A l'indépendant

Une révolution est d'abord, pour une société, ce qu'une conversion est pour l'individu: changer le but et le sens de la vie (Roger Garaudy)

mardi 21 juillet 2009

La Gauche et l’Islam. Penser en dehors de la case laïque, par Gilad Atzmon

 
« La religion est le soupir de l’être opprimé ; c’est le cœur d’un monde dépourvu de cœur, c’est l’âme de ceux qui connaissent des conditions sans âme. C’est l’opium du peuple. »
— Karl Marx 1843

Avant de me lancer dans un exposé du traitement trompeur que les progressistes et les gens de gauche font subir aux religions, et en particulier quand ils se targuent de parler de l’Islam et de la Palestine, j’aimerais vous faire partager une très mauvaise blague raciste. Attention : vous ne serez peut-être pas enclins à partager cette petite histoire avec vos amies féministes :

Une militante américaine, qui s’était rendue en Afghanistan, à la fin des années 1990, avait été bouleversée de constater que les femmes, dans les rues de ce pays, marchaient derrière leur mari, à une distance d’environ quatre mètres. Elle ne tarda pas à apprendre, de la part de son interprète indigène, que cela était dû à certains manuels religieux qui stipulaient que telle est la manière dont on fait preuve de respect pour le « chef de famille ».

Une fois rentrée en Amérique, notre militante ulcérée lança campagne sur campagne en défense des droits des femmes afghanes. Or, il se trouve que cette même militante dévouée s’est rendue à nouveau à Kaboul, le mois passé. Cette fois-ci, elle a été stupéfaite de constater une réalité entièrement différente. De fait, les femmes déambulaient, non plus derrière leur mari, mais DEVANT, et à huit mètres de distance ! Notre activiste fit immédiatement un rapport à son QG, en Amérique : « La révolution des Femmes bat son plein, ici, en Afghanistan, accumulant victoire sur victoire ! Alors qu’auparavant, c’était les hommes qui marchaient devant, aujourd’hui, ce sont les femmes qui ouvrent la marche ! » Son interprète afghan, ayant eu vent de son rapport, s’adressa à la militante américaine en aparté, et il lui fit comprendre non sans ménagements que son interprétation était totalement erronée :

« Si ce sont les femmes qui marchent devant », lui expliqua-t-il, « c’est à cause des mines… »

Aussi tragique cela puisse paraître à certains, nous ne sommes pas aussi libres que nous pouvons le penser. Nous ne sommes pas exactement les auteurs de la plupart de nos pensées et de nos prises de conscience. Nos conditions humaines nous sont imposées ; nous sommes le produit de notre culture, de notre langue, de notre endoctrinement idéologique et, dans bien des cas, nous sommes les victimes de notre paresse intellectuelle. Comme la militante féministe américaine semi-fictionnelle évoquée plus haut, nous sommes, dans la plupart des cas, prisonniers de nos idées préconçues, et cela nous empêche de voir les choses pour ce qu’elles sont réellement. Partant, nous avons tendance à interpréter (et, dans la plupart des cas, à mésinterpréter) des cultures éloignées de la nôtre en employant notre propre système de valeurs et notre propre code éthique.

Cette tendance a de graves conséquences. Pour quelque raison, « nous » (les Occidentaux), nous avons tendance à croire que « notre » supériorité technologique, alliée à nos « Lumières » bien-aimées nous munissent d’un « système rationnel séculier anthropocentrique d’une éthique absolue », dont la position morale serait insurpassable.

La gauche progressiste

En Occident, nous pouvons détecter deux composantes idéologiques qui se font concurrence pour conquérir nos cœurs et nos esprits ; toutes deux affirment savoir ce qui est « faux » et ce qui est « vrai », ce qui est « bien » et ce qui est « mal ». Le Libéral aura tendance à insister sur le dithyrambe de la liberté individuelle et de l’égalité civique ; l’homme de gauche aura tendance, quant à lui, à être persuadé qu’il détient un outil « social scientifique » qui lui permet d’identifier qui est « progressiste » et qui est « réactionnaire ».

Les choses étant ce qu’elles sont, ce sont ces deux préceptes modernistes sécularistes qui jouent pour nous le rôle de gardiens de la vertu politico-morale occidentale. Mais en réalité, ce qu’ils ont réussi à faire, c’est exactement le contraire. Chaque idéologie, de sa manière particulière, nous a entraînés dans un état de cécité morale. Ce sont ces deux appels soi-disant « humanistes » qui, pour l’un (celui des Libéraux) a préparé consciencieusement le terrain à des guerres interventionnistes criminelles et, pour l’autre (celui de la gauche) a été incapable de s’y opposer, du fait même qu’il a eu recours à des idéologies erronées et à des arguments ineptes.

Tant les libéraux que les gens de gauche, sous leurs formes occidentales apparemment banales, suggèrent que le sécularisme est la réponse souveraine aux malheurs du monde. Sans aucun doute, le sécularisme occidental peut effectivement être un remède pour un certain malaise social occidental. Toutefois, les idéologies occidentales, libérale et de gauche, dans la plupart des cas, sont incapables de comprendre que le sécularisme est, en lui-même, un avatar naturel de la culture chrétienne, c’est-à-dire un produit direct de la tradition chrétienne, qui se caractérise par son ouverture vis-à-vis d’une existence civique indépendante. En Occident, la sphère spirituelle et la sphère sociale et civile sont très largement distinctes [1]. C’est cette division même qui a permis l’ascension du sécularisme et du discours rationnel. C’est cette distinction même qui a conduit, aussi, à la naissance d’un système de valeurs éthiques séculier, dans l’esprit des Lumières et du modernisme.

Mais c’est aussi cette séparation elle-même qui a conduit à l’apparition de certaines formes grossières de sécularisme fondamentaliste, qui ont mûri et se sont transformées en des visions du monde antireligieuses qui ont amené l’Occident à ignorer totalement un milliard d’êtres humains au simple motif qu’ils portent des foulards qui ne nous reviennent pas ou qu’ils croient en quelque chose que nous sommes incapables de saisir.

Progressiste VS Régressif-réactionnaire

à la différence du christianisme, l’Islam et le judaïsme sont des systèmes de croyance dont l’orientation est tribale. Plutôt que dans un « individualisme éclairé », c’est, de fait, dans la survie de la famille étendue que se situe l’intérêt essentiel de ces deux systèmes de croyance. Les Talibans, qui sont considérés, par la plupart des Occidentaux, comme ce qui se fait de pire en matière d’obscurantisme politique, ne sont, tout simplement, pas le moins du monde concernés par des questions ayant trait aux libertés individuelles ou aux droits de la personne. C’est la sécurité de la tribu, alliée au maintien des valeurs familiales, à la lumière du Qur’ân qui en constitue le noyau. Le judaïsme rabbinique ne diffère en rien de l’Islam, dont il partage les caractéristiques. Fondamentalement, sa mission est de protéger la tribu juive en perpétuant le judaïsme en tant que « mode de vie ».

Tant en Islam que dans le judaïsme, il n’y a pratiquement aucune séparation entre le spirituel et le civil. Les deux religions sont des systèmes qui apportent des réponses exhaustives en termes de problématiques spirituelles, civiles, culturelles et quotidiennes. Les Lumières juives (Hakalah) furent dans une grande mesure un processus d’assimilation juive au travers de la sécularisation et de l’émancipation, ainsi que de la diffusion de formes modernes très variées d’identités juives, au nombre desquelles figure le sionisme. Pourtant, les valeurs d’universalisme, propres aux Lumières, n’ont jamais été intégrées au corpus de l’orthodoxie juive. Comme dans le cas du judaïsme rabbinique, qui est totalement étranger à l’esprit des Lumières, l’Islam est très largement étranger à ces valeurs euro-centriques que sont le modernisme et la rationalité. Ne serait-ce qu’en raison de l’interprétation qu’ils font des Ecritures (l’herméneutique), tant l’Islam que le judaïsme sont, de fait, beaucoup plus proches de l’état d’esprit postmoderne [2].

Ni l’idéologie de gauche, ni le libéralisme ne pratiquent le moindre dialogue intellectuel ou politique avec ces deux religions. C’est là une réalité désastreuse, car la plus grave menace qui pèse aujourd’hui sur la paix mondiale est celle du conflit israélo-arabe, un conflit qui est en train de devenir à grande vitesse une guerre entre un Etat juif expansionniste et une résistance islamique. Néanmoins, tant l’idéologie libérale que l’idéologie de gauche sont dépourvues des moyens théoriques indispensables qui leur permettraient de comprendre les subtilités inhérentes à l’Islam et au judaïsme.

Le Libéral va vous rejeter l’Islam, le qualifiant de sinistre, en raison de son approche des droits de l’homme et des droits des femmes, en particulier. La gauche va vous tomber dans le piège consistant à dénoncer la religion, de manière générale, en condamnant sa nature intrinsèquement « réactionnaire ». Sans doute sans en avoir conscience, tant les libéraux que les gens de gauche succombent, en cela, à un argument manifestement suprématiste. L’Islam et le judaïsme étant plus que simplement deux religions, et étant donné qu’ils véhiculent un « mode de vie » et qu’ils jouent le rôle de réponse totalement exhaustive à des questions relatives à l’être-au-monde, les libéraux et la gauche occidentaux encourent le danger d’ignorer totalement un large secteur de l’humanité [3]. Récemment, j’ai été amené à accuser un homme authentiquement de gauche, qui est également un bon militant, d’islamophobie, parce qu’il avait accusé le Hamas d’être « réactionnaire ».

Ce militant, qui est manifestement un authentique sympathisant de la résistance palestinienne, se défendit prestement en affirmant que ce n’était pas seulement l’ « islamisme » qu’il n’aimait pas, mais qu’en réalité, il haïssait tout autant le christianisme et le judaïsme. Pour quelque raison, il était certain que le fait de haïr également toutes les religions était le bon moyen de remporter son certificat d’humanisme. En conséquence, le fait qu’un islamophobe soit aussi un judéophobe et un christianophobe n’est pas nécessairement une preuve d’engagement humaniste. J’ai continué à défier cet excellent homme ; il a alors argué du fait que c’était en réalité l’islamisme (comprendre : l’Islam politique) qu’il désapprouvait. Je l’ai à nouveau défié, attirant son attention sur le fait que dans l’Islam, il n’existe pas de réelle séparation entre le spirituel et le politique.

D’ailleurs, la notion d’Islam politique (islamisme) pourrait fort bien être une lecture occidentale délibérément trompeuse de l’Islam. J’ai fait observer que l’Islam politique, et même la mise en pratique, rare, du « jihâd armé », ne sont rien d’autre que l’Islam agissant. Malheureusement, ce fut, plus ou moins, ce qui mit un terme à notre discussion.

Le militant pro-palestinien a sans doute trouvé trop difficile d’admettre l’unité du corps et de l’âme, propre à l’Islam. La Gauche, de manière générale, est condamnée à échouer, en cela, tant qu’elle ne progressera pas, en écoutant, dans sa compréhension du lien organique, propre à l’Islam, entre le monde « matériel » et le soi-disant « opium du peuple ». Or, le fait de franchir ce pas représente, pour un homme de gauche, rien de moins qu’un saut intellectuel majeur. Un tel saut intellectuel a été suggéré, il y a peu, par le marxiste jordanien indépendant Hisham Bustani, lequel a déclaré :

« La gauche européenne doit procéder à une évaluation critique très sérieuse de son attitude « nous en savons plus que les autres », ainsi que de la manière dont elle a tendance à considérer idéologiquement et politiquement inférieures les forces populaires des pays du Sud ».

La Palestine

La militance en solidarité avec la Palestine est une excellente opportunité de passer en revue la gravité de la situation. L’on peut constater qu’en dépit du traitement meurtrier que les Israéliens infligent aux Palestiniens, la solidarité avec les Palestiniens n’a toujours pas acquis l’ampleur d’un mouvement de masse. Elle risque fort de ne jamais réussir à acquérir cette ampleur. Etant donné l’échec de l’Occident à soutenir les droits des opprimés, les Palestiniens semblent avoir retenu la leçon : ils ont démocratiquement élu un parti islamique qui leur avait promis de résister. De manière très significative, il y eut extrêmement peu de gens de gauche pour soutenir le peuple palestinien dans son choix démocratique.

Dans les dispositions actuelles, qui sont celles d’une solidarité politiquement conditionnée, nous sommes en train de perdre des militants à chaque tournant de cette route cahoteuse. En voici les raisons :

1) Le mouvement palestinien de libération nationale est fondamentalement un mouvement de libération nationale : cette prise de conscience nous fait perdre tous les gens de gauche tenants du cosmopolitisme, c’est-à-dire tous ceux qui rejettent le nationalisme, quel qu’il soit ;

2) En raison de l’ascension politique du Hamas, la Résistance palestinienne est désormais perçue comme une résistance islamique : là, nous perdons les laïcistes et les athées rabiques, qui vomissent la religion, ce qui les envoie valdinguer dans la catégorie des PEP (Progressistes, Excepté en ce qui concerne la Palestine) [4] ;

De fait, les PEP se subdivisent en deux sous-groupes :

Les PEP-1 : ce sont ceux qui sont contre le Hamas au motif qu’il serait « réactionnaire ». Néanmoins, ils approuvent le Hamas, en raison de ses succès opérationnels, en tant que mouvement de Résistance. Fondamentalement, ces militants attendent des Palestiniens qu’ils changent d’esprit et qu’ils deviennent les adeptes d’une société séculière. Mais ils sont prêts à soutenir les Palestiniens, à certaines conditions (les leurs), en tant que peuple opprimé ;

Les PEP-2 : ce sont ceux qui sont contre le Hamas au motif qu’il s’agirait d’un mouvement « réactionnaire », et qui, de surcroît, en rejettent jusqu’aux succès sur le terrain. Ceux-là n’attendent rien de moins que la révolution mondiale. Ils préfèrent laisser mariner les Palestiniens, pour l’instant, comme si Gaza était une villégiature en bord de mer.

Avec l’évaporation rapide de ces forces de la solidarité, nous nous retrouvons avec un mouvement de solidarité avec les Palestiniens miniature, doté d’un pouvoir intellectuel (occidental) pitoyablement limité, et encore moins capable d’une quelconque efficacité au niveau de la base. Cette situation tragique a été dénoncée, récemment, par Nadine Rosa-Rosso, une marxiste indépendante vivant à Bruxelles. Elle écrit : « L’immense majorité de la gauche, communistes compris, est d’accord pour soutenir la population de Gaza contre l’agression israélienne, mais refuse d’en soutenir les expressions politiques, notamment le Hamas, en Palestine, et le Hezbollah, au Liban. »

Cela amène Nadine Rosa-Rosso à se demander « pourquoi la gauche et l’extrême-gauche mobilisent-elles aussi peu de gens ? Et, disons-le carrément, soyons clairs : la gauche et l’extrême-gauche sont-elles encore capables de mobiliser, sur ces questions ? »

Où allons-nous, comme çà ?

« Si le soutien qu’apporte la gauche aux droits de l’homme en Palestine est conditionné et dépendant de la dénonciation, par les Palestiniens, de leur religion et de leurs croyances idéologiques, de leur héritage culturel et de leurs traditions sociales, et de l’adoption, par les mêmes Palestiniens, d’un nouveau panel de croyances, de valeurs aliènes et de comportements sociaux convenant à ce que la culture de ladite gauche considère acceptable, cela signifie que le monde est en train de dénier aux Palestiniens un des droits humains les plus fondamentaux, à savoir le droit de penser et de vivre à l’intérieur du code éthique de leur choix. » Nahida Izzat.

Le discours actuel de la solidarité de gauche avec les Palestiniens est un discours futile : il s’aliène lui-même de son sujet, il ne réalise rien du tout et il semble n’aller nulle part. Si nous voulons aider les Palestiniens, les Irakiens et les autres millions de victimes de l’impérialisme occidental, nous devons vraiment nous arrêter une seconde, prendre une profonde respiration et tout recommencer de zéro.

Nous devons apprendre à écouter : au lieu d’imposer nos convictions aux autres, nous devons apprendre à écouter ce en quoi les autres croient.

Serons-nous capables de suivre les conseils de Bustani et de Rosa-Rosso, et réviser totalement notre notion de l’Islam, de ses racines spirituelles, de sa non-séparation de la sphère civile et de la sphère spirituelle, de sa vision de lui-même en tant que « façon de vivre » ? La question de savoir si nous en sommes capables, ou non, est une très bonne question.

Une autre option consisterait à reconsidérer notre cécité et à aborder les questions humanistes sous un angle humaniste (par opposition à politique). Plutôt que nous aimer au travers de la souffrance d’autrui, ce qui est la forme ultime de l’égoïsme, nous ferions mieux, pour la première fois, de mettre en pratique la notion de réelle empathie, en nous mettant à la place de notre prochain, tout en reconnaissant que ne nous serons sans doute jamais à même de comprendre totalement ledit prochain.

Au lieu de nous aimer nous-mêmes à travers les Palestiniens, et à leurs dépens, nous devons accepter les Palestiniens pour qui ils sont, et les soutenir pour qui ils sont, sans égard pour nos propres vues des choses. C’est là la seule forme réelle de solidarité possible : elle vise à une conformité éthique, plutôt qu’idéologique. Elle place l’humanité en son centre-même. Elle réfléchit à la profonde compréhension qu’avait Marx de la religion en tant que « soupir poussé par les opprimés ». Si nous prétendons avoir de la compassion pour les gens, nous devons apprendre à les aimer pour qui ils sont, plutôt que pour ce dont nous attendons d’eux qu’ils soient.

Gilad Atzmon
Palestine Think Tank, 14 juillet 2009.

http://sergeadam.blogspot.com/

Cet article est paru aussi sur les sites de Palestine Think Tank, Sylvia Cattori et des Bassines et du Zèle.

Gilad Atzmon est un écrivain et musicien de jazz qui vit à Londres. Son dernier CD est : In Loving Memory of America.

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mardi 9 juin 2009

Lettre ouverte au PS

Chère Martine, chers camarades,    

       

 

    La défaite que vous avez subie hier à l'occasion des européennes m'attriste profondément. Passé le temps de     l'étourdissement, une nuit de réflexion et une matinée d'analyse, je me décide à vous écrire cette supplique.  

 

    Je n'ai jamais voté pour vous que par discipline républicaine, mais je l'ai toujours fait sans état d'âme et sans me poser de questions, toutefois, si cette élection avait eu lieu à deux tours, je me serais longuement interrogé avant de prendre une décision quant à l'apport de ma voix. Pourquoi ?  

 

    Voici ma réponse, et j'espère qu'elle vous aidera dans la réflexion sur votre futur.  

 

    Vos divisions internes comptent beaucoup dans le désintérêt manifesté par vos habituels soutiens, mais j'enfonce là une porte ouverte. L'analyse que je fais de ces divisions se résume à un seul mot court dans son orthographe et long dans sa signification : EGO. Votre entourage, vous peut-être également, avez un ego démesuré, si démesuré que vous vous révélez incapables de trouver un consensus politique tant pour formuler un programme national qu'un objectif européen.  

 

    A qui la faute ? Bien évidemment à l'autre.  

 

    Je sais, vous rétorquerez qu'il existe des courants dans ce parti et qu'il faut tous les ménager pour conserver l'unité. Ok, mais regardez les choses en face, les courants commencent à s'éparpiller, les uns sont carrément partis, les autres se posent des questions sur le rapprochement avec le centre.  

 

    Il vous faut définir une ligne claire, portée par des têtes nouvelles, une ligne qui tende à s'opposer à la politique néo libérale que tout le monde ne dénonce pas chez vous, ce qui sème le trouble chez les électeurs. Déjà, le partage entre le oui et le non à la constitution européenne était une marque de déstabilisation qui s'est un peu noyée dans la masse car le non qui l'a emporté était fait de voix politiques totalement discordantes allant d'une extrême à l'autre. Ce que vous auriez dû faire à ce moment là n'est pas mon propos mais il est temps que vous réagissiez aujourd'hui.  

 

    Prenez exemple sur la droite qui n'a pas hésité à se remettre en cause et à se ranger derrière un seul homme, bien que ce dernier ait apparemment fait un coup de force pour rafler la mise. Eux, la discipline républicaine, ils connaissent, aucune voix dissonante ne se fait entendre dans les moments délicats et importants. De plus, ils ont fait l'effort de balayer chez eux les anciennes équipes pour les remplacer par de nouvelles têtes. Vous n'avez pas fait cela jusqu'à présent et nous voyons et entendons des gens qui étaient déjà là  en 1981 puis en 1988. C'est fini, on est en 2009, les gens présents depuis 20 ou 30 ans ne peuvent     plus représenter l'avenir aux yeux de électeurs s'ils avaient déjà 40 ans en 1981.  

 

    Votre parti à vocation à être de gauche, proche des travailleurs, même si une grande partie de ses soutiens     vient de ceux que l'on nomme les bobos, en clair les classes moyennes.  

 

    Définissez une fois pour toute une stratégie ancrée à gauche, refusant le libéralisme, dénonçant clairement     les abus de la droite tant en matière financière (privatisations) qu'en matière sociale (retraites, sécu, etc)  avec des promesses de retours en     arrière sur ces points précis, dévastateurs de votre électorat. Mettez en demeure de ralliement  tous ces nageurs en eaux troubles que sont les DSK, Lang et autres, quitte à les exclure en cas de refus, sachant qu'ils ne vous enlèveront que quelques dizaines de voix que vous regagnerez par ailleurs.  

 

    Recherchez dès à présent des alliances avec le Front de gauche, peut-être quelques écologistes pour élaborer une plateforme de gouvernement basée essentiellement sur le peuple et non sur la poignée d'industriels, banquiers et médias qui dictent leur loi au plus grand nombre.  

 

    En d'autres termes, bâtissez autour de jeunes femmes et hommes (et vous en avez autour de vous) un vrai parti qui laisse de côté le soutien à telle ou telle sensibilité pour s'appuyer sur les électeurs et non sur des personnalités qui pour la plupart ont fait leur temps.  

 

    Dans cette hypothèse, et seulement dans cette hypothèse, les électeurs vous reviendront.  

 

    Cordial salut d'un camarade libre de tout parti politique et de toute attache syndicale.  

Article sur http://aymard.over-blog.com/

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samedi 30 mai 2009

Pour un vote non-européiste: abstention, blanc ou nul !

UMP_PS_Modem_Verts

Sans entrer dans le détail je veux indiquer que de mon point de vue les intentions de la liste du Front de Gauche, dont je me sens le plus proche, ou de la liste du NPA, ou de la liste Debout la République, n'ont pas les moyens de leur réalisation pratique, que le Parlement européen est et restera un parlement croupion, qu'après ces élections - et quels qu'en soient les résultats, en dépit des fanfaronnades vertes et oranges  - l'Europe restera capitaliste, anti-populaire et vassale économiquement, politiquement, militairement et culturellement des USA (que change l'élection d' Obama, dont l'UMPS fait tant de cas ?). Je ne veux pas cautionner cet état de fait en votant pour une liste quelle qu'elle soit. Par ailleurs, du fait notamment de l'extrême - et lamentable - division des forces de la gauche de gauche, je ne pense pas que cette élection soit l'occasion d'un rassemblement porteur d'avenir. Pour l'instant donc, et en attendant de voir ce qui se passe dans les autres pays, j'ai décidé de recommander - si je puis me permettre de recommander quelque chose - l'abstention ou le vote blanc ou nul. Seul ce type d'expression est actuellement susceptible d'être compris facilement par tous (medias, institutions et simples citoyens) comme résolument non - européiste.

europeamericaine

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http://alainindependant.canalblog.com/archives/2009/03/24/13108210.html
http://alainindependant.canalblog.com/archives/2009/03/03/12776633.html
http://alainindependant.canalblog.com/archives/2008/05/28/9363027.html

Posté par Alaindependant à 08:29 - Positions - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 28 mai 2009

La Gôche libérale est au pouvoir

Eh oui, la gauche est au pouvoir, et on ne vous l'avait même pas dit. C'est pourtant facile, un coup de Google, et hop la liste est partie. J'en ai trouvé 18, mais ce n'est pas complet :
   
   
Bernard Kouchner, Militaires Sans     Frontières
    •
Richard Descoings, directeur de Sciences-Po, chargé de mission de     Xavier Darcos
    •
Michel Rocard, ambassadeur aux pôles     (arctique et antarctique)
    •
Jack Lang, émissaire spécial du Président de la République pour     Cuba
    •
Fadela Amara, auteure de "La Racaille de la République", Seuil     2006
    •
Eric Besson, ministre des ratonnades
    •
Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations     climatiques
    •
Martin Hirsch, commissaire aux pauvres et aux jeunes
    •
Jean-Marie Bockel, ancien combattant
    •
Jean-Pierre     Jouyet : "Nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de l'Autorité des marchés financiers (AMF) le 14 novembre 2008. Par un arrêté ministériel du 19 janvier 2009 publié au Journal Officiel le 14 février 2009, l'indemnité de fonction à ce poste a été portée de 149 000 à 220 000 € avec effet rétroactif à la date de sa nomination."
    •
Jacques Attali, président de la commission chargée des     propositions pour enfoncer la France dans la crise
    •
Marin Karmitz, animateur du conseil pour la     création artistique
    •
François Zimeray, ex-député européen socialiste, ambassadeur pour     les droits de l’Homme
    •
Philippe Val, le chien
    •
Jean Daniel, celui qui déjeune
    •
Denis     Olivennes, directeur de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur : "Il y a presque deux ans, Christine Albanel, en accord avec le président de la République, m’a chargé d’une mission qui consistait à obtenir un accord entre les parties concernées pour trouver une solution au piratage. Elle s’est adressée à quelqu’un de gauche car elle voulait que le sujet soit non partisan. On a abouti à un accord sur un dispositif de riposte graduée."
    •
Bernard Tapie, futur PDG du Club Med avec nos sous
    • Et puis alors il y a
celui-là. Franchement, Sarko, il y en a déjà 17 avant lui, tu     pourrais pas mettre Juppé à la place ? S'il te plaît, Monsieur le président,     s'il te plaît !

http://r-sistons.over-blog.com/

Posté par Alaindependant à 23:53 - Humeurs - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 6 avril 2009

Le projet socialiste a été trahi. Il faut le réinventer au 21e siècle

Entretien  avec Eric Toussaint

En évaluant la crise internationale et les propositions de la gauche face à une situation mondiale qui se dégrade rapidement, Eric Toussaint distingue deux gauches fort différentes qui proposent des options distinctes pour résoudre l’interconnexion des crises du capitalisme. Une option, explique-t-il, se préoccupe encore du socialisme et des questions écologiques, elle parle d’écosocialisme, se manifeste à travers les mouvements sociaux et lutte pour mettre en pratique des « solutions anti-capitalistes, féministes et anti-racistes ». L’autre, la gauche social-libérale ou social-démocrate, est présente dans des gouvernements comme ceux de Barack Obama, Lula, Gordon Brown, José-Luis Zapatero. Ceux-ci, affirme-t-il, en plus de s’investir dans le modèle économique néolibéral, sont incapables de percevoir l’ampleur de la crise écologique, « renforcent le mode de production productiviste le saupoudrant peut-être d’un peu de couleur verte sans, d’aucune manière, adopter les mesures radicales qui s’imposent ».

La crise de civilisation par laquelle passe actuellement l’humanité est aussi, pour le politologue belge, un reflet de l’histoire de la gauche social-démocrate qui « s’est adaptée à la société capitaliste ». Dans cet entretien spécial accordé à IHU ON-Line |1|, Toussaint affirme que, en plus de ne pas respecter la « véritable démocratie basée sur l’autogestion », « la crise profonde de la gauche est liée, d’une certaine manière, à une déformation des propositions des socialistes, des communistes comme Karl Marx et Friedrich Engels ». En défendant le socialisme du 21e siècle, il met en évidence qu’il ne faut pas reproduire ce qui a été mis en pratique au 20e siècle, mais au contraire « être une réponse profondément démocratique et autogérée aux expériences négatives du passé ».

Interrogé sur la possibilité de construire une proposition plus radicale qui mette fin au capitalisme, il se fait incisif : « Cela implique de profondes mobilisations sociales pour mettre en place un véritable processus révolutionnaire, comme celui qui a triomphé il y a 50 ans à Cuba le 1er janvier 1959 ». Et emphatique : « Il faut une nouvelle politique anti-capitaliste, socialiste et révolutionnaire qui doit inclure une dimension féministe, écologiste, internationaliste, anti-raciste. Il faut que ces différentes dimensions soient intégrées de manière cohérente dans ce qui est en jeu, dans le socialisme du 21e siècle ».

Eric Toussaint, président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de laDettedu tiers Monde, www.cadtm.org), est docteur en sciences politiques de l’Université de Liège (Belgique) et de l’Université de Paris VIII (France). Il est l’auteur de Banque du Sud et nouvelle crise internationale. Alternatives et résistances au capitalisme néolibéral, CADTM / Syllepse, Liège-Paris, 2008, 207 pages ; Banque mondiale : le Coup d’Etat permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington , coédition CADTM / Syllepse / CETIM, Liège-Paris-Genève, 2006, 310 pages ; La Finance contre les peuples. La bourse ou la vie , CADTM, CETIM, Syllepse, Liège-Genève-Paris, 2004, 638 pages. Coauteur avec Damien Millet de 60 Questions/60 réponses sur la Dette, le FMI et la Banque mondiale , coédition CADTM / Syllepse, Liège-Paris (2008).

L’entretien

IHU On-Line – Vous dites que pour résoudre les problèmes des crises globales, il est nécessaire de réaliser une rupture radicale. Cela peut-il seulement venir de la gauche ? Comment ?Vous pouvez constater, clairement, que la proposition d’une rupture radicale avec la société capitaliste est réalisée par des secteurs de la gauche, comprenant des partis et des organisations sociales. Elle est issue de la gauche radicale dans le monde entier à travers des partis de gauche révolutionnaire comme, au Brésil, le PSOL ou le PSTU. D’autres partis ont la même orientation en Amérique latine. En Europe, des partis révolutionnaires se construisent comme en France où vient d’être fondé, il y a un mois, le Nouveau Parti Anticapitaliste dont la figure emblématique est le facteur Olivier Besancenot |2|. Nous voyons le même processus dans d’autres pays, également en Asie. En ce qui concerne les mouvements sociaux, on peut prendre connaissance de leurs déclarations, adoptées au Forum Social Mondial de Belém, le 30 janvier |3|. Vous constaterez que cette déclaration des mouvements sociaux invite à la rupture totale avec le capitalisme et qu’elle refuse la perspective d’une réforme du capitalisme par une nouvelle régulation. Si nous lisons la déclaration de la Marche Mondiale des Femmes |4| adoptée le 1er février à Belém et la déclaration finale des Peuples indigènes |5|, on peut percevoir que la même option est affirmée. Donc, ma réponse est : il est clair qu’aujourd’hui, dans le monde, différents partis et différentes organisations sociales proposent une rupture radicale avec le capitalisme.

Eric Toussaint –

IHU On-Line – Entre les secteurs de gauche, deux options sont discutées quand il s’agit de penser en termes de changements. Certains cherchent à dépasser la phase néolibérale en récupérant un développement régulé par l’action de l’Etat, et d’autres défendent une rupture socialiste. Ces chemins sont-ils possibles ? N’est-ce pas le moment de proposer quelque chose de nouveau ?Oui, il est clair que ces chemins sont possibles. Le premier schéma que vous décrivez est mis en pratique par des organisations de gauche qui sont au gouvernement. C’est la politique par exemple de Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil ; c’est la même politique qui est appliquée par Cristina Kirchner en Argentine, Michelle Bachelet au Chili, etc. En Argentine, il y a deux mois, le gouvernement de Cristina Kirchner a renationalisé les fonds de pension. Donc des politiques qui correspondent à la première option que vous avez présentée dans votre question sont mises en pratique. Mais cela ne permet pas de répondre, à mon sens, au défi que représente la crise globale. On peut constater que cette pratique politique maintient la domination de la société capitaliste dans laquelle l’Etat intervient comme pompier pour éteindre l’incendie provoqué par la crise globale du capitalisme.

Eric Toussaint –

Alors, l’autre option qui propose une véritable rupture socialiste est encore à l’état de proposition. Je ne peux pas citer des gouvernements, actuellement au pouvoir, qui mettent en pratique de manière cohérente cette orientation, même si certains d’entre eux, comme ceux de Hugo Chavez ou d’Evo Morales, agissent partiellement dans cette direction. Leurs discours sont des discours de rupture socialiste, mais leurs pratiques sont plus modérées que cela. Alors, est-ce que le schéma plus radical est possible ? Certainement. Mais cela implique de profondes mobilisations sociales, pour donner la priorité à un véritable processus révolutionnaire comme celui qui a triomphé il y a 50 ans à Cuba le 1er janvier 1959. Dans les années qui ont suivi la victoire de la révolution cubaine, on a assisté dans l’île à d’intenses mutations : une profonde redistribution de richesses au bénéfice de la population, la perte par les capitalistes du contrôle des moyens de production et un processus de démocratisation. Par la suite, Cuba, soumise au blocus des Etats-Unis et aussi à l’influence soviétique, change partiellement de direction. Mais on ne peut pas oublier le puissant élan révolutionnaire du début. Je ne vois pas pourquoi, face à cette crise capitaliste globale, on ne pourrait pas à nouveau connaître, dans le futur, des explosions révolutionnaires comme celles que l’on a connues à Cuba.

IHU On Line – Vous dites qu’en ce moment, il ne s’agit pas seulement d’une crise économique et financière et que la question est beaucoup plus profonde. Dans quel sens cet enchevêtrement global a–t-il aussi à voir avec la crise de la gauche ? Pouvons-nous dire que les deux aspects sont liés ?Eric Toussaint – Oui. C’est une bonne question. Il y a effectivement une crise de gestion social-libérale. Je fais référence à la politique du gouvernement Lula, à celle du gouvernement Zapatero en Espagne ou de Brown en Grande-Bretagne. Il y a une crise profonde car ceux qui ont voté pour mettre ces gouvernements au pouvoir attendaient d’eux un autre type de politique. Il faut se souvenir de l’élection de Lula et du fait que le programme sur lequel il a été élu en 2002 annonçait une véritable rupture avec le néolibéralisme (je ne parle pas de rupture avec le capitalisme). A l’inverse d’une rupture, on a assisté à une continuité par rapport aux politiques néolibérales. Donc, la crise de crédibilité de la gauche fait partie de la crise globale.

Par ailleurs, il est clair que les expériences dramatiques du socialisme réel du siècle passé pèsent également. Dans la mémoire collective, existe l’idée que le socialisme est associé à une économie complètement étatisée, à la domination d’un parti unique et à l’absence de véritables libertés démocratiques.

En résumé, d’un côté, il y a un bilan très négatif de la gestion social-libérale, c’est-à-dire de la politique social-démocrate et, d’un autre côté, un bilan désastreux de la gestion stalinienne du « socialisme réel » qui a dominé l’expérience du bloc soviétique au 20e siècle. On n’a pas dépassé cette crise de crédibilité. C’est cela qui est en jeu dans le débat sur ce que d’aucuns appellent le socialisme du 21e siècle.

Le socialisme du 21e siècle doit constituer une réponse profondément démocratique et autogérée aux expériences négatives du passé. Il ne s’agit donc pas de reproduire ce qui fut mis en pratique au cours du 20e siècle. Il s’agit, face à cette crise globale du système capitaliste, avec cet aspect de crise de civilisation, de répondre également à la crise de la gauche. Il faut une nouvelle politique anti-capitaliste, socialiste et révolutionnaire qui intègre obligatoirement une dimension féministe, écologiste, internationaliste, anti-raciste. Il faut que ces différentes dimensions soient articulées de manière cohérente et intégralement prises en compte dans les projets du socialisme du 21e siècle.

IHU On-Line – Quelles sont les propositions de la gauche face à la crise financière globale ?

Eric Toussaint – Il y a deux réponses différentes de la gauche. Il y a la gauche qui applique une politique social-libérale : Lula, Brown, Zapatero… Cette politique n’est pas très différente de celle de Sarkozy en France, ni même de celle de Berlusconi en Italie ou de celle de Bush auquel Barack Obama a succédé. C’est une politique de sauvetage des banquiers : dépenser énormément d’argent public pour maintenir un système bancaire privé complètement dominé par les grands groupes financiers capitalistes. Bon, c’est la réponse de la gauche qui est au pouvoir et qui ressemble fort à une politique de droite. Dans l’exemple que je viens de donner, on ne peut faire réellement une différence entre la politique de Brown et celle de Sarkozy. On ne peut pas non plus faire la différence entre la politique de Lula par rapport au système financier privé et la politique de Sarkozy en France.

Mais il y a une deuxième option à gauche. Ses propositions sont exprimées dans la Déclaration adoptée à Caracas le 10 octobre 2008, lors de la conférence internationale intitulée « Réponse du Sud face à la crise économique mondiale » et dont on peut trouver le texte intégral sur différents sites internet, notamment celui du CADTM |6|. Cette Déclaration finale de Caracas demande la nationalisation du secteur bancaire. La nationalisation signifie qu’on transfère le secteur bancaire du secteur privé au secteur public. Il doit s’agir d’une nationalisation sans indemnisation. Cela signifie que c’est à l’Etat de gérer le secteur bancaire sans indemniser les grands actionnaires. Il faut aller plus loin dans la mesure où les grands actionnaires et les administrateurs des banques ont suivi une politique qui est responsable de la crise financière globale et, principalement, de la faillite de toute une série de banques.

Mesures pour affronter la crise

Il s’agit, pour l’Etat qui nationalise ces banques, de récupérer le coût de l’opération sur le patrimoine des grands actionnaires et des administrateurs de ces sociétés. Il faut adopter d’autres mesures pour affronter la crise. Il faut, par exemple, une réduction radicale du temps de travail des salariés sans perte de salaire. Il est nécessaire de répartir le travail disponible dans notre société en donnant un emploi à beaucoup plus de personnes qu’on ne l’a fait jusqu’à présent et permettre à ceux qui travaillent aujourd’hui de travailler moins mais en garantissant leurs salaires. Dans le cas de figure où on garantit les salaires de ceux qui travaillent aujourd’hui et où on donne du travail à ceux qui n’en ont pas, on augmente évidemment le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent et on peut relancer l’économie. C’est une politique d’urgence qui a plusieurs avantages. Elle a l’avantage de donner du travail à ceux qui n’en ont pas, d’augmenter les cotisations sociales payées par les travailleurs et les employeurs ainsi que de garantir le financement des retraites. Cela peut permettre aussi d’avoir des recettes pour payer les allocations sociales aux personnes qui n’ont pas d’emploi et d’alimenter un fonds pour cette fameuse allocation universelle qui est évoquée dans plusieurs pays.
Il faudrait aussi, comme mesure plus structurelle, en finir avec le contrôle privé sur les grands moyens de production, de commerce et de crédit ainsi que sur les secteurs de la culture et de l’information. Aujourd’hui, les grands moyens de production, de communication et des services sont dans les mains du capital privé. Il faudrait transférer le contrôle et la propriété des grands moyens de production, de commerce et de services (y compris les moyens de communication) au secteur public. Et combiner le contrôle public et la propriété publique des grands moyens de production avec d’autres formes de propriété : la petite propriété privée et familiale dans le secteur agricole, de l’artisanat et des services. Par exemple, les électriciens, les plombiers, le commerce de détail, la restauration, toute une série de métiers très importants dans la vie quotidienne, où il est tout à fait normal d’avoir une petite propriété individuelle. Il faut développer aussi d’autres formes de propriété comme la propriété coopérative, la propriété communautaire, et protéger la forme de propriété traditionnelle des peuples indigènes. Il faut également, en ce qui concerne la propriété publique, avoir un contrôle citoyen, un contrôle démocratique sur le secteur public. Si on procède à ces réformes structurelles, on réalise une rupture radicale avec le système capitaliste. Une série d’autres mesures serait nécessaire pour répondre aux différentes dimensions de la crise globale.

Pour répondre au changement climatique et à d’autres aspects de la crise écologique, il faut des mesures radicales pour réduire l’émission de gaz à effet de serre. Pour résoudre la crise alimentaire, il faudrait, c’est clair, mettre en pratique une politique de souveraineté alimentaire pour garantir que, dans chaque pays, les producteurs locaux puissent satisfaire la demande de la population sans recourir, autant que possible, à des importations d’aliments provenant du marché mondial. Ce sont donc quelques-unes des propositions de réforme radicale, révolutionnaire, du système.

IHU On-Line – Qu’est-il en train de se passer au niveau de la gauche mondiale ? Pourquoi y a-t-il un fossé tellement large entre la théorie et la pratique de pensée politique de la gauche ?

Eric Toussaint – La gauche mondiale traverse une crise profonde due à son histoire. L’histoire du courant social-démocrate est celle d’une défaite profonde car il s’est adapté à la société capitaliste. La défaite de la gauche, c’est aussi celle de la gauche stalinienne, c’est-à-dire l’expérience qui a dominé les tentatives de construction du socialisme en Union soviétique et en Chine. Ce fut aussi une profonde défaite parce que la véritable démocratie basée sur l’autogestion n’a pas été respectée en ce sens que la bureaucratie au pouvoir dans ces pays voulait tout étatiser et tout dominer à partir de l’Etat. C’était une profonde erreur ! Le socialisme, ce n’est pas le contrôle de toute l’économie par l’Etat. La crise profonde de la gauche est liée, d’une certaine façon, à une trahison des propositions des socialistes et des communistes, comme Karl Marx et Friedrich Engels. Karl Marx disait que la société à laquelle nous aspirons, le communisme, c’est l’association libre des producteurs libres. Il disait aussi que l’émancipation des travailleurs serait l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Marx ajoutait que l’Etat, dans le socialisme, devait tendre à disparaître. Et le socialisme est une transition entre le capitalisme et le communisme (qui implique l’extinction de l’Etat). Dans le socialisme, l’Etat existe encore mais il existe de manière provisoire et doit viser à sa propre disparition.

Alors, en quoi a consisté l’expérience soviétique ? Au lieu de provoquer la disparition de l’Etat, le parti communiste, sous la direction de Staline, a renforcé comme jamais l’Etat et il a interdit toute une série d’expressions démocratiques. Ce fut une profonde perversion du projet socialiste qui, au contraire, est éminemment démocratique. Si nous prenons l’expérience des socialistes, ce qu’on appelle la social-démocratie, Lula, Zapatero, Brown ou encore Daniel Ortega au Nicaragua ne sont pas non plus en faveur de la disparition de l’Etat. Ils sont en faveur du maintien de l’Etat capitaliste avec des socialistes au gouvernement. Selon eux, il faut un Etat capitaliste qui réglemente un tout petit peu l’activité du capital.

La gauche qui est au pouvoir et qui a dominé dans le passé a trahi le vrai projet libérateur et émancipateur du socialisme. Voilà donc les raisons profondes de la crise de la gauche.

Une gauche radicale et révolutionnaire défend le projet socialiste original ; elle essaie, à partir de l’activité dans les mouvements sociaux, de le renforcer par différents moyens. Cette gauche radicale participe aussi aux campagnes électorales. Elle tente de faire élire des parlementaires qui mènent une lutte anti-capitaliste dans les institutions parlementaires, liée à une perspective de rupture et non à une perspective d’adaptation au système. L’idée est de favoriser une authentique révolution, une transformation radicale des rapports de propriété et des rapports sociaux dans la société.

IHU On-Line – Les lignes directrices du marxisme furent détournées de ce qu’elles voulaient dire réellement ? Comment se situe la question écologique actuelle au sein de la pensée marxiste ?Par rapport au projet socialiste tel qu’il a été conçu par Karl Marx au cours du 19e siècle, il faut préciser que, dans les dimensions que Marx a étudiées, certaines n’ont pas été développées, ou pas suffisamment. L’importante dimension féministe, qui met en cause le système de la domination patriarcale, et la dimension écologiste n’ont pas été développées par Marx même s’il a conçu un projet émancipateur incluant l’être humain dans la nature. Marx considérait que l’humanité fait partie intégrante de la nature. Il n’y a pas, chez Marx, une dichotomie entre l’être humain, d’un côté, et la nature, de l’autre. Cette conception de Marx préparait à prendre en compte les problèmes écologiques.

Eric Toussaint –

Les problèmes écologiques actuels sont l’héritage d’un peu plus de deux siècles d’application du mode de production capitaliste et productiviste avec, à la clé, la destruction et le non respect de la nature. Pour être complet dans la critique, il faut dire que l’expérience du socialisme réel du 20e siècle (que ce soit en Union soviétique ou dans la Chine maoïste) est aussi profondément négative en terme écologique. Il y a eu développement brutal et agressif d’un mode de production qui a contribué dans ces pays à détruire la nature de la même façon que le capitalisme dans les pays d’Europe occidentale, l’Amérique du Nord ou le Japon.

Il faut combler cette distance entre la théorie et la pratique. Il faut retourner à la théorie dans ce qu’elle a de révolutionnaire et d’innovateur. Il est nécessaire d’intégrer aux contributions de Marx la réflexion sur les problèmes de la société d’aujourd’hui, comme la question écologique. La dimension féministe est aussi fondamentale. Les femmes mènent depuis des siècles un combat pour l’égalité. Il y avait des dirigeantes femmes révolutionnaires bien avant Marx, notamment des dirigeantes révolutionnaires qui ont participé activement à la révolution française de 1789 et qui avançaient déjà à l’époque des revendications féministes. Mais le mouvement féministe s’est surtout développé et a mis en question la domination patriarcale au cours des 60 dernières années ; aujourd’hui, il contient un projet révolutionnaire. C’est pour cela que cette dimension féministe doit absolument être intégrée.

IHU On-Line – En plus des questions économiques et politiques, nous percevons, en ce moment de crise, qu’un nouveau paradigme énergétique et écologique est ressenti comme urgent et indissociable du dépassement des problèmes. La gauche n’a-t-elle pas encore perçu la gravité de ces questions ?

Eric Toussaint – Au contraire. Je pense que la gauche radicale a parfaitement pris en compte la gravité de ces questions. C’est pour cela qu’elle propose une alternative féministe, écologiste, anti-raciste, anti-capitaliste et socialiste. La dimension écologiste est extrêmement importante et c’est pour cela que la gauche radicale parle d’ « éco-socialisme », notion englobant l’écologie et le socialisme. Par contre, la gauche social-libérale ou social-démocrate qui est au pouvoir n’a pas pris en compte l’ampleur de la crise écologique. Ainsi, on peut constater que, durant la gestion social-libérale de Lula au Brésil, on a continué à détruire une région comme l’Amazonie au même rythme que sous le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso et ses prédécesseurs. Au cours des cinq dernières années de la gestion de Lula, on a procédé à la déforestation de l’Amazonie brésilienne sur un territoire équivalent à celui du Venezuela. Et si on prend en exemple d’autres gouvernements de gauche traditionnelle comme ceux de Brown ou de Zapatero en Europe, ils sont aussi dans l’incapacité de se rendre compte de l’ampleur de la crise écologique. Donc, ma réponse à la dernière question est que la gauche radicale prend en compte cette crise écologique et propose une réponse éco-socialiste tandis que la gauche traditionnelle poursuit et renforce le mode de production productiviste en le saupoudrant d’un tout petit peu de couleur verte sans adopter les mesures radicales qui s’imposent.

IHU On-Line – Qu’est-ce que ce moment historique représente pour l’humanité ?L’humanité est à nouveau à un carrefour historique. La crise globale a différentes dimensions : écologiques, alimentaires, migratoires, financières, économiques, ainsi qu’une crise de gouvernance mondiale, sans oublier la série de guerres d’agression telles que celles en Irak et en Afghanistan, combinées au non respect des droits des peuples comme le non respect des droits du peuple palestinien à avoir territoire et un Etat. L’humanité fait face à deux directions : d’un côté, la sortie capitaliste de la crise, c’est-à-dire la solution proposée par Barack Obama, Lula, Sarkozy, Brown, Zapatero, le gouvernement chinois, Poutine, etc. ; de l’autre côté, le choix est de tourner le dos au capitalisme et de mettre en pratique des solutions anti-capitalistes, écologistes, féministes et anti-racistes. J’espère que l’humanité fera ce dernier choix car si nous voulons répondre à l’ensemble de la crise globale, il faut une réponse anti-capitaliste, éco-socialiste et féministe globale.

Notes :

|1| La version originale en portugais a été publiée par la Revista do Instituto Humanitas Unisinos au Brésil : http://www.unisinos.br/ihuonline/index.php ?option=com_tema_capa&Itemid=23&task=detalhe&id=1525 Les réponses d’Eric Toussaint sont principalement tournées vers un public brésilien en particulier et latino américain en général mais elles sont valables également pour les autres parties du globe.

|2| Olivier Besancenot, membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), a été le plus jeune candidat à la présidence en France, représentant un parti d’extrême gauche. Aux élections de 2002, il a obtenu 4,25% des voix. Cette année, du 5 au 8 février, il a participé à la fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). La veille, la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) avait voté sa dissolution avec 87% des voix après quarante années d’existence (Note de IHU On-Line).

|3| Voir le texte complet : http://www.cadtm.org/spip.php ?article4079

|4| Voir le texte complet : http://www.cadtm.org/spip.php ?article4105

|5| Voir en espagnol : http://www.cadtm.org/spip.php ?article4133

|6| Voir le texte complet de la déclaration finale http://www.cadtm.org/spip.php ?article3797 ainsi que la contribution d’Eric Toussaint http://www.cadtm.org/spip.php ?article3785

infos article
URL: http://www.cadtm.org 

L’interview a été réalisée par Patrícia Fachin

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dimanche 7 décembre 2008

Pour des assises du communisme

Bien qu'il ne serve à rien de bêler "communisme, communisme" et que ce qui compte c'est le contenu du mot et les actes qui vont avec, cet appel  - déjà ancien - mérite par sa sincérité et sa clarté d'être reproduit à quelques jours du Congrès du PCF. Je rappelle aux lecteurs que je me suis à plusieurs reprises prononcé sur ce blog non pour la constitution d'un nouveau parti fût-il communiste mais pour un rassemblement plus vaste, non politicien, diversifié et décentralisé, pour le socialisme (front, fédération, mouvement, coordination, réseau...?) au sein duquel le courant communiste dans sa propre diversité - organisée - a évidemment une place de choix.


Il faut se rendre à l’évidence : les forces qui se réclament du communisme apparaissent éclatées, désillusionnées, découragées, traumatisées… Certains se prononcent même pour leur disparition. Or, plus que jamais, il est indispensable d’offrir une perspective à l’espoir que l’on sent poindre dans les multiples échanges qu’entretiennent les militants communistes avec la population dans leurs villes et leurs villages , avec les salariés sur leurs lieux de travail .

Ils sont en effet de plus en plus nombreux ceux qui considèrent le capitalisme comme néfaste. Les récents résultats électoraux n’effacent pas cette donnée primordiale confirmée par la victoire au référendum de 2005, les mouvements sociaux dont celui du CPE, les différentes enquêtes d’opinion…

Dans son évolution financière, le capitalisme est de plus en plus exploiteur, parasitaire, prédateur, de plus en plus porteur d’aliénations et de dominations.
Des masses énormes d’argent s’accumulent entre les mains d’un nombre
toujours plus réduit de personnes, tandis que s’accroissent les inégalités et que d’immenses besoins restent insatisfaits.

A l’échelle de l’humanité, l’essentiel des richesses continuent à être concentrées dans quelques pays et les inégalités de développement augmentent sans cesse.
Des moyens énormes sont stérilisés dans une spéculation financière à grande échelle.
Dans ces conditions, la démocratie affichée est de plus en plus surfaite et
l’idéologie libérale traverse désormais toutes les sphères de notre société au point que la quasi-totalité des médias en sont aujourd’hui les véhicules. Les assemblées élues ont de moins en moins de pouvoirs, lesquels se concentrent entre les mains des détenteurs des moyens de production et d’échange, des acteurs des marchés financiers.

Pour autant, tout nous conduit à considérer que le système capitaliste a fait son temps et qu’il doit laisser la place à une autre société. Des expériences malheureuses, parfois tragiques, ont eu lieu au nom du communisme. Elles ont pris fin par hypertrophie étatique, confiscation des souverainetés et négation de la démocratie qu’elles prétendaient pourtant vouloir établir.

C’est pourquoi nous souhaitons que soit reposée la question de l’actualité du communisme, d’un communisme qui soit de notre temps.

Pour cela, les grandes lignes d’un projet de société doivent être redéfinies ou réaffirmées :

1) Si le pouvoir capitaliste réside dans l’appropriation privée, à l’inverse le pouvoir du peuple, celui de la société dans son ensemble, ne doit-il pas consister avant tout en l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange, des établissements bancaires et financiers, dans des formes qui sont à réinventer ?

2) Le pouvoir des citoyens ne devrait-il pas être renforcé dans les institutions politiques, afin de dessiner les contours d’une véritable nouvelle république au sein de laquelle le triptyque « liberté égalité fraternité » pourra prendre tout son sens, mais aussi sur les lieux de travail, sans quoi la démocratie demeurerait bancale, amputée ?

3) Cette même démocratie ne peut-elle pas mettre fin à un capitalisme grand pollueur et grand gaspilleur des ressources naturelles ? L’appropriation sociale apparaît en effet comme la condition de véritables politiques de développement durable, en pleine connaissance des apports que la science et les technologies doivent mettre à la disposition de tous.

4) Le travail ne doit-il pas être débarrassé de l’aliénation qui lui est attaché et ne peut-on imaginer une nouvelle forme de travail assurant un revenu social à tous, motivant et responsable, un travail n’ayant plus rien de commun avec le salariat et l’exploitation qu’il implique ?

5) Tous les peuples ne doivent-ils pas être souverains pour déterminer leur avenir et quelle articulation doit-il y avoir entre eux et l’Europe, l’échelon mondial ? Par quel moyen parvenir à des rapports de paix, d’égalité de tous les Etats, à des coopérations élargies et profitables à tous, notamment par l’intermédiaire d’une ONU réformée et démocratisée ?

Toutes ces données nous interpellent et doivent être débattues sur le sens que nous devons donner à la place de l’Europe, de la nation, des collectivités et des citoyens dans notre projet de société. C’est cette voie vers un communisme renouvelé que nous devons co-élaborer, construire avec l’ensemble du peuple.

C’est pourquoi nous vous proposons que soit examinée lors du prochain congrès du PCF la tenue d’Assises du communisme au cours de l’année 2008.

Ces journées de réflexion auraient pour vocation de reposer les questions
essentielles de l’évolution de la société dans laquelle nous vivons et de jeter les bases d’un projet de changement de société pour le 21ème siècle.

Nous suggérons que ces rencontres rassemblent, dans une libre confrontation et sans exclusive, un maximum de militants et de citoyens de diverses sensibilités, aux côtés d’intellectuels, de scientifiques, d’élus et de représentants du mouvement social et associatif.

Tous ceux qui se réclament ou non du communisme y seraient les bienvenus car la diversité des approches est autant de possibilités d’enrichissement, aucun tabou ne devant constituer un préalable à ce vaste échange.

La société évolue. Le capitalisme se transforme. Sans être pour autant une « avant-garde éclairée », les communistes ne peuvent demeurer à la traîne de cette gigantesque mutation. Nous espérons donc que notre proposition soit examinée et discutée par tous les communistes afin que les enjeux fondamentaux auxquels nous sommes confrontés ne soient pas écartés au nom de considérations plus immédiates.


Appel à faire circuler et signer , à retourner à :
Michel Peyret   m.peyret@cegetel.net

Liste des signataires sur http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6678

Appel copié sur http://sanseprendrelechou.forumactif.com/


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mardi 11 novembre 2008

Communistes d'hier et d'aujourd'hui

Texte publié il y a peu sur: http://sanseprendrelechou.forumactif.com/

Je veux d’abord dire la tendresse profonde que j’ai pour les militants communistes que je côtoie de prés depuis mon enfance, dont j’ai fait partie, mais qui ne peut plus, qui ne doit plus, servir d’excuse à une politique conservatrice (oui, une politique qui ne fait pas confiance aux masses est conservatrice !) et dévastatrice. Mon propos pourra paraître provocateur, c’est que n'ayant d’autre responsabilité que ma parole et ma parole engageant mon cœur (j’allais dire mes tripes) autant que ma raison, je peux tout me permettre (bienheureux les pauvres en esprit !) !

Au vif du sujet, donc :

Pour imaginer et construire un avenir, pour aller de l’avant, il faut nous unir. Et pour nous unir il nous faut regarder devant. Dialectique, mon cher Watson !
La guerre des tranchées, le repli sur soi, cela ne suffira pas pour faire refluer la vague réactionnaire et moins encore pour construire un socialisme à visage humain. Le mouvement comporte un risque, mais l'immobilisme est pire.
N'attendons pas d'être d'accord sur tout pour avancer.
L'idéal qui nous anime, une société où l'homme prime sur l'économie, le travail sur le capital, le tout sur le partiel, l'avenir sur le passé, cet idéal doit être au moins autant sinon plus réel que le réel car le réel est quelque chose que nous devons comprendre mais pour nous en libérer. Le passé nous divise.

Nous sommes des millions – ce qu’à la suite de Christian Delarue j’appelle le peuple – classe - à avoir en commun l’espérance d'un monde où la compréhension, la coopération, la cogestion l'emportent sur l'individualisme, la concurrence de tous contre tous, les égoïsmes et les dominations de classe, de nation, de religion ou de race. Seule la construction de l'avenir est susceptible de nous unir, à travers des projets concrets et précis.
Une condition cependant : que chacun - groupe, association, syndicat, parti, militant, simple citoyen, - soit persuadé qu'il a quelque chose à apprendre de l'autre, qu'il soit donc prêt à renoncer à faire prévaloir en tout - projets et stratégie - son propre point de vue.

Comment mettre en oeuvre cette grande ambition ?

Le Parti socialiste, majoritairement sur la ligne de gestion loyale du capitalisme, n'en peut plus des concessions au marché, au libéralisme. Le Parti communiste a oublié que le parti n'est pas une fin en soi mais un moyen au service d'un but. Les deux ont rallié, sous des formes et à des époques différentes les mythes de la démocratie électoraliste, de l’Europe et de la croissance. L’échec des deux est aveuglant.

Il ne s’agit pas de lutter contre les partis (au sens classique) ce qui débouche toujours sur la victoire du parti de la dictature, ni de les ignorer, mais de prendre conscience que les partis ne joueront plus le rôle qui fut le leur. Ce pour deux raisons :
1/ Les décisions essentielles se prennent ailleurs qu’au Parlement, dans des cercles, officiels ou non, où l’élite des commis – de droite et de gauche - de l’Etat bourgeois rencontrent les managers du grand capital.
2/ Le peuple - classe, les travailleurs - citoyens conscients, veulent participer à la création de l’avenir autrement qu’en votant pour des professionnels de la politique ou des programmes clé en mains.

Donc, la forme parti (au sens des 19e et XXe siècle) ayant vécu, retrouvons du bon Marx ! Pour lui, le parti…naît naturellement et un peu partout du sol de la société moderne ; par parti il entend le parti dans le grand sens historique du mot (Lettre à Freiligrath, 29/02/1860). Le parti c’est le prolétariat constitué en classe, ce n’est pas un élément qui lui est extérieur et supérieur. Le parti étant dévalué de ce point de vue, le moment est venu de lui substituer le mouvement, la fédération ou le réseau (le nom importe peu). L’idée est de donner dans son mode d’organisation et son type d’action (protestataire, mais aussi constructif: syndicats, associations, collectivités territoriales) une sorte de préfiguration de la société que nous voulons.

Le parti c’est pour moi le terme générique qui englobe toutes les initiatives qui font exister dans tous les domaines et à tous les niveaux (aussi à la base) l’hypothèse communiste levée par Marx.
Qu’à la visée originelle il faille aujourd’hui incorporer entre autres une vision mondiale des problèmes et de leurs solutions, une remise en cause du mode de croissance, la nécessité d’une démocratie socialiste (= autogestionnaire ) dans les entreprises et les médias, la recherche collective d’un sens à nos vies, voilà qui n’est pas formellement inclus dans le marxisme mais non contradictoire avec lui, au contraire. Qu’il faille rassembler tous ceux qui sont déjà engagés dans ces combats, voilà qui est encore moins contestable. Que les partis actuels en soient incapables, voilà qui est non seulement incontestable mais démontré. D’où la nécessité de fédérer autrement ces initiatives.

Cela ne se fera pas du jour au lendemain, à marche forcée.

En attendant, les responsables et militants actuellement engagés dans les partis ou associations existants ont une responsabilité particulière car ils ont plus de moyens que les autres pour se faire entendre. Vont-ils encore longtemps se contenter d'incantations sans franchir le pas, sans donner l’exemple, sans commencer à esquisser ce rassemblement de type nouveau ? C’est le sens des débats actuels.
Le Congrès de Tours en 1920 a vu la scission entre communistes et socialistes. Les leçons du passé, les dangers du monde, les risques qui pèsent sur notre terre, la nouvelle ligne que la réalité trace entre croissance et sens de la vie, entre réformes et révolution, n'indiquent-ils pas que le moment est venu de se fixer l'horizon d'un Congrès de Tours à l'envers ?

En terme d’organisations, comment cela peut-il se traduire dans un premier temps ?
Le PS continuera quoi qu’il arrive, soit sur une position centriste soit sur une position classique de type social-démocrate. Le PCF aussi, mais à l’état de séquelle, en concurrence de plus en plus directe avec le NPA. Faire du neuf, donner l’exemple, ce serait rassembler communistes tournés vers l'avenir, socialistes et démocrates anti-libéraux, écologistes de gauche, républicains sociaux, révolutionnaires et progressistes en ayant assez des groupuscules, humanistes de foi et de raison, militants associatifs cherchant une issue politique à leur engagement, ouvriers, employés, citoyens - travailleurs espérant depuis longtemps une initiative de ce type.
Des membres, nombreux peut-être, de l'actuel PS se tourneront vers le centre ? Des membres de l'actuel PCF rejoindront le groupe des anti ? Sans doute. Une clarification s'opèrera ainsi partout. Nous qui voulons changer le monde, nous avons tout à perdre dans une crispation doctrinale et organisationnelle, tout à gagner à l'immersion dans un grand rassemblement pour le socialisme.

Dans ce rassemblement diversifié, qui prétend qu'il faille renoncer à être soi-même ? Comme dit Teilhard, l'union différencie au contraire. Par exemple, le communiste restera communiste (ce qui n'est pas facile), le chrétien restera chrétien (ce qui n'est pas facile non plus), etc. N'ayons pas peur ! a dit Jean – Paul !

Autogestionnaire dans son fonctionnement, le rassemblement d’aujourd’hui puis la fédération (ou mouvement ou réseau ou toute autre appellation) de demain devront l’être aussi dans leurs objectifs.
A chaque fois que la gauche est arrivée au gouvernement, elle a abandonné en cours de route son programme de transformation sociale pour pratiquer une politique qui n’était pas celle pour laquelle elle avait été élue. Plus jamais ça !
La démocratie représentative, parlementaire, partout -dans les institutions, les partis, les syndicats -la délégation de pouvoir illimitée et professionnalisée, ça ne suffit plus ! Inventer des formes de démocratie directe (pas forcément le trompeur referendum) voire de mandat impératif est nécessaire pour que le plus grand nombre participe à la prise des décisions. La vraie démocratie doit tendre à l'unanimité, non se réduire à l’absurde 51/49 ou 53/47.

Pour moi, l’autogestion est l’ensemble des moyens permettant au peuple - -classe de disposer en permanence du mandat (par ailleurs limité en temps et en étendue) confié à ses représentants, soit lors d’une situation type grève générale, grève nationale ou mouvement protestataire de grande ampleur, à plus forte raison dans une situation pré – révolutionnaire, soit dans un cadre institutionnel.

Je suis bien conscient que ce texte pose plus de questions qu’il n’en résout. C’est exprès ! Mais je serais bien ingrat envers les communistes actuels et anciens si je n’avais pas envers eux à qui je dois tant l’exigence de les croire capable de ce formidable sursaut : se dévouer à plus grand que soi pour qu’existe l’hypothèse communiste.

Alain

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samedi 8 novembre 2008

Ça suffit comme ça !

Ca commence à se décanter ! Le texte de Melenchon - Dolez:

Le résultat du vote au parti socialiste est connu. Les trois motions issues de la majorité sortante du Parti arrivent en tête. Elles obtiennent 80% des suffrages. Et la motion de Ségolène Royal l’emporte avec sa proposition d’alliance au centre. Ainsi, les orientations qui dominent la social-démocratie européenne l’ont emporté alors qu’elles conduisent partout à l’échec. Elles avalisent l’Europe du traité de Lisbonne, les alliances changeantes, l’abstention face à la droite, et refusent de mettre en cause le capitalisme. Ce résultat est sans ambiguïté. Le score respectable de la gauche du parti n’y change rien malheureusement.

Pour nous, ça suffit comme ça !

Nous refusons de nous renier en participant à des complots et des combinaisons tactiques. Car quels que soient les arrangements qui sortiront du Congrès de Reims, la future direction du PS appliquera l’orientation majoritaire en particulier quand viendront les prochaines élections européennes. Il faudrait alors accepter ce que nous refusons depuis toujours : le traité de Lisbonne et le Manifeste commun avec les partis sociaux démocrates qui gouvernent avec la droite dans leur pays. Non ! Pour nous, ça suffit comme ça !

Nous prenons nos responsabilités. Dans la crise du capitalisme, notre pays a besoin d’une autre voix à gauche. Nous voulons lui être utiles. Nous voulons reprendre l’initiative, formuler une alternative, faire reculer et battre Sarkozy. Par fidélité à nos engagements, nous prenons donc notre indépendance d’action. Nous quittons le Parti socialiste. Nous allons porter publiquement notre conception du combat républicain et socialiste, sans concession face à la droite, au capitalisme et leur irresponsabilité destructrice contre la société humaine et l’écosystème. Nous allons la proposer au suffrage universel. Ainsi que nous l’a montré en Allemagne Oskar Lafontaine avec Die Linke, nous décidons d’engager avec tous ceux qui partagent ces orientations la construction d’un nouveau parti de gauche et nous appelons à la constitution d’un front de forces de gauche pour les élections européennes. Nous savons qu’une énergie immense dans notre peuple est disponible pour le changement. Il faut aller de l’avant.

Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne
Marc Dolez, député du Nord

Vous pouvez soutenir cette démarche en signant un appel mis en ligne sur le site www.casuffitcommeca.fr

et http://www.lepartidegauche.fr/

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jeudi 23 octobre 2008

Dissoudre le Pcf ?

Poser un acte fort est pour le congrès du Pcf une question de vie ou de mort à court ou moyen terme. La descente aux enfers a commencé il y a 40 ans avec l'incompréhension par les directions du parti à tous les niveaux de la crise de mai 68. Depuis, le parti n'a cessé de creuser sa tombe en confondant ouverture et renoncement: en fait les renoncements ont été innombrables et les ouvertures médiocres.Le parti a continué malgré tout grâce au dévouement des militants qui restaient et des élus locaux, grâce en quelque sorte à l'énergie cinétique acquise pendant les années de gloire (et de mensonge !), énergie aujourd'hui épuisée. Bien sûr il y a encore plus de 100 000 adhérents et 10 000 élus, mais sur ce nombre combien de militants ? Invité récemment (comme membre d'Espaces Marx) à une assemblée de section dans une zône populaire de 20 000 habitants comptant un maire communiste et des élus dans toutes les autres majorités municipales, je me suis retrouvé avec une quinzaine de personnes dont une bonne moitié sortait d'une bande dessinée de Bilal! Voilà pourquoi j'attends un ou des actes forts. Mais voilà pourquoi aussi, bien que les espèrant, je pense qu'ils ne viendront pas. Les nouveaux communistes ne sont pas assez influents pour vaincre la force d'inertie qui a remplaçé l'énergie cinétique ! Ne viendra sans doute pas l'appel à la fondation d'un mouvement de type nouveau (j'emploie à dessein la formule de Lénine), où des actuels membres du Pcf rejoindraient des communistes sans parti (plus nombreux que ceux avec !), des socialistes de gauche, des républicains et des écologistes clairement positionnés. Un tel mouvement pourrait être le sel de la terre sociale, le rassembleur des "forces du travail, de la jeunesse et de la culture" (les mots de Santiago Carillo demeurent sensés). Le Pcf sortant de scène avec honneur pour s'unir à plus grand (au sens moral) que lui, voilà l'acte fort qui bousculerait le politique et la politique. Aucun renoncement à Marx qui n'assimilait pas le "parti" à une structure extérieure et supérieure à la classe et au peuple ! Communistes d'hier et d'aujourd'hui, du moins ceux d'entre-vous tournés vers l'avenir, décidés à tourner la page, à ouvrir une nouvelle époque, que pensez-vous de ce remède de cheval: pour continuer le communisme, ne faut-il pas dissoudre le Pcf ?

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lundi 29 septembre 2008

La gauche dans la décomposition sociale, par A. Le Pors

Intervention d’Anicet Le Pors, ancien ministre, Université d’été du MRC, Belfort, 6 septembre 2008.

Proposer comme premier thème de cette rencontre l’analyse de « l’état de la gauche » depuis un quart de siècle me conduit à trois remarques préliminaires.

Premièrement, la situation de crise – plutôt de décomposition sociale – ne concerne pas spécifiquement la gauche mais la société tout entière ; accréditer l’idée que les difficultés de la gauche devraient être recherchées essentiellement et prioritairement en son sein relèverait, à mon avis d’une démarche erronée.

Deuxièmement, l’analyse ne doit pas être centrée sur les organisations, les appareils, les stratégies d’alliances qui m’apparaissent secondaires et dérisoires, mais sur les causes de la décomposition et les conditions de la recomposition sociale, ce qui ne correspond ni aux mêmes préoccupations ni aux mêmes échéances.

Troisièmement, il faut se garder de plaquer des grilles de lecture anciennes sur les réalités nouvelles – a fortiori sur les perspectives – l’histoire ne se développe pas de manière linéaire, mais de plus en plus sur le mode aléatoire, animée par des contradictions fortes et multiples qui valorisent l’événement, même si on peut continuer de penser qu’en définitive ce sont les hommes et les femmes qui font l’histoire.

J’essaie par conséquent de placer l’analyse sur les questions fondamentales du mouvement historique, sur le très long terme et en m’attachant spécialement à ce qui est nouveau dans ce mouvement. Pour me faire comprendre plus simplement : en recherche de l’essentiel, je n’évoquerai pas les élections présidentielles de 2012.

À quel moment de l’histoire sommes-nous ?

Je n’ai évidemment pas la prétention d’apporter une réponse à cette question. Je veux seulement souligner qu’elle est primordiale et qu’elle doit donc constituer le point de départ de tout raisonnement politique sur l’état actuel de la société et, partant, sur les réponses à apporter.

Pour ce qui me concerne, cela me conduit à opérer un retour aux sources et à m’interroger sur ce qui a été longtemps le fond idéologique de mes convictions : le séquençage qu’opérait le matérialisme historique sur la base de l’analyse marxiste des rapports et des modes de production qui définissait un sens de l’histoire inéluctable faisant se succéder : féodalisme, capitalisme, socialisme et communisme. Cette vision quelque peu dogmatique et insuffisante avait au moins le mérite d’obliger à caractériser chacune de ces étapes, ce qui conduisait à distinguer les différents sous-modèles du capitalisme (de concurrence, de monopole, monopoliste d’État – le CME), et à dire en quoi consistait le socialisme avec notamment la condition nécessaire sinon suffisante de la propriété publique des grands moyens de production, d’échange et de financement. La question qui se pose aujourd’hui est : quelle part de validité conserve cette analyse à laquelle bien peu, à gauche, font aujourd’hui référence ?

De nombreux auteurs ont situé leur analyse en longue période. Je laisse de côté les « déclinologues » aux objectifs trop évidemment intéressés. Je ne retiens pas non plus La fin de l’histoire de Francis Fukuyama (1), et Le choc des civilisations de Samuel Huntington par trop instrumentalisés (2), pour leur préférer Marcel Gauchet. L’auteur du Désenchantement du monde nous propose une interprétation qui me semble pouvoir nous être plus utile. Il ne procède pas à un découpage de l’histoire en périodes successives, mais il tente d’identifier des mouvements qui se superposent, des traits de la période précédente persistant dans la période suivante. Le sens général consiste en un passage de l’hétéronomie (une société sacralisée par le droit divin) à l’autonomie (par émergence et affirmation des droits individuels et de l’État). Il périodise le long effort des sociétés développées pour s’extraire du pouvoir religieux jusqu’à en retrouver la manifestation persistante dans les totalitarismes de classe du XX° siècle. Dans son dernier ouvrage L’avènement de la démocratie, il entreprend de dégager les déterminants de la période à venir (3).

Dans le même esprit, je retiendrai René Rémond qui, dans son livre Regard sur le siècle fixe le début du XX° siècle à la guerre de 1914-1918 et à la révolution soviétique de 1917, son achèvement à la chute du mur de Berlin en 1989 et à la disparition de l’Union soviétique en 1991. Il le considère comme un siècle prométhéen où l’homme, sous différentes inspirations rationalisantes, a prétendu maîtriser son destin en affirmant son pouvoir sur la nature et la détermination de son histoire, grâce notamment à la science, au progrès et au culte du peuple. L’échec de cette tentative nous laisse désemparés au début de ce siècle, certains ayant prétendu, par ailleurs, qu’après l’expérience matérialiste, il serait spirituel ou ne serait pas, balancement un peu trop facile et simpliste.

Aucune de ces analyses ne nous donne les clés de l’avenir, mais je les ai évoquées pour caractériser le cadre méthodologique dans lequel, de mon point de vue, il convient de se situer. Nous sommes actuellement dans une longue période de décomposition sociale faisant suite aux expériences prométhéennes du siècle dernier, décomposition qu’il nous faut mieux comprendre à défaut de pouvoir dès maintenant la dépasser.

En quoi consiste la décomposition sociale qui nous sert de contexte ?

Les symptômes en sont multiples caractérisant à la fois une crise de la citoyenneté avec « perte des repères », crise des représentations notamment de la forme « parti », crise des médiations associatives, scolaires, familiales. S’il n’existe pas aujourd’hui d’interprétation globale de cette décomposition, du moins peut-on tenter d’en identifier certaines causes majeures. Pour ma part j’en retiendrai cinq.

C’est, en premier lieu, la relativisation de l’État-nation dans le processus de mondialisation. La mondialisation est une donnée sans précédent qui identifie notre époque. « La Terre étant une sphère, ne permet pas aux hommes de se disperser à l’infini, mais les contraint à supporter malgré tout leur propre coexistence » avertissait déjà Emmanuel Kant en 1795. Les affirmations nationales n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles ne sont plus aussi indiscutablement des références, soit qu’elles se soient affaiblies (on ne mourrait plus aussi délibérément pour la patrie dans des sociétés comme la nôtre), soit qu’elles s’exacerbent dans un nationalisme régressif. Cela n’est pas contradictoire avec le fait que l’on peut considérer que la nation, concurrencée aux niveaux infra et supranationaux, est et demeure le niveau le plus pertinent d’articulation du particulier et du général.

En deuxième lieu, la dénaturation du concept de classe sociale oblige à remettre sur le chantier l’analyse du procès de travail et la sociologie du monde du travail. La définition marxiste de la classe par référence aux rapports de production, eux-mêmes déterminés par la propriété des moyens de production, garde une pertinence certaine à la condition d’élargir le champ de l’analyse à celui où s’observe la confrontation du capital et du travail : le monde entier. Les classes se sont complexifiées, technicisées, aussi bien en ce qui concerne la bourgeoisie que la classe ouvrière. Cette dernière confère moins simplement que par le passé une citoyenneté de substitution à ceux qui étaient traditionnellement écartés de l’exercice du pouvoir.

En troisième lieu, les bouleversements spatiaux et géopolitiques modifient fortement les conditions de la transformation sociale. J’entends par là, aussi bien les changements intervenus dans les rapports des grandes puissances et la structuration de leurs échanges, que ceux constatés dans l’organisation et les relations des collectivités territoriales ou encore les transformations urbanistiques des dernières décennies, voire la mise en cause de l’écosystème mondial. L’image de la force tranquille sur fond de village rural ne correspond plus vraiment aux conditions de vie de nos concitoyens. Dans le monde, les zones de surpeuplement vont de pair avec des désertifications de grande ampleur.

En quatrième lieu, des changements dans le domaine des mœurs et des mentalités sont intervenus dans une période historiquement très courte et promettent d’évoluer encore de façon considérable dans le couple et la famille qui était traditionnellement, avec l’école, les lieux privilégiés de formation à la citoyenneté.

Enfin, en cinquième lieu, l’affaiblissement des grandes idéologies de caractère messianique est sans doute le facteur qui marque le plus significativement notre époque. Les ajustements successifs apportés à la théorie néoclassique (concurrence imparfaite, biens collectifs, effets externes, avantages non-marchands) ne sont pas parvenus à réduire l’écart croissant entre théorie et réalité ; dès lors la théorie s’est faite normative. Mais il est vrai que les libéraux ont moins de besoins théoriques que les planificateurs, la communication sur quelques thèmes bien choisis leur suffit, le marché faisant le reste, c’est-à-dire l’essentiel. Par ailleurs, les limites financières sur lesquelles bute aujourd’hui l’État providence ont pour effet de réduire la base idéologique sur laquelle la social-démocratie prétendait fonder une politique de redistribution au service d’une plus grande justice sociale. Enfin, la tension, classique en France notamment, entre marxisme et catholicisme s’est beaucoup affaiblie ; la contradiction entre ces deux principaux pôles de la vie politique nationale est devenue moins féconde sans que de nouveaux antagonismes s’y soient substitués avec la même force.

Que faire ?

Il y aura des élections dans quelques semaines, quelques mois, les prochaines années ; nous élaborerons des programmes et soutiendrons des candidats. Il est normal que des ambitions veuillent se traduire en mandats, mais tout compte fait il s’agit d’un jeu à somme nulle qui n’indique aucun sens dans des conditions où l’on conquiert le pouvoir au centre et la bonne conscience aux extrémités. « Vanité des vanités », là n’est pas l’essentiel. Alors que faire ?

Deux voies de recherche s’ouvrent naturellement.

La première, incontournable, consiste à travailler sur la décomposition, pour analyser les forces qui y siègent, les contradictions qui l’animent, aider ainsi à se situer sur le bon terme afin d’anticiper la recomposition et conjurer l’avènement toujours possible des monstres. C’est dans cet esprit que j’ai écrit, il y a quinze ans Pendant la mue le serpent est aveugle (5), et plus récemment, Éloge de l’échec (6).

La seconde voie de recherche est celle de la recomposition. Elle consisterait à entreprendre un travail de refondation idéologique qui serait susceptible de re-identifier des forces de recomposition sociale dans lesquelles on pourrait reconnaître la gauche. Il s’agit là d’une entreprise de grande ampleur. Pour ma part, je retiens sept chantiers (on pourrait parler des « fondamentaux de la gauche ») sur lesquels j’ai réalisé un certain nombre de travaux, mais qui sont sans commune mesure avec le travail collectif qu’il conviendrait, à mon avis, d’entreprendre. Je ne peux, ici, que les énumérer.

Premièrement, nous devons nous saisir de la notion d’intérêt général qui est tout sauf consensuelle, notamment en ce qui concerne la défense et la promotion de son vecteur principal : le service public. La France a une longue tradition en la matière qu’il convient de prolonger et d’enrichir, d’autant plus qu’elle est sévèrement contestée par le pouvoir sarkozyste. Un mouvement important est amorcé avec la pétition « Le service public notre richesse » lancée par une soixantaine de personnalités d’horizons très divers et déjà signée par plus de 40 000 personnes. Je souhaite bien évidemment que le MRC et ses adhérents s’y associent (7). Dans un monde de plus en plus interdépendant, le XXI° siècle pourrait et devrait être l’ « âge d’or » du service public.

Deuxième question intimement liée à la précédente : celle de l’appropriation sociale, concept que j’avance non pour le substituer à celui de propriété publique mais pour l’enrichir en tenant compte des enseignements de l’expérience, notamment des nationalisations réalisées en 1982. Il est loin le temps où le PS soutenait que « Là où est la propriété, là est le pouvoir » et où le PCF faisait de la réalisation d’un « seuil minimum de nationalisations » la condition de tout changement radical significatif. On ne conteste plus que le gouvernement de Lionel Jospin a privatisé plus que les gouvernements Juppé et Balladur. Aujourd’hui, seuls les capitalistes accordent de l’importance à la propriété. La gauche a abandonné le chantier si j’excepte une brochure de la Fondation Copernic sur L’appropriation sociale à laquelle j’ai contribué en 2002 (8). Bien sûr, l’appropriation sociale devrait de plus en plus s’effectuer sur une base internationale voir mondiale et concerner un certain nombre de biens publics tels que : l’eau, certaines ressources du sol et du sous-sol, la production de nombre de biens et de services, sans pour autant exclure, bien entendu, de nouvelles nationalisations.

Troisièmement, la citoyenneté est un thème de prédilection du MRC et il était à la mode, il y a quelques années sans que ses utilisateurs aient fait preuve de beaucoup de rigueur dans sa pratique. Ce concept n’est évidemment pas donné une fois pour toutes et doit faire l’objet d’une réflexion permanente sur ses dimensions constitutives : ses valeurs, les moyens de son exercice, sa dynamique dans une Europe et un monde de plus en plus interdépendants ce qui doit conduire, à mon sens, à s’intéresser corrélativement au concept de « subsidiarité démocratique ». L’un des avantages de la crise est aujourd’hui de renvoyer vers le sujet la responsabilité de la reconstitution de la citoyenneté sur la base de ses engagements multiples et singuliers que l’on pourrait considérer comme son « génome de citoyenneté ». J’ai écrit un « Que sais-je ? » sur la citoyenneté auquel je renvoie (9). On lira avec profit ce que dit sur le même sujet le prix Nobel d’économie Amartya-Sen dans son dernier livre Identité et violence (10).

Quatrièmement, je détache le principe de laïcité de la citoyenneté en raison de son importance particulière dans la recomposition. Les diverses déclarations du Président de la République sur le sujet mettent plus que jamais la question à l’ordre du jour, mais un trouble me semble s’installer au sein de la gauche elle-même où s’expriment des positions tendant par exemple à demander à l’État de faire respecter le principe d’égalité entre religions ce qui, à mon avis, contrevient à celui de laïcité. Plus généralement, les prises de positions invitant la France à ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ou la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires me semble participer d’une dérive communautariste qui n’est pas acceptable pour ceux qui soutiennent, comme je le fais, la vocation de la laïcité à l’universalité.

Cinquièmement, dans un monde où se développent les échanges de biens, de services et de financements, la circulation des hommes rend inévitable une approche des questions de l’immigration et de l’asile plus ouverte. Nous sommes plusieurs ici, praticiens du droit d’asile à la Cour nationale du droit d’asile, à connaître la difficulté de se situer entre deux positions opposées également inacceptables : une naïveté qui laisserait le champ libre aux menées des dictateurs et des maffias et une rigueur qui confinerait à la xénophobie. Droit de cité et droit d’asile sont inséparables. C’est dans cet esprit que j’ai rédigé, avec celui sur la citoyenneté, un « Que sais-je ? » sur Le droit d’asile (11).

Sixièmement, la question institutionnelle, qu’il était de bon ton, il y a peu, de considérer comme secondaire au regard des questions sociales, ne saurait aujourd’hui être éludée après ses derniers développements ; je pense en particulier aux fantaisies des uns et des autres sur le thème de la VI° République et surtout au récent débat sur la loi constitutionnelle qui a engagé la constitutionnalisation du sarkozysme (12). Après le « parlementarisme rationalisé » de ses débuts, la « monarchie aléatoire » des cohabitations, on est aujourd’hui dans une « dérive bonapartiste » de la V° République qu’elle portait d’ailleurs en elle dès ses origines. Je ne vois pas comment aujourd’hui une recomposition de la gauche pourrait s’accommoder de ces institutions, a fortiori d’un régime plus franchement présidentiel. Favorable à un régime franchement parlementaire, je suis évidemment en franc désaccord avec la position officielle du MRC sur ce sujet.

Enfin, septièmement, dans l’esprit de mes remarques préliminaires, un travail important doit être réalisé pour parvenir à une interprétation de la mondialisation qui se dégage des stéréotypes actuels d’une mondialisation réduite à celle du capital et reçue comme une fatalité. Sans doute la mondialisation libérale tend-elle à occuper l’ensemble du champ des échanges marchands. Mais la mondialisation n’est pas seulement celle du capital pour importante qu’elle soit. Elle concerne tous les domaines de l’activité humaine : les communications, les échanges culturels, la solidarité humanitaire, etc. Dans le même temps, l’idéologie des droits de l’homme a envahi l’espace laissé libre par l’affaissement des grandes idéologies messianiques. Loin de moi l’idée de récuser la référence aux droits de l’homme tels qu’ils s’expriment dans les divers textes qui les consacrent, a fortiori de parler de manière péjorative de « droit-de-l’hommisme » comme certains le font parfois. Mais nous devons aussi rester lucides : les droits de l’homme constituent un ensemble confus en droit positif, sans passé historiquement traçable et non porteur de projet de société. Marcel Gauchet va jusqu’à dire que les droits de l’homme jouent dans la sphère sociale le rôle de régulateur qui est celui du marché dans la sphère économique (13). Rony Brauman déclarait récemment lui aussi que les droits de l’homme ne sauraient constituer à eux seuls une plateforme politique. Je partage ce point de vue.

Mais, et c’est sans doute le plus important pour l’avenir, il y a une prise de conscience croissante de l’unité de destin du genre humain, de la finitude de la planète, d’un « en commun » à définir politiquement, qui donne un sens constructif à la mondialisation à venir. De l’ « en commun » au « communisme », il n’y aurait qu’un pas. Un mot qui, aujourd’hui, subit son passé (14), mais je n’exclue pas qu’il puisse revenir à l’ordre du jour au cours du siècle engagé. Bref, au nom du principe de précaution, un mot à protéger.

1) Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Flamarion, 1992.

2) Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

3) Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985 et L’avènement de la démocratie, tomes I et II, Gallimard, 2007.

4) René Rémond, Regard sur le siècle, Presses de Sciences Po, 2000.

5) Anicet Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, 1994.

6) Anicet Le Pors, Éloge de l’échec, Le Temps des Cerises, 2001.

7) Pour tout contact : contact@service-public-notre-richesse.fr ainsi que http://service-public-notre-richesse.fr/

8) L’appropriation sociale (en coll.), Éd. Syllepse et Fondation Copernic, 2002.

9) Anicet Le Pors, La citoyenneté, PUF, coll. Que sais-je ?, 2005 (3° éd.).

10) Amartya Sen, Identité et violence, Odile Jacob, 2007.

11) Anicet Le Pors, Le droit d’asile, PUF, coll. Que sais-je ?, 2008 (2° éd.).

12) Anicet Le Pors, « Le sarkozysme en voie de constitutionnalisation », L’Humanité, 4 août 2008.

13) Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Gallimard, « Tel », 2002.

14) On trouvera un développement de cette idée dans : Anicet Le Pors, « Que reste-t-il du communisme ? », Géopolitique n° 80, PUF, octobre-décembre 2002 ; disponible sur le blog : http://www.anicetlepors.blog.lemonde.fr

Anicet Le Pors

Intervention aimablement transmise par le bloc-note : http://www.mrc38.com/ sur http://www.betapolitique.fr/


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