Une révolution française

Image de la révolution de 1848 extraite de "Souvenirs sur Marx et Engels" (Editions en langues
étrangères, Moscou)
Révolution: elle ne saurait être imposée d'en haut. Si la réforme peut être octroyée d'en haut, la révolution est nécessairement imposée d'en bas. La réforme ne bouleverse pas les structures de base de la société, qu'elle ménage au contraire dans l'intérêt persistant des catégories sociales dominantes: elle s'affirme dans les cadres de la société existante qu'elle tend à renforcer. La réforme n'est pas une révolution tirée en longueur dans le temps; réforme et révolution ne se distinguent pas par leur durée, mais par leur contenu. Réforme ou révolution ? Il ne s'agît pas de choisir une voie, ou plus rapide ou plus lente, conduisant au même résultat, mais de préciser un but: à savoir ou l'instauration d'une société nouvelle ou des modifications superficielles à l'ancienne société. Le mouvement de réforme de Turgot à Loménie de Brienne, ne tendait pas à l'instauration d'un ordre social nouveau, mais à l'amélioration de l'ordre ancien, à la diminution des abus, non à la suppression du privilège et du féodalisme, à laquelle la révolution devait pourvoir. Si la bourgeoisie française s'est définitivement assise au pouvoir en 1830, c'est la Révolution, non la réforme, qui lui a permis la conquête de l'Etat, après avoir assuré le passage de la société d'une phase historique dépassée à une autre ouverte sur l'avenir.
Albert Soboul, La révolution française, Editeur Gallimard, p 597