lundi 21 décembre 2009
Teilhard de Chardin: questions pour un monde en devenir
Introduction à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin (Résumé)
Avec la fin des repères traditionnels, la perte de toute transcendance et la victoire du matérialisme, l'humanité est menacée par la conviction de l'absurdité des choses et un repli dangereux sur l'égoïsme et l'intérêt à court terme.
Pour Teilhard de Chardin, l'Univers est cohérent, il a un sens, et sa prétendue absurdité ne peut recevoir aucune confirmation scientifique.
L'Evolution de l'Univers ne se poursuit pas au hasard. Elle laisse entrevoir une orientation dont la constance se manifeste au cours de milliers de siècles. Elle offre à l'Humanité de participer activement à une véritable Odyssée.
L'Evolution progresse toujours vers plus d'organisation, dans le sens d'une complexité croissante. Lorsqu'un assemblage de particules atteint un certain degré de complexité, on y constate l'émergence d'un phénomène que nous appelons "la Vie".
Chez les êtres vivants on constate l'émergence de ce que nous appelons "la Conscience".
Cette conscience s'accroît proportionnellement à la complexité des organismes. Dans cette perspective, l'Evolution atteint avec l'Homme un point culminant de complexité.
Au degré de complexité atteint par le cerveau de l'homme, on constate l'apparition de la "Conscience Réflexive". Elle est d'une importance décisive car elle permet à l'Homme de manier des idées comme des objets, de former des jugements et d'intervenir sur son environnement.
Avec la pensée réfléchie commence la liberté et avec elle la possibilité pour l'homme de prendre une part de plus en plus active et responsable au processus universel de l'Evolution.
Inséré lui-même dans le mouvement organisateur qui, depuis des siècles, travaille le monde, l'Homme, à l'instar de toutes les particules constituant l'Univers, tend à "s'organiser".
Il ne devient véritablement lui-même que dans la mesure où il s'associe volontairement avec ses semblables pour former des communautés. "L'union différencie".
Une super-humanité établie sur la base de relations et connexions de toute nature établies entre des hommes libres, cultivant leurs différences pour en tirer parti, mais liés entre eux par des relations d'ordre spirituel cherche à voir le jour: c'est la noosphère.
Cette unification de l'humanité ne peut s'opérer sous l'effet de la contrainte.
L'effacement de l'homme devant un tout considéré comme une "fin" en soi équivaudrait, pour chaque individu à une régression vers la mécanisation, et non à un progrès.
La "planétisation", pour constituer véritablement un progrès dans l'évolution, ne doit rien retirer aux individus, mais au contraire développer leurs personnalités et leurs différences.
Seule une association de personnes, réalisée librement par affinité mutuelle, et par attrait collectif pour l'unité d'un monde en croissance vers l'esprit, peut prolonger le processus de complexification.
C'est une mystique de l'ordre de l'amour sur un chemin long et semé d'embûches.
Parvenu au stade de la pensée réfléchie, l'homme devenu conscient de l'Evolution en devient responsable. Il a le pouvoir de la seconder ou de la combattre.
Comme l'homme a un besoin fondamental de sens, la cohérence de l'Evolution implique qu'il y découvre un horizon qui l'attire, l'espoir de plus grands accomplissements justifiant ses efforts et sa persévérance.
C'est pourquoi, en dépit des vicissitudes du court terme, Teilhard croît en l'Avenir.
Cet horizon, résultant de la convergence des lignes d'unification qui se sont déssinées dans le passé, se présente comme un champ d'attraction situé dans l'Avenir: Oméga.
Dés l'instant où la Pensée réfléchie et la Personnalisation sont des phénomènes apparus dans le monde à l'échelon humain, il est nécessaire que l'Energie universelle - sous peine de se révéler moins évoluée que les éléments qu'elle anime - soit elle-même une énergie pensante, et possède tous les attributs d'une personne.
Teilhard instaure, par sa vision du Monde, une véritable mystique de l'action.
L'action n'est, en aucune manière, un mode dégradé de relation au Divin. Elle fait de nous des co-créateurs de Celui que Teilhard appelle le "Dieu de l'En-Avant".
Jacques Masurel , Questions pour un monde en devenir, Aubin Editeur, pp 67 à 70
Petit livre de 100 pages d'aprés un texte de 1961 de Paul Misraki, actualisé par J. Masurel, illustré d'extraits significatifs de l'oeuvre de Teilhard, et complété de renseignements pratiques. Je n'ai à ce jour rien trouvé de plus clair pour aborder une pensée originale et parfois difficile. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? [ndlr]
vendredi 18 décembre 2009
L'humanité au coeur des peuples, par Oscar Fortin
Il y a de ces périodes où les évènements se bousculent plus intensément et plus rapidement qu’à certaines autres époques. Nous vivons tous, comme individus, comme sociétés et comme peuples, dans des « bulles » qui constituent, à un moment ou l’autre, ce qu’est le monde pour nous. Un vieux proverbe yiddish dit : « Pour le ver qui vit dans un radis, le monde entier est un radis. » C’est vrai pour nous qui vivons dans une culture, dans un système politique, dans une croyance religieuse, dans un système économique et qui pensons qu’en dehors de ces formes d’appartenance, c’est le néant. Ces « bulles » sont nos repères jusqu’à ce que nous en sortions.
L’histoire nous enseigne qu’il y a de ces « bulles » qui éclatent sous la pression de consciences qui n’arrivent plus à s’accommoder d’un monde qui étouffe et déshumanise.
Les plus âgés se souviendront des années 1950 et 1960, marquées par
l’éclatement de bulles dans plusieurs secteurs. Il y a eu l’éclatement
de la bulle sociale avec la montée des mouvements
sociaux, celle des travailleurs et des syndicats, celle des luttes
révolutionnaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. On se
souviendra de mai 1968, en France, mais aussi de toutes les autres
manifestations importantes dans les pays du Nord et du Sud, de l’Est et
de l’Ouest. Il y a eu, également, l’éclatement de la bulle morale et religieuse
que les mouvements hippies des années 1960 et la tenue du Concile
Vatican II illustrent merveilleusement bien. Plus près de nous,
n’assistons-nous pas à l’éclatement de la bulle de systèmes économiques et politiques qui
nous retiennent dans un monde de moins en moins crédible, de plus en
plus exclusif, discriminatoire et fermé aux exigences d’une conscience
humanitaire ouverte à tous les peuples de la terre ?
Si « la bulle des cavernes », il y a de cela des millénaires, n’a pu retenir l’arrivée de l’ « HOMO SAPIENS », l’HOMME PENSANT, et qu’il en fut de même des autres « bulles
» qui se sont formées tout au long de son histoire, comment n’en
serait-il pas de même pour celles qui nous enferment aujourd’hui dans
un monde qui nous garde à l’étroit ? Le père Teilhard de Chardin, ce
grand paléontologue du siècle dernier, bien connu pour sa vision sur
l’évolution de l’Univers et de l’Homme, disait « qu’un courant héréditaire et collectif de réflexion s'établit et se propage : l'avènement de l'Humanité à travers les Hommes". Selon cette pensée, l’évolution de l’HOMO SAPIENS suit son cours. Son développement dans l’Histoire se mesure à la qualité de l’HUMANISME dont il est l’incarnation.
Un regard rapide sur le monde qui
nous entoure nous laisse plutôt avec la déprime. Les oligarchies et les
empires continuent à faire la loi et à imposer leurs volontés aux deux
tiers de l’Humanité. Ils ont la force des armes, celle de la corruption
et de la manipulation. Un peu plus nous les prendrions pour des dieux
alors que le monde auquel ils nous convient est fondé sur le mensonge,
l’hypocrisie, l’exploitation et la cupidité. Une situation pratiquement
irréversible, tellement les moyens sont disproportionnés entre les uns
et les autres. Pourtant, il y a quelque part une CONSCIENCE qui n’a pas abdiqué et qui porte la force de ce « courant héréditaire et collectif » à laquelle ces forces stagnantes de l’évolution ne sauraient résister. Ne
vivons-nous pas à une époque où la « conscience des personnes et celle
des peuples » se trouvent à la croisée des chemins où elles doivent
faire siens, soit les impératifs d’une Humanité inclusive ou soit la
cupidité d’une Humanité qui en exclut les deux tiers? N’est-ce pas là le défi que les personnes et les peuples devront relever en ce XXIème siècle?
En Amérique Latine, des personnes et des peuples répondent à ce défi en redonnant la parole à leur conscience et en répondant oui à une HUMANITÉ toujours plus inclusive.
Les oligarchies, les hiérarchies et l’Empire s’y résistent. Tous les
arguments et tous les moyens sont bons. Par contre, l’histoire de
l’évolution nous enseigne qu’autant les forces de la matière n’ont pu
retenir, il y a des milliers d’années, l’émergence de l’HOMO SAPIENS,
autant les forces oligarchiques et ses alliés ne sauront retenir
l’émergence de l’HOMME NOUVEAU, CONSCIENCE DES CONSCIENCES.
Le combat de David contre Goliath se poursuit, mais la force physique
ne peut en aucun temps rivaliser avec la force morale des consciences.
Je regrette que nos médias se fassent si peu l’écho de l’émergence de cette HUMANITÉ INCLUSIVE
et de ceux et celles qui s’en font les prophètes et les instigateurs.
Je me considère un privilégié, assis aux premières loges, lorsque je
lis les réflexions de Fidel Castro, que j’écoute les propos d’Évo
Morales, cet homme hors du commun, que je ressens dans le plus profond
de mon être l’inspiration que portent les discours d’Hugo Chavez. Je
suis émerveillé lorsque je vois arrivé, à la Présidence de l’Uruguay,
un homme dont la trajectoire a été un long chemin de croix, 15 années
en prison, torturé, humilié, mais resté toujours serein et sans
rancune. Avant tout, aimant de son peuple, de la justice, de
la vérité, et de beaucoup d’humanité. Une véritable préfiguration de
cette HUMANITÉ à laquelle nous aspirons tous et toutes et à laquelle
nous somme conviés. Ce n’est certainement pas en écoutant
Michelletti du Honduras, Uribe de la Colombie, Alan Garcia du Pérou,
Hilary Clinton des États-Unis ou Harper du Canada que je vais trouver
ce fil d’Ariane conducteur de l’évolution de l’homme vers une HUMANITÉ INCLUSIVE.
« L'Issue du Monde, les portes de l'Avenir, l'entrée dans le super-humain, elles ne s'ouvrent en avant ni à quelques privilégiés, ni à un seul peuple élu entre tous les peuples ! Elles ne céderont qu'à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s'achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. » ( Teilhard de Chardin, Le Phénomène Humain, p. 245)
Oscar Fortin
Québec, le 17 décembre 2009
Cet article vient de paraître sous le titre "La conscience des consciences: l'humanité au coeur des peuples" sur le site ami d'Oscar:
dimanche 6 décembre 2009
Garaudy et Teilhard
Roger Garaudy a souvent fait référence à Teilhard de Chardin dans ses oeuvres, il lui a consacré plusieurs articles dans diverses publications, notamment le n° de mars 1965 de la revue EUROPE. Il s'âgit ici d'un extrait de ses mémoires.
L'oeuvre de Teilhard de Chardin est un point de rencontre naturel entre le christianisme et le marxisme. Ce grand paléontologiste a découvert dans ses fouilles, près de Pékin, l'un des chaînons intermédiaires entre les mammifères les plus évolués et l'homme: le sinanthrope.
Il fonde sa vision du monde sur un évolutionnisme généralisé. Il étend le transformisme au-dessous de la vie, avec la genèse et la complexité croissante de la matière, et, au-dessus, avec l'histoire humaine en sa visée suprême: le Dieu fait homme.
C'est le contraire de l'évolutionnisme vulgaire, scientiste, qui essaie de réduire le supérieur à l'inférieur et l'homme au singe. Teilhard inverse ce mouvement, en privilégiant non les dérives descendantes de l'entropie, mais le mouvement ascendant de l'homme vers ses fins divines.
Je sens, obscurément encore (RG décrit son état d'esprit en 1951-1953, ndlr), que le Père Teilhard de Chardin, sur un autre plan, celui de la science, va dans le même sens que les prêtres ouvriers sur celui de la société: il enracine l'esprit dans la matière, comme eux l'appel du Christ dans la masse humaine. Aller vers Dieu n'exige pas que l'on tourne le dos ni à la matière ni au monde.
L'Eglise ne cessera plus d'être habitée, travaillée au plus profond d'elle-même, par ce double appel. Pourrai-je, en mon Parti (RG est alors membre du BP du PCF, ndlr), aiguiser pareille exigence ?
Au-delà des divergences sur nos visions du monde, fussent-elles irréductibles, c'est une nécessité historique, dont j'éprouve l'évidence charnelle: aider, par le dialogue, à la prise de conscience de nos fins communes - au moins de nos fins avant-dernières - et dégager les moyens d'une pratique commune pour l'avènement de l'homme.
Roger Garaudy, Mon tour du siècle en solitaire, Editeur Robert laffont, 1989, pp 209-210
vendredi 4 décembre 2009
Comment je crois
Après ce que je viens de déclarer sur ma
conviction qu'il existe un terme personnel divin à l'Evolution
universelle, on pourrait penser que, en avant de ma vie, l'Avenir se
découvre serein et illuminé.
Il n'en est rien.
Sûr,
de plus en plus sûr, qu'il me faut marcher dans l'existence comme si au
terme de l'Univers m'attendait le Christ, je n'éprouve cependant aucune
assurance particulière de l'existence de celui-ci. Croire n'est pas voir. Autant que personne, j'imagine, je marche parmi les ombres de la foi.
L'obscurité
de la foi, à mon avis, n'est qu'un des cas particuliers du problème du
Mal. Et, pour en surmonter le scandale mortel, je n'aperçois qu'une
seule voie possible: c'est de reconnaître que si Dieu nous laisse
souffrir, pécher, douter, c'est qu'il ne peut pas, maintenant et d'un
seul coup, nous guérir et se montrer. Et, s'il ne le peut pas, c'est
uniquement parce que nous sommes encore incapables, en vertu du stade
ou se trouve l'Univers, de plus d'organisation et de plus de lumière.
Nos doutes, comme nos maux, sont le prix et la condition même d'un achèvement universel.
Voilà comment je crois.
J'accepte, dans ces conditions, de marcher jusqu'au bout sur une route
dont je suis de plus en plus certain, vers des horizons de plus en plus
noyés dans la brume.
Pierre Teilhard de Chardin
cité sur: http://drzewijc59.blogspot.com/
dimanche 22 novembre 2009
Teilhardien !
Il en coûterait cher si nous ne pouvions chercher Dieu qu'une fois morts au monde.
Thérèse d'Avila, citée par R. Garaudy dans L'avènement de la femme, Albin Michel éditeur, p163

mardi 20 octobre 2009
Dictionnaire Teilhard

Vient de paraître chez Aubin éditeur
Pour le commander sur internet: http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/baudry-gerard-henry/dictionnaire-teilhard-de-chardin,25505989.aspx
mercredi 30 septembre 2009
Teilhard de Chardin et les courants ethniques
Teilhard de Chardin croyait en une synthèse de l’humanité qui lui donnerait enfin un esprit unique, une âme unifiée. Cependant, il distinguait fondamentalement cette synthèse d’un projet de fusion, et il rejetait avec la dernière énergie toute forme de massification dépersonnalisante, comme celle qu’à ses yeux favorisait la doctrine de Karl Marx. Il désapprouvait toute tendance à l’uniformisation.
Il
affirmait, de fait, que la synthèse finale accomplirait l’individu dans
sa spécificité, mais aussi les cultures ethniques. En effet,
“Zoologiquement parlant, pourrait-on dire, le groupe humain peut se
définir comme le produit d’une ramification (spéciation) constante,
constamment surmontée et synthétisée par convergence en milieu
spatialement et psychiquement courbe.” Et ainsi, “il faut tenir compte
du fait que, non seulement individuellement, mais encore ethniquement,
les hommes représentent des éléments complémentaires (...). Par suite
de sa structure ramifiée, l’Humanité est formée, si l’on peut dire,
d’un grand nombre d’‘isotopes’ réfléchis, - chacun doué de ses vertus
particulières. Et ne pas tenir compte de cette diversité des écailles
humaines pour en surveiller et assurer le développement en proportions
convenables serait aussi grave que de chercher à contrarier la double
force, externe et interne, qui les oblige à se reployer sur soi.”
C’est assez clair. La vraie synthèse, et donc un universalisme authentique ne peuvent passer que par le respect des spécificités culturelles de tous les groupes humains, parce que le progrès vers l’Unité ne peut se faire que par le développement des vertus propres à chacun d’eux. En aucun cas, il n’est possible de sacrifier l’humanité particulière à l’humanité globale, puisque la seconde n’est que l’accomplissement de la première.
On peut toujours contester qu’une culture ou une autre puisse se relier à l’universel: mais cette idée est l’essence du colonialisme, je pense.
Le projet de Teilhard est ambitieux, mais il a raison de dire, ailleurs, qu’il est le seul qui soit logique et cohérent, et donc, réalisable. Toute voie apparemment plus facile, plus réaliste, manque le but. La base de l’humanité unifiée ne peut être que la fraternité: non la soumission à un centre décrété relié au divin a priori. Et ici, je ne vise pas forcément ce qui s’affiche officiellement comme religion.
http://remimogenet.blog.tdg.ch/
et aussi sur le même blog et toujours à propos de Teilhard: http://remimogenet.blog.24heures.ch/archive/2009/10/02/science-et-christ-et-teilhard-de-chardin.html
lundi 15 juin 2009
Pierres vivantes de Teilhard
Sur http://apocalypsis.hautetfort.com/
"Teilhard ne méconnaît pas la valeur spirituelle du désert ; mais il n'est pas dupe. Il n'a pas oublié la prière du Christ pour ses Apôtres : "Père, je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais." Il montre à plusieurs reprises du respect pour les contemplatifs, mais il craint que les monastères expriment encore une désertion, une fuite du monde, alors même que "c'est la passion (non la fuite) du Monde qui devrait pousser à la solitude !"... Et jose penser que la fascination de Teilhard pour les déserts, ceux d'Égypte ou ceux d'Asie en particulier, n'est pas seulement le fait du scientifique en quête de roches ou de fossiles, mais bien celui d'un "passionné du Monde " !
Derrière ces critiques et ces attaques, non dénuées d'ironie, se cache le souci de Teilhard de discerner, dans l'Église de son temps, "trois pierres périssables dangereusement engagées dans les fondations : la première est un gouvernement qui exclut la démocratie ; la deuxième est un sacerdoce qui exclut et minimise la femme ; la troisième est une révélation qui exclut, pour l'avenir, la Prophétie."
(...)
À notre époque où les catholiques aiment à parler des pierres vivantes de l'Église, cette mise en garde de Teilhard à l'égard des pierres périssables ne manque pas d'intérêt, voire même de pertinence (à moins qu'il ne s'agisse d'impertinence). Je laisse au lecteur le soin d'en juger, le priant seulement de ne pas oublier que jamais Teilhard ne met en question le rôle essentiel de l'Église. "Sans l'Église, martèle-t-il, le Christ s'évapore ou s'émiette ou s'annule !"
[in (l'excellente biographie de) Teilhard de Chardin, par Jacques Arnould]
Alina Reyes
La biographie "Teilhard de Chardin" par Jacques Arnould, Editions Perrin, vient d'être rééditée dans la collection de poche "Tempus" du même éditeur. Prix: 9€50
lundi 25 mai 2009
L’universalisme selon Teilhard de Chardin
[Les articles sur Teilhard sont assez rares sur le net pour que ceux qui y paraissent méritent d'être remarqués, surtout s'ils sont accessibles à tous et fidèles à la pensée "teilhardienne", ce qui est le cas de celui qui suit publié sur http://remimogenet.blog.24heures.ch/ ]
Teilhard
de Chardin était prêtre, mais sa philosophie reposait fondamentalement
sur l’universalisme. Cependant, chez lui, il ne s’agissait pas d’un
simple concept: il croyait à une force psychique universelle réelle,
avec laquelle l’individu humain était en relation plus ou moins intime.
Cette force, dans son esprit, était le Christ. Celui-ci exerçait une
force d’attraction sur les âmes, qui tendaient à se fondre en lui.
L’universalisme était donc une idée vivante qui se glissait dans les consciences avec plus ou moins de netteté: car si Teilhard croyait en l’excellence de l’Homme, il ne regardait pas les individus comme égaux dans les faits.
La mondialisation était, ainsi, l’effet naturel de l’attraction christique. L’économie telle qu’elle est devenue, rompant les digues des États, attestait la présence, par-delà les nations, d’une force universelle non seulement dans les consciences, mais dans l’instinct, c’est à dire dans la nature. Ainsi s’expliquait l’Évolution, aussi.
La Nation était pour Teilhard de Chardin un concept dépassé, une étape intermédiaire vers une unité vraiment humaine - et, même, cosmique.
Cependant, il disait comprendre les peurs modernes, face à la perspective de l’universelle synthèse. Le refuge dans les nations était leur reflet: l’individu ne veut pas d’une sublimation qui le ferait se perdre dans un tout qui, pour lui, serait en réalité un néant, un tout dissolvant. Mais il était convaincu que la parousie de l’univers n’ôterait rien à l’individu, qu’il lui donnerait une ampleur cosmique en s’ajoutant à ce qu’il est, et non en le détruisant.
Il faut admettre l’extrême modernité d’un tel point de vue, face à la mystique chrétienne traditionnelle, et à ce qui en est issu. On pourrait par exemple évoquer la doctrine de Jeanne Guyon, qui défendit l’idée d’une forme de passivité intérieure face à Dieu, et la suprématie absolue d’un amour qui se fond en lui sans plus pouvoir s’en détacher et donc créer une forme de distinction entre Dieu et Soi.
Néanmoins, le Christ fait Homme contenait en germe l’idée que l’Homme pouvait à son tour sans cesser d’être lui-même évoluer jusqu’au monde divin. Teilhard a poussé jusqu’au bout cette logique.
mercredi 6 mai 2009
Réflexions sur l'origine de la vie
L'année scolaire à peine débutée, chacun débattait de ses croyances, persuadé que la sienne a préséance sur l'autre. Le cours d'éthique traumatisait. Les uns, Bible à la main défendaient leur droit à l'ignorance, les autres brandissaient les écrits darwiniens convaincus de leur véracité. Chacun vénéraient ses dogmes avec une inébranlable foi. L'autre a tort et moi j'ai raison.
Bien sûr, le croyant empêtré dans les prêches de ses prédicateurs refuse de comprendre que la Bible est avant tout la compilation d'une tradition orale millénaire que la découverte de l'écriture a permis de sauvegarder à travers les âges. Les recherches ont démontré que la Bible rapporte rarement des faits historiques mais plutôt des allégories pour stimuler le peuple juif à croire en son rôle de peuple élu. Le christianisme s'est ensuite accaparé de ces écrits. On y annexa les évangiles, ces commodes outils marketing confortant les adeptes du Christ dans les fondements de leur croyance.
Du début du Christianisme jusqu'à Constantin, l'Église s'appuyait sur une recherche spirituelle pour tenter de comprendre, d'expliquer les souffrances et les joies qui façonnent nos vies. Mais voilà, Constantin était un politicien, il dota l'Église d'une structure politique, mélangeant avec adresse paganisme et Christianisme. Les demi-dieux devinrent des saints. On donna le nom de Noël et autres fêtes chrétiennes aux célébrations païennes pour conserver l'appui des classes nobles et leur faire avaler la couleuvre de sa conversion.
L'Église navigua dans les eaux du pouvoir pendant plus de seize siècles. Elle s'accommoda sans rougir du bien et du mal. Elle inventa les Croisades, l'Inquisition, le Droit Canon, l'infaillibilité du Pape. Il y eu les indulgences, le Jansénisme et j'en passe. Elle soutint le pouvoir des seigneurs sur leurs serfs et n'excommuniait personne lorsque l'un de ces derniers s'offrait la nouvelle épouse de son serf. Malheureusement, ces pasteurs égaraient plus souvent leurs brebis qu'ils ne les guidaient d'où la nécessité des dogmes et de la foi.
Mais cet aveuglement n'est pas le fait unique des religions déistes. Les adeptes des hypothèses scientifiques défendent bec et ongles leurs théories et vomissent sur qui osent mettre en doute les dogmes érigés pour appuyer leurs croyances.
Le darwinisme est une hypothèse qui tente d'expliquer les origines de la vie. L'hypothèse élaborée par Darwin est plausible, crédible. De nombreuses découvertes confirment qu'une évolution a eu lieu et permit à la vie de se développer au cours des millénaires qui nous ont précédés.
Toutefois, la prémisse «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme» attribuée (à tort) à Lavoisier devrait amener les défenseurs du dieu évolution à réfléchir sur les principes mêmes de leur religion.
La gravité peut-elle s'inventer? Peut-il y avoir un Big Bang sans matière? Peut-il y avoir matière sans création? Si l'homme survit à ses bêtises écologiques peut-être découvrira-t-il, un jour, d'autres mondes régis par des lois physiques différentes des nôtres et des êtres intelligents à l'opposé de ce que nous sommes.
Utiliser l'évolution pour nier Dieu est un dogme aussi difficile à démontrer que la virginité de Marie. Oui, il y eut évolution, mais l'intelligence n'est pas un hasard, le principe était inscrit dans la nature. Teilhard de Chardin, géologue et paléontologiste de haut niveau a écrit un livre (Phénomène Humain) qui concilie avec intelligence évolutionnisme et spiritualisme. Peut-être devrions-nous décrocher de nos dogmes et lire cette Histoire de l'Univers pour y reconnaître que spiritualité et science sont indissociable. Pierre Teilhard de Chardin était prêtre.
