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30 novembre 2009

Laissez-nous à nos jeux de théatre, par Michel Peyret

Depuis quelques décennies , nous voyons "droite" et "gauche" , selon les acceptions aseptisées qu'elles se sont données , se succéder à la gestion gouvernementale , c'est-à-dire à la gestion du capitalisme , au fond en se donnant comme objectif d'être chacune la meilleure , les plus efficaces , pour faire accepter par les travailleurs les exigences de profit des capitalistes .


Quand ce n'est de parvenir , ici ou en Allemagne , à des gestions communes , ce que l'on a appelé les "cohabitations" , comme quand , par exemple , Chirac et Jospin se rendaient ensemble à Barcelone pour ensemble adopter , ou faire adopter , les décisions européennes de "libéralisation" des services publics ou de l'énergie . Ce qui est quelque peu passé inaperçu à l'époque , pour cependant revenir aujourd'hui à l'ordre du jour sous l'égide de Nicolas Sarkozy qui doit en accepter les inconvénients en termes de sondages , notamment à la veille , ou à proximité de prochaines élections .


Dès lors , nous voyons à nouveau s'ouvrir les rideaux de la scène politique pour avoir le plaisir de regarder se jouer , ou se rejouer , quelques-unes de ces tragi-comédies , dont les acteurs , qu'ils surgissent d'un côté ou de l'autre du plateau , connaissent bien toutes les astuces , tous les trucages , toutes les dramatisations pour emporter l'acceptation de ceux qui sont la plupart du temps réduits au rôle de spectateurs , avec interdiction d'entrer sur la scène avant le Jour "J" et l'Heure "H" où ils seront autorisés à désigner le meilleur acteur qui les assurera que , désormais , ils peuvent dormir tranquilles , qu'il s'occupera de tout !


Aussi voyons-nous ressurgir tous les deux ou trois ans ces fameux rendez-vous , évidemment cruciaux , où reviennent les thèmes consacrés des comédies les plus renommées pour enlever au mieux l'intérêt des spectateurs .


Parmi les meilleurs acteurs du passé , on compte François Mitterrand qui avait su se saisir d'un minable acteur mais à la voix forte pour lui dicter un rolet qui ferait son succès tout en lui assurant le sien .


La "droite" étant habituellement majoritaire parmi les spectateurs , il avait eu une idée de génie , celle de diviser cette "droite" entre une droite commune et monotonique et une autre "droite" dite extrème destinée à neutraliser une partie des spectateurs .


Dès lors , il n'avait eu de cesse de l'aider à creuser l'un de ces thèmes qui pouvait avoir quelque écho chez les classes populaires qui connaissaient le chômage , le travail précaire , la pauvreté sinon la misère et tous les les maux les accompagnant .


Il fallait alors trouver le pelé , le galeux , d'où venait tout le mal et qui ne pouvait être bien évidemment le capitaliste dominateur , exploiteur et aliénant mais plutôt celui que le capitaliste faisait venir lui-même d'ailleurs pour accentuer la mise en concurrence des exploités , les diviser , les dresser les uns contre les autres en dépit de toutes les solidarités apprises.


Ce pelé , ce galeux , c'était donc ce migrant , a fortiori si sa peau avait quelque couleur , c'était celui qui venait "prendre le travail" tandis que ses enfants semaient le désordre dans les cités où ils avaient le culot de résider !


Et cela a marché !


Comme aucune force politique ne dénonçait le véritable coupable , le capitalisme et son régime , que chacune attendait son tour de servir , il fallait se tourner vers celui qui pouvait en avoir les apparences , quitte à les lui donner avec quelque "burka" , voire en faisant ressurgir ces fameux "chocs de civilisations" chers aux amis de George Bush !


Bien évidemment aussi , il convient de renouveler l'apparence des thèmes .


Celui qui veut rester au pouvoir doit dénoncer ce qui menace "l'identité nationale" tandis que ceux qui attendent leur tour nient l'évidence de toute identité nationale .


Mais que ne diraient-ils pas pour retrouver les délices et certainement les avantages de la gestion du capitalisme ?


Avant d'ailleurs de faire front commun pour ensemble promouvoir quelque idée et Etat européen destructeurs des peuples , des nations et de leurs cultures !


Avant d'ailleurs de faire front commun pour considérer comme nul tout vote des Français qui viserait à mettre un terme aux traités constitutifs de cet Etat qu'ils persistent à appeler "Union" .


Coup d'Etat ? Haute trahison ?


Mais de quoi donc parlez-vous ?


Pitié , laissez-nous à nos jeux de théâtre

Michel Peyret


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Commentaires
A
Pour prolonger la réflexion de Michel Peyret, et sur ce blog qui se réfère entre autres à Garaudy, une citation de ce dernier dans son livre "Les fossoyeurs. Un nouvel appel aux vivants" (Editeur L'Archipel, 1992, pp 173-174):<br /> <br /> "Une radicale inversion est nécessaire dans notre vision de la 'politique'.<br /> Ce qu'on appelle aujourd'hui 'la politique', avec ses électeurs, ses partis, ses droites et ses gauches, ses défilés et ses 'manifestations', n'est plus que squelette, ou plutôt fantôme: la queue du XIXe siècle traînant à la fin du XXe...L'enjeu principal était alors la conquête de l'Etat, c'est-à-dire alors du Parlement, avec la géographie de son amphithéatre (la droite et la gauche), dominant le paysage politique du pays tout entier...Tous les acteurs, tous les moteurs, et toutes les significations de la politique du XIXe siècle ont disparu de la scène, et des histrions battent le rappel des badauds devant les décors du théâtre vide, comme si rien n'avait changé...<br /> Les 'pères fondateurs' de la gauche et du 'progrès' ont été 'progressivement' métamorphosés en chiens de garde de l'économie de marché, devenue l'héritière du 'droit divin'.<br /> Désormais, le drame véritable, c'est-à-dire notre vie et notre avenir, se joue dans les coulisses des montreurs de marionnettes. Là, sous la garde vigilante d'une monarchie élective, se trouve toute la réalité du pouvoir. Il s'exerce à tous les niveaux, sans intervention de ceux qu'on appelle encore des 'citoyens' bien qu'ils n'aient plus aucun contrôle sur la gestion de la cité.<br /> Les uns se réclament d'une droite brandissant l'étendard du 'libéralisme'...les autres d'une gauche baptisant 'progrès' ce que l'un de leurs maîtres, Léon Blum, appelait déjà, il y a un demi siècle, une politique de 'gérants loyaux du capitalisme'. Les énarques des deux bords règnent depuis les cabinets ministériels jusqu'aux directions des préfectures, assurant avrc continuité le fonctionnement de la grande machine d'Etat. Les grandes décisions...sont prises dans les comités, inconnus du public et irresponsables devant le peuple, où de hauts fonctionnaires de l'Etat rencontrent de grands 'managers' du privé. "
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