mardi 3 novembre 2009
Helder Camara, le centenaire
Faculté des Sciences Sociales et Économiques - Institut Catholique de Paris
21, rue d’Assas, 75006, Paris - Amphi René Rémond
Entrée libre
Colloque à l’occasion du centenaire de la naissance de Dom Helder Camara
Le choix des pauvres
Figures et engagements contemporains
Approches comparatives
Le vendredi 6 novembre 2009 - 9h à 18h
Le centenaire de la naissance et le dixième anniversaire de la mort de Dom Helder Camara offrent cette année l’occasion d’associer à son souvenir quelques uns au moins de ses contemporains qui, avec lui, ont marqué les mémoires et l’histoire pour avoir fait et vécu le choix des pauvres. Avec lui plutôt que comme lui : l’hypothèse proposée pour servir de fil rouge au colloque est que les engagements et témoignages d’hommes et de femmes comme l’Abbé Pierre, Jean Rodhain, Simone Weil, Joseph Wresinski, Leonardo Boff ou Louis Joseph Lebret, accentuent différemment les diverses acceptions, déterminations et implications que peut comporter le « choix des pauvres ».
Programme
9h Ouverture : François Mabille (Doyen de la FASSE) et E.Lasida (Maître de conférence à la FASSE)
9h30 Dom Helder Camara : figure emblématique du choix des pauvres ?
Michèle Jarton (Historienne,- Traductrice des Lettres conciliaires de Dom Helder)
10h Regards croisés
Leonardo Boff et la théologie de la libération par Luiz Carlos Susin
(Professeur de théologie à l’Université Pontificale de Porto Alegre –
Brésil)
Simone Weil par Maria Villela-Petit (Chercheur CNRS,- Association pour l’Etude de la pensée de Simone Weil)
Joseph Wresinski par Jean Tonglet (Directeur du Centre International J.Wresinski)
11h30 Echange avec la salle
12h Film sur Dom Helder Camara
12h30 Pause déjeuner
14h Regards croisés
Louis-Joseph Lebret par Denis Pelletier (directeur d’études à l’Ecole
pratique des hautes études, auteur de « Economie et humanisme », fondé
par L.Lebret)
Abbé Pierre par Axelle Brodiez (chercheur au CNRS, auteur de « Emaüs et l’Abbé Pierre »)
Jean Rodhain par Luc Dubrulle (Directeur de l’Institut d’Etudes Religieuses – ICP, auteur de « Mgr Rodhain et la charité »)
15h30 Echange
16h Pause
16h30 Relecture et confrontations
Table ronde introduite et animée par Alain Durand (directeur pendant
dix ans de DIAL-Diffusion de l’information sur l’Amérique Latine) avec
José de Broucker (« Dom Helder : Mémoire et actualité »,) Antoine.
Sondag (Secours Catholique et Pax Romana), François Mabille et Elena
Lasida.
http://jeanmouttapa.blog.lemonde.fr/
dimanche 1 novembre 2009
Identité française ? Contribution au débat
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
http://www.dailymotion.com/video/xyrzk_ferrat-ma-france_musica
Ma France, chanson de Jean Ferrat
samedi 19 septembre 2009
Le retour de la lutte des classes
Qu'entend-on exactement par « lutte des classes » ? La formule conserve une
forte puissance évocatrice. Mais chacune et chacun y met un peu ce qu'il veut.
Rappelons un peu d'où elle vient et ce qu'elle signifie exactement. Il est de
bon ton, chez les bien-pensants qui pontifient dans les médias ou dans
l'Éducation nationale, d'apprendre au bon peuple, avec une pointe de nostalgie
dans la voix, que « la lutte des classes, ça n'existe plus ». Si en effet, on
imagine que la formule de « lutte des classes » correspond à des batailles
homériques mettant en scène des quarterons de patrons en queue-de-pie et
haut-de-forme, assiégés dans leurs manoirs par des bataillons de prolétaires
en bras de chemise, la casquette enfoncée sur les yeux et la clef anglaise à
la main... alors oui la lutte des classes ça n'existe pas ! Ou plutôt...
disons que ça peut exister sous cette forme colorée, mais à de rares moments
de l'histoire.
En réalité, la lutte des classes n'est pas réductible à une forme particulière
(grève, manifestation, guerre sociale, révolution, etc.). Tantôt latente,
tantôt explosive, elle est plus ou moins virulente et politisée, selon les
moments de l'histoire, en fonction de la hausse ou de la baisse de la
conscience qu'ont les travailleurs et les travailleuses de former une classe -
ce qu'on appelle la « conscience de classe ». La lutte des classes est un
concept. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre, c'est cela que ne veulent pas
comprendre les libéraux. Il s'agit de constater qu'elle existe. Autant
aujourd'hui qu'hier. Et d'agir avec.
Une théorie en perpétuelle reconstruction
A l'origine, la lutte des classes est un concept développé entre 1815 et 1848
par... des libéraux comme Charles Comte, Charles Dunoyer ou Guizot. Cette
théorie fut ensuite reprise par les fondateurs du socialisme moderne, au
premier rang desquels Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui et Karl Marx.
Évidemment, la théorisation de la lutte des classes ne s'est pas arrêtée là.
Elle a évolué et a été enrichie à travers les époques, et elle s'enrichit
encore de nos jours.
Une classe est un groupe social défini par sa position dans les rapports de
production ou de hiérarchie, donc avant tout par des intérêts antagonistes à
ceux d'une autre classe. La lutte des classes s'appuie sur un rapport social
inégal, chaque classe défendant ses intérêts contre ceux d'une classe opposée.
Une classe regroupe donc des individus qui occupent des positions similaires
dans les rapports sociaux, et qui de ce fait partagent des intérêts communs.
Ces diverses classes sociales peuvent être en concurrence, et même en conflit,
pour renforcer leur position économique dans la société.
Maîtres et esclaves
La lutte des classes ne s'est pas limitée au système capitaliste, qui
rappelons-le ne domine l'économie que depuis deux siècles.
En fait, les rapports de forces entre classes, en ce qu'ils contribuent à
faire bouger les antagonismes, sont un facteur majeur de changement des
rapports sociaux et donc une clef fondamentale pour comprendre l'évolution
historique des sociétés :
* la dualité entre les esclaves et les maîtres dans les sociétés
esclavagistes ;
* la concurrence entre la bourgeoisie et la noblesse à la veille de la
Révolution française ;
* la lutte entre les salarié-e-s et leurs employeurs dans la société
capitaliste moderne ;
* la hiérarchie des castes en Inde (hiérarchie économique avec un
alibi religieux) ;
* colons et indigènes dans les colonies (hiérarchie économique avec un
alibi raciste) ;
* lettrés-fonctionnaires dans la Chine ancienne, etc.
Un texte fondateur du mouvement ouvrier moderne, le Manifeste du parti
communiste de 1847 [1], débute par ces phrases devenues célèbres : «
L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes
de classes.
Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de
jurande [2] et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition
constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt
dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation
révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux
classes en lutte.
Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une
organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée
de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens,
des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au moyen âge, des seigneurs, des
vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus,
dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.
La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale,
n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de
nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes
de lutte à celles d'autrefois. »
Notons que la théorie des classes n'est pas réductible au marxisme. Le
Manifeste, texte de commande, est le produit d'une synthèse faite par Marx et
Engels, des économistes et des penseurs socialistes de l'époque. L'historien
Charles Andler y voyait « une résultante, plutôt qu'une invention originale et
un point de départ : il s'inspire aussi bien de List, de Lorenz von Stein et
de Pecqueur que de Bazard et de Proudhon » [3].
Deux classes structurantes
Les rapports sociaux, multiples au sein d'une société, peuvent opposer
différentes classes autour de divers antagonismes, et concourir à différentes
hiérarchisations sociales. Depuis le triomphe du capitalisme au XIXe siècle,
un antagonisme structure profondément deux classes sociales dans notre société
: celle des capitalistes et celle des travailleurs. Avant 1981 on aurait dit «
bourgeoisie » et « prolétariat », mais ces mots sont aujourd'hui tellement
surchargés d'imaginaire qu'il est difficile de les limiter à leur seule valeur
conceptuelle.
* les capitalistes ou « bourgeois » forment la classe dirigeante de la société
capitaliste. Elle possède le capital financier ou matériel (entreprises,
machines, etc.) et dispose ainsi des moyens de faire travailler le prolétariat
à son profit en achetant sa force de travail. C'est cette classe qui, via
l'État, qui est son instrument et son régulateur, fixe les grandes destinées
de la société (choix de production, aménagement du territoire, guerres...) ;
* les salarié-e-s, ou « prolétariat », sont les personnes qui ne vivent pas de
leur capital, mais de leur force de travail manuel ou intellectuel pour
subsister.
Outre qu'on distingue parfois des sous-classes à ces deux classes
fondamentales (par exemple grand patronat et petit patronat), s'ajoute une
classe intermédiaire, un peu flottante : la « petite bourgeoisie », ni
salariée ni capitaliste. Elle regroupe les personnes qui possèdent leurs
propres moyens de subsistance comme les petits commerçants et les professions
libérales, ce qui leur confère une autonomie précaire par rapport aux
capitalistes. La façon dont cette petite bourgeoisie défend ses intérêts est
fluctuante. Elle se solidarise parfois avec le prolétariat, avec lequel elle a
des intérêts objectifs (elle souffre elle aussi de l'économie de marché).
Parfois au contraire, elle se solidarise avec la bourgeoisie, à laquelle elle
souhaiterait s'identifier (sans en avoir les moyens réels) et dont elle peut
partager les valeurs.
A la pointe de la lutte
Pour conclure, signalons ce trait de l'ex-marxiste Denis Kessler, qui a été le
n°2 - et l'idéologue - du Medef entre 1998 et 2002, une période où le
principal syndicat patronal a été particulièrement à l'offensive.
Boute-en-train, Denis Kessler n'avait pas hésité à déclarer à son ami
Dominique Strauss-Kahn, un des dirigeants du PS : « La lutte des classes, j'y
crois toujours, mais maintenant je suis de l'autre côté de la barrière ! »
[4]. Merci, Denis, pour ce cri du coeur.
Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)
Notes:
[1] Le titre peut paraître énigmatique pour un texte qui voit le jour plus de
soixante-dix ans avant la fondation du Parti communiste tel qu'on le connaît.
Mais le mot « parti » est ici à prendre non au sens de l'organisation
politique (qui s'écrit, elle, avec une capitale initiale), mais au sens plus
général d'un « camp politique » : celui des partisans du communisme.
[2] Maître de jurande, c'est-à-dire occupant une place dirigeante dans
l'organisation corporative d'un métier.
[3] Charles Andler, Le Manifeste communiste de Karl Marx et Friedrich Engels.
Introduction historique et commentaire, Rieder, 1901.
[4] L'Express 24 février 2000.
http://www.alternativelibertaire.org
dimanche 30 août 2009
Desmond Tutu appelle au boycott d’Israël
L’archevêque sud-africain Desmond Tutu, a dénoncé... le fait qu’Israël fasse “payer aux Palestiniens le prix de l’Holocauste” et a rappelé que "Pas plus que l’Afrique du Sud, Israël n’obtiendrait la sécurité par les armes, mais seulement à condition de reconnaître et respecter tous les droits de l’homme ».
Dans une interview au quotidien Haaretz, le prix Nobel de la Paix répondait aux propos de Netanyahou qui, de passage à Berlin, a justifié une fois de plus a politique israélienne par l’holocauste.
Desmond Tutu en a profité pour approuver les récents propos de l’opposant israélien Neve Gordon, en faveur du boycott de son pays.
Il a rappelé la nécessité de sanctions contre Israël, et l’importance particulière du boycott sportif, ainsi que son efficacité pour combattre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. « Comme nous vivions dans un pays entiché de sport, cela a permis de toucher les gens ordinaires. Cela a été l’un des outils psychologiques les plus puissants ».
Il a également souligné la "nécessité de frapper le régime d’apartheid au portefeuille, comme cela a été le cas en Afrique du Sud avec l’embargo sur les armes et le boycott économique."
Ce sont, a-t-il déclaré, ces sanctions qui ont "donné de l’espoir à notre peuple en lui montrant que le monde s’en souciait".
Lors de sa visite au village de Bil’in où se tiennent chaque semaine des manifestations contre le mur, il a fait le parallèle avec l’Afrique du sud “du temps où nous devions passer les check-points et où nous étions à la merci de l’arbitraire le plus total des policiers », tout en soulignant : « Toutefois, nous ne subissions pas de châtiments collectifs, tels que les démolitions de maisons sous prétexte que l’un de ses habitants soit soupçonné de ‘terrorisme‘ ».
L’archevêque Desmond Tutu a également accusé les organisations juives aux États-Unis, "d’intimider tous ceux qui critiquent l’occupation en les qualifiant d’antisémites". Il a rappelé comment ces lobbies avaient fait annuler ses interventions dans les universités américaines.
http://www.protection-palestine.org/
mardi 25 août 2009
Le grand homme et le petit

http://revuedepresse.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/25/deux-grands-hommes-autour-d-un-cafe.html
vendredi 17 juillet 2009
Foi et lutte des classes
Si un chrétien - en particulier - ou un croyant - en général - s'engage dans un combat de classe, ce n'est pas uniquement par intérêt de classe mais aussi et souvent surtout au nom de sa foi. Un communiste engagé dans le même combat est dans le même cas. Car le communiste n'obéit pas, pas plus que le chrétien, à une sorte d'instinct de classe, mais bien plutôt lui aussi à une sorte de "transcendance" qui lui fait espérer l'"impossible".
Le travailleur acquiert une conscience de classe en étant immergé dans le réel, mais le communiste ne devient tel que par un véritable "acte de foi", c'est-à-dire une rupture avec tout ce qui existe: quelque chose d'autre est possible qui n'est pas directement déductible du réel, appellons "transcendance" cette manifestation, de la subjectivité. Marx dirait peut-être "'impératif". Mais au-delà des termes cela est partagé par le chrétien pour lequel même la mort peut être vaincue - quelle rupture ! Le communisme peut être, doit être scientifique dans ses méthodes d'analyse du réel, mais il ne peut, il ne doit pas l'être (cf l'histoire du 20e siècle) dans la détermination de ses fins. Et c'est ici que la "transcendance" intervient.
Aragon, dans "De l'exactitude en poésie", écrivait: "Le rapport qui naît de la négation du réel par le merveilleux est essentiellement de caractère éthique, et le merveilleux est toujours la matérialisation d'un symbole moral en opposition violente avec la morale du monde au milieu duquel il surgit". Et plus loin, il décrit "ce qu'il y a de généreux, d'humain, dans cette foi divine...et qui est une conception de l'homme que peuvent avoir le communiste et le chrétien, mais le nazi jamais". Une conception commune qui fera dire au même Aragon dans "Le Fou d'Elsa": "Jean de la Croix tu n'es que le nom chrétien de tous ceux qui se damnent d'amour..."
Si le combat de classe suffisait à construire le communisme, ce dernier existerait déjà. Je ne fais pas mystère de la conviction qui est la mienne: le communisme ne naîtra que par une rencontre inédite avec la foi, qui n'est pas croyance superstitieuse en une toute puissance extérieure et supérieure aux hommes, mais capacité individuelle et collective (le "verbe" de la Bible) à créer l'avenir, qui ne se déduit pas du présent.
Révolution n'égale pas prospective positiviste. Toute vision mécaniste, réductrice, oublieuse d'une subjectivité humaine indépendante des strictes conditions matérielles, de la conscience de classe, de la façon dont elle nait et se déploie, ne peut conduire à "l'association libre de producteurs libres" - formule qui peut être considérée comme une ébauche de définition de la société communiste.
vendredi 26 juin 2009
A propos de la "participation" de militants CGT à l'évacuation des sans-papiers de la Bourse du travail de Paris
Rien, rien, rien, absolument rien, même pas l'idée saugrenue d'occuper un local syndical, ne doit ni ne peut justifier la collaboration de militants Cgt comme supplétifs de la police ( c'est bien ce que signifie la formule du communiqué de la Cgt: "Les syndicats CGT de Paris ont contribué à mettre un terme à l’occupation de l’annexe Eugène Varlin, rue Charlot, de la Bourse du travail de Paris") dans une action qui en elle-même et dans son principe, sinon dans sa pratique, est une action d'une violence comparable à celle qu'emploient les traqueurs officiels des sans-papiers. Quel est le but recherché dans cette affaire si les moyens employés sont comme presque toujours, au-delà des mots qui les couvrent, révélateurs des fins poursuivies ?
lundi 8 juin 2009
Boycott Israêl
Le 8ème
Congrès départemental du Syndicat Départemental de l'Education
Nationale CGT Nord (SDEN-CGT Nord), réuni les 25 et 26 mai 2 009 à
Saint-Amand-les-Eaux a adopté la motion suivante :
L'offensive criminelle israélienne à Gaza en décembre-janvier 2009 a
fait plus de 1500 morts et plus de 5000 blessés. Cette guerre totale
par air, terre et mer, a été menée contre le peuple palestinien avec la
volonté de détruire l'ensemble des infrastructures et installations :
écoles, hôpitaux, routes, mosquées… Ambulances et cimetière n'ont pas
été épargnés par l'armée d'occupation israélienne qui a largué pendant
trois semaines, jours et nuits, des bombes au gaz sur des bébés, des
femmes et des vieillards.
Les responsables de ce que l'Union
Juive Française pour la Paix appelle « une abjecte boucherie » doivent
être jugés devant les tribunaux nationaux et internationaux. L'impunité
dont a toujours joui l'Etat sioniste doit cesser, comme doit cesser la
complicité active des Etats Unis, de l'Europe et en particulier de la
France ainsi que de certains Etats arabes, avec un Etat qui bafoue les
droits élémentaires du peuple palestinien depuis plus de 60 ans.
L'aggravation de la situation des Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie,
de Jérusalem, comme celle des citoyens israéliens d'origine
palestinienne, s'accélère davantage avec l'arrivée au pouvoir de
l'extrême droite israélienne.
Considérant que l'Etat d'Israël
perpétue l'occupation et la colonisation de la Palestine, au mépris du
droit international , des résolutions de l'ONU et de la Convention de
Genève, qu'il poursuit la construction illégale du mur de l'apartheid,
qu'il maintient arbitrairement en prison des dizaines d'élus du peuple
palestinien, des maires, des députés, des ministres ainsi que 11 000
Palestiniens dont près de 500 enfants,
Considérant également
que les fortes mobilisations populaires de janvier, où 20 000
manifestants de notre région ont témoigné leur solidarité
internationale avec le peuple palestinien et auxquelles notre syndicat
a pris part,
Le SDEN-CGT Nord, en application des statuts de la
CGT qui défend « les valeurs humanistes et internationalistes », qui
agit « pour la paix et le désarmement, pour les droits de l'homme et le
rapprochement des peuples », s'engage, à l'instar de la campagne de
boycott contre l'apartheid en Afrique du Sud, à répondre à l'appel des
172 associations palestiniennes et des anticolonialistes israéliens
pour le « Boycott Désinvestissement Sanctions » (B.D.S.) à l'encontre
d'Israël, boycott et désinvestissements économique, universitaire,
culturel et sportif.
Le SDEN-CGT Nord s'engage à populariser la
campagne B.D.S. et à y participer tant que le peuple palestinien n'aura
pas recouvré tous ses droits nationaux dont le droit au retour.
Enfin, le SDEN-CGT condamne le silence assourdissant du syndicat
israélien la Histadrout : ce syndicat, censé représenter les intérêts
des travailleurs israéliens, a refusé de condamner les crimes du
gouvernement israélien pendant ces 23 jours de bombardements sur la
population affamée et assiégée par le blocus de Gaza.
Le
SDEN-CGT Nord demande à la CGT de rompre toute relation avec ce
syndicat tant qu'il n'aura pas condamné la politique coloniale
israélienne et appelle à renforcer ses liens avec les syndicats
palestiniens.
vendredi 29 mai 2009
Au Proche-Orient, une voie pour la non-violence ?
Dans le village de Bilin, coupé d’une partie de ses terres par le mur de sécurité israélien, des militants palestiniens protestent en refusant tout recours à la violence, un modèle qui fait école alentour
![]() |
Dans le village de Bilin, des activistes palestiniens non-violents arborent, le 15 mai 2009, de larges clés rappelant celles de leurs maisons abandonnées lors de la Naq ba, « la catastrophe », vécue par les Palestiniens expulsés de leurs maisons par l’armée israélienne en 1948. (Photo AP/Armangue)
Abdullah Abu Rahme est venu ramasser les dizaines de bombes de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc qui jonchent le sol tout près de la barrière électrique érigée par les Israéliens sur les terres des villageois de Bilin. Jetées dans un sac de jute, elles viendront s’ajouter à celles déjà collectées et placées dans des fûts qui attendent dans son garage. « On les récupère et on réfléchit à ce qu’on va en faire. Je voudrais les réutiliser pour fabriquer quelque chose d’artistique, ou bien des bougies. Une façon de dire aux Israéliens : “Vous tuez nos enfants avec des bombes, avec celles-ci nous allumons des bougies pour éloigner l’obscurité”, c’est-à-dire l’occupation, ainsi que la désignait notre poète national, Marmoud Darwish. »
![]() |
Abdullah Abu Rahme a 37 ans. Il est l’un des fondateurs du comité populaire de Bilin qui rassemble une trentaine de personnes, tous militants de la non-violence pour la fin de l’occupation. « Lorsque la première Intifada a éclaté (1), j’avais 15 ans. J’avais lu les livres de Gandhi. Je connaissais aussi la lutte que menait Mandela contre l’apartheid en Afrique du Sud. À l’université, avec une poignée de mes amis, on militait déjà contre l’occupation. »
Père de trois enfants, deux
filles et un garçon nouveau-né, ce professeur de langue arabe est l’un
des piliers de la résistance non-violente de Bilin, un village de 1 700
habitants. « Nous sommes parmi les plus petits de Cisjordanie »,
reconnaît-il, mais Bilin fait beaucoup parler de lui et son action
non-violente suscite des vocations parmi ses voisins, eux aussi privés
d’une partie de leurs terres par l’érection de la barrière de sécurité
israélienne.![]()
Une large couverture médiatique
La
clôture électronique et les rouleaux de barbelés ont permis à Israël
d’annexer de facto la moitié des terres du village. Mais la résistance
non-violente d’une partie des habitants est devenue une sorte de label
qu’Abdullah et ses amis du comité populaire exportent déjà dans les
villages voisins, comme Biddu, Derkadis, Beit Duku, dont les terres ont
subi le même sort. « À l’aide de films, de diapositives, nous leur
expliquons la stratégie et les techniques à utiliser pour les
manifestations », précise-t-il.
Vendredi dernier, des habitants de Bilin brandissaient des pancartes « Stoppez la grippe de l’occupation », en référence à la grippe mexicaine, ou arboraient de larges clés rappelant celles de leurs maisons abandonnées lors de la Naq ba, « la catastrophe », vécue par les Palestiniens expulsés de leurs maisons par l’armée israélienne en 1948. Les « non-violents » de Bilin peuvent aussi compter sur le soutien fidèle de quelques organisations israéliennes et bénéficient d’une large couverture médiatique, notamment des télévisions arabes et internationales. D’autres villages comme Nelin, Jayyous, Beit Sina ont depuis contacté le comité populaire.
Ce jour-là, Abou Khamis, un berger du
village, veut faire paître son troupeau de chèvres sur ses terres,
situées désormais côté israélien. Il doit passer une première barrière,
puis franchir une sorte de no man’s land et passer une seconde porte.
Mais auparavant, il doit présenter ses papiers et obtenir
l’autorisation des soldats israéliens, et ce, tous les jours. Sauf que,
à la suite de la manifestation pacifique du vendredi précédent, le
rouleau de barbelés bouche l’espace par lequel pourraient se faufiler
ses bêtes.![]()
Les chèvres d’Abou Khamis ne passeront pas la barrière
Et
ce matin, le ton monte rapidement entre les militaires israéliens, d’un
côté, Abdullah et Abu Khamis, de l’autre. Les Palestiniens tirent sur
les barbelés, se blessent les mains, crient en hébreu contre les
soldats qui les regardent sans bouger. Le soldat insiste, il y a assez
de place pour que les chèvres se faufilent. Finalement, les deux
soldats pénètrent côté palestinien, avec leurs armes, le ton monte d’un
cran. Chacun brandit son téléphone. Le soldat réclame du renfort,
Abdullah informe le comité populaire de l’incident. Puis, chacun repart
de son côté.
Finalement, les chèvres d’Abou Khamis ne passeront pas la barrière. Lui seul traverse pour aller voir si les colons de Mitatyaho East n’ont pas investi son champ. Installé sur la colline qui fait face à Bilin, ce bloc de constructions illégales a été bâti sans permis de construire, mais le gouvernement israélien ferme les yeux. Et les colons ont arraché 50 oliviers du champ d’Abu Khamis, qu’ils ont replantés dans leur colonie.
Les colons de Mitatyaho East sont
des juifs ultra-orthodoxes à qui le gouvernement israélien aurait
offert l’équivalent de 50 000 € pour qu’ils s’installent dans des
baraquements provisoires, devenus depuis des blocs d’appartements en
dur. Un peu plus loin, d’autres colonies forment le bloc de Modin
Illit, bientôt le plus grand de Cisjordanie, situé entre Jérusalem et
Tel-Aviv.![]()
"En ne ripostant pas à leur violence, je me sens plus fort"
Cela
fait déjà quatre ans que les habitants de Bilin mènent leur combat. En
plus des manifestations hebdomadaires du vendredi devant la barrière,
ils ont intenté des actions en justice. Dans un jugement rendu le 15
décembre 2008, la Haute Cour de justice israélienne a une nouvelle fois
ordonné le déplacement du mur construit sur les terres de Bilin et
déclaré illégal le nouveau tracé proposé par l’armée israélienne.
L’État a également reçu l’ordre de se conformer à un nouveau tracé
n’incluant pas des projets d’expansion des colonies et de payer les
frais de justice aux habitants de Bilin. Mais, sur le terrain, rien n’a
changé et la colonisation progresse dans toute la Cisjordanie.
Le 17 avril 2009 lors de la manifestation hebdomadaire, un jeune Palestinien a été tué par une grenade lacrymogène tirée à bout portant. Elle lui a traversé la poitrine et a provoqué une hémorragie massive. Une pierre tombale a été érigée le long de la barrière. Le mois dernier, un volontaire américain, Tristan Anderson, a été touché par une grenade lacrymogène à la tête. Grièvement blessé, il souffre de lésions cérébrales et a perdu un œil. Comment dans ces conditions résister à la violence, quand elle tue vos amis ?
« J’ai peur des soldats, mais en ne ripostant pas à leur violence, je me sens plus fort que tous leurs chars et leurs fusils. Par exemple, en criant de toutes mes forces : “Non, je ne vous donnerai pas ma carte d’identité.” Que peuvent-ils contre ça ? » Abdullah a été arrêté et emprisonné trois fois, légèrement blessé à plusieurs reprises. « J’ai reçu des menaces du Shin Beth, les soldats israéliens ont fait irruption chez moi de nuit. Mes filles sont terrorisées dès qu’elles voient un soldat. » Même cela ne suffit pas à ébranler la volonté d’Abdullah. « Je suis persuadé qu’il est encore possible de récupérer nos terres, notre liberté, nos droits, sans faire parler les armes. »
Agnès ROTIVEL
(1) La première Intifada a duré de 1987 à 1993, la seconde de 2000 à 2007.
mardi 26 mai 2009
Dans le peuple comme des poissons dans l'eau...
par Michel Peyret
ETRE DANS LE PEUPLE COMME DES POISSONS DANS L'EAU !
La « Longue Marche » est devenue une légende .
En 1911 , l'Empire chinois s'était effondré , une république était née à la présidence de laquelle furent placés Sun Yat-Sen , puis Chiang Kai- shek , tous deux plutôt nationalistes de droite .
Ce fut un temps de chaos . La République était attaquée de l'extérieur par les Japonais , et à l'intérieur , connaissait une guerre civile alimentée par de petits seigneurs locaux et nombre de bandits de grand chemin...Le chaos total !
Dans ce contexte , ou à cause de lui , le parti communiste chinois réussit à prendre pied et à s'installer dans quelques bases , enclaves territoriales , où il promulguait des institutions faites pour le peuple . Cela tout à fait inacceptable pour Chiang-kai- shek qui , en 1936 , lance des troupes nombreuses et aguerries contre ces bases .
LA LONGUE MARCHE
Les partisans communistes entament alors une retraite tourbillonnante qui les conduit à 12000 kilomètres de leur point de départ , dans la Chine du nord-ouest . Pour surmonter les pertes , les difficultés considérables , s'approvisionner , il était essentiel pour cette armée rouge de ménager , et même de séduire les populations des territoires traversés afin d'en obtenir l'aide nécessaire et faire aimer le communisme qu'elle représentait .
Aussi Mao , devenu chef suprême , institue un nouveau style de comportement militaire : il disait que le soldat communiste doit être parmi les populations civiles comme le poisson dans l'eau .
La Longue Marche a été l'épopée fondatrice de la Chine de Mao . Et si la légende embellit toujours l'histoire , il est difficile de dire jusqu'où !
LE PARTI-ETAT .
D'autre pays , y compris la Chine , ont connu d'autres formes de rapports entre les partis communistes , au moins s'affirment-ils comme tels , et les peuples .
Le temps et l'expérience nous ont finalement appris que la préoccupation principale de ces partis ne fait plus , et le pouvait-elle ?, de la séduction pour mieux faire aimer le communisme !
Souvent le « Parti-Etat » , appelé ainsi tant les deux structures étaient étroitement liées dans la direction du pays , s'est substitué au pouvoir du peuple , pouvoir qui là comme ailleurs , est demeuré une fiction . C'est un hyper-étatisme qui y a été établi jusqu'à nier sous différentes formes toute démocratie , tandis que cet étatisme exacerbé exerçait également sa tutelle sur tous les moyens de production et d'échange .
En fait , les partis communistes s'étaient placés en posture d'extériorité par rapport aux peuples à qui ils prétendaient imposer de pseudo-choix scientifiques .
Au nom de Marx et du communisme , ils en imposèrent une caricature , au point que l'un de mes amis estime aujourd'hui devoir parler de « communisme démocratique » , comme si le communisme pouvait ne pas être démocratique ou tout simplement n'être pas !
LE COMMUNISME A-T-IL EXISTE COMME SOCIETE ?
Aussi , avec d'autres communistes de notre temps , j'ai fait le choix motivé de considérer que le communisme n'avait pas existé , au moins en tant que société réalisée ou même en construction .
Il est néanmoins nécessaire de se prémunir contre des apparences qui , souvent , sont trompeuses , ainsi que le reconnaît la sagesse populaire .
Ainsi , Philippe Sollers , en 1976 , n'y allait pas de main-morte :
« Mao a échoué , comme Marx , comme Lénine , comme la Commune de Paris , comme Mai 68 , le paysage de ce point de vue est accablant . Une fois de plus , on part pour l'abolition de l'Etat et on arrive à son renforcement maximal . On part pour l'autodétermination des masses et on arrive à leur anesthésie , à leur manipulation . Il y a là un problème terrible . Des exceptions viennent rétablir la règle : est-ce que l'on peut dire alors que la règle avance ? Peut-être , mais à quel prix ! »
C'est là la négation pour la négation , et elle est mortifère !
Philippe Sollers , en effet , poursuit :
« Je crois que l'humanité reste en proie à la passion religieuse , celle-ci n'est jamais si patente qu'autour du problème de la mort . Quoi de plus simple , en effet , que de refermer l'horizon sur la terreur et le respect sacré du cadavre ? C'est , si vous voulez , une vieille histoire égyptienne... Jamais l'analyse du père mort n'a été autant d'actualité . Il y a , pourrait-on dire, comme une passion nécrophile de l'humanité . C'est la fascination de la lettre qui tue , la lettre morte . Après tout , le Christ aussi , dans sa simplicité grandiose , serait bien étonné s'il pouvait juger du christianisme . »
LE RETOUR DE L'IDEE COMMUNISTE .
Nous ne sommes plus en 1976 ! Mais 33 ans , un tiers de siècle après ! Mais pas encore la longue durée de l'histoire !
Aujourd'hui que le capitalisme est en crise , le retour de l'idée communiste est surtout une façon de répondre à la propagande libérale .
En tout cas , c'est ce que considère Eric Hobsbwam pour qui :
« Le libéralisme a sous-estimé les aspirations et les succès des mouvements communistes . On a voulu les jeter entièrement à la poubelle , en faire de simples excuses pour fonder les goulags. Cette mythologie qui date de la guerre froide n'est pas encore morte . Elle reste très vive par exemple au Parlement européen , où l'on continue de passer des résolutions contre le totalitarisme comme si on était dans les années 60... »
Et Eric Hobsbawm constate :
« Ce n'est 1998-1999 , avec la crise asiatique , que les milieux d'affaires ont commencé à se dire que quelque chose ne marchait plus . Et à redécouvrir Marx . »
Et il évoque un déjeuner avec le spéculateur George Soros durant cette période :
« Il m'avait demandé ce que je pensais de Marx et m'avait fait l'éloge de ses prédictions sur le développement frénétique du capitalisme . C'était le moment où Long Term Capital Management venait de connaître une faillite retentissante . Ce fonds de placement était géré par deux prix Nobel , qui avaient calculé le risque d'un effondrement de leur fonds à une chance sur plusieurs millions... Tout le monde sait qu'il y a toujours des risques . Si Marx intéresse les banquiers n c'est parce qu'il dit que l'essence du capitalisme n'est pas la stabilité , mais la crise . »
Mais pourquoi n'intéresserait-il pas un monde autre que celui des métiers d'affaires , des banquiers et autres capitalistes ? Par exemple ceux qui sont victimes du capitalisme et de sa crise !
SON ANCIENNETE ET SA PUISSANCE .
On ne saurait toutefois réduire Marx et le communisme à ce seul moment de l'histoire !
L'idée communiste , si elle a de l'actualité et de l'opportunité en ces temps , possède aussi de l'ancienneté et donc de la puissance , celle des longs temps des aspirations humaines .
Symboliquement , c'est certainement ce que veut dire Robert Maggiori dans « Politiques » du 23 mai qui titre son article : « Aristophane , premier camarade » et le présente ainsi :
« De la Grèce à Marx , en passant par l'utopie au XVIe siècle , 2500 ans de collectivisme » , et
poursuit :
« Le capitalisme est un bébé , comparé au communisme , âgé de plus de 25 siècle ; Dès que l'on a voulu organiser la vie politique , les hommes ont élaboré des modèles « communistes ». Parfois sur le mode cocasse . On trouve un projet collectiviste dans « L'Assemblée des femmes » d'Aristophane (392 avant J.-C.) . Dans une période de profonde « crise » , à Athènes , les femmes , déguisées en hommes , gagnent la majorité des postesd à l'assemblée du peuple et votent des décrets qui leur assignent la gestion de la chose publique . Les biens , les terres , l'argent , sont mis en commun et partagés en fonction des besoins de chacun ; Femmes et enfants appartiennent à tous . Déjà dans « Ploutos » , le poète comique avait imaginé une répartition égalitaire des richesses , et ici il pose en termes satiriques que la « sortie de la crise » se fera par un programme ultra-communiste , politique et sexuel . « Il n'est plus question de riches et de pauvres . L'un ne doit plus avoir de trop vastes terrains , pendant que l'indigent n'a pas assez d'argent pour se faire enterrer . Il n'est plus question que l'un soit servi par trois mille serviteurs alors que l'autre doit compter sur son labeur . »
Robert Maggiori énumère les différentes formes historiques de cet idéal communiste .
Les premières communautés chrétiennes : « Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun . Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens , pour en partager le prix entre tous , selon les besoins de chacun (Actes des apôtres – 2 , 44-45 ) .
Les deux grandes oeuvres de Thomas More ( Utopie , 1516 ) et de Tommaso Campanella ( La cité du Soleil , 1602 ) où la société communiste trouve sa description la plus fantastique...
Les anarchismes et socialismes utopiques : Fourier , Etienne Cabet , François-Noël Babeuf , Henri de Saint-Simon , Auguste Blanqui , Choiseul...
Et Marx...
POURQUOI LE COMMUNISME A PLUS DE POIDS QUE LE CAPITALISME.
Nulle part , dit Robert Maggiori , une telle société n'a été construite...
Parce que jamais , comme je l'ai déjà indiqué , deux pans essentiels de la projection de Marx n'ont été mis en oeuvre : la fin de la propriété privée par l'appropriation sociale et non par l'étatisation-nationalisation , le dépérissement de l'Etat et non par l'hypertrophie étatique …
« Mais on voit pourquoi , conclut Robert Maggiori , comme idéal , comme valeur , le communisme a plus de poids que le capitalisme ; Aussi loin qu'on le pousse , le capitalisme , comme son nom l'indique , a toujours affaire à des capitalisations , des avoirs , des « choses » , des échanges marchands – rien d'humain . Alors que le communisme , si l'on s'en tient à son nom , appelle à ce que les hommes mettent en commun , pour être plus riches , en savoir , en intelligence , en affects , en possibilités , en « être » , en humanité .
Comme le dit mon ami Pierre , « Maintenant la ressource humaine . »
Il poursuit :
« Les rapports sociaux sont l'essence de l'humain .
En économie , ce sont les échanges qui déterminent la vie économique et son développement . Lorsque les moyens de production augmentent la quantité des produits , si l'augmentation de la quantité des échanges n'est pas « proportionnelle » , il y a crise .
« Lorsque l'on introduit l'automation dans la grande production , mais aussi une gestion cybernétique mondialisée , morcelée , sans rapport cohérent à l'ensemble , et que cela ne s'accompagne pas de la même explosion des échanges , il y a des déséquilibres qui entraînent des chutes ou plutôt une chute généralisée .
« Il en est de même de tous les rapports sociaux , qu'ils soient économiques , culturels , ludiques , psychologiques , etc... Il est d'ailleurs absurde de leur imaginer des frontières étanches . Ils sont intriqués , ils constituent une unité d'activités , pour l'individu comme pour la communauté humaine .
« Tous les échanges , de quelque sorte qu'ils soient , subissent et subiront donc cet effet de chute .
« C'est en ce sens que la mise en commun , si elle donne les moyens de mettre en correspondance les moyens de production et le mode de production , contient le remède réaliste de résolution de cette équation .
« Ce n'est donc pas au seul nom de l'utopie... mais au nom du réalisme qu'il nous faut revendiquer la transformation par cette mise en commun dans la société ... »
LA MISE EN COMMUN MAINTENANT !
Cette mise en commun , ce n'est pas seulement pour demain , les luttes et les votes d'aujourd'hui en sont aussi un laboratoire .
Dans sa longue marche , le peuple français a déjà construit une mise en commun considérable . Elle n'est plus le nouveau-né qui , ce jour , verrait la lumière . Il hérite de toute l'histoire humaine , bien avant celle qui permettait l'existence et l'oeuvre du camarade Aristophane , près de ce « croissant fertile » qui vit la naissance conjuguée de l'agriculture et du langage , de ces terres aussi où naquirent également les trois religions monothéistes se réclamant du même dieu .
Le peuple français a lui aussi apporté , dans les prolongements de ces temps , sa pierre à la construction de cette mise en commun , dans les contradictions et les obstacles de toutes sortes
LA PROCHAINE ETAPE
Une des prochaines étapes est le 7 juin .
Et ce n'est pas dans la simplicité qu'elle se présente !
Ni dans un désert absent de toute expérience et même de victoires !
J'ai dit dans d'autres articles les vois de ce cheminement .
Depuis plusieurs décennies ces voies ont aussi été celles de la lutte contre ce qui est une caricature du beau nom dont on l'a baptisé , l'Union européenne , en fait un super-Etat européen dont on considère mal les frontières , en fait un super-carcan pour museler les peuples européens .
Des victoires récentes ont été remportées .
En 2004 , à l'occasion des précédentes élections du Parlement européen , l'abstention a triomphé partout contre la totalité des forces politiques qui présentaient des candidats .
En mai 2005 , dans le prolongement de 2004 , c'est aussi le NON au TCE qui l'emportait contre la quasi-totalité des partis , des médias , qui appelaient à voter OUI .
C'est dans ces victoires , dans leurs contenus politiques et humains , dans leurs significations profondes , que peut se construire la mise en commun de notre temps pour des objectifs transformateurs de notre société malade de trop de capitalisme et de trop d'étatisme et de super-étatisme .
En tout cas , ce n'est pas en s'opposant , en combattant cette mise en commun que les forces politiques vont redorer leur blason .
Ce n'est pas non plus en considérant comme nulles et non-avenues les conséquences de ces victoires que le lien va se renouer entre ce peuple entré en rébellion et ces forces politiques ;
D'autant que la négation des résultats a pris un caractère particulier : nier le résultat d'élections qui se sont déroulées démocratiquement , c'est une négation officielle de la démocratie .
A plus forte raison quand l'enjeu était l'existence même de l'Etat européen , très abusivement nommé « Union européenne » . Le projet de traité constitutionnel qui était soumis au peuple français reprenait , et il ne pouvait pas ne pas le faire , l'ensemble des traités européens depuis le traité fondateur de Rome .
UN DOUBLE COUP D'ETAT .
C'est donc l'ensemble des traités constitutifs de cet Etat européen qui ont été annulés et , de ce fait cet Etat n'existe plus , et à plus forte raison son Parlement . Les traités antérieurs qui demeurent valables sont ceux antérieurs au traité& de Rome lui-même .
La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet persiste et signe :
« La relance par voie parlementaire du processus constitutionnel européen malgré le NON référendaire relève du double « coup d'Etat » , à la fois formel et matériel .
« On ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté , constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat . »
Et comment considérer tous ceux qui en appelant à voter aujourd'hui pour l'élection du Parlement européen apportent leur caution à ce double coup d'Etat ?
Ce faisant , en s'opposant à la majorité souveraine du peuple exprimée démocratiquement et légalement , le moins que l'on puisse en penser est qu'ils ne créent pas les meilleures conditions pour concrétiser la mise en commun possible avec la majorité exprimée à l'occasion de ces différents scrutins .
C'est certainement là le plus grand dol de ce moment en rupture totale avec une stratégie qui s'assignerait comme objectif le rassemblement le plus large du peuple pour une transformation révolutionnaire de la société .
C' »st un positionnement opportuniste ignorant les avancées réalisées par le peuple lui-même tout au long du parcours de cette marche qui ne l'est pas moins .
C'est aussi le retour dans les faits aux pratiques qui furent celles responsables de l'échec de la forme de société qui s'était érigée dans les pays dits « socialistes »
J'ai maintenant la certitude de ce que l'abstention sera de nouveau majoritaire lors de ce scrutin du 7 juin , au moins en France .
Et aucune force politique organisée ne sera avec cette majorité du peuple pour travailler à la mise en commun qu'elle devrait permettre .
Cela souligne l'urgence de cette phrase qui porte la solidarité internationale des peuples :
« Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
« Décrétons le salut commun ! »


