Indépendances

De Marx à Teilhard de Chardin pour un avenir à visage humain

12/05/08

Un commentaire de Teilhard

En six parties:

La Vie: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/20/2006_06_teilhard_de_cha/

Le Devoir: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/23/2006_06_teilhard_de_cha_1/

L'Humanité: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/25/2006_06_teilhard_de_cha_2/

L'Amour: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/27/2006_06_teilhard_de_cha_3/

La Pensée: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/29/2006_06_teilhard_de_cha_4/

Le Divin: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/07/01/2006_07_teilhard_de_cha/

(http://croire.blog.lemonde.fr/)

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20/04/08

Tout ce qui monte converge. Un texte de Teilhard

Manifestement, l'Humanité d'aujourd'hui, dans la mesure même où elle prend conscience de son unité, non plus seulement en arrière dans le sang, mais en avant, dans le progrès, éprouve le besoin vital de se rejoindre sur elle-même. De toutes parts, et plus spécialement entre branches religieuses, un mouvement de réunion se dessine. Découvrir enfin quelque chose qui resserre, au-dessous ou au-dessus de ce qui divise. On peut dire que ce voeu, au lendemain de la guerre (ce texte est écrit en 1947, ndlr), surgit en tous points, spontané et unanime. Mais, de quel côté regarder et chercher pour trouver ce mystérieux principe de rapprochement ? Est-ce en bas ou est-ce en haut ? Est-ce dans un intérêt commun, - ou bien dans une foi commune ?

Loin de nous de sous-estimer, en pareille matière, l'extraordinaire efficacité de l'intérêt commun. Le succès indéniable, sous nos yeux, des entreprises communautaires où la vie matérielle de chaque individu devient essentiellement dépendante du bon fonctionnement de l'association; bien mieux, encore, et, à une échelle mondiale, l'exemple de la dernière guerre où la menace d'un même danger a, pour un temps, soudé entre elles de larges fractions de la Terre, tout cela prouve péremptoirement que la nécessité physique, lorsqu'elle se trouve coïncider, est un facteur de synthèse entre particules humaines. Mais cette forme de synthèse, observons-le, demeure doublement fragile: fragile, d'abord, parce que la coïncidence qui la sous-tend est, par nature, momentanée et accidentelle; et fragile, surtout, parce que sous la pression du besoin ou de la crainte, des éléments papprochés ne cohèrent entre eux que par l'xtèrieur et la surface d'eux-mêmes. L'onde d'intérêt ou de peur une fois passée, l'union se désagrège, sans avoir donné naissance à une âme. - Ce n'est pas forcée du dehors, c'est insérée du dedans, que l'unité humaine peut durer et grandir.

Et voilà bien, nous semble-t-il, où se découvre le rôle capital, "providentiel", réservé dans l'avenir à ce que nous avons appelé la foi en l'homme (souligné par nous, ndlr). Une profonde aspiration commune, se dégageant de la structure même prise par le monde moderne, n'est-ce-pas exactement ce que nous pouvions désirer le plus, ce dont nous avions le plus besoin pour contrebalancer autour de nous les puissances montantes de dissolution et de dispersion ?

Ici, toutefois, prenons garde.
Récemment, et en particulier, sous la plume sympathique de Aldous Huxley, on a vu s'exprimer l'effort pour formuler et fixer, en une série de propositions abstraites, le fonds philosophique commun sur lequel pourraient s'étendre, pour faire avancer le Monde, tous les hommes de bonne volonté. Nous croyons cette tentative utile. Mieux encore, nous sommes convaincus que, graduellement, en pensée religieuse comme en sciences, un certain noyau de vérité universelle se forme et grossit lentement, le même pour tous. Sans cela,, y aurait-il une véritable évolution spirituelle ? Mais, dans cette construction (infiniment précieuse) d'un point de vue commun sur le Monde, nous trompons-nous en voyant le résultat et le point d'appui, plutôt que le principe et l'acte générateur d'une véritable union ? Par nature, toute formulation abstraite tend à trancher, peut-être prématurément pour l'ensemble, l'ambiguïté de l'avenir. Elle risque de fixer le mouvement, alors que c'est du mouvement surtout que peut sortir l'effet désiré d'unification
(id.supra).

Tout autrement, dans son jeu, agit et opère la foi en l'Homme au stade juvénile où nous pouvons l'observer en ce moment.
A l'origine, bien sûr, elle présuppose, cette foi, une, certaine conception, basale et basique, de la place de l'Homme dans la Nature. Mais, à partir de cette plate-forme commune, rationalisée, elle s'élève chargée de mille potentialités diverses, plastiques ou même fluides, - insécable, pourrait-on dire, sous les expressions antagonistes que la pensée, dans ses tâtonnements, est amenée à lui faire subir temporairement. Insécable, et même triomphante. Car malgré toutes divisions apparentes (voilà le point important !) elle continue à unir, et même à rapprocher tout ce qu'elle imprègne, invinciblement. Prenez en ce moment même, les deux extrêmes autour de vous: ici un marxiste et là un chrétien, tous deux convaincus de leur doctrine particulière, mais tous deux aussi, on le suppose, animés radicalement d'une foi égale en l'Homme. N'est-il pas certain - n'est-ce pas là un fait quotidien d'expérience - que ces deux hommes, dans la mesure même où ils croient (où ils sentent chacun l'autre croire) fortement à l'avenir du Monde, éprouvent l'un pour l'autre, d'homme à homme, une sympathie de fond, - non pas simple sympathie sentimentale, mais sympathie basée sur l'évidence obscure qu'ils voyagent de conserve, et qu'ils finiront, d'une manière ou de l'autre, malgré tout conflit de formules, par se retrouver, tous les deux, sur un même sommet ? (id.supra)- Chacun à sa façon, sans doute, et en directions divergentes, ils pensent avoir résolu, une fois pour toutes, l'ambiguïté du Monde. Mais cette divergence, en réalité, n'est pas complète ni définitive, aussi longtemps du moins que, par un prodige d'exclusion inimaginable ou même contradictoire (parce que rien ne resterait plus de sa foi !) le marxiste, par exemple, n'aura pas éliminé, de son matérialisme, toute force ascensionnelle vers l'esprit. Poussées à bout, les deux trajectoires finiront certainement par se rapprocher. Car, par nature tout ce qui est foi monte; et tout ce qui monte converge inévitablement. (souligné par nous,ndlr)

En somme, on pourrait dire que la foi en l'Homme, de par son universalité et son "élémentarité" réunies, se découvre à l'examen comme l'atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux (ou même seulement) croître et dériver l'une vers l'autre, les formes supérieures, plus élaborées, de croyance auxquelles nous participons tous à des titres divers. Non pas formule, mais milieu d'union.
De cette foi élémentaire, primordiale, nous ne doutons pas que tous ne soient plus ou moins touchés. Autrement, serions-nous vraiment de notre temps ? Que si d'elle, toutefois, par la force même de notre spiritualisme, nous avions l'impression de nous méfier, ou même d'être immunisés, regardons plus attentivement jusqu'au fond de nous-mêmes. Nous disions tout à l'heure que l'esprit n'a qu'un seul sommet. Mais, en revanche, il n'a aussi qu'une seule base. Cherchons bien et nous trouverons que notre foi en Dieu, si détachée soit-elle, sublime en nous un flot montant d'aspirations humaines, et que c'est dans cette sève originelle qu'il faut nous replonger si, avec les frères que nous ambitionnons de réunir, nous voulons communiquer.

Pierre Teilhard de Chardin, Paris, février 1947. Troisième partie intitulée "Pouvoir rapprochant" et conclusion d'une conférence donnée le 8 mars 1947.Oeuvres complètes, Editions du Seuil, 1959, Tome 5, pp 240 à 243.

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(Le Phénomène Humain de Teilhard vu par J.S. Abattucci)

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22/02/08

L'unité humaine, selon Teilhard

Selon Teilhard de CHARDIN, le christianisme est une recherche de l’unité humaine.

Voir   Ces pages représentent un effort pour voir et faire voir, ce que devient et exige l’Homme, si on le place, tout entier et jusqu’au bout, dans le cadre des apparences. Pourquoi chercher à voir ? et pourquoi tourner plus spécialement nos regards vers l’objet humain ?

On pourrait dire que toute la vie est là, -sinon finalement, du moins essentiellement. Être plus, c’est s’unir davantage : tels seront le résumé et la conclusion même de cet ouvrage. Mais, le constaterons-nous encore, l’unité ne grandit que supportée par un accroissement de conscience, c’est-à-dire de vision. Voilà pourquoi, sans doute , l’histoire du monde vivant se ramène à l’élaboration d’yeux toujours plus parfaits au sein d’un Cosmos où il est possible de discerner toujours davantage.
La perfection d’un animal ;la suprématie de l’être pensant ne se mesurent-elles pas à la pénétration et à au pouvoir synthétique de leur regard ? Chercher à voir plus et mieux n’est donc pas une fantaisie , une curiosité , un luxe.

Voir ou périr.

Telle est la situation, imposée par le don mystérieux de l’existence, à tout ce qui est élément de l’Univers. Et telle est par la suite, à un degré supérieur, la condition humaine.Mais s’il est vraiment vital et béatifiant de connaître pourquoi, encore un coup, tourner de préférence notre attention vers l’homme ?

L’Homme n’est-il pas suffisamment décrit,-et ennuyeux ? ET n’est-ce pas justement un des attraits de la Science de détourner et reposer nos yeux sur un objet qui enfin ne soit pas nous-mêmes ?A un double titre, qui le fait deux fois centre du Monde, l’homme s’impose à notre effort pour voir, comme la clef de l’Univers.

Subjectivement, d’abord, nous sommes inévitablement centre de perspective, par rapport à nous-mêmes. Ç’aura été une candeur, probablement nécessaire de la science naissante, de s’imaginer qu’elle pouvait observer les phénomènes en soi, tels qu’ils se dérouleraient à part de nous-mêmes. Instinctivement, physiciens et naturalistes ont d’abord opéré comme si leur regard plongeait de haut sur un Monde que leur conscience pouvait pénétrer sans la subir ni le modifier.

Ils commencent maintenant à se rendre compte que leurs observations les plus objectives sont toutes imprégnées de conventions choisies à l’origine, et aussi des formes ou habitudes de pensée développées au cours du développement historique de la Recherche. Parvenus à l’extrême de leurs analyses, ils ne savent plus trop si la structure qu’ils atteignent est l’essence de la Matière qu’ils étudient, ou bien le reflet de leur propre pensée.

Et simultanément ils s’avisent que, par choc en retour de leurs découvertes, eux-mêmes se trouvent engagés, corps et âme, dans le réseau des relations qu’ils pensaient jeter du dehors sur les choses : pris dans leur propre filet. Métamorphisme et endomorphisme, dirait un géologue.

Objet et sujet s’épousent et se transforment mutuellement dans l’acte de la connaissance. Bon gré, mal gré, dès lors, l’Homme se retrouve et se regarde lui-même dans tout ce qu’il voit.Voilà bien une servitude, mais que compense immédiatement une certaine et unique grandeur.

Il est simplement banal, et même assujettissant, pour un observateur, de transporter avec soi, ou qu’il aille, le centre du paysage qu’il traverse. Mais qu’arrive-t-il au promeneur si les hasards de sa course le portent en un point naturellement avantageux (croisement de routes ou de vallées) à partir duquel non seulement le regard, mais les choses mêmes rayonnent ?

Alors , le point de vue subjectif se trouvant coïncider avec une distribution objective des chose, la perception s’établit dans sa plénitude. Le paysage se déchiffre et s’illumine. On voit.

Tel paraît bien être le privilège de la connaissance humaine. Il n’est pas besoin d’être un homme pour apercevoir les objets et les forces « en rond » autour de soi.

Tous les animaux en sont là aussi bien que nous-mêmes. Mais il est particulier à l’Homme d’occuper une position telle dans la nature que cette convergence des lignes ne soit pas seulement visuelle mais structurelle.

Les pages qui suivent ne feront que vérifier et analyser ce phénomène. En vertu de la qualité et des propriétés biologiques de la Pensée, nous nous trouvons placés en un point singulier, sur un nœud, qui commande la fraction entière du Cosmos actuellement ouvert à notre expérience. Centre de perspective, l’Homme est en même temps centre de construction de l’univers.

Par avantage, autant que par nécessité, c’est donc à lui qu’il faut finalement ramener toute Science. -Si, vraiment, voir c’est être plus, regardons l’Homme et nous vivrons davantage.Et pour cela accommodons correctement nos yeux.

Depuis qu’il existe, l’Homme est offert en spectacle à lui-même. En fait, depuis des dizaines de siècles, il ne regarde que lui. Et pourtant c’est à peine s’il commence à prendre une vue scientifique de sa signification dans la Physique du monde. Ne nous étonnons pas de cette lenteur dans l’éveil.

Rien n’est aussi difficile à apercevoir, souvent, que ce qui devrait « nous crever les yeux ». Ne faut-il pas une éducation à l’enfant pour séparer les images qui assiègent sa rétine nouvellement ouverte ? A l’Homme, pour découvrir l’Homme jusqu’au bout, toute une série de « sens » étaient nécessaires, dont l’acquisition graduelle, nous aurons à le dire, couvre et scande l’histoire même des luttes de l’Esprit.
- Sens de l’immensité spatiale, dans la grandeur et la petitesse, désarticulant et espaçant, à l’intérieur d’une sphère de rayon indéfini, les cercles des objets pressés autour de nous.
- Sens de la profondeur, repoussant laborieusement, le long de séries illimitées, sur des distances temporelles démesurées, des évènements qu’une sorte de pesanteur tend continuellement à resserrer pour nous dans une mince feuille de Passé.
- Sens du nombre, découvrant et appréciant sans sourciller la multitude affolante d’éléments matériels ou vivants engagés dans la moindre transformation de l’Univers.
- Sens de la proportion, réalisant tant bien que mal la différence d ‘échelle physique qui sépare, dans les dimensions et les rythmes, l’atome de la nébuleuse, l’infime de l’immense.
-Sens de la qualité et de la nouveauté, parvenant, sans briser l’unité physique du Monde, à distinguer dans la Nature des paliers absolus de perfection et de croissance.
-Sens du mouvement, capable de percevoir les développements irrésistibles cachés dans les très grandes lenteurs,- l’extrême agitation dissimulée sous un voile de repos, le tout nouveau se glissant au cœur de la répétition monotone des mêmes choses.
- Sens de l’organique, enfin, découvrant les liaisons physiques et l’unité structurelle sous la b juxtaposition superficielle des successions et des collectivités.

Faute de ces qualités dans notre regard, l’Homme restera indéfiniment pour nous, quoiqu’on fasse pour nous faire voir, ce qu’il est encore pour tant d’intelligences : objet erratique dans un Monde disjoint. -Que s’évanouisse par contre, de notre optique, la triple illusion de la petitesse, du plural et de l’immobile, et l’Homme vient prendre sans effort la place centrale que nous annoncions : sommet momentané d’une Anthropologénèse couronnant elle-même une Cosmogenèse.

L’homme ne saurait se voir complètement en dehors de l’Humanité ; ni l’Humanité en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers.

D’où le plan essentiel de ce travail : la Prévie, la Vie, la Pensée, -ces trois évènements dessinant dans le passé, et commandant pour l’avenir (la Survie !), une seule et même trajectoire : la courbe du Phénomène humain.

Phénomène humain, dis-je bien.

Ce mot n’est pas pris au hasard. Mais pour trois raisons je l’ai choisi. D’abord pour affirmer que l’Homme dans la Nature est véritablement un fait, relevant (au moins partiellement) des exigences et des méthodes de la Science.

Ensuite, pour fiare entendre que, parmi les faits présentés à notre connaissance, nul n’est plus extraordinaire, ni plus illuminant. Enfin , pour bien insister sur le caractère particulier de l’ essai que je présente.

Mon seul but, et ma vraie force, au cours de ces pages, est simplement, je le répète, de chercher à voir, c’est à dire à développer une perspective homogène et cohérente de notre expérience générale étendue à l’homme. Un ensemble qui se déroule. Qu’on ne cherche pas ici une explication dernière des choses, -une métaphysique. Et qu’on ne se méprenne pas non plus sur le degré de réalité que j’accorde aux différentes parties du film que je présente.

Quand j’essaierai de me figurer le Monde avant les origines de la Vie, ou la Vie au Paléozoïque, je n’oublierai pas qu’il y aurait contradiction cosmique à imaginer un Homme spectateur de ces phases antérieures à l’apparition de toute Pensée sur Terre.

Je ne prétendrai donc pas les décrire comme elles ont été réellement, mais comme nous devons nous les représenter afin que le monde soit vrai en ce moment pour nous : le Passé non en soi, mais tel qu’il apparaît à un observateur placé sur le sommet avancé où nous a placé l’Evolution. Méthode sûre et modeste, mais qui suffit, nous le verrons, pour faire surgir, par symétrie, en avant, de surprenantes visions d’avenir.

Bien entendu, mêmes réduites à ces humbles proportions, les vues que je tâche d’exprimer ici sont largement tentatives et personnelles. Reste que appuyées sur un effort d’investigation considérable et sur une réflexion prolongée, elles donnent une idée, sur un exemple, de la manière dont se pose aujourd’hui en Science le problème humain.

Etudié étroitement en lui-même par les anthropologistes et les juristes, l’Homme est une chose minime, et même rapetissante. Son individualité trop marquée masquant à nos regards la Totalité, notre esprit se trouve incliné, en le considérant, à morceler la Nature, et à oublier de celle-ci les liaisons profondes et les horizons démesurés : tout le mauvais anthropocentrisme. D’où la répugnance, encore sensible chez les savants, à accepter l’Homme autrement que par son corps, comme objet de Science.

Le moment est venu de se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers, doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses,-l’Esprit autant que la Matière. La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme total dans une représentation cohérente du monde.

Puissé-je faire sentir ici que cette tentative est possible, et qu’elle dépend, pour qui veut et sait aller au fond des choses, la conservation en nous du courage et de la joie d’agir.

En vérité, je doute qu’il y ait pour l’être pensant de minute plus décisive que celle où , les écailles tombant de ses yeux, il découvre qu’il n’est pas un élément perdu dans les solitudes cosmiques, mais c’est une volonté de vivre universelle qui converge et s’hominise en lui.

L’homme, non pas centre statique du Monde-comme il s’est cru longtemps ; mais axe et flèche de l’Evolution, -ce qui est bien plus beau.

Teilhard de CHARDIN

Bibliographie :
CUENOT Claude : Teilhard de Chardin, coll.écrivains de toujours, Seuil, 1962.
CHARDIN Teilhard de : Le phénomène humain, Pékin, 1938-1940 ; et Oeuvres, Seuil, Paris,1955.

http://jeanmarcdl.free.fr/

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10/02/08

Teilhard et l'écologie

A télécharger depuis  http://core.asso.free.fr/Html/Teilhard_et_l_ecologie.doc

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28/01/08

Video Teilhard de Chardin

http://www.jds.tv/html/main.php?directtodocument=1&id_video=182&page_frame=diapos&menu1=5&menu2=21&menu_mode=cat

et ce lien vers la sculpture "La Noosphère", inspirée de Teilhard: http://www.waldheims.net/Fr_Noosphere.html

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27/01/08

Progrès de la conscience planétaire ?

Face à tant de forces de destruction en ce début du troisième millénaire,
la «conscience planétaire» de Teilhard de Chardin
est-elle toujours en train de se réaliser?

1. Noogénèse et Noosphère

D'abord, il faut éclaircir ces deux mots qui soulèvent de grands malentendus dans la compréhension des deux réalités auxquelles ils se réfèrent.

Noogénèse, du grec noos = psyché (âme, esprit, pensée, conscience) et génèse = origine (formation, création, comme «la création du monde »), c'est un mot qui indique l'acte de la création de quelque chose de psychique.

Noosphère, aussi du grec noos = psyché (âme, esprit, pensée, conscience) et sphère (corps limité par une surface ronde), c'est un mot qui représente la nappe psychique née de la Noogénèse qui croît et enveloppe notre planète au-dessus de la Biosphère (masse d'êtres vivants qui couvre la surface du globe).

Lorsque l'Homme est apparu dans la nature, «au coeur des primates», il flourit comme « axe et flèche de l'Evolution zoologique» (PH p.24). Il était semblable aux autres animaux, sauf qu'il portait en lui une différence tout particulière : la capacité encore endormie de réfléchir. Dans le stade d'hominisation, les premiers hominiens avaient en latence un cerveau capable de réfléchir, mais un système nerveux encore primitif. Le mouvement dispersif du premier peuplement de la Terre ne favorisait pas la communication en s'agglomérant. Par la suite, cependant, pendant le début de l'étape de l'Homo Sapiens à l'aube de l'Âge Néolithique, l'Humanité commençait à se rassembler en formant une ligne convergente sur la Terre ; le groupement est devenu nécessaire. Cette condition favorable a encouragé l'Homme à faire le Pas de la Réflexion. Alors un phénomène très spécial s'est produit : la naissance d'une nouvelle sphère planétaire, au-dessus de la Biosphère, la Noosphère. À ce processus de la création d'une nouvelle enveloppe planétaire formée tout entière par l'ensemble de la pensée humaine, on donne le nom de la Noogénèse (PH p. 160-173).

Le résultat de la Noogénèse est donc la Noosphère, une couche plus mûre, épanouissante et définitive, faite par l'ensemble de la pensée de l'Homo Sapiens. Elle est ouverte à toute modification subtile depuis l'étage primitif jusqu'à ce qu'elle puisse abriter toutes les connaissances humaines, toutes les idées et technologies de plus en plus complexes voire toute la conscience planétaire.

Pour que le cerveau soit capable de cette absorption presque illimitée, et que la pensée humaine puisse se développer jusqu'aux temps modernes, il a fallu que l'Homme subisse quelques modifications essentielles dans son cerveau et dans son système nerveux. Dans le cerveau primitif, il y avait déjà certaines structures prêtes à se développer dans un mouvement semblable à celui de l'Évolution, un mouvement d'enroulement sur soi, caractérisé par deux formes spécifiques. Il faut différencier ces deux formes en soma, qui exprime le phénotype général, et en phrên, qui évolue en même temps, mais avec des rythmes et des fonctions différentes (GZH,  Chap. 2, p.57). De l'intérêt particulier est le phrên, mot grec qui se rapporte au psychisme, puisque c'est le psychisme humain qui va « nourrir » la sphère planétaire spéciale que l'on appelle la Noosphère.

Dès l'organisme peu complexe du poisson, ancêtre de l'Homme dans la branche des Chordates-Vertébrés de «L'Arbre de la Vie» on peut distinguer «deux zones particulièrement significatives de l'encéphale» (GZH p. 62) : le cervelet , autrement dit « le petit cerveau » et les deux hémisphères cérébraux. Ce sont les zones qui ont évolué plus que les autres et que l'Homme possède dans une échelle d'une bien plus grande complexité, dans la grande ligne évolutive d'involution sur soi (GZH pp. 60-62):

«Eh bien ce que nous apprend (sans même le secours de la Paléontologie) l'Anatomie comparée des formes vivantes, c'est que, de groupe en groupe, à partir des Poissons, deux zones particulièrement significatives de l'encéphale tendent à prendre le dessus sur les autres, c'est-à-dire à concentrer sur elles les progrès de la céphalisation : d'une part le cervelet, - et d'autre part, surtout, les hémisphères cérébraux ; ceux-ci prenant chez les Reptiles plus avancés (Oiseaux), et bien plus encore chez les Mammiphères (au moins à partir de certains paliers, et suivant certains phyla), un développement rapide, révolutionnaire, envahissant : jusqu'à monopoliser en quelque façon la cavité endocranienne, et à recouvrir le cervelet». (GZH p. 62)

Évidemment le cerveau de l'Homme est déjà devenu bien équipé. Cependant, on peut se demander face à tant de forces de destruction en cette fin de millénaire si ce cerveau deviendra suffisamment complexe, suffisamment capable de réflexion dans le sens « noosphérique », pour illuminer la voie à l'avenir. Pour que l'Humanité puisse éviter son autodestruction à l'avenir; pour que la Noogénèse continue à progresser dans la bonne voie évolutive, verra-t-on une nouvelle compléxification ou orientation dans l'Esprit de l'Homme ? « L'Homme, ... axe et flèche de l'Evolution » (PH p. 24), deviendra-t-il plus compréhensif vers son Prochain et plus ouvert spirituellement vers la source de sa Création ? Choisira-t-il d'employer toutes les énormes ressources matérielles et technico-sociales de la planète pour créer plus de liens économiques, sociaux et spirituels, au lieu de se laisser capituler aux forces de répulsion et de désintégration ?
 
 

2. Le Rebondissement de l'Évolution

Dans le chapitre sur la formation de la Noosphère du Groupe Zoologique Humain, Teilhard cherche à nous convaincre que l'Homme est maintenant entré dans la période du «Rebondissement de l'Évolution et Néo-cérébralisation», que l'Humanité est en train d'évoluer «Vers plus de cerveau» (GZH,  pp.148-150):

«De la sorte, à l'intérieur de la Noosphère en voie de compression, une nouvelle chaîne se dessinerait, particulièrement centrale et directe : la cérébralisation (effet supérieur et paramètre de l'enroulement cosmique) se refermant sur elle-même dans un processus de self-achèvement ; une auto-cérébralisation de l'Humanité devenant l'expression la plus concentrée du rebondissement réfléchi de l'Évolution.*

*Ici reparaît et s'accentue, jusqu'à devenir dominante, la distinction entre soma et phrên posée ci-dessus, (GZH,  p. 57) - Avec l'apparition sur Terre de la 'Socialisation de compression' (où le facteur important n'est plus simplement la multiplication des individus, mais leur arrangement ultra-cérébralisant) s'établit en fait un nouveau régime d'évolution biologique, dans lequel les individus, tout en fonctionnant encore comme chaînons par leur germen (prolongement du phylétique dans l'Humain, sous forme de fibres héréditaires toujours reconnaissables, bien que de plus en plus enmêlées), s'affirment surtout, par leur phrên, comme éléments constitutifs du 'cerveau noosphérique' (organe de la réflexion collective humaine)

L'Évolution, Teilhard nous assure, n'est pas arrivée à sa fin ; elle rebondit, dans le même processus d'enroulement sur soi ; mais cette fois comme une Évolution consciente d'elle-même, en donnant naissance à une nouvelle étape de la Noogénèse, qui ne s'est pas arrêtée après la création de la Noosphère. Bien au contraire, avec le surpeuplement de la Terre, la Noogénèse progresse, sous nos yeux aveugles, de saut en saut, vers l'avenir.

Alors, comment reconnaître cette progression, cette nouvelle étape de la Noogénèse? Y a-t-il de l'espoir pour une vraie conscience planétaire au troisième millénaire ? Osera-t-on espérer une âge où la matière sera mise au service de l'Esprit au lieu du contraire qui existe aujourd'hui ? Si oui, comment s'effectuera ce changement ?

Selon Teilhard, ce rebondissement de l'Évolution se fait par mutations subtiles, de génération en génération, le long d'un continuum, en suivant le phylum génétique débuté dans les ombres de l'énorme Passé de l'Homme. Elle est visible à nos yeux alertes dans de petites nuances qu'on observe à chaque différence remarquable dans l'espace de quelques générations. Prenons le phénomène de la Prolepse ; ou soit, la différence de taille entre une génération donnée et sa descendance. Disons par exemple que F 2 est plus grand que F 1. C'est un phénomène déjà observé par la Science depuis quelques décennies, jadis plus dispersé, mais actuellement plus fréquent. Remarqué auparavant seulement dans les peuples du Nord de l'Europe, ce phénomène est évident aujourd'hui dans les peuples du monde entier, sans distinction de race ni de consanguinité.

Parallèlement à cette mutation, il y a une autre différence dans le QI des jeunes générations ; on peut facilement y remarquer une sensible différence en faveur des générations F 2. Cela prouve, en nous rappelant la « Loi de Complexité-Conscience » qui régit l'Évolution, et en tenant compte du développement des structures du cerveau, qu'il s'agit d'un mouvement de Cérébralisation. C'est une complexification cérébrale, aussi physique que psychique : physique étant donné la spécialisation des neurones avec l'augmentation des fibres nerveuses nécessaires pour occuper plus d'espace dans un corps physique de taille plus grande et un cerveau plus complexe ; et psychique, en rapport au comportement de l'Homme, qui, suivant la loi principale, devient plus conscient de lui-même et cherche de plus en plus d'Individuation, dans une convergence intérieure qui est en harmonie avec la direction évolutive.

Ce mouvement de  Cérébralisation  par des  mutations psychiques aussi bien que physiques prépare la prochaine étape  évolutive, car, comme Teilhard nous explique, «l'Évolution est une transformation primairement psychique» (PH p. 163). Face aux «limites organiques du cerveau », le mouvement à l'avenir serait dans l'Esprit de l'Humanité (La Survie, PH IV p. 280) .

[ «...Suivi en montant vers les très grands complexes, le même élément ' psychique ', dès sa première apparition dans les êtres humains, manifeste, en relation à son matrix de 'complexité ', une tendance croissante à la maîtrise et à l'autonomie. Aux origines de la vie, il semblerait avoir été le foyer de l'arrangement (F 1) qui, dans chaque élément individuel, engendre et dirige son foyer relatif à la conscience (F 2). Cependant, en montant plus haut, l'équilibre se renverse. Sans équivoque, d'abord du premier «pas individuel de la réflexion »---si ne pas avant--- c'est F 2 qui commence à prendre charge (par ' invention ') du progrès de F 1. Puis, en montant encore plus haut, ...aux approches (conjecturées) de la réflexion collective, on trouve F 2 qui se détache apparemment de son cadre temporo-spatial pour se joindre avec le foyer suprême et universel Oméga. Après l'émergence vient l'émersion. Dans les perspectives de l'involution cosmique, non seulement la conscience devient-elle co-extensive avec l'univers, mais l'univers reste en équilibre et en consistance, dans la forme de la pensée, sur un pôle suprême de l'intériorisation . » (Postscript, PM  p. 309) ]

Une question se pose à ce point dont la réponse est presque impossible à trouver, si câché dans la durée du temps au vrai début de l'hominisation. La voici : est-ce qu'il s'agissait d'un seul phylum génétique ou bien de diverses phyla ? S'il s'agissait de diverses phyla, cela expliquerait la différence entre les races humaines et le peuplement dispersif au commencement, apparemment sans logique, au hasard, mais ensuite en se réunissant et en s'établissant par des zones marquées de la planète.

Cette question a peut-être déjà été posée et étudiée par les savants modernes, qui, avec les avancées de la Science Moderne ont maintenant d'infinies ressources pour lever le voile de ces anciens «mystères ».

À l'avis de Teilhard « toutes les branches humaines se joignent génétiquement en bas de l'échelle au point même de la réflexion. » (PM p. 188) Dans une note en bas de la même page, il ajoute sa conviction que la Science de l'Homme pourrait se prononcer favorable au monophylétisme (un seul phylum génétique).

Voilà, en essence, l'explication d'un seul phylum génétique au début. Il n'est pas probable que la Science puisse prouver empiriquement la vérité de la théorie des différents phyla. C'est dommage, car cela nous laisse dans le champ dangereux des questions sans réponses qui se rapportent à la nouvelle dimension de l'Homme et de son psychisme.

Ainsi, lorsqu'on va examiner le comportement de l'Homme Moderne, il faut lui donner un sens ; scruter sa motivation ultime ; et ne pas se perdre en ces considérations trop détaillées de sa structure physique, si perfectionnée, qui vient couronner l'Évolution. Plutôt, pour que ce phénomène humain ait un sens, il faut supposer une autre structure dynamique dans l'Homme ; ce qui serait son Esprit, son âme, qui n'aurait pas de « logis » palpable dans toutes ces ramifications spécialisées cérébrales ; mais qui va orienter son comportement psychique dorénavant vers plus de développement spirituel pour l'Âge de la conscience collective à l'avenir.

Teilhard avait la conviction que « la marche de l'Humanité prolongeant celle de toutes les autres formes animées, se développe incontestablement dans le sens d'une conquête de la matière mise au service de l'Esprit, ...la Pensée perfectionnant artificieusement l'organe même de sa pensée, la vie rebondissant en avant sous l'effet collectif de sa Réflexion. » (La Survie, PH IV p.250 )*

(* Pour des citations plus détaillées du dernier livre du Phénomène Humain, voir (La Survie, PH IV) :

Malheureusement, en cette fin de millénaire, on se demande si  «la marche de l'Humanité»  ne se serait pas trompée de route, puisqu'elle semble marcher plûtot vers une âge où l'Esprit serait mise au service de la Matière.

En désespoir de trouver «de la paix sur Terre », sans même penser à la paix chez soi ; pour s'échapper aux conflits de la Terre ; pour s'éloigner des forces négatives de désintégration, de répulsion, de matérialisation, de mécanisation, de totalitarisme, et de fausses idéologies qui détruisent la réflexion, l'homme pensant d'aujourd'hui s'intériorise en se repliant sur soi à la quête de plus d'Individuation. Il est prône à s'isoler, et cherche à «se faire plus seul pour être davantage. » (La Survie, PH IV pp. 237-238) Par excès de son individualisation et de la lutte pour la vie, il se trompe en succombant  facilement à la survivance du plus apte et au racisme, ou il rêve de s'évader des autres et de la Terre, en cherchant d'autres planètes ou d'autres dimensions d'existence...
 
 

3. Effets sur la Noosphère

Tout ce processus de rebondissement de l'Évolution ne pourrait pas se produire sans être conforme à la loi principale de Complexité-Conscience, et sans envoûter aussi, simultanément, la corpusculisation planétaire du Cosmos tout entier qui, suivant la loi de Convergence (« Tout ce qui monte, converge »), nous amène à penser à un Univers qui s'enroule en s'épanouissant.

C'est comme si ce processus subjuguait notre petite planète, avec ses tendances, reconnues par la Science Moderne, d'entropie et de désagrégation de l'énergie. Ce ne sont pas, cependant, des procès à résultats tout à fait négatifs ; l'entropie, à la fois négative en ce qu'elle détruit l'ordre, devient aussitôt positive en ce qu'elle contribue à construire, avec l'énergie sauvée de la désagrégation en marche, de nouveaux paramètres d'ordre, à un niveau supérieur, basés dans les mutations qui sont nées des antérieurs Progrès de la Noogénèse.

Puisque la Noosphère est une enveloppe faite de la pensée humaine, elle évolue simultanément avec l'ensemble de l'évolution de la conscience planétaire. Mais l'Humanité en cours de totalisation par  la Socialisation de Compression se montre préoccupée de s'échapper aux tensions produites par le surpeuplement ethnique, le Totalitarisme toujours aggressif, et les périls constatés de l'Entropie, de la Désagrégation de l'Énergie et des désastres écologiques qui menacent la destruction de notre planète.Tous ces facteurs sembleraient rendre impossibles les perspectives d'une vie digne et pacifique pour l'Homme dans un avenir prochain.

Il paraît que nous arriverions à une impasse. Serait-il possible que la Noosphère atteigne son point de Saturation, où ses chances de succès ou d'insuccès seraient soit irréversibles soit indifférentes à l'Homme moderne toujours préoccupé de sa survie physique et de son bonheur corporel ? (GZH  pp. 160-162)

Que pourrait-on faire pour encourager, pour assurer que l'«auto-cérébralisation de l'Humanité [devienne] l'expression la plus concentrée du rebondissement réfléchi de l'Évolution» (GZH  pp.148-150) en marche «vers la conquête de la matière mise au service de l'Esprit» (La Survie, PH IV. p.250 ) ?
 
 

4. Fins possibles pour les Sorties du Monde Terrestre

Dans son article « Noosphère et hypermonde », Pierre Berger, journaliste du Monde Informatique,  cite ces pensées de Teilhard, dans son Avenir de l'Homme, au sujet de notre « Survie » :

(AH, p. 360) « Oméga (est) le grand attracteur du régime de socialisation compressive où nous venons d'entrer ; rien ne permet de prévoir le relâchement, et encore moins la fin. Dans ces conditions, il ne nous servirait évidemment de rien de chercher à nous évader du tourbillon qui sur nous se resserre. Par contre, ce qui importe extrêmement, c'est de savoir comment, dans ce tourbillon, nous orienter et nous comporter spirituellement de telle sorte que l'étreinte totalisante à laquelle nous sommes soumis ait pour conséquence, non point de nous déshumaniser par mécanisation, mais (comme il semble possible) de nous sur-humaniser par intensification de nos puissances de comprendre et d'aimer .

... Jusque dans les zones les plus spiritualisées de notre être, sans doute, certaines nécessités intérieures subsistent qui nous forcent inexorablement à poursuivre sans arrêt notre marche en avant. ... Doublant, et peu à peu relayant la poussée venant d'en bas, voici donc que l'apparition d'un attrait descendant d'en haut se découvre comme organiquement indispensable pour la suite de l'opération : indispensable pour soutenir l'élan évolutif ; et indispensable, en même temps, pour créer, autour de l'Humanité en cours de totalisation, la chaleur psychique, l'atmosphère cordiale, hors de laquelle l'emprise économico-technique du monde ne saurait qu'écraser les âmes les unes contre les autres, sans parvenir à les souder entre elles et à les unifier. ...il ne pourrait y avoir ...qu'un Univers ...convergent. Quelque cime, quelque révélation vivificatrice au bout de la trajectoire... »

(AH, p. 363) « ...deux solutions partiellement divergentes se présentent et s'opposent... Suivant les uns (« solution collectiviste »), il suffirait, pour assurer le succès biologique de notre évolution, que l'Humain réussisse un peu à s'arranger globalement en une sorte de circuit fermé, suivant lequel chaque élément pensant... connecté avec tous les autres parvienne à une certaine clarté finale de vision et à une certaine chaleur extrême de sympathie... mais ceci sans apparition... d'aucun centre... Suivant les autres, par contre («solution personnaliste »), c'est justement quelque Centre de rassemblement, c'est précisément quelque clef de voûte qu'il faut prévoir et postuler... Si en effet... une forme réelle d'amour ne surgit pas au coeur de l'évolution ---amour plus fort que tout égoïsme privé et toute passion particulière ---comment voulez-vous que jamais la Noosphère se stabilise ? ...En vérité, pour cohérer, sans la broyer, la multitude humaine, ....un champ d'attraction à la fois puissant et irréversible paraît indispensable... Ainsi raisonnent et sentent (au moins implicitement) depuis deux mille ans tous les chrétiens. Et ainsi, ... se trouvera obligé de penser, sous l'urgence des événements, un nombre toujours croissant de biologistes et de psychologues. Si bien que le plus grand événement aujourd'hui en cours dans l'histoire de la Terre serait peut-être bien, tout justement, la découverte graduelle... non pas seulement de Quelque Chose, mais de Quelqu'un, au sommet engendré par la convergence sur lui-même de l'Univers en évolution. »

Alors, que pourrait-on prédire comme sortie du monde terrestre ?

Cela dépendra de NOUS, ---de notre refus ou de notre acceptation de ce « Quelqu'un », selon Teilhard. Il envisage deux possibilités presque contradictoires ; mais tout en nous indiquant qu'en tout cas nous devons tourner nos efforts vers la bonne (La Survie, PH IV pp. 289-291) :
 

(p. 289) « La fin du Monde : renversement d'équilibre, détachant l'Esprit, enfin achevé, de sa matrice matérielle pour le faire reposer désormais, de tout son poids, sur Dieu-Oméga.

La fin du Monde : point critique, tout à la fois, d'émergence et émersion, de maturation et d'évasion. »

(p. 290) « ...Mais il se peut aussi que, suivant une loi à laquelle rien dans le Passé n'a encore échappé, le Mal, croissant en même temps que le Bien atteigne à la fin son paroxysme, lui aussi sous une forme spécifiquement nouvelle. Pas de sommets sans abîmes. »

(p. 291) « Refus ou acceptation d'Oméga ?

...au cours et en vertu du processus qui la rassemble, la Noosphère, parvenue à son point d'unification, se cliverait en deux zones, respectivement attirées vers deux pôles antagonistes d'adoration...

...Une dernière fois encore la ramification. »

Donc, la seule sortie possible serait d'ordre spirituel, en ayant confiance au grand et laborieux travail de l'Évolution ; qui, en parvenant à créer les êtres humains avec tant de soins, ne peut pas être conçue comme s'étant organisée au hasard. Il faut affirmer, avec Teilhard, que « Oui », c'est une Évolution dirigée, consciente d'elle-même ; car il y a un Moteur qui l'oriente et l'attrait à Lui, le Point Oméga. Alors, pourquoi pas le dire ? Ce « Moteur » c'est Dieu, principe générateur et en même temps final, qui réalise en soi la rencontre des deux pôles d'attraction Alpha et Oméga, et donne à l'Homme la pensée, la conscience, l'âme, la Foi et l'Énergie de l'Amour pour continuer son chemin de Paix et de Construction d'un Avenir digne pour tous. *

* N'est-ce pas ce que Saint Paul nous a déjà dit dans sa lettre aux Ephésiens (1:0-10, LSG) ?
«--- Car Dieu nous a fait «connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu'il avait formé en lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre . »

C'est ce qui s'appelle le « Plérôme » , comme Teilhard nous explique dans le deuxième chapitre du Milieu Divin (p. 135) : --- «...Cette Réalité suprême et complexe pour laquelle l'opération divine nous pétrit, quelle est-elle ? Saint Paul, avec saint Jean, nous l'a révélé....; c'est le mystérieux Plérôme, où l'Un substantiel et le Multiple créé se rejoignent sans confusion dans une Totalité qui, sans rien ajouter d'essentiel à Dieu, sera néanmoins une sorte de triomphe et de généralisation de l'être. »

« Le Christ Évoluteur » :

Teilhard témoigne la réalité de sa foi en le « Christ Évoluteur » dans l'Épilogue du Phénomène Humain : Le Phénomène Chrétien, (PM pp. 293-294) :

[ « Aussitôt que dans St. Paul et St. Jean, nous lisons que créer, accomplir et purifier le monde c'est, pour Dieu, l'unifier en l'unissant organiquement avec lui-même. Comment l'unifie-t-il ? En s'immergeant partiellement dans les choses, en devenant ' élément ', et puis, de cette position avantageuse au coeur de la matière, en assumant le contrôle et la direction de ce que nous appelons l'Évolution. Le Christ, principe de la vitalité universelle s'étant manifesté comme Homme parmi les hommes, s'est mis dans la position (toujours maintenue) d'envoûter sous lui-même l'ascension générale des consciences dans lesquelles il s'est inséré. Par l'acte perpétuel de communion et de sublimation, il agrège à lui-même le psychisme total de la Terre. Et quand il aura tout rassemblé et tout transformé, il se resserrera sur lui-même et ses conquêtes pour rejoindre enfin, dans une geste finale, le foyer divin qu'il n'a jamais quitté. Puis, comme St. Paul nous a dit, Dieu sera Tout en tous. C'est l'expectation d'une unité parfaite, plongé dans laquelle chaque élément atteindra sa consommation au même temps que l'Univers.

L'Univers se comblant dans une synthèse de centres en conformité parfaite avec les lois de l'union. Dieu, le Centre des centres. Dans cette vision finale, le dogme du Christianisme se culmine. Et si exactement, si parfaitement coïncide cette culmination avec le Point Oméga, que sans doute, je n'aurais jamais aventuré d'envisager celui-ci, ou de formuler l'hypothèse rationnellement, si, dans ma conscience comme croyant, je n'avais pas trouvé, pas seulement son modèle spéculatif mais aussi sa réalité vivante. » ]

5. Le Progrès de la Noosphère à l'avenir ?

Ainsi, sous quelle forme, le long de quelles lignes, pourrait-on concevoir le progrès des effets «noosphériques» à l'avenir?

Voici la vision optimiste de Teilhard, il y a plus de cinquante ans (La Survie, PH IV pp. 279-280, p. 287) :

(p. 279) « Sous quelle forme et le long de quelles lignes, --- dans l'hypothèse seule acceptable d'une réussite, --- pouvons-nous imaginer que...va se développer le Progrès ?

Sous une forme collective et spirituelle d'abord - Dès l'apparition de l'Homme nous avons pu noter un certain ralentissement de transformations passives et somatiques de l'organisme au profit des métamorphoses conscientes et active de l'individu pris en société. L'artificiel relayant le naturel. La transmission orale ou écrite se superposant aux formes génétiques (ou chromosomiques) de l'hérédité...»

(p. 280) « Il se peut que, dans ses capacités et sa pénétration individuelles notre cerveau ait atteint ses limites organiques. Mais le mouvement ne s'arrête pas pour autant. De l'Occident à l'Orient, l'Évolution est désormais occupée ailleurs, dans un domaine plus riche et plus complexe, à construire, avec tous les esprits mis ensemble, ---l'Esprit--- au-delà des nations et des races, la prise en bloc, inévitable et déjà en cours, de l'Humanité. »

(p. 287) « L'Humanité a devant elle des possibilités immenses. ...Depuis le Pas de la Réflexion, grâce aux étonnantes propriétés de ' l'artificiel ' qui, séparant l'instrument de l'organe, permet au même être d'intensifier et de varier indéfiniment les modalités de son action sans rien perdre de sa liberté, - grâce en même temps au prodigieux pouvoir de la Pensée de rapprocher et de combiner dans un même effort conscient toutes les particules humaines, nous sommes entrés dans un domaine complètement nouveau d'Évolution. ... Nous n'avons encore aucune idée de la grandeur possible des effets « noosphériques ». La resonnance des vibrations humaines par millions ! ...Le produit collectif et additif d'un million d'années de Pensée ! »

Comme le temoignent ces mots de Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, directeur de recherches au CNRS , ce «produit collectif et additif » de la Conscience planétaire est bien évident avec Internet en cette fin du deuxième millénaire ; ce qui donne réalité au Progrès actuel des effets « noosphériques » :

« Avec Internet cette fameuse conscience planétaire, tant prônée par des précurseurs comme Teilhard de Chardin, devient palpable. Dans le cybermonde, la notion d'étranger n'existe pas . »

ET LE PROGRÈS NOOSPHÉRIQUE AU DÉBUT DE CE TROISIÈME MILLÉNAIRE?

CE SERA À NOUS !


BIBLIOGRAPHIE

  1. Le Grand Larousse Universel, Tome 14, p. 10095. (1985). Librairie Larousse. Paris.
  2. Teilhard de Chardin, Pierre. (1955). Le Phénomène Humain. Éditions du Seuil. Paris.
  3. Teilhard de Chardin, Pierre. (1975). The Phenomenon of Man. New York: Harper & Row.
  4. Teilhard de Chardin, Pierre. (1957). Le Milieu Divin. Éditions du Seuil. Paris.
  5. Teilhard de Chardin, Pierre (1964). The Future of Man. New York: Harper & Row.
  6. Teilhard de Chardin, Pierre. (1959). L'Avenir de l'Homme. Éditions du Seuil. Paris.
  7. Teilhard de Chardin, Pierre. (1962). Letters From a Traveler. New York: Harper & Row.
  8. Teilhard de Chardin, Pierre. (1973). Man's Place in Nature. New York: Harper & Row.
  9. Teilhard de Chardin, Pierre. (1956). Le Groupe Zoologique Humain. Éditions Albin Michel. Paris.
  10. Fondation Pierre Teilhard de Chardin, Muséum National d'Histoire Naturelle : <http://www.mnhn.fr/teilhard/index.html .
  11. Les Amis de Teilhard <http://www.teilhard.asso.fr/accum.html>
  12. Forum des Amis de Teilhard <http://www.teilhard.asso.fr/forum.html>
  13. Groupe (de Caen) d'étude Teilhard de Chardin : < http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/ >.
  14. Teilhard de Chardin - Menu des Citations de l'édition du Seuil Collection Essais : Le Phénomène Humain, Le Milieu Divin, L'Avenir de l"Homme (Groupe de Caen) : Citations < http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/f-citations.htm.
  15. Teilhard de Chardin - Citations de l'édition du Seuil Collection Essais 1955 (Groupe de Caen): Le Phénomène Humain - Citations : <http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/lephenom.htm>.
  16. Teilhard de Chardin - Citations de l'édition du Seuil Collection Essais. Sagesses 1957 (Groupe de Caen): Le Milieu Divin - Citations - <http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/divin.htm>.
  17. Teilhard de Chardin - Citations de l'édition du Seuil Œuvres de Pierre Teilhard de Chardin, tome 5, Paris -1959 (Groupe de Caen): L'Avenir de l'Homme - Citations - <http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/avenir.htm>.
  18. Teilhard de Chardin - Quotations from The Phenomenon of Man, English  edition, Harper & Row, New York 1975 (Groupe de Caen): Quotations - The Phenomenon of Man : < http://perso.wanadoo.fr/jacques.abbatucci/quotations.htm>.
  19. Pierre Teilhard de Chardin : "Tout ce qui monte, converge" (Maria Luiza Glycerio): <http://www.trip.com.br/teilhard/francais.htm>.
  20. Teilhard de Chardin eGroup - <http://groups.yahoo.com/group/teilhard>
    Enroll online or by email : Janice B. Paulsen <jpaulsen@richmond.edu>
  21. Teilhard de Chardin : "la Noogénèse, progresse-t-elle ?" (Maria Luiza Glycerio et Janice B. Paulsen) : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/noogenes.html.
  22. Teilhard de Chardin: "Is Noogenesis progressing?" (Maria Luiza Glycerio and Janice B. Paulsen) : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/isnoogen.html.
  23. Teilhard de Chardin - Citations de l'édition du Seuil Collection Essais (1955) du Phénomène Humain (Janice B. Paulsen. QF) : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/citation.html.
  24. Teilhard de Chardin - Citations de l'édition du Seuil Collection Essais (1955) du Phénomène Humain with additional Quotations from The Phenomenon of Man, English edition, Harper & Row, New York 1975 (Janice B. Paulsen. QF):  IV. La Survie: <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/survie.html.
  25. Teilhard de Chardin - Quotations from The Phenomenon of Man, English edition, Harper & Row, New York, 1975 (Janice B. Paulsen. QF): Quotations from Book IV - Survival  : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/survival.html>.
  26. Teilhard de Chardin - Quotations from The Phenomenon of Man, English edition, Harper & Row, New York, 1975 (Janice B. Paulsen. QF): Quotations - Post Script : The Essence of the Phenomenon of Man: <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/psquotes.html>.
  27. Citations du Groupe Zoologique Humain (Maria Luiza Glycerio et Janice B. Paulsen) : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/GZHcitations.html.
  28. Quotations from the Groupe Zoologique Humain (extracts cited by Maria Luiza Glycerio and translated into English by Janice B. Paulsen) : <http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/GZHquotes.html.
  29. Teilhard de Chardin - "Noosphère et hypermonde" (Pierre Berger, mai 1994) : <http://www.hypermonde.org/Ecrits/Berger/TEILHARD.htm>.
  30. Pierre Teilhard de Chardin, Creative Process Global Pathmarker : <http://www.creativeprocess.net/gp/teilhard.html.
  31. "Pleroma" in Teilhard de Chardin - The Pleromatics Project (Donivan Bessinger, M.D.) : <http://members.aol.com/projbin/plerteil.htm.
  32. Association des Amis de Teilhard de Chardin : http://www.teilhard.asso.fr/index.htm
  33. Fondation Teilhard de Chardin (Pays Bas) : < http://home-1.worldonline.nl/~sttdc/?,
  34. Le groupe de lecture Teilhard de Chardin de Nantes : < http://perso.wanadoo.fr/michel.bay/index.htm.
  35. Dialogos - An Interactive Journal of the Sciences, Philosophy & Theology, dedicated to the advance of human knowledge in the conviction that "All that rises must converge" (P. Teilhard de Chardin) : <http://freeway.net/~dialogos/
  36. Pierre Teilhard de Chardin (Duen Hsi Yen) - "This purpose of this site ... is to facilitate the development of a collective conscious caring world wide mind" : <http://www.noogenesis.com/chardin.html .
  37. "Teilhard de Chardin and the Noosphere" (the Rev. Phillip J. Cunningham, C.S.P., CMC Magazine Special Focus Issue (3/97) : Spirituality online : <http://www.december.com/cmc/mag/1997/mar/cunning.html.
  38. "The Noosphere" : <http://www.nettuno.it/fiera/electric.italy/noosphere.html.
  39. Pierre Teilhard de Chardin .(Frank D. Smith, Physicist) : <http://www.innerx.net/personal/tsmith/TeildCh.html.
  40. "Cyberspace and the Dream of Teilhard de Chardin" (John R. Mabry) : <http://members.home.net/dlature/united/ph2paper/noosph.html.
  41. Quotes from "The Activation of Energy" by Pierre Teilhard de Chardin (Dale Lature, United Theological Seminary) : < http://members.home.net/dlature/united/ph2paper/pierretdc.html.
  42. "A Globe Clothing Itself with a Brain" (Jennifer Cobb Kreisberg ) : "Teilhard de Chardin set down the philosophical framework for planetary, Net-based consciousness 50 years ago" : <http://www2.gol.com/users/coynerhm/teilhard.html.
  43. "The Cerebellum Synthesis - Cerebellum: Subtle but Central" (P.R. Celsus, University of Michigan, July 7, 1997) : <http://www-personal.umich.edu/~prcelsus/central.html.
  44. Neur@nat "L'enseignement de la neuroanatomie par l'image" (École Normale Supérieure) : <http://www.magbio.ens.fr/neuranatpro/index.html.
  45. Teilhard en Chine : < http://www.cruzio.com/~cscp/teilhard.htm.
  46. La Bible sur WWW :, Ephésiens 1- LSG : <http://bible.gospelcom.net/cgi-bin/bible?language=Français&version=LSG&search=&passage=Ephésiens+1
  47. The Bible Gateway : Ephesians 1 - RSV :<http://bible.gospelcom.net/cgi-bin/bible?language=English&version=RSV&search=&passage=Ephesians+1.
  48. FRS - Annuaire de la Francophonie Religieuse et Spirituelle sur le Net : <http://huguenots.net/la_FRS/index.htm>. Choisissez Teilhard comme Thème et ça donne : <http://huguenots.net/la_FRS/frs/957_occurrences_liste.mv?Teilhard_de_Chardin> Choisissez  "Champs de Recherche",  tapez  "Noosphère" et ça donne: <http://huguenots.net/la_FRS/frs/955_occurrences.mv>

Collaboration «noosphérique» à la version originelle commencée à Rio de Janeiro, le 7 octobre 1998
et terminée à.Richmond, VA, le 1er mars 1999.
dernière mise à jour à Richmond, VA, le 31mai 2003.

© 1999-2003 - La feue Maria Luiza Glycerio (Brésil, ) et  Janice B. Paulsen (États-Unis) sur http://www.richmond.edu/~jpaulsen/teilhard/noogenes.html

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06/12/07

Teilhard de Chardin: bibliographie sommaire

Les oeuvres complètes:
T. I   Le phénomène humain 1955
T. II   L'Apparition de l'Homme 1956
T. III   La Vision du Passé   1956
T.IV   Le Milieu Divin  1957
T.V   L'Avenir de l'Homme  1959
T. VI   L'Energie Humaine  1962
T. VII   L'Activation de l'Energie   1963
T. VIII  La place de l'Homme dans la Nature   1963
T.IX  Science et Christ  1965
T.X  Comment je crois  1969
T. XI  Les Directions de l'Avenir   1973
T. XII  Ecrits du temps de guerre   1976
T. XIII   Le Coeur de la Matière   1976

Mais aussi:
Sur le Bonheur  1966
Sur l'Amour  1967
Le Prêtre  1968
Lettres à Jeanne Mortier  1984
Sur la Souffrance  1995
Etre Plus  1995
Hymne de l'Univers  1961
Comment je crois  1969

Tous ces ouvrages ont été publiés aux éditions du Seuil

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26/11/07

Il y a une vie avant la mort

L'homme nouveau arrive. L'homme nouveau est presque là. Il est déjà, en tout cas, dans les petits papiers du paléontologue français Jean Chaline, spécialiste de l'évolution des rongeurs et des hominidés, qui vient de dresser une sorte de portrait-robot de l'homo futurus : ce que nous devrions devenir, vers quoi nous allons, ce que nous serons peut-être. Nous grandirons un peu, nos mâchoires se réduiront, nous aurons moins de dents, peut-être que notre visage deviendra plus large, nous mangerons sans doute plus de liquides que de solides, notre cerveau aussi pourrait évoluer mais pas trop, car s'il augmentait en taille et en poids, nous devrions relever la tête et marcher en regardant en l'air. Vous imaginez : il aurait l'air malin, l'homme nouveau. Cela fait deux millions d?années que les hommes arpentent la terre des hommes et bien sûr, ils ont beaucoup changé. Je veux dire : ils se sont beaucoup adaptés. Mais il existe des invariants, des choses qui ne bougent pas. Sur l'échelle du temps humain, par exemple, nous avons toujours été des peuples migrateurs, il n'y a pas longtemps que nous sommes sédentaires. N'avons-nous pas appris hier que les premiers habitants de l'Australie étaient issus d'une vague d'immigration venue d'Afrique, il y a 50.000 ans ?
Si on y regarde de près, nous n'avons jamais arrêté de nous déplacer. Un rapport...nous dit que cela va continuer. Et s'amplifier, même. Cette étude n'est pas publiée par n'importe qui, mais par l'ONG britannique Christian Aid qui l'a réalisée en partenariat avec le Conseil Oecuménique des Eglises, quelque chose de sérieux, réunissant catholiques, orthodoxes et protestants, 340 Eglises au total. Le slogan de cette ONG chrétienne est « Nous croyons qu'il y a une vie avant la mort », je vous le dis parce qu'en ces matières, l'humour est une forme de rédemption. Qu'est-ce qu'elle nous dit donc, cette étude ? Que d'ici à 2050, les conséquences du changement climatique pousseront un milliard de personnes à migrer. Que d'ici à 2050, 3,2 milliards de personnes manqueront d'eau. Et que chaque année, entre 2 et 7 millions de personnes seront affectées par la montée des mers. Le rapport porte un titre évocateur : « Marée humaine ». Et il nous dit qu'en vérité, ce que nous connaissons des réfugiés aujourd'hui ? les réfugiés dits économiques et les réfugiés politiques ? n'est jamais que l'avant-garde de cette marée-là et qu'il va falloir se serrer un peu. Ce week-end, aux Canaries, sont arrivés de nouveaux cayucos transportant des clandestins. Ils étaient 430. En leur regardant bien dans la bouche, peut-être bien qu'on pourrait leur voir une mâchoire plus étroite avec moins de dents dedans. Peut-être qu'il a déjà débarqué, l'homo futurus.

Signé: http://www.lautresite.com/new/lejour2/2007_05/index.asp

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Posté par Alain 3 à 00:19 - Teilhard - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11/11/07

L’unité humaine, par P. Teilhard de Chardin

in CUENOT Claude : Teilhard de Chardin, coll.écrivains de toujours, Seuil, 1962.


Ces pages représentent un effort pour voir et faire voir, ce que devient et exige l’Homme, si on le place, tout entier et jusqu’au bout, dans le cadre des apparences. Pourquoi chercher à voir ? et pourquoi tourner plus spécialement nos regards vers l’objet humain ?

Voir.

On pourrait dire que toute la vie est là, -sinon finalement, du moins essentiellement. Être plus, c’est s’unir davantage : tels seront le résumé et la conclusion même de cet ouvrage. Mais, le constaterons-nous encore, l’unité ne grandit que supportée par un accroissement de conscience, c’est-à-dire de vision. Voilà pourquoi, sans doute , l’histoire du monde vivant se ramène à l’élaboration d’yeux toujours plus parfaits au sein d’un Cosmos où il est possible de discerner toujours davantage.
La perfection d’un animal ;la suprématie de l’être pensant ne se mesurent-elles pas à la pénétration et à au pouvoir synthétique de leur regard ? Chercher à voir plus et mieux n’est donc pas une fantaisie , une curiosité , un luxe.

Voir ou périr.

Telle est la situation, imposée par le don mystérieux de l’existence, à tout ce qui est élément de l’Univers. Et telle est par la suite, à un degré supérieur, la condition humaine.Mais s’il est vraiment vital et béatifiant de connaître pourquoi, encore un coup, tourner de préférence notre attention vers l’homme ?

L’Homme n’est-il pas suffisamment décrit,-et ennuyeux ? ET n’est-ce pas justement un des attraits de la Science de détourner et reposer nos yeux sur un objet qui enfin ne soit pas nous-mêmes ?A un double titre, qui le fait deux fois centre du Monde, l’homme s’impose à notre effort pour voir, comme la clef de l’Univers.

Subjectivement, d’abord, nous sommes inévitablement centre de perspective, par rapport à nous-mêmes. Ç’aura été une candeur, probablement nécessaire de la science naissante, de s’imaginer qu’elle pouvait observer les phénomènes en soi, tels qu’ils se dérouleraient à part de nous-mêmes. Instinctivement, physiciens et naturalistes ont d’abord opéré comme si leur regard plongeait de haut sur un Monde que leur conscience pouvait pénétrer sans la subir ni le modifier.

Ils commencent maintenant à se rendre compte que leurs observations les plus objectives sont toutes imprégnées de conventions choisies à l’origine, et aussi des formes ou habitudes de pensée développées au cours du développement historique de la Recherche. Parvenus à l’extrême de leurs analyses, ils ne savent plus trop si la structure qu’ils atteignent est l’essence de la Matière qu’ils étudient, ou bien le reflet de leur propre pensée.

Et simultanément ils s’avisent que, par choc en retour de leurs découvertes, eux-mêmes se trouvent engagés, corps et âme, dans le réseau des relations qu’ils pensaient jeter du dehors sur les choses : pris dans leur propre filet. Métamorphisme et endomorphisme, dirait un géologue.

Objet et sujet s’épousent et se transforment mutuellement dans l’acte de la connaissance. Bon gré, mal gré, dès lors, l’Homme se retrouve et se regarde lui-même dans tout ce qu’il voit.Voilà bien une servitude, mais que compense immédiatement une certaine et unique grandeur.

Il est simplement banal, et même assujettissant, pour un observateur, de transporter avec soi, ou qu’il aille, le centre du paysage qu’il traverse. Mais qu’arrive-t-il au promeneur si les hasards de sa course le portent en un point naturellement avantageux (croisement de routes ou de vallées) à partir duquel non seulement le regard, mais les choses mêmes rayonnent ?

Alors , le point de vue subjectif se trouvant coïncider avec une distribution objective des chose, la perception s’établit dans sa plénitude. Le paysage se déchiffre et s’illumine. On voit.

Tel paraît bien être le privilège de la connaissance humaine. Il n’est pas besoin d’être un homme pour apercevoir les objets et les forces « en rond » autour de soi.

Tous les animaux en sont là aussi bien que nous-mêmes. Mais il est particulier à l’Homme d’occuper une position telle dans la nature que cette convergence des lignes ne soit pas seulement visuelle mais structurelle.

Les pages qui suivent ne feront que vérifier et analyser ce phénomène. En vertu de la qualité et des propriétés biologiques de la Pensée, nous nous trouvons placés en un point singulier, sur un nœud, qui commande la fraction entière du Cosmos actuellement ouvert à notre expérience. Centre de perspective, l’Homme est en même temps centre de construction de l’univers.

Par avantage, autant que par nécessité, c’est donc à lui qu’il faut finalement ramener toute Science. -Si, vraiment, voir c’est être plus, regardons l’Homme et nous vivrons davantage.Et pour cela accommodons correctement nos yeux.

Depuis qu’il existe, l’Homme est offert en spectacle à lui-même. En fait, depuis des dizaines de siècles, il ne regarde que lui. Et pourtant c’est à peine s’il commence à prendre une vue scientifique de sa signification dans la Physique du monde. Ne nous étonnons pas de cette lenteur dans l’éveil.

Rien n’est aussi difficile à apercevoir, souvent, que ce qui devrait « nous crever les yeux ». Ne faut-il pas une éducation à l’enfant pour séparer les images qui assiègent sa rétine nouvellement ouverte ? A l’Homme, pour découvrir l’Homme jusqu’au bout, toute une série de « sens » étaient nécessaires, dont l’acquisition graduelle, nous aurons à le dire, couvre et scande l’histoire même des luttes de l’Esprit.
- Sens de l’immensité spatiale, dans la grandeur et la petitesse, désarticulant et espaçant, à l’intérieur d’une sphère de rayon indéfini, les cercles des objets pressés autour de nous.
- Sens de la profondeur, repoussant laborieusement, le long de séries illimitées, sur des distances temporelles démesurées, des évènements qu’une sorte de pesanteur tend continuellement à resserrer pour nous dans une mince feuille de Passé.
- Sens du nombre, découvrant et appréciant sans sourciller la multitude affolante d’éléments matériels ou vivants engagés dans la moindre transformation de l’Univers.
- Sens de la proportion, réalisant tant bien que mal la différence d ‘échelle physique qui sépare, dans les dimensions et les rythmes, l’atome de la nébuleuse, l’infime de l’immense.
-Sens de la qualité et de la nouveauté, parvenant, sans briser l’unité physique du Monde, à distinguer dans la Nature des paliers absolus de perfection et de croissance.
-Sens du mouvement, capable de percevoir les développements irrésistibles cachés dans les très grandes lenteurs,- l’extrême agitation dissimulée sous un voile de repos, le tout nouveau se glissant au cœur de la répétition monotone des mêmes choses.
- Sens de l’organique, enfin, découvrant les liaisons physiques et l’unité structurelle sous la b juxtaposition superficielle des successions et des collectivités.

Faute de ces qualités dans notre regard, l’Homme restera indéfiniment pour nous, quoiqu’on fasse pour nous faire voir, ce qu’il est encore pour tant d’intelligences : objet erratique dans un Monde disjoint. -Que s’évanouisse par contre, de notre optique, la triple illusion de la petitesse, du plural et de l’immobile, et l’Homme vient prendre sans effort la place centrale que nous annoncions : sommet momentané d’une Anthropologénèse couronnant elle-même une Cosmogenèse.

L’homme ne saurait se voir complètement en dehors de l’Humanité ; ni l’Humanité en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers.

D’où le plan essentiel de ce travail : la Prévie, la Vie, la Pensée, -ces trois évènements dessinant dans le passé, et commandant pour l’avenir (la Survie !), une seule et même trajectoire : la courbe du Phénomène humain.

Phénomène humain, dis-je bien.

Ce mot n’est pas pris au hasard. Mais pour trois raisons je l’ai choisi. D’abord pour affirmer que l’Homme dans la Nature est véritablement un fait, relevant (au moins partiellement) des exigences et des méthodes de la Science.

Ensuite, pour fiare entendre que, parmi les faits présentés à notre connaissance, nul n’est plus extraordinaire, ni plus illuminant. Enfin , pour bien insister sur le caractère particulier de l’ essai que je présente.

Mon seul but, et ma vraie force, au cours de ces pages, est simplement, je le répète, de chercher à voir, c’est à dire à développer une perspective homogène et cohérente de notre expérience générale étendue à l’homme. Un ensemble qui se déroule. Qu’on ne cherche pas ici une explication dernière des choses, -une métaphysique. Et qu’on ne se méprenne pas non plus sur le degré de réalité que j’accorde aux différentes parties du film que je présente.

Quand j’essaierai de me figurer le Monde avant les origines de la Vie, ou la Vie au Paléozoïque, je n’oublierai pas qu’il y aurait contradiction cosmique à imaginer un Homme spectateur de ces phases antérieures à l’apparition de toute Pensée sur Terre.

Je ne prétendrai donc pas les décrire comme elles ont été réellement, mais comme nous devons nous les représenter afin que le monde soit vrai en ce moment pour nous : le Passé non en soi, mais tel qu’il apparaît à un observateur placé sur le sommet avancé où nous a placé l’Evolution. Méthode sûre et modeste, mais qui suffit, nous le verrons, pour faire surgir, par symétrie, en avant, de surprenantes visions d’avenir.

Bien entendu, mêmes réduites à ces humbles proportions, les vues que je tâche d’exprimer ici sont largement tentatives et personnelles. Reste que appuyées sur un effort d’investigation considérable et sur une réflexion prolongée, elles donnent une idée, sur un exemple, de la manière dont se pose aujourd’hui en Science le problème humain.

Etudié étroitement en lui-même par les anthropologistes et les juristes, l’Homme est une chose minime, et même rapetissante. Son individualité trop marquée masquant à nos regards la Totalité, notre esprit se trouve incliné, en le considérant, à morceler la Nature, et à oublier de celle-ci les liaisons profondes et les horizons démesurés : tout le mauvais anthropocentrisme. D’où la répugnance, encore sensible chez les savants, à accepter l’Homme autrement que par son corps, comme objet de Science.

Le moment est venu de se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers, doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses,-l’Esprit autant que la Matière. La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme total dans une représentation cohérente du monde.

Puissé-je faire sentir ici que cette tentative est possible, et qu’elle dépend, pour qui veut et sait aller au fond des choses, la conservation en nous du courage et de la joie d’agir.

En vérité, je doute qu’il y ait pour l’être pensant de minute plus décisive que celle où , les écailles tombant de ses yeux, il découvre qu’il n’est pas un élément perdu dans les solitudes cosmiques, mais c’est une volonté de vivre universelle qui converge et s’hominise en lui.

L’homme, non pas centre statique du Monde-comme il s’est cru longtemps ; mais axe et flèche de l’Evolution, -ce qui est bien plus beau.

Teilhard de CHARDIN

Bibliographie :

CUENOT Claude : Teilhard de Chardin, coll.écrivains de toujours, Seuil, 1962.

CHARDIN Teilhard de : Le phénomène humain, Pékin, 1938-1940 ; et Oeuvres, Seuil, Paris,1955.

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Posté par Alain 3 à 00:30 - Teilhard - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08/11/07

La terre sacrée: une écologie chrétienne

...Il y a plusieurs années, j’ai fait ma thèse sur Teilhard de Chardin et ceci a été une bonne occasion de revisiter une p