A l'indépendant

Une révolution est d'abord, pour une société, ce qu'une conversion est pour l'individu: changer le but et le sens de la vie (Roger Garaudy)

vendredi 11 décembre 2009

Pour le socialisme du 21e siècle, une Ve Internationale ?

Lors de la rencontre internationale des partis de gauche tenue du 19 au 21 novembre 2009 à Caracas, le président du Venezuela Hugo Chavez a lancé l’idée de la création d’une V Internationale pour la construction du socialisme du 21eme siècle. Il a ainsi proposé l’organisation par le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) de la tenue d’une rencontre mondiale, à Caracas en avril 2010, pour initier la constitution de cette instance qui portera un projet anticapitaliste.

Pour Chavez, il n’y pas de temps à perdre pour la création d’une «nouvelle organisation qui corresponde au temps et aux défis que nous vivons, et qui soit un instrument d’unification et d’articulation de la lutte des peuples pour sauver cette planète». Il a déclaré aussi que le « capitalisme est une menace pour le futur de la race humaine » et a considéré qu’actuellement « l’épicentre de la révolution est en Amérique latine, particulièrement au Venezuela ».

Si la Vème Internationale voit le jour l’année prochaine en Amérique latine, elle deviendra de fait la première instance des travailleurs créée en dehors de l’Europe. Pour rappel, la première Internationale a été fondée par Marx en 1864 à Londres, la deuxième par Engels en 1889 à Paris, la troisième par Lénine en 1919 à Moscou et la quatrième par Trotsky en 1938 à Paris. Ces Internationales ont vu le jour dans un contexte marqué par un activisme effervescent du mouvement ouvrier européen qui était en position de prendre le pouvoir, comme il fut le cas en Russie impériale en Octobre 1917.

En fait, l’idée d’une nouvelle internationale a été déjà proposée deux ans auparavant par le sociologue Michael Löwy, membre de la IV Internationale. « La Cinquième Internationale n’est pas le spectre rouge qui hante l’Europe et le monde dont parlait Marx dans le Manifeste communiste, mais c’est une idée qui commence à circuler. Voici peu de temps, un journal patronal français, le  » Bulletin des industriels de la métallurgie  » parlait du danger d’une Cinquième Internationale. On ne sait pas d’où il sortait cette idée », avait-il écrit. Par la voix de François Sabado, le Nouveau Parti Anticapitaliste, section française de la IV Internationale, a répondu oui à l’appel de Chavez.

Bien que le mouvement altermondialiste ait réussi à créer à travers les forums des rencontres qui lient des expériences de luttes menées un peu partout dans le monde, l’idée de Chavez apporte un nouvel espoir dans le camp du mouvement anticapitaliste. 2O ans après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS ainsi que l’atomisation de la III Internationale (appelée aussi l’Internationale Communiste), l’implication du Venezuela de Chavez dans l’unification des luttes au niveau mondial donnera éventuellement naissance à l’Internationale des opprimés du XXI siècle.

Mohammed Yefsah

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mardi 10 novembre 2009

L'autre débat...

Un site dont je ne partage pas toutes les options politiques ou philosophiques mais intéressant pour répondre sur le fond au "débat" suscité par Eric Besson:

http://identiteinternationale.net/
 

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mercredi 30 septembre 2009

Teilhard de Chardin et les courants ethniques

Teilhard de Chardin croyait en une synthèse de l’humanité qui lui donnerait enfin un esprit unique, une âme unifiée. Cependant, il distinguait fondamentalement cette synthèse d’un projet de fusion, et il rejetait avec la dernière énergie toute forme de massification dépersonnalisante, comme celle qu’à ses yeux favorisait la doctrine de Karl Marx. Il désapprouvait toute tendance à l’uniformisation.

Teilhard4.jpgIl affirmait, de fait, que la synthèse finale accomplirait l’individu dans sa spécificité, mais aussi les cultures ethniques. En effet, “Zoologiquement parlant, pourrait-on dire, le groupe humain peut se définir comme le produit d’une ramification (spéciation) constante, constamment surmontée et synthétisée par convergence en milieu spatialement et psychiquement courbe.” Et ainsi, “il faut tenir compte du fait que, non seulement individuellement, mais encore ethniquement, les hommes représentent des éléments complémentaires (...). Par suite de sa structure ramifiée, l’Humanité est formée, si l’on peut dire, d’un grand nombre d’‘isotopes’ réfléchis, - chacun doué de ses vertus particulières. Et ne pas tenir compte de cette diversité des écailles humaines pour en surveiller et assurer le développement en proportions convenables serait aussi grave que de chercher à contrarier la double force, externe et interne, qui les oblige à se reployer sur soi.”

C’est assez clair. La vraie synthèse, et donc un universalisme authentique ne peuvent passer que par le respect des spécificités culturelles de tous les groupes humains, parce que le progrès vers l’Unité ne peut se faire que par le développement des vertus propres à chacun d’eux. En aucun cas, il n’est possible de sacrifier l’humanité particulière à l’humanité globale, puisque la seconde n’est que l’accomplissement de la première.

On peut toujours contester qu’une culture ou une autre puisse se relier à l’universel: mais cette idée est l’essence du colonialisme, je pense.

Le projet de Teilhard est ambitieux, mais il a raison de dire, ailleurs, qu’il est le seul qui soit logique et cohérent, et donc, réalisable. Toute voie apparemment plus facile, plus réaliste, manque le but. La base de l’humanité unifiée ne peut être que la fraternité: non la soumission à un centre décrété relié au divin a priori. Et ici, je ne vise pas forcément ce qui s’affiche officiellement comme religion.

http://remimogenet.blog.tdg.ch/


et aussi sur le même blog et toujours à propos de Teilhard: http://remimogenet.blog.24heures.ch/archive/2009/10/02/science-et-christ-et-teilhard-de-chardin.html



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dimanche 27 septembre 2009

Les masques de guerre, par Michel Peyret



Les peuples ont la nausée de vos masques , chants , tam-tam et danses de guerre !

Ils ont dit maintes et maintes fois : « Maintenant , c'est la Der , la Der des Der ! »

Et chaque fois , vous avez « remis le couvert » , de façon toujours plus ignoble , toujours plus mensongère , toujours plus dramatique , toujours plus horrible .

Ils auraient pu rire du spectacle de vos pantomimes de plus en plus médiatisées , bassement , piètrement exécutées et répercutées par des médias toujours plus domestiqués et abêtissants .

La politique du spectacle n'en finit pourtant pas , même dans sa dégénérescence de plus en plus accentuée .


CERTES , ON SAIT BIEN...

Certes , on sait bien que les productions , ô combien coûteuses , des complexes militaro-industriels ont besoin d'être détruites , et donc utilisées , pour pouvoir être renouvelées et donner naissance à de nouvelles sources de profit !

Certes , on sait bien que la Courbe de Hubbert de la production pétrolière et gazeuse a pris son option descendante et qu'il convient en conséquence de s'assurer le contrôle des réserves qui n'ont pas encore été gâchées par votre productivisme acharné alors même qu'aucune alternative énergétique sérieuse n'est encore programmée !

Certes , on sait bien que votre système et la « civilisation » qu'il a générée sont en crise , celle que provoque la baisse tendancielle du taux de profit quand toutes les contre-tendances , y compris les plus tordues financièrement , ont fini par l'approfondir dans les plus éloignés de ses dessous !

Certes , on sait bien que la sur-accumulation des capitaux qui en résulte a besoin d'une dévalorisation massive de ces capitaux , c'est-à-dire jusqu'à leur destruction massive sous toutes ses formes !

Certes , on sait bien que la guerre , les guerres , peuvent être le prétexte rêvé , sinon la cause réelle de cette destruction-dévalorisation de capital qui permet au capital survivant de retrouver un taux de profit convenable et la reprise de l'accumulation... jusqu'à la crise suivante !

Certes , on sait bien que le prochain affrontement a de fortes « chances » d'être le dernier si l'on considère les stocks d'armes nucléaires accumulées... et non détruites selon ce que prévoyaient les accords internationaux que vous avez vous-mêmes signés...!

Certes , on sait bien que le Ben Laden , issu de l'une des plus estimées et riches familles d'Arabie saoudite , a terminé son rôle dans une certaine décrépitude alors que ses débuts florissants avaient pu justifier la destruction du World Trade Center... et les guerres punitives qui en étaient résulté .

Certes , on sait que vous avez besoin d'un nouvel « bouc-émissaire » qui permettrait de donner l'ordre de départ aux bombardiers et autres sous-marins israéliens porteurs d'armes nucléaires destinées à vitrifier les témoignages d'une des plus anciennes civilisations de notre humanité .


NOUS SORTONS DU SIECLE DES GENOCIDES

Nos souffles restent « suspendus » tant vous avez l'art et la manière d'accommoder cette sauce guerrière aux meilleurs épices régionaux dans la variété de leurs arômes !

Ils n'oseront pas , me dit-on .

Mais ils ont déjà osé dans la passé bien qu'ils aient bien mesuré l'ampleur des dégâts que permettaient les technologies existantes !

Ne sortons-nous pas du « siècle des génocides » ?

Aussi , après ces quelques rappels en manière d'introduction , nous allons examiner quelques données sur l'ampleur de l'armement nucléaire de quelques pays et les comparer avec celles de ce « pelé , ce galeux d'où venait tout le mal » .



LES PAYS SIGNATAIRES DU TNP

Parmi les signataires du Traité de Non Prolifération Nucléaires , on trouve :

  • la Russie dotée de 16 000   armes , dont 5830 actives ,

  • Les Etats-Unis : 9962 dont   5735 actives ,

  • La France : 348 têtes   actives ,

  • Le Royaume-Uni : plus de   200 dont un peu moins de 200 actives ,

  • la République populaire de   Chine :environ 200 , dont environ 145 actives .


Pour les pays détenteurs non-signataires du TNP :

- L'Inde : 40 à 50 têtes , presque toutes actives ,

- Le Pakistan : 50 à 60 , presque toutes actives


LE PROGRAMME NUCLEAIRE D'ISRAEL

Selon Wikipédia , Israël dispose d'armes nucléaires dont une centaine seraient actives .

Selon un ancien technicien de la Centrale nucléaire de Dimona , Mordechaï Vanunu , Israël disposerait de plus de 200 bombes atomiques .

Cette déclaration lui a valu une condamnation pour espionnage et trahison et une peine de prison de 18 ans .

Selon certaines sources , Israël aurait procédé , avec l'aide de l'Afrique du Sud , à un essai sous-marin dans l'Océan Indien le 22 septembre 1979 , connu sous le nom de l'Incident Vela , mais aucune certitude n'existe à ce sujet .

La position officielle israélienne a toujours été de ne pas confirmer ni infirmer les spéculations relatives à sa possession de l'arme atomique .

Le 6 décembre 2006 , Robert Gates , secrétaire à la défense américain déclarait lors de son audition au Sénat : « L'Iran est entouré de pays dotés de l'arme nucléaire : Le Pakistan à

l'Est , Israêl à l'ouest... » , une première pour un haut fonctionnaire américain .

Quelques jours plus tard , le 11 décembre 2006 , lors d'une interview de la chaîne de télévision N24 à propos des ambitions nucléaires iraniennes , Ehud Olmert déclarait : « Pourriez-vous dire que c'est la même chose que pour l'Amérique , la France , Israël et la Russie ? » .

Il a été obligé de corriger le déclaration de Robert Gates ainsi que son lapsus et a rappelé la position d'Israël sur le sujet : « Israël ne sera pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Proche-Orient . C'était notre position , c'est notre position , cela restera notre position . »



ET L'IRAN ?

L'Iran fait partie avec le Brésil , l'Algérie , l'Arabie saoudite , la Syrie , des pays soupçonnés de développer un programme militaire ;

Wikipédia précise :

« L'Iran essaye depuis plusieurs années de se procurer l'énergie atomique à des fins , officiellement , civiles .

« Cependant plusieurs membres de la Communauté internationale pensent que ce programme peut être utilisé pour développer l'arme nucléaire , notamment depuis la découverte de l'installation de recherche de Natanz , en août 2002 , qui n'avait pas été déclarée à l'AIEA .

« Une troïka européenne , composée de l'Allemagne , de la France et du Royaume-Uni , s'est formée et tente de pousser l'Iran à accepter un contrôle strict de son programme civil par des experts de L'AIEA .

« Israël et les Etats-Unis pour leur part laissent planer le déclenchement de représailles militaires si l'existence d'un programme militaire venait à être confirmé

« Au début du mois de janvier 2006 , l'Europe et les Etats-Unis se sont mis d'accord pour présenter l'affaire devant le Conseil de Sécurité de l'ONU . »



UNE LOGIQUE DE GUERRE

Dès décembre 2006 , Bernard Ravenel , dans « Pour la Palestine » , montrait que dès 2002 les Etats-Unis ont opté pour une politique de guerre active et « préventive » , de la péninsule arabe à l'Asie centrale .

« Dans ce contexte , précise-t-il , Israël doit jouer un rôle important sinon décisif .

« Déjà en 1982 , devant la guerre menée au Liban , le gouvernement du Likoud proposait une intervention contre l'Iran , après avoir bombardé le réacteur nucléaire de Tamouz en Irak .

« Mais avec l'existence de l'URSS , Washington hésitait .

« Aujourd'hui , entre la guerre en Irak et le soutien aux guerres israéliennes au Liban et en Palestine , les Etats-Unis de G.W. Bush visent à créer une situation de conflit permanent au Moyen-Orient .

« En fait , à partir de la non-résolution de la question palestinienne .

« Et l'Iran est devenu la cible centrale reposant , après Israêl , la question de la nucléarisation de la région avec toutes ses conséquences , y compris dans l'évolution de la stratégie des Etats-Unis et d' Israël .

« Comment arrêter la marche vers une catastrophe dont seraient victimes tous les peuples de la région ? »



POUR UNE ZONE LIBRE D'ARMES NUCLEAIRES AU MOYEN-ORIENT

Face à la logique de guerre , poursuit Bernard Ravenel , « risquant de devenir nucléaire , la seule réponse est celle d'une logique de paix construite par la négociation politique fondée sur l'application du droit.

« Mais dans l'immédiat , face au risque imminent , même reporté , de guerre nucléaire , la reprise de la proposition d'une zone libre d'armes nucléaires au Moyen-Orient devient une nécessité politique vitale .

« Cette proposition a été votée , à la demande pressante de l'Egypte en 1995 , à la conférence de révision du TNP , revotée en 2000 .

« En février 2006 , l'AIEA en a rappelé la nécessité , tout en rencontrant l'hostilité farouche d'Israêl soutenu par les Etats-Unis .

« Pour leur part , les pays européens l'ont promis aux Iraniens .

« Ils n'ont rien fait pour tenir leur engagement . »



L'IRAN POUR UN PLAN DE SECURITE

En diverses circonstances et avec détermination , les dirigeants de l'Iran ont fait des propositions allant en ce sens .

On comprend bien pourquoi ce pays , qui n'en a jamais agressé un autre , au moins dans les temps « modernes » , soit le plus en mesure d'être à l'initiative concernant la sécurité dans le Golfe Persique .

Ainsi , par exemple , en 2007 de nouveau , à l'occasion d'une réunion du Forum Mondial économique de Doha , un haut représentant du chef suprême de l'Iran a présenté un plan de sécurité en 10 points dont un prévoit expressément , et entre autres propositions , de mettre fin à la course aux armements dans la région «  et d'établir une coopération sérieuse parmi les pays régionaux pour un Moyen-Orient libre de tout ADM ( armes de destruction massives ) .



QUAND LA FRANCE TENAIT UN AUTRE LANGAGE

Il fut aussi un temps où les représentants de la France , moins inféodés , tenaient un autre langage que celui que l'on entend aujourd'hui .

Ainsi , par exemple , l'ambassadeur permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement déclarait-il à propos de la Résolution sur le Moyen-Orient le 4 mai 1998 que « la France est également convaincue que le création de zones exemptes d'armes nucléaires , internationalement reconnues sur la base d'arrangements librement négociés entre les Etats de la région considérée , renforce la paix et la sécurité mondiales et régionales . »

Et il se félicitait de la résolution 52/34 sur la création d'une telle zone dans la région du Moyen-Orient ….



DONNER TOUTE SA FORCE AU COMBAT POUR LA PAIX ET LE DESARMEMENT

Ainsi quelques repères sans entrer dans l'évolution récente dont nous avons dit toutefois qu'elle pourrait rapidement devenir aiguë .

Le peuple français a une longue tradition dans les luttes contre les guerres , pour la paix et le désarmement et certainement l'évolution de la gravité de la situation justifierait-elle à nouveau un engagement fort .

Il a aussi fait l'expérience que ces luttes-là sont également constitutives de l'ensemble des luttes sociales et politiques contre le capitalisme et sa crise .

Leur redonner toute leur dimension de lutte contre l'impérialisme aujourd'hui quand les périls ressurgissent ne peut que contribuer à renforcer leur caractère global visant à la transformation de la société.

Michel Peyret

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lundi 20 juillet 2009

Entrevue avec le Père Miguel D’Escoto: l'impérialisme est l'opposé de la Charte des Nations-Unies

Cette entrevue a été traduite en français par le père Claude Lacaille.  Ce n'est pas tous les jours qu'un prêtre en plein exercice de son sacerdoce, est président de l'Assemblée générale des Nations Unies.(Oscar Fortin)


par Benjamín Forcano  

    Il y a des années que nous nous sommes connus et que nous partageons l’amitié, les luttes et les utopies qui nous sont communes. Il n’est pas fréquent qu’un prêtre soit ministre des Affaires extérieures (dans la révolution sandiniste) et maintenant président de l’Assemblée des Nations-Unies. En mai dernier, il est arrivé à Madrid avec son équipe, et c’est avec surprise et une grande joie que j’ai reçu un appel de lui. Nous avions le temps de nous voir. Il m’a donné rendez-vous à l’hôtel, nous avons parlé et nous avons convenu qu’après avoir dîné au El Botín (le plus vieux restaurant de l’humanité, 1725), je pourrais l’interviewer. « Après avoir mangé et dégusté le cochon de lait », lui ajoutai-je. Oui, me dit-il. Nous irons chez toi. Voici une preuve de ce qui est important pour cet homme, peu importe les années et l’heure.

Miguel D’Escoto est né en Californie en 1933; il arrive au Nicaragua, la patrie de ses parents, en juin 1934, quelques quatre mois après l’assassinat de Sandino.

En 1953 il entre dans la Congrégation missionnaire de Maryknoll à New-York où il fut ordonné prêtre en 1961.

Envoyé au Chili en 1963, il fonde l’Institut national d’action de quartier et de recherche. (INAP) et il se consacre à travailler dans les campements « champignons » et les quartiers les plus pauvres de la périphérie de Santiago et d’autres villes telles que Chillán, Concepción et Temuco, au sud du Chili.

En 1970, il crée la maison d’édition ORBIS à New York,  laquelle est toujours considérée comme la plus importante aux États-Unis sur les thèmes touchant le tiers monde.

Même s’il demeurait à New York, il devient l’un des fondateurs du groupe des 12, intégré par des professionnels et des intellectuels démocratiques et progressistes, qui appuient la lutte libertaire du Front sandiniste de libération nationale.

En juillet 1979, il est nommé chancelier de la République, poste qu’il a occupé jusqu’en avril de 1990. Il a eu une participation importante dans les processus de paix de Contadora et d’Esquipulas et il a amené les États-Unis en Cour mondiale, obtenant la condamnation la plus forte dans l’histoire du droit international contre la politique étasunienne. 

Actuellement, le Père Miguel, en plus d’être membre du Conseil sandiniste national et de sa commission politique, organe maximum de direction du FSLN, il est conseiller du président Daniel Ortega Saavedra en relations extérieures et affaires limitrophes avec le rang de ministre.

En reconnaissance, il a été décoré par l’Ordre Carlos Fonseca Amador, le prix Alfonso Comín pour la paix, le prix Julio Cortázar pour la paix et la démocratie en Amérique latine et les Caraïbes, le prix Lénine pour la paix, la même année où ce prix fut attribué aussi à Julius Nyerere, dont la cause de canonisation est en cours), le prix Thomas Merton, l’Ordre du mérite centroaméricain remis par le parlement centroaméricain et bien d’autres.

(B.F.) Vous êtes prêtre et religieux et vous vous retrouvez aux Nations unies avec une grande responsabilité. Que vient faire un prêtre dans un poste politique?

(M.D.)Je crois qu’il faut profiter de tous les espaces pour porter notre message de fraternité, de solidarité et de paix entre les humains. En ce moment, nous vivons une série de crises convergentes, mais sous-jacente à toutes ces crises, la plus grande est la crise éthique.

Je suis convaincu qu’il en est ainsi parce que nous avons accepté que toute activité d’échange de biens et de services, l’activité économique, doit être exempte d’éthique, car celle-ci posséderait ses règles propres, une autonomie, qui l’amène à rejeter l’intervention des gouvernements. Par contre, moi je crois que ce qu’ils craignent le plus est l’intervention de l’éthique. C’est pourquoi la consigne fondamentale du capitalisme est que le négoce des affaires, ce sont les affaires, c’est-à-dire le profit. Il s’agit de maximiser le gain, ce qui nous a amené au chaos du moment présent. Tout le monde le comprend ainsi. Incroyable!

Que je sois un curé et en même temps président de l’Assemblée des Nations unies, du Groupe 192, (nombre des États membres) leur apparaît comme une chose providentielle et c’est en partie pour cela que j’ai été élu tant par les musulmans que les chrétiens et gens d’autres croyances. Il y a quelques mois, nous avons eu une Assemblée générale spéciale sur les principes nécessaires pour sauver le monde et nous sommes tombés d’accord pour dire que toutes nos traditions religieuses ou éthico-philosophiques recèlent des principes que nous avons trahis.

Je n’ai jamais été un politique, mais je ne crois pas que nous devrions empêcher que le message du Christ entre là aussi. Je suis et me considère toujours comme prêtre. En plus, le fait de devenir président ne m’est jamais passé par la tête; je ne le désirais pas et je n’y avais pas pensé. Je m’en suis rendu compte quand j’ai su qu’on moussait ma candidature. Je n’étais pas au courant. Alors, par la suite, on m’a demandé : que faisons-nous. Doit-on retirer votre candidature?

Comme je ne sais pas refuser et que j’ai une vocation de service et surtout de service à la cause des pauvres, bien que je pensais ne pas être élu, je me suis dit : au cas où, je dois me préparer. J’ai voyagé à New York, je suis allé voir Noam Chomsky, Stiglitz le grand économiste étasunien, prix Nobel d’économie, professeur à l’université de Columbia, mon Alma Mater… et je leur ai dit : Écoutez, je ne suis pas élu, mais il existe un danger que je le sois, et alors je dois être prêt.

(B.F)Mais les gens ne trouvent-ils pas curieux qu’un prêtre préside une Assemblée aussi civile et universelle?

(M.D.)Les gens ne trouvent pas cela curieux et moi non plus, parce que nous avons à porter notre message à toutes les sphères de l’activité humaine. Les gens aux Nations unies m’appellent seulement « père », ils n’ont pas à me dire « excellence » ni rien de semblable, ils me voient vieux et collaborent beaucoup, ils s’approchent et disent : « Père, c’est bon ce que vous avez dit, parce que nous autres, nous ne pouvons pas le dire, mais vous le pouvez, car vous avez une autorité morale comme religieux.

Au commencement, mes interventions résonnaient pour eux comme une prédication et moi, ce que je fais, c’est de me diriger à la communauté internationale comme un frère parmi d’autres qui les convoque et leur dit : Si nous voulons la paix, cessons de faire la guerre contre les pauvres, c’est là la paix fondamentale dont nous avons besoin, parce qu’il y a une guerre sans quartiers livrée par les riches contre les pauvres du monde.

(B.F) Comment jugez-vous le réveil des nations latino-américaines face à la politique impériale dans cette nouvelle période Obama?

(M.D.)Nous vivons le meilleur moment de l’histoire d’Amérique latine, un moment durant lequel le rêve de Bolivar, de Morazán et de Martí ne sont plus un simple rêve, mais s’est transformé en un projet réalisable dans lequel nous pouvons nous engager.

Pourquoi ce moment-ci? Je crois que nous sommes en train de voir les fruits de l’exemple et de la lutte de Fidel, diabolisé par l’Occident pour avoir prêché la solidarité. Fidel ne l’a pas seulement prêchée, il a prêché par l’exemple. Pour moi, et cela je le dis aux Nations unies, il est le héros mondial de la solidarité. Comme je voudrais pouvoir dire que mon Église est celle qui a porté la flamme de la solidarité ! Mais je ne peux le dire, parce que ce n’est pas vrai. Les plus hauts représentants de notre Église viennent aux Nations unies et rien! Il n’y a pas de souffle, pas de passion, pas de feu, tout est éteint et l’Esprit se sert des laïcs, même certains qui se disent agnostiques et non croyants.

Il me serait difficile de comprendre la révolution au Nicaragua si elle n’avait pas eu lieu à Cuba et par la suite aussi au Venezuela. Oui, nous sommes dans une bonne période, mais c’est une conséquence de cet engagement total d’humains que j’appelle humains de l’espérance, qui savent qu’un autre monde est possible et que c’est faisable. Mettre tous nos efforts à convertir cette utopie en réalité, ce qu’est Dieu, voilà la manière d’obtenir ce monde de fraternité et de justice.  

(B.F.) Face à la crise économique mondiale qui affecte surtout les pays appauvris, considérez-vous qu’il soit juste que seulement le Groupe des 20 se réunisse?

(M.D) Ce qu’on appelle le groupe des 20 ne s’est pas réuni pour résoudre la crise, mais pour voir comment sauver le système qui a causé la crise. Ils pensent que ce fut une erreur, qu’il s’agit d’un plus ou moins grand degré de réglementation, mais ce n’est pas le cas. Ce dont il s’agit c’est que le système, en soi, ne sert à rien. Notre Seigneur Jésus dans ses dernières paroles d’adieu, nous dit : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. L’amour est absolument indispensable pour que ce monde, selon le plan de Dieu, puisse fonctionner, mais nous ne l’avons pas accepté.

Aux Nations unies je leur ai dit plusieurs fois : La vérité la plus importante en ce monde c’est de reconnaître que nous sommes tous des frères et des sœurs, mais il faut reconnaître aussi les conséquences qui dérivent de cette vérité et les appliquer. Trahir les principes,  flirter avec les valeurs du capitalisme nous a amené à cela, à un problème fondamentalement éthique. La lutte maintenant est de créer un nouveau système qui placera l’être humain avec son bien-être et son bonheur au centre de toute activité humaine.

(B.F) Les guerres d’Irak et d’Afghanistan conditionnent beaucoup l’avenir des nations. Quels sont les raisons qui inspirent ces guerres-là?

(M.D.) En ce moment, selon les dernières enquêtes d’opinion, le prestige et l’image des Nations unies sont au plus bas, c’est le pire moment et cela coïncide avec l’image du pays hôte : les États-Unis sont à terre, répudiés, maintenant seulement il semble y apparaître un changement avec l’arrivée d’Obama.

Le fait que les Nations unies n’aient pas pu empêcher la guerre contre l’Afghanistan et ensuite la guerre contre l’Irak, et que le Conseil de sécurité n’ait rien fait pour dénoncer ce crime, - le pire crime qui existe en droit international!- voilà la preuve la plus criante de la crise qu’on a créé. On ne peut pas mépriser l’autorité des Nations unies. On a déclaré une guerre d’agression et une guerre d’agression est le pire acte de terrorisme qui soit. Néanmoins, les Nations unies n’incluent pas la guerre d’agression dans les 16 exemples de terrorisme.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak sont de flagrantes invasions pour s’emparer des ressources d’un pays et cela s’est passé sans aucune condamnation, parce que les crimes d’agression des États-Unis ne sont jamais condamnés. Par exemple, nous avons beaucoup entendu parler de l’holocauste et aussi du bombardement de Tokyo, avec les cylindres incendiaires lancés sur 60 cités japonaises lesquels ont brûlé plus de 6 millions de Japonais, et cela a culminé avec la bombe d’Hiroshima et de Nagasaki. Eh bien, le plus grand génocidaire de cet épisode, le général Curtis Limae, est le militaire le plus décoré des États-Unis, celui qui a passé le plus d’années à son poste, 17 ans; il est considéré comme un héros. Dans d’autres pays, les assassins sont traités comme tels, mais en Occident on est en train de s’accoutumer à cela.

Et où se trouve notre Église? Qu’a-t-elle à dire et à proposer sur ce point? Rien. Nous sommes un contre-témoignage, une raison de plus pour explorer des espaces qui nous sont offerts sans même les avoir cherché et en profiter.

(B.F.) Pensez vous qu’il existe des conflits et des guerres qui ne puissent pas se solutionner par le dialogue et la négociation?

(M.D.) Je crois qu’il est possible d’éviter la guerre, c’est la raison d’être des Nations unies et on a établi un code de comportement humain qui es la Charte des Nations unies, mais certains pays membres sont les plus grands violeurs de la Charte, parce qu’ils croient avoir plus de droits que d’autres du fait (et d’autres droits par le fait) de leur pouvoir économique et militaire.

La Charte des Nations Unies parle d’égalité souveraine de tous les États, indépendamment de leur dimension géographique et de leur pouvoir militaire ou économique. Ce qui manque le plus sont des personnes qui croient réellement dans les Nations unies et alors celle-ci pourra devenir la plus importante organisation dans le monde pour atteindre la paix.

(M.G.) Du point de vue de l’ONU que vous dirigez, quel avenir voyez-vous pour l’ONU?

(M.D.) Elle a un grand avenir, tout dépend de l’unité des uns et des autres. D’un côté, nous avons les pays du G20 et d’un autre le groupe des 172. Tout n’est pas perdu. Si nous nous unissons, nous le pouvons. Et c’est ce qu’on est en train de faire maintenant en juin, en présentant une nouvelle proposition pour une architecture financière, économique, commerciale, monétaire mondiale qui tienne compte des droits de tous les citoyens de la terre. Parce que ce qui se passe à l’heure actuelle c’est que ceux qui paient les conséquences des règles du jeu établies par quelques uns, ce sont justement ceux qui n’ont pas participé à l’établissement des ces règles. Et de plus, une fois perpétrée l’agression, que font les États-Unis? Ils n’ont pas d’argent pour la payer et alors ils impriment de l’argent sans répondant.

L’une des choses les plus importantes que nous allons obtenir lors de cette réunion des 24, 25 et 26 juin, c’est de nous mettre d’accord pour que le dollar ne puisse plus être la monnaie pour les réserves internationales, pas plus que pour les transactions internationales. Ce devra être une autre monnaie et sur cette question tous les pays du tiers monde vont être d’accord, et même quelques pays européens ainsi que la Chine, puisque ces derniers possèdent 40% de la dette étasunienne.

Le sujet des finances et de l’économie internationale était tabou à l’Assemblée générale. La réunion de Bretton Woods, réalisée il y a 64 ans, fut une réunion des Nations unies, mais la Charte n’avait pas encore été signée et ses membres n’étaient que 44. Les États-Unis ont imposé leur volonté, mais ce fut une réunion des Nations unies et c’est à cause de cela que la Charte fait référence à la Banque mondiale et au genre de coordination qu’il fallait avoir avec ECOSOC, l’Assemblée et tout le reste. Mais cela ne s’est pas réalisé.

Maintenant c’est la deuxième conférence des Nations unies sur le sujet. On m’a dit au Qatar : Nous demandons au président des Nations unies de convoquer une réunion du plus haut niveau et qu’on nous fasse des propositions concrètes sur comment nous devons commencer cette gouvernance économique, financière, commerciale et monétaire mondiale.

(B.F.) En ce temps de crise, comment voyez-vous le rôle de l’Église catholique? Qu’est-ce qu’elle devrait prioriser?

(M.D) Jésus de Nazareth a beaucoup à nous dire, parce que son message concerne le genre de relations à avoir entre nous. L’Église qui serait supposée exister pour proclamer, par son exemple et son message, les enseignements et l’exemple de Jésus, ne se rend-elle pas compte qu’elle a quelque chose à dire au monde?

Quand j’étudiais l’économie politique à l’université de Columbia, un économiste de l’époque commençait à dire : « Nous allons analyser les messages des principaux économistes qui ont contribué à nous amener là où nous sommes, mais je voudrais y ajouter l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, qui disait qu’il n’existe pas une propriété absolue sur rien, que Dieu est l’unique propriétaire de tout ce qui peut exister, que nous sommes des serviteurs et qu’il n’existe pas de cette propriété privée avec droit de gaspiller et de s’en servir à son caprice.

L’Église n’a pas eu besoin d’être persuadée par le Libéralisme de se tenir hors de ce terrain, elle s’en est exclue elle-même, mais ce qui est grave là-dessus, c’est qu’on a cessé de transmettre le message de Jésus et on parle comme si l’économie était quelque chose d’indépendant avec ses règles propres et que les normes évangéliques n’avaient rien à voir là dedans.

(B.F.) Les grandes religions disposent-elles de réserves éthico-spirituelles pour programmer un vivre ensemble entre les peuples qui soit plus égalitaire, juste et pacifique?

(M.D.) Le plus triste c’est que cette culture dominante a été conçue dans le sein de ce qu’on appelait autrefois la Chrétienté, à notre grande honte! Jamais n’y a-t-il eu quelque chose de plus contraire au christianisme que le capitalisme. Le capitalisme est péché! C’est la négation de l’Évangile. Le capitalisme te dit qu’être plus, c’est avoir plus. Rien de plus contraire à la doctrine de Jésus qui te dit : être plus, c’est avoir un cœur plus grand, pour pouvoir étreindre tout le monde. Je pense souvent que si Jésus notre Seigneur venait dans ce monde, il l’excommunierait.

(B.F.) Pedro Casaldáliga, dans un poème à Reagan, disait: Je jure par le sang de son Fils qu’un autre empire a tué et je jure par le sang de l’Amérique latine, grosse aujourd’hui d’aurores, que tu seras le dernier (grotesque) empereur. »

(M.D.)L’impérialisme est l’opposé de la Charte des Nations unies : les pratiques et les rêves impériaux vont à l’encontre la Charte et de notre rêve de créer un monde non violent. Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de violence pire que la violence impérialiste.

http://www.atrio.org/?p=1796

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dimanche 12 juillet 2009

Si j'étais un intellectuel occidental de gauche, par Fehti Garbi

Si j’étais un intellectuel occidental de gauche. j’abolirais le temps ravageur pour mieux savourer la constance de l’espace. Pour moi, il n y aurait plus ni passé barbare, ni présent sacrifié sur l’autel des félicités futures. Je brulerais les livres de Descartes et de Voltaire et je bâtirais un temple à la mémoire de Rousseau, ce grand visionnaire. Je renierais le mythe du progrès qui m’a piégé comme il a piégé tout autant mes pires ennemis que mes maîtres à penser. Des philosophes de l’envergure de Marx et de Engels n’ont pas pu s’empêcher de succomber aux charmes de ce mythe et à l’idéologie de la mission civilisatrice de l’occident. Lors de la défaite de l’émir Abdelkader en 1847, Engels s’est félicité de la soumission de l’Algérie au « progrès de la civilisation ». Pour lui la conquête de l’Algérie est un heureux évènement puisqu’elle participe de la victoire des nations civilisées sur les peuples arriérés. Dans ses articles sur l’Inde en 1853, Marx, considère le développement des forces productives européennes comme synonyme du progrès, dans la mesure où il nous conduit nécessairement au socialisme.

Contrairement aux apologistes du colonialisme, Marx n’occulte nullement les horreurs de la domination occidentale : « la misère infligée par les Anglais en Hindustan est essentiellement différente et d’une espèce infiniment plus intense que tout ce que l’Hindustan a pu souffrir avant ». Loin d’apporter un « progrès » social, la destruction capitaliste du tissu social traditionnel a aggravé les conditions de vie de la population. Cependant, en dernière analyse, malgré les crimes de l’Angleterre, celle-ci a été « un instrument inconscient de l’histoire » en introduisant les forces de production capitalistes en Inde et en provoquant une véritable révolution sociale dans une société asiatique frappée par la stagnation. Marx perçoit clairement la nature contradictoire du progrès capitaliste et n’ignore nullement son côté sinistre, mais il ne croit pas moins que le développement de la bourgeoisie à l’échelle mondiale est, en dernière analyse, historiquement progressiste dans la mesure où il prépare le chemin pour la « grande révolution sociale ».

Pour que les indigènes, êtres archaïques situés hors de l’histoire, deviennent sujets de l’histoire, ils doivent intégrer la modernité capitaliste en devenant des prolétaires. Et c’est cette mutation qu’assure la colonisation. Avec l’apparition de grandes usines et de manufactures de coton en Asie, les paysans indigènes vont s’entasser dans les bidonvilles. De là émergeront les prolétaires révolutionnaires aptes à devenir sujets de l’histoire et détruiront le système qui les opprime. Bien que critiquant l’aspect répressif du colonialisme, Marx et Engels n’ont fait que le légitimer historiquement. Seul le schéma historique européen était en mesure de conduire l’humanité à l’ultime libération ( féodalité, bourgeoisie, prolétariat, socialisme). Ce déterminisme exclue toute société ayant une évolution historique différente. La formation de la bourgeoisie devenant ainsi un passage obligé conduisant l’homme à son émancipation. C’est la globalisation du capital qui sonnera le glas de la bourgeoisie. La dictature du prolétariat se présente, un peu à l’image de l’apocalypse anéantissant le mal et ouvrant la voie au règne de la justice sur terre. Bien qu’ayant nuancé sa réflexion à la fin de sa vie, Marx n’en demeure pas moins un philosophe marqué par un eurocentrisme épistémologique prononcé.

Cette attitude pro-colonialiste entachera le comportement de la gauche et ternira son image auprès des peuples colonisés pendant une grande partie du 20eme siècle. En France, de Victor Hugo à Jules Ferry, Jean Jaurès, Léon Blum et bien d’autres, la colonisation était synonyme des lumières et adjuvant du progrès. C’est grâce à elle que les peuplades indigènes échapperont à la barbarie et à l’ignorance. Contre la politique de la SFIO, le parti communiste français avait été fondé, en 1920, sur des bases révolutionnaires et anticolonialistes, dans le sillage de la révolution d’Octobre. Le jeune parti s’engage fortement dans le combat contre les opérations coloniales françaises, en particulier contre la guerre du Rif, au Maroc, en 1923. Mais au moment de la constitution du Front populaire, on assiste à un changement radical dans la position du parti qui abondonne sa politique anticoloniale. Un mois après la répression sanglante des manifestations nationalistes de Sétif et Guelma de 1945 a lieu le Congrès du PCF. Le représentant du Parti communiste algérien, Caballero, y affirme : « Ceux qui réclament l’indépendance de l’Algérie sont des agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme. Nous ne voulons pas changer un cheval borgne pour un cheval aveugle ». Maurice Thorez affirme alors de son coté que les populations d’Afrique du Nord « savent que leur intérêt est dans l’union avec le peuple de France ». Pendant toute la durée du conflit algérien, le PCF réclame la « paix en Algérie » ou encore le « règlement pacifique de la question algérienne », passant sous silence la revendication primordiale de l’indépendance. Les députés communistes n’hesitent pas à voter en 1956 les pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet donnant ainsi le feu vert au massacre systématique des arabes algériens.

L’intelligentsia occidentale qu’elle soit de droite ou de gauche n’est pas en mesure de se départir d’un mythe tenace fondateur de la modernité, un monstre bicéphale associant euro centrisme et progrès. Avec les indépendances et sous l’effet produit par la lutte héroïque des peuples algérien et vietnamien, l’altérité perd magiquement sa barbarie et se meut en humanité idéale. Voilà que le Tiers-Monde sort du néant des anciennes colonies pour se voir investi des vertus les plus mirifiques. La gauche se construit ainsi un espace virtuel tout à fait coupé des réalités sociales et culturelles de ces pays et sur lequel elle va projeter ses fantasmes révolutionnaires. Le Tiers-Monde va en quelque sorte tenir lieu et place d’une classe ouvrière qui tarde à faire sa révolution. La jeunesse étudiante et même lycéenne du Tiers-Monde enfourche généreusement ce beau rêve sans se rendre compte qu’elle était complètement coupée de son univers socio-culturel.

La classe moyenne et les paysans n’ont jamais saisi ces concepts étranges venus d’ailleurs. En fait le Tiers-monde n’a jamais constitué pour l’intellectuel occidental une réalité palpable mais tout simplement une catégorie idéelle. Tout comme le barbare inventé de toute pièce pour essuyer le mépris et l’exploitation, l’homme du Tiers-Monde a servi de réceptacle à une pensée qui même si elle est généreuse elle n’en demeure pas moins une pure projection d’un débat qui n’émane ni de son histoire ni de sa culture. L’altérité, en fin de compte, a toujours été instrumentalisée, l’un la chosifie presque, l’autre l’idéalise mais aucun ne lui confère le statut de sujet . Une gauche qui se veut constructive est celle là même qui s’insurge contre la modernité. Il s’agit de reconstruire la pensée occidentale à partir du moment où elle a été biaisée par le mythe du progrès et toutes ces philosophies de l’histoire qui l’ont fondée. Le vrai débat, préalable au clivage libéralisme/socialisme est celui d’eurocentrisme/diversalité. Cinq siècles de préjugés nourris d’ethnocentrisme et d’eurocentrisme épistémologique doivent être déblayés.

Une lueur timide mais prometteuse pointe au ciel de l’ Amérique du Sud que ce soit sur le plan conceptuel ou sur le plan de la pratique sociale et politique. Malgré les sarcasmes de ses détracteurs, la gauche sud-américaine propose un socialisme de l’invention et non un socialisme de la compromission comme cela se passe en Europe. Pour un penseur comme Quijano, l’indépendance ne suffit pas si elle conserve les hiérarchies de pouvoir et de savoir. La décolonisation de l’esprit reste à faire... elle seule permettra d’échapper à l’emprise néo-coloniale.

En Bolivie la nouvelle constitution inaugure un modèle d’état plurinational et laisse tomber un État monoculturel dans lequel les classes sociales s’étaient constituées sur la base de la couleur de peau et des noms de famille. Les indigènes voient pour la première fois leurs langues reconnues. Leur justice communautaire a désormais le même statut que la justice ordinaire, à l’occidentale. Grâce à l’aide pédagogique de Cuba, l’analphabétisme a été complètement éradiqué au Venezuela et en Bolivie. Plus d’un million de sud-américains pauvres ont retrouvés la vues grâce aux médecins cubains et aux cliniques venezuelliennes... D’un autre coté, avec à la création d’organisations régionales comme l’ALBA et La Banque du Sud, un nombre de plus en plus important de pays du sous-continent tentent de développer un système d’échange et d’investissements équitables leur permettant d’échapper à l’emprise d’institutions financières comme la FMI et la Banque Mondiale.

La réussite de ce modèle d’intégration régionale semble inquiéter de plus en plus... On est alors en droit de se demander à qui profite le crime... celui de renverser le président du Honduras, membre de l’ALBA, par les moyens les plus archaïques : un coup d’état !!! Aurait-on donc épuisé toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ?...

Fethi Gharbi

legrandsoir.info

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vendredi 26 juin 2009

Iran: attendre des jours qui chantent

Sollicitée de donner son avis sur la situation en Iran, une amie algérienne me communique ce texte:


Succinctement, car je ne suis pas au fait des détails, et puisque vous voulez mon avis, il me semble que cette histoire de trucage des élections au profit de Ahmadinejad est un montage pour la façade du système, un clin d’œil à « l’Occident démocratique ». L’opinion occidentale étant regardante sur la forme, et sensible au discours de l’opposition ; notamment de l’opposition démocratique vraie ou fausse.

 

Souvent installée en Occident, terre d’exil ou d’élection, cette dernière appelle à l’aide au nom des Droits de l’homme et de la Démocratie. Pour autant, l’ingérence directe ne s’impose en tant que « solution inévitable » que lorsque les intérêts occidentaux l’exigent et que l’ingérence indirecte s’avère insuffisamment opérationnelle ou gratifiante.

 

 Ahmadinejad  a  bien été élu à la majorité écrasante, à mon sens, même si  bourrage des urnes, il y’a eu.  Non seulement sur volonté du régime qui a mobilisé les moyens de sa politique. Mais aussi, et surtout, pour des raisons de compatibilité : les gens élisent ceux qui leur ressemblent, en lesquels ils se reconnaissent. Sens de l’égalité et respect de soi obligent.

En effet, Ahmadinejad parle, s’habille et vit comme le peuple. C'est-à-dire, simplement. Selon les infos officielles, bien entendu.

 

Il est aussi, un  héros national. Celui qui titille l’égo du plus commun des iraniens: ne défie t’il pas, les USA et Israël pour l’intérêt national  et la grandeur de l’Iran ? Il incarne ce sens du sacrifice que les iraniens  glorifient en Ali, promu Prophète par le chiisme,  et qui leur rend si facile le martyre. Disciplinés, ils le sont jusqu’au sacrifice suprême ;  tout comme Ahmadinejad, paraît l’être.

 

Quant à Moussavi, c’est un inconnu qu’on sort de l’ombre pour les besoins de la cause. Premier Ministre sous Khomeiny, il a depuis disparu de la scène publique. Son intronisation sert  à fabriquer un futur présidentiable, pour injecter du sang neuf dans un sérail connu pour ses frasques et sa corruption, et à jeter de la poudre aux yeux d’une opposition et d’un Occident, suspicieux. Naïve, la rue qui prend le mirage  pour la réalité, répond présente : c’est dans la misère et l’ignorance que la manipulation tourne à fond.

 

Par conséquent, les deux adversaires, animés l’un et l’autre par sa propre ambition  ne s’opposent, réellement pourrait-on dire, qu’à titre personnel.  Pour le reste, Ahmadinejad ou Moussavi, c’est du pareil au même.  Issus du système  du Bazar  et des Mollahs, ils portent, à quelques différences prés, le même projet de société et donc le même programme: pérenniser  l’ordre établi.

 

Ainsi, s’il est des  pays où  le culte du marché amalgamé aux Droits de l’homme a pignon sur rue, en Iran c’est  le culte de la religion qui est le chef de la sauce politique.

Dans ce pays multiethnique et multilingue, conservateur et rompu par choix politique, mais pas seulement, au sens du religieux  dans sa grande majorité, la religion est décrétée  source du code de conduite et du mode de gouvernance.  Elle est en ce sens  le facteur  principal  de légitimation  du régime et donc du  contrôle pour toujours plus de pouvoir.  C’est pourquoi, à l’intérieur comme à l’extérieur, tout se joue au nom de la religion !

 

 Pour rappel, l’empire Iranien  a constitué à partir du V e siècle avant ère, l’entité politique territoriale indo-européenne,  la  plus étendue de l’antiquité.   Le rêve de restaurer cet empire est plus que jamais présent. A défaut, devenir un partenaire géostratégique incontournable et décisif dans la gestion des affaires du monde.  Les stratégies :

 

1-Se proclamer champion et gendarme de l’Islam; accuser l’Occident, USA en tête de satanisme.

 

 2-Déstabiliser les pays du  Moyen- orient (Palestine, Syrie, Irak, Liban, pays du Golfe, Arabie Saoudite),  ceux de  l’Asie mineure et d’Asie (Turquie, Afghanistan, Pakistan, Inde, Chine, ex-Républiques soviétiques)  et autres (pays issus du démantèlement de l’ex- Yougoslavie).

Et ce, par la manipulation des groupes chiites ou islamistes qui s’y trouvent  et dont les stratégies et techniques  guerrières, importées ou imposées par la conjoncture, sont exportées et affinées ailleurs. Partout,  elles sont instrumentalisées à nouveau, les mollahs n’étant  pas les seuls à  rêver de grandeur.

 

3-Jouer la Carte  nucléaire, en tant que moyen de négociation avec les USA, car :

 -  Amis d’Israël, qui bien qu’extraordinairement armé, craint l’avènement dudit nucléaire à ses frontières.

- Et Puissance dominante dans la région où elle  détient le monopole sur le pétrole, entre autres. En sus, des  bases militaires.

 

4-Jouer la Carte du nucléaire, en tant que moyen de ralliement ou de dissuasion des arabes et musulmans, par rapport à  ses visées de leadership et d’expansion.

 

5 - User des épouvantails ou épées de Damoclès précédents pour colmater les fissures sociales, susciter l’union et préserver la stabilité au plan interne.  

 

Et si des iraniens, en nombre de plus en plus effarant, crèvent de misère et de maladie et que des jeunes, en nombre à donner le vertige, se droguent et s’intoxiquent, pour supporter malvie et chômage, alors que pays est classé 4e producteur de pétrole et 2e exportateur de l’OPEP, cela incombe au décret divin. Il n’y a pas de quoi s’alarmer, c’est leur inéluctable destin. Du point de vue d’une lecture fataliste et biaisée des textes fondateurs de l’Islam, c’est aussi clair.

 

En conclusion, Ahmadinejad  est effectivement, par conviction, démagogie ou inconscience,  l’homme qu’il faut pour le régime des mollahs. En digne héritier et représentant, il s’est brillamment illustré dans tous les segments  sus-cités du programme politique qu’il avait à charge de réaliser.  A l’exception des franges occidentalisées ou en accointance avec des régimes non amis,  il l’est aussi pour les iraniens qui ont voté pour lui, par conviction ou par crainte.

Quant au peuple  de façon générale, mûré dans la malvie et la pauvreté, il devra attendre des jours qui chantent. Qui  ne sont pas pour demain. Encore moins, le leadership ou la grandeur de l’Iran.

 Les uns et les autres  requièrent la participation réfléchie et active du peuple à la vie sociale et politique de la nation. Laquelle participation dépend de la valeur qu’on reconnait et du respect qu’on accorde au peuple et par delà, à tout être vivant, du dehors comme du dedans.

D. K

                                                                      

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samedi 20 juin 2009

Elections en Iran : Et si Ahmadinejad avait vraiment gagné ?

par Robert PARRY

iran2

 

L’idée que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a volé sa réélection par la fraude aux dépens de la « révolution verte » de Mir-Hossein Mousavi – soutenu par les milieux intellectuels et les classes moyennes – est petit à petit en train de s’installer comme un fait acquis.

Et pourtant la forte participation, estimée à environ 85%, était présentée comme la garantie d’une victoire écrasante d’Ahmadinejad, considéré comme l’allié des iraniens plus traditionnels des classes ouvrières et paysannes.

C’est ce qu’affirment Ken Ballen and Patrick Doherty dans un article du Washington Post qui citent les conclusions d’un sondage qu’ils ont mené à travers tout le pays au mois de mai et qui prévoyait pratiquement la même avance en voix - de l’ordre de 2 pour 1 en faveur d’Ahmadinejad - que celle annoncée à la sortie des urnes.

Ballen et Doherty démolissent aussi un des principaux arguments avancés par de nombreux observateurs qui affirment qu’il y a eu fraude. Cet argument est que Mousavi, un Azeri, avait très certainement gagné dans les circonscriptions à majorité Azeri mais où Ahmadinejad est sorti vainqueur. Cependant, Ballen et Doherty rappellent que « notre sondage montre… que les deux tiers des Azeri préfèrent Ahmadinejad à Mousavi ».

Leur sondage contredit aussi une idée largement partagée par les grands média selon laquelle la jeunesse branchée sur Internet soutient Mousavi. Ils ont trouvé que seul 1 Iranien sur 3 a accès à l’Internet et que « les intentions de vote en faveur d’Ahmadinejad parmi les 18-24 ans étaient plus fortes que dans toute autre tranche d’âge de la population ».

Néanmoins, la précipitation des médias américains à parler de « fraude » est en train de créer une réalité politique à laquelle sont confrontées à la fois Washington et Téhéran. Un des jugements à l’emporte-pièce des médias est qu’Ahmadinejad a « volé » ces élections et que cela prouverait que les faucons israéliens et les néoconservateurs américains avaient raison lorsqu’ils affirmaient qu’il était impossible de traiter avec l’Iran d’une manière rationnelle, que le Président Barack Obama était le « grand perdant » et que le recours à la force est la seule option possible s’agissant de l’Iran.

Il est curieux de constater comment les médias américains s’intéressent soudainement à la régularité d’une élection alors que ces derniers ont ignoré, tourné en ridicule ou même couvert le vol de l’élection présidentielle de 2000 par George W. Bush ainsi que celle de 2004.

En 2000, la Floride – état contrôlé par le frère de Bush, Jeb, et ses partisans – fut le théatre d’irrégularités à grande échelle. Ensuite, lorsqu’un recomptage des voix a été initié, les hommes de campagne de Bush ont envoyé à Miami des hooligans en costume cravate pour y organiser des émeutes destinées à déstabiliser le recomptage. Finalement, Bush a obtenu que cinq juges Républicains de la Cour Suprême des Etats-Unis ordonnent l’interruption du recomptage et déclarent Bush vainqueur.

La presse US fut extraordinairement silencieuse sur ce vol d’élection bien documenté. Même lorsqu’il était devenu évident qu’Al Gore avait remporté la majorité des suffrages et aurait remporté la Floride si tous les bulletins avaient été comptés, les principaux médias US, dont le New York Times et CNN, ont déformé les faits pour protéger la « légitimité » de Bush.

De même, de graves irrégularités ont entaché l’élection de 2004, particulièrement dans l’état du Ohio, et n’ont jamais fait l’objet d’un examen sérieux par les mass média, qui ont préféré dénigrer les sites internet (dont le notre, Consortiumnews.com) et les groupes de citoyens en les qualifiant de « théoriciens du complot » lorsqu’ils ont voulu attiré l’attention sur d’étranges résultats en faveur de Bush données par les machines à voter.

Cependant, lorsqu’une élection se déroule dans un pays étranger et qu’un candidat « impopulaire » semble se faire élire, là les règles changent. Tous ceux qui n’admettent pas immédiatement qu’il y a eu fraude sont des naïfs ; chaque « théorie du complot » est complaisamment citée tandis que les preuves du contraire sont minimisées ou ignorées, par exemple le vote des Azéris révélé par Ballen et Doherty.

L’autre ironie de cette histoire est que les leaders religieux iraniens ont ordonné une enquête sur les accusations de fraude dans un pays pas spécialement réputé pour ses institutions démocratiques. Mais c’est déjà plus que les américains n’ont obtenu en 2000 et 2004.

Robert Parry

Traduction VD pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

ARTICLE ORIGINAL
http://www.consortiumnews.com/2009/061509c.html

bases_us_iran



Voir aussi:

http://www.legrandsoir.info/Le-peuple-iranien-s-exprime-Washington-Post.html

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vendredi 12 juin 2009

Mutuel des peuples d'Europe

Sous les cocoricos officiels , on devine l’inquiétude , la panique même .

Les peuples d’Europe viennent de construire du mutuel .

Du mutuel de haut niveau .

Il serait dommageable pour l’avenir de toute l’humanité de ne point prendre en considération cette expression quasi unanime qui s’est manifestée à l’occasion du vote européen du 7 juin .

L’abstention, en %, dans les 27 états membres de l’Union européenne, en 2009:

Allemagne...... 56,7 %
Autriche.......... 57,6 %
Belgique..........  9,6 % (*)
Bulgarie.......... 62,5 %
Chypre............ 40,6 %
Danemark....... 40,5 %
Espagne.......... 54,0 %
Estonie............ 56,8 %
Finlande.......... 59,7 %
France.............. 59,5 %
Grèce................ 47,4 %
Hongrie........... 63,7 %
Irlande.............. 42,4 %
Italie.................. 33,5 %
Lettonie............ 47,4 %
Lituanie............ 79,1 %
Luxembourg....  9,0 % (*)
Malte................. 21,2 %
Pays-Bas............ 63,5 %
Pologne............. 75,5 %
Portugal............ 63,0 %
Tchéquie........... 71,8 %
Roumanie......... 72,6 %
Royaume-Uni... 65,7 %
Slovaquie.......... 80,4 %
Slovénie............ 71,8 %
Suède................ 56,2 %

(Source : Résultats des élections européennes 2009, Parlement européen.)

Un mutuel contre le carcan dans lequel l’essentiel des forces politiques voudraient les corseter .

Un carcan derrière lequel se profilent les intérêts des multinationales capitalistes qui , en réalité , dictent leur loi .

Leur besoin d’une nouvelle forme d’impérialisme pour conduire leurs affaires dans les nouvelles réalités et contradictions d’un monde devenu multipolaire .

Les peuples en ont fait la redoutable expérience .

Il est hautement symbolique que les peuples de l’Europe de l’Est , lesquels ont connu les évolutions que l’on sait , se distinguent particulièrement dans le refus d’un ordre , un ordre dont ils ont déjà fait l’expérience . Le super-étatisme , ils connaissent !

Un Etat , c’est déjà des dominations , des contraintes de trop , c’est l’organisation commune des intérêts de la classe capitaliste dirigeante . Un super-étatisme , c’est reléguer définitivement Marx au rayon des accessoires . Le changelent de société aussi .

Mais l’on aurait tort de se contenter de considérer seulement l’idée de refus , même si elle occupe bien sa place , laquelle n’est pas mineure .

Il y a aussi , au moins à égalité , l’aspiration à devenir enfin des peuples libres , débarrassés de toutes les dominations , à commencer par celle , pesante , insupportable même quand elle s’exprime dans cette période de crise , de ces multinationales et leurs marchés financiers accapareurs et destructeurs des richesses produites par le travail des peuples .

A devenir enfin des peuples libres , libres de coopérer et d’échanger en dehors de toutes contraintes . Une mutualisation par le développement du dialogue entre les civilisations et les cultures .

Libres de ne pas limiter ces nouvelles relations à « ce croupion de l’Asie » , à moins de constater qu’il a ses prolongement derrière l’Oural d’une part , jusqu’au Golfe du Mexique ou des îles du Pacifique et de l’Océan Indien d’autre part .

Lorsque l’on assiste , à la fois médusés et révoltés , à ces désordres mondiaux qui ensauvagent la vie de notre planète dans les concurrences , les affrontements , les guerres , on prend conscience , comme viennent de l’exprimer les peuples de « l’Union » , qu’il est temps , grand temps , de bâtir enfin la civilisation contre l’inhumanité , mondiale et féroce , du capitalisme .

Quand on prend conscience également de l’ampleur généralisée des désastres du productivisme capitaliste , l’accumulation des héritages aux allures de catastrophe, la faim , l’eau , les pollutions , les sous-développements , l’analphabétisme , les accultures , tout cela à l’époque où l’automatisation et l’informatisation annoncent ou confirment une nouvelle révolution des moyens de production en mesure de répondre pour la première fois de l’histoire humaine à tous les besoins matériels , sociaux et culturels des sociétés , on peut penser que la mutualisation , telle qu’elle s’est exprimée le 7 juin dans cette partie de la planète , est une voie pour toute l’humanité .

D’autant qu’elle rejoint ainsi les voies qu’empruntent d’autres peuples dans d’autres continents .

Ce vote a été une mutualisation d’espérances .

A nous tous de savoir les faire vivre contre la coalition de ceux qui souhaitent les enterrer.


Michel Peyret
vendredi 12 juin 2009


(*) Dans ce pays, le vote est obligatoire (note de l'administrateur du blog)

 

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mardi 26 mai 2009

Dans le peuple comme des poissons dans l'eau...

par Michel Peyret


ETRE DANS LE PEUPLE COMME DES POISSONS DANS L'EAU !

La « Longue Marche » est devenue une légende .

En 1911 , l'Empire chinois s'était effondré , une république était née à la présidence de laquelle furent placés Sun Yat-Sen , puis Chiang Kai- shek , tous deux plutôt nationalistes de droite .

Ce fut un temps de chaos . La République était attaquée de l'extérieur par les Japonais , et à l'intérieur , connaissait une guerre civile alimentée par de petits seigneurs locaux et nombre de bandits de grand chemin...Le chaos total !

Dans ce contexte , ou à cause de lui , le parti communiste chinois réussit à prendre pied et à s'installer dans quelques bases , enclaves territoriales , où il promulguait des institutions faites pour le peuple . Cela tout à fait inacceptable pour Chiang-kai- shek qui , en 1936 , lance des troupes nombreuses et aguerries contre ces bases .

LA LONGUE MARCHE

Les partisans communistes entament alors une retraite tourbillonnante qui les conduit à 12000 kilomètres de leur point de départ , dans la Chine du nord-ouest . Pour surmonter les pertes , les difficultés considérables , s'approvisionner , il était essentiel pour cette armée rouge de ménager , et même de séduire les populations des territoires traversés afin d'en obtenir l'aide nécessaire et faire aimer le communisme qu'elle représentait .

Aussi Mao , devenu chef suprême , institue un nouveau style de comportement militaire : il disait que le soldat communiste doit être parmi les populations civiles comme le poisson dans l'eau .

La Longue Marche a été l'épopée fondatrice de la Chine de Mao . Et si la légende embellit toujours l'histoire , il est difficile de dire jusqu'où !

LE PARTI-ETAT .

D'autre pays , y compris la Chine , ont connu d'autres formes de rapports entre les partis communistes , au moins s'affirment-ils comme tels , et les peuples .

Le temps et l'expérience nous ont finalement appris que la préoccupation principale de ces partis ne fait plus , et le pouvait-elle ?, de la séduction pour mieux faire aimer le communisme !

Souvent le « Parti-Etat » , appelé ainsi tant les deux structures étaient étroitement liées dans la direction du pays , s'est substitué au pouvoir du peuple , pouvoir qui là comme ailleurs , est demeuré une fiction . C'est un hyper-étatisme qui y a été établi jusqu'à nier sous différentes formes toute démocratie , tandis que cet étatisme exacerbé exerçait également sa tutelle sur tous les moyens de production et d'échange .

En fait , les partis communistes s'étaient placés en posture d'extériorité par rapport aux peuples à qui ils prétendaient imposer de pseudo-choix scientifiques .

Au nom de Marx et du communisme , ils en imposèrent une caricature , au point que l'un de mes amis estime aujourd'hui devoir parler de « communisme démocratique » , comme si le communisme pouvait ne pas être démocratique ou tout simplement n'être pas !

LE COMMUNISME A-T-IL EXISTE COMME SOCIETE ?

Aussi , avec d'autres communistes de notre temps , j'ai fait le choix motivé de considérer que le communisme n'avait pas existé , au moins en tant que société réalisée ou même en construction .

Il est néanmoins nécessaire de se prémunir contre des apparences qui , souvent , sont trompeuses , ainsi que le reconnaît la sagesse populaire .

Ainsi , Philippe Sollers , en 1976 , n'y allait pas de main-morte :

« Mao a échoué , comme Marx , comme Lénine , comme la Commune de Paris , comme Mai 68 , le paysage de ce point de vue est accablant . Une fois de plus , on part pour l'abolition de l'Etat et on arrive à son renforcement maximal . On part pour l'autodétermination des masses et on arrive à leur anesthésie , à leur manipulation . Il y a là un problème terrible . Des exceptions viennent rétablir la règle : est-ce que l'on peut dire alors que la règle avance ? Peut-être , mais à quel prix ! »

C'est là la négation pour la négation , et elle est mortifère !

Philippe Sollers , en effet , poursuit :

« Je crois que l'humanité reste en proie à la passion religieuse , celle-ci n'est jamais si patente qu'autour du problème de la mort . Quoi de plus simple , en effet , que de refermer l'horizon sur la terreur et le respect sacré du cadavre ? C'est , si vous voulez , une vieille histoire égyptienne... Jamais l'analyse du père mort n'a été autant d'actualité . Il y a , pourrait-on dire, comme une passion nécrophile de l'humanité . C'est la fascination de la lettre qui tue , la lettre morte . Après tout , le Christ aussi , dans sa simplicité grandiose , serait bien étonné s'il pouvait juger du christianisme . »

LE RETOUR DE L'IDEE COMMUNISTE .

Nous ne sommes plus en 1976 ! Mais 33 ans , un tiers de siècle après ! Mais pas encore la longue durée de l'histoire !

Aujourd'hui que le capitalisme est en crise , le retour de l'idée communiste est surtout une façon de répondre à la propagande libérale .

En tout cas , c'est ce que considère Eric Hobsbwam pour qui :

« Le libéralisme a sous-estimé les aspirations et les succès des mouvements communistes . On a voulu les jeter entièrement à la poubelle , en faire de simples excuses pour fonder les goulags. Cette mythologie qui date de la guerre froide n'est pas encore morte . Elle reste très vive par exemple au Parlement européen , où l'on continue de passer des résolutions contre le totalitarisme comme si on était dans les années 60... »

Et Eric Hobsbawm constate :

« Ce n'est 1998-1999 , avec la crise asiatique , que les milieux d'affaires ont commencé à se dire que quelque chose ne marchait plus . Et à redécouvrir Marx . »

Et il évoque un déjeuner avec le spéculateur George Soros durant cette période :

« Il m'avait demandé ce que je pensais de Marx et m'avait fait l'éloge de ses prédictions sur le développement frénétique du capitalisme . C'était le moment où Long Term Capital Management venait de connaître une faillite retentissante . Ce fonds de placement était géré par deux prix Nobel , qui avaient calculé le risque d'un effondrement de leur fonds à une chance sur plusieurs millions... Tout le monde sait qu'il y a toujours des risques . Si Marx intéresse les banquiers n c'est parce qu'il dit que l'essence du capitalisme n'est pas la stabilité , mais la crise . »

Mais pourquoi n'intéresserait-il pas un monde autre que celui des métiers d'affaires , des banquiers et autres capitalistes ? Par exemple ceux qui sont victimes du capitalisme et de sa crise !

SON ANCIENNETE ET SA PUISSANCE .

On ne saurait toutefois réduire Marx et le communisme à ce seul moment de l'histoire !

L'idée communiste , si elle a de l'actualité et de l'opportunité en ces temps , possède aussi de l'ancienneté et donc de la puissance , celle des longs temps des aspirations humaines .

Symboliquement , c'est certainement ce que veut dire Robert Maggiori dans « Politiques » du 23 mai qui titre son article : « Aristophane , premier camarade » et le présente ainsi :

« De la Grèce à Marx , en passant par l'utopie au XVIe siècle , 2500 ans de collectivisme » , et

poursuit :

« Le capitalisme est un bébé , comparé au communisme , âgé de plus de 25 siècle ; Dès que l'on a voulu organiser la vie politique , les hommes ont élaboré des modèles « communistes ». Parfois sur le mode cocasse . On trouve un projet collectiviste dans « L'Assemblée des femmes » d'Aristophane (392 avant J.-C.) . Dans une période de profonde « crise » , à Athènes , les femmes , déguisées en hommes , gagnent la majorité des postesd à l'assemblée du peuple et votent des décrets qui leur assignent la gestion de la chose publique . Les biens , les terres , l'argent , sont mis en commun et partagés en fonction des besoins de  chacun ; Femmes et enfants appartiennent à tous . Déjà dans « Ploutos » , le poète comique avait imaginé une répartition égalitaire des richesses , et ici il pose en termes satiriques que la « sortie de la crise » se fera par un programme ultra-communiste , politique et sexuel . « Il n'est plus question de riches et de pauvres . L'un ne doit plus avoir de trop vastes terrains , pendant que l'indigent n'a pas assez d'argent pour se faire enterrer . Il n'est plus question que l'un soit servi par trois mille serviteurs alors que l'autre doit compter sur son labeur . »

Robert Maggiori énumère les différentes formes historiques de cet idéal communiste .

Les premières communautés chrétiennes : « Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun . Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens , pour en partager le prix entre tous , selon les besoins de chacun (Actes des apôtres – 2 , 44-45 ) .

Les deux grandes oeuvres de Thomas More ( Utopie , 1516 ) et de Tommaso Campanella ( La cité du Soleil , 1602 ) où la société communiste trouve sa description la plus fantastique...

Les anarchismes et socialismes utopiques : Fourier , Etienne Cabet , François-Noël Babeuf , Henri de Saint-Simon , Auguste Blanqui , Choiseul...

Et Marx...

POURQUOI LE COMMUNISME A PLUS DE POIDS QUE LE CAPITALISME.

Nulle part , dit Robert Maggiori , une telle société n'a été construite...

Parce que jamais , comme je l'ai déjà indiqué , deux pans essentiels de la projection de Marx n'ont été mis en oeuvre : la fin de la propriété privée par l'appropriation sociale et non par l'étatisation-nationalisation , le dépérissement de l'Etat et non par l'hypertrophie étatique …

« Mais on voit pourquoi , conclut Robert Maggiori , comme idéal , comme valeur , le communisme a plus de poids que le capitalisme ; Aussi loin qu'on le pousse , le capitalisme , comme son nom l'indique , a toujours affaire à des capitalisations , des avoirs , des « choses » , des échanges marchands – rien d'humain . Alors que le communisme , si l'on s'en tient à son nom , appelle à ce que les hommes mettent en commun , pour être plus riches , en savoir , en intelligence , en affects , en possibilités , en « être » , en humanité .

Comme le dit mon ami Pierre , « Maintenant la ressource humaine . »

Il poursuit :

« Les rapports sociaux sont l'essence de l'humain .

En économie , ce sont les échanges qui déterminent la vie économique et son développement . Lorsque les moyens de production augmentent la quantité des produits , si l'augmentation de la quantité des échanges n'est pas «  proportionnelle » , il y a crise .

« Lorsque l'on introduit l'automation dans la grande production , mais aussi une gestion cybernétique mondialisée , morcelée , sans rapport cohérent à l'ensemble , et que cela ne s'accompagne pas de la même explosion des échanges , il y a des déséquilibres qui entraînent des chutes ou plutôt une chute généralisée .

« Il en est de même de tous les rapports sociaux , qu'ils soient économiques , culturels , ludiques , psychologiques , etc... Il est d'ailleurs absurde de leur imaginer des frontières étanches . Ils sont intriqués , ils constituent une unité d'activités , pour l'individu comme pour la communauté humaine .

« Tous les échanges , de quelque sorte qu'ils soient , subissent et subiront donc cet effet de chute .

« C'est en ce sens que la mise en commun , si elle donne les moyens de mettre en correspondance les moyens de production et le mode de production , contient le remède réaliste de résolution de cette équation .

« Ce n'est donc pas au seul nom de l'utopie... mais au nom du réalisme qu'il nous faut revendiquer la transformation par cette mise en commun dans la société ... »

LA MISE EN COMMUN MAINTENANT !

Cette mise en commun , ce n'est pas seulement pour demain , les luttes et les votes d'aujourd'hui en sont aussi un laboratoire .

Dans sa longue marche , le peuple français a déjà construit une mise en commun considérable . Elle n'est plus le nouveau-né qui , ce jour , verrait la lumière . Il hérite de toute l'histoire humaine , bien avant celle qui permettait l'existence et l'oeuvre du camarade Aristophane , près de ce « croissant fertile » qui vit la naissance conjuguée de l'agriculture et du langage , de ces terres aussi où naquirent également les trois religions monothéistes se réclamant du même dieu .

Le peuple français a lui aussi apporté , dans les prolongements de ces temps , sa pierre à la construction de cette mise en commun , dans les contradictions et les obstacles de toutes sortes

LA PROCHAINE ETAPE

Une des prochaines étapes est le 7 juin .

Et ce n'est pas dans la simplicité qu'elle se présente !

Ni dans un désert absent de toute expérience et même de victoires !

J'ai dit dans d'autres articles les vois de ce cheminement .

Depuis plusieurs décennies ces voies ont aussi été celles de la lutte contre ce qui est une caricature du beau nom dont on l'a baptisé , l'Union européenne , en fait un super-Etat européen dont on considère mal les frontières , en fait un super-carcan pour museler les peuples européens .

Des victoires récentes ont été remportées .

En 2004 , à l'occasion des précédentes élections du Parlement européen , l'abstention a triomphé partout contre la totalité des forces politiques qui présentaient des candidats .

En mai 2005 , dans le prolongement de 2004 , c'est aussi le NON au TCE qui l'emportait contre la quasi-totalité des partis , des médias , qui appelaient à voter OUI .

C'est dans ces victoires , dans leurs contenus politiques et humains , dans leurs significations profondes , que peut se construire la mise en commun de notre temps pour des objectifs transformateurs de notre société malade de trop de capitalisme et de trop d'étatisme et de super-étatisme .

En tout cas , ce n'est pas en s'opposant , en combattant cette mise en commun que les forces politiques vont redorer leur blason .

Ce n'est pas non plus en considérant comme nulles et non-avenues les conséquences de ces victoires que le lien va se renouer entre ce peuple entré en rébellion et ces forces politiques ;

D'autant que la négation des résultats a pris un caractère particulier : nier le résultat d'élections qui se sont déroulées démocratiquement , c'est une négation officielle de la démocratie .

A plus forte raison quand l'enjeu était l'existence même de l'Etat européen , très abusivement nommé « Union européenne » . Le projet de traité constitutionnel qui était soumis au peuple français reprenait , et il ne pouvait pas ne pas le faire , l'ensemble des traités européens depuis le traité fondateur de Rome .

UN DOUBLE COUP D'ETAT .

C'est donc l'ensemble des traités constitutifs de cet Etat européen qui ont été annulés et , de ce fait cet Etat n'existe plus , et à plus forte raison son Parlement . Les traités antérieurs qui demeurent valables sont ceux antérieurs au traité& de Rome lui-même .

La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet persiste et signe :

« La relance par voie parlementaire du processus constitutionnel européen malgré le NON référendaire relève du double  « coup d'Etat » , à la fois formel et matériel .

« On ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté , constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat . »

Et comment considérer tous ceux qui en appelant à voter aujourd'hui pour l'élection du Parlement européen apportent leur caution à ce double coup d'Etat ?

Ce faisant , en s'opposant à la majorité souveraine du peuple exprimée démocratiquement et légalement , le moins que l'on puisse en penser est qu'ils ne créent pas les meilleures conditions pour concrétiser la mise en commun possible avec la majorité exprimée à l'occasion de ces différents scrutins .

C'est certainement là le plus grand dol de ce moment en rupture totale avec une stratégie qui s'assignerait comme objectif le rassemblement le plus large du peuple pour une transformation révolutionnaire de la société .

C' »st un positionnement opportuniste ignorant les avancées réalisées par le peuple lui-même tout au long du parcours de cette marche qui ne l'est pas moins .

C'est aussi le retour dans les faits aux pratiques qui furent celles responsables de l'échec de la forme de société qui s'était érigée dans les pays dits « socialistes »

J'ai maintenant la certitude de ce que l'abstention sera de nouveau majoritaire lors de ce scrutin du 7 juin , au moins en France .

Et aucune force politique organisée ne sera avec cette majorité du peuple pour travailler à la mise en commun qu'elle devrait permettre .

Cela souligne l'urgence de cette phrase qui porte la solidarité internationale des peuples :

« Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !

« Décrétons le salut commun ! »

Posté par Alaindependant à 23:28 - Communismes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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