A l'indépendant

Une révolution est d'abord, pour une société, ce qu'une conversion est pour l'individu: changer le but et le sens de la vie. Roger Garaudy

lundi 7 décembre 2009

Pour une voie Louis-Aragon à Paris, par François Eychart

Depuis des années, la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet réclame que le nom d’Aragon soit donné à une voie de Paris. Il est évident qu’Aragon fait partie des poètes du XXe siècle qui ont le mieux chanté Paris. Du début jusqu’à la fin de sa vie, du Paysan de Paris à Il ne m’est Paris que d’Elsa, Paris tient une place essentielle dans son oeuvre. Il est donc juste qu’une voie porte son nom. Tout comme il est juste que les noms de François Mauriac, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Paul Claudel ou d’autres grands écrivains du XXe siècle aient été donnés à des rues, des quais ou des édifices et qu’ainsi ils prennent tous les jours un peu plus leur place dans le panorama mental parisien. Cela nous paraît non seulement juste mais nécessaire. Et nous ne saurions considérer que cette question a été bien réglée pour Paul Éluard ou André Breton en baptisant de leurs noms une simple allée derrière les Halles.

Un voeu a été récemment voté par le Conseil de Paris. Il doit permettre de donner enfin le nom d’Aragon à une voie de Paris. Comme l’indique la lettre que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a fait parvenir à Jean Ristat à la suite de ce voeu, l’ambition est d’honorer Aragon et de donner son nom à une voie qui corresponde à son importance. Cela est juste et doit être réalisé sans plus tarder.

À l’appel de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, un comité s’est constitué il y a quelques mois pour poser le problème de l’absence d’une voie Aragon à Paris, vingt-cinq ans après sa disparition. De nombreuses personnalités soutiennent déjà cette initiative. Qu’elles en soient ici remerciées. Mais nous pensons qu’il ne serait pas juste de réserver aux seuls écrivains, artistes ou intellectuels parisiens la possibilité d’intervenir sur cette question. Quoique parisien, Aragon appartient à la nation française, dans sa grande et riche diversité. En tant qu’écrivain, il l’exprime au plus haut degré. Que toutes celles et tous ceux qui pensent que donner son nom à une voie importante de Paris est d’une grande signification culturelle appuient notre initiative en s’y associant.

Cela ne pourra que hâter l’arrivée d’une heureuse solution à ce problème.

François Eychart
Les Lettres françaises


   

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samedi 25 juillet 2009

La danse des atomes, par Djouher Khater

 

 

Les atomes tourbillonnent

En  hommage à l’Amour

Tournoyants  d’allégresse

Ils pénètrent  dans leur valse

En  la moindre existence

En transe ils dansent et dansent

 

Les  atomes tourbillonnent

Et en  la moindre existence

Cesse d’agir le Trou noir

Et fuse la douce lumière

Source de vie première

En transe ils dansent et dansent

 

Les atomes tourbillonnent

Et source de vie première

Enveloppent  le dernier-né

Pour que son être uni

Réfléchisse l’Harmonie 

En transe ils dansent et dansent

 

Les atomes tourbillonnent

Et réfléchissent  l’Harmonie 

Royal  sceau de protection

Solidaires chaînes en action

Pour qu’ils soient  vivifiants

En transe ils dansent et dansent

 

Les  atomes tourbillonnent

Pour qu’ils soient  vivifiants

Captons en vite  l’énergie

 Pour l’amour en danger

En offrande à l’étranger

En transe ils dansent et dansent

 

Les atomes tourbillonnent 

En offrande  à l’étranger

D’une infime part de Soi

Au fragile visage roi

De tout autre que soi

En transe ils dansent et dansent.


                                

 

Djouher Khater


Danseramallah

Le monde danse à Ramallah

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jeudi 23 juillet 2009

En colère, je nous perds. Poème de Djohar Khater

 

 

Par mégarde dans le tort
Après  coup  ou  dés  l’abord
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien
Sans Toi je ne suis rien

 

 

 

En colère je nous perds
Je nous gagne en amour
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien
Sans Toi je ne suis rien

 

 

 

Nul autre ne  sait me voir
Dans les ténèbres  du soir
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien
Sans Toi je ne suis rien

 

 

 

Aveugle ne peut  m’échoir
Fusse l’éclair de  Lumière
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien
Sans Toi je ne suis rien

 

 

 

Le flux  de Ta chaleur
Dégèlera  froid  et peur
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien
Sans Toi je ne suis rien

 

 

 

Lorsqu’ affront aux blessures
Je rirai des morsures
Ce sera certes un  Signe
Accompagne mon chemin
Sans Toi je ne puis rien

 

 

 

Toi qui es l’Origine
Et Toi qui es la Fin
Accompagne mon chemin
Nous le savons si bien

J’ai de Toi tant besoin. 

 

D. K

 

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samedi 13 juin 2009

La vie c'est beau et c'est grand (Boris Vian)

Bientôt le 50e anniversaire de la mort de Boris Vian (23 juin 1959)

vian

 

Précisions sur la vie

 

        A mes zenfants

La vie , ça tient de diverses choses
En un sens ça ne se discute pas
Mais on peut toujours changer de sens
Parce que rien n'est intéressant comme une discussion.

 

La vie c'est beau et c'est grand.
Ca comporte des phases alternées
Avec une régularité qui tient du prodige
Puisqu'une phase en suit toujours une autre
La vie, c'est plein d'intérêt
Ca va, ça vient...comme les zèbres

 

Il peut se faire que l'on meure
- Même, ça peut être bien se faire
Mais pourtant, ça n'y change rien:
La vie tient de diverses choses
Et par certains côtés, en outre,
Se rattache à d'autres phénomènes
Encore mal étudiés, mal connus,
Sur lesquels nous ne reviendrons pas.

 

9 février 1948

 

Boris Vian, Cantilènes en gelée, Collection 10/18  n° 517, pp60-61

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samedi 6 juin 2009

Cœurs en peine, de Djohar Khater


 

Recluse sous les rémiges de l’exil
Par les signes contraires qui s’enfilent
La tête vadrouillant sans repères
À l’embouchure d’un monde à l’envers
Capte la complainte fusant du nombril

 

Mes petits arrivent dépouillés
Comment sans ailes du nid s’envoler
Le jour où sonnera l’appel de l’aller !
S’inquiète l’oiseau en peine
Cœur frémissant qui saigne

 

Mes petits arrivent dépouillés
Comment habiter les eaux sans ouïe
Dans les fonds abîmés par la main qui nuit !
S’inquiète l’anguille en peine
Cœur frémissant qui saigne 

 

Mes petits arrivent dépouillés
Comment mal nés vont-ils s’enraciner
Pousses nourries au jeune sein condamné!
S’inquiète l’arbre en peine
Cœur frémissant qui saigne

 

O douleur! J’arrive et déjà dépouillé
Fœtus sevré du lait des rêves clairs
Par la furie guerrière du Ciel et Terre!
S’écrie le bébé en peine
Cœur frémissant qui saigne

 

Mes peuples arrivent dépouillés
Puisque dame rage tient les hommes en serre
J’invaliderai mes fruits la gorge amère!
Enrage la mer en peine
Cœur frémissant qui saigne

 

Mes peuples arrivent dépouillés
Puisque la science-espoir s’est fait la peau
Règnera la pègre /savoir-faire en faux!
Enrage la terre en peine
Cœur frémissant qui saigne

 

J’entends les armes déchirées
Je sens leurs poussières murmurer
Les viviers proches comme ceux éloignés
En la forme et entrailles empannées 
La peine de mort, dites-vous? Du vrai ciné…!

 

Face aux alchimies de la mort
Je vois gémir l’abeille sur la fleur
 Pollen-musique joie du don en flammes
Je vois gémir l’hirondelle printanière
Douceur matinale mise au cimetière

 

Face aux alchimies de la mort
Je vois gémir la sereine rivière
 Les bourgeons baume-bonheur en gésine
Je vois gémir la blanche messagère
Au son du glas de la verte Paix altière

 

Démentielle espérance des jours éclairs

 

 Face aux alchimies de la mort
Au fœtus sevré du lait hivernal
Ruissellement des faisceaux nucléaires
 Cours d’eau évidés de suc germinal
De berges riantes de joies et danses florales

 

Face aux alchimies de la mort
Démoniaques alliées pour la mort
Il reste une seule voie de secours
Le seul choix, pour un Basta fort
L’Indéfectible pureté du Coeur.

 

 

 

  Djohar Khater                                                                                                             Alger/ Mai  2009

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dimanche 31 mai 2009

Contrevenir

Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n'existent pas.

Nous restons gens d'inclémence.

René Char, La parole en archipel, Poésie/Gallimard, p 200

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jeudi 28 mai 2009

L'espérance

Le réel quelquefois désaltère l'espérance. C'est pourquoi, contre toute attente, l'espérance survit.

René Char, La parole en archipel, Poésie/Gallimard, p 153

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"La complainte du lézard amoureux" (René Char) - poème illustré par Joan Miró 1947

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lundi 13 avril 2009

Demain né d’hier, par Djouher Khater

L’œil  rentré
Surfe sur les écrans- voile Gaza les pieds en sang
Et pourtant
Ni la millénaire Errance du Peuple déchu, Châtiment
-Délivrance
Ni l’Occident ahanant sous son rocher enchaînant
l’infime grâce
Ni la déliquescence arabe Suicidaire mise au ban
de l’Islam
Larmes de sang banalisé marché froid anesthésiant   
de chair saine
Ni le malin, ce cheval de Troie du chacal instinct
Ne justifient
Tant de ruines
Encore moins Moise l’Interlocuteur de Jéhovah
Travestis
sanguinaires.
Mais à la lisière de Demain
Dévorant le magma de la planète, âmes  légères
vagissantes
Un sourd volcan fou et bavant  brisera en miettes
les barrages.
Pour l’instant,
Majesté l’ONU Théâtre de Savantes répétitions
de sauvetages
Suit exorbitée les égo-faucilles coupant allègres
Les épis poids- vent
Saturée, la vie née Soleil part aussi en fumée
Mais leur horizon enfin atteint, jouiront-ils vraiment
galonnés ?
Car, tous  pareils au feu de camp
Tels les hivers ou les printemps, cycles éternels du Temps
Maître absolu  de l’Univers
Civilisations et êtres filent au gré de qui aère
Demeurera par-delà les décombres l’Epine larguée
Dans le nerf
Plaie béante nageant dans l’âme pure de l’enfant mutilé
Sur le vif
Demeurera le cri de l’obscure lumière hululant
La vengeance
Absente sera la joie fraternelle sauf du cœur nu des
sans vouloirs
Eternelle absente la Paix sauf  au havre du cœur nu de
tout pouvoir
Demain-hier.

Janvier 2009 / Djouher Khater 

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lundi 30 mars 2009

Antigone, figure mythique et inspirante

De ma brève et juvénile incursion chez les poètes et dramaturges grecs, le personnage qui a laissé le plus de traces dans ma mémoire est celui d’Antigone, création de Sophocle. Antigone était une rebelle, défiant les décrets arbitraires de son oncle, Créon, roi de Thèbes, au nom de l’amour, de la liberté et de la justice. Une femme libre, qu’on ne peut s’empêcher d’admirer et d’aimer. Voici son histoire sur fond de culture patriarcale.

Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, à Thèbes, Étéocle et Polynice, successeurs d’Œdipe, s’entre-tuent, le premier en défendant sa patrie, le second en défendant son droit avec l’aide d’étrangers. Créon monte sur le trône. Le même Créon qui avait déjà, par inadvertance, donné en mariage sa soeur Jocaste au propre fils de cette dernière, Œdipe. On sait ce que Freud en a conclu et quelles en furent les conséquences pour les femmes.

Le nouveau roi installe promptement sa tyrannie. Il accorde les honneurs à Étéocle, mort pour la patrie, et refuse même la sépulture à son frère, Polynice, qu’il estime un traître. Nationalisme, que de bêtises ne commet-on pas en ton nom... Le cadavre du présumé traître doit être donné en pâture aux chiens et aux oiseaux, et quiconque ignore le décret public encourt la mort. Le peuple, qui désapprouve Créon, se tient coi.

Antigone, déchirée par la mort de ses frères, mais surtout par celle de Polynice, refuse le sort qu’on réserve à ce dernier et va défier le décret : « La mort veut une seule loi pour tous », dit-elle. Elle cherche l’aide de sa soeur Ismène, qui lui répond : « Nous sommes des femmes, Antigone. Comment combattre contre des hommes ? Le pouvoir est toujours le plus fort. Il faut lui céder ou s’attendre au pire. » Dans la version moderne, les Ismène disent plutôt : « Fais attention, tu vas te ’brûler’, il ne faut pas choquer, ni déplaire, gardons ’notre place’, soyons modérées et gentilles, ne provoquons pas. Essayons d’amollir et de changer le pouvoir de l’intérieur. » Avec les résultats qu’on connaît...

Antigone va donc risquer le pire. Seule. « Le temps où il me faut plaire aux morts est plus long que celui où je dois plaire aux vivants, dit-elle à Ismène. Je ne te demande plus rien. Reste ce que tu es. » Et la jeune femme d’aller ensevelir Polynice.

L’homme doit faire la loi

Pendant ce temps, Créon reste sourd aux conseils des vieillards, de devins, de son fils qui lui apprennent le mécontentement silencieux du peuple. Il ordonne d’aller à la recherche de la personne qui a défié son décret. Antigone comparaît devant sn oncle, une Antigone qui reconnaît d’emblée son geste et dont le soldat qui l’a arrêtée dit : « Elle n’en est même pas effrayée. » C’est à regret qu’il livre « des gens comme elle, dit-il, mais, n’est-ce pas, il y a une chose qui importe avant tout : sauver sa peau ». Bien sûr... Rien n’a changé, mon vieux Sophocle. Que de lâcheté commet-on par nécessité de sauver sa peau, au XXIème siècle comme à ton époque.

« Et tu as l’audace de transgresser mes lois ? », demande Créon à Antigone, qui réplique : « Je ne pensais pas que ton décret pût mettre la volonté d’un homme au-dessus de l’ordre des dieux, au-dessus de ces lois qui ne sont pas écrites et que rien ne peut ébranler. Devrais-je, par crainte d’un homme, mériter le châtiment des dieux ? » Créon la croit-il folle ? Tant pis. « Faut-il juger la folie au tribunal d’un insensé ? », demande la fière jeune femme.

Créon fulmine. Moins parce qu’on a transgressé sa loi que du fait que ce soit une femme qui l’ait transgressée : « L’orgueil réussit mal à qui dépend d’autrui, dit-il. Cette femme (sa nièce), qui est ma sujette, viole les lois que je dicte et pense s’en tirer en faisant l’insolente. Elle se vante de son crime. Elle me nargue avec ses grands airs. En vérité, ce n’est plus moi qui suis l’homme, à ce compte, c’est elle qui ferait l’homme dans ma propre cité, si je la laissais se glorifier impunément ». L’"homme" aurait mieux toléré une Antigone repentante et tremblante à ses pieds qu’une femme fière et forte assumant la responsabilité de ses actes.

Ce que le roi craint surtout, c’est l’influence de l’insoumise. Avec raison. Ce peuple auquel Créon a « fermé la bouche », dit Antigone, admire le courage de la jeune femme et désapprouve la dureté du roi. Créon ne veut pas le croire. Il essaie de faire admettre à Antigone la gravité de son acte : « Je ne suis pas née pour partager la haine, réplique-t-elle, je suis née pour partager l’amour. » « Descends donc sous la terre aimer les morts, dit Créon. Moi vivant, une femme ne fera pas la loi dans ma cité. » Voyez-vous ça ! Plutôt tuer qu’accepter la résistance à sa volonté.

Voilà qu’lsmène revient. Elle veut partager le sort de sa soeur, car elle craint la solitude après la mort de cette dernière. Antigone refuse cette « conversion » tardive et intéressée : « Je n’aime pas qui ne m’aime qu’en paroles », dit-elle. Créon est stupéfait ! Deux femmes préfèrent la mort à l’obéissance, à la soumission. « Ces filles sont archifolles, cela est clair, dit le roi, l’une depuis une heure, l’autre dès le jour de sa naissance ». (Cela me rappelle un chef politique - René Lévesque - qui avait traité de viragos et autres épithètes peu flatteuses des militantes de son propre parti qui ne partageaient pas ses opinions sur l’avortement.)

Quand une femme résiste, l’écraser...

Le pauvre Créon n’est pas au bout de ses peines. Hémon, son fils, qui est fiancé à Antigone, se met de la partie. Le roi l’avertit : « Tout doit venir après la volonté paternelle ». Hémon ne l’entend pas ainsi. Son père a beau lui dire qu’Antigone est « infectée d’anarchie », déblatérer sur « le lit glacé » d’une « épouse indigne », sur les pièges de l’amour et, évidemment, des femmes, prétendre que « seul celui qui sait gouverner sa maison est capable de maintenir l’ordre public » ; il a beau dire que « le chef est le salut des foules », qu’il faut « se porter au secours de l’ordre établi... Et quand une femme barre la route, l’écraser. Le Ciel me préserve d’être vaincu par une femme », rien à faire. Hémon résiste au roi, à son Père. Suprême affront.

« Ne te mets pas en tête que toi seul as toujours raison et que l’opinion des autres ne vaut rien, dit le jeune homme à son père. Il y a des gens qui s’imaginent posséder seuls l’intelligence, l’éloquence, la sagesse. On les ouvre : ils sont vides ». Hémon rend compte de la déception du peuple qui plaint Antigone. Créon se rebiffe : le peuple va-t-il maintenant lui dicter la loi ? Et Hémon a ce mot qui conviendrait à certains chefs de gouvernements modernes : « Va donc dans un désert si tu veux gouverner seul. »

À défaut de fléchir son fils par des appels à l’ordre patriarcal et au respect de l’autorité du chef d’État, Créon lui lance l’argument massu : « Tu es l’esclave d’une femme ». Et l’autre de se défendre devant l’injure suprême : « Tu te trompes. Rien de bas ne saurait jamais me vaincre ». Hémon ne va tout de même pas jusqu’à oublier la « dignité » et la « supériorité » de son sexe.

Le roi va faire enfermer l’insoumise vivante dans une caverne, comme cela est arrivé à des millions de femmes enfermées, depuis, dans d’autres genres de prisons quand elles défient l’autorité patriarcale, que ce soit celui de leur père ou de leur conjoint. Antigone reçoit un peu de nourriture, histoire de se maintenir en vie un moment, de donner aux dieux le temps de la sauver, et partant, au roi de sauver la face, « pour éviter le sacrilège qui pourrait retomber sur la ville ». Bêtise des religions aveugles. Mais les dieux ne « couvriront » pas le crime d’abus de pouvoir.

Antigone se prépare à la mort, rappelant dans ses délires les « pièges des noces maternelles ». « Sans noces, je vais rejoindre ma mère », dit-elle. Et le coryphée ne permet pas d’oublier que « le pouvoir ne souffre pas qu’on le contredise. » Des maris, dit Antigone, on peut en avoir plusieurs dans une vie, mais pas des frères. Elle continue de soutenir que ses « meurtriers sont dans l’erreur. L’injustice est d’eux, le crime est d’eux. »

Chez Antigone, pas de trace de cette culpabilité ni de cette peur qui, aux yeux de l’autorité masculine, vont bien aux femmes. Créon s’impatiente devant ce qu’il nomme « chansons et pleurnicheries » destinées à gagner du temps. Antigone va seule à la mort : « Seule, toujours plus seule..., constate-t-elle. Je n’ai plus rien. Ma mort est nue ». Car il ne faut pas attendre que le peuple de Thèbes, qui murmure dans le dos du roi, ait le courage de son indignation et affronte l’arbitraire Créon pour le salut d’une femme.

Tirésias, un prêtre et devin, conseiller du roi, l’avise que les dieux se vengeront s’il ne libère pas Antigone. Tiens, les dieux sont maintenant du côté d’une femme insoumise.

L’orgueilleux Créon accuse le vieillard de vouloir s’enrichir en se rangeant parmi ses ennemis. Mais après le départ de Tirésias, il est tourmenté et commence à prendre au sérieux les désordres et les malheurs que son conseiller lui a prédits. Il part avec des serviteurs dans l’intention de brûler les restes de Polynice et, ensuite, de libérer Antigone. Il arrive trop tard, comme cela se produit souvent chez les êtres que le pouvoir aveugle.

Trop tard pour comprendre

Antigone s’est pendue avec son voile. Créon échappe de justesse à l’épée de son fils qui retourne l’arme contre lui et meurt au côté de sa fiancée - sans doute une triste fin pour l’honneur patriarcal, car l’amour l’emporte sur l’obéissance au père. En apprenant la tragédie, la reine Eurydice se tue elle aussi. Les désordres annoncés commencent. Beau résultat d’un « trip » de pouvoir.

Créon, désemparé, appelle la mort. « Trop tard, trop tard pour comprendre », se plaint-il à un messager qui lui dit : « Tu peux être riche, tu peux être roi : si tu n’as pas la joie, ta grandeur ne vaut pas l’ombre d’une fumée ». (Aujourd’hui, on se venge d’une ex-conjointe en la tuant, et ensuite, on regrette parce qu’on "l’aimait"... Ou bien on tue ses propres enfants pour se venger de l’abandon d’une conjointe et on se fait prendre en pitiée. Pauvre homme, il devait être fou ou en détresse.)

Voilà l’histoire d’une femme. C’est aussi l’histoire d’une culture demeurée à peu près inchangée.

En relisant Sophocle, il y a un quart de siècle, j’avais écrit ce texte. Encore aujourd’hui, je rêve qu’une Antigone se lève et, au nom de cette passion de la justice, de la liberté et de l’amour, qu’elle défie tous les chefs de ce monde qui confondent leurs intérêts et le bonheur de leur peuple. Le peuple aurait-il le courage de la soutenir dans ce devoir de désobéissance ? Faudrait-il, comme à Thèbes, que les dieux s’en mêlent et que cette Antigone moderne paie de sa vie sa liberté et celle d’autrui ?

Antigone, fille de Jocaste, morte comme elle par pendaison, à cause du même homme serviteur d’une loi patriarcale, aussi bête qu’illégitime, sur laquelle il s’appuie pour disposer du corps et de la vie de la fille et de la mère.

Rien n’a vraiment beaucoup changé. Partout dans le monde, au Québec comme en Afghanistan, en France comme au Congo,

Micheline Carrier

Mis en ligne sur Sisyphe

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lundi 16 mars 2009

Littératures et modèles culturels, par Luc Collès

« Unifier, c’est nouer mieux les diversités particulières, non les effacer pour un ordre vain. » (Saint-Exupéry, Citadelle)

Une démarche interculturelle

Lors d’une récente recherche entreprise au sein de classes belgo-maghrébines du cycle supérieur de l’enseignement secondaire, nous avons tenté de montrer que les cours de français peuvent y être vécus comme un moment de confrontation et d’échange où Belges et enfants de migrants réagissent autour de textes issus des littératures françaises de France et de Belgique ainsi que du Maghreb et de l’immigration.

L’objectif poursuivi consistait à fournir aux uns comme aux autres des outils d’analyse pour les aider à rendre moins étranges leurs comportements respectifs, à mieux prendre conscience de leur identité propre et à mieux percevoir l’originalité de la culture d’autrui. Il s’agissait d’une approche interculturelle destinée à valoriser ce qui est propre à chacun en corrigeant ses « cribles culturels ».

Une telle méthodologie nous paraît éminemment formative car elle sensibilise l’élève à l’arbitraire de son système de références maternel. L’analyse des différences culturelles permet à chacun de porter un autre regard sur sa propre communauté.

On sait que, traditionnellement, les cours de français des dernières années du secondaire sont en partie consacrés à l’enseignement des littératures françaises de France et de Belgique.

D’une part, le professeur belge a le point de vue subjectif de celui qui parle de sa propre culture. S’agissant des valeurs qui sont véhiculées dans pareils textes, il est assez mal placé pour les expliquer à des étrangers puisqu’elles lui sont toujours apparues de manière implicite.

D’autre part, élèves belges et adolescents issus de l’immigration partagent avec le professeur un certain nombre de postulats et de croyances puisés dans un univers qui leur est commun et dont certaines dimensions proviennent à la fois de la rue et de l’école, ainsi que de la télévision et du cinéma.

Néanmoins, ce qu’on appelle aujourd’hui la « culture migrante » s’ancre également dans les traditions familiales importées par les parents. Et même si cette culture d’origine s’est transformée quelque peu au contact des autochtones, elle est bien souvent survalorisée. Décontextualisée, privée de ses racines, elle acquiert en effet une valeur mythique à travers le discours des parents.

L’enfant de migrant dispose donc d’un savoir particulier et porte sur la culture francophone de Belgique, telle qu’elle se manifeste notamment dans les textes étudiés en classe, le regard interrogateur de celui qui n’adhère que partiellement à une série de comportements et d’habitudes de vie.

Le système culturel qu’il aborde lui apparaît d’autant plus aléatoire qu’il peut être dissonant par rapport à sa propre vision du monde, que celle-ci soit encore très proche de son univers d’origine ou en soit déjà éloignée. Cette distorsion peut entraîner des jugements de valeur grossiers et réducteurs.

Mais, par ailleurs, l’étranger jouit d’un point de vue privilégié dans la mesure où, étant en partie hors du jeu, il ne participe pas à la connivence entre les élèves belges et le professeur. Son questionnement explicite (ce qui suppose une bonne maîtrise de la langue française), s’il est accueilli favorablement, peut amener la classe à mettre au jour certaines des règles du système.

Des cours traditionnels de littérature française donnés dans une classe culturellement mixte peuvent donc faire l’objet de véritables échanges interculturels. Néanmoins, dans ce cas, c’est la culture du pays d’accueil qui constitue le seul support à partir duquel les adolescents issus de l’immigration manifesteront (s’ils y sont aidés) leur questionnement.

Il nous a paru que pour éviter, de manière plus sûre encore, tout ethnocentrisme, et pour créer à l’école les conditions d’un échange égalitaire, un pas de plus devait être franchi. Il n’est pas facile pour des jeunes issus de l’immigration de faire valoir un point de vue différent de celui du professeur, d’autant que leur culture est celle d’une classe socioéconomique défavorisée.

Dès lors, si, dans les écoles qui nous préoccupent, l’approche interculturelle implique, de la part des enfants de migrants, l’acquisition de la langue française et la compréhension des comportements et valeurs des Belges francophones, elle suppose aussi que la société dite d’accueil soit sensibilisée aux valeurs et attitudes des étrangers.

Une approche anthropologique de la littérature

Ce sont des textes pour la plupart littéraires qui ont servi ici de médiateurs dans cette démarche interculturelle. Le texte littéraire, en effet, véhicule des images dont la reconnaissance, à travers un double mouvement d’identification et de différenciation, confère au lecteur une identité. Par ailleurs, ces images renvoyant à des mythes reconnus et acceptés par le groupe dont l’auteur fait partie et où son œuvre est d’abord reçue, ce processus d’identification a valeur sociale également.

Le texte littéraire constitue donc un excellent support d’analyse pour l’enseignant qui tente d’amener ses étudiants à saisir un « système de valeurs dynamiques formé d’éléments acquis, avec des postulats, des croyances et des règles qui permettent aux membres d’établir des rapports entre eux et avec le monde, de communiquer et de développer les capacités créatrices qui existent chez eux. » (définition de la culture selon l’Unesco) Il apparaît comme l’expression et la mise en forme esthétique de représentations partagées par les membres d’une même communauté.

L’étude de ces représentations met en évidence l’état psychologique d’un groupe ainsi que les types de relations qui s’instaurent en son sein. En d’autres termes, les œuvres littéraires peuvent constituer une voie d’accès à des codes culturels.

La notion de « modèles culturels » permet de mieux comprendre la structuration et le fonctionnement d’une culture :

« Un modèle culturel est un ensemble structuré de conduites qui s’imposent à l’intérieur d’un groupe social déterminé et qui sont dotées d’une certaine permanence. Il peut être explicite et faire l’objet de sanctions comme pour le code de la route qui représente le modèle de la conduite automobile ; il peut être aussi largement implicite comme la politesse qui constitue un modèle des relations sociales. » (G. Michaud et E. Marc, Vers une science des civilisations ?,Bruxelles, Hachette, éd. Complexe, 1981, p.110)

Les comportements sociaux correspondent à la mise en œuvre du code que constitue un modèle culturel. Après avoir repéré les multiples codes d’un ou de plusieurs secteurs sociaux fondamentaux (le vêtement, l’alimentation, les relations entre sexes, l’éducation des enfants, etc.), les sémiologues de la culture étudient comment ces codes s’organisent en système, le(s) modèle(s) culturel(s) que ceux-ci impliquent, ainsi que leurs significations.

Ils s’attachent de même à cerner les valeurs autour desquelles ces codes s’ordonnent (économiques, éthiques, juridiques, sociales), les attitudes et les conduites qui en découlent. Ces valeurs, transmises et inculquées de manière privilégiée par l’éducation, se réfèrent à des normes qui, en tant que système de références commun, constituent le fondement de toute collectivité.

Un travail de repérage semblable peut évidemment se faire sur des textes littéraires, dans la mesure où ceux-ci représentent des expressions langagières particulières de ces différents systèmes. Mais qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas de confondre littérature et culture anthropologique, même s’il y a des points communs entre la démarche du romancier et celle de l’ethnologue.

Ainsi, M. Abdallah-Pretceille (Dialogues et cultures n°32, FIPF, 1988, pp.75-81) montre que les œuvres littéraires comme les monographies d’ethnologues ont un caractère à la fois universel et singulier. Evoquant des rites collectifs, parlant du monde et des hommes, les unes et les autres expriment une perception singulière, marquée par le contexte d’énonciation. Dans les deux cas, tous les paramètres de la communication (et notamment les conditions sociohistoriques de production) interfèrent avec la nature et la forme du message.

Le texte littéraire peut donc être considéré comme un regard qui nous éclaire, fragmentairement, sur un modèle culturel. La multiplicité des regards (la juxtaposition de textes en rapport avec les mêmes thèmes) permet à la classe de cerner petit à petit les valeurs autour desquelles celui-ci s’ordonne. Des textes non littéraires émanant, entre autres, d’études de sociologues et d’anthropologues sont également pris en compte et traités, à titre complémentaire, comme d’autres regards sur les mêmes réalités.

Après avoir souligné la convergence de ces points de vue, en dépit de leurs variations individuelles, professeur et élèves ont l’occasion d’en mesurer la relativité en les confrontant à d’autres qui relèvent d’un autre univers culturel. En l’occurrence, il s’agissait, dans notre parcours, de comparer la manière dont Maghrébins (en tentant de cerner l’originalité de leur situation de migrants) et Occidentaux francophones (Français et Belges) appréhendent un certain nombre de traits culturels repérables dans les œuvres étudiées.

Parmi ceux-ci, les systèmes spatial et temporel ont particulièrement retenu notre attention car E.-T. Hall a souiligné qu’ils sont déterminants dans la caractérisation d’une culture (La Dimension cachée, Paris, Points-Seuil, 1978 ; Le Langage silencieux, Paris, Points-Seuil, 1984 ; La Danse de la vie, Paris, Seuil, 1984). On a donc cherché à déceler quelles perceptions différentes de l’espace et du temps affleurent dans les textes abordés, quelles conduites elles manifestent et à quelles valeurs elles répondent. Ces composantes socioculturelles ont ainsi fait entrer les élèves dans des visions du monde différentes où interviennent bien d’autres aspects connexes : rapport au corps, à la famille, au sacré…

Pour réaliser cet objectif, le professeur doit partir de l’expérience que chacun a de sa propre culture et telle qu’elle peut s’expliciter au contact d’œuvres qui relèvent de son aire culturelle. Il doit d’abord lui faire découvrir les affinités et ensuite les différences avec les manifestations de la culture de l’autre, avec lesquelles il entre en contact de manière privilégiée grâce aux textes littéraires.

Identités culturelles et littératures

La confrontation de textes issus des littératures de France et de Belgique francophone avec des textes maghrébins, du point de vue des schémas temporels et sociaux, manifeste la présence de deux grands foyers de culture : la France et la Belgique francophone d’une part, le Maghreb d’autre part.

En ce qui concerne la littérature maghrébine, il nous a paru préférable de travailler sur des textes d’expression française et non sur des traductions. C’est qu’ils posent, en effet, moins de problèmes dans le cadre de cours traditionnellement consacrés à la littérature française. De plus, ce qui importe surtout dans la perspective interculturelle ici tracée, c’est moins l’introduction de la langue d’origine que ce dont elle est porteuse symboliquement. Le français pratiqué par l’écrivain arabe a d’ailleurs une coloration spécifique.

Du reste, si l’on introduit en classe de tels textes, ce n’est pas nécessairement pour que les enfants de migrants se les approprient, mais pour les « valoriser » au même titre que ceux des littératures française et belge, l’objectif étant que chaque élève, qu’il soit belge ou d’ascendance maghrébine, puisse être légitimement fier de sa famille et de sa culture.

Mais, à côté des textes de littérature maghrébine, nous avons également proposé la lecture de textes issus de l’immigration. C’est que nous nous rallions en effet à l’avis de C. Lozares : « C’est leur histoitre récente que les enfants migrants doivent assumer (les dangers d’un interculturalisme se référant uniquement à une prétendue culture d’origine sont le folklorisme et le risque d’alimenter un certain idéalisme nationaliste). Mais le fait migrant, avec ses valeurs et ses misères, est la médiation pour les enfants migrants. » (Pédagogie interculturelle, Genève, 1984, p.117)

De ce point de vue, les romans écrits par les « beurs », c’est-à-dire les Maghrébins de la deuxième génération, offrent de nombreux témoignages originaux. Leur expression résulte de l’appartenance à deux cultues, à deux pays (cf. sur ce blog l’article Plaidoyer pour l’insertion de la littérature migrante à l’école).

Pour les parents, la culture d’origine constitue les fondements de leur mémoire et fournit  les clés de décryptage de leur univers actuel, y compris celui de leur exil. Le pays quitté reste ce Paradis perdu où l’on rêve toujours de revenir. Suite au regroupement familial, les échéances projetées ont dû être reculées, ce qui a creusé davantage encore le désir du retour, en lui donnant un caractère mythique.

L’adaptation au pays d’accueil s’avérant nécessaire pour des raisons socioprofessionnelles, l’étranger a tenu cependant à ne pas perdre son intégrité psychologique et à se rassurer. D’où la préservation de rites qui s’inscrivent dans son espace intime, la maison et le quartier (A. Bastenier in D. Grootaers et al., Chronique sociale/Vie ouvrière ; Lyon/Bruxelles, 1984).

Le rapport initial des enfants à cette culture d’origine est évidemment tout autre. L’idée qu’ils se font de celle-ci à travers les discours des parents et ce qu’ils en vivent en famille se heurte aux représentations dévalorisées qu’en a la société d’accueil (notamment pour des raisons socioéconomiques). Coupée de ses racines « nationales », cette culture n’a plus comme fonction que de servir de refuge et de faire contrepoids aux images ambiantes négatives. Ainsi se perpétue le mythe.

A.Begag et A. Chaouite (Ecarts d’identité, Paris, Seuil, Point virgule, 1990, p.52)  soulignent les conséquences de cette référence à l’origine qui est propre au milieu familial : « Son effet pervers est d’enfermer l’autre dans une image factice de lui-même, de l’acculer à ne pouvoir se vivre comme créateur de sa propre identité à partir de ses propres choix et références. »

La pédagogie interculturelle se fixe donc comme tâche de donner à l’adolescent étranger la possibilité d’être lui-même, de trouver son identité sans adéquation totale avec la culture standard des Belges francophones ni ave la culture d’origine de ses parents migrants. Il s’agit même de l’amener à choisir entre des appartenances multiples, fragmentées, liées à des influences diverses, celles de son quartier et de la bande de jeunes dont in fait partie étant largement prépondérantes (cf. sur ce blog l’article Une Quête identitaire).

Cette fragmentation se retrouve dans les ouvrages d’immigrés de la seconde génération comme Zeïda de nulle part de Leïla Houari, le Gone du Chaâba d’Azouz Begag, Journal « Nationalité : immigrée de Sakinna Boukhedenna, Le Sourire de Brahim de Nacer Kettane et bien d’autres. (1)

En classe de français, il est intéressant et fécond – l’expérience nous l’a révélé – d’observer les références qui les règlent, à l’intersection entre l’héritage arabo-islamique, les traditions populaires du Maghreb et leur contestation éventuelle suite à la confrontation avec les modes de vie occidentaux.

                                   Luc Collès – CRIPEDIS (UCL)

(1) M. Lebrun et L. Collès, La littérature migrante dans l’espace francophone : Belgique – France – Québec – Suisse, Cortil-Wodon, E.M.E., 2007 (« Proximités-didactique »)

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