témoignages directs. D’ailleurs j’ai tenu à le faire cosigner par Sami Nair, un ami français, lui-même d’origine maghrébine, et par Danielle Sallenave qui, elle-même, était allée en Palestine. Il est évident que par ce texte j’ai voulu établir un diagnostic et donner un signal d’alarme. Je l’ai donc pensé, mesuré dans sa complexité. Il y avait une question que je tenais à poser. Comment se faisait-il que deux millénaires de persécutions et d’humiliations n’avaient pas servi d’expérience pour ne pas humilier autrui ? Comment en est-on arrivé à ce qu’Israël, lui-même l’héritier de juifs persécutés et humiliés, persécute et humilie les Palestiniens ? C’est ce paradoxe historique que j’interrogeais et que l’on m’a beaucoup reproché – entre autre - dans le camp pro-israélien. Ainsi ce passage a provoqué la fureur d’intellectuels comme Finkielkraut.

Silvia Cattori : Qu’y avait-il de condamnable ?

Edgar Morin : La condamnation porte sur deux passages. (6) Ces passages, détachés de leur contexte, ont abouti à ce que la Cour d’appel les considère comme diffamatoires racialement ; à ce que des magistrats et un ministère public en arrivent à la condamnation des auteurs de l’article et du quotidien qui l’a publié. Or il est absolument évident que l’article en question n’est ni antisémite, ni racial, ni raciste. C’est clairement précisé qu’il s’agit des Juifs d’Israël, et non pas des Juifs de la rue des Rosiers ou de Broklin, qui persécutent les Palestiniens. Il est également précisé que ce n’est pas uniquement l’occupant israélien qui en arrive à des exactions pareilles, mais tout occupant sur un territoire où il n’est pas accepté. Toutefois, le tribunal n’a pas retenu comme « incitation au terrorisme » le passage où je disais qu’il fallait essayer de comprendre pourquoi il y avait ces bombes humaines, appelées kamikazes. J’ai essayé de donner les raisons psychologiques, historiques, y compris l’intervention politique du Hamas ; en clair je ne fait que tenter de comprendre ce qui se passe dans l’âme et l’esprit de ces combattants et les conditions de désespoir et de haine qui les anime. Même si le tribunal ne leur a pas donné raison sur ce passage, ces interrogations sont perçues par ceux qui accusent comme une « apologie du terrorisme ». Ils ne veulent même pas que l’on essaye de comprendre pourquoi des gens sacrifient leur vie de la sorte !

Silvia Cattori : Tout ce qui se passe à ce sujet est incompréhensible pour la plupart des gens !

Edgar Morin : Il se passe que, pour une grande partie des Israéliens - et peut-être une grande partie des Juifs qui sont ici en France entre les mains du CRIF (7), de ces organisations que l’on appelle communautaires - il y a une sorte de judéo-centrisme, de phénomène d’hystérie de guerre : l’ennemi est montré sous un angle diabolique et soi-même on croit toujours avoir raison. Il se passe que, bien qu’en France l’on ne soit pas en guerre, il y a cet état d’esprit qui leur fait voir de l’antisémitisme dans toute critique d’Israël. Or il est évident que l’on peut, avec des arguments pervers, insinuer que tous ceux qui critiquent Israël - qui est un Etat qui se déclare juif, qui se veut juif, et qui prétend représenter tous les Juifs - deviennent antisémites. C’est une sorte de cercle vicieux. Je crois qu’au surplus, agiter un antisémitisme imaginaire, renforce l’israélo centrisme.

Silvia Cattori : Israël n’est-il pas assez fort comme cela ?

Edgar Morin : Israël n’existe que parce qu’il y a eu un antisémitisme dont le point culminant a été l’antisémitisme nazi. Malgré son hétérogénéité, Israël se sentait, dans les premiers temps, menacé vitalement par ses voisins arabes. Mais depuis 1967, où il est dans la position de l’Etat le plus fort, il a besoin de camoufler cette situation de domination par celle de victime. D’où le retour à Auschwitz et aux rappels incessants du martyre passé. Par conséquent Israël est amené à réveiller l’idée que, dans des pays où il y a de nombreux Juifs, les « gentils » (les non juifs) sont fondamentalement ou potentiellement antisémites. Cela revient à dire aux Juifs « vous n’êtes pas chez vous en France, chez vous c’est Israël ». Autrement dit, l’antisémitisme alimente d’une certaine façon une politique qui, au lieu de rechercher la bonne entente et la paix, recherche la solution dans les annexions de nouvelles terres. Voila en résumé dans quel contexte il faut situer le phénomène de « l’antisémitisme » et son instrumentalisation.

Silvia Cattori : Alors si je comprends bien vous dites qu’il y a des personnes qui empoisonnent le débat pour défendre l’indéfendable ?

Edgar Morin : Après la diffusion de mon article il y a eu bien entendu beaucoup de messages de compréhension et de reconnaissance par ceux qui ont compris cette vision complexe ; mais il y a eu aussi des injures et des insultes. Une femme très éduquée, ingénieur, m’a dit « mais Monsieur qu’est-ce que vous racontez ! Jérusalem est à nous depuis trois mille ans ! » Comme si c’était d’évidence historique que Jérusalem été éternellement juive.

Silvia Cattori : Cet acharnement à faire taire toute critique qui embarrasse Israël, ne va-t-il pas susciter des cassures dommageables ?

Edgar Morin : L’idée de ceux qui me calomnient est de faire passer le message que, bien que d’origine juive, je puisse être antisémite. Ils avancent l’argument de « la haine de soi ». Parce que, effectivement, certains Juifs, notamment dans l’Allemagne d’avant la deuxième guerre mondiale, se sentant parfaitement à l’aise dans la culture allemande, éprouvaient une gêne d’avoir cette chose hétéroclite, hétérogène, qu’était leur origine. Mais en venir à m’accuser de « la haine de soi », est absolument ridicule ! Tout cela est absolument grotesque. Ces organismes juifs qui engagent les procès contre moi - Avocats sans frontière, France-Israël - ont déjà fait beaucoup de procès à d’autres gens. Le premier procès qu’ils n’ont pas perdu est le procès en appel où je suis en cause et où, je crois, que c’est sur instruction du Ministère de la Justice, dans le cadre de cette vigilance extrême sur l’antisémitisme, que le Ministère public a pris la parole au cours du procès - ce qu’il ne fait jamais dans ce genre de procès - pour dire qu’il y avait deux passages qui devaient être considérés comme diffamation raciale. Voilà le contexte.

Silvia Cattori : Comptez-vous répondre aux calomnies ?

Edgar Morin : Je compte publier l’ensemble des articles que j’ai rédigés sur cette question, sous le titre peut-être : « Ecrits racistes et antisémites » pour qu’au moins les lecteurs puissent voir de quoi il s’agit. Car il est vrai que c’est très difficile de comprendre ce qui se passe en Israël-Palestine.

Silvia Cattori : Ce qui revient à dire qu’aussi longtemps que le droit du plus fort occulte le droit du plus faible, c’est cette vision unidimensionnelle qui primera.

Edgar Morin : On a vu à la télévision des maisons détruites, on a vu des chars tirer sur des enfants ; mais ce que l’on ne peut pas voir à la télévision c’est l’humiliation quotidienne faite à ces Palestiniens qui se présentent aux postes de contrôles, à ces vieux que l’on fait se déshabiller devant leurs enfants. C’est de ce mépris horrible que j’ai voulu rendre compte ; de ce mépris affreux, surtout manifesté par ces jeunes soldats de Tsahal, peut-être pas tous ; il y a quand même une petite minorité qui va aider les Palestiniens à reconstruire des maisons détruites. Cette humiliation n’est pas perçue dehors ; ce sont ceux qui vont sur place qui l’ont constatée. C’est pourquoi beaucoup de gens n’arrivent pas à comprendre la situation quotidienne des Palestiniens. Par ailleurs, il est clair pour moi que tous ces procès ont toujours été voulus dans le but de faire croire à l’opinion israélienne et américaine que la France est antisémite. Et ensuite, quand ces organisations perdent les procès, elles répandent l’idée que les juges sont antisémites eux aussi. Donc, ils gagnent de ce point de vue là. Et par là même ils font peur, ils intimident. Or, s’il y a un déferlement de racisme c’est sur les Palestiniens qu’il se manifeste.

Silvia Cattori : Mais quand ces intimidations s’arrêteront-elles ?

Edgar Morin : Beaucoup de gens me disent « mais toi tu peux écrire ces choses là parce que tu es d’origine juive mais nous on n’oserait pas, on a peur, on se ferait tout de suite traiter d’antisémite ». Alors, cette peur de se faire traiter d’antisémite chaque fois que l’on veut exercer un acte de libre critique, créé un climat empoisonné. C’est pourquoi je pense que le jugement rendu par le tribunal l’autre jour - jugement qui me condamne – va encore aggraver ce climat et rendre de plus en plus difficile la critique d’Israël et, en un sens, la liberté d’expression. Sans compter le fait que ce genre de discrédit, d’outrage, fait à des personnes - dont moi-même - qui toute leur vie ont lutté contre toutes les discriminations, est inique autant que grotesque.

Silvia Cattori : Cette expérience malheureuse vous a-t-elle fait découvrir une réalité que vous méconnaissiez ? Qu’il y a, en France, une manière de prise de contrôle basée sur l’intimidation et la diabolisation qui ruine des vies ?

Edgar Morin : Vous parlez de gens qui ont perdu les procès ?

Silvia Cattori : Je me réfère à des cas où les procès sont gagnés mais suivis d’appels sur appels.

Edgar Morin : Cette réalité je la connaissais très bien. Je connais le journaliste Daniel Mermet qui a été lui aussi poursuivi. Je sais que, jusqu’à présent, ils ont perdu tous les procès intentés. La seule fois où ils ont gagné, c’est avec notre article.

Silvia Cattori : On peut comprendre que des personnes mal informées puissent être ébranlées par votre argumentation. Mais quand une personne avertie, comme Alain Finkielkraut par exemple, affirme être saisie « d’épouvante » (8) en vous lisant, que penser ?

Edgar Morin : C’est un phénomène bien connu. Il y a une fermeture à partir du moment où les pro-israéliens ont l’impression que c’est Israël la victime, et que ce sont les Palestiniens les coupables qui veulent la mort d’Israël, ce qui justifie toute cette répression contre eux. A partir du moment où ils ont l’impression que, quand la presse montre des images où l’on voit les chars israéliens, c’est une presse unilatérale, pro-palestinienne, et que toute information qui parle des souffrances des Palestiniens est pro-palestinienne, donc tendancieuse, on entre dans une conception totalement fermée. Quand vous avez affaire à un groupe fermé qui est persuadé d’avoir la justice de son côté, il s’octroie le droit de dire et faire n’importe quoi. C’est la même chose avec les groupes « terroristes » que combat Israël. Le fait est que là, avec ce conflit, il s’est créé un nationalisme et un chauvinisme juif toujours auto-justifié ; dans le reste de l’opinion on a peur de passer pour antisémite du fait des siècles d’antisémitisme passés. La juste culpabilité de l’antisémitisme paralyse la juste critique d’Israël.

Silvia Cattori : Dois-je conclure que soutenir Israël c’est se tromper de combat ? Que la justice voudrait que tous les Israéliens et tous les Juifs du monde s’unissent pour exiger du gouvernement israélien la cessation des abus et le respect de la loi internationale ?

Edgar Morin : Il y a une minorité de Juifs qui se battent dans ce sens là. Et même, je peux vous dire qu’en Israël, on peut écrire des choses qu’ici nous vaudraient des procès. Le rabbin Leibowitz disait qu’Israël devenait un « Etat judéo-nazi ». Mais ici en France, sous ma signature, l’on ferait un procès. On a créé, chez certains esprits, un état d’intimidation et de terreur psychologique.

Silvia Cattori : Les intellectuels de confession juive, les militants juifs étaient généralement à l’avant-garde de la lutte pour les libertés. Or, nombre de militants - le plus souvent issus du trotskisme ou du communisme - pratiquent aujourd’hui une sorte de maccarthysme. Ils semblent très actifs à désigner des « antisémites » (9) de manière totalement arbitraire et à parler, finalement, de la même voix que ces institutions juives qui vous font des procès. Etrange renversement non ?

Edgar Morin : Ceux dont vous parlez n’étaient pas de confession juive. Ils n’étaient pas religieux. Ils étaient d’origine juive mais ils étaient devenus internationalistes, universalistes. Or, à partir du moment où beaucoup d’entre ces militants - qui étaient trotskistes, maoïstes, communistes - ont perdu leur foi, il s’est opéré en eux une crise et ils ont retrouvé une raison d’espérer en se raccrochant à Israël. Ce fut le cas de Benny Levi, l’ancien responsable maoïste ; ce fut le cas d’Annie Kriegel, ex-stalinienne. Vous avez un retour à cette identité qui devient fermée. Le propre des Juifs dans le monde occidental, une fois qu’ils acceptaient leur statut de citoyens, ils faisaient partie de la nation ; ils ne faisaient plus partie d’un peuple juif qui était dispersé ; ils ne faisaient plus partie d’un Etat juif qui n’existait plus. Beaucoup d’entre eux n’avaient plus d’attaches avec la religion même si, parfois, ils allaient à la synagogue par respect pour leur famille. Donc les trois éléments qui formaient l’identité juive avant la diaspora, « une nation, un peuple, une religion », avaient disparus. Les Juifs qui rentraient ainsi tout naturellement dans le monde des « gentils », percevaient fort bien le danger que faisait peser sur eux le nationalisme étroit. Ils avaient donc des tendances universalistes ; ils étaient européistes, ils étaient mondialistes, ils étaient internationalistes. Mais à partir de la création de l’Etat juif, et surtout à partir de soixante-dix, beaucoup de Juifs du monde extérieur se sont sentis solidaires d’Israël, liés à cet Etat par une double fidélité ; ce qui peut très bien se comprendre. Les communistes eux mêmes étaient français et en même temps solidaires de l’Union soviétique. Vous avez un Etat. Vous avez un peuple. D’ailleurs beaucoup d’organismes de jeunesse juifs disent « un seul peuple dans deux nations ». On a reconstitué l’idée d’un peuple juif. Et les Juifs laïcisés se sont mis à lire la Bible, le Talmud. Il y a eu un retour à la religion. Donc les trois composantes de l’identité juive de l’antiquité ont été ressuscitées. Et quand on est dans une telle composante, et en situation de guerre, on se met à haïr l’ennemi et tous ceux qui altèrent la belle image de soi.

Silvia Cattori : Quelle image ?

Edgar Morin : C’était le sabra, c’était l’homme qui colonise la terre, c’était le mythe d’un peuple « sans terre pour une terre sans peuple » qui faisait pousser les fleurs dans le désert, c’était un peuple de combattants héroïques ; il y avait cette image merveilleuse du Juif qui avait éliminé l’image du petit juif craintif de ghetto. Et quand, un peu plus tard, on se rend compte que ces mêmes gens envoient des missiles pour liquider des militants du Hamas, réels ou supposés, détruisent des agglomérations - comme Jenin en 2002 - font toutes ces opérations militaires répressives, cela touche l’image de « soi » ; l’image de beaucoup de Juifs qui ne peuvent pas se reconnaître dans cette image. L’image dans laquelle ils se reconnaissent est, je suis le martyr d’Auschwitz, je suis le bel Israélien qui fertilise une terre. Voilà. Donc quand cette image de « soi » est altérée d’une façon aussi dramatique, ils se mettent également à haïr tous ceux qui, par la critique d’Israël, détruisent l’image de « soi ». Pourquoi pendant longtemps « ils » n’ont pas voulu appeler les Palestiniens les Palestiniens ? Parce que c’étaient des Arabes ! Même Golda Meir disait d’eux que c’étaient « des bêtes ». Ils n’ont pas même voulu leur donner d’identité. C’est l’Organisation de libération de la Palestine (OLP,) avec Arafat, qui a fini par faire reconnaître au monde la notion de Palestinien et a fini par la faire reconnaître in extremis au gouvernement israélien. Demeure que l’idée que les Palestiniens puissent exister dans une terre qui était soi disant « sans peuple » est une idée qui les offense ; les Palestiniens sont vus comme des parasites. Donc voilà comment tout ceci s’est créé. Malheureusement tout cela - qui est compréhensible - est tout à fait lamentable.

Silvia Cattori : Les autorités politiques en Europe, n’ont-elles pas favorisé ce climat délétère pour avoir été trop à l’écoute d’institutions qui poursuivent des intérêts particuliers ?

Edgar Morin : Je crois que ces campagnes, menées par le CRIF et quelques autres organismes communautaires, ont fait en sorte que le gouvernement et le pouvoir ont quasiment capitulé. En disant qu’ils combattaient le racisme ils ont surtout voulu combattre l’antisémitisme. Ils ont oublié les autres racismes, et pas seulement à l’égard des Arabes, mais des Tziganes, etc. Je crois que c’est également l’importance politique de la minorité juive en France - il y a bien une minorité islamique plus importante en nombre mais moins influente politiquement - qui amène le gouvernement à aller plus ou moins au devant de ses désirs. Les responsables du CRIF se sont même permis de critiquer la politique internationale de la France sans que le gouvernement ait quoi que ce soit à redire.

Silvia Cattori : Cette soumission ne peut qu’encourager les demandes ?

Edgar Morin : Oui. Ils se sentent encouragés par tant d’attentions. Et en arriver à ce que la commémoration d’Auschwitz soit centrée uniquement sur les Juifs, alors que nous savons fort bien qu’il y avait aussi d’autres victimes. Et que, parmi les victimes de la répression nazie, il y a eu environ deux millions et demi de prisonniers de guerre soviétiques qui sont morts dans les camps. Nous savons que la répression était avant tout concentrée sur les Juifs ; mais elle s’est aussi portée sur les Tziganes, sur les débiles mentaux. Nous savons que cette répression aurait frappé massivement les Slaves aussi, si Hitler avait gagné la guerre. Tout ceci, qui s’est pareillement concentré sur les Juifs - comme s’ils étaient les uniques victimes de l’humanité - a provoqué le choc en retour. Les noirs ont fini par dire « Et nous, et cinq siècles d’esclavages et de traite des noirs ? » Et les Algériens « Et la guerre d’Algérie, et ce que les Français nous ont fait» ? Je trouve que c’est très justement que tous ceux qui ont souffert, de ce que l’on peut appeler la barbarie européenne, disent maintenant « Il ne faut pas nous oublier ! Il n’y a pas que les Juifs au monde » !

Silvia Cattori : A quoi pouvons-nous nous attendre désormais ?

Edgar Morin : Je pense qu’ils (les institutions juives) sont allés trop loin. Il est vrai qu’au début, quand il y a eu la libération des camps, on n’a parlé que des déportés politiques ; on n’a pas spécialement parlé des Juifs. Il faut préciser qu’en France il y avait eu plus de déportés politiques que de déportés Juifs. Cela tenait au fait qu’une partie de la population française avait caché des Juifs. La France avec la Bulgarie - alors que dans d’autres pays il y a eu 60 à 80 % de victimes juives – est le pays où parmi les déportés, les Juifs étaient en nombre moindre parce que bien de braves gens ont caché et protégé des Juifs dans les villes et les campagnes. En France, à la fin de la guerre, on avait surtout parlé alors des déportés politiques qui revenaient, mais on n’avait pas parlé des Juifs en particulier. Mais maintenant on est passé à l’autre extrême. On oublie tous les autres déportés. Or, tout ces excès, font partie d’une vision politique où les Juifs ne peuvent être que héros ou victimes. Et si on porte atteinte à cette double image, alors on est un salaud.

Silvia Cattori : N’avez-vous pas la nostalgie d’une époque où Juifs et non-juifs étaient à l’abri des particularismes ? Nous y sommes en plein en ce moment où tout « goyim », qui critique Israël, peut être soupçonné « d’antisémitisme ».

Edgar Morin : Oui. Cela nous ramène à ce que pendant des siècles, tout Juif pouvait être un suspect. Et que tout Juif avait l’inquiétante étrangeté. Et maintenant pour les Juifs tout « goyim » peut être suspect, c’est sûr ; il y a un renversement.

Silvia Cattori : D’être dans le camp des condamnés ne semble pas trop vous bouleverser ?

Edgar Morin : Non, je suis simplement calomnié. Cela m’est déjà arrivé d’être calomnié ou marginalisé pour d’autres raisons. Non, d’ailleurs je vais résister à cela. Je vais publier tous les articles que j’ai faits sur cette question. Je vais intervenir là où on me demande d’intervenir. Il semble qu’il y a eu ces jours-ci un débat à la Sorbonne. Monsieur Roire, journaliste du Figaro, demandait comment il se faisait que je sois « antisémite » puisque j’étais juif ; et Monsieur Barnavi, ex ambassadeur d’Israël, aurait dit que mon article est unilatéral, que c’était tout à fait étonnant qu’un auteur qui se prétend philosophe de la complexité, rédige un article qui ne vaut rien du tout, mais qu’il n’était pas partisan de judiciariser ces affaires là.

Silvia Cattori : Avez-vous dialogué avec les responsables des associations qui sont à l’origine de votre condamnation ?

Edgar Morin : Non je n’ai jamais dialogué avec eux, non ; ou plutôt, ils n’ont jamais dialogué avec moi.

Silvia Cattori : Soutenir Israël, vouloir châtier des gens parfaitement honorables, est-ce à l’avantage de ces institutions ?

Edgar Morin : Non, ce n’est pas à leur avantage en France, mais cela a un avantage sur le plan international, américain. Ils ont besoin de crier à l’antisémitisme, de dire que l’antisémitisme se déploie. Tout cela sert à justifier Israël. Ce qu’ils font c’est stratégiquement bien conçu.


(1) Edgar Morin, né en 1921, chercheur émérite au sein du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), directeur de la section des sciences humaines et sociales (CETHSAH), est toujours en pleine activité.
(2) L’association « France-Israël Géneral-Koenig » et « Avocats sans frontières » (présidée par Gilles-Williams Goldnadel) ont attaqué Edgat Morin en justice en 2002 après la parution de l’article « Israël-Palestine : le cancer » publié en juin 2002 dans la tribune libre du quotidien Le Monde.
(3) Edgar Morin, Danielle Sallenave et Sami Naïr, ont cosigné « Israël-Palestine : le cancer ». Ils ont été condamnés en appel par la cours de Versailles le 27 ami 2005, alors que le Tribunal de grande instance de Nanterre les avait relaxés en mai 2004.
(4) « Israël-Palestine : Le double regard ». Libération, 11 septembre 1997.
(5) « Le Simple et le complexe ». Le Monde, 2 février 2001.
(6) Le premier passage incriminé « On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et les pires mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Le second passage incriminé : "Les Juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens".
(7) Conseil représentatif des institutions juives en France.
(8) Alain Finkielkraut : « Entre Mel Gibson et Edgar Morin ». L’Arche, mai 2004.
(9) Ras l’ Front, le site Proche-Orient Info, SOS racisme entre autres

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31/01/08

Le monde occidental et le complexe de l’holocauste: l’impunité d’Israël

 
   
Par Chems Eddine Chitour  
 
Professeur A L’école Nationale Polytechnique
 
 
 
«Il est interdit d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre (…). Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile.» C’est par ces termes qu’Alain Gresh commente la dernière incursion israélienne dans ce qui reste de la Palestine.   
 
Les implications de l’article 54 du Protocole additionnel I de  1977 aux conventions de Genève sont claires : le bombardement des centrales électriques à Gaza par l’armée israélienne, le blocus des populations civiles et les punitions collectives contre elles relèvent de crimes de guerre.
 
Un autre principe du droit international violé par l’offensive israélienne est précisé par le même Protocole additionnel : celui de proportionnalité. Le texte stipule que des attaques «sont interdites si on peut s’attendre à ce qu’elles causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles ou des dommages aux biens de caractère civil qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu ». Qui peut penser un instant que l’objectif affirmé - sauver un soldat - vaille ces multiples destructions ? (1).   
 
Contrairement à ce qu’ont écrit plusieurs journaux français, dont Libération (2), Israël a négocié plusieurs fois des échanges de prisonniers : ainsi, en 1985, il a libéré 1 150 détenus palestiniens pour récupérer trois de ses soldats qui avaient été capturés par le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) ; et en 2004, dans le cadre d’un accord du même type avec le Hezbollah libanais, il a échangé 400 détenus palestiniens contre un colonel israélien et les corps de trois soldats tués. Des négociations ne sont-elles pas mieux à même d’obtenir la libération de Gilad Shalit que les opérations militaires, qui risquent d’aboutir à la mort de l’otage ? (1).
 
Comme le remarque l’éditorial du quotidien israélien Haaretz du 30 juin : «Bombarder des ponts que l’on peut contourner à pied ou en voiture ; prendre le contrôle d’un aéroport qui est en ruines depuis des années ; détruire une station électrique, plonger de grandes parties de Gaza dans le noir ; distribuer des tracts pour dire aux gens que l’on est concerné par leur sort ; survoler le palais présidentiel de Bachar El-Assad et arrêter des responsables élus du Hamas. Et le gouvernement veut nous convaincre que tout cela est fait seulement pour libérer le soldat Gilad Shalit.» Et le commentateur de poursuivre : «Olmert devrait savoir qu’arrêter des dirigeants ne fait que les renforcer, eux et leurs partisans. Mais cela n’est pas seulement un raisonnement biaisé : arrêter des gens pour s’en servir comme monnaie d’échange est l’acte d’un gang, pas d’un Etat.» (3)
 
«En fait, comme l’ont révélé les médias israéliens, cette offensive, y compris l’arrestation des principaux responsables du Hamas, députés élus et ministres en tête, avait été planifiée depuis longtemps. Pour quelles raisons ? Il s’agit d’en finir, non seulement avec le gouvernement palestinien issu du scrutin de janvier 2006, mais avec toute forme d’autorité palestinienne. C’est la logique du «plan de désengagement» décidé par M. Ariel Sharon et repris par M. Ehud Olmert : prétendre qu’il n’existe pas d’interlocuteur palestinien pour pouvoir tracer unilatéralement les frontières d’Israël. Cette stratégie ne date pas de la victoire du Hamas ; durant toute l’année 2005, alors que M. Mahmoud Abbas était à la tête de l’Autorité et gouvernait avec une majorité Fatah, le Premier ministre Ariel Sharon a systématiquement refusé de négocier avec lui et a poursuivi, malgré la décision de la Cour internationale de justice, la construction du mur. Ce choix de l’unilatéralisme représente la mise en cause du dernier acquis des accords d’Oslo: (1).
 
La victoire du Hamas aux élections de janvier 2006 (4) a permis au gouvernement israélien d’accentuer sa propagande sur le thème «il n’y a pas d’interlocuteur palestinien». Les Etats-Unis et l’Union européenne (avec l’aval de la France ont posé trois conditions au nouveau gouvernement palestinien (5) - reconnaître l’Etat d’Israël ; arrêter toutes les actions armées ; accepter le processus d’Oslo - et ont suspendu l’aide directe, contribuant de manière significative aux souffrances d’une population coupable d’avoir «mal voté». La complaisance à l’égard d’un gouvernement israélien qui refuse de reconnaître le droit des Palestiniens à un Etat indépendant sur les territoires occupés en 1967, qui utilise le terrorisme contre les civils et qui renie tous les engagements des accords d’Oslo, est sans borne. On a même pu entendre Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux affaires étrangères, saluer l’unilatéralisme du gouvernement israélien comme «une décision courageuse».(1)
 
«Ce n’est sans doute pas un hasard, conclut Alain Gresh, si l’offensive actuelle a coïncidé avec la signature de la déclaration commune (6) de toutes les organisations palestiniennes (à l’exception du Djihad islamique), qui prévoit l’établissement d’un Etat palestinien indépendant sur tous les territoires occupés en 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale - et représente donc une reconnaissance de facto d’Israël. C’est aussi cette nouvelle perspective de paix qui s’ouvrait que le gouvernement israélien a voulu enrayer. Comme en 2002, quand le sommet arabe de Beyrouth avait entériné un plan qui prévoyait la reconnaissance de l’Etat d’Israël en échange de la création d’un Etat palestinien, et que le gouvernement de M. Sharon avait répondu, prenant prétexte d’un attentat-kamikaze, par une offensive généralisée contre les territoires occupés. Pourtant, «Pluie d’été», nom romantique donné à l’offensive israélienne, confirme l’échec de la politique unilatérale : le retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza, sans négociations avec les Palestiniens, ne peut déboucher sur la paix ; appliquée à la Cisjordanie, où l’imbrication des colonies et de la population palestinienne est inextricable, toute évacuation unilatérale ne pourra déboucher que sur de nouvelles violences. (1)
 
A des degrés divers, les rares critiques objectives de la politique israélienne ont été clouées au pilori et leurs auteurs traînés dans la boue , menacés, boycottés, bref morts socialement et intellectuellement par des «avocats» sans concession et sans conscience et critique objective de la politique israélienne. Le cas de Pascal Boniface, parmi tant d’autres, est édifiant à plus d’un titre . Il met ici au jour une réalité singulière : l’impossibilité de critiquer le gouvernement Sharon sans encourir les accusations les plus extravagantes et des mesures de rétorsion qui s’apparentent au terrorisme intellectuel.(7)   
 
«En m’exprimant, écrit Pascal Boniface, sur le conflit israélo-palestinien, je savais que je défiais les lois de la prudence, qui conseillent d’éviter, si l’on n’y a pas un intérêt personnel, de traiter un sujet aussi passionnel. Je pense tout simplement, d’un point de vue moral, que les principes universels ne doivent pas être appliqués de façon sélective et, d’un point de vue réaliste, qu’aucune paix durable ne peut être établie sur la négation des droits d’un peuple… Je trouve inadmissible le terrorisme intellectuel consistant à accuser d’antisémitisme toute personne qui critique le gouvernement israélien, accusation d’ailleurs qui devrait s’appliquer aux pacifistes israéliens et aux juifs français qui partagent ce point de vue».(8) «Mais tout cela n’empêche pas pour autant de dire que le sort fait aujourd’hui aux Palestiniens est immoral, illégal et, par ailleurs, contraire aux intérêts à long terme des deux peuples. Aujourd’hui, tout débat sur le Proche-Orient s’arrête au fait que trop de gens pensent que ce qui sera donné à l’un (en l’occurrence les Palestiniens) sera pris à l’autre, comme dans les jeux à somme nulle».   
 
Faisant un parallèle avec le traitement qui est fait à l’Islam et aux Musulmans, Pascal Boniface constate que «les livres de Houellebecq et de Oriana Fallaci n’auraient pas pu être publiés en France si, au lieu de s’en prendre à l’Islam et aux arabes, ils s’en étaient pris à d’autres communautés. Je ne dis bien sûr pas qu’il faudrait publier le même type de livre sur d’autres sujets, mais de deux choses l’une ; soit l’on interdit tous les livres de cette sorte, soit alors, on ne procède pas à une indignation sélective. Mais, on atteint le comble de la contradiction lorsque Maître Gilles William Golnadel, qui est l’un de ceux qui protestent avec la plus grande véhémence contre la montée de l’antisémitisme, vient défendre au tribunal le livre d’Oriana Fallaci ou lorsque que des intellectuels comme Pierre-André Taguieff et Alain Finkelkraut, prompts à débusquer la remontée de l’antisémitisme derrière toutes critiques d’Israël, ne trouvent que des imperfections de style au livre d’Oriana Fallaci». (1)
 
Heureusement et pour l’honneur de la presse des voix se sont élevées contre cette chasse aux sorcières. Denis Gombert réagit : «Je trouve inadmissible le terrorisme intellectuel consistant à accuser d’antisémitisme toute personne qui critique le gouvernement israélien». Intervenant à deux reprises en août 2001 dans le journal Le Monde, Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, soulevait un débat, puis une tempête médiatique, en arguant qu’il