19 mars 2012

Chrétiens: le partage, pas la croisade !

TC n° 3480  du 16 février 2012
 

Pour le christianisme du partage, pas de la croisade

Par Mouvement du christianisme social, Témoignage chrétien

Pour le christianisme du partage, pas de la croisade
Copyright : DR
Le Mouvement du christianisme social et Témoignage chrétien prennent position contre la manipulation et l’accentuation des clivages dans notre pays et appellent à un christianisme du partage.
 
 
Le 12 février, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Radio France Politique. Il a dé­noncé les dérives extrême-droitistes de la majorité, illustrées par les récentes déclarations de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Il a salué la prise de position de François Bayrou et en a appelé aux chrétiens : « Il est temps quand même que des chrétiens, comme lui, commencent à dire que, au fond, il y a deux christianismes, celui des croisades et celui de saint Martin : partager son manteau sans aller demander les papiers à celui à qui on donne le morceau pour qu’il ait chaud. »

Quelles que soient nos opinions sur Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou ou leurs programmes, nous affirmons fortement notre vision d’un christianisme du « manteau partagé ». C’est ce christianisme que nous faisons vivre sur le terrain, que nous – ou nos Églises — défendons publiquement, sans toujours être entendus.

Nous dénonçons l’esprit de croisade pour la défense de la « France chrétienne » : l’extrême droite catholique s’attaque à l’art contemporain, la présidence de la République et sa majorité affirment une soi-disant supériorité d’une civilisation (chrétienne) sur d’autres, sans compter le discours du Front national, et nous en passons…

Nous contestons la manipulation et l’accentuation des clivages dans notre pays : clivages raciaux, sociaux, religieux, ethniques, de couleur de peau qui font du jeune de banlieue, du musulman, du chômeur, du Rom, le bouc émissaire. Ces clivages sont utilisés par les médias, les pouvoirs et certaines forces politiques pour occulter le clivage de fond : le clivage social.

Les discriminations ne sont plus des faits isolés, elles sont un système qui s’attaque aux habitants des quartiers populaires, aux Noirs, aux Arabes, aux musulmans. Elles créent une classe de citoyens à part. Jésus était du côté des parias pour mettre à bas les murs de séparation, nous sommes aux côtés de ceux d’aujourd’hui.

Nous défendons la laïcité de la loi de 1905 dans son esprit et dans sa lettre. Donc nous dénonçons son instrumentalisation pour mener l’assaut contre les musulmans et autres minorités religieuses. Cette croisade n’est possible que parce que d’aucuns renvoient dos à dos laïcité et religion comme deux entités inconciliables. La laïcité ne pourrait que s’opposer à des religions toujours présentées comme dogmatiques, obscurantistes, dangereuses. Le spirituel et ses valeurs ne seraient réservés qu’à la sphère intime ou privée, en l’opposant à la sphère sociale, politique, publique.

Au contraire, il est urgent de promouvoir l’esprit des pères de la loi de 1905 : une laïcité inclusive qui n’exclut pas telle ou telle population, une laïcité qui permet le dialogue public de positions religieuses et non religieuses. C’est pour nous le meilleur moyen de renforcer des religions synonymes de liberté de conscience et de faire reculer les courants religieux d’aliénation.

Notre christianisme est bien celui de saint Martin, mais aussi de l’abbé Pierre, de Théodore Monod, de Dietrich Bonhoeffer, de Martin Luther King ou Desmond Tutu. Le partage du manteau signifie aider l’autre, frère ou sœur en humanité, qu’il ait des papiers ou non, même si cela viole la loi. Mais il faut aller plus loin. Donner un bout de son manteau, c’est poser le problème du partage planétaire des richesses, rendu impossible par le système capitaliste qui repose sur la concurrence de tous et toutes contre toutes et tous, qui produit souffrances personnelles et violences sociales, qui permet l’émergence de peurs et de discriminations. Nous refusons le chantage sur la dette qui place des pays entiers sous l’emprise des banques et des systèmes financiers. Nous soutenons le peuple grec étranglé par un nouveau plan d’austérité. Nous contestons les politiques d’austérité qui engendrent la pauvreté pour des millions d’individus et mettent en danger l’action publique.

Cessons de diaboliser l’impôt
, instrument de la répartition des richesses, cessons de penser en « toujours plus » de production, de consommation, d’énergie… Au contraire, face à la crise écologique, posons-nous la question du mieux, du bien vivre ensemble.
Le vote pour l’extrême droite est incompatible avec les valeurs de l’évangile partagées bien au-delà des chrétiens.

Nous disons aux chrétiens de droite inquiets de la tentation de l’extrême droite, qu’ils se doivent d’interpeller leur camp sur les dérives des politiques et des propos, notamment sur l’immigration, qui ont depuis longtemps dépassé le niveau de l’humainement acceptable.

Nous disons aux dirigeants de la gauche
que leurs politiques passées et leurs propositions sont rarement à la hauteur des enjeux, que nous espérons mieux d’eux.

Nous disons aux chrétiens, aux croyants des autres religions
, à tous les humanistes, aux hommes et femmes de bonne volonté : retroussons-nous les manches ensemble, interpellons les partis et les candidats lors des élections présidentielles et législatives, organisons des débats, prenons position pour refuser l’esprit de croisade et défendre celui de saint Martin.

Chrétiens sociaux, nous continuerons à assumer dans notre travail associatif, ecclésial, diaconal, syndical, notre part de responsabilité : apprendre à vivre ensemble, dénoncer la manipulation des peurs, exhorter avec le message biblique à ne pas craindre l’autre. Croire que le dépassement de tous les clivages arrivera dans le Royaume des cieux est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut assumer d’être dans la différence, dans le conflit : nommer ces clivages pour les penser et agir sur eux, travailler sur nos propres peurs, aider les personnes en souffrance à travailler les leurs…

Oui, aujourd’hui un profil public de la foi face aux idéologies et aux injustices est essentiel. Oui, nous voulons soutenir une diaconie (un travail social) de protestation, qui agisse en termes de résistance, de non-violence active, d’invention et bien sûr de justice, d’espérance et d’amour.

Pour signer cette pétition en ligne, c'est ICI

Pour participer au débat, vous pouvez  vous inscrire à la liste de discussion "Liste de discussion de l'appel Saint-Martin"

Premiers signataires :
Olivier ABEL, Institut protestant de Théologie-Paris. ; Jérôme Anciberro, journaliste, rédacteur en chef de Témoignage chrétien ; David BERLY, responsable associatif ; Bertrand Marchand, doctorant en théologie, militant du Christianisme social ; Jean-Marc Bolle, consultant en communication, ancien vice-président d’une association d’insertion ; Guy Bottinelli, pasteur en retraite, Foyer protestant de la Duchère, Lyon ; Christophe Brénugat, éducateur, protestant réformé, adhérent David et Jonathan ; Roberto Beltrami, pasteur directeur de La Fraternité de la Belle de Mai (13) ; Olivier BRES, pasteur retraité, militant associatif ; Christophe Cousinié, pasteur, directeur de Toulouse-Ouverture (to7) ; Héloïse Duché, militante du Christianisme social et du Front de gauche ; Jean-Marc Dupeux, pasteur, ancien secrétaire général de la Cimade ; Isabelle Grellier-Bonnal, professeur, militante du Christianisme social ; Stéphane Lavignotte, pasteur, directeur de la Fraternité de La Maison Verte, militant du Christianisme social ; Francis Muller, pasteur, secrétaire général de la Mission populaire évangélique de France ; Jean-Pierre Rive, pasteur, président de la Commission Église et société de la Fédération protestante de France ; Antoine Rolland, enseignant-chercheur, mi­litant du Christianisme social, Lyon ; Otto Schaefer, théologien et biologiste ; Alexandre et Marie Sokolovitch, animateurs de l’éducation populaire, Jesus Freaks ; Catherine Thierry, membre de la Communauté Mission de France ; Pierre Valpreda, Gennevilliers, directeur d’école, protestant réformé, adhérent EELV, et David et Jonathan.

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16 février 2012

L'autre est un inconditionnel

La beauté ou la laideur, la santé ou la maladie, la richesse ou l’indigence ou tout bonnement, avoir ou ne pas avoir les lèvres ou le cheveu…qui va avec l’air du temps, les moyens qui mettent à la page ou qui immergent dans les normes, c’est autant d’épreuves.

A chacun ses épines. Par patrimoine génétique, situation familiale ou professionnelle ou par le lieu et l’époque ou simplement par les conjonctures. A chacun de transcender des situations délicates pour « être humain » par idéal religieux, spirituel ou humain. Qu’importe. Puisqu’en fin de compte, ces idéaux se rencontrent.

Quand l’essentiel c’est d’aller de l’avant dans la quête pratique d’un mieux pour tous, les mêmes cimes attendent les uns et les autres. Car alors, ni la beauté ni la laideur, ni la santé ni la maladie, ni la richesse ni l’indigence,…n’auront de sens en soi.

Au service de leur part humaine, de leur portion de lumière, les hommes seront heureux de leur harmonie avec le monde. Le manque et l’avoir ne seront plus une honte ou un faire-valoir. Mais des états complémentaires et transitoires.

Le bonheur sera à la mesure de la contribution à la vie. L’émulation ne sera plus  une course effrénée pour posséder plus. Elle consistera à se surpasser pour le bon bien. Le bien-être individuel  suivra en retour. Car la vie rend incommensurablement.

Non pas tant parce que l’espoir habite les cœurs et que le fait de positiver fasse prendre aux choses un autre cours. Même si cela est la meilleure attitude qui soit face aux aléas.

Ni même que ceux qui donnent attendent un juste retour. Ce qui est très légitime, quoiqu’il ne soit pas évident qu’ils puissent impérativement susciter la gratitude des autres.

Mais plutôt parce que si le gène de l’empathie se transmet, il se cultive  également par l’éducation, qui peut tout aussi bien le transmuer.

Aussi, ce n’est ni forcer la nature humaine, ni contrarier les intérêts des individus que d’éduquer au respect et au don. Bien au contraire, du bien qu’il fait, l’homme est le premier récepteur. Comme du mal, d’ailleurs.

C’est qu’en deçà de leurs  différences, les hommes sont frères, en raison justement de leur humanité. Tout comme  du reste, cette même humanité les lie à ce qui les entoure. C’est pourquoi, ils ont l’obligation de s’aider et d’avoir de la mansuétude pour le monde.  

Une contrainte, certes. Mais c’est la seule qui puisse alimenter les sources miraculeuses de la vie: l’homme n’est aidé qu’à condition qu’il aide.

Toutes les religions le proclament. Donner un sens à la vie, et partant, humaniser les liens filiaux, les rapports sociaux et la relation au monde, est leur objectif premier.

La dernière d’entre elles, l’Islam, va plus loin : « nul ne peut prétendre à la foi, tant qu’il n’aura pas aimé pour autrui ce qu’il aime pour lui-même », disait le Prophète.  Et avant Lui, le Christ répétait à qui voulait l’entendre : aide-toi, Dieu t’aidera.

L’autre est un inconditionnel. C’est en fonction de la qualité du rapport à l’autre que se décline la tonalité de la relation de bas vers le Haut et que se colore celle du Haut vers le bas.

C’est ce qu’enseignent les religions. Ce qu’au fond de son cœur tout un chacun sait quand il ne désespère pas, déçu par le cours malheureux des choses. C’est ce que l’école devrait intégrer à son fonctionnement et à ses objectifs.
                                                                                               
Djouher Khater
Janvier 2012 / Charleroi

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09 février 2012

Ce type qui marchait pieds nus et qui a mal fini...

 

Si l’on se penche sur les textes évoquant le christ, ceux-ci abondent de phrases, de mots et d’idées comme tolérance, compassion, ouverture d’esprit, générosité, partage… ; seulement voilà, si on regarde son église aujourd’hui, on s’aperçoit que le clergé dans sa grande majorité se situe à droite et même plutôt très à droite ! De par ses ors et ses richesses scandaleuses étalés au grand jour, l’église catholique, qui est l’ardent défenseur des riches et des puissants, s’est rangée du coté des ennemis du Christ.

Jésus était un dangereux idéaliste et la religion chrétienne se sentant menacée par les propos révolutionnaires du christ a vite remis de l’ordre dans tout ça. Jésus était peut-être le premier communiste sincère. Jésus était même anticapitaliste, il luttait contre toutes sortes de lobbys, notamment ceux des marchands du temple. En fait jésus était pour la diminution du temps de travail :  » Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos ». Il était également anti productiviste: « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre …… ». Il était contre la peine de mort : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, dorénavant ne pèche plus ». Il était pacifique et non violent : » je ne jetterai pas la première pierre …. ».  Et il était profondément humaniste et anti-FN :  " n’ayez point peur des autres ".

Le Vatican, repaire d’affairistes dévoués au culte du veau d’or capitaliste  a rapidement compris qu’il valait mieux coopérer avec les forces de l’argent, sous peine de rester une petite secte sans importance. Et voila comment, 2000 ans plus tard, on se retrouve avec une droite et une extrême droite « supercatho », complètement vouées au culte du néolibéralisme. La droite capitaliste et libérale a basé sa doctrine sur l’égoïsme forcené, et la recherche effrénée de la richesse par tous les moyens. Dans cette idéologie, l’absence totale d’idée de partage est de toute évidence antichrétienne.

Pendant des siècles l’église a collaboré avec le pouvoir des riches contre les pauvres. Pour justifier le mythe de l’église proche du peuple elle a institué les œuvres de charité chrétienne. La condition était que les pauvres acceptent leur condition ici bas et ne remettent point le pouvoir en cause : la compassion, oui, la révolution, non ! L’église était un pilier de la stabilité du pouvoir et de la soumission du peuple.

La manipulation mentale évoque de sinistres choses, souvent associées dans nos esprits aux anciens régimes communistes ; pourtant patiemment, les églises ont façonné nos pensées au profit des puissants. Les souverains se sont servis des religions pour modeler nos esprits et nous imposer l’obéissance. Avant, il y avait l’Église qui distillait la bonne parole des puissants et maintenant il y a les médias, et quand on sait que près de 90% des médias appartiennent à des hommes, proches du pouvoir … et amis de notre cher président : N.Sarkozy !

De toute façon ce type qui marchait pieds nus et qui a mal fini le rend suspect d’être un terroriste altermondialiste. Ce n’est pas un bon exemple pour notre belle jeunesse, les médias se chargent de créer des héros plus présentables. Mais ce qui est sur c’est que si Jésus revient, certain auront intérêt à faire profil bas ! Si Jésus revient ce ne sera pas en brandissant une croix mais plutôt une kalachnikov !

Marie  PHILOMENE

ATTENTION, JESUS REVIENT

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02 janvier 2012

L'Evangile universel

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25 décembre 2011

Jésus: un des premiers indignés ?

Jésus était-il un des premiers indignés ?

Entretien de Jean-Paul Duchâteau avec le Père Charles Delhez, éditorialiste au journal
Dimanche

 

Comment expliquez-vous que Jésus ne soit pas apparu dans les documents écrits de l’époque où il vécu ?

Tout commencement est toujours invisible à l’œil nu. Il y a en Jésus un commencement nouveau. Un philosophe italien dirait que Jésus était la plus grande révolution opérée au cœur de l’humanité parce qu’elle a atteint le cœur de l’âme. Jésus est un petit phénomène local mais tellement vrai dans la manière dont il a vécu. Quelqu’un me disait "Dieu est venu à Noël incognito". Ce qui va faire la force du message, c’est peut-être finalement ceux qui vont le prendre au sérieux. Et là, il faudra quelques générations.

Jésus a-t-il été un des premiers indignés ?

Premier, je ne dirais pas, car il est dans la grande ligne des prophètes de l’Ancien Testament qui se sont perpétuellement indignés contre les idoles. Jésus a en effet été disciple de Jean-Baptiste, un véritable indigné mais qui prend le maquis tandis que Jésus va être un indigné enthousiaste. Il va continuer à vivre au cœur des humains. Dans l’évangile de saint Jean, celui-ci précise que le premier signe de Jésus, ce sont les noces de Cana, une fête, et le deuxième sera son indignation contre les marchands du temple. Ce qui indigne Jésus, c’est que le temple est devenu un marché; aujourd’hui, on pourrait dire "est-ce que le marché n’est pas devenu un temple ?"

Avez-vous le sentiment que l’Eglise a suivi son enseignement révolutionnaire ?

Oui et non. Tout au long des 2000 ans de l’histoire du christianisme, il y a eu quantité d’indignés, certains plus célèbres comme saint François d’Assise. Mais il y a beaucoup de gens qui se sont indignés là où ils étaient et cela n’est jamais apparu dans le journal ! Mais il s’est passé dans l’Eglise ce qui a eu lieu dans le groupe des disciples de Jésus. Celui-ci est un indigné qui va y mettre le prix de sa vie. Avec sa petite communauté d’apôtres et de disciples, il va essayer de vivre autrement. Bourse commune, proximité des lépreux, etc. mais au sein de son groupe, Jésus va devoir s’indigner parce qu’il y a déjà des luttes pour le pouvoir ! L’histoire de l’Eglise, c’est cela. C’est un message extraordinaire que l’Eglise est invitée à vivre. Elle y réussit de temps en temps, mais comme institution humaine, elle mérite aussi l’indignation à certains moments. Le message de Jésus est parfois au-dessus des forces humaines. Quand on voit, par exemple, les difficultés dans la société belge à pardonner à des gens comme Michèle Martin, pour prendre un cas extrême, je me dis que ce message de pardon dépassera toujours les forces humaines. De temps en temps, on y arrive. Mais parfois pas.

Les chrétiens d’aujourd’hui ne se sont-ils pas assoupis dans leur faculté d’indignation ?

J’en suis persuadé. Je crois que l’originalité de Jésus, ce n’est pas un discours mais une manière de vivre autrement. On a gardé le discours, mais les chrétiens sont aujourd’hui trop souvent complices de cette société contre laquelle on s’indigne. Et moi le premier. Il faut retrouver une certaine radicalité de l’évangile. Or, on s’est contenté de beaux discours, de beaux rites, de belles hiérarchies, de belles églises, mais l’essentiel n’est pas là.


[Sur le site de La Libre Belgique ]

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La messe de minuit de Tito Mamani

 

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/24/23024106.html:


 navidad en los andes

La messe de minuit

Le petit Tito Mamani n’était jamais allé à la messe de Minuit parce que la patronne disait : « Je ne veux pas voir de petits indiens endormis dans l’église ».

Une fois que Tito lui apporta un panier plein de gros champignons que les premières pluies [au Pérou, Noël tombe à la fin du printemps NDT] avaient fait sortir, elle lui promit, finalement, de l’emmener à la Messe du Coq.

Il était déjà tard quand les gens commencèrent à marcher vers la vieille église. Dans un des groupes se trouvaient les propriétaires suivis de Tito et de sa mère, servante de la patronne.

A l’entrée, un chœur d’Indiens jouait de la harpe et du violon. Alors que sa mère le trainait un peu, Tito regardait les musiciens bouche bée. A l’intérieur, se massaient des visages hâlés, des têtes hirsutes ou coiffés de tresses, des jupes et ponchos colorés. La masse humaine s’écartait pour laisser le passage aux patrons.

L’autel brillant grandissait devant les yeux de Tito. Les propriétaires occupèrent les prie-Dieu. Derrière, la servante s’agenouilla sur les briques avec son fils.

Tito était fasciné. Il posait plein de questions et sa mère lui répondait en lui indiquant : « la Vierge…saint Joseph…l’Enfant Jésus…l’âne…le bœuf ». Comme il s’étonnait, sa mère lui dit : « L’Enfant Jésus est né dans une mangeoire ». Alors, Tito demanda encore : « Ils étaient pauvres comme nous ? ». Et sa mère de répondre : « Mais oui, saint Joseph était charpentier ».  Tito se rappela que son père, qui était mort, était forgeron. « Et cette étoile ? ». La patronne se retourna et, le doigt sur les lèvres, ordonna le silence.

Des filles du chœur, appelées « bergères », chantèrent de doux chants :

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux

Et sur la Terrre, paix et union

 Tout était beau et l’impressionnait mais rien ne surprenait davantage Tito que ce petit Enfant, qui était Dieu et pauvre et qui était né dans une litière de paille au-dessus de laquelle resplendissait une étoile.

  De retour à la propriété, la patronne donna à sa servante et à Tito une grande quantité de beignets. Après les avoir mangés, ils ne tardèrent pas à s’endormir. Aussitôt après, l’Enfant Jésus en personne entra dans la chambre de Tito. Il portait une tunique céleste et tenait dans sa main l’étoile argentée. Il l’appela d’une voix enchanteresse : « Tito ! Viens ! Tito, voici l’étoile. Prends-là ! » Tito se hâta pour l’attraper mais fut découragé par le vent froid de la montagne qui s’insinuait par les fentes. « Maman, maman ! » appela Tito qui essayait d’expliquer. « L’Enfant Jésus est venu, mais il n’est plus là ». Sa mère comprit : « Il reviendra, mon enfant, je te promets. L’Enfant Jésus revient toujours ».

 Alors, rempli de confiance, Tito Mamani se rendormit.


(http://www.boletindenewyork.com/lit.lamisadegallo.htm)

 

 

 

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23 décembre 2011

Que faire du Noël chrétien ?

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1983, pages 176 à 178 (extraits)

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25 août 2011

Quels sont les rapports entre la transcendance et la révolution ?, par Roger Garaudy

   Si la conscience révolutionnaire n'est pas seulement un reflet du monde existant, si elle comporte un projet de notre ordre social et humain qui n'existe pas encore, elle repose sur ce premier postulat: les buts de l'action révolutionnaire ne peuvent pas être déduits uniquement du passé et du présent.
   Ce postulat peut être encore formulé ainsi: ce qui caractérise l'homme, c'est d'être toujours autre chose et davantage que l'ensemble des conditions qui l'ont engendré.
   C'est pourquoi, comme le soulignait Marx dans le Capital en faisant référence à Vico, à la différence de l'évolution naturelle, l'histoire humaine est faite par l'homme. Ce postulat est celui de la possibilité de se libérer de l'ordre imposé par la nature; c'est le postulat de la rupture avec le positivisme. Le positivisme, en renfermant la pensée dans les données de la nature, enferme l'action dans l'ordre établi. Si le monde de l'expérience physique existe "en soi" (comme le pensaient, par exemple, les matérialistes français du XVIIIe siècle), il n'y a plus de possibilité pour l'homme de faire sa propre histoire; c'est ce que signifie la thèse de Kant: le monde de notre expérience physique n'existe pas en lui-même, il n'est pas auto-suffisant. C'est vérifié par toute l'épistémologie contemporaine qui souligne, contre un réalisme naïf, que tout ce que je dis du monde, de l'histoire ou de Dieu, c'est un homme qui le dit: c'est là le fondement de toute pensée critique, de Kant à Karl Barth et de Husserl à Bachelard.
   L'acte de l'homme, qui est un acte créateur, même au niveau de la pensée, lorsqu'il conçoit et réalise des possibles (des hypothèses et des modèles scientifiques, des idéaux, des utopies et des projets), fait partie du réel. C'est dans ce sens que Fichte disait: L'idéal est plus réel que le réel, parce que le réel est modelé en fonction des possibles que nous concevons. Comme l'ont montré Hegel et Marx, le possible fait partie du réel. Si ce possible, cette hypothèse ou ce projet ne sont pas inscrits dans le présent ou dans le passé, si l'avenir n'est pas simplement le prolongement du passé, s'il est émergence de la nouveauté, je suis obligé de reconnaître, comme faisant partie de l'expérience la plus quotidienne, cette dimension du réel: cette possibilité permanente de dépassement, de transcendance.
   La transcendance est une dimension irréfutable de la réalité lorsque l'homme ne fait pas abstraction, pour la définir, de la présence de l'homme et de son acte créateur. La transcendance est l'attribut premier de l'homme; c'est-à-dire de l'être qui, à la différence des animaux, enfermés dans le cercle des comportements répétitifs, réalise à travers son propre travail (travail sous sa forme spécifiquement humaine, c'est-à-dire, comme le dit Marx, précédé de la conscience de ses propres fins) l'émergence de la nouveauté.
   De cette transcendance, nous faisons l'expérience chaque fois que l'on pose un acte créateur: dans la création artistique, dans la recherche scientifique et technique, dans l'amour et dans le sacrifice, en un mot dans tout ce qui rompt le cercle du savoir positiviste et de l'action utilitaire. Avoir la foi, c'est donc avant tout être entièrement ouvert à l'avenir.
   La difficulté, lorsque nous employons ce terme de transcendance, c'est d'en éliminer toutes les connotations d'irrationnel et de surnaturel qu'il porte avec lui, toutes les images dualistes qu'il suggère. Une conception adulte de la transcendance ne peut être ni précritique, ni prémarxiste. Ni précritique, parce qu'elle ne doit pas oublier, comme le disait Karl Barth, que tout ce que je dis de Dieu, c'est un homme qui le dit; ni prémarxiste, parce qu'elle ne doit jamais oublier l'apport irréversible de Marx, le matérialisme historique, c'est-à-dire la première conception de l'histoire qui cherche le moteur de l'histoire dans l'histoire elle-même.
   C'est là l'épreuve du feu de la transcendance.
   Les historiens prémarxistes concevaient l'histoire comme dirigée de l'extérieur (à travers un destin, une providence, une loi du progrès, un esprit absolu, etc.). Marx s'efforce de concevoir un moteur intérieur à l'histoire elle-même: à partir des inerties de la nature, des aliénations de la société et de l'initiative des hommes qui font leur histoire.
   Quels sont les rapports entre la transcendance et la révolution ?
   C'est une expérience historique: les premiers mouvements révolutionnaires en Europe, inspirés par les conceptions de Joachim de Flore, de Jean Hus et de Thomas Münzer, se fondaient sur un appel à réaliser le Royaume de Dieu. Frédéric Schlegel note: Le désir révolutionnaire de réaliser le Royaume de Dieu est le début de l'histoire moderne.
   Le projet d'un Royaume de Dieu porte certainement chaque fois l'empreinte de l'époque où il a été conçu, mais ce n'est pas un simple "bricolage", pour employer l'expression de Lévi-Strauss, d'éléments du passé. Chaque projet conçoit, même si c'est sous une forme utopique, un ordre social inédit: chaque révolution naît de l'union d'une poussée de la misère et de l'oppression, et d'une espérance.
   Marx et Engels disaient, par exemple, du projet révolutionnaire de Thomas Münzer, qu'il n'y en a pas eu de plus avancé jusqu'au milieu du XIXe siècle: ce messianisme est en avance sur l'histoire, comme tout véritable mouvement révolutionnaire, et comme tout travail spécifiquement humain, c'est-à-dire précédé de la conscience de ses fins, créateur. La faiblesse de l'utopie n'est pas d'anticiper sur l'histoire, mais de ne comporter ni une analyse des conditions objectives de sa propre réalisation, ni une technique de cette réalisation. C'est ce qu'apporte Marx, en définissant, pour son époque, les forces sociales capables de porter et de faire aboutir les espérances révolutionnaires, et aussi les formes d'organisation, la stratégie et la tactique de la victoire.
   Cela n'est pas du tout en contradiction avec ce que Kierkegaard appelait la passion du possible, parce que la caractéristique de cette tradition révolutionnaire chétienne, de Joachim de Flore à Jean Hus et à Thomas Münzer, des actuelles théologies de l'espérance et de la politique, est de concevoir le Royaume de Dieu non comme un autre monde dans l'espace et dans le temps, mais comme un monde différent, un monde changé, et changé par nos efforts.
   Le Royaume de Dieu est pour ces théologies, non pas une promesse dont on attendrait passivement la réalisation, mais une oeuvre à réaliser. Tout se joue dans notre histoire d'hommes; l'histoire est le seul lieu où se construit le Royaume de Dieu; l'Apocalypse ne dit pas que la terre sera remplacée par le ciel, mais qu'il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle. Il ne s'agit ni de tourner le dos à la terre pour aller au ciel, ni de quitter le temps pour l'éternité. Ce dualisme est le fait de Platon, non de la Bible.
   Pour purifier la transcendance (pour la "désherber"), il est nécessaire avant tout de ne pas la penser à travers les catégories du dualisme platonicien, de le terre des hommes et du ciel des idées, qui sont totalement étrangères à la tradition biblique et qui ont perverti le christianisme durant des siècles.
   Pour "désherber" la transcendance, il faut en outre ne pas la penser à travers les catégories d'une eschatologie fixiste. C'est-à-dire ne pas concevoir l'eschatologie comme une description de ce qui se passera, ce qui impliquerait une clôture de l'histoire, le retour au destin des Grecs pour lesquels tout est inscrit dans l'ordre divin.
   L'eschatologie ne consiste pas à nous dire: voici où l'on va; mais à nous dire: demain peut être différent, c'est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui est aujourd'hui.
  Ce postulat biblique de la transcendance est le premier postulat de toute l'action révolutionnaire. Si j'ai écrit que la révolution, comme les arts, a davantage besoin de transcendance que de réalisme, c'est parce qu'une révolution, comme une oeuvre d'art, n'est pas seulement le reflet de la réalité existante, mais c'est avant tout le projet de créer une réalité différente. Ce projet n'est pas possible et n'a pas de sens d'abord si l'homme n'est pas pleinement responsable de son histoire plutôt que soumis aux forces du passé. Ensuite il n'est possible que si le travail de l'homme prolonge la création continue du monde et de l'homme; enfin il n'est possible que si l'imagination peut inventer le futur, à partir d'une multiplicité de possibles et de projets. Ce postulat de la transcendance qui est, comme l'espérance, un aspect de la foi, se place au début de toute défatalisation de l'histoire: c'est pourquoi il est libérateur.

Roger Garaudy, dans "Face à Jésus", ouvrage collectif, Cerf, 1974, pages 58 à 64


Cet article est aussi publié sur http://rogergaraudy.blogspot.com

Voir aussi: Marxisme et transcendance

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21 janvier 2011

Quiproquo sur la science et la religion, par Léo Poncelet

Les humanistes que je connais à Montréal m’associent tout naturellement aux unitariens. Quand j’affirme que je suis également un humaniste, je vois parfois la surprise dans leur regard. Et malgré tout, ils continuent de nous inviter, Hannelore et moi, à leurs activités. Certains sont même devenus de bons amis.

J’imagine que les humanistes n’ont pas la même idée que moi de l’humanisme, ni de la religion non plus, c’est sûr. Pour moi, la religion, du moins la religion unitarienne, n’est aucunement en contradiction avec l’humanisme. Je dirais même que le personnalisme d’Emmanuel Mounier et la théologie de la libération sont des humanismes, bien que ces mouvements soient issus de la religion catholique. Le personnalisme de Mounier est aujourd’hui méconnu au Québec, mais il a exercé une forte influence auprès de l’intelligentsia québécoise avant et pendant la Révolution tranquille (1). Sans lui, la laïcisation du Québec actuel se comprendrait difficilement.

À l’instar de la plupart des unitariens, je considère la science et la religion comme deux faces de la vie sociale. Leur apparente opposition peut et doit être dépassée pour inventer un mieux vivre ensemble, digne de notre humanitude. Utopie certes, mais utopie réalisable par notre espèce fabulatrice (2), issue d’une humble origine animale, artisane d’œuvres grandioses.

Je me suis apprivoisé à l’unitarianisme grâce à Hannelore Poncelet que j’ai rencontrée à Québec lors de nos études à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval à la fin des années soixante. Elle vient d’une ancienne famille unitarienne qui encourageait le développement de la pensée critique chez l’enfant.

Il s’avère que les unitariens ont connu une longue histoire d’intolérance de la part des catholiques autant que des protestants. En conséquence de quoi, ils ont été contraints de chercher une ligne de conduite innovatrice. Tout en étant d’accord pour reconnaître le besoin d’une religiosité, voire les variétés de l’expérience religieuse, les unitariens ont toujours su accueillir avec bonheur les résultats de la connaissance scientifique. Certains, c’est bien connu, ont même contribué à l’avancement des sciences. Cet esprit se reflète dans les quatrième et cinquième principes des unitariens universalistes (3) où on reconnaît à chaque personne la liberté de la recherche de la vérité et la liberté de conscience.

Qu’est la religion selon les deux pasteurs unitariens Alison Wohler et William Murry?

Pour Alison Wohler, la religion devrait se résumer à la recherche du juste équilibre entre l’Homme et la nature. C’est avant tout une pensée religieuse qui « devrait nous relier, pas nous désunir ; encourager la communion, pas la division ».

Selon William Murry, depuis Darwin, il est difficile, voire impossible, de concilier l’évolution des espèces, y compris l’Homme, avec l’existence d’un ordre surnaturel et le Dessein intelligent. Dès la publication du livre De l’origine des espèces (4) en 1859, au lieu de combattre la théorie de l’évolution par voie de la sélection naturelle de Darwin, les unitariens l’ont aussitôt adoptée pour donner un nouveau fondement à leur besoin de religiosité.  

Pour ces deux pasteurs, c’est clair. La religion unitarienne élimine le rapport au surnaturel et la croyance aux dogmes. Dans ce sens, on peut dire que l’unitarianisme est unique parmi les religions occidentales.

L’atavisme de l’instinct de préservation des unitariens, me semble-t-il, se reflète chez Hannelore dans sa compréhension critique de la science et de la religion. Son article, Religion sans magie, adopte l’approche de la longue durée étayée par les recherches sur le terrain du célèbre anthropologue britannique, Bronislaw Malinowski. Il ouvre une autre piste de réflexion.

Suivant ce regard anthropologique, la science et la raison ne sont pas exclusives à notre monde moderne. Elles sont aussi vieilles que la religion et la magie. La mentalité prélogique des peuples archaïques est un mythe inventé par les philosophes rationalistes de l’Occident, tel Lucien Lévy-Bruhl. Les peuples de chasseurs-cueilleurs, et d’ailleurs toutes les sociétés plus avancées, pratiquaient ce que Clifford D. Conner appelle une science populaire (5). On oublie trop souvent que les innovations scientifiques de nos lointains ancêtres sont cumulatives et ont été diffusées d’un peuple à l’autre.

Qui est ce premier savant qui a domestiqué le feu? Qui a expérimenté le feu pour cuire la nourriture et l’argile, et pour forger le fer? Personne ne le sait. Mais chose certaine, tous les humains sur la terre ont vite appris à se servir de ces innovations. Le feu et son usage sont un héritage culturel qui a amélioré le sort de l’Humanité. Et le feu n’est qu’un exemple parmi mille autres innovations dues à la science populaire, dont nous sommes les bénéficiaires.

Nos ancêtres ne pratiquaient pas seulement la religion et la magie. Ils pratiquaient aussi une science basée sur la raison. Sinon, l’humanité aurait sans doute disparu dans la lutte pour l’existence avec les autres animaux. Il y aurait certes des mouches et des moucherons, des plantes et des animaux sur ce petit point bleu pâle que les Hommes appellent terre, à la marge d’un univers infiniment complexe. Vrai, un monde sans Humains ne serait pas une catastrophe pour la nature.

Sans la science avant la science moderne, y aurait-il eu des scientifiques pour étudier le mystère de la nature? Y aurait-il eu des humains pour s’étonner et exprimer un sentiment de vertige devant l’infiniment grand et l’infiniment petit, ou encore des philosophes pour déplorer le désenchantement du monde? Y aurait-il eu un Jean de La Fontaine pour faire parler les animaux qui donnent des leçons de morale aux enfants, un Walt Disney et ses dessins animés Woody le Pic, ou Mickey Mouse?

Comment ne pas nous étonner de notre situation dans la nature? 

J’ai beaucoup réfléchi au titre du livre du professeur Cyrille Barrette,Mystère sans magie (6). Ce titre est loin d’être anodin. Depuis que j’ai lu et relu son entretien avec Michel-Ernest Clément, ce titre est devenu lumineux pour moi. Au fond, il me semble résumer toute la pensée du professeur Barrette sur la science et la religion.

Son mot « mystère » exprimerait-il l’idée de la complexité de notre univers? Du « gigantesque système interconnecté » dont nous parle Alison Wohler? Dès lors, son mot « mystère » réfère à la nouvelle science de la complexité. Cette science reconnaît le caractère interdépendant du monde dont nous faisons une partie. Voilà, trait pour trait, l’énoncé de notre septième principe unitarien (7).

Comme le rappelle Jacob Bronowski, l’Homme est une partie de la nature et participe sans cesse à sa recréation par l’art et la science. Comme l’a écrit Prigogine, prix Nobel de chimie, la science objective, dite positiviste, est un mythe. Telle que l’art, la science est une activité créatrice, « un dialogue avec la nature » dont « les réponses sont souvent inattendues »(8). À toutes les étapes de la science, le jugement et le savoir-faire doivent intervenir. La science est faite par des êtres humains et n’est pas un miroir de la nature. « Ce qu’on voit, comme on le voit, n’est que désordre », écrit Bronowski (9). Par conséquent, le savant doit ausculter la dimension profonde des choses invisibles à l’œil nu pour trouver l’unité dans la diversité.

Le professeur Barrette rejette l’attitude qu’il appelle le « Dieu bouche-trou ». Ce n’est pas à la religion de combler les lacunes dans nos connaissances, mais à la science. Croire le contraire serait succomber à la pensée magique. D’où son titre Mystère sans magie.

Pour lui, la science et la religion sont deux ordres différents, deux domaines parallèles. Le rôle de la science est de s’occuper de la recherche de l’explication du monde matériel; celui de la religion concerne la recherche du sens de la vie. Vu de cette manière, il ne peut pas y avoir de conflits entre la science et la religion. De prime abord, on pourrait croire que le professeur Barrette souscrit au principe de « non-empiètement des magistères » (NOMA), énoncé par le paléontologue américain, Stephen Jay Gould (10).

Cependant, tel n’est pas le cas. Pour le professeur Barrette, la recherche de la vérité appartient au domaine de la science uniquement. La religion ne devrait s’occuper que de la recherche du sens; de la morale, et du besoin de religiosité. Ce ne sont pas deux mondes complémentaires; la science appartient à celui de la raison, et la religion à celui de la foi. Il ne faut pas confondre ces deux mondes.

Ici, il me faut souligner quelque chose qui me saute aux yeux. Le professeur Barrette défend une science sans magie. Hannelore Poncelet défend une religion sans magie. Le mot magie est commun aux deux. Ce mot clé porte à réflexion.

La magie est une pseudoscience. Les magiciens sont des personnages qui prétendent avoir des rapports spéciaux avec le monde surnaturel, et le don de pouvoir communiquer avec les esprits ou « le Dieu bouche-trou » pour combler les lacunes de la connaissance. Dans ce cas, ce n’est pas la religion en soi qui est le problème, mais les ecclésiastiques qui empiètent sur le domaine de la science et entretiennent la pensée magique chez les gens. Trop souvent, certains individus, sans esprit critique, prennent les scientifiques pour des magiciens.

Dans son article De la nausée copernicienne et de l’athéisme comme antidote, le professeur Claude Braun allègue que les religions attribuent le désenchantement de notre époque actuelle aux innovations et aux découvertes des sciences modernes, ce qu’il appelle les révolutions coperniciennes. En contrepartie, il déplore que les religions aient la prétention de se voir comme l’essence même de l’enchantement. « Tels des Saint Georges », écrit-il, « ces scientifiques éperonnent le dragon religieux, le mettent à mort en le cantonnant toujours plus aux derniers recoins de l’irraison. Mais il est increvable… ». Pour le professeur Braun, la religion est un virus. L’antidote est l’athéisme.

Bref, il met la science et la religion dos à dos. Sa position contraste avec celle du professeur Barrette. Pour le professeur Braun, la science et la religion ne sont pas deux domaines parallèles, mais deux domaines en guerre.

Dans son article, le professeur Braun cite la diatribe de Jean Meslier, un prêtre catholique mort en 1729, pour soutenir son argument contre la religion. Mais cette citation ne cible que les magiciens, pas nécessairement la religion en elle-même. Un autre message de ce même curé, dans une lettre destinée aux prêtres, vise également les magiciens et leurs fausses sciences : « C’est à vous d’instruire les peuples, non dans les erreurs de l’idolâtrie, ni dans la vanité des superstitions, mais dans la science de vérité, et de justice, et dans la science de toutes sortes de vertus, et bonnes mœurs; vous êtes tous payés pour cela » (11). Au bout du compte, ce curé athée promeut une religion sans magie.

Il y a un quiproquo dans l’article du professeur Braun. Il mélange la religion avec la pseudoscience des magiciens et des théologiens. Il ne semble pas voir que ceux-ci se sont appropriés la religion sous de faux prétextes pour combler, par Dieu, les lacunes dans nos connaissances. La religion n’a rien à voir là-dedans.

Le professeur Braun est dur envers les religions. Mais s’épuiser à démontrer que Dieu n’existe pas donne quoi? Même si Dieu existait, ça ne changerait rien. L’homme comme espèce fabulatrice et accident de l’évolution, contrairement aux autres animaux, a dû, pour vivre, comme le montre Gordon Childe, archéologue britannique(11), se créer lui-même tout au long de sa longue histoire. La science elle-même est une création de l’homme. Elle a émergé en parallèle avec la magie et la religion durant les temps préhistoriques comme durant la révolution copernicienne.

La science populaire, comme la science moderne, prend racine dans les facultés cognitives de notre espèce fabulatrice et exige la séparation entre l’ordre factuel de la Nature et la moralité humaine. À toutes les étapes de la science, le jugement et le savoir-faire de l’humain doivent intervenir sans égard à la magie et à la religion. La science a toujours marché sur les quatre pattes dont parle Edgar Morin. C’est une méthode qui suscite « la dialogique de complémentarité et d’antagonisme entre empirisme et rationalité, imagination et vérification » (13). Cette méthode scientifique nous fait comprendre le monde comme un cas particulier du possible.

Le culte de l’Humanité qui est un humanisme fermé sur soi n’est pas plus un antidote efficace contre la nausée copernicienne que celui de l’athéisme. Mais qu’en est-il de l’existentialisme humaniste? Celui-ci est un optimisme et une doctrine d’action. Il ouvre de nouvelles possibilités pour nous sortir de l’impasse actuelle de la « déshumanisation de l’homme », voire de la nausée copernicienne dont parle le professeur Braun. Dans cet humanisme, l’homme est un perpétuel projet. Comme Sartre l’écrit, «l’homme est constamment hors de lui-même, c’est en se projetant et en se perdant hors de lui qu’il fait exister l’homme et, d’autre part, c’est en poursuivant des buts transcendants qu’il peut exister; l’homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au cœur, au centre de ce dépassement. Il n’y a pas d’autres univers qu’un univers humain » (14).

Face à l’irruption de l’incertitude, l’existentialisme nous ouvre à la possibilité d’un monde alternatif qui dépend de nous. En tant qu’homo sapiens nous avons la possibilité de nous transformer en homo humanus dont parle l’anthropologue Ashley Montagu (15).  Mais cela n’adviendra pas par la raison elle-même, mais avec le mariage du cœur et de la raison.

Au bout du compte, c’est par l’amour de la vie et en vertu de sa résilience que notre espèce fabulatrice sur notre terre-patrie (16) saura s’inventer, comme par le passé, un monde à sa mesure dans les millénaires à venir. Et ce sera grâce à la dimension authentiquement créatrice de la science où le chercheur fait bel et bien partie de la réalité qu’il observe et où l’univers observable est en perpétuelle construction de manière indécidable par avance.

Cette femme et cet homme de cœur, lucides et courageux, dont nous parle André Comte-Sponville (17), sont-ils des humanistes, des existentialistes humanistes, des unitariens humanistes? Je ne sais trop, mais nous pouvons tous, en tant qu’homo sapiens, au moins essayer de devenir homo humanus en montant dans les ordres (18) de Comte-Sponville. La société dans laquelle nous vivons tend à nous faire descendre vers les ordres inférieurs, à confondre les ordres pour nous faire tomber dans la barbarie. La femme ou l’homme de cœur, lucides et courageux sont des personnes qui ont d’autres primautés qui les libèrent de la pesanteur du groupe. Ils sont mus par des valeurs qui leur donnent la capacité de remonter la pente vers les ordres supérieurs, sans les confondre et  tomber dans l’angélisme.

Pour conclure, j’ai essayé de dévoiler l’unité dans la diversité des idées dans les diverses contributions de ce numéro; de trouver le fil d’Ariane pour nous sortir du labyrinthe de la pensée magique, du quiproquo sur la science et sur la religion.

NOTES

1.         Meunier, E.-Martin & Warren, Jean-Philippe. Sortir de la « Grande noirceur ». Les Cahiers de Septentrion. Sillery, Québec. 2002.

2.         Houston, Nancy. L’espèce fabulatrice. Actes sud/Léméac. Paris. 2008.
3.         4e & 5e principes unitariens universalistes : La liberté et la responsabilité de chaque personne dans sa recherche de la vérité, du sens de la vie et de la signification des choses; La liberté de conscience et le recours au processus démocratique aussi bien dans l’ensemble de la société qu’au sein de nos assemblés. 

4.         Darwin, Charles. De l’origines des espèces.  Marabout université. Verviers (Belgique) 1973 (1859).

5.         Conner, Clifford D. A People’s History of Science. Nation Books. Boston. 2005
6.         Barrette, Cyrille. Mystère sans magie
. Science, doute, vérité : notre seul espoir pour l’avenir.      Éd. MultiMondes. Québec. 2006
7.         7e principe unitarien universaliste : Le respect du caractère interdépendant de toutes les formes d’existence qui constituent une trame dont nous faisons partie.
8.         
Prigogine, Ilya. La fin des certitudes. Odile Jacob. Paris.1996. p.65.
9.         Bronowski, Jacob. Science and Human Values. Harper & Row. New York. 1965. p. 14.
10.       
Gould, Stephen Jay. Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! ». Seuil. Paris. 1999.
11.       
Meslier, Jean http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Meslier
12.       Childe, Gordon V. 
Man Makes  Himself. A Mentor Book, The New American Library. USA. 1958 (1936)
13.       Morin, Edgar. Science et conscience. 
Fayard, Éd. du Seuil. 1990. p.176.
14.       Sartre, Jean-Paul.  L’existentialisme est un humanisme. Les éd. Nagel. Paris. 1970. p.92-93.
15.       Montagu, Ashley & Matson, Floyd. The Dehumanization of Man. McGraw-Hill. New York. 1983.
16.       Morin, Edgar. 
Terre-Patrie.(Avec la collaboration d’A.B. Kent) Seuil, coll Points. Paris. 1996
17.       Comte-Sponville, André. Le capitalisme est-il moral ? Albin Michel. Paris. 2004. p.144.
18.       Idem. Les quatre ordres sont : techno-scientifique, juridico-politique, morale, et éthique. p.47-70. Dans un autre livre il en parle d’un 5e ordre, la spiritualité.

 

Tribune libre unitarienne, Vol.6, No.2, décembre 2010, numéro consacré à la science et la religion.

Léo Poncelet

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08 janvier 2011

L'islam spirituel

 

 

  • L'islam sera spirituel ou ne sera plus
  • Éric Geoffroy
  • Les éditions du Seuil, coll. «La couleur des idées»
    Paris, 2010, 221 pages
  • Trésors dévoilés - Anthologie de l'islam spirituel
  • Leila Anvar et Makram Abbès
  • Les éditions du Seuil
  • Paris, 2009, 298 pages

 

    La question du réformisme musulman ne se limite pas à la sphère du droit, elle concerne tous les domaines de la culture islamique. La réflexion sur le statut de la raison affecte en effet le regard qu'on peut porter sur l'islam en tant que religion et civilisation. Si l'islam doit s'enfoncer dans un réflexe de fermeture, la révolution spirituelle qui accompagna son origine est condamnée à s'éteindre.

    C'est la thèse que soutient l'essai d'Éric Geoffroy, L'islam sera spirituel ou ne sera plus, qui plaide contre l'hypertrophie du droit musulman et pour la renaissance d'un ijtihad spirituel. Spécialiste reconnu de la tradition soufie, il met en lumière les conditions d'une nouvelle théologie de la libération, dépassant les limites étroites d'une gestion du social pour s'étendre à la vie spirituelle et, par là, retrouver son inspiration universelle. En quel sens peut-on parler, en islam, d'une rénovation de la religion? Cet essai généreux et inspiré place toute sa confiance dans les sources du soufisme, dont l'auteur montre qu'elles n'ont cessé de féconder depuis le début la réflexion sur l'ijtihad spirituel.

    On pourra compléter la lecture de cet essai par une anthologie de textes issus de la tradition spirituelle de l'islam. Les penseurs et maîtres spirituels présents dans ce recueil sont pour certains très connus, comme Ibn Arabî, ou moins con-nus, et s'étendent des origines au vingtième siècle. On y trouve plusieurs morceaux admirables de la tradition soufie. L'anthologie est divisée en trois sections thématiques: la con-naissance de soi, les modèles de la connaissance et la con-naissance du Seigneur. La métaphysique classique, tout autant que la poésie mystique, jalonne le chemin et démontre, s'il le fallait, la richesse du trésor spirituel de l'islam.

    Collaborateur du Devoir

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