A l'indépendant

Une révolution est d'abord, pour une société, ce qu'une conversion est pour l'individu: changer le but et le sens de la vie (Roger Garaudy)

lundi 7 décembre 2009

Pour une voie Louis-Aragon à Paris, par François Eychart

Depuis des années, la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet réclame que le nom d’Aragon soit donné à une voie de Paris. Il est évident qu’Aragon fait partie des poètes du XXe siècle qui ont le mieux chanté Paris. Du début jusqu’à la fin de sa vie, du Paysan de Paris à Il ne m’est Paris que d’Elsa, Paris tient une place essentielle dans son oeuvre. Il est donc juste qu’une voie porte son nom. Tout comme il est juste que les noms de François Mauriac, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Paul Claudel ou d’autres grands écrivains du XXe siècle aient été donnés à des rues, des quais ou des édifices et qu’ainsi ils prennent tous les jours un peu plus leur place dans le panorama mental parisien. Cela nous paraît non seulement juste mais nécessaire. Et nous ne saurions considérer que cette question a été bien réglée pour Paul Éluard ou André Breton en baptisant de leurs noms une simple allée derrière les Halles.

Un voeu a été récemment voté par le Conseil de Paris. Il doit permettre de donner enfin le nom d’Aragon à une voie de Paris. Comme l’indique la lettre que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a fait parvenir à Jean Ristat à la suite de ce voeu, l’ambition est d’honorer Aragon et de donner son nom à une voie qui corresponde à son importance. Cela est juste et doit être réalisé sans plus tarder.

À l’appel de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, un comité s’est constitué il y a quelques mois pour poser le problème de l’absence d’une voie Aragon à Paris, vingt-cinq ans après sa disparition. De nombreuses personnalités soutiennent déjà cette initiative. Qu’elles en soient ici remerciées. Mais nous pensons qu’il ne serait pas juste de réserver aux seuls écrivains, artistes ou intellectuels parisiens la possibilité d’intervenir sur cette question. Quoique parisien, Aragon appartient à la nation française, dans sa grande et riche diversité. En tant qu’écrivain, il l’exprime au plus haut degré. Que toutes celles et tous ceux qui pensent que donner son nom à une voie importante de Paris est d’une grande signification culturelle appuient notre initiative en s’y associant.

Cela ne pourra que hâter l’arrivée d’une heureuse solution à ce problème.

François Eychart
Les Lettres françaises


   

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mardi 20 octobre 2009

Dictionnaire Teilhard

dico___tdc

Vient de paraître chez Aubin éditeur

Pour le commander sur internet: http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/baudry-gerard-henry/dictionnaire-teilhard-de-chardin,25505989.aspx

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samedi 3 octobre 2009

Libres et heureux

Nous étions faits pour être libres
Nous étions faits pour être heureux
Le monde l'est lui pour y vivre
Et tout le reste est de l'hébreu
Vos lois vos règles et vos bibles
Et la charrue avant les boeufs
Nous étions faits pour être libres
Nous étions faits pour être heureux

...

Nous sommes faits pour être libres
Nous sommes faits nous sommes faits
Nous sommes faits pour être heureux

Aragon, Elsa, Poésie-Gallimard, p 33

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mercredi 30 septembre 2009

Florilège de paroles en liberté

 

Il y a des gens qui n'embrassent que des ombres;

ceux-là ne possèdent que l'ombre du bonheur.

W. Shakespeare

ShakespeareTimes
http://shakespearesstratford.ning.com/


 

Créer, non posséder; oeuvrer, non retenir;

faire grandir, non dominer.

(Lao-Tseu)


 

Celui qui est dur pour lui-même

pour qui sera-t-il bon?

(Ben Sira)

ben_sira



 

Voyez les bateaux : si grands soient-ils,

on les mène avec un tout petit gouvernail.

De même aussi la langue:

un petit organe, et de grands effets!

(Epitre de Jacques)



 

Lorsque tu ornes l'église,

n'oublie pas ton frère en détresse,

car ce temple-là a plus de valeur que l'autre.

(Saint Jean Chrysostome)

jean_chrisostome

http://www.laprocure.com/livres/rudolf-brandle/jean-chrysostome-saint-jean-bouche-or-349-407-christianisme-politique-ive-siecle_9782204070232.html


 

Les seules traces à voir et à toucher

qui attestent la réalité de la présence du Christ

sont les vivants de chaque temps qui suscitent une terre

où les lépreux et les exclus ont leur place,

où la haine ne régit pas les relations,

où la bienveillance l'emporte sur le mépris,

où le respect empêche la violence capable des pires instincts, où l'accueil écarte le repli sur soi!

(Charles Singer)


 

Citations sélectionnées par Luc Collès

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mardi 15 septembre 2009

La marginalité dans une œuvre littéraire: "Nuit d'Encre pour Farah" de Malika Madi , par Luc Collès

 

 

La marginalité dans une œuvre littéraire : Nuit d'Encre pour Farah de Malika Madi 

La marginalité peut se concevoir de multiples façons dans une oeuvre littéraire. Nous allons le montrer par le biais de l'analyse du roman Nuit d'Encre pour Farah, écrit par Malika Madi, femme d'origine algérienne vivant en Belgique.

Farah, étudiante en dernière année de secondaire, vit en Belgique avec sa famille d'origine algérienne.  Alors que ses deux grandes soeurs, Latifa et Lila, sont éduquées par leur mère afin de devenir de bonnes épouses pour un mari algérien, Farah peut à loisir se livrer à sa passion dévorante: la lecture des grands auteurs. Son plus grand rêve est d'aller à l'université pour y étudier la littérature.  Mais tout bascule quand ses deux soeurs décident de fuguer et s'évanouissent dans la nature.  Farah est alors mariée de force à l'homme que Latifa devait épouser, et part vivre en Algérie en abandonnant contre son gré ses projets d'étude.  Après sept années passées en Algérie, elle finit par quelque peu s'habituer à son rôle d'épouse, même si elle ne peut avoir d'enfant et que l'ombre de la trahison de ses soeurs ne la quitte jamais. Elle découvre alors que celles-ci ont repris contact avec sa mère, qui les avait pourtant répudiées, qu'elles vivent au Québec et que Lila a eu une fille. Cette trahison est celle de trop pour Farah, qui finit par sombrer dans la folie.

Une littérature culturellement marginale

Malika Madi, d'origine algérienne, fait partie de la deuxième génération issue de l'immigration maghrébine et arrivée en France et en Belgique. Les écrivains qui en sont issus ont été regroupés au sein d'une littérature franco-maghrébine appelée communément « beur ». Un regroupement effectué à cause des thèmes qui sont évoqués, lesquels sont souvent les mêmes. Ainsi, « (...) la littérature beur se déroule selon deux grands axes thématiques:

  • La vie en banlieue au quotidien (...).
  • Les problèmes d'identité double ou déchirée, sujet qui inclut souvent des problèmes de communication avec le père, de qui on n'a qu'une image complètement déstructurée   et, parallèlement, une mémoire tronquée et brisée (...). » (Lebrun   & Collès 2007 : 68)

Nous retrouvons ces thématiques dans le roman de Malika Madi, comme nous le verrons plus loin.  Mais ces ouvrages se regroupent aussi autour de caractéristiques esthétiques, comme leur liberté de formulation et de syntaxe, mais aussi le recours à l'humour et à l'ironie:  « La littérature beur, parole du malaise, de l'écartèlement et de la différence porte, dans son humour même, la colère, la rupture. » (Lebrun & Collès : 71)

(...) Ici, nos garçons ne veulent plus se marier avec des Algériennes. Regarde mes fils, sur les sept, je n'ai pu en convaincre que deux d'épouser des filles de chez nous.  Les autres: deux Belges, une Italienne, une Polonaise et une Flamande.  Tu te rends compte?

  Ma mère, perplexe, tenta une question:

  • Les Flamands, c'est pas des Belges?
  • Si, mais ce n'est pas vraiment une Flamande... Elle parle comme eux quand elle téléphone   à sa mère, mais je sais plus c'est quel pays... (p.70)

Derrière la touche ironique sur le manque de connaissances géographiques d'Ourdia, l'amie de la mère de Farah, se trouvent des accusations plus profondes sur la réalité algérienne: la différence de traitement entre un fils et une fille, le désintérêt des mères pour les beaux-enfants qui ne sont pas du pays, etc.

Nuit d'encre pour Farah contient donc toutes les caractéristiques qui en font une oeuvre de la littérature beur à part entière.  Celle-ci tend peu à peu à se faire connaître tout en développant sa propre vision de l'écriture et de la société.

Quête d'identité

Les problèmes liés à l'identité sont l'un des principaux axes thématiques de la littérature beur.    Coincés entre deux cultures, les immigrés sont obligés de s'adapter à une  nouvelle société, non sans heurts: « Exilé dans un pays étranger, l'immigré se trouve confronté à un nouveau système de valeurs, dont il subit peu à peu l'influence, même si c'est de façon inconsciente.  Cette oscillation entre deux cultures, celle de son pays d'origine et celle de son pays d'accueil, lui fait perdre ses points de repère, le perturbe et le déstabilise dans sa vision du monde; son identité devient de plus en plus nébuleuse 1» (L & C : 104) . Cette situation est vécue différemment par les parents et par leurs enfants, qui vivent une réalité différente. Ainsi, dans le roman de Malika Madi, les deux grandes soeurs de Farah vivent  une relation conflictuelle avec leur mère qui veut les obliger à vivre selon les traditions de son pays origine.  Mais la société occidentale dont elles sont davantage imprégnées les oblige à penser différemment:

J'eu alors l'idée de descendre à la cuisine, où ma mère, attablée, buvait un verre de thé.  Elle aussi avait pleuré, elle aussi était à bout, à bout de Lila et de cette société où tout est mis en oeuvre pour vous déstabiliser, pour anéantir des siècles de traditions, d'us et de coutumes qui se confondent parfois, mais pas toujours, avec certains principes de l'islam.  Cette société déterminée à détruire les fondements et les principes de la famille dans ce qu'elle a de plus noble et de plus ancestral. (pp.39-40)

Lila et Latifa n'ont d'autre solution que de fuguer pour échapper à l'avenir auquel les destine leur mère.  Ce n'est que plusieurs années après que leur mère leur pardonnera, prise de remords  mais aussi sans doute davantage imprégnée durant ce laps de temps par la société occidentale et ses coutumes.

Cette recherche d'identité s’affiche, dans la littérature beur, de différentes manières:

  • sur le plan linguistique: il n'y a pas de véritable investissement de la langue française, chez   les femmes encore moins que chez les hommes.  Ceux-ci n'acquièrent   que le strict minimum pour communiquer sans trop de malentendus;
  • sur la façon de vivre l'espace: un espace intime tente de reproduire la manière de vivre originelle, chez soi ou dans certains quartiers.  » (L & C :   36)

Ainsi la narratrice de Nuit d'encre pour Farah se moque de la manière de parler de sa mère:

  • Tu n'auras qu'à   faire un certificat médical, dit-elle avec un accent pitoyable.   (p.52)

Ce roman traduit un malaise qui est bien palpable entre les enfants et leurs parents. Car si ceux-ci ne sentent pas obligés de s'intégrer à cette nouvelle société, leurs enfants, qui sont moins imprégnés par la culture de leur pays d'origine, se trouvent pris entre deux feux: l'éducation volontairement traditionnelle que tentent de leur inculquer leurs parents et la pression imposée par la société occidentale: « Le véritable noyau qui va forger le style identitaire des enfants est celui d'une société d'adoption, mais non plus d'une façon simple ni harmonieuse. En effet, le message que cette société leur adresse est souvent paradoxal: attraction et relégation dans les périphéries (...).  C'est de cette manière – et de façon quasi institutionnelle - que l'on forme des identités marginales » (L & C : 37)

Etre une femme de Lettres

Les femmes écrivains de la péninsule arabe critiquent vivement la société qui les marginalise en tant que femmes, mais aussi en tant qu'artistes. Les auteurs issus de l'immigration, et notamment Malika Madi, connaissent également le besoin de s'exprimer sur ce sujet, à la différence près qu'elle ne peuvent le faire sous leur véritable identité.  Ce n'est pas la société qui est mise en cause, mais plutôt l'impossible liaison entre deux cultures qui les oblige à rester marginalisées durant toute leur vie: 

Exiger la virginité jusqu'au mariage, la pudeur du corps et de l'esprit, puis envoyer ses filles à l'école où la mixité n'est non seulement plus un tabou depuis trente ans, mais même plus un sujet de discussion, c'est conciliable? (...) Et nous, les filles, payons notre passivité par l'indifférence générale.  (p.75)

Latifa exprime dans cet extrait tout le désarroi des femmes immigrées. Pour l'auteur, il n'y a qu'une solution: fuir sa famille et reconstruire sa vie au loin, pour ne pas avoir à subir la pression constante des deux cultures. Le bonheur de Latifa et de Lila est à ce prix, mais elles finissent malgré tout par s'y résoudre.

Il est également difficile de ne pas reconnaître dans le personnage de Farah les problèmes rencontrés par les femmes arabes qui désirent exprimer leur passion ou leur art en toute liberté. Leurs rêves leur permettent d'échapper temporairement à leur environnement familial:

J'étais libre, je travaillais bien et j'étais la meilleure élève du cours de français.  Les angoisses, les peurs, les doutes de mes soeurs m'étaient un monde étranger. (p.17)

Mais elles sont pourtant bien vite ramenées à la dure réalité.  L'héroïne du roman se voit obligée de mettre fin à ses ambitions personnelles, elle n'échappe pas à la pression sociale.

Conclusion

La thématique de la marginalité est bien présente à différents niveaux dans le roman de Malika Madi: dans le style utilisé (recours à l'humour, formulation assez libre), dans le choix des thèmes évoqués (les problèmes d'identité de la population immigrée) ou encore dans les conditions même de production de ce roman (écrit par une femme arabe). Cette analyse montre donc que la littérature beur peut en certains points être comparée à la littérature arabe contemporaine, mais qu'elle s'en démarque également (il en va de même avec le reste de la production littéraire francophone) pour créer progressivement son propre style et développer des sujets qui lui sont chers (notamment la situation dans les banlieues et la difficile quête d'une identité propre).  La marginalité est notamment évoquée dans cette littérature pour démontrer tous les progrès qu'il reste à effectuer pour que cette population immigrée soit définitivement intégrée dans une société qui ne lui a pas tendu spontanément les bras.

Luc Collès


 

Bibliographie

  • LEBRUN Monique et COLLES Luc, La littérature migrante dans l'espace francophone: Belgique-France - Québec-Suisse, Cortil-Wodon, EME, 2007.

  • MADI Malika,   Nuit d'Encre pour Farah, Editions du Cerisier, 2005.

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vendredi 4 septembre 2009

A Bruxelles, un spectacle à hauteur d'homme

 

 

La solitude d’un acteur de peep show avant son entrée en scène (de et par Paul Van Mulder)

Ce spectacle sera donné à Bruxelles du 22/09 au 31/10/2009 au Théâtre de la place des Martyrs.  

Réflexion sur la société contemporaine.

Il est toujours difficile de prendre la parole, surtout quand on ne vous l’a jamais donnée…c’est pourtant ce qu’il veut faire…cet acteur de peep-show…ce soir…malgré tout…parler, raconter, il y va de sa survie, de sa dignité…Alors, avec toute la violence de son désespoir, il se confie sans complaisance…avec une franchise déconcertante…et petit à petit, bien malgré lui…il témoigne ; que tous les êtres, même les plus insignifiants, les exclus, les laissés pour compte…renferment une humanité où chacun peut se retrouver…Sa solitude devient celle de tous les écorchés de notre société.

Ce texte est dans l’actualité et le sera de plus en plus dans cette période de récession qui nous est annoncée…Tout le monde se sent concerné par la précarité et la plus grande partie d’entre nous a fait une croix sur un travail épanouissant, valorisant…On a bien compris que le simple travail ne peut plus donner de perspective de vie meilleure, les ascenseurs sociaux ne fonctionnent plus, la spéculation et le travail virtuel sont sources d’enrichissements…

Ce texte parle de cette nouvelle classe sociale que sont « les travailleurs pauvres ». Ils ont un boulot, mais ils ne peuvent pas se loger, payer leurs factures, se nourrir correctement, avoir des loisirs et pourtant ils s’accrochent à ce boulot qui ne permet pas de vivre, mais de survivre et d’échapper à la rue. Car tout est déréglé… et nous l’entendons chaque jour à la radio et nous le voyons bien autour de nous, cette société rend les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, de plus en plus exclus. Nous sommes quand même les premiers enfants qui savons que notre vie sera plus difficile, plus précaire que celle qu’ont connue nos parents.

Ce texte parle d’un travailleur précaire qui incarne n’importe quel autre travailleur précaire. Il parle aussi de l’angoisse de perdre son boulot, du petit chef qui est toujours là pour humilier, pour exiger plus…car ce qu’on attend de lui, c’est d’être obéissant et efficace, et peu importe s’il y trouve son compte. Il est le miroir de nos peurs intérieures, de notre désarroi devant les perspectives sociales qu’offre notre société.

Ce texte parle de la solitude, de l’isolement. Car comment aller vers l’autre quand on vit dans la peur de ne pas joindre les deux bouts, quand il faut parfois prendre deux boulots pour y arriver. On se cache, le tissu social ne fonctionne plus et précarise encore davantage les plus fragiles d’entre nous.

On parle tous de respect : tous les jeunes n’ont plus que ces mots à la bouche : « respecte-moi ! », « tu me manques de respect ! » Car ils ne trouvent pas leur place dans cette société de plus en plus fermée, de moins en moins généreuse, et cela engendre tant de frustrations, tant de haines qu’il n’y a que la violence qui peut faire taire tout ce manque de bonheur, ces rêves qui jamais ne seront réalisés. Notre société fabrique des bombes vivantes qui exploseront pour une simple phrase, pour un regard mal interprété.

Il faut aujourd’hui, plus que jamais, se battre pour que chacun puisse se bâtir un avenir, une espérance. C’est la garantie absolue pour construire un monde meilleur, une société plus juste.


Posté par Luc Collès


 

 

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dimanche 23 août 2009

Mohammed Dib, un écrivain universel


par Mohamed Ghriss

Né le 21 juillet 1920 à Tlemcen, Mohammed Dib a effectué ses études primaires et secondaires à Tlemcen, et un passage à l'Ecole normale supérieure d'Oran avant de devenir instituteur à Zoudj Beghal en 1939 et, entre autres, interprète anglais-français auprès des bureaux des armées alliées à Alger durant 1943-44.

Recruté par Alger Républicain en 1950, il se distingue par ses reportages sociaux et publication de textes poétiques et chroniques littéraires et artistiques. Publie son premier roman La grande maison aux éditions du Seuil en 1952, juste une année après son mariage avec Colette Bellissant. Les allusions qu'il suscite dans ses écrits à propos de la question nationale, surtout après la publication du roman L'incendie, en 1954, coïncidant avec l'année du déclenchement de la Révolution algérienne, sont sous l'œil des services des autorités coloniales. Et aux lendemains de la publication de Un été africain, en 1959, au paroxysme de la guerre de libération nationale, Mohammed Dib est expulsé d'Algérie et se voit contraint de se réfugier chez ses beaux-parents, dans les Alpes Maritimes, en France. Il entreprend par la suite plusieurs voyages, notamment dans les pays de l'Est, sensible à un certain idéal social et anti- impérialiste, prôné par l'internationalisme prolétarien en cette époque particulière des empires coloniaux. Dans Qui se souvient de la mer, roman publié en 1962, Dib dresse un sombre tableau de la nuit coloniale.

Après l'indépendance, et avec Cours sur la rive sauvage (1964), l'écrivain amorce une autre étape littéraire, empreinte d'une nouvelle esthétique qui rompt avec le style descriptif - narrataire classique , se confirmant , après son installation dans la région parisienne, avec La danse du roi, paru en 1968, suivi de Dieu en Barbarie (1970), Le maître de chasse (1973), et des recueils de poèmes Formulaires (1970); Omnéros (1975), qui lui valent d'accéder nettement à la dimension universelle : l'Algérie n'est plus le pôle d'intérêt privilégié de l'auteur qui déterritorialise sa thématique vers d'autres espaces de l'humaine condition, que ce soit en France, en Finlande, ou ailleurs, sans pour autant exclure le regard indispensable sur le rétroviseur de la mémoire., les recoupements des croisements Orient -Occident, etc. Ainsi Sa trilogie nordique, dans les années quatre-vingt, composée de : Les terrasses d'Orsol, Le sommeil d'Eve et Neiges de marbre, ou des procédés stylistiques puisant dans le patrimoine ésotérique Soufi insufflant à l'œuvre une dimension ontologique, selon le critique Bachir Adjil, (Espace et écriture chez Mohammed Dib, L'Harmattan, Paris 1995), participent de l'affirmation d'une originalité typiquement Dibienne. Particularité faisant cas, convient-il de préciser, de l'errance identitaire, qui s'accentuera avec L'Infante maure (1994), notamment, à travers les chemins de l'exil et de l'éloignement mais aussi des heureux croisements, à l'image de la petite fille Lily Belle issue d'un couple mixte franco-mauritanienne, ou encore la jonction métaphorique des espaces sable-neige, symbolisant, en quelque sorte , une reconstruction identitaire qui transite du clos autocentré à l'ouvert de la modernité universelle charriante de toutes odeurs et couleurs des particularités locales raccordées au grandiose tout humanitaire mosaical.

Recevant en 1994 le grand prix de la Francophonie, haute distinction de l'Académie française, Mohammed Dib avait tenu à préciser qu'il a été distingué en tant qu'auteur étranger écrivant en français, demeurant toujours Algérien, n'ayant pas pris la nationalité française. En 1995, alors que l'Algérie est plongée dans une sanglante tragédie, Mohammed Dib fort préoccupé par ce qui déchire son pays natal, l'Algérie toujours au coeur, publie La nuit sauvage, ou il témoigne, à un autre niveau de l'évolution de l'histoire, de ce qui l'a caractérisé lors de ces premiers pas de romancier : un certain engagement, consistant à ne pas disjoindre «écriture et responsabilité», comme il l'écrit en post-face de son ouvrage. Ce dernier sera suivi par d'autres ouvrages ,entre autres les romans Si diable veut (1998); Comme le bourdonnement d'une abeille (2001), qui reprennent la thématique humaniste d'ordre général, alors que l'auteur se distingue également par une production prolifique de nouvelles, poésies, contes et notamment d'œuvres théâtrales (Les fiancées du printemps, 1963; Mille hourras pour une gueuse, 1979…) et autres écrits monographiques sur la ville de Tlemcen, articles de presse, etc., autant de textures variées qui font que Mohamed Dib a été un véritable miroir - témoin de la succession et entrecroisement de plusieurs générations, des deux cotés des rives de la Méditerranée. Le 2 mai 2003, l'écrivain tire sa révérence mais l'abondance de ses écrits épars, a surpris agréablement son vaste lectorat cosmopolite par une œuvre posthume : Laezza, sa dernière création publiée aux éditions Albin Michel, Paris mars 2006, comprenant les parties Laezza; El Condor pasa; Autoportrait; Rencontres : termes en exergue profondément significatifs de par leur référence aux connotations allusives subrepticement aux curieux rapports entre cultures et civilisations du monde, en général, les mots Laezza et El Condor, par exemple, n'ayant rien à voir avec le latin, le français ou l'arabe, de l'avis clarificateur de l'écrivain lui-même, répercuté par les échos de presse, mais qui dérivent tout simplement du parler finnois, de l'espagnol, etc., et se rapportant à des significations contextuelles. Et c'est à juste titre qu'on a pu dire que Laezza est le texte des proximités de Mohammed Dib (dixit l'écrivain -critique Wacinny Laaredj). Et beaucoup plus que cela, la texture Dibienne approfondissant l'option stylistique amorcée auparavant d'un renouvellement net puisant dans le ressourcement et l'altérité, semble avoir opéré, cette fois, un bond qualitatif de l'écrivain aspirant de son vivant, vraisemblablement, à un au-delà d'une rare esthétique transnationale- universaliste, typique, tendant à transcender la dimension contraignante de la dualité binaire limitative : «latinité moderniste occidentale / cyrillité - traditionaliste - orientale». Cette dernière rendant compte mal de la pensée fluide et complexe de l'écrivain, véritablement internationaliste, et qui en est arrivé ,après un long et riche parcours d'intellectuel constamment à l'écoute des métamorphoses de l'Histoire et péripéties des êtres, proches et lointains, à appréhender le monde sous des yeux neufs : l'esprit de son écriture cosmopolite, concourant, in fine, à restituer lucidement le fin fond de l'unité et multiplicité de l'orange bleue terrestre et ses morceaux épars constitutifs, ou parties prenantes indissociables d'une même et indivisible espèce Humaine.

Mais n'est-ce pas là l'expression naturelle inhérente à la nature spécifique du discours esthético - artistique -émotionnel relevant de la quintessence humaniste et spirituelle de la littérature proprement dite ?

L'œuvre impressionnante du grand maître Mohammed Dib est aujourd'hui enseignée dans les plus grandes universités du monde, et de l'avis d'observateurs aguerris qui connaissent le parcours littéraire prodigieux de Mohammed Dib couvrant toute une vie de résistance-combat, allant de l'exaltation d'un idéal patriotique anticolonial, à celui de l'insertion dans une dimension humaniste mondialiste, en passant par ces écrits provençaux, dirait-on, du droit de cité des cultures négligées des autres, allant jusqu'à déterrer ce qui relève de l'Abrahamisme des trois religions universelles et les tréfonds,entre autres ,de la méditérranéité et une certaine africanité ancestrale. Autant de carrefours de richesses plongeant le lecteur dans le labyrinthe d'une authentique culture universaliste, avec ces marques de repères et signes particuliers d'un écrivain complet, assurément, et qui, n'était ce certaines considérations extralittéraires de surcroît, aurait amplement mérité le Nobel couronnant une carrière époustouflante rarement égalée. C'est l'ex ministre Algérien de la culture, M. Rahabi, qui lui a rendu un des plus grands hommages qu'on puisse faire à un écrivain, en déclarant notamment, à l'annonce de sa disparition, que Mohammed Dib resterait toujours vivant dans la mémoire des Algériens Libres : «Il a initié, par ses écrits, les hommes de son temps à l'idéal patriotique de liberté».

Flash-back, on est en 1952, Mohammed Dib publie La grande maison, quelque part, en parcourant l'ouvrage, on peut lire, entre autres, ce passage :

«(…) Omar pensait au goût du pain dans sa bouche : le maître, près de lui, réimposait l'ordre. Une perpétuelle lutte soulevait la force animée et liquide de l'enfance contre la force statique et rectiligne de la discipline. M. Hassan ouvrit la leçon.

- La patrie est la terre des pères. Le pays où l'on est fixé depuis plusieurs générations.

Il s'étendit là-dessus, développa, expliqua. Les enfants, dont les velléités d'agitation avaient été fortement endiguées, enregistraient.

- La patrie n'est pas seulement le sol sur lequel on vit mais aussi l'ensemble de ses habitants et tout ce qui s'y trouve.

Impossible de penser tout le temps au pain. Omar laisserait sa part de demain à Veste- de- kaki. Veste - de- kaki était il compris dans la patrie? Puisque le maître disait…

Ce serait quand même drôle que Veste - de - kaki… Et sa mère, et Aouicha, et Mériem, et les habitants de Dar-Sbitar? Comptaient- ils tous dans la patrie? Hamid saraj aussi?

- Quand de l'extérieur viennent des étrangers qui prétendent être les maîtres, la patrie est en danger. Ces étrangers sont des ennemis contre lesquels toute la population doit défendre la patrie menacée. Il est alors question de guerre. Les habitants doivent défendre la patrie au prix de leur existence.

Que était son pays? Omar eut aimé que le maître le dit, pour savoir. Ou étaient ces méchants qui si déclaraient les maîtres? Quels étaient les ennemis de son pays, de sa patrie ? Omar n'osait pas ouvrir la bouche pour poser ces questions à cause du goût du pain.

- Ceux qui aiment particulièrement leur patrie et agissent pour son bien, dans on intérêt s'appellent des patriotes.

La voix du maître prenait des accents solennels qui faisaient résonner la salle.

Il allait et venait.

M. Hassan était il patriote? Hamid Saraj était- il patriote aussi? Comment se pouvait- il qu'ils le fussent tous les deux? Le maître était pour ainsi dire un notable; hamid saraj, un homme que la police recherchait souvent. Des deux, qui le patriote alors ? La question restait en suspens. (…)» (Mohammed Dib, La grande maison, Paris, Le Seuil, 1952 p 19-23).

Ainsi Mohammed Dib, combattait l'oppression coloniale bien avant la révolution de 1954, et une fois l'indépendance acquise, ne s'était point tu face à la bêtise humaine, ni qu'il a abdiqué, une fois installé ailleurs en exil : ses écrits ont simplement accédé à d'autres formes esthétiques de combat pour la dignité et liberté humaines , incluant une dimension universelle, comme indiqué ci-dessus., et aux dernières nouvelles, ce sont les départements littératures des universités américaines qui le redécouvrent avec émotion, non sans rappeler, à certains égards, à bien des esprits l'écrivain John Steinbeck des jours fastes, répercutant aux lointains la parole des humbles. Ceux -là mêmes qui, disséminés partout à travers le globe, se reconnaissent dans les jets de ces plumes si familières. Quoique trempées dans des encriers des quatre coins du monde. Mais désormais grand village, en fait, avec lequel Mohammed Dib avait été parmi les premiers à s'y accoutumer avec ses diversités. La preuve : il est lu aujourd'hui en plusieurs langues, et apprécié autant par les jeunes que les adultes de toutes contrées, figurant même dans plusieurs programmes d'enseignements. L'ex ministre Algérien de la culture avait raison : Mohammed Dib fait retentir le nom de l'Algérie mieux qu'un homme politique aguerri , et mieux encore, il a contribué à jeter tôt ces passerelles entre l'Orient et l'Occident, ou ce qu'on appelle aujourd'hui le dialogue des cultures et civilisations. Et c'est ça son Nobel, à lui, l'Algérien Mohammed Dib, dont rares peuvent se targuer de toucher le coeur des humains des diverses provinces du monde comme il le fait lui. Avec ses touches particulières et cette intensité saisissante que traduisent les mots innocents du petit Omar qui, depuis son berceau de Tlemcen aux tréteaux jouxtant la place publique de l'Unesco, est devenu bien grand, très grand même au point d'être considéré aujourd'hui, à juste titre comme un géant immortel de la littérature mondiale.

Le quotidien d'Oran du 25 mai 2009

http://nadorculture.unblog.fr/

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vendredi 21 août 2009

François d'Assise

 

En cette année du 8e centenaire de la fondation de l’ordre franciscain, une remarquable biographie historique du Pauvre d’Assise, nourrie des dernières recherches, renouvelle en profondeur la compréhension d’un saint universellement reconnu.

 

 

 

Jamais saint n’a été aussi populaire à travers le monde que saint François d’Assise (1182-1226), n’a eu un tel impact sur la chrétienté, n’a donné lieu, depuis le Moyen Âge, à autant de biographies et d’ouvrages. Et partant, à autant d’interprétations ! Figure de proue du catholicisme social (Ozanam) ? Maître de liberté, de fraternité et d’égalité ? Défenseur des opprimés, fondateur d’une « Église des pauvres » (théologie de la libération) ? Personnage phare de l’écologie ? Figure emblématique de l’harmonie qui devrait régner entre les hommes et les religions (« L’esprit d’Assise » de Jean-Paul II) ? Protagoniste du dialogue entre chrétiens et musulmans ?

Le Pauvre d’Assise dégagé des légendes noires ou dorées

Comment faire la part des choses ? En cette année de célébration du 8e centenaire de l’ordre franciscain, parmi les abondantes parutions, se détache la remarquable biographie d’André Vauchez : François d’Assise. Pour ce spécialiste d’Histoire du Moyen Âge, et d’Histoire de la spiritualité, il n’était que temps de proposer au grand public cultivé une biographie du saint renouvelée en profondeur par les plus récents acquis des recherches franciscaines.

C’est une biographie historique, et donc critique, qui ne cèle pas les hésitations de son héros, mais nuancée, fouillée, et néanmoins accessible. Qui, outre la vie du Poverello, fait une large place à sa destinée posthume (des interprétations médiévales à nos jours, en passant par celles de Luther, Voltaire, Renan ou Sabatier) et à l’influence de son message dans la suite des siècles.

Vauchez s’efforce de dégager le Pauvre d’Assise d’une gangue d’a priori, visions réductrices, légendes noires ou dorées, anachronismes ou récupérations idéologiques. En poursuivant un double but : cerner au plus près, malgré les « trous » de la documentation, le visage de l’authentique François d’Assise et montrer la radicale nouveauté de son appel.

Pour ce faire, Vauchez utilise tous les textes à sa disposition (hagiographies, chroniques, témoignages, souvenirs, fioretti) mais les hiérarchise, les compare, les recoupe, les croise pour ne retenir que le certain ou le vraisemblable.

D’abord, il esquisse la biographie : celle d’un homme, François, lié comme jamais à sa ville, Assise. Un fils de marchand, peu cultivé, mais rêvant de chevalerie, riche et fêtard, mais généreux. Qui opéra probablement, non pas une conversion brutale, mais un « retournement » progressif (1205-1208), qui aboutit à sa complète transformation, à partir d’une rencontre avec des lépreux jusqu’à la révélation du genre de vie qui serait le sien et celui de ses premiers compagnons : une fraternité, entre érémitisme et itinérance religieuse, qui épouse Dame Pauvreté et annonce l’évangile et la paix à tous, même aux infidèles, vivant de travail manuel ou de mendicité en cas de nécessité.

Dans l’Italie déchirée du XIIIe siècle, le succès est immédiat, la croissance très rapide. Au départ, ce n’est qu’un mouvement laïc, où se retrouvent tous les états de vie. Auquel le pape Innocent III ne donnera, en 1209, avec prudence, qu’une approbation orale, attendant de voir son évolution. C’est à son successeur, Grégoire IX, qu’il reviendra d’organiser le mouvement, déjà très important, pour le sauver de l’anarchie, en le transformant en ordre religieux. Une « normalisation » très douloureuse et semée de crises qui, sans nullement détruire le dynamisme franciscain, évacuera en partie les aspects les plus originaux du message du Pauvre d’Assise.

Finalement, c’est à travers les écrits du Poverello lui-même, peu étudiés (sauf le Cantique de Frère Soleil et son Testament) car disparates, mais très importants, que se manifeste la figure la plus vraie du fondateur des Frères Mineurs, ainsi que la radicalité et la nouveauté de l’expérience franciscaine. François s’efforcera, sans jamais s’opposer à l’Église, de garantir son charisme au sein de l’ordre, c’est-à-dire son idéal de « minorité » : une expérience très charnelle de Dieu, placée sous le signe d’une pauvreté et d’une humilité dynamiques qui conduisent à la Joie parfaite ; qui passe aussi par l’émerveillement devant la nature, qui le porte à la louange et l’adoration du Créateur ; et la recherche d’une identification toujours plus poussée au Christ des Évangiles, le Crucifié (il sera stigmatisé). Ainsi, François a profondément renouvelé, et pour longtemps, le visage de la chrétienté.

Marie-Catherine d'Hausen

"François d'Assise", de André Vauchez, Fayard éditeur, 28 euros

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jeudi 30 juillet 2009

Quand la France refuse des visas aux artistes et écrivains africains

Voici, reporté ici, le texte publié dans le quotidien “Libération”, édition du 29 juillet 2009  (rubrique “rebonds"), texte que nous avons rédigé depuis le salon du livre de Cajarc avec Christian Eboulé pour nous insurger contre certaines injustices des ambassades africaines à l’égard des artistes africains francophones. Les douleurs sourdes, lancinantes, et leur corollaire, la colère, sont souvent les plus violentes, voire les plus meurtrières. Ainsi en est-il de celles qu’éprouvent actuellement bon nombre de citoyens africains au Sud du Sahara, face au sort qui leur est réservé dans la plupart des consulats français du continent.

Obtenir un visa pour venir en France n’était déjà pas une sinécure, c’est de plus en plus mission impossible; et aucune catégorie de population n’est épargnée. Si l’on peut comprendre les nécessités d’une gestion rationnelle des flux migratoires, dans un environnement marqué par de multiples crises, l’on peut néanmoins s’interroger sur la mise en œuvre et les conditions d’application de la politique française d’immigration.

Alors que traditionnellement, artistes et intellectuels d’Afrique noire bénéficiaient d’une certaine bienveillance dans l’octroi des visas, la donne semble avoir complètement changé. Chaque jour, les refus de visas se multiplient, notamment en période estivale, où les invitations à participer à des festivals et autres manifestations culturelles sont nombreuses. Pis, les procédés employés pour signifier ces refus sont de plus en plus pernicieux; les rendez-vous proposés unilatéralement par les consulats, sont fixés de telle sorte qu’il est impossible d’honorer les invitations.

Invité au festival Africajarc, qui se tenait du 23 au 26 juillet dernier à Cajarc dans le Lot, l’écrivain sénégalais Fadel Dia n’a obtenu un rendez-vous que pour le 07 septembre prochain. Les Ivoiriennes Awa et Maaté du groupe les Go de Koteba, ou encore l’écrivain mauritanien Mbareck Ould Beyrouck ont eux aussi été victimes de la même logique absurde. A la frustration de ne pouvoir voyager, s’ajoute l’humiliation. Une double peine qui dans bien des cas n’est pas que symbolique. Si les artistes et les intellectuels qui vivent en Afrique, parfois au péril de leur vie, sont réduits au silence, à cause d’une gestion aveugle de l’immigration, alors quid du dialogue des cultures et de la diversité culturelle. Si ces hommes et ces femmes, qui ont volontairement choisi de vivre dans leurs pays, ne peuvent plus circuler librement, alors c’est un peu de notre culture que nous abdiquons.

Fadel Dia, septuagénaire, est l’auteur du roman "La Raparille", paru aux Editions Présence Africaine, à Paris, une maison que fréquentaient entre autres Théodore Monod, Jean-Paul Sartre, Michel Leiris. L’ironie du sort est à son comble puisque, quelques mois avant, la directrice de Présence Africaine, Christiane Diop, avait été élevée au rang de chevalier de la Légion d’honneur par le Président de la République...


http://www.camer.be/index.php

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dimanche 26 juillet 2009

Le désordre

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir !

Léo Ferré, La mauvaise graine, Livre de poche, p 246

f_rr_les_temps

Posté par Alaindependant à 10:22 - Verbes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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