Numéro spécial de "Dialogues et cultures" sur Haïti : appel à contributions
En présentant un numéro spécial sur Haïti, Dialogues et cultures (revue de la Fédération internationale des Professeurs de Français – FIPF) veut se faire l'écho de ce pays des Caraïbes qui peut nous paraître éloigné par sa situation géographique, mais qui nous est proche par la langue française que nous partageons avec lui, par sa diaspora avec laquelle nous sympathisons et par sa culture, qui captive et séduit.
Haïti conserve au moins deux grands héritages des Français: la
langue et le système éducatif. Leurs impacts s’avèrent, aujourd’hui,
encore, dominants dans la société actuelle. Langue officielle avec
le créole, le français est utilisé majoritairement dans l’enseignement,
dans l’administration et en littérature, alors qu’il n’est parlé
que par une fraction limitée de la population, soit moins de 10%
(Pompilus,
1985). Il est considéré comme la langue de civilisation (Laroche,
1981), de la communication internationale (Marty, 2000) et de la
promotion
sociale. Sa carte d’utilisation est davantage urbaine, même si tous
les Haïtiens en ont une connaissance, souvent sommaire. Comme
on peut le déduire, le pays connaît une situation
de diglossie. En effet, la question linguistique semble s’expliquer,
comme c’est le cas, d’ailleurs, de presque toutes les anciennes
colonies françaises, par l’existence de couples d’opposition:
culture européenne/culture africaine et créole, classe
dominante/classe
dominée, instruit/ analphabètes (Saint-Germain, 1988).
L’autre héritage colonial est le système éducatif. Programme d’enseignement et manuels de cours sont ceux de la France, exceptions faites des disciplines comme l’histoire d’Haïti, la géographie locale, la littérature haïtienne et le créole. La culture européenne, et particulièrement française, y est enseignée; la synthèse féconde des cultures amérindienne, européenne et africaine y est, par contre, méconnue. Les programmes scolaires restent presque sclérosés, inadéquats et ne suivent pas les courbes des réformes (Carmant, 1979).
Problèmes
de langue et problèmes éducatifs soulèvent encore de nombreux débats.
Toutefois, Haïti reste encore attaché au français et son rôle
au niveau de la défense de cette langue est historique: elle a toujours
travaillé à son rayonnement. Forts de ces liens historiques
inaltérables, la France et l'État haïtien ont toujours tenté de
maintenir et d’étendre l'influence de la langue et de la culture
françaises en Haïti. Soulignons, notamment, la précieuse contribution
d'Haïti pour faire admettre le français aux Nations-Unies, à côté
de l'anglais et de l'espagnol. Il ne serait pas vain de mentionner aussi
la participation d’Haïti au service des Nations-Unies pour la
réalisation
de certains projets dans les nouveaux États francophones d’Afrique
nouvellement indépendants dans les années 1960.
Mélange de peuples (Amérindiens, Espagnols, Africains, Français) et mélange de langues débouchent sur une culture diversifiée. En effet, c’est à la croisée des chemins de ces nations, de leurs (s) langues et de leur histoire que se situent l’Haïtien ainsi que sa culture. Le concept de culture se comprend, ici, comme la marque de distinction d’un peuple, son point de ralliement et d’unité. Aussi, la langue et la religion constituent deux composantes majeures d’une culture. Sans oublier la peinture, la littérature, la musique, la cuisine, la danse, voire le discours politique comme expressions de la diversité de la culture haïtienne.
Voici les axes que nous proposons pour les articles :
1. Les langues : créole/français
2. L'influence du créole sur l'apprentissage du français
3. Le métissage des langues et des cultures
4. Le système éducatif en Haïti : état des lieux
5. L'enseignement-apprentissage en Haïti de la langue, de l'histoire et de la culture
6. La littérature haïtienne en Haïti
7. La littérature migrante haïtienne et son enseignement
8. L'histoire culturelle d'Haïti
9. (sujet touchant la culture haïtienne)
Coordonnatrices : Gilberte Février (gilbertefevrier@hotmail.com)
et Monique
Lebrun (Lebrun-brossard.monique@uqam.
Les contributions (qui doivent suivre le protocole de rédaction de la revue) doivent être envoyées aux deux coordonnatrices au plus tard le 10 mars 2011.
De la part de Luc Collès, rédacteur en chef de D&C