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  • De Marx à Teilhard de Chardin, de la place pour (presque) tout le monde...
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15 août 2008

Aprés l'eau, par Pierre Alix

Certains paysages sont des visages de Dieu. Regarde ces arbres. Regarde-les depuis l'invisible. Les robots arrivent à travers les feuillages. Les feuilles sont leurs esprits. Puis ils pâlissent, et maintenant c'est la mer qui s'empare du vent dans les branches. Ses orgues cassent des pierres à mes oreilles. Mais où sont mes oreilles dans tes songes ?

Il y a une montagne, une pente couverte d'arbres joufflus, une piste de ski de verdure. L'air coule comme une rivière jusqu'aux cascades qui se suicident dans le torrent.

J'allais à la pêche autrefois. La pêche fut un des cadeau de mon enfance. Le nylon des lignes reliait à l'obscur de l'eau, aux éclats de rire des torrents. Les truites ocellées vibraient sur les bijoux du sable. De grosses algues légumineuses étaient les tentures du théâtre de l'eau. Les rivières furent les tabernacles de mes hérétiques dévotions. Des rocs et des arbres abattus étaient de noirs confessionnaux. La pierre et le bois laissaient passer la chasuble rebondie d'une cascade jusqu'au chœur éclaboussé d'une vasque.

Chaque rivière est une église. Chaque courant est une fraîcheur des premiers temps. L'aube sur les rivières est parsemée de libellules irrévélées. Là, les oiseaux se nourrissent d'invisible pêché dans le cresson. Parfois le silence tue le bruit de l'eau. Dieu se meurt doucement. Puis l'horizon éclairci redarde ses atomes de rose pour signifier le jour. Dieu redrape la rivière de son vacarme.

J'aimerais tant avoir des comptes à rendre à Dieu ! Peut-être lui ferais-je accepter qu'il nous réunisse ? Pourtant, qu'est-ce qu'être unis ? " Les pas réunis " disait Guy Béart.

J'avais alenti mes pas pour les accorder aux tiens. A notre bouquet tu apportais des fleurs inquiètes. Fleurs de paroles sombres. Tes yeux parlaient du néant. Ils étaient vrillées par la souffrance d'un autre œil, en toi, un feu de douleur irrécusable à tous les médicaments.

Parfois tu essayais de me faire comprendre que tu ne pouvais pas toujours me donner l'illusion que tu vivais. Qu'était-ce vivre pour toi ? Me regarder tisser du sentimental à ton entour. Des riens. T'offrir une carte postale qui s'appelait : " Le bonheur ". C'était une carte postale d'une vieille dame qui souriait des yeux.

Extrait du recueil de nouvelles "Des années, des années", de Pierre Alix , Editions http://www.manuscrit.com/

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