A l'indépendant

Une révolution est d'abord, pour une société, ce qu'une conversion est pour l'individu: changer le but et le sens de la vie (Roger Garaudy)

dimanche 20 décembre 2009

Le socialisme est la voie du salut de la planète (Hugo Chavez, discours à Copenhague)

Discours prononcé par Hugo Chávez Frias, président de la République bolivarienne du Venezuela, au Sommet des Nations unies sur le changement climatique, à Copenhague, le 16 décembre 2009

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Excellences, chers amis,

Je vous promets de ne pas parler plus longuement que celui qui a parlé le plus ici, cet après-midi.

Permettez-moi un premier commentaire, que j’aurais voulu aborder avec le point précédent, traité par les délégations du Brésil, de Chine, de l’Inde et de la Bolivie. Depuis notre place, nous avons demandé la parole, mais il ne nous a pas été possible de la prendre.

La représentante de Bolivie a dit –j’en profite pour saluer le camarade président Evo Morales, ici présent (Applaudissements), président de la République de Bolivie-, elle a dit entre autres choses ce qui suit –je l’ai noté sur ce papier : « Le texte présenté n’est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».

A peine suis-je arrivé que nous avons entendu la présidente de la séance précédente, la ministre, dire qu’il y avait un document, mais personne ne le connaît. J’ai réclamé le document, mais il ne nous est pas encore parvenu. Je crois que personne ne sait au juste ce que c’est que ce document, il doit être « top secret ». La camarade bolivienne n’avait donc pas tort de dire : « Il n‘est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».

Mais, Mesdames et Messieurs, ceci n’est-il pas justement à l’image de la réalité du monde ? Vivons-nous dans un monde démocratique ? Le système mondial se base-t-il sur l’inclusion ? Y a-t-il une once de démocratie ou d’inclusion à attendre du système mondial actuel ? Cette planète est régie par une dictature impériale, et depuis cette tribune, nous continuons de le dénoncer. A bas la dictature impériale, et vivent les peuples, la démocratie et l’égalité sur cette planète ! (Applaudissements)

L’exclusion que nous constatons ici en est le reflet. Il existe un groupe de pays qui se croient supérieurs à nous, ceux du Sud, à nous, ceux du tiers monde, à nous, les sous-développés, ou, comme le dit le grand ami Eduardo Galeano : nous, les pays écrasés par l’histoire qui nous est passée dessus comme un train.

Il n’y a donc vraiment pas lieu de s’en étonner : il n’y a pas de démocratie dans ce monde, et nous sommes confrontés ici, une fois de plus, à une preuve évidente de l’existence de la dictature impériale mondiale.

Deux jeunes gens ont fait irruption ici, bien heureusement les forces de l’ordre se sont comportées correctement, il n’y a eu qu’une petite bousculade, et ils se sont montrés coopératifs, si j’ai bien compris…

Mais dehors, vous savez, il y a beaucoup de monde. Bien sûr, ils ne tiennent pas tous dans cette salle. J’ai lu dans la presse que quelques personnes ont été arrêtées, qu’il y a eu des manifestations intenses dans les rues de Copenhague, et je tiens à saluer tous ces gens qui sont dehors, des jeunes pour la plupart (Applaudissements). Ce sont des jeunes qui s’inquiètent, et avec raison, beaucoup plus que nous de l’avenir du monde. La plupart d’entre nous qui sommes dans cette salle ont le soleil dans le dos, alors qu’eux le reçoivent en pleine figure, et ils s’en inquiètent sérieusement.

On pourrait dire, Monsieur le Président, qu’un spectre hante Copenhague, pour paraphraser Karl Marx, le grand Karl Marx. Un spectre hante les rues de Copenhague, et je crois qu’il hante cette salle en silence, il est là, parmi nous, il se glisse dans les couloirs, monte, descend. Ce spectre est un spectre qui épouvante tellement que presque personne n’ose même le nommer. Ce spectre, c’est le capitalisme ! (Applaudissements) Presque personne n’ose le nommer, mais il s’appelle capitalisme, et les peuples grondent dehors, entendez-les !

Je lisais certains des slogans que les jeunes scandaient dans les rues, et je crois en avoir entendu de nouveau quelques-uns quand ces deux jeunes gens ont fait irruption ici. J’en cite un : « Ne changez pas le climat, changez le système. » (Applaudissements). Je le reprends à notre compte : Ne changeons pas le climat, changeons de système, et c’est ainsi que nous pourrons commencer à sauver la planète. Le capitalisme, ce modèle de développement destructeur, est en train d’en finir avec la vie, il menace de détruire définitivement l’espèce humaine.

Un autre slogan donne à réfléchir, parce qu’il est tout à fait d’actualité, avec cette crise bancaire qui a ébranlé le monde et qui continue de le secouer, et la manière dont le Nord riche a volé au secours des banquiers et des grandes banques. Les Etats-Unis à eux seuls… Le montant de la somme qu’ils ont versée pour sauver les banques est astronomique, on s’y perd… Voilà ce qu’on dit dans la rue : « Si le climat avait été une banque, il aurait déjà été sauvé. » Et je crois que c’est vrai (Applaudissements). Si le climat avait été une banque capitaliste, une des plus grandes, il y a belle lurette que les gouvernements riches l’auraient sauvé.

Je crois qu’Obama n’est pas arrivé. Il a reçu le prix Nobel de la Paix pratiquement le même jour où il envoyait 30 000 soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan, et le président des Etats-Unis va se présenter ici auréolé du prix Nobel de la Paix.

Les Etats-Unis détiennent la planche à billets, la machine à faire des dollars. C’est ainsi qu’ils ont sauvé, ou du moins croient avoir sauvé, les banques et le système capitaliste.

Bien, ceci était un commentaire en marge. Je voulais le faire avant, je levais la main pour pouvoir accompagner le Brésil, l’Inde, la Bolivie, la Chine, soutenir leur position intéressante et dire que le Venezuela et les pays de l’Alliance bolivarienne la partagent totalement, mais la parole ne m’a pas été donnée. Je vous demande seulement de ne pas compter ces minutes, M. le Président, ce n’était qu’une petite mise au point. (Applaudissements)

Figurez-vous que j’ai eu le plaisir de rencontrer ici cet écrivain français, Hervé Kempf. Je vous recommande vivement ce livre, il existe en espagnol -Hervé est par ici-, en français bien sûr et en anglais sûrement : Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf. Voilà pourquoi le Christ a dit : « Il sera plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille que de faire entrer un riche au Royaume des Cieux. » C’est ce qu’a dit le Christ, Notre Seigneur. (Applaudissements)

Les riches détruisent la planète. Ils veulent peut-être aller s’installer dans une autre quand ils auront fini de détruire celle-ci. Peut-être caressent-ils ce projet. Mais pour le moment, on n’en voit pas d’autre à l’horizon de la galaxie.

J’ai feuilleté ce livre dès qu’il m’est parvenu - c’est Ignacio Ramonet, lui aussi présent dans cette salle, qui me l’a offert - et je retiens du prologue ou du préambule cette phrase, significative. Voilà ce qu’écrit Kempf : « Nous ne pourrons pas réduire la consommation de biens matériels à l’échelle mondiale si nous ne faisons pas en sorte que les puissants diminuent la leur de plusieurs crans, et si nous ne combattons pas l’inégalité. Il est nécessaire d’adjoindre au principe écologiste, si utile à l’heure de la prise de conscience –penser globalement et agir localement–, un autre principe qu’impose la situation : consommer moins et distribuer mieux. » C’est là un bon conseil que nous donne l’écrivain français Hervé Kempf.

Monsieur le Président, le changement climatique est sans aucun doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle : inondations, sécheresses, tempêtes sévères, ouragans, dégel ; montée du niveau moyen de la mer, acidification des océans, vagues de chaleur… Tous ceci aggrave l’impact des crises mondiales qui s’abattent sur nous.

L’activité humaine actuelle dépasse le seuil du développement durable et met en danger la vie sur la planète. Mais, je tiens à le souligner, nous sommes là aussi profondément inégaux. Les 500 millions de personnes les plus riches, soit 7%, sept pour cent, seven, de la population mondiale, ces 7% sont responsables de 50% des émissions polluantes, alors que la moitié la plus pauvre de la population de la planète – la moitié, 50% – n’émet que 7% des gaz polluants. Voilà pourquoi je m’étonne : il me paraît bizarre de solliciter ici la Chine et les Etats-Unis dans les mêmes termes. Les Etats-Unis comptent peut-être 300 millions d’habitants, et la Chine, cinq fois plus. Les Etats-Unis consomment plus de 20 millions de barils de pétrole par jour, et la Chine arrive à peine à 5 ou 6 millions. On ne peut pas demander la même chose aux Etats-Unis et à la Chine. Voilà un sujet qui mérite discussion. Espérons que les chefs d’Etat et de gouvernement pourront s’asseoir ensemble et discuter ces questions pour de bon, cartes sur table.

En outre, Monsieur le Président, 60% des écosystèmes de la planète sont endommagés, et 20% de l’écorce terrestre est dégradée. Nous avons été les témoins impassibles de la déforestation, de la conversion de terres, de la désertification, des altérations des systèmes d’eau douce, de la surexploitation des ressources marines, de la contamination et de la perte de la diversité biologique. La surexploitation de la terre dépasse de 30% sa capacité de régénération. La planète perd sa capacité d’autorégulation, elle est en train de la perdre. Nous produisons chaque jour bien plus de déchets que nous ne sommes capables d’en traiter. La survie de notre espèce est une question qui hante la conscience de l’humanité.

Malgré l’urgence, deux années de négociations se sont écoulées pour élaborer une seconde série d’engagements sous le Protocole de Kyoto, et nous participons à cette réunion sans être parvenus à un accord réel et significatif.

Soit dit en passant, sur ce texte surgi du néant - c’est ce qu’ont dit certains, dont le représentant chinois - le Venezuela annonce, les pays de l’ALBA, de l’Alliance bolivarienne annoncent que nous n’accepterons pas, qu’on le sache déjà, d’autre texte que celui qui provient des groupes de travail, du Protocole de Kyoto et de la Convention. Ce sont des textes légitimes qui ont donné lieu ces dernières années et ces dernières heures à des débats intenses. Je crois que vous n’avez pas dormi. Vous n’avez ni déjeuné ni dormi, c’est bien cela ? Il ne semble pas logique, dans ces conditions, qu’un texte surgisse du néant, comme vous le dites.

Aujourd’hui, en ce moment même et jusqu’à présent, de toute évidence l’objectif scientifiquement établi de réduire les émissions de gaz polluants et de parvenir à un accord de coopération à long terme semble avoir échoué. Quelle en est la raison ? Il ne fait aucun doute que la raison est l’attitude irresponsable et le manque de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète. Que personne ne se sente blessée. Je ne fais que reprendre les propos du grand José Gervasio Artigas quand il affirmait : « Avec la vérité, je n’offense ni ne crains personne » ; mais il s’agit vraiment d’une attitude irresponsable, caractérisée par ses tergiversations, son exclusion, sa manipulation élitiste d’un problème qui nous incombe à tous et que nous ne pourrons résoudre que tous ensemble.

Le conservatisme politique et l’égoïsme des grands consommateurs, des pays les plus riches, révèlent un manque de sensibilité et de solidarité flagrant envers les plus pauvres, les affamés, les plus vulnérables aux maladies et aux désastres naturels.

M. le Président : il est indispensable de parvenir à un nouvel et seul accord applicable à des parties absolument inégales, par l’ampleur de leurs contributions et de leurs capacités économiques, financières et technologiques, et basé sur le strict respect des principes énoncés dans la Convention.

Les pays développés devraient contracter des engagements contraignants, clairs et concrets de réduction de leurs émissions, et assumer des obligations d’assistance financière et technologique aux pays pauvres, pour faire face aux dangers destructeurs du changement climatique. A cet égard, la situation particulière des Etats insulaires et des pays les moins développés devrait être pleinement reconnue.

M. le Président : le changement climatique n’est pas le seul problème qui frappe aujourd’hui l’humanité. D’autres fléaux et d’autres injustices nous guettent. Le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser en dépit de tous les Objectifs du millénaire, du Sommet de Monterrey sur le financement, de tous ces sommets, comme le faisait remarquer ici le président du Sénégal, qui dénonçait une grande vérité : les promesses, tant de promesses non tenues, alors que le monde continue sa marche destructrice.

Le revenu total des 500 individus les plus riches du monde est supérieur au revenu des 416 millions de personnes les plus pauvres. Les 2,8 milliards de personnes qui vivent dans la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour et qui représentent 40% de la population mondiale –je dis bien 40% de la population de la planète !– se partagent seulement 5% du revenu mondial.

Aujourd’hui, environ 9,2 millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans, et 99,9% de ces décès ont lieu dans les pays les plus pauvres. La mortalité infantile est de 47% décès pour 1 000 naissances vivantes ; mais elle est de 5 décès seulement dans les pays riches. L’espérance de vie sur la planète est de 67 ans, mais de 79 ans dans les pays riches et de 40 ans seulement dans certains pays pauvres.

En outre, il existe 1,1 milliard d’habitants privés d’accès à l’eau potable ; 2,6 milliards sans services sanitaires et plus de 1,02 milliard de personnes affamées. Tel est le tableau actuel du monde.

Mais, et la cause ? Quelle en est la cause ? Parlons-en un peu, ne nous dégageons pas de nos responsabilités, n’éludons pas la profondeur du problème. La cause, sans l’ombre d’un doute –je reviens sur cette question– de tout cette situation désastreuse, c’est le système métabolique destructeur du capital et son modèle incarné : le capitalisme.

J’ai ici une citation que j’aimerais vous lire, brièvement, de ce grand théologien de la Libération, Leonardo Boff, qui comme chacun sait, est brésilien, c’est-à-dire « notre-américain ».

Voici ce que dit Leonardo Boff sur cette question : « Qu’elle est la cause ? Eh bien, la cause c’est le rêve de vouloir chercher le bonheur à travers l’accumulation matérielle et du progrès sans fin, en recourant à la science et à la technique, avec lesquelles on peut exploiter de manière illimitée toutes les ressources de la Terre ». Et il cite quelque part Charles Darwin et sa théorie de la sélection naturelle, la survie des plus forts ; mais nous savons que les plus forts survivent sur les cendres des plus faibles.

Jean-Jacques Rousseau –il est bon de s’en souvenir– signalait quant à lui : « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime ». C’est pourquoi l’empire parle de liberté : la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter, voilà sa liberté. Et Rousseau ajoute la phrase libératrice : « Seule la loi libère ».

Certains pays s’amusent à empêcher qu’un document soit adopté à cette rencontre. Pourquoi ? Parce que, précisément, ils ne veulent pas de loi, ils ne veulent pas de norme, car le fait qu’il n’y ait pas de norme leur permet d’exercer leur liberté d’exploiter, leur liberté destructrice.

Faisons un effort et faisons pression, ici et dans les rues, pour qu’ici, de cette rencontre, naisse un engagement, un document qui engage les pays les plus puissants de la Terre ! (Applaudissements).

M. le Président : Leonardo Boff se demande –vous avez connu Leonardo Boff ? J’ignore si Leonardo a pu faire le voyage. J’ai fait sa connaissance au Paraguay ; je l’ai toujours beaucoup lu– : « Une Terre finie peut-elle supporter un projet infini ? ». La thèse du capitalisme du développement infini est un modèle destructeur. C’est un état de fait et nous devons l’accepter.

Et Boff de nous demander : « Que pouvons-nous attendre de Copenhague ? » A peine ce simple aveu : nous ne pouvons plus continuer ainsi, et un objectif simple : nous allons changer de cap ? Faisons-le, mais sans cynisme, sans mensonges, sans doubles agendas, sans documents issus du néant, et avec la vérité comme valeur ultime.

M. le Président, Mesdames et Messieurs, depuis le Venezuela nous demandons jusqu’à quand allons-nous permettre de telles injustices et de telles inégalités ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer l’actuel ordre économique international et les mécanismes de marché en vigueur ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que de grandes épidémies comme le VIH/sida déciment des populations entières ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que les affamés soient privés de la possibilité de se nourrir et de nourrir leurs enfants ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ? Jusqu’à quand allons-nous permettre des conflits armés qui massacrent des millions d’être innocents à seule fin que les puissants puissent s’approprier les ressources d’autres peuples ?

Que cessent les agressions et les guerres ! C’est que nous, les peuples du monde, demandons aux empires, à ceux qui prétendent continuer de dominer le monde et à nous exploiter. Nous ne voulons plus de bases militaires impériales ni de coups d’Etat ! Construisons un ordre économique et social plus juste et équitable. Eradiquons la pauvreté. Stoppons immédiatement les niveaux élevés d’émission de gaz, freinons la dégradation environnementale et évitons la grande catastrophe du changement climatique. Adhérons au noble objectif d’être tous plus libres et solidaires !

M. le Président, il y a près de deux siècles, un Vénézuélien universel, libérateur de nations et précurseur de consciences, légua à la postérité cet apophtegme, chargé de volonté : « Si la nature s’oppose, nous lutterons contre elle et nous la forcerons à nous obéir ». C’était Simon Bolivar, le Libertador.

Depuis le Venezuela bolivarien où, un jour comme aujourd’hui… à propos, il y a exactement dix ans que nous avons vécu la plus grande tragédie climatique de notre histoire, la tragédie dite de Vargas ; depuis ce Venezuela dont la révolution tente de conquérir la justice pour tout son peuple, uniquement possible à travers la voie du socialisme… Le socialisme, cet autre spectre dont parlait Karl Marx, se promène aussi par là-bas ; mais il s’agit plutôt d’un « contre-spectre ». Le socialisme est la voie à suivre, c’est la seule voie qui permettra de sauver la planète, je n’ai pas l’ombre d’un doute là-dessus. Et le capitalisme est le chemin de l’enfer, le chemin qui mènera à la destruction du monde.

Le socialisme, depuis ce même Venezuela qui, pour cette même raison, est en butte aux menaces de l’empire nord-américain, depuis les pays qui forment l’ALBA, l’Alliance bolivarienne, nous lançons notre exhortation. J’aimerais, avec tout le respect que je vous dois et du plus profond de mon âme, au nom de beaucoup sur cette planète, exhorter les gouvernements et les peuples de la Terre, en paraphrasant Simon Bolivar, le Libertador : Si la nature destructrice du capitalisme s’oppose, alors luttons contre elle et forçons-la à nous obéir ; n’attendons pas le bras croisés la mort de l’humanité.

L’histoire nous appelle à l’union et à la lutte. Si le capitalisme s’oppose, nous sommes dans l’obligation de livrer la bataille contre le capitalisme et d’ouvrir les voies du salut de l’espèce humaine. Cette tâche nous incombe à tous, sous les bannières du Christ, de Mahomet, de l’égalité, de l’amour, de la justice, de l’humanisme, du véritable et plus profond humanisme. Si nous ne le faisons pas, la plus merveilleuse création de l’univers, l’être humain, disparaîtra, elle disparaîtra !

Cette planète à des milliards d’années, et elle a vécu pendant des milliards d’années sans nous, l’espèce humaine. Autrement dit, elle n’a pas besoin de nous pour exister. Par contre, nous ne pouvons pas vivre sans la Terre, et nous sommes en train de détruire la Pachamama, comme dit Evo, comme disent nos frères aborigènes d’Amérique du Sud.

Pour conclure, M. le président, écoutons Fidel Castro lorsqu’il a dit : « Une espèce est en voie d’extinction : l’Homme ». Ecoutons Rosa Luxembourg lorsqu’elle a lancé : « Socialisme ou barbarie ». Ecoutons le Christ rédempteur lorsqu’il dit : « Bienvenus les pauvres, car le royaume des cieux leur appartient ».

M. le Président, Mesdames et Messieurs, soyons capables de faire de cette Terre non pas la tombe de l’humanité ; faisons de cette Terre un ciel, un ciel de vie, de paix et de fraternité pour toute l’humanité, pour l’espèce humaine.

M. le président, Mesdames et Messieurs, merci beaucoup et bon appétit (Applaudissements)

 


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vendredi 18 décembre 2009

L'humanité au coeur des peuples, par Oscar Fortin

Il y a de ces périodes où les évènements se bousculent plus intensément et plus rapidement qu’à certaines autres époques. Nous vivons tous, comme individus, comme sociétés et comme peuples, dans des « bulles » qui constituent, à un moment ou l’autre, ce qu’est le monde pour nous. Un vieux proverbe yiddish dit : « Pour le ver qui vit dans un radis, le monde entier est un radis. » C’est vrai pour nous qui vivons dans une culture, dans un système politique, dans une croyance religieuse, dans un système économique et qui pensons qu’en dehors de ces formes d’appartenance, c’est le néant. Ces « bulles » sont nos repères jusqu’à ce que nous en sortions.

L’histoire nous enseigne qu’il y a de ces « bulles » qui éclatent sous la pression de consciences qui n’arrivent plus à s’accommoder d’un monde qui étouffe et déshumanise. Les plus âgés se souviendront des années 1950 et 1960, marquées par l’éclatement de bulles dans plusieurs secteurs. Il y a eu l’éclatement de la bulle sociale avec la montée des mouvements sociaux, celle des travailleurs et des syndicats, celle des luttes révolutionnaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. On se souviendra de mai 1968, en France, mais aussi de toutes les autres manifestations importantes dans les pays du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Il y a eu, également, l’éclatement de la bulle morale et religieuse que les mouvements hippies des années 1960 et la tenue du Concile Vatican II illustrent merveilleusement bien. Plus près de nous, n’assistons-nous pas à l’éclatement de la bulle de systèmes économiques et politiques qui nous retiennent dans un monde de moins en moins crédible, de plus en plus exclusif, discriminatoire et fermé aux exigences d’une conscience humanitaire ouverte à tous les peuples de la terre ?


Si « la bulle des cavernes », il y a de cela des millénaires, n’a pu retenir l’arrivée de l’ « HOMO SAPIENS », l’HOMME PENSANT, et qu’il en fut de même des autres « bulles » qui se sont formées tout au long de son histoire, comment n’en serait-il pas de même pour celles qui nous enferment aujourd’hui dans un monde qui nous garde à l’étroit ? Le père Teilhard de Chardin, ce grand paléontologue du siècle dernier, bien connu pour sa vision sur l’évolution de l’Univers et de l’Homme, disait « qu’un courant héréditaire et collectif de réflexion s'établit et se propage : l'avènement de l'Humanité à travers les Hommes". Selon cette pensée, l’évolution de l’HOMO SAPIENS suit son cours. Son développement dans l’Histoire se mesure à la qualité de l’HUMANISME dont il est l’incarnation.


Un regard rapide sur le monde qui nous entoure nous laisse plutôt avec la déprime. Les oligarchies et les empires continuent à faire la loi et à imposer leurs volontés aux deux tiers de l’Humanité. Ils ont la force des armes, celle de la corruption et de la manipulation. Un peu plus nous les prendrions pour des dieux alors que le monde auquel ils nous convient est fondé sur le mensonge, l’hypocrisie, l’exploitation et la cupidité. Une situation pratiquement irréversible, tellement les moyens sont disproportionnés entre les uns et les autres. Pourtant, il y a quelque part une CONSCIENCE qui n’a pas abdiqué et qui porte la force de ce « courant héréditaire et collectif » à laquelle ces forces stagnantes de l’évolution ne sauraient résister. Ne vivons-nous pas à une époque où la « conscience des personnes et celle des peuples » se trouvent à la croisée des chemins où elles doivent faire siens, soit les impératifs d’une Humanité inclusive ou soit la cupidité d’une Humanité qui en exclut les deux tiers? N’est-ce pas là le défi que les personnes et les peuples devront relever en ce XXIème siècle?


En Amérique Latine, des personnes et des peuples répondent à ce défi en redonnant la parole à leur conscience et en répondant oui à une HUMANITÉ toujours plus inclusive. Les oligarchies, les hiérarchies et l’Empire s’y résistent. Tous les arguments et tous les moyens sont bons. Par contre, l’histoire de l’évolution nous enseigne qu’autant les forces de la matière n’ont pu retenir, il y a des milliers d’années, l’émergence de l’HOMO SAPIENS, autant les forces oligarchiques et ses alliés ne sauront retenir l’émergence de l’HOMME NOUVEAU, CONSCIENCE DES CONSCIENCES. Le combat de David contre Goliath se poursuit, mais la force physique ne peut en aucun temps rivaliser avec la force morale des consciences.


Je regrette que nos médias se fassent si peu l’écho de l’émergence de cette HUMANITÉ INCLUSIVE et de ceux et celles qui s’en font les prophètes et les instigateurs. Je me considère un privilégié, assis aux premières loges, lorsque je lis les réflexions de Fidel Castro, que j’écoute les propos d’Évo Morales, cet homme hors du commun, que je ressens dans le plus profond de mon être l’inspiration que portent les discours d’Hugo Chavez. Je suis émerveillé lorsque je vois arrivé, à la Présidence de l’Uruguay, un homme dont la trajectoire a été un long chemin de croix, 15 années en prison, torturé, humilié, mais resté toujours serein et sans rancune. Avant tout, aimant de son peuple, de la justice, de la vérité, et de beaucoup d’humanité. Une véritable préfiguration de cette HUMANITÉ à laquelle nous aspirons tous et toutes et à laquelle nous somme conviés. Ce n’est certainement pas en écoutant Michelletti du Honduras, Uribe de la Colombie, Alan Garcia du Pérou, Hilary Clinton des États-Unis ou Harper du Canada que je vais trouver ce fil d’Ariane conducteur de l’évolution de l’homme vers une HUMANITÉ INCLUSIVE.

« L'Issue du Monde, les portes de l'Avenir, l'entrée dans le super-humain, elles ne s'ouvrent en avant ni à quelques privilégiés, ni à un seul peuple élu entre tous les peuples ! Elles ne céderont qu'à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s'achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. » ( Teilhard de Chardin,  Le Phénomène Humain, p. 245)

Oscar Fortin

Québec, le 17 décembre 2009


Cet article vient de paraître sous le titre "La conscience des consciences: l'humanité au coeur des peuples" sur le site ami d'Oscar:

http://humanisme.blogspot.com

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lundi 16 novembre 2009

Pour un dialogue des cultures

Dans l’univers de l’après-guerre froide, après la chute du Mur de Berlin, de larges pans de l’opinion occidentale, comme de ses intelligentsias, ainsi que certains de ses gouvernements trouvent opportunément dans le « péril vert » islamique un ennemi de substitution au « péril rouge » du communisme, suite à la désintégration de l’Union soviétique, car, certains en Occident ne conçoivent pas un monde de désarmement et de dialogue.

En quelques années, l’Islam est devenu la bête noire de l’Occident. Le phénomène de l’extrémisme religieux, qui est apparu dans certains pays islamiques, a eu pour conséquence de faire accréditer les violences comme étant des pratiques islamiques alors que l’Islam en est totalement innocent. C’est pourquoi, on ne saurait insister assez sur la nécessité de convier le monde islamique, eu égard à son importance quantitative et qualitative, à contribuer à l’édification de l’ordre nouveau et à le consolider afin de lui assurer crédibilité et durée. Il faut souligner que cette méfiance à l’égard de l’Islam n’est certes pas nouvelle. Les musulmans sont confrontés depuis longtemps en Occident, de la façon la plus directe et la plus brutale, à l’image dépréciée, négative, hostile que leur renvoient de très larges secteurs de l’opinion, des médias et de l’establishment politique, intellectuel ou religieux de ces sociétés. Cette hostilité hésite de moins en moins à s’exprimer de la façon la plus violente et où « incontestablement », le 11 septembre 2001 a libéré la parole sur l’Islam (et où) on dit désormais ce qu’on n’osait même pas penser il y a quelques années » (Alain Gresh 2004, page 29).

 

Enfin, lorsque des stratégies militaires, maintenant que l’URSS a disparu, s’interrogent sur le risque que constituerait un Islam doté d’engins nucléaires pour la sécurité de l’Europe au XXIe siècle, presque tout le monde s’accorde à dire que l’accès de l’Iran au nucléaire militaire n’est pas acceptable. Mais en quoi le nucléaire iranien est-il menaçant ? Il y a en fait deux réponses qui n’induisent pas la même politique. La première consiste à dire que le problème, c’est le régime : une République islamique serait tentée de se servir de la bombe contre Israël ou bien d’utiliser la sanctuarisation induite par la possession de l’arme pour protéger des groupes terroristes sur son territoire. La seconde considère que la dissuasion fonctionnera quel que soit le régime et que le problème est plutôt l’effet de la prolifération qu’entraînera l’achèvement du programme nucléaire iranien, car l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Turquie seront amenées à se nucléariser. L’Iran a été signataire (contrairement à l’Inde, au Pakistan et à Israël) : son retrait signifiera la mort du traité. Le régime en ce cas importe peu.

 

Or, selon l’hypothèse retenue, la stratégie à suivre est très différente : dans le premier cas, il faut pousser à un changement de régime, dans le second, c’est l’Iran en tant que puissance régionale nucléaire qui pose problème. De là, un choix s’impose : faut-il viser d’abord le régime ou bien le programme ? Durant la guerre froide (1947-1991) l’« ennemi total » était une idéologie : le communisme, qui avait pris corps dans un Etat concret, l’URSS. L’adversaire était circonscrit, cerné, enfermé derrière le rideau de fer ou le Mur de Berlin qui rendaient son accès à l’Occident presque impossible. Certes, ce régime soviétique a créé également les camps de concentration du Goulag, aboli les libertés collectives telles qu’elles sont reconnues dans le monde libre est adopté la bureaucratie administrative…

 

En dépit d’un demi-siècle environ de guerre froide entre les deux superpuissances et ce qu’elle a entraîné de différends idéologiques parmi les peuples du tiers-monde, allant parfois jusqu’aux conflits armés, cette expérience d’un certain équilibre entre les deux super grands demeurera néanmoins parmi les plus importantes phases de l’histoire de l’humanité grâce à des critères mondialement reconnus. Durant cette phase, l’Est et l’Ouest s’imposaient le respect mutuel grâce à une sorte de parité en moyens destructifs de dissuasion pour la maîtrise et le développement desquels ils poursuivaient une course sans merci. Parallèlement, les pays du tiers-monde tiraient avantage de l’affrontement des deux blocs en balançant tantôt vers l’un ou l’autre, tantôt vers le non-alignement.

 

L’entrée de l’économie mondiale dans une phase de dépression, la régression de l’influence des organisations politiques à caractère régional et le recul de la solidarité Nord-Sud n’ont pas entamé la pertinence des critères qui ont gouverné le monde durant la guerre froide et qui sont restés les mêmes, à savoir le recours obligé à l’aune de l’équilibre des forces en présence entre l’Est et l’Ouest pour l’évaluation de tout événement en perspective. La situation dans laquelle se trouvait le monde islamique durant les trois dernières décennies se caractérise donc par une nouvelle conscience anti-islamique qui s’est indiscutablement forgée.

 

Par ailleurs, le soutien massif des médias occidentaux à Israël a fait apparaître les causes politiques arabes, même les plus légitimes (en particulier la lutte des Palestiniens) comme dévoyées par le terrorisme. Enfin, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 et la découverte du programme nucléaire de Baghdad ont renforcé l’image de l’Arabe qui trahit l’Occident. Dans de nombreux documents officiels occidentaux, les problèmes se mêlent sans méthode pour montrer une région méditerranéenne en croissante instabilité. L’absence de démocratie dans certains Etats de la rive sud est parfois désignée comme l’une des causes de cette instabilité, mais il n’est jamais fait mention de politiques économiques excluantes du Nord, du système de Bretton-Woods ou de la suprématie militaire occidentale.

 

Voici par exemple, comment une résolution du Parlement européen explique l’aggravation de l’instabilité en Méditerranée : « L’expansion du fondamentalisme islamique, la nature endémique du conflit arabo-palestinien, l’affrontement entre les différentes nationalités et groupes, l’effet cumulé des problèmes écologiques, la dépendance économique, la dette, l’existence persistante des régimes politiques opposés au développement de la démocratie et des droits de l’homme, le chômage, l’explosion démographique et les migrations ont aggravé grandement la déstabilisation du sud et du sud-est de la Méditerranée. » Toutes ces spéculations désordonnées pour expliquer le « grand chaos du Sud » et mettre l’Occident hors de cause ont soudain trouvé une sorte de corps de doctrine lorsque, au cours de l’été 1993, le prestigieux professeur américain Samuel Huntington a publié un retentissant article. « Mon hypothèse, écrit-il, c’est que la source fondamentale du conflit dans le monde à venir ne sera pas principalement idéologique ou économique.

 

La grande division de l’humanité aura pour source dominante la culture. L’Etat-nation demeurera l’acteur le plus puissant des affaires mondiales, mais les conflits principaux de la politique globale auront bien entre nations et groupes de différentes civilisations. » Le Pr Huntington prétend qu’une civilisation est « le plus grand rassemblement de personnes d’une même culture ». Et il en définit huit : occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindoue, slavo-orthodoxe, latino-américaine et « probablement » africaine. Il publia en 1996, un livre ayant pour titre Le choc des civilisations. Dans l’après-guerre froide, expliquait Hungtington, une guerre des cultures est en train de prendre la place des conflits interétatiques classiques.

 

La civilisation occidentale sera, pour sa part, prise en otage, gravement menacée par des civilisations hostiles. Les intégrismes religieux et les différences culturelles découperont le monde en plusieurs aires culturelles, en conflits entre elles. Les thèses de Hungtington ont été en général fort durablement contestées en raison de leurs simplifications et de l’appel de l’auteur à un sursaut politique et militaire de l’occident pour résister en particulier à l’islam et au confucianisme. Selon l’éminent professeur, une alliance islamico-confucéenne est en train de se constituer à travers les réseaux de commerce des armes entre des pays comme l’Iran et la Corée du Nord. Dans la recherche de paradigmes pour expliquer les relations internationales en cette après-guerre-froide, Francis Fukuyama et sa désormais célèbre « fin de l’histoire » avait précédé Hungtington dans le Star System intellectuel américain. L’islam en particulier pose un problème à l’Occident, ce n’est pas nouveau. Le contentieux est ancien.

 

Comme l’explique Joseph Maïla : « Il tient, au départ, dans cette proximité-rivalité entre Europe et Islam, qui fut guerrière comme à l’époque des croisades, de grande richesse intellectuelle et d’échanges, comme en Andalousie à l’époque de l’Espagne musulmane, mais qui a été entièrement dominée par la pénétration occidentale à partir du XIXe et surtout au XXe siècle après la chute de l’Empire ottoman. Depuis lors, la culture musulmane n’en finit pas de jeter ce regard mitigé, où se mêlent une attraction forte pour la société d’idées, de progrès et de consommation qu’est devenu l’occident et une méfiance grandissante à l’égard d’une civilisation suspectée de domination. La toute-puissance des Etats-Unis, leur manière de traiter la question palestinienne, les séquelles de la guerre d’Afghanistan et celle d’Irak rappellent que, dans le nouvel état des relations internationales, les pays musulmans font l’objet d’une attention suspecte et qu’ils sont perçus comme une source principale de menaces. »

 

Quel impact provoquent toutes ces théories et spéculations paranoïaques qui, au lieu d’en appeler au dialogue, à la coopération, à la réforme du système international et à l’exploration du consensus entre Etats, cultures et peuples proposent de se préparer à la confrontation ? En ces années 1990, une course aux armements a commencé, après qu’on eut annoncé solennellement la fin de la guerre froide et promis, non moins solennellement, les dividendes de la paix. La course effrénée, pour plus d’accumulation, a asservi l’homme à la matière au lieu de mettre la matière au service de l’homme. L’excessif attachement au positivisme laïque a dépouillé l’homme occidental de sa dimension spirituelle et, partant, de son espérance. La civilisation matérialiste qui gouverne l’ordre actuel tend à devenir gravement hédoniste, elle a favorisé la satisfaction des désirs, des pulsions et des instincts.

 

Plutôt que de se laisser entraîner dans une escalade de la terreur nucléaire, que tous les lobbies des industries d’armement réclament à grands cris, l’Europe ne devrait-elle pas refuser la vision xénophobe et simplificatrice du « choc des civilisations » et proposer comme modèle politique le « dialogue des cultures ».

   

Références bibliographiques :

 

- Le Croissant et le Chaos d’Olivier Roy
- Entre violence et paix de Jean-Yves Calvez
- L’Islam en débat d’Alain Roussillon

                  

    

M. Mourad Zouaoui

http://dz-controverses.blogspot.com/

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vendredi 6 novembre 2009

La violence faite aux femmes

S’il est un thème au cœur même de l’intime de notre société, c’est bien celui de la violence intrafamiliale faite aux femmes. Une réalité tout à la fois enfouie et omniprésente, refoulée et pourtant mise en exergue à la Une des médias, cataloguée comme “problème des femmes”, mais bien, en fait, “problème de société”, problème de notre société.

L’Union des femmes réunionnaises du Tampon avait ouvert, samedi après-midi 31 octobre, un débat sur ce thème. Un débat suivi par plusieurs centaines de personnes qui ont eu ainsi l’occasion d’entendre les interventions des invités, autant d’éclairages issus d’expériences concrètes, qu’elles soient professionnelles, associatives, familiales…

Beaucoup d’informations ont été ainsi données, beaucoup de réflexions ont été développées, toutes allant dans le sens d’une compréhension non simplificatrice de réalités relationnelles extrêmement complexes. De ces échanges très riches, que j’ai suivis non seulement avec intérêt, mais avec émotion, je choisirai de ne retenir qu’une petite partie de ce qui m’a le plus frappé, en laissant donc jouer ma subjectivité.

La femme, qui est « la moitié du ciel » (Mao Tse Toung), qui est « l’avenir de l’homme » (Louis Aragon), qui est le « poto-mitan » de la cellule familiale (sagesse réunionnaise), la femme est toujours aujourd’hui, et dans le monde entier, l’objet d’innombrables dénis d’existence. La cause de la femme dans le monde est en vérité celle de la libération des femmes ET des hommes sur notre Terre. De la même façon que Marx disait qu’un peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre, les hommes qui oppriment les femmes sont eux-mêmes sous le joug d’une servitude.

La dévalorisation est une arme de destruction massive exercée contre les femmes. Elle est dans la tête des hommes oppresseurs. Elle engendre une agression sur la femme, une agression qui vient en quelque sorte de l’extérieur. Mais elle ne s’arrête pas là et peut très souvent se muer en destruction de l’intérieur : dévalorisation intériorisée par la femme, souvent toute jeune, aliénation tragique qui consiste à se percevoir au travers du regard de l’autre, et de pas n’importe quel autre, de celui qui, précisément, vous déshumanise.

L’antidote à ce poison de la dévalorisation et de l’aliénation réside — cela a été répété par plusieurs intervenantes — dans L’ÉDUCATION. « L’éducation du respect », a dit Marylène Berne dans son introduction. L’éducation de l’égalité (ce qui n’exclut pas les différences). L’éducation qui doit sortir du formatage et du conditionnement aux rôles sociaux que la société impose aux filles, futures femmes, et aux garçons, futurs hommes (… et futurs “machos” ?). À propos de cette éducation, pierre angulaire du problème des violences faites aux femmes, une intervenante, la responsable de SOS Détresse, a dressé le tableau lourd de menaces du « ti coq de la famille, qui ne fait rien dans la case, à qui on ne forge pas le caractère. Le ti coq rencontre bien vite une jeune fille, il a besoin de cette jeune fille. Et il n’admettra pas qu’elle le quitte. Le problème est là : le petit garçon devenu grand attend tout de la femme réunionnaise ». Puis elle a poursuivi en lançant ce vibrant appel aux mamans présentes : « Mesdames, mettez les petits garçons aux travaux domestiques, comme les filles ! Et parlez, parlez à vos enfants ! ».

Qui dit problème d’éducation dit bien évidemment problème de société. Madame Baillif, qui figurait parmi les animatrices de ces échanges, a bien pu dire avec justesse : « Si les familles vont mal, la société va mal » . Et la réciproque est vraie, avec la même force. Quand notre société réunionnaise souffre des inégalités criantes, des injustices, des non-reconnaissances, des dénis d’existence sociale que l’on connaît, les familles souffrent elles aussi au plus profond, dans les relations entre parents et enfants, dans la violence entre conjoints, dans les addictions, dans les naufrages de vies…

Que d’observations à approfondir par la suite nous ont été données durant ce débat ! Voici quelques échantillons de ces vérités à méditer :

- les enfants ne vont pas naturellement vers leur mère battue, mais vont au contraire souvent vers le plus fort, interprétant la domination comme un plus.

- nombre de couples intègrent dès le début la violence dans ce qui est entre eux une sorte de contrat tacite, l’explosion survient quand la femme battue réalise que certaines conditions du contrat (ne pas frapper devant les enfants, ni en public…) n’ont pas été respectées. La violence dans ces cas est « un ingrédient présent depuis le début ». La loi familiale est parfois comme une loi mafieuse : une loi du silence.

- l’action à mener doit l’être en parallèle auprès des hommes, dont la prise en charge est nécessaire. Il faut des groupes de parole pour les hommes violents.
… et pour finir, ceci, dit par un homme présent, qui a rappelé à tous cette évidence si bien occultée : « Chaque homme a une partie féminine en soi » .

Alain Dreneau

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jeudi 8 octobre 2009

Tribune libre de Djohar Khater - Parole d'enseignante, paroles irrévérentes

A  Monsieur le Recteur de l’Université Mouloud Mammeri

 

La présente mise au point, servira à exposer certains des dépassements abusifs du Chef de Département, à l’encontre d’une enseignante dont l’ancienneté avoisine le tiers d’un siècle, et à présenter en une rétrospective succincte,  une expérience personnelle et un parcours des plus problématiques, débouchant sur une situation socio-professionnelle tragi-comique : l’absurde, en somme.

Suivra une vue d’ensemble sur l’état des lieux qui ont  vu s’éclore et mourir cette expérience, puisque cette personne venue à l’enseignement par vocation  et aujourd’hui usée, a décidé de mettre fin à sa carrière.

Peut-être, permettrait- elle  de cerner les causes profondes du mal qui ronge la société algérienne et partant, de faire un éclairage sur une vision des choses qui l’enchaîne, empêchant tout élan véritablement constructif, condamnant ses majorités humaines à  la mal vie. 

Pour l’exemple 

Concernant les tracasseries et humiliations de ces seules 03 dernières années, il est loisible de  citer les faits suivants :

- Le Chef de Département a forcé les étudiants à quitter la salle de cours pendant le quart d’heure pédagogique, déclarant aux étudiants qui voulaient attendre leur enseignante, qu’il  porterait cette dernière absente ; alors qu’arrivant d’Alger, elle s’était oubliée avec une collègue qui l’avait retenue, tout prés de la salle et qu’il était derrière elles, pendant ce temps là.)

- Il a annulé un examen programmé avec le service concerné et auquel 05 groupes d’étudiants avaient  été convoqués par affichage la semaine précédente, avec l’accord du service concerné ; alors que les salles étaient disponibles ( puisqu’il y avait grève)  que  des enseignants étaient présents, disposés à la surveillance, et que les étudiants étaient venus par jour de neige.

- Il a transmis aux services concernés, un arrêt de travail envoyé par fax d’Alger pour justifier une  absence de 02 jours, alors même qu’elle avait  coïncidé avec une grève des étudiants, et que la récupération des séances de cours avait été fixée par affichage.

-L’année suivante,  il a refusé de signer sa demande de Chercheur- associé, au motif qu’elle devait être présentée à travers  un formulaire du Centre recruteur,   alors qu’il a signé celles des autres collègues, pourtant manuscrites,  sans rien exiger.

-Il l’a en début d’année 2007/2008 accusée de bluff, et à maintes reprises en pleine réunion des enseignants.

Il a en outre, et durant la  même réunion, menacé de la rétrograder de son Grade de Maître - Assistante chargée de cours, en cas de refus d’assurer les cours magistraux des modules de Littérature occidentale.

La réalité, est qu’il ne pouvait douter de son refus, puisqu’il lui est arrivé de  quitter la salle du cours ( de Français) au début ou au milieu de la séance pour des raisons de santé, maintes fois, bien avant qu’il ne l’informe de sa décision de la charger à nouveau du cours  de Littérature étrangère. 

Mais aussi, car elle avait enseigné  La littérature étrangère pendant 05 ans (1982 / 1987) à travers 03 modules différents ( littérature européenne contemporaine ; littérature américaine contemporaine; Littérature européenne classique et contemporaine) et leurs T.D,   avant que l’Administration à laquelle il appartenait ne l’obligea à assurer exclusivement le module de Français ( malgré 02 mois de grève ) parallèlement les années  suivantes, à des T.D de modules de littérature, chaque année différents.

Ces Cours / T.D étaient pourtant de l’avis des étudiants de l’époque, les séances les plus intéressantes du programme de Licence du Département de Littérature et langue arabe. Elle s’était investie dans leur préparation, au quotidien. En outre, sa demande de recrutement mentionnait clairement qu’elle postulait pour l’enseignement de la Littérature étrangère, exclusivement. Un choix dicté certes par sa sensibilité, ses compétences, mais aussi par le manque flagrant de personnel spécialisé en la matière, quand les  autres modules collectionnaient chercheurs ou diplômés.

 

- L’enseignante ayant, tout-à-fait en début d’année 2007/2008 rejeté la proposition dudit Chef de Département d’annuler les notes éliminatoires des étudiants de 3e année recalés au rattrapage de septembre 2007/2008 à l’examen du module de Français  pour la 3e   année consécutive, au profit d’une contre-correction, il ne fit rien pour régler le problème.

Paradoxalement, il l’a convoqua  bien longtemps après les délibérations au cours desquelles il a pourtant été décidé que l’annulation ou le maintien de la note éliminatoire relevait de l’estimation du seul enseignant...pour valider la reproduction des copies en vue d’une contre-correction...

Mais, il n’en continua pas moins à la harceler pour la suppression des notes en question, en usant pour imposer sa décision d’intimidations multiformes, à savoir : l’instrumentalisation du Conseil Scientifique, la manipulation des étudiants et de leurs comités, la pression par les enseignants venus à la rescousse, qui pour la rappeler à la raison, qui à la sagesse, qui à lui faire peur, en sus de ceux sollicités pour faire jouer leur amitié...

Or, il ne pouvait ignorer, que ces étudiants avaient  été avertis l’année durant, que les notes éliminatoires ne seraient pas annulées, comme les années précédentes. Mais avant l’étape sus- citée, ce responsable, lui a  fait le chantage de choisir entre le retrait des notes éliminatoires ou la promesse de ne pas en donner aux examens de l’année en cours et sa reconduction dans le module de Français. Et ce n’est qu’après avoir été insultée par les étudiants en A.G de la Faculté, prés de 03 mois plus tard,  qu’il s’est enfin décidé à soumettre les copies reconstituées  à la contre- correction.

Quant à sa demande maintes fois réitérée de reconduction dans le module de Français, motivée par de sérieux problèmes de santé, confirmés par les certificats  d’un médecin spécialiste, elle est restée sans suites. Pis,  la Représentante syndicale du Département, (elle-même longtemps absente pour cause de maternité, sans Certificat maladie ni arrêt de travail)  est venue en personne lui demander de déposer un arrêt de travail, puisque son état de santé  ne permet pas une activité normale.

 

- Il est à relever qu’à chacune des étapes du problème, il lui a été remis un emploi  du temps ( 03 en tout), notifiant une matière différente à enseigner, selon l’humeur du moment.

La proposition de réduire son emploi du temps avec le maintien du module de littérature, lui a été faite après un rapport au Doyen; ce qu’elle a  refusé, parce que  les séances de cours avaient déjà lieu depuis des mois, et pour rappel du maintien de sa demande présentée sous  recommandation médicale de l’usage minimum de la parole, pour éviter les  complications.

Il reste à signaler  que la méthode adoptée pour le cours de Français - ce qui  a été expliqué à Monsieur le Doyen - est la mieux adaptée, dans l’état actuel de sa santé, pour un rendement optima, pour toutes les parties, et en particulier pour l’étudiant qui devient l’acteur principal,  durant toute la séance. 

 

- Dans le même ordre d’idées, il faut rappeler la disparition de la salle des enseignants de ses textes de T.D. Ces derniers devaient être distribués aux groupes d’étudiants restants, après l’avoir été à ceux  de la veille... Pourtant, tous les vieux paquets de polycopiés jaunis étaient là et semblaient y être depuis des années.

- Et pour finir, le Chef de Département l’a autorisée à la fin du 2e semestre de l’année passée, soit 2 semaines avant les arrêts de cours à s’absenter, devant témoins. Informé, son adjoint a confirmé cette décision, exigeant toutefois, une présence formelle de temps à autre.

Elle a donc continué à se présenter pour récupérer les exposés retardataires, remettre, afficher  ou corriger des erreurs de report de notes ou assurer quelques  surveillances d’examens et à la fin, assister aux délibérations.

Entre- temps, l’adjoint du Chef de Département refusa d’accepter  02 Arrêts de travail établis par son médecin, au motif que c’était la fin de l’année et qu’elle n’était pas la seule à s’absenter. Il reçut en mains propres, les 05 questionnaires d’absence dûment remplis, rappelant l’autorisation   des 02 responsables.

Cependant, 10 jours plus tard, le 09/06/2008, le Chef de Département l’appela par téléphone, menaçant de la priver de bourse et de lui faire une mise à pieds si elle ne  réapparaissait. Elle s’est donc déplacée le 15/06/2008, mais il  a foulé une fois de plus les limites de la déontologie de la façon la plus indigne d’un responsable, de surcroît enseignant.

En effet, ce responsable, l’a de prime abord – dés l’arrivée de la responsable du service de la pédagogie, qu’il a lui-même convoquée - agressée verbalement, la sommant de sortir de son bureau et de ne plus y remettre les pieds...

Il s’est ensuite lancé dans des accusations non fondées, en l’occurrence : elle aurait diligenté une commission d’enquête du ministère, la défiant de faire un rapport au cas où elle aurait des preuves...Qu’elle aurait menti, en disant l’avoir informé de son absence et qu’il y avait  consenti, répétant que c’est parce qu’elle le haïssait ...qu’elle  créait des problèmes.

Consécutivement à cette attitude, elle a donc fait un rapport à la Doyenne et établi un Certificat médical couvrant la période de présence irrégulière (en remplacement des  Arrêts de travail, précédemment refusés). Cet arrêt de travail de 02 mois, déposé le 29 juin, à 3 jours des grandes vacances  a été transmis aux services financiers pour une retenue sur salaire, effectuée sur les 02  mois suivants, soit la période des vacances.      

  • - Clôturant la   série des humiliations les plus visibles, et suite à la demande de   déchargement horaire complet, pour des raisons de santé, en fin  d’année   2007/2008, il a sur proposition de la Doyenne, procédé à un allégement   de son emploi du temps. Mais,  défiant l’entendement, il a programmé   les 4h 30 minutes de cours, un samedi (journée indésirable de tous)   journée de déplacement massif d’Alger vers Tizi-ouzou, et vice-versa,   de 9h à  17 heures.
  • Ce qui a nécessité   d’autres démarches en vue d’une solution...Quant au déchargement   horaire sollicité, il a reçu des responsables contactés,  soit   le Chef de Département, la Doyenne, le Recteur et  le Vice-recteur   chargé de la pédagogie, une réponse négative pour non conformité   avec la réglementation en vigueur.

Et pourtant, un peu partout à l’Université et dans son propre Institut, des collègues moins anciens ont en bénéficié, quand les conditions requises pour l’année sabbatique ne sont pas réunies. Et ce, non pas pour des raisons de santé ou d’études, ce qui aurait été normal, mais pour se rouler les pouces dans les couloirs et les services administratifs.

Ainsi, si on excelle  dans l’invention de faux problèmes et la création d’obstacles aux uns, il est  clair que pour d’autres tout est permis.

En effet, cette enseignante  se demande  ce qui serait arrivé, si  elle avait noté des examens avant  de  les avoir faits et si les notes fixées arbitrairement, avaient  été affichées lors du déroulement des examens en question, ou si elle avait attribué des notes à des étudiants qui étaient, l’un dans le coma, l’autre en congé de maternité... Si elle s’était absentée à longueur d’année, en tant que permanente ou en tant qu’associée,  sans raison valable,  ou si elle s’était arrangée pour assurer l’enseignement ou la récupération des seules heures supplémentaires...Comme certains ne se sont pas gênés de faire.

Il était une fois, un enseignant …

Les violences sus-citées, sont venues s’ajouter à une situation socio-professionnelle problématique.  Elles  sont en outre, venues renforcer des pratiques insidieuses de harcèlement  enclenchées, notamment depuis son recrutement.

Un jour sans doute, quand le courage et le besoin d’en parler lui viendront, elle abordera ce sujet qui a trait à l’un des moyens de contrôle et de manipulation  les plus redoutables qui soient et que les hommes depuis la nuit des temps utilisent pour s’assujettir les autres et les engager dans la voie qu’on les voudrait prendre.  Cette mise au point s’en tiendra, quant à elle,  aux causes directes de ses problèmes, au côté visible de l’iceberg…      

 

Car cette enseignante, a été arbitrairement déboutée du droit au logement, et ce  depuis 1988. Ce qui l’a  définitivement écoeurée, c’est que le rejet  tantôt péremptoire, tantôt dilatoire, tantôt vicieux de sa demande, lors des années suivantes, avec accusation directe ou  insinuée de passe–droit et d’abus, s’est laconiquement mû  lors du dernier quota imparti à l’Université en 2003, en une unanime volonté de manipulation. Expressivement traduite cette fois-ci, par la Représentante de la Commission Logements du Département de L.L.Arabes et Représentante syndicale ci-dessus citée, le Porte parole du CNES et le Recteur, d’en référer à la Justice.   Chaque représentant s’est dédouané,  incriminant les autres et conseillant de faire un procès.

Or, la situation étant on ne peut plus claire, il n’y a pas lieu de faire un procès, car il n’y a pas de litige. D’abord, parce que le logement de fonction est un droit inaliénable, ensuite parce qu’elle n’a pas de logement, et  que  les enseignants ayant bénéficié de logement(s) à l’Université même, alors  qu’ils avaient des logements personnels individuels, il est aisé d’en citer, et sans aller loin,  au sein même de son institut. Et pour finir, je me permets de  rappeler, qu’elle a habité jusqu’en 1993 en famille, un logement à vocation familiale.

Il ne serait pas fortuit de préciser que le Chef de Département ci –dessus cité, était membre des anciennes équipes administratives qui s’étaient acharnées contre cette enseignante en multipliant les pressions.    Causes principales de sa décision de quitter l’enseignement en 1993 et de sa dépression  en Octobre 1993, la veille de son départ, supposé alors, définitif. Dépression retentissante, puisqu’en pleine nuit, à deux pas de l’Université...Mais l’ultime sursaut de révolte n’est-il pas un affront de plus,  décuplé par la disproportion du combat!?

Et pour preuve, ses facultés mentales ayant été branlées, cette dernière s’est opposée à ce qu’aucun dossier médical ne soit remis à l’université. En effet, il était pensait-elle impossible, qu’elle y remette un jour les pieds. Mais dés qu’elle  eût  retrouvé le calme, elle consentit à ce que les arrêts de travail soient transmis à son Directeur (aujourd’hui Recteur d’Université, et son précédent Directeur, 2 fois député…). Ce dernier les reçut régulièrement en mains propres, et dés la prescription du psychiatre.

Cela dura 02 ans, sans qu’il y en eût trace à la Sécurité Sociale. C’est alors, que le responsable  répondit à son père surpris, qu’il n’avait rien transmis à la Caisse de sécurité, car  la concernée était en abandon de poste. Aucun avis de mise en demeure n’avait pourtant été émis par son service ou réceptionné par la patiente ! Il n’a reculé et demandé à ce que le dossier médical soit reconstitué que sous la menace de porter l’affaire devant les tribunaux.

Il s’en est suivi une décision de mise en invalidité à partir de novembre 1996. Son salaire et unique ressource ayant été suspendu, à partir de Novembre 1993, elle n’a perçu sa première pension qu’en 1998, sans effet rétroactif pour les 02 années passées sous silence…

Pendant ce temps de mise en abandon de poste et donc de mise en absence délibérée, les notes que lui  attribuait cet individu, sur les fiches d’évaluation, étaient au top ! Moralité : il faut disparaitre  pour avoir du mérite ! 

 

La même hargne l’attendait à sa reprise en 2001, huit (08) ans plus tard. Le même responsable l’a délibérément et pompeusement privée de bourse en 2003. N’ayant  pu joindre son encadreur pour parapher sa demande de stage, il a refusé  toute autre signature, sachant que d’autres enseignants ont signé le document eux – mêmes.

Lorsque le problème se régla le lendemain matin,  il déclara close la période de dépôt des dossiers, au motif que le Conseil scientifique du Département allait siéger le jour suivant. Il rejeta  de même, en tant que Président du Conseil scientifique de la Faculté, toute possibilité de recours par la voie hiérarchique. Ce « rigoureux » Conseil scientifique tint sa réunion plus d’un mois plus tard... 

 

Ainsi, il est on ne peut plus clair, qu’un  enseignant qui n’a pas « les aptitudes » requises par les seigneurs des lieux, n’ouvre droit à aucun droit : c’est un insecte, ...à écraser,  dans la plus totale des  jubilations. Tout ce qui bouge en vue de construire du sens - un sens différent, cela s’entend  – ou à vrai dire, s’en fait l’illusion,   est à abattre à boulets rouges. La méthode : en faire la bête noire et le bouc- émissaire  à la fois, pour tous les malades mentaux à ciel ouvert. Et Dieu seul sait, comme ils sont légion !

Et pour cause: la concernée manquait de patriotisme, s’était-elle entendue dire (sous-entendu « traître » ) ; or, elle est la fille d’un miraculé des camps de la mort, sorti multi traumatisé de la guerre de libération, et duquel elle a appris que la vie, toute vie, est sacrée et a de ce fait droit au respect, tout le respect.

En outre, elle était à l’université, lieu sensé être voué au rayonnement du savoir, non au radotage ou à la surenchère politique ; et elle ne pouvait, enseignant la littérature,  occulter les questionnements qui la portent depuis toujours, ni ses préoccupations contemporaines majeures et  ignorer donc, ce qui en constitue l’essence, soit la condition humaine.

Partant de cela, elle se  devait de transmettre un savoir, de développer une rationalité et une logique et d’esquisser, ceci faisant, une réponse aux dures et complexes interpellations de la vie. En vertu de quoi, aurait-il fallu reprendre le ronronnant discours officiel ou autre, et celui tout aussi trompeur, d’une culture occidentale exposée à travers une vulgarisation tendancieuse et un prisme qui visent à renforcer la prégnance de ce qui est présenté fallacieusement comme mode de vie occidental triomphant, pour mieux cultiver le repli sur soi et le rejet de l’autre, en l’occurrence ce qui est fécondant en son expérience et en sa culture ?

Ces discours avaient leurs tribuns, qu’elle  respectait. Elle considérait pour sa part, que faire la promotion de ce que les consciences les plus aigues, les esprits les plus lucides, les sensibilités les plus hautes et la  partie la plus large de l’opinion occidentale... réfutent, est un crime contre l’entendement  et  l’humaine intelligence : la plus haute des trahisons.

C’est pourquoi, elle s’était de tout temps astreinte, à travers des auteurs et des textes dûment choisis ( dans ce cadre des modules enseignés ) à  dispenser  un enseignement axé sur la vitale nécessité du respect de la vie, de l’autre tout court, et sur le devoir de résistance, de défi et de dignité devant la médiocrité des hommes  et les vicissitudes de l’existence.

Refusant, dans la même veine, de cautionner certaines des décisions et pratiques de ses supérieurs directes, car démagogiques, anti-pédagogiques ou éminemment arbitraires.

Mais, bien avant ce qui est relaté ci-dessus, soit depuis 1982, son travail de recherche dans le cadre du diplôme Magistère, était porté par la même motivation: apporter un éclairage sur l’état de l’institution scolaire par le biais d’une analyse des manuels, mais surtout, dire l’urgence d’une éducation à la rationalité et aux valeurs humaines les plus sûres, seule garante contre les aveuglements…   

Tu auras l’enfer, ici et maintenant, a été la réponse !

Une question capitale demeure. Comment  et pourquoi, est-elle restée sur place, faisant fi du bon sens,  et d’un malaise qui a au fil du temps tourné au calvaire, au point d’en perdre son modeste bagage initial  et d’assister impuissante à l’effilochement de ses capacités de discernement... ? 

Pourquoi a-t-elle assuré, malgré ses sempiternelles protestations, l’enseignement de 11 modules en 11 ans d’enseignement de 1982 à 1993, en s’en tenant au volume horaire réglementaire et sans une seule  heure supplémentaire.

Comment a-t-elle supporté d’être  affectée à l’enseignement du  Français, contre son gré, dans un département où le module de la langue de Molière est acquis d’office, et faire cours à un parterre d’étudiants dont certains oeuvraient ouvertement à la déstabiliser ?

Oui, une question capitale demeure. Comment a-t-elle pu tenir, devant la foudre des services administratifs des institutions, voire des personnes connues ou inconnues qu’elle avait eu à contacter, la mauvaise foi avérée de ses encadreurs, et  consécutivement   à sa demande de logement, traverser  le déluge de haine   émanant  de ses collègues et de l’environnement social immédiat, particulièrement;  animosité du reste, tenace ce jour ?...Puis, reprendre comme si de rien n’était en 2001, dans des conditions pires que par le passé ? Là, est toute la question !

 

Nul doute, qu’il n’est rien de ce qui précède qui ne soit connu  des responsables de l’Université Mouloud Mammeri.

Qu’ils soient aussi bien informés que conscients de la gravité de la situation, cela est sûr. Qu’ils aient  optés pour des choix plutôt que d’autres,  cela  n’est pas étonnant. Là n’est pas le problème: il est de règle, que les plus vulnérables sont ceux-là même qui sont réfractaires à la médiocrité rampante et à l’idéologie dominante. Ils servent donc, aux uns et autres, à mieux afficher et donc affirmer leur   alignement  par rapport aux véritables maîtres du jeu et des lieux. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons! 

Sollicité une dernière fois  pour la résolution de son   problème de logement (1e semestre 2006), le Recteur lui  proposa de contacter son homologue d’Alger pour un  poste  à l’Université ...

Aussi,  a t- elle continué à faire la navette Alger / Tizi-ouzou, hébergée durant ses journées de travail, en Cité universitaire, puis par son ex- étudiante à présent  collègue, ou quand elle y est forcée à l’hôtel, quand curieusement, on ne lui répond pas : « c’est complet… ».

Alerté par écrit, le Ministre du secteur n’a pas daigné répondre.

C’est ainsi qu’elle passe depuis la rentrée universitaire de 2001, son temps sur les routes, quitte à en crever. Après avoir échappé de 1993 à 1994 à une multiple forme de mise à mort physique (agressions meurtrières par des inconnus, tentatives de suicide sous pression) et bien avant  et après,  à la folie…

Pour solution, voilà maintenant  02 ans, que des collègues  qui ont la faveur de l’Administration  ou d’autres, lui  conseillent  de se muter sur d’autres universités.  Or, elle déjà essayé, avant même de reprendre en 2001 à Mouloud Mammeri, et pendant des années par la suite, d’obtenir une mutation à Alger ou à  Bejaïa, en vain.

Aujourd’hui, excédée et usée, elle a  pris la décision de partir en retraite, si on veut bien lui concéder ce droit, sinon de quitter. Ce qu’elle aurait dû  faire depuis longtemps, si elle avait eu un minimum de bon sens: il n’y a pas de raison de rester quand on vous chasse. Question de dignité ? Non, elle  serait  certainement partie si elle avait pris la mesure de la haine qui l’encerclait…

…En toute conscience…

Ce qui ressort clairement de ce processus de déstabilisation amorcé bien avant que le problème de logement sus-cité ne se pose par une ostracisation multiforme, c’est la volonté délibérée de manipulation politicienne par un déni de justice  flagrant, qui perdurera...

Le programme :    clochardiser et mener à la déchéance une enseignante qui fut compétente à ses débuts - avant que l’université ne lui fasse perdre ses moyens - alors qu’elle n’avait d’autre ambition que de mériter son salaire...Son crime ? Coupable de ne pas avoir l’esprit de chapelle.

Et pour cause ! Cette  enseignante, j’en témoigne en mon âme et conscience, n’a rien fait d’autre que  son travail,  comme  l’exige son rôle d’enseignante, de chercheur, de quelqu’un    qui travaille  sur les idées, qui ne peut agir avec quelque efficacité, que dans ce domaine précis.

En effet, elle n’a fait que faire son travail, pour un tant soit peu, honorer sa dette envers la vie, envers sa famille, et envers ces petits contribuables dont la plupart des enfants –  souvent, tous les enfants - ont été éjectés du système scolaire, car trop intelligents ou trop sensibles pour se prêter au conditionnement d’une école débilitante, ou car ils ont manqué des moyens financiers élémentaires nécessaires à une scolarisation normale...

Son ambition était des plus simples : rien de plus, que vivre dignement, simplement... Si elle avait eu la possibilité de faire des poteries, de cultiver des fleurs, d’élever des poussins, de fabriquer des meubles ou des frigidaires ou d’exercer toute autre activité, elle aurait avec bonheur et honneur, tout autant essayé de faire au mieux, de réaliser des choses aussi utiles qu’agréables (à son humble sens) mais elle n’avait quelque aptitude que dans ce cercle d’action, auquel elle s’est accrochée, presque un  tiers de siècle, durant...

Piétiner…une règle d’or

Comment dire l’horreur de la chose? Etre sournoisement, activement et assidûment harcelé, instrumentalisé durant des décades, et  selon les besoins du moment, se voir fabriqué et donné en tant que rebelle,  hors-la-loi, fou, débile, ou ...pour ne citer que les moins insultantes des étiquettes. 

Ainsi construit-on des modèles et des contre-modéles. Ainsi mène-t-on les hommes pour embrigader, et donc pour mieux occuper la  galerie. Etre blessé dans les tréfonds de son être ; être acculé à une forme d’action par réaction... ; voilà déjà un avant – goût de l’enfer qui prendra place dans le cercle vicieux, duquel sauf miracle, jamais on ne s’échappe.

A  tout ce cirque démentiel, une justification : la nécessité d’avoir des leaders, des faiseurs d’opinion / de contre-opinion, mais aussi, des boucs-émissaires. La différence, entre les uns et les autres, c’est que certains ont / ou acceptent d’avoir les idées qui conviennent, quand les autres vont à contre-courant...

Le drame, c’est quand ce jeu se fait à l’insu du vouloir et de la volonté des acteurs qui se retrouvent dans la tourmente pour la seule raison qu’ils divergent quelque peu avec les mentalités et les pratiques dominantes, ou quand il se fait à l’insu de  personnes simples et ordinaires.

Les unes considérées comme potentiellement dangereuses, alors qu’innocentes jusqu’à l’inconscience des intentions qu’on leur prête, mais  surtout, ignorantes  des moyens de dissuasion ou de mise au pas,  mis en branle. Et très souvent aveuglées, pour que perdurent indéfiniment leur ignorance et souffrances. Les autres instrumentalisées pour diverses raisons, le plus souvent sans qu’elles le sachent.

Ce  dont il s’agit là, précisément, c’est de cette répugnante propension à fabriquer des boucs-émissaires et  des définitivement tarés, en un mot des loques humaines.                         

 

La vérité toute crue, pour revenir à notre sujet, est  que d’une façon générale, d’une manière ou d’une autre, et aux motifs les plus intenables et les plus hypocrites, des enseignants de valeur (entre autres corps de profession)  ont été vilement chassés, comme des malfrats, sur décision de leurs supérieurs directs et la complicité agissante ou silencieuse  de leurs collègues; surtout quand leur qualité d’étrangers facilitait la tâche (la tache).

La  compétence, voire l’engagement de ces individualités, aurait servi à relever le niveau scientifique, à même de promouvoir la réflexion et un débat d’idées, qui auraient généré une créativité et un esprit d’émulation si nécessaires à l’épanouissement humain, à l’action citoyenne et donc à la réalisation d’un mieux- être collectif. 

La valorisation de réflexes et d’actions saines, qui portent au cœur le souci du bien – être commun qui motivait ces enseignants et hors  duquel, aucun bien - être individuel véritable ne peut être réalisé, aurait permis l’espoir d’une  qualité de vie viable pour tous, les intérêts des uns et des autres étant imbriquées et indissociables.

Ces efforts, ne leur auraient certes pas apporté la réussite  ni l’épanouissement mérités ; ils n’auraient eu, non plus,  ni l’impact ni l’apport attendus et sous-tendus par un investissement acharné, du moins dans le court terme.   Par la force d’une  conjoncture internationale défavorable aux pays du tiers-monde,  des projections et des jeux de la géostratégie, et des calculs prédateurs des uns et des autres ; lesquels conjugués,  amoindrissent les  chances de développement durable des pays concernés.

Ils auraient eu néanmoins quelque heureux résultat, et surtout, ces acteurs n’auraient pas  été touchés de plein fouet, et prioritairement, par le revers  des attitudes collectives auto -mutilantes, inhérentes à des millénaires de  vie sous le joug des impérialismes successifs, de l’esprit tribal,  du repli sur soi et de l’individualisme outrancier qui en ont résultés en tant que réflexes de survie. 

Démultiplié par le besoin effréné de biens et services, induit  par le matraquage d’une culture de   consommation mal assumée, et qui  prend les allures d’une quête obsessionnelle d’identité, cet individualisme fait loi. Il n’a de limites que ses capacités de nuisance.

L’Etat de Droit sensé gouverner par la loi  et veiller à la Justice dans l’égalité, étant resté au stade d’une virtualité sans prolongement sur le terrain de la réalité, n’a donc pu se substituer au contrôle social traditionnel. Lequel permettait autrefois, grâce à l’inculcation des principes moraux  et aux strictes mesures de coercition,  propres au groupe, d’y  maintenir une certaine cohésion.

 

Ainsi, quand la loi fait figure du grand absent, quand elle n’est tout simplement défaillante, surviennent les pires des dépassements. Que l’anarchie, dans ces conditions soit la norme, que la violence soit une arme, il n’y a rien d’étonnant! C’est là, que les égoïsmes les plus malsains et les plus destructeurs s’épanouissent.

Usant et abusant de leurs pouvoirs, leurs victimes seront sans nombre, tout autant que sans noms, car totalement démunies. Elles se compteront  par voie de fait, sans équivoque,  chez certains de ceux qui  détiennent quelque pouvoir -  grâce à quelque  savoir,  compétence ou intelligence - quand ils sont acquis à l’intérêt général,    et qui directement et délibérément ou involontairement et juste par leur existence  rappellent à leurs détracteurs les limites qui les aveuglent.

                                                                                    

Le terrible constat, est que ces bonnes et lucides volontés, qui nagent vaille que vaille à contre-courant, assumant pleinement leur rôle d’intellectuel - ou  tout bonnement et simplement, de personne  quelque peu intelligente  et intègre, quelle que soit sa fonction ou son action -  finissent toujours, car minoritaires et minorisées,  par reculer devant les assauts de l’hydre.

L’effroi est tel qu’il ravage les énergies les plus tenaces et les performances les plus avérées. Tantôt abrutis, tantôt foudroyés par la sauvagerie d’une réaction inopportune,  ces modèles du bon et bien vouloir, stoppent leur élan pour rentrer échaudés et tétanisés dans les rangs, la tête dans les épaules. Et ils ont, on ne peut plus raison ; quant à en avoir le droit,  toute la question est là.   

Pourquoi s’entêter en effet, quand la médiocrité vous submerge comme les eaux d’un déluge; qu’elle inocule  son venin au plus profond de votre être et qu’elle veillera à  vous empoisonner la vie jusqu’à ce que « la tare » que vous constituez,  s’efface... ?                                                                                                            

                                                                                                             

Etant généralisée, érigée en culture et en mode de conduite  idoine, ce n’est pas donc pas  la médiocrité qui est à incriminer  ou qui est en défaut. Ce sont ceux qui refusent de se soumettre à son dictat, qui anachroniques, sont à désigner à la vindicte publique, pour mieux les culpabiliser.

Ceux qui s’entêtent en auront donc, pour leurs frais.  Ils ne devront  en vouloir qu’à eux-mêmes et personne ne se souciera de leur devenir, quand ils ne sont pas publiquement reniés par instinct de conservation, par mesure de sécurité publique... On les chargera à volonté, en public cela s’entend -  quel que soit le mérite qui leur est reconnu en privé - de tous les maux imaginables et inimaginables pour se donner bonne conscience et faire bonne figure...

Ceci se vérifie par expérience, mais la seule observation autour de soi, en instruit le moins averti...Un avertissement qui donne la chair de poule à ceux qui sont déjà dans l’hésitation, pour lesquels vivre, c’est d’abord, seulement  ou à tout prix, jouir à fond des opportunités de la vie ; tant cet avertissement  est lourd de sens.

Quant à ceux, animés par la conviction de mériter le miracle d’exister, et donc du devoir d’humanité, ceux qui sont mus par  un idéal, une transcendance, ils le payeront chèrement, par leur santé au mieux, mais aussi, nous l’avons vu, par leur vie... 

 

On nous dira après, que la déferlante islamiste, alibi de la bestialité terroriste qui avait prioritairement ciblé l’intelligence et l’innocence, noyées dans la débâcle générale, est le produit de la génération spontanée et non pas d’un travail de formatage via l’école, la politique du livre, les institutions publiques... Ou que le musellement de la société, imposé dans les étapes précédentes grâce à la mobilisation des organisations de masse, des mouvements de la jeunesse, n’avait pas préalablement servi l’oeuvre de sape qui consistait à griller intelligence et intégrité.

Les membres de ces organisations, de même que la plupart des fonctionnaires, ne troquent – ils pas à ce jour, leur cerveau contre celui de leur supérieur hiérarchique, pour ne pas voir leurs droits et les  avantages afférents à leur activité ou fonction, et l’opportunité de bénéficier du sésame des relations du supérieur, se ratatiner ou se volatiliser ? Faisant la pluie et le beau temps, ce dernier se meut en poule aux œufs d’or ou en boite de Pandore, selon la distance qu’on en prend.

S’il est notoirement reconnu que la qualité d’un produit dépend de la tonalité de  la concertation et de la collaboration qui domine au sein du groupe, comment peut-on en toute quiétude, s’en remettre au seul vouloir du  responsable, uniquement parce que représentant de l’Etat ?

Sachant que ce qui prévaut le plus souvent dans les nominations, c’est moins la compétence et l’intégrité que le zèle envers les supérieurs hiérarchiques et l’esprit d’allégeance secourus par les liens filiaux dans le sens le plus large et les dessous de table. Comment se démettre de ses responsabilités, quand cela relèverait de l’irresponsabilité, voir du crime, lorsque le supérieur est de la plus haute compétence, sous des latitudes où chacun est tenu de s’assumer, d’apporter sa part d’inventivité ?

Et ce, d’autant plus qu’il est connu de tous, et constatable de visu, que la plupart des responsables  sont en poste pour expédier les affaires courantes des   services qu’ils ont en charge.    En contrepartie, ils ne se gênent pas pour se servir et servir leurs créditeurs et leurs clientèles effectives et potentielles, comme s’il s’agissait d’une propriété privée;  mais qui, paradoxalement, se gausse de sa productivité et de son nom parmi ses paires.

L’absence de contrôle efficace, d’éthiques professionnelles opérationnelles, balayant tout scrupule et garantissant l’impunité,  consolide ces pratiques. Ce qui justifie donc tous les reniements.

A l’ombre de ce bras de fer des instincts où le dernier mot revient aux plus nuisibles, où la compétence, le référent scientifique et le savoir sont les grands absents, se profile un horizon des plus sombres. Et ce, d’autant plus que le mode de sélection qui prévaut pour les recrutements, les promotions, la réussite haut la main aux examens, les orientations dans les filières...fonctionne tout azimut, là même où la qualification scientifique (non pas le diplôme / reconnaissance, octroyés pour connivence d’intérêts...) et le savoir devraient être le critère sine qua non: l’Université.

Il n’y a rien de plus  inquiétant, en somme,   pour tous ces calculs additionnés, ces appétits aiguisés en instance, que la présence d’un trouble fête, serait-ce par une prise de distance silencieuse. Rien n’est moins dangereux non plus, pour ce beau monde qu’un concurrent vrai ou fictif, candidat inopportun   à une part substantielle ou une miette du gâteau, et s’il est déjà dans l’œil du cyclone, quel bonheur !...

Et rien non plus, n’est plus grossier au dire  de ces sensibilités faussement délicates, que cette grogne des outsiders, ces exclus du droit à la dignité, qui ne peuvent réagir faute de mieux que par l’émeute. Coupables de ne pas avoir su s’insérer dans un des réseaux de récupération ou de clientélisation permanente ; coupables de se permettre, en sus de ce lourd  handicap, de crier leur détresse et de sortir au grand jour leur colère, ces extra-muros des dividendes de la rente  n’en sortiront pas indemnes…

Les semences de la guerre 

Le sens du partage et de la solidarité étant rares pour ne pas dire absents, les  désespérés de la modernité aux couleurs du Tiers-monde, se débattront jusqu’à ne plus en pouvoir. On fermera yeux et oreilles pour ni voir ni entendre.  La devise ? « Après moi, le déluge »...suscitant la révolte après la tourmente, et l’acculant à son paroxysme le plus négatif : le suicide sous ses multiples formes…   Et  dans la dernière version duquel, des jeunes et des moins jeunes hurlent et signent : plutôt finir dans le ventre des  requins, au fond des eaux bleu de la Méditerranée,  que d’essuyer le mépris assassin du frère et vivre dans l’indigence sur une terre d’opulence! 

       

C’est que la médiocrité en reine,  veille  jalousement sur son territoire ;  oser s’y frotter, c’est commettre un crime de lèse-majesté, c’est- à- dire d’abord et avant tout, un crime contre soi ! Tant pis pour le coupable, il l’a bien cherché ! Que ne l’a-t-on entendu dire ! Quelle tristesse, dirions –nous, qu’une telle cécité puisse être prédominante chez l’élite d’une société! Quel   gâchis, pour le devenir de cette dernière, quelle désolation attend ses générations futures!

En fait, l’énormité de  l’ingratitude, de qui vit et respire de cette terre, relève sans conteste du pathologique. Ne dit-on pas, que le rapport à l’autre (serait-ce un bout de nature vivante ou morte, pourrait-on ajouter !) est d’abord l’expression du rapport à soi. Qu’attendre, alors de celui qui s’est mutilé de sa part transcendante, qui s’identifie par sa situation matérielle, dont la soif de possession est illimitée, et pour lequel tout autre nanti de ce qu’il n’a pas, fut-ce d’une vétille, est un ennemi à abattre ?

De la haine et rien d’autre, sous ses  diverses facettes, qui vont de  l’agression destructive programmée et caractérisée, à la complicité silencieuse ou active dans l’atteinte à  l’intégrité d’autrui,  à l’indifférence à la souffrance, au refus d’assistance à  vie en danger, à l’agressivité injustifiée...Ce qu’aucun homme équilibré, aucun homme qui se respecte, ne peut se permettre. En pure et due forme, ce qui s’exprime là, c’est une haine de soi, visé à travers l’autre. Mais cet autre, qui dés le départ  représente une menace, devient tel nécessairement, pour avoir été incessamment malmené.

La haine est donc l’impasse où débouche l’amour outrancier de soi, qu’il se soit réalisé ou qu’il ait été contrarié. Son avenir le plus certain...  A l’échelle d’un pays, elle mène à la guerre.   

 

Une question s’impose: cette terre ne mérite t’elle pas, mieux ? Non seulement, pour tous les atouts qui la distinguent, pour son entêtement à nous supporter, fardeau et morve, mais  surtout pour le sang , les larmes et les vies d’innocents qui nourrissent son terreau et lui donnent ses caractéristiques les plus saillantes...

Beaucoup mieux en effet, qu’une pitoyable et bien inutile fuite en avant, devant les desiderata des leaders de la politique mondiale et la cécité d’une gestion anarchique et prédatrice des affaires publiques locales, qui chevillés  l’un à l’autre,  jettent de l’huile sur le feu; laquelle contribuera, par les moyens grossiers ou subtils de sa mise en œuvre, à l’apparition de réactions violentes  de plus en plus fréquentes et incontrôlables et à l’installation de l’anarchie dans la durée .

Une anarchie que l’irrationalisme dominant poussera à son ultime expression, du fait du rationalisme outrancièrement  froid du capital et des technologies modernes, du pouvoir desquels il découle. Ce qui subséquemment et à revers,  condamnera  dans le court  ou le long terme, selon que l’on en soit  victime ou promoteur, les tenants de cette politique  de la démesure et de la domination par la terreur, à  la débâcle et au ridicule.

Car, indépendamment des inclinaisons et des actions d’individualités aussi puissantes soient – elles, des manipulations des faits et des mensonges d’époque, l’histoire se fait aussi sous l’impulsion des mouvements souterrains les plus larges, figurés par les laissés - pour compte de la planète, qui se comptent par milliards d’hommes et  de celle conjointe  des mouvements avant - gardistes ou simplement  progressistes des sociétés avancées, sans oublier les plus dangereux  de tous, ceux des extrémistes et illuminés de tous bords.

Et pour cause : faite de mouvement et d’actions antinomiques, de moments hauts ou bas de la vie des peuples, témoin et juge du déroulement des événements majeurs du cheminement de la  vie des hommes et de la terre, l’histoire n’oublie jamais .

Le moment venu, elle prend sa revanche. Rétablissant les faits et les réalités à leur juste valeur, l’histoire pourfend alors, traîtres et bourreaux des peuples et ceux de ces derniers qui ont failli au devoir d’humanité, au risque de se retrouver au ban de l’histoire et de la société humaine. Elle rappelle entêtée, à qui veut apprendre : la vérité ne meurt pas, elle attend  son heure pour voir le jour : c’est tout.

C’est une lapalissade de dire  que le propre d’un régime politique bien installé ou à son stade primitif (car sans traditions ancrées) est de se maintenir par toutes les recettes  que l’imagination puisse permettre.

Celui des élites, par contre, éclaireurs par les savoirs qu’ils détiennent    est de constituer d’une part un contre- pouvoir, dont la vocation est de  garantir un équilibre des rapports, qui fait barrage contre les dépassements et l’arbitraire et d’autre part, une force de proposition, qui  permettrait une performativité bénéfique à tous, grâce à la diversité et la teneur des apports de toutes les catégories actives et créatives...Mais autant rêver de voir fleurir le sel : l’une des pathologies mentales, bien de chez nous.

C’est pourquoi, on ne le dira jamais assez, le désastre est  à la mesure de la démission collective mais surtout à l’aune de la démission des acteurs les mieux placés pour impulser une dynamique d’humain progrès : rien n’étant plus grave et criminel que de tourner le dos à ses responsabilités.

Malek Bennabi, Gustave Lebon, et bien avant,  le grand Abderrahmane Ibn Khaldune, n’ont eu de cesse d’avertir : des sociétés, des peuples, des civilisations ont creusé leur tombeau et entamé la descente dans les bas-fonds de leur époque, pour avoir omis de se projeter dans l’avenir. Et ce, à travers un projet social cohérent et concerté, impliquant une participation collective et une juste répartition des richesses.

En un mot, simplement et crûment, pour avoir failli, tout un chacun à sa place.                                                                                                                                       

Pour finir, que ces sinistres seigneurs le sachent, cette enseignante ne regrette aucun de ses choix  et  décisions, pas même les erreurs qu’elle a bien pu commettre, car n’ayant jamais été délibérées. Son seul et unique regret: avoir fait preuve d’humanité et de compassion, là où il ne fallait pas. 


                                     Alger/ le 10/04/2008



D.K : la psychiatrée de l’Université Mouloud Mammeri



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dimanche 27 septembre 2009

Les masques de guerre, par Michel Peyret



Les peuples ont la nausée de vos masques , chants , tam-tam et danses de guerre !

Ils ont dit maintes et maintes fois : « Maintenant , c'est la Der , la Der des Der ! »

Et chaque fois , vous avez « remis le couvert » , de façon toujours plus ignoble , toujours plus mensongère , toujours plus dramatique , toujours plus horrible .

Ils auraient pu rire du spectacle de vos pantomimes de plus en plus médiatisées , bassement , piètrement exécutées et répercutées par des médias toujours plus domestiqués et abêtissants .

La politique du spectacle n'en finit pourtant pas , même dans sa dégénérescence de plus en plus accentuée .


CERTES , ON SAIT BIEN...

Certes , on sait bien que les productions , ô combien coûteuses , des complexes militaro-industriels ont besoin d'être détruites , et donc utilisées , pour pouvoir être renouvelées et donner naissance à de nouvelles sources de profit !

Certes , on sait bien que la Courbe de Hubbert de la production pétrolière et gazeuse a pris son option descendante et qu'il convient en conséquence de s'assurer le contrôle des réserves qui n'ont pas encore été gâchées par votre productivisme acharné alors même qu'aucune alternative énergétique sérieuse n'est encore programmée !

Certes , on sait bien que votre système et la « civilisation » qu'il a générée sont en crise , celle que provoque la baisse tendancielle du taux de profit quand toutes les contre-tendances , y compris les plus tordues financièrement , ont fini par l'approfondir dans les plus éloignés de ses dessous !

Certes , on sait bien que la sur-accumulation des capitaux qui en résulte a besoin d'une dévalorisation massive de ces capitaux , c'est-à-dire jusqu'à leur destruction massive sous toutes ses formes !

Certes , on sait bien que la guerre , les guerres , peuvent être le prétexte rêvé , sinon la cause réelle de cette destruction-dévalorisation de capital qui permet au capital survivant de retrouver un taux de profit convenable et la reprise de l'accumulation... jusqu'à la crise suivante !

Certes , on sait bien que le prochain affrontement a de fortes « chances » d'être le dernier si l'on considère les stocks d'armes nucléaires accumulées... et non détruites selon ce que prévoyaient les accords internationaux que vous avez vous-mêmes signés...!

Certes , on sait bien que le Ben Laden , issu de l'une des plus estimées et riches familles d'Arabie saoudite , a terminé son rôle dans une certaine décrépitude alors que ses débuts florissants avaient pu justifier la destruction du World Trade Center... et les guerres punitives qui en étaient résulté .

Certes , on sait que vous avez besoin d'un nouvel « bouc-émissaire » qui permettrait de donner l'ordre de départ aux bombardiers et autres sous-marins israéliens porteurs d'armes nucléaires destinées à vitrifier les témoignages d'une des plus anciennes civilisations de notre humanité .


NOUS SORTONS DU SIECLE DES GENOCIDES

Nos souffles restent « suspendus » tant vous avez l'art et la manière d'accommoder cette sauce guerrière aux meilleurs épices régionaux dans la variété de leurs arômes !

Ils n'oseront pas , me dit-on .

Mais ils ont déjà osé dans la passé bien qu'ils aient bien mesuré l'ampleur des dégâts que permettaient les technologies existantes !

Ne sortons-nous pas du « siècle des génocides » ?

Aussi , après ces quelques rappels en manière d'introduction , nous allons examiner quelques données sur l'ampleur de l'armement nucléaire de quelques pays et les comparer avec celles de ce « pelé , ce galeux d'où venait tout le mal » .



LES PAYS SIGNATAIRES DU TNP

Parmi les signataires du Traité de Non Prolifération Nucléaires , on trouve :

  • la Russie dotée de 16 000   armes , dont 5830 actives ,

  • Les Etats-Unis : 9962 dont   5735 actives ,

  • La France : 348 têtes   actives ,

  • Le Royaume-Uni : plus de   200 dont un peu moins de 200 actives ,

  • la République populaire de   Chine :environ 200 , dont environ 145 actives .


Pour les pays détenteurs non-signataires du TNP :

- L'Inde : 40 à 50 têtes , presque toutes actives ,

- Le Pakistan : 50 à 60 , presque toutes actives


LE PROGRAMME NUCLEAIRE D'ISRAEL

Selon Wikipédia , Israël dispose d'armes nucléaires dont une centaine seraient actives .

Selon un ancien technicien de la Centrale nucléaire de Dimona , Mordechaï Vanunu , Israël disposerait de plus de 200 bombes atomiques .

Cette déclaration lui a valu une condamnation pour espionnage et trahison et une peine de prison de 18 ans .

Selon certaines sources , Israël aurait procédé , avec l'aide de l'Afrique du Sud , à un essai sous-marin dans l'Océan Indien le 22 septembre 1979 , connu sous le nom de l'Incident Vela , mais aucune certitude n'existe à ce sujet .

La position officielle israélienne a toujours été de ne pas confirmer ni infirmer les spéculations relatives à sa possession de l'arme atomique .

Le 6 décembre 2006 , Robert Gates , secrétaire à la défense américain déclarait lors de son audition au Sénat : « L'Iran est entouré de pays dotés de l'arme nucléaire : Le Pakistan à

l'Est , Israêl à l'ouest... » , une première pour un haut fonctionnaire américain .

Quelques jours plus tard , le 11 décembre 2006 , lors d'une interview de la chaîne de télévision N24 à propos des ambitions nucléaires iraniennes , Ehud Olmert déclarait : « Pourriez-vous dire que c'est la même chose que pour l'Amérique , la France , Israël et la Russie ? » .

Il a été obligé de corriger le déclaration de Robert Gates ainsi que son lapsus et a rappelé la position d'Israël sur le sujet : « Israël ne sera pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Proche-Orient . C'était notre position , c'est notre position , cela restera notre position . »



ET L'IRAN ?

L'Iran fait partie avec le Brésil , l'Algérie , l'Arabie saoudite , la Syrie , des pays soupçonnés de développer un programme militaire ;

Wikipédia précise :

« L'Iran essaye depuis plusieurs années de se procurer l'énergie atomique à des fins , officiellement , civiles .

« Cependant plusieurs membres de la Communauté internationale pensent que ce programme peut être utilisé pour développer l'arme nucléaire , notamment depuis la découverte de l'installation de recherche de Natanz , en août 2002 , qui n'avait pas été déclarée à l'AIEA .

« Une troïka européenne , composée de l'Allemagne , de la France et du Royaume-Uni , s'est formée et tente de pousser l'Iran à accepter un contrôle strict de son programme civil par des experts de L'AIEA .

« Israël et les Etats-Unis pour leur part laissent planer le déclenchement de représailles militaires si l'existence d'un programme militaire venait à être confirmé

« Au début du mois de janvier 2006 , l'Europe et les Etats-Unis se sont mis d'accord pour présenter l'affaire devant le Conseil de Sécurité de l'ONU . »



UNE LOGIQUE DE GUERRE

Dès décembre 2006 , Bernard Ravenel , dans « Pour la Palestine » , montrait que dès 2002 les Etats-Unis ont opté pour une politique de guerre active et « préventive » , de la péninsule arabe à l'Asie centrale .

« Dans ce contexte , précise-t-il , Israël doit jouer un rôle important sinon décisif .

« Déjà en 1982 , devant la guerre menée au Liban , le gouvernement du Likoud proposait une intervention contre l'Iran , après avoir bombardé le réacteur nucléaire de Tamouz en Irak .

« Mais avec l'existence de l'URSS , Washington hésitait .

« Aujourd'hui , entre la guerre en Irak et le soutien aux guerres israéliennes au Liban et en Palestine , les Etats-Unis de G.W. Bush visent à créer une situation de conflit permanent au Moyen-Orient .

« En fait , à partir de la non-résolution de la question palestinienne .

« Et l'Iran est devenu la cible centrale reposant , après Israêl , la question de la nucléarisation de la région avec toutes ses conséquences , y compris dans l'évolution de la stratégie des Etats-Unis et d' Israël .

« Comment arrêter la marche vers une catastrophe dont seraient victimes tous les peuples de la région ? »



POUR UNE ZONE LIBRE D'ARMES NUCLEAIRES AU MOYEN-ORIENT

Face à la logique de guerre , poursuit Bernard Ravenel , « risquant de devenir nucléaire , la seule réponse est celle d'une logique de paix construite par la négociation politique fondée sur l'application du droit.

« Mais dans l'immédiat , face au risque imminent , même reporté , de guerre nucléaire , la reprise de la proposition d'une zone libre d'armes nucléaires au Moyen-Orient devient une nécessité politique vitale .

« Cette proposition a été votée , à la demande pressante de l'Egypte en 1995 , à la conférence de révision du TNP , revotée en 2000 .

« En février 2006 , l'AIEA en a rappelé la nécessité , tout en rencontrant l'hostilité farouche d'Israêl soutenu par les Etats-Unis .

« Pour leur part , les pays européens l'ont promis aux Iraniens .

« Ils n'ont rien fait pour tenir leur engagement . »



L'IRAN POUR UN PLAN DE SECURITE

En diverses circonstances et avec détermination , les dirigeants de l'Iran ont fait des propositions allant en ce sens .

On comprend bien pourquoi ce pays , qui n'en a jamais agressé un autre , au moins dans les temps « modernes » , soit le plus en mesure d'être à l'initiative concernant la sécurité dans le Golfe Persique .

Ainsi , par exemple , en 2007 de nouveau , à l'occasion d'une réunion du Forum Mondial économique de Doha , un haut représentant du chef suprême de l'Iran a présenté un plan de sécurité en 10 points dont un prévoit expressément , et entre autres propositions , de mettre fin à la course aux armements dans la région «  et d'établir une coopération sérieuse parmi les pays régionaux pour un Moyen-Orient libre de tout ADM ( armes de destruction massives ) .



QUAND LA FRANCE TENAIT UN AUTRE LANGAGE

Il fut aussi un temps où les représentants de la France , moins inféodés , tenaient un autre langage que celui que l'on entend aujourd'hui .

Ainsi , par exemple , l'ambassadeur permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement déclarait-il à propos de la Résolution sur le Moyen-Orient le 4 mai 1998 que « la France est également convaincue que le création de zones exemptes d'armes nucléaires , internationalement reconnues sur la base d'arrangements librement négociés entre les Etats de la région considérée , renforce la paix et la sécurité mondiales et régionales . »

Et il se félicitait de la résolution 52/34 sur la création d'une telle zone dans la région du Moyen-Orient ….



DONNER TOUTE SA FORCE AU COMBAT POUR LA PAIX ET LE DESARMEMENT

Ainsi quelques repères sans entrer dans l'évolution récente dont nous avons dit toutefois qu'elle pourrait rapidement devenir aiguë .

Le peuple français a une longue tradition dans les luttes contre les guerres , pour la paix et le désarmement et certainement l'évolution de la gravité de la situation justifierait-elle à nouveau un engagement fort .

Il a aussi fait l'expérience que ces luttes-là sont également constitutives de l'ensemble des luttes sociales et politiques contre le capitalisme et sa crise .

Leur redonner toute leur dimension de lutte contre l'impérialisme aujourd'hui quand les périls ressurgissent ne peut que contribuer à renforcer leur caractère global visant à la transformation de la société.

Michel Peyret

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samedi 12 septembre 2009

A hauteur d'homme (suite)

Djouher Khater, amie du blog, a souhaité réagir au texte posté par Luc Collès et que j'avais intitulé "A Bruxelles, un spectacle à hauteur d'homme". Voici ce commentaire.

 

 

 

Tout à fait d’accord avec Luc Collés ; ce qu’il dit de nos sociétés est on ne peut plus pertinent : au Nord comme au Sud, nos sociétés sont sans boussole. La peur tenaillante du lendemain, la frustration et le ressentiment, sont le pain quotidien des majorités humaines.

Rien n’est plus déprimant et dangereux,  en effet, que ce faste à portée de main, et/ ou exposé via les affichages publicitaires et les médias, mais toujours si loin, comme un mirage qui s’évanouit ; sitôt que celui qui marche sous le soleil impitoyable du désert et ses sables mouvants s’en approche. Conjuguée au pluriel, cette désespérance est un prélude au pire, une bombe à retardement qui explosera à la moindre étincelle.

 Oui,  comment être beau, riche, puissant, toujours souriant à belles dents, en forme  et en bonne santé, en un mot, avoir droit aux droits reconnus par la modernité à travers Chartes et Conventions, et mis en vente par chaines satellitaires ou non satellitaires, et autres… ? Comment donc, quand dans la réalité toute crue, il faut se faire tout petit, voire même invisible ?

Et surtout, comment se faire à l’idée quand on a un boulot ou qu’on en cherche pour pouvoir juste subsister, qu’il faut galérer, se piétiner et piétiner sans répit et sans pitié, juste pour pouvoir rêver de rattraper le rêve d’être un jour beau, riche, puissant, toujours souriant à belles dents, en forme et en bonne santé… Quand ledit rêve d’être beau …tire la langue et sans discontinuer, vous rit au nez…car le minimum, s’il existe, peut à tout moment, se volatiliser.

Comment ingurgiter toutes ces promesses de la démocratie,  dont on se sait définitivement exclu,  et ne pas se refermer sur soi, ne pas attraper toutes les maladies, et surtout hélas, ne pas voir l’autre comme une menace dont il faut se protéger, en actionnant la gâchette au moindre doute, le premier?

 Comment rester humain quand la concurrence pour la simple survie enjoint de balayer tout scrupule et  de s’inscrire  sous le signe de la haine la plus extrême ?

Aussi, le véritable défi d’aujourd’hui, est-il de mettre à nu l’égocentrisme bétonné qui nous emmure pour nous piéger et miner de l’intérieur d’abord,  nos chances de bien-être. Indéniablement victimes -  mais de nous-mêmes en premier lieu - de vouloir attraper le mirage d’être beau, riche, puissant, toujours sourire à belles dents, en forme et en bonne santé ...à tout prix. Et coupables dans cette course aux chimères,  de se tourner le dos, de se compliquer la vie.

La modernité, chantre des valeurs humaines universelles, a investit l’Etat national du devoir de veiller au respect desdites  valeurs par la loi. Ce dernier n’a pas eu le salutaire réflexe  d’en faire le pivot de  l’éducation, de les inculquer aux générations montantes pour leur éviter les dérapages meurtriers. Tout comme du reste, les systèmes archaïques contemporains. Les malins ont en fait leur mine d’or. Une inépuisable foire où le plaisir d’acheter et de vendre, ne s’émousse jamais… Car les valeurs sont le fondement de toute liberté vraie.  Non pas celle de l’anarchie, du règne des instincts, mais celle synonyme de responsabilité.

Aujourd’hui, l’Etat de Droit, là où il semble encore exister, est à l’agonie.  Il ne compte pour rien devant le Dieu argent, qui a un besoin fou, insatiable,  d’esclaves. Prêts à aller au feu, prêts à tuer, pour rien, notamment dans les sociétés sous-développées.  

Une planète d’esclaves, voilà ce qu’est devenue la terre. Une planète de désespoir, voilà où nous ont menés les appétits plus ou moins aiguisés de pouvoir… Nos appétits.

 L’avenir sera sans conteste, du côté de ceux qui auront compris que la dignité est le capital vivifiant  de tout homme, son moteur et son bien le plus précieux. Que la simplicité est un art, non une tare.

 Nostalgiques ou rêvant d’un véritable Etat de Droit, ils auront à cœur d’y introduire, intelligemment, la note manquante qui défigure toute symphonie. Cette touche d’âme qui anime toute bonne volonté, et qui l’a si dramatiquement  déserté. Afin de donner à suffisamment d’hommes les moyens de prévenir ses dérives, les plus graves de nos dérives, à temps, avant qu’il ne soit trop tard.

Oui, l’avenir sera sans conteste du côté de ceux qui auront compris que la dignité est le catalyseur premier de tout homme,  de tout peuple,  qui veut avancer. Réellement avancer.

 D.K

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jeudi 3 septembre 2009

Le soufisme dans l'Islam

LE SOUFISME DANS L’ISLAM
Le dikr pour purifier l’âme
 

«Une vie sans religion est une vie sans principes et une vie sans principes est un bateau sans gouvernail.» Gandhi

En ce mois de piété, il nous a paru intéressant de donner un éclairage sur la mystique musulmane notamment représentée par le soufisme. En ce XXIe siècle de tous les dangers, la quête spirituelle est devenue ringarde et mieux encore, chaque religion croit détenir la vérité allant même jusqu’à aboutir à un choc des civilisations.

Qu’est-ce que le soufisme?
Les mystiques de l’Islam ont souvent souligné l’indigence de la raison humaine; ils se plaisent à rappeler que le terme arabe ´´aql´´ (´´esprit´´, ´´raison´´) signifie étymologiquement l’entrave, le lien. Un maître syrien du XVIe siècle se livrait ainsi à un jeu de mots - intraduisible en français - en écrivant que ´´les juristes musulmans (fuqahâ’) sont prisonniers de leur mental (bi-’uqûli-him ma’qûlûn)´´. Pour les soufis, il ne s’agit aucunement de rejeter cet instrument qu’est la raison, mais de lui assigner une place relative, contingente, face à cet Absolu que le spirituel musulman a pour but. Pour les soufis, le mystère de l’Unicité divine est ineffable; il ne sied pas à l’homme de l’évoquer car la perception qu’il en a est obligatoirement en deçà de la réalité. Un maître de l’Ecole de Baghdad de la première période disait que le tawhîd à son stade ultime ´´aveugle le clairvoyant, confond celui qui raisonne et stupéfait celui qui est sûr de son jugement´´.(1) Le tassawwuf a pour but de conduire au degré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du coeur, conduirait à la sincérité spirituelle (ikhlâs), celle par laquelle ´´on connaît´´, par laquelle ´´on voit´´. L’exercice spirituel que les soufis privilégient est le dhikr (remémoration, souvenir); il s’agit d’une pratique consistant à évoquer Allah (Dieu) en répétant Son Nom de manière rythmée. Le dikhr est considéré comme une pratique purificatrice de l’âme. Une autre pratique régulière est la récitation de poèmes à caractère spirituel, notamment la louange du Prophète Mohammed (Qsssl).
Un verset du Coran: «Reste en compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur ne désirant que Son agrément.» (Coran XVIII; 28) peut s’appliquer aux soufis. Pour les soufis eux-mêmes, leur voie est reconnue par les quatre écoles juridiques (madhhab) sunnites, et les quatre fondateurs sont reconnus pour être eux-mêmes des soufis au sens véritable du mot, c’est-à-dire des saints et par les chiites comme une expression de la foi islamique. Ibn Khaldûn et Ghazâlî rappellent par exemple que «Shâfi‘î s’asseyait devant [le soufi] Shaybân al-Râ‘î, comme un enfant s’accroupit à l’école coranique, et lui demandait comment il devait faire en telle et telle affaire.» Dans le soufisme, l’Être suprême est Dieu auquel on accède - c’est-à-dire accéder à Son agrément - par l’Amour de Lui. La première phase est donc celle du rejet de la conscience habituelle, celle des cinq sens, par la recherche d’un état d’´´ivresse´´ spirituelle, parfois assimilé à tort à une sorte d’extase; les soufis eux-mêmes parlent plutôt d’«extinction» (al-fana’), c’est-à-dire l’annihilation de l’ego pour parvenir à la conscience de la présence de l’action de Dieu. Cette première étape réalisée, le soufi doit revenir au monde extérieur qu’il avait dans un premier temps rejeté; le lexique des soufis désigne cette phase par différents termes qui correspondent à autant d’aspects de ce second voyage: al-baqâ, la ´´subsistance ou la permanence´´, la lucidité (sahw), le retour (rujû’) vers les créatures. Cette description sommaire a forcément un caractère très schématique: comme le montre la littérature soufie, ce processus est bien plus cyclique que linéaire, et l’interprétation des termes du lexique soufi est par nature ésotérique. Les maîtres soufis distinguent trois phases dans l’élévation de l’âme vers la connaissance de Dieu: d’abord l’âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l’initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd [murîd], (novice; nouvel adepte; disciple). Vient ensuite le degré de l’âme qui se blâme elle-même, c’est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l’initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (voyageur) itinérant, allusion au symbolique «voyage intérieur». Puis le troisième et dernier niveau est celui de l’âme apaisée.(1)
Chaque maître du soufisme (shaykh) s’entoure d’un groupe de disciples et anime une confrérie, ou haqiqa, fondée par un grand maître des siècles passés. Il possède une méthode pour l’accession à l’unité divine, et nul ne peut remettre en cause la validité de son enseignement du moment qu’il se réfère à l’Islam. L’ascension vers Dieu passe par les exercices pratiqués dans les confréries: veilles (sahar), jeûnes (siyâm), danses (derviches tourneurs), litanies (dhikr, littéralement, «rappel» du nom de Dieu), contrôle respiratoire. Plusieurs soufis furent victimes de persécutions. Ibn Mansour al Halladj, soufi de Baghdad, fut crucifié en 922 après un long procès. Louis Massignon rapporte cela dans un livre remarquable: La Passion d’Al Hallaj. Ibn Taymiyyah et Ibn Al-Qayyim (XIVe siècle) ont dénoncé les dérives du soufisme, mais ils avaient non seulement de l’estime pour certains soufis qu’ils jugeaient conformes à l’orthodoxie, tels que Al-Junayd, mais plusieurs sources attestent qu’ils étaient eux-mêmes rattachés au cheikh soufi Abd al Qadir al-Jilani. L’école rationaliste et réformiste de Muhammad Abduh et de Mohammed Rachid Rida s’opposait au soufisme, considéré comme une des principales raisons de la décadence des musulmans, par son supposé encouragement du fatalisme et de l’inertie.(1)
L’Histoire ne trouve trace des premiers groupes de soufis qu’à Koufa et Bassorah à partir du VIIIe siècle de l’ère chrétienne, puis à Baghdad au IXe siècle. Les XIIe siècle et XIIIe siècle marquent pour le soufisme le passage à une structuration et une organisation beaucoup plus formelles: c’est ce qu’on appelle les confréries (turuq, pluriel de tarîqa). Les exemples d’islamisation de l’Afrique de l’Ouest par la Tidjaniyya et la Qâdiriyya, ou de la résistance menée contre les Russes aux XIXe siècle et XXe siècle par une population musulmane majoritairement rattachée à la Naqshbandiyya le montrent abondamment. La Shâdhiliyya, fondée au XIIIe siècle, est une confrérie d’origine maghrébine qui s’est diffusée à partir de l’Égypte dans une grande partie du monde musulman. La branche ifriqiyenne de la Shâdhiliyya est notamment représentée par Â’isha al-Mannûbiyya (m. 1267). Le modèle de sainteté qui se forme dans son hagiographie se rattache à celui du majdhûb «l’extatique» dont la pratique est aux marges des normes sociales de l’époque. Le majdhûb partage avec le cheikh ummî plusieurs traits, comme l’´´état d’enfance´´. Il est aussi appelé ´´fou de Dieu´´ car sa raison lui a été ´´ravie´´ (de la racine J-Dh-B) par Dieu, le plus souvent de façon abrupte. Pour Ibn ’Arabî le vrai majdhûb n’est pas déficient: son esprit est saisi et retenu (mahbûs) auprès de Dieu et jouit de la contemplation divine. Ce qui caractérise le majdhûb est son insouciance des normes sociales et religieuses. Ainsi, un des ´´fous de Dieu´´ qu’a rencontrés Ibn ’Arabî traite d’aveugle la foule à laquelle il s’adresse, car celle-ci croit que ce sont des colonnes qui soutiennent le plafond de la mosquée où ils se trouvent, alors que lui voit, à la place des piliers, des hommes invoquant Dieu.
Le fait de voir Dieu par l’oeil de la foi et de la certitude nous a libérés de tout recours à la pensée discursive, disait Abû l-Hasan al-Shâdhilî (m. 656/1258), La sphère de la sainteté s’étend au-delà du champ du mental, car elle est fondée sur le dévoilement spirituel (kashf). Cette dernière phrase a été prononcée par le ´´grand cadi´´ égyptien Zakariyyâ al-Ansârî (m. 926/1520), qui fut lui aussi un soufi. Elle résume fort bien la position des spirituels de l’Islam sur le ´´rationnel´´; en effet, le but du soufisme n’est-il autre que de parvenir à la sainteté (walâya)? Le même savant affirme ailleurs que la connaissance de Dieu passe par la ´´gustation spirituelle´´ (dhawq), qui efface les arguments de la raison et ceux venant de l’enseignement transmis (dalâ’il al-’aql wa shawâhid al-naql).
Les soufis distinguent la science acquise (al-’ilm al-kasbî), encore appelée la science spéculative (al-’ilm al-nazarî), de la science octroyée par grâce divine (al-’ilm al-wahbî). Pour Ibn ’Arabî, le ’ilm wahbî est fondamental puisqu’il constitue la modalité de toute prophétie: al-nubuwwât kullu-hâ ’ulûm wahbiyya, écrit-il. De fait, on constate qu’à partir du XIIIe siècle grosso modo, le dévoilement intuitif (kashf), l’inspiration (ilhâm), la ´´vision certaine´´ (yaqîn) - sont davantage reconnus qu’auparavant comme méthodes d’investigation des réalités spirituelles. Al-Ghazâlî, précurseur dans ce domaine, voyait déjà dans la science du dévoilement (’ilm al-mukâshafa) le moyen d’accéder à la ´´perception sûre et directe´´ (al-’iyân al-ladhî lâ yushakku fîhi) de ces réalités.(1)
Evoquons deux figures du phare du soufisme. D’abord Rabi’ate el ‘addaouya, une mystique qui fut l’un des premiers mystiques de l’Islam à avoir dépassé la démarche ascétique pour appeler à l’union parfaite avec Dieu et la célébrer dans des poèmes d’une brûlante ferveur et ceci bien avant Hallaj et les maîtres du soufisme Ensuite, Djalaleddinn Rumi, le fondateur de l´ordre des derviches tourneurs. Il naquit en 1207 à Balkh, (Afghanistan). C’est un mystique, poète, penseur. Rûmî, l’auteur du Mesnevi, imposant recueil de milliers de vers, célèbre dans tout le monde arabo-musulman, est connu sous le nom de Mevlana (le Maître). Rûmî est le fils d’un théologien et maître soufi réputé: Bahâ od Dîn Wahad (1148-1231), surnommé «sultan des savants» (Sultân al-’Ulama), dont le livre Ma’ârif fut longtemps le préféré de Rûmî. En 1227, un disciple de son père Burhân od Dîn Muhaqqîq Tirmidhî (? - 1240) le rejoignit et devint son maître spirituel pendant neuf ans avant qu’il n’envoie Rûmî étudier en Alep et à Damas où il rencontra Muhyî od Dîn Ibn ul ‘Arabî. Tout comme le père de Rûmî, il était membre de l’ordre Kubrawiyyah. Rûmî ne revint qu’en 1240 à Konya où il se mit à enseigner la loi canonique. La ferveur mystique qui l´animait était telle que l´on raconte qu´un jour, tandis qu´il se promenait dans le bazar de Konya, il entendit, passant par le souk des bijoutiers, la sonorité cristalline du marteau de l´orfèvre ciselant l´or. À ces sonorités célestes, son âme «s´envola» et il se mit à tourner sur lui-même dans une danse extatique, au sein de la foule médusée. Il est dit que c´est de cet événement que naquit la célèbre danse des derviches tourneurs. C’est à Konya, en Turquie, qu´il s´éteint en 1273. Le 6 septembre 2007 l’Unesco a célébré le 800e anniversaire de la naissance de Rûmî.
Quelques conseils de Roumi: sois comme l’eau courante pour la générosité et l’assistance. Sois comme le soleil pour l’affection et la miséricorde. Sois comme la nuit pour la couverture des défauts d’autrui. Sois comme la mort pour la colère et la nervosité. Sois comme la terre pour la modestie et l’humilité. Sois comme la mer pour la tolérance. Parais tel que tu es ou bien sois tel que tu parais. «Je ne distingue pas le parent de l’étranger.»
Si Dieu est infini et que nous sommes des êtres limités, il est raisonnable de croire que nul d’entre nous ne peut appréhender complètement Sa nature. «On peut dire que si l’Islam est un corps, le soufisme en est le coeur», explique cheikh Khaled Bentounès. il faut considérer le soufisme comme un style de vie par lequel le croyant, le mourid, voue son existence entière à réaliser l’unicité avec Dieu. Son moyen le plus imparable pour cela est le «dhikr», l’évocation permanente de Dieu. Le soufisme n’est pas un Islambis. Dans certains cercles occidentaux, on tend à présenter le soufisme comme une alternative à l’Islam avec le sous-entendu que l’Islam «canonique» est «belliqueux, archaïque et arriéré», alors que le soufisme serait pacifique, tolérant et oecuménique.(2)

La civilisation de la concurrence
Le XXe siècle né dans l’enthousiasme et salué comme l’aube d’un nouvel âge d’or s’est achevé dans le désabusement convaincu d’avoir apporté le crime et la misère aux trois quarts de la planète, ainsi que le désespoir aux générations futures. L’individualisme est devenu la règle, la prospérité ayant balayé les idéologies, la consommation a eu raison de l’esprit de liberté. Le libéralisme sauvage se caractérise par une extension de la vision mercantile à des domaines non marchands comme la culture, l’art, la religion et la science. Retournez en tous sens les règles du marché, vous n’y trouverez jamais celle d’honnêteté, d’honneur, de solidarité, de dévouement sans lesquelles le lien social se dénoue. Les sociétés occidentales sont minées de l’intérieur, par des contradictions insurmontables, une absence complète de repères. L’Occident malade de la croissance, mortellement atteint pour avoir fait de l’homme un agent géologique qui ne cesse d’accélérer le désordre est contagieux.
Les sociétés musulmanes devant le vide sidéral proposé par leurs gouvernants se jettent à corps perdu dans cette civilisation de l’éphémère. Pendant des siècles, l’homme a visé la maîtrise de la nature, sans tenter de s’y insérer; saura-t-il à temps s’assurer la maîtrise de soi? Cette société fondée sur la concurrence et l’anonymat, fonctionne de telle façon que l’homme y devient un loup pour l’homme. Devenu un matricule anonyme, informatisé à outrance, ses possibilités intellectuelles, son potentiel génétique, ses performances physiques sont les seuls paramètres que lui demande la Société du Web.2. Son aptitude à la générosité, son amour du prochain, ses interrogations métaphysiques ou religieuses n’entrent pas en ligne de compte dans son classement social.
Cette malnutrition spirituelle lui donne les pouvoirs d’un Géant pour satisfaire les besoins d’un nain pervers. En définitive, on constate que la foi s’est refroidie en rites et en mythes. Comme l’écrit R. Garaudy: Les sagesses et les prophétismes des trois mondes nous ont enseigné que l’homme ne devient humain que par une lutte incessante contre la prétention de son petit «moi» égoïste à s’ériger en valeur absolue. Le refus du moi individualiste est déjà dans le dépouillement total des grands visionnaires de l’Inde et des soufis musulmans. Abou Yazid El Bistami écrit: «Quand le moi s’efface, alors Dieu est son propre miroir en moi».(3)

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Amir Akef. Du dépassement de la raison dans le soufisme - vendredi 4 juillet 2008 Oumma.com
2.Mustapha Benfodil. Aux origines de la Tariqa Alawiya, El Watan juillet 2009
3.R.Garaudy. Appels aux vivants. p. 226. Editions du Seuil. 1979

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

Source : L'expressionet le blog http://nadorculture.unblog.fr/g

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jeudi 27 août 2009

Phra Ngang

Dans un vieux monastère isolé dans la rizière ensoleillée de Samrong, province frontalière avec la Thaïlande, se trouvait un krou, un maître gardien des légendes et des rites. Ce krou était l’un des rares fabricants encore vivant de Phra Ngang. Ces petites amulettes, à qui les Cambodgiens et leurs voisins siamois prêtent de nombreux pouvoirs, seraient la représentation du « dieu des montagnes ». Pour ce vieux krou qui se retirait souvent pratiquer la méditation sur les monts Kulen, ce dieu était une sorte de Bouddha imparfait, qui ne serait pas parvenu à atteindre totalement l’Éveil. Mais on trouve, dans d’autres provinces, d’autres origines à ce personnage. Phra Ngang serait ainsi un ami et disciple du Bouddha qui, durant sa vie, ne pouvait méditer en paix à cause de sa troublante beauté : de nombreuses femmes venaient en effet s’offrir à lui bien qu’il soit moine. Il aurait alors fait le voeu de perdre sa beauté pour pratiquer en toute sérénité le Dharma et se serait changé en un nain hideux pourvu de gros yeux rouges globuleux et de longues oreilles. Ainsi, toute sa vie, il parcourut les villages sous cette forme répugnante afin d’enseigner le Dharma aux pauvres. À sa mort, il aurait souhaité venir en aide, depuis l’au-delà, à ceux qui porteraient son effigie. Cela explique l’aspect étrange des amulettes Phra Ngang. Une dernière version estime, au contraire, que Phra Ngang serait le fantôme d’un grand guerrier mort au combat en protégeant les siens et déterminé à protéger tous ceux qui le lui demandaient. Il aurait ainsi atteint le niveau d’un Déva et pourrait se manifester à travers ses images (statues et amulettes). Si cette dernière version est la mieux documentée, la majorité des krous donnent à leurs Phra Ngang un aspect se rapportant à l’avant dernière version.

Ainsi, ces amulettes auraient des pouvoirs magiques. Elles servent tantôt de boucliers contre les esprits malsains, les sortilèges et les accidents ; tantôt elles fonctionnent comme un charme pour rendre irrésistible celui qui en fait la demande, lui permettre de s’enrichir avec modération, ou le guérir d’affections bénignes. Or, mettait en garde le krou, la pratique correcte du culte du Phra Ngang demande une certaine rigueur. Mais elle s’avère très positive si on l’entreprend « avec un coeur et une motivation purs ». Le Phra Ngang se transforme ainsi en compagnon de vie pour celui qui le porte sur lui, généralement dans un petit sac de tissu. Il est censé avertir des dangers approchants et donner des intuitions positives. Il est recommandé, par contre, d’éviter tout langage vulgaire, et surtout de ne pas maudire quelqu’un ou de le menacer. En effet le Phra Ngang pourrait prendre ces paroles pour argent comptant et s’acharner sur le destinataire de la malédiction. Ce qui aurait un effet boomerang terrible. Car toute mauvaise action projetée vers quelqu’un revient obligatoirement amplifiée vers son auteur. Certains krous utilisent la force noire de l’amulette et s’en servent pour nuire. Ils sont nombreux, ces sorciers sans scrupule, et peut être sans véritables talents, à répondre aux demandes de très nombreuses personnes qui désirent faire du mal à leur ennemi. Ces krous prétendent même pouvoir protéger contre le retour de bâton, en confectionnant d’autres amulettes. « La tentation de l’Orient », disait Teilhard de Chardin, c’est la tentation panthéiste. C’est croire à la sainteté des paysages, à la beauté des forêts, à la fulgurance de la lumière, à l’esprit des Phra Ngang qui murmurent à votre oreille que vous êtes fils du soleil et du vent ». Lui qui avait parcouru l’Asie avait ressenti cet abandon de l’idée rédemptrice et cet appel incessant de la nature et de sa divinité possible. Car, « les sages ne pleurent ni les vivants, ni les morts. Tout ce qui vit est éternel. L’esprit est impérissable, éternel, indissoluble ».

Si l’expatrié est généralement hermétique à ces pratiques, cela n’empêche pas qu’elles font partie intégrante de la vie des Khmers, pour qui la magie est comme la pluie, un phénomène naturel. Pourtant, il est des expatriés occidentaux qui tiennent, au fond de leur poche, une amulette bénie par un krou ou un papier rouge soigneusement plié sur lequel est dessiné un personnage recouvert de signes sanscrits. Ceux-là n’en parlent que rarement aux autres expats’, de peur des moqueries. Mais à la nuit tombée, ils s’installent à genoux, prennent leur Prah Ngang à deux mains et psalmodient le bref Khata nécessaire à la pérennité de la protection. D’autres, au contraire, ignorant totalement ces pratiques rituelles, sont parfois victimes d’un charme maléfique, généralement lancé par un ou une employée afin d’obtenir une meilleure position ou plus encore par une petite amie locale. Et parfois même par les deux. Que le charme agisse ou non, est une autre question. Certains Cambodgiens estiment souvent que le fait que certains expats’ perdent totalement la tête quelques mois seulement après leur arrivée, s’explique par le fait qu’ils sont victimes de cette magie. Ceux qui ont, durant leur enfance, voyagé sur les flots des écrits d’explorateurs, voyageurs au long cours, et qui sont baignés de spiritisme, voire d’ésotérisme, regarderont ce sujet d’un oeil intéressé, curieux même. Les autres, tout pétris qu’ils sont du dogme des religions judéo-chrétiennes et victimes d’une éducation cartésienne, n’y verront que du charlatanisme. La marche vers l’Orient n’est pas la même pour tous. Le soleil des tropiques éblouit parfois ceux qu’il est censé éclairer.

Frédéric Amat

Article paru dans le Cambodge Soir Hebdo nº 90

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dimanche 23 août 2009

Mohammed Dib, un écrivain universel


par Mohamed Ghriss

Né le 21 juillet 1920 à Tlemcen, Mohammed Dib a effectué ses études primaires et secondaires à Tlemcen, et un passage à l'Ecole normale supérieure d'Oran avant de devenir instituteur à Zoudj Beghal en 1939 et, entre autres, interprète anglais-français auprès des bureaux des armées alliées à Alger durant 1943-44.

Recruté par Alger Républicain en 1950, il se distingue par ses reportages sociaux et publication de textes poétiques et chroniques littéraires et artistiques. Publie son premier roman La grande maison aux éditions du Seuil en 1952, juste une année après son mariage avec Colette Bellissant. Les allusions qu'il suscite dans ses écrits à propos de la question nationale, surtout après la publication du roman L'incendie, en 1954, coïncidant avec l'année du déclenchement de la Révolution algérienne, sont sous l'œil des services des autorités coloniales. Et aux lendemains de la publication de Un été africain, en 1959, au paroxysme de la guerre de libération nationale, Mohammed Dib est expulsé d'Algérie et se voit contraint de se réfugier chez ses beaux-parents, dans les Alpes Maritimes, en France. Il entreprend par la suite plusieurs voyages, notamment dans les pays de l'Est, sensible à un certain idéal social et anti- impérialiste, prôné par l'internationalisme prolétarien en cette époque particulière des empires coloniaux. Dans Qui se souvient de la mer, roman publié en 1962, Dib dresse un sombre tableau de la nuit coloniale.

Après l'indépendance, et avec Cours sur la rive sauvage (1964), l'écrivain amorce une autre étape littéraire, empreinte d'une nouvelle esthétique qui rompt avec le style descriptif - narrataire classique , se confirmant , après son installation dans la région parisienne, avec La danse du roi, paru en 1968, suivi de Dieu en Barbarie (1970), Le maître de chasse (1973), et des recueils de poèmes Formulaires (1970); Omnéros (1975), qui lui valent d'accéder nettement à la dimension universelle : l'Algérie n'est plus le pôle d'intérêt privilégié de l'auteur qui déterritorialise sa thématique vers d'autres espaces de l'humaine condition, que ce soit en France, en Finlande, ou ailleurs, sans pour autant exclure le regard indispensable sur le rétroviseur de la mémoire., les recoupements des croisements Orient -Occident, etc. Ainsi Sa trilogie nordique, dans les années quatre-vingt, composée de : Les terrasses d'Orsol, Le sommeil d'Eve et Neiges de marbre, ou des procédés stylistiques puisant dans le patrimoine ésotérique Soufi insufflant à l'œuvre une dimension ontologique, selon le critique Bachir Adjil, (Espace et écriture chez Mohammed Dib, L'Harmattan, Paris 1995), participent de l'affirmation d'une originalité typiquement Dibienne. Particularité faisant cas, convient-il de préciser, de l'errance identitaire, qui s'accentuera avec L'Infante maure (1994), notamment, à travers les chemins de l'exil et de l'éloignement mais aussi des heureux croisements, à l'image de la petite fille Lily Belle issue d'un couple mixte franco-mauritanienne, ou encore la jonction métaphorique des espaces sable-neige, symbolisant, en quelque sorte , une reconstruction identitaire qui transite du clos autocentré à l'ouvert de la modernité universelle charriante de toutes odeurs et couleurs des particularités locales raccordées au grandiose tout humanitaire mosaical.

Recevant en 1994 le grand prix de la Francophonie, haute distinction de l'Académie française, Mohammed Dib avait tenu à préciser qu'il a été distingué en tant qu'auteur étranger écrivant en français, demeurant toujours Algérien, n'ayant pas pris la nationalité française. En 1995, alors que l'Algérie est plongée dans une sanglante tragédie, Mohammed Dib fort préoccupé par ce qui déchire son pays natal, l'Algérie toujours au coeur, publie La nuit sauvage, ou il témoigne, à un autre niveau de l'évolution de l'histoire, de ce qui l'a caractérisé lors de ces premiers pas de romancier : un certain engagement, consistant à ne pas disjoindre «écriture et responsabilité», comme il l'écrit en post-face de son ouvrage. Ce dernier sera suivi par d'autres ouvrages ,entre autres les romans Si diable veut (1998); Comme le bourdonnement d'une abeille (2001), qui reprennent la thématique humaniste d'ordre général, alors que l'auteur se distingue également par une production prolifique de nouvelles, poésies, contes et notamment d'œuvres théâtrales (Les fiancées du printemps, 1963; Mille hourras pour une gueuse, 1979…) et autres écrits monographiques sur la ville de Tlemcen, articles de presse, etc., autant de textures variées qui font que Mohamed Dib a été un véritable miroir - témoin de la succession et entrecroisement de plusieurs générations, des deux cotés des rives de la Méditerranée. Le 2 mai 2003, l'écrivain tire sa révérence mais l'abondance de ses écrits épars, a surpris agréablement son vaste lectorat cosmopolite par une œuvre posthume : Laezza, sa dernière création publiée aux éditions Albin Michel, Paris mars 2006, comprenant les parties Laezza; El Condor pasa; Autoportrait; Rencontres : termes en exergue profondément significatifs de par leur référence aux connotations allusives subrepticement aux curieux rapports entre cultures et civilisations du monde, en général, les mots Laezza et El Condor, par exemple, n'ayant rien à voir avec le latin, le français ou l'arabe, de l'avis clarificateur de l'écrivain lui-même, répercuté par les échos de presse, mais qui dérivent tout simplement du parler finnois, de l'espagnol, etc., et se rapportant à des significations contextuelles. Et c'est à juste titre qu'on a pu dire que Laezza est le texte des proximités de Mohammed Dib (dixit l'écrivain -critique Wacinny Laaredj). Et beaucoup plus que cela, la texture Dibienne approfondissant l'option stylistique amorcée auparavant d'un renouvellement net puisant dans le ressourcement et l'altérité, semble avoir opéré, cette fois, un bond qualitatif de l'écrivain aspirant de son vivant, vraisemblablement, à un au-delà d'une rare esthétique transnationale- universaliste, typique, tendant à transcender la dimension contraignante de la dualité binaire limitative : «latinité moderniste occidentale / cyrillité - traditionaliste - orientale». Cette dernière rendant compte mal de la pensée fluide et complexe de l'écrivain, véritablement internationaliste, et qui en est arrivé ,après un long et riche parcours d'intellectuel constamment à l'écoute des métamorphoses de l'Histoire et péripéties des êtres, proches et lointains, à appréhender le monde sous des yeux neufs : l'esprit de son écriture cosmopolite, concourant, in fine, à restituer lucidement le fin fond de l'unité et multiplicité de l'orange bleue terrestre et ses morceaux épars constitutifs, ou parties prenantes indissociables d'une même et indivisible espèce Humaine.

Mais n'est-ce pas là l'expression naturelle inhérente à la nature spécifique du discours esthético - artistique -émotionnel relevant de la quintessence humaniste et spirituelle de la littérature proprement dite ?

L'œuvre impressionnante du grand maître Mohammed Dib est aujourd'hui enseignée dans les plus grandes universités du monde, et de l'avis d'observateurs aguerris qui connaissent le parcours littéraire prodigieux de Mohammed Dib couvrant toute une vie de résistance-combat, allant de l'exaltation d'un idéal patriotique anticolonial, à celui de l'insertion dans une dimension humaniste mondialiste, en passant par ces écrits provençaux, dirait-on, du droit de cité des cultures négligées des autres, allant jusqu'à déterrer ce qui relève de l'Abrahamisme des trois religions universelles et les tréfonds,entre autres ,de la méditérranéité et une certaine africanité ancestrale. Autant de carrefours de richesses plongeant le lecteur dans le labyrinthe d'une authentique culture universaliste, avec ces marques de repères et signes particuliers d'un écrivain complet, assurément, et qui, n'était ce certaines considérations extralittéraires de surcroît, aurait amplement mérité le Nobel couronnant une carrière époustouflante rarement égalée. C'est l'ex ministre Algérien de la culture, M. Rahabi, qui lui a rendu un des plus grands hommages qu'on puisse faire à un écrivain, en déclarant notamment, à l'annonce de sa disparition, que Mohammed Dib resterait toujours vivant dans la mémoire des Algériens Libres : «Il a initié, par ses écrits, les hommes de son temps à l'idéal patriotique de liberté».

Flash-back, on est en 1952, Mohammed Dib publie La grande maison, quelque part, en parcourant l'ouvrage, on peut lire, entre autres, ce passage :

«(…) Omar pensait au goût du pain dans sa bouche : le maître, près de lui, réimposait l'ordre. Une perpétuelle lutte soulevait la force animée et liquide de l'enfance contre la force statique et rectiligne de la discipline. M. Hassan ouvrit la leçon.

- La patrie est la terre des pères. Le pays où l'on est fixé depuis plusieurs générations.

Il s'étendit là-dessus, développa, expliqua. Les enfants, dont les velléités d'agitation avaient été fortement endiguées, enregistraient.

- La patrie n'est pas seulement le sol sur lequel on vit mais aussi l'ensemble de ses habitants et tout ce qui s'y trouve.

Impossible de penser tout le temps au pain. Omar laisserait sa part de demain à Veste- de- kaki. Veste - de- kaki était il compris dans la patrie? Puisque le maître disait…

Ce serait quand même drôle que Veste - de - kaki… Et sa mère, et Aouicha, et Mériem, et les habitants de Dar-Sbitar? Comptaient- ils tous dans la patrie? Hamid saraj aussi?

- Quand de l'extérieur viennent des étrangers qui prétendent être les maîtres, la patrie est en danger. Ces étrangers sont des ennemis contre lesquels toute la population doit défendre la patrie menacée. Il est alors question de guerre. Les habitants doivent défendre la patrie au prix de leur existence.

Que était son pays? Omar eut aimé que le maître le dit, pour savoir. Ou étaient ces méchants qui si déclaraient les maîtres? Quels étaient les ennemis de son pays, de sa patrie ? Omar n'osait pas ouvrir la bouche pour poser ces questions à cause du goût du pain.

- Ceux qui aiment particulièrement leur patrie et agissent pour son bien, dans on intérêt s'appellent des patriotes.

La voix du maître prenait des accents solennels qui faisaient résonner la salle.

Il allait et venait.

M. Hassan était il patriote? Hamid Saraj était- il patriote aussi? Comment se pouvait- il qu'ils le fussent tous les deux? Le maître était pour ainsi dire un notable; hamid saraj, un homme que la police recherchait souvent. Des deux, qui le patriote alors ? La question restait en suspens. (…)» (Mohammed Dib, La grande maison, Paris, Le Seuil, 1952 p 19-23).

Ainsi Mohammed Dib, combattait l'oppression coloniale bien avant la révolution de 1954, et une fois l'indépendance acquise, ne s'était point tu face à la bêtise humaine, ni qu'il a abdiqué, une fois installé ailleurs en exil : ses écrits ont simplement accédé à d'autres formes esthétiques de combat pour la dignité et liberté humaines , incluant une dimension universelle, comme indiqué ci-dessus., et aux dernières nouvelles, ce sont les départements littératures des universités américaines qui le redécouvrent avec émotion, non sans rappeler, à certains égards, à bien des esprits l'écrivain John Steinbeck des jours fastes, répercutant aux lointains la parole des humbles. Ceux -là mêmes qui, disséminés partout à travers le globe, se reconnaissent dans les jets de ces plumes si familières. Quoique trempées dans des encriers des quatre coins du monde. Mais désormais grand village, en fait, avec lequel Mohammed Dib avait été parmi les premiers à s'y accoutumer avec ses diversités. La preuve : il est lu aujourd'hui en plusieurs langues, et apprécié autant par les jeunes que les adultes de toutes contrées, figurant même dans plusieurs programmes d'enseignements. L'ex ministre Algérien de la culture avait raison : Mohammed Dib fait retentir le nom de l'Algérie mieux qu'un homme politique aguerri , et mieux encore, il a contribué à jeter tôt ces passerelles entre l'Orient et l'Occident, ou ce qu'on appelle aujourd'hui le dialogue des cultures et civilisations. Et c'est ça son Nobel, à lui, l'Algérien Mohammed Dib, dont rares peuvent se targuer de toucher le coeur des humains des diverses provinces du monde comme il le fait lui. Avec ses touches particulières et cette intensité saisissante que traduisent les mots innocents du petit Omar qui, depuis son berceau de Tlemcen aux tréteaux jouxtant la place publique de l'Unesco, est devenu bien grand, très grand même au point d'être considéré aujourd'hui, à juste titre comme un géant immortel de la littérature mondiale.

Le quotidien d'Oran du 25 mai 2009

http://nadorculture.unblog.fr/

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