Le Père Jean Lafosse, prêtre et révolutionnaire
Dans le petit cimetière des oubliés, au milieu de dizaines de tombes d’esclaves, une sépulture singulière, celle du Père Jean Lafosse, curé de Saint-Louis, fait l’objet de l’adoration de nombreux Réunionnais. On vénère sa tombe, à la manière de celle d’un saint, ou d’un intercesseur, ou encore d’un dispensateur de grâces de toutes sortes. Pour l’histoire, il est celui qui, à un moment donné, s’est dressé contre la réduction d’humains à l’état servile.
Le missionnaire lazariste LORSQUE le Père Lafosse arrive à Bourbon, en 1775, la colonie compte 37.000 “Noirs” - les esclaves -, pour 7800 “Blancs” - les libres. Il devient presque aussitôt curé de Saint-Louis. Le temps qu’il y passe, avant les évènements qui vont nous occuper, sa qualité de prêtre ainsi que son sens de la proximité par rapport à ses fidèles lui permettent de tisser des liens très forts avec la population de ce quartier de la rivière Saint-Etienne... A cette époque, ni la colonie, ni la couronne ne remettent en cause la légitimité du système esclavagiste sur lequel repose le système économique. Mais, en France, le mouvement des Lumières apporte des idées nouvelles et la royauté bientôt en crise précipite le pays dans la première révolution, celle de 1789. Le militant révolutionnaire « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » : ce credo de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne peut laisser la colonie indifférente soit que l’on partage l’idéal révolutionnaire comme le font « les amis de l’égalité et de la liberté », soit que l’on s’y oppose comme « les amis de l’ordre »... Le Père Lafosse partage les convictions des premiers et, compte tenu de sa forte personnalité et de son charisme, il ne tarde pas à prendre la Direction du mouvement, dans son quartier : lassé de voir les conservateurs hésitants à réunir les paroisses en vue d’établir les cahiers de doléances, il rédige lui-même une pétition pour demander des réformes, puis il se présente aux élections : il est élu maire de Saint-Louis en août 1790, puis député à l’Assemblée coloniale. 1790-1794 : une période agitée L’opposition entre révolutionnaires et conservateurs est vive durant cette période. A Saint-Louis même, les amis de l’ordre font au Père Lafosse une guerre sans merci : il est surveillé dans ses déplacements, son autorité de maire est mise en cause par des fonctionnaires municipaux. Il finit par démissionner de sa charge de maire en signe de protestation. De nouvelles élections ont lieu, mais les autorités ne reconnaissent pas leur validité sous un fallacieux prétexte : un électeur n’a pas pu voter. Puis les autorités refusent de publier le décret d’abolition de 1794. 1796 : la riposte populaire Lafosse à qui, on a retiré ses droits politiques, organise la résistance populaire à la politique conservatrice de l’Assemblée coloniale. Son comité décide la grève des impôts. L’Ouest et le Sud se séparent du reste de l’île, mais la colonie organise la répression. En 1798, Lafosse et ses compagnons sont exilés. Plus tard, en 1802, le Père Lafosse, une fois amnistié, retourne dans l’île. On lui propose la cure de Sainte-Suzanne, qu’il refuse, et sa hiérarchie l’affecte à nouveau à la cure de Saint-Louis. Fatigué et usé par l’âge et la maladie, il meurt en 1820. NB : Le peuple n’oubliera pas le Père Lafosse qui, bien des années après sa mort, reste l’objet de culte. Dans les années 1970, le groupe Témoignages chrétien et des personnalités comme les Pères Reynolds Michel et Christian Fontaine, l’écrivain Marc Kichenapanaïdou, des hommes politiques, Jean Cardonnel, prêtre, écrivain et prédicateur, s’attacheront à réhabiliter sa mémoire. Certes, ce n’est pas un Réunionnais de naissance, mais la beauté de ses combats lui donne plus qu’à un autre droit au titre de zarboutan de notre culture. Version en créole réunionnais Lavé in foi, Zan Lafosse, prète épi révolisionèr Dann vié simetièr Le Gol - lo simetièr bann z’am oublié - an parmi in kantité la tonm bann zésklav, nana in tonm la pa konm lé zot, sé sète Zan Lafosse, prète Sin-Loui dopi 1775 ziska lané 1798, épi z’apré dopi lané 1802 ziskatan bondié i koup son fil la vi. Demoun i vien déssi son tonm konm déssi sèt in Sin, i domann ali tash moiyin mète zot vi dan la min bondié, sansa ankor akord azot in pé favèr. Dann nout listoir, sa in moun la vni kont lésklavaz bann noir. NB. Dann la périod 1970 par-la, in bann dalon Témoignages chrétien, dé-troi prète konm Reynolds Michel épi Christian Fontaine, in lékrivin i apèl Kichenapanaïdou, inn-dé politik, lo pèr Cardonnel, i fé konète lo vré déssi lo pèr Lafosse. Lé vré boug-la lé pa éné la Rénion, solman son bann konba i donn ali lo droi port lo tit Zarboutan nout kiltir. Témoignages du mardi 22 avril 2008 |