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29 mars 2008

Céline, « dernier auteur maudit » selon Vargas Llosa

Louis-Ferdinand Céline n'en finira probablement jamais de susciter admiration et répulsion. Mario Vargas Llosa, auteur péruvien et adopté depuis par l'Espagne a ainsi tenu à ajouter sa pierre et son hommage à l'oeuvre célinienne. Celle du « dernier auteur maudit », a-t-il déclaré dans El Pais.

« Il serait intolérable dans son pessimisme et sa noirceur, s'il n'y avait cette captivante puissance que dégage un langage virulent », précise-t-il. Ne s'attachant pas à ce que la vox populi a retenu de Céline, il s'insurge contre le refus de lui reconnaître ce talent typique, « à cause de ses sympathies hitlériennes ». Sauf que « personne n'a décrit aussi bien que lui, avec une intuition géniale, cette humanité obtuse et stupide ».

Une révolution stylistique

S'attardant un peu plus sur le style et ses fameux points de suspension, Vargas estime que Céline a créé une « véritable révolution » dans la narration. Mais après le Voyage et Mort à crédit, le souffle s'est épuisé. Son oeuvre « ne s'est plus élevée au-dessus de cette petitesse et médiocrité dans lesquelles vivent tous ses personnages, à demi asphyxiés et au bord de l'apoplexie hystérique » considère Vargas.

« Tous [ses personnages] sont marqués par le ressentiment, une certaine forme d'égoïsme, de bêtise et de méchanceté », effectivement, mais ils ne sont, de ce point de vue, que trop humains. « Peu d'écrivains ont décrit mieux que Céline cet esprit tribal qui est le plus lourd des poids retenant une société qui essaye de progresser et laisser derrière elle les préjugés et les habitudes fâchées avec la modernité. »

Une impossible ouverture à l'autre

Ou encore, ils « sont nationalistes et provinciaux, dans le pire sens de ces mots : parce qu'ils ne veulent pas voir ni regarder au-delà de leur nez. Comme Ferdinand Bardamu dans le Voyage ou Ferdinand dans Mort à crédit », leurs voyages pour découvrir se font en pure perte ! Tout devient « inutile : ils ne peuvent ni comprendre ni apprendre quelque chose sur les autres parce que, du fait de leurs préjugés, de leur méfiance ou de leur volonté, ils sont incapables de s'ouvrir aux autres et de se montrer eux-mêmes. »

Rappelons que les Éditions Montparnasse ont édité un DVD sur Céline, que nous ne saurions trop vous conseiller pour découvrir un témoignage authentique, tiré d'images d'archive. L'écrivains qui disait : « L’homme est nu, dépouillé de tout, même de sa foi en lui. C’est ça mon livre. »

Rédigé par Victor de Sepausy, http://www.actualitte.com/

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Commentaires
L
Je voulais dire que le régime bourgeois en veut plus encore à Céline d'avoir peint la France de la première moitié du XXe siècle dans sa couleur naturelle, le noir, que de son prétendu antisémitisme. On présente Céline comme un écrivain outré, dans son style et ses sujets, mais il n'y avait pas besoin d'exagérer la grande guerre pour la rendre effrayante.<br /> <br /> Compte tenu de ce qu'il a vécu, je trouve au contraire que Céline sait faire preuve d'un entrain étonnant. Il est plus "rabelaisien" que "kafkaïen".
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A
Je suis d'acccord avec toi LAPINOS. J'ai eu la faiblesse de "reproduire" cet article parce qu'il attire les regards sur Céline...il n'y en a pas tant que ça...Mais que Vargas Llosa ne soit pas une "autorité" pour parler de lui, voilà aussi qui est vrai.
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L
Vargas Llosa n'est pas loin de la caricature officielle de Céline. Bien sûr "Le Voyage" est noir, mais "Mort à Crédit" l'est beaucoup moins. Céline n'est pas le nihiliste anti-humaniste qu'on dit. On sait d'ailleurs qu'il avait lu Marx, et on peut penser que celui-ci aurait apprécié le réalisme de Céline et n'aurait pas gobé comme Llosa les poncifs sur Céline "antisémite", "pro-nazi", sans y regarder de plus près.<br /> Ce n'est pas tant Céline qui est "noir" que la réalité qui l'est. C'est la raison pour laquelle les bourgeois en veulent à Céline, et à bien d'autres.
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