Ils veulent abattre l'idée du communisme...
Nous ne renoncerons jamais à l’idée du communisme ! Appel (*)
Publié par socio13
le 18 mars 2010
Pourquoi un certain journalisme tente de discréditer Alain Badiou
? Le long article d’Éric Conan consacré à Alain Badiou dans
l’hebdomadaire Marianne du 27 février 2010 intitulé « Alain Badiou. La
star de la philosophie est-il un salaud ? » est un symptôme politique
par excellence de notre triste temps. Il est à ce titre remarquable,
comme peuvent l’être, en archétypes, les plus représentatives
productions des idéologies régnantes. Il relève d’un procédé
d’inquisition visant à présenter le philosophe français le plus lu,
traduit et commenté dans le monde, c’est un fait, comme une sorte de
gourou sadique, de criminel politique, de vampire lubrique assoiffé.
L’article d’Éric Conan vise à discréditer ce que le nom et la
pensée d’Alain Badiou représentent aujourd’hui, et éternellement, en
particulier chez les jeunes intellectuels, à partir d’une sorte
d’enquête visant à criminaliser l’Homme.
L’article d’Éric Conan est, il est vrai, dépourvu de toute
compréhension philosophique, mais aussi politique, de l’œuvre de Badiou.
Absolue vacuité. Révélatrice de la stratégie rampante d’un certain
journalisme, et de sa déperdition dans l’inessentiel : quand l’ad
hominem remplace la question des idées ; et le fait divers, ou l’art de
trouver de prétendues poubelles personnelles, les pensées.
L’article d’Éric Conan est un modèle dans l’ordre de la non-pensée
du temps. Il constitue la quintessence, plus ou moins inconsciente, de
l’idéologie douce et opiacée qu’un certain journalisme propage : que
l’on comprend une œuvre sans la lire, et qu’on peut la réduire à un
procès en sorcellerie de l’auteur ; que le communisme est l’envers du
nazisme, et que ceux, parmi les citoyens, qui s’en réclament ou s’en
sont réclamés, sous quelque forme que ce soit, sont des individus
fondamentalement malades. L’équation aberrante du temps est en effet
celle-ci : communisme = nazisme. Point final.
Contre cela, nous affirmons :
1. Que l’œuvre d’Alain Badiou est celle d’un grand philosophe.
Ceux qui contesteront ce point devront d’abord en passer par les arcanes
de l’Être et l’événement et de Logiques des mondes. Nous verrons alors
s’il en reste pour nier ce point, sinon par le ressentiment de n’avoir
rien compris.
2. Que les positions politiques d’Alain Badiou, à savoir, d’une
part, ses critiques du capitalo-parlementarisme, de la confusion entre
la forme vide de la démocratie et sa force vive, du cinéma de la
représentation parlementaire ; d’autre part, son affirmation d’un «
communisme générique », soutenu par l’idée d’égalité, de Spartacus à
aujourd’hui, sont les seules positions qui méritent maintenant le nom de
politique authentique.
Le reste, bien installé, béni par tant de structures et d’hommes,
et dont la critique vous assimile immédiatement à des loups-garous, à de
diaboliques antidémocrates, n’est que la forme contemporaine d’une
idéologie de putois à moitié inconscients de leurs propres effluves :
lorsque 9 millions d’hommes et de femmes meurent de faim et de maladie
chaque année dans le monde, mais que l’on préfère débattre de la main
heureuse ou tricheuse du footballeur Henry ; lorsqu’on assimile un
sans-papiers, un Arabe ou un Noir à un nécessaire délinquant ;
lorsqu’on fait croire au monde que son problème central se tient dans la
terreur d’al-Quaida, et que l’on glisse ainsi dans une confusion si
stupide qu’elle assimile 1,5 milliard de musulmans, si différents les
uns des autres, à un phénomène purement sectaire ; lorsqu’on fait d’une
exception, la burqa, pas plus répugnante que le droit de se teindre les
cheveux en rouge, un débat de société central. Et lorsqu’on cautionne
ce fantôme de démocratie qui résulte de nos vieilles institutions et de
ses paramètres à géométrie variable, rendant caduque le vote d’un peuple
sur l’Europe par un tour de passe-passe à la Chambre des députés, et
lorsque, tous les jours, on habitue le citoyen à des catégories
stupides : les mauvais communistes et les bons démocrates, la bonne
Amérique et le mauvais Saddam… Lorsqu’on encense la Révolution française
et diabolise la révolution russe. Lorsqu’on divise le peuple pour mieux
régner, tandis que d’incroyables flux financiers se font et se défont
virtuellement. Lorsqu’on se satisfait, finalement, du monde comme il va…
Et que l’on nous fait croire que le possible est impossible.
3. Il vous sera, dès lors, difficile de faire passer Alain Badiou
pour un fou solitaire. La réalité est que nous en avons assez de ces
mensonges, de la complaisance pour ce système, et que nous ne
renoncerons jamais à l’idée du communisme. Si problématique fût-elle,
cette idée, si nouveau son mode de réalisation, si critiques que nous
puissions être sur l’histoire communiste du siècle passé, si différents
sommes-nous dans nos propositions, nous savons une chose : qu’un
communisme à réinventer, d’un nouveau genre, indéfini, est le seul
avenir de l’Homme. Parce qu’il est l’éternelle et seule vérité
politique. La seule justice qu’une raison humaine puisse sainement
concevoir.
Le temps n’est plus, que vous le vouliez ou non, aux mous,
prétendus et arrivistes « nouveaux philosophes », mais aux philosophes
du renouveau.
(*) Slavoj Zizek, Fabien Tarby, philosophes
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