Y-a-t-il d'autres vies dans l'Univers ?
de 300 planètes au-delà de notre Système solaire. Le but ultime de cette
exploration à la fois ultramoderne et aussi vieille que l'humanité : percer
le mystère de la vie...
Comment détecter la vie, qu'elle soit primitive, comme celle de nos bactéries, ou très évoluée ? Quand on sait que les scientifiques ont du mal à donner une définition de la vie elle-même, on a une idée de la difficulté de la tâche... Faute d'autre modèle, la vie telle qu'elle s'est développée sur Terre reste la référence : on cherche donc de préférence du carbone, de l'eau et de l'oxygène (ou l'ozone, son sous-produit). La présence des trois à la fois en grande quantité serait un indice de vie, assure André Brack, du centre de biophysique moléculaire, à Orléans : l'oxygène réagit chimiquement avec les roches (il oxyde le fer présent sur la planète Mars, d'où sa couleur rouge) et disparaît peu à peu de l'atmosphère. Si l'oxygène se renouvelle continuellement en grande quantité sur une planète, c'est -en l'état actuel de nos connaissances- qu'il est fabriqué par photosynthèse à partir du CO² et de l'eau. Ces prochaines années, des satellites d'observation mis en orbite autour de la Terre, à l'instar du télescope spatial Hubble, permettront d'analyser le rayonnement infrarouge renvoyé par ces planètes lointaines, ou même les différences de luminosité de la surface, et d'en déduire la présence éventuelle d'une « végétation ». Des briques du vivant dans l’espace Des matériaux vitaux comme le carbone et l'eau sont, eux aussi, tombés sur Terre dans des micrométéorites. Puisque ces météorites se promènent dans tout l'Univers, elles ont pu «ensemencer» d'autres planètes, bien plus nombreuses qu'on ne le soupçonnait jusqu'ici. Sommes-nous seuls dans l'Univers ? D'où la question posée par Enrico Fermi, prix Nobel de physique en 1938 : si la vie a tant de chances d'émerger ailleurs, y compris sur des planètes bien plus anciennes que la Terre, des êtres auraient pu évoluer jusqu'à un niveau technologique supérieur au nôtre et commencer à explorer l'Univers. En toute logique, ces extraterrestres devraient déjà être ici. Si on ne les voit pas, c'est que nous sommes seuls dans l'Univers. En réponse au «paradoxe de Fermi», on peut répliquer que les extraterrestres sont bien là, mais qu'on ne les voit pas -en dehors de quelques phénomènes étranges et autres Objets volants non identifiés (Ovni)- parce que nous sommes limités par nos cinq sens. Cependant, la suite de réactions chimiques ayant permis le «miracle de la vie» sur Terre est si improbable qu'il pourrait bien être unique. «Pour l'instant, note l'exobiologiste André Brack, on n'a pas trouvé d'autres formes de vie : ni en laboratoire ; ni sur Mars ou d'autres planètes proches ; ni sur les exoplanètes ; ni avec le programme Seti » (Search for extraterrestrial intelligence : recherche d'intelligence extraterrestre à l'aide de radiotélescopes capables de capter les ondes électromagnétiques qu'enverraient des civilisations extraterrestres). C'est pourquoi Jacques Monod, prix Nobel de médecine en 1965, écrivait dans Le hasard et la nécessité : «L'homme sait enfin qu'il est seul, dans l'immensité indifférente de l'Univers, d'où il a émergé par hasard.» D'autres scientifiques, dans le sillage du P. Pierre Teilhard de Chardin, inscrivent la destinée de l'homme dans le cadre de l'évolution de l'Univers. L'astronome Trinh Xuan Thuan écrit ainsi dans Origines, la nostalgie des commencements (1) : «L'Univers a été réglé de façon extrêmement précise pour que la vie et la conscience émergent, donc pour que surgisse un observateur capable d'appréhender sa beauté et son harmonie.» ** Frédéric Niel |
(1) Ed. Fayard, 400 p. 57 €.
** Un colloque international est organisé sur ce thème (« Search for life signature ») du 22 au 26 septembre à l’Unesco, à Paris.
Merci à Danièle Briot et Jean Schneider, astronomes à l’observatoire de Paris-Meudon.