Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
A l'indépendant
Publicité
Publicité
  • De Marx à Teilhard de Chardin, de la place pour (presque) tout le monde...
Publicité
Newsletter
Archives
Visiteurs
Depuis la création 423 657
Publicité
27 novembre 2010

Regard sur les manuels de littérature algériens, par Djouher Khater

 Regard sur les manuels de littérature algériens 

 (Manuels d’arabe / 1969-1989)

 Des manuels pour l’endoctrinement et la mise au pas


 
Quel est le sens de la littérature dans un monde qui a faim ? Rien, selon J.P.Sartre, car le plus beau livre du monde est sans valeur devant un enfant qui souffre de faim. Et pourtant, il est indéniable que c’est grâce à lui que l’homme peut entretenir en lui, le rêve, donc l’espoir. C’est grâce à l’espoir qu’il pourra, transcendant la misère du moment, survivre et par l’ingéniosité, le courage, améliorer son vécu, vivre pleinement et humainement. La raison en est que le  Beau est une autre vision du monde, un appel à plus d’humanité.

 

 C’est que la littérature, engeance d’une souffrance aigüe, est contestation de l’ordre établi .Découlant du désir obsessionnel du retour à l’étape initiale de la vie, de la quête névrotique du paradis perdu, elle demeure une insurrection contre les non-sens, une exigeante expression des absences, un débusquement des laideurs qui ternissent la vie. Drainant un regard neuf sur la société, elle est un combat pour l’homme, une incitation esthétique qui fait de sa sensibilité, son interlocuteur premier, en vue d’une évolution continue que ne saurait générer la stabilité des institutions instaurées toutes , en réponse aux besoins plus ou moins immédiats des hommes.

 

 Satanés fauteurs de troubles que ces artistes que Platon répudia sans ménagement de sa République au sein de laquelle il fit place d’honneur aux philosophes ! Mais Platon n’est pas le seul à les avoir muselés et marginalisés, les sociétés pour le bien - être desquelles ils se sont consumés, ont souvent secrété quand ce n’est constitué l’arme d’exécution de la sentence.Triste sort donc que celui d’un artiste, mais incontestablement, qui perd gagne, réplique Baudelaire.

 

 Mais n’y a t-il pas d’exceptions à la règle, ne peut-on s’empêcher de demander, tentés par un fol espoir ? Ainsi, quand un Etat se prétend révolutionnaire, et ne cesse de le proclamer, comme le fait l’Etat algérien à travers ses Chartes nationales, les discours enflammés de ses Présidents successifs et sa politique étrangère, cet Etat socialiste et démocratique de surcroît, ne serait – il pas enclin à la clémence dans ses rapports à l’artiste ? Cet Etat révolutionnaire réussit-il la gageure d’écouter et d’encourager la parole créative, la réflexion porteuse d’espoir et fait-il appel pour le guider dans son projet  d’éduquer et de former les adultes de l’avenir, à la sensibilité supérieure et à la lucidité lancinante des poètes et des écrivains les plus intègres, les plus sensibles aux problèmes de leur époque et des hommes ? 

 

 Pour être fixés ces questions, et sans en référer aux  réalités ambiantes qui nous dispensent déjà de toute investigation, tant elles sont laconiques – bien que justifiées pour certains - nous proposons de nous arrêter quelque temps devant le discours scolaire et plus précisément devant le discours adressé aux élèves des lycées à travers les manuels de littérature arabe, en fonction en Algérie depuis l’indépendance.

 

 

Partie I- Délimitation du champ de recherche

 

1-Présentation des manuels :

 

 Les manuels ciblés sont les suivants :

 

-Textes choisis, littérature et rethorique-1e A.S, réédité en 1978.

-Textes choisis, littérature et biographies-2e A.S, réédité en 1974.

-Textes choisis, littérature et biographies-3e A.S, réédité en 1975

-Textes choisis, lecture dirigée-3e A.S, 1978/1989.

 

 

 Ces manuels sont conçus et élaborés sous la direction de l’Inspection Générale de l’enseignement secondaire . L’utilisation de ces manuels est obligatoire – hormis le 4e - sur tout le territoire national, en vue d’unifier le niveau de l’enseignement, d’uniformiser et d’homogénéiser les orientations des élèves, dont les plus méritants auront été les modèles de l’institution scolaire. L’application de ces livres est contrôlée par les élèves eux-mêmes, car candidats à des diplômes déterminants ; contrôlée également par la tutelle de l’établissement scolaire et enfin par les inspecteurs de l’éducation qui décident des promotions et de l’avenir professionnel des enseignants.

 

 Seules l’enfance et l’adolescence sont capables de monter hardiment vers les sommets (1), dit C.Freinet en éducateur averti. Si telles sont les spécificités de l’enfant et de l’adolescent, quels sommets les décideurs de la politique scolaire, aspirent-ils à faire atteindre aux élèves ? L’école algérienne étant le moyen d’éducation et d’enseignement d’un Etat révolutionnaire se déclarant émanant du peuple, comment cet Etat récupère t-il l’énergie et l’ambition de l’adolescence au profit de l’idéologie qu’il prône, par le biais des manuels de littérature précisément ? Manuels qui , peut-on dire d’ores et déjà , accentuent dans leurs tendances idéologiques, le discours de ceux des années scolaires précédentes et de ceux des disciplines non scientifiques, telles l’histoire, l’éducation civique et l’éducation religieuse.

 

 

 2- Présentation physique des corpus

.

 

 Le corpus littéraire est constitué par un ensemble des textes poétiques ou en prose. Ces derniers forment le corps des manuels de littérature arabe de l’enseignement secondaire. Il se compose de cinq cent cinquante six textes, exception faite de ceux utilisés en tant que supports des leçons de rhétorique, à la fin des manuels de 1e et 2e année secondaire.

 Ces textes regroupent deux cent vingt sept textes en prose et trois cent vingt huit poèmes dont cinq sont des poèmes en vers libres, toutes longueurs confondues, soit du plus petit écrit en prose ou en vers, au plus long.

 Soixante seize de l’ensemble des textes ont été soumis à l’analyse littéraire dans le cadre des études de textes. Sept de ces textes sont le fait d’algériens.

 

3- Présentation des auteurs :

 

 Les auteurs de ce volumineux corpus sont au nombre de cent cinquante deux dont trente trois sont algériens, pour la plupart, membres de l’association des Ulémas Algériens ou sympathisants. Ces auteurs, poètes et écrivains sont en majorité d’origine arabe de l’époque pré-islamique ou Islamique et parfois des contemporains. Certains sont d’origine persane, arabisés et islamisés, deux sont d’origine berbère intégrés également, mais il n’est fait, s’agissant de ces derniers,  aucun signe quant à leur origine.Trois sont d’origine européenne. Aucun écrivain africain et aucun écrivain ou penseur algérien de l’époque pré-islamique ou islamique, ni aucun contemporain d’expression populaire ou française traduit en arabe, n’y figurent. Lesdites identités et et appartenances vont fortement marquer les représentations globales du corpus et leurs tendances de même que l’approche des textes.

 

4- Les manuels et les élèves :

 

Pour nous faire une idée sur l’accueil fait à ces manuels par leurs cibles, une enquête a été menée en 1983 par questionnaire dans des lycées aussi éloignés les uns des autres sur le territoire national. A Alger quelques élèves se montrèrent   sceptiques vis- à- vis des  manuels en question et exprimèrent un étonnement désappointé : "…A quoi l’étude des textes littéraires nous sert – elle ?", "... Les textes sont difficiles à comprendre de par leur langue … Les sujets qu’ils traitent sont étrangers à notre monde !"… Car cette " littérature" est pour la plupart d’entre eux, pour ne pas dire pour tous, incompréhensible, hermétique, dans ses « formes parfaites » qui en justifient l’inaccessibilité, mais aussi la sacralisation.

 

Mais sacralisation ou pas, le cours de littérature n’en reste pas moins de l’avis général, un passage forcé. Serait-il que ces adolescents soient moins progressistes que la volonté qui se profile derrière le choix de ces textes ou serait-il que le discours révolutionnaire servi à tout bout de champ , ne soit qu’une façade derrière laquelle se cachent des pratiques rétrogrades dont se détournent les élèves ? C’est ce que fera ressortir l’étude du corpus littéraire des quatre manuels qui forment l’objet de notre intérêt. Le dernier de ces manuels y est inclus, quoiqu’il ne soit ni généralisé, ni obligatoire. Il se démarque des trois autres par une  relative ouverture sur le monde et la vie contemporaine. Pour mieux délimiter le champ d’analyse, une présentation des thématiques du corpus de ces manuels s’impose.

 

Partie ΙI -Les  représentations**[1]

 

 Les principaux thèmes répertoriés à travers le corpus littéraire sont, la nation arabo-musulmane, l’Algérie, l’étranger, la vie, la femme, l’amour, la famille et le travail. La classification de ces thèmes disséminés à travers le corpus littéraire n’est pas d’ordre qualitatif ni quantitatif mais thématique. Ils se répartissent comme suit :

 

 

- La nation arabo-musulmane:

 

  Ce thème regroupe cent quatre vingt treize (193) textes, qui peuvent être départagés comme suit :

 -Vingt quatre (24) textes traitent des problèmes des pays arabes contemporains. La plupart d’entre eux se lamentent sur les injustices de l’occupation étrangère, décrivent la nostalgie de l’exil et l’espoir du retour. Ils disent l’aspiration des peuples arabes à l’indépendance et au mieux – être. Pour la période post-indépendance, il est question de  bureaucratie, d’analphabétisme, de déficit alimentaire, de sous-développement…, exclusivement dans le manuel de 1978 / 1989.  

 

 -Soixante dix neuf (79) textes se font le chantre des héros de la défunte civilisation arabo-musulmane. Soixante cinq (65) d’entre eux louent la grandeur des acteurs politiques et religieux individuels tels les califes, les sultans, les princes, le Prophète et les Imams, les gouverneur. Leurs homologues  contemporains, qui ont le mérite d’être cités, sont les leaders politiques  Urabi et Zeghlul, tous deux égyptiens.

 

 

 Les quatorze (14) textes restants font l’éloge des modèles d’héroïsme collectif, pris dans les luttes de libération contemporaines qui sont le thème de six (06) textes ; huit (08) autres textes disent la grandeur du Djihad contre les mécréants au nom de l’Islam et de la patrie.

 

 Il importe de relever qu’aucun acteur politique ne représente un modèle négatif. Les seuls qui soient discrédités soit, le calife Abu Djaâfar El Mansur et Ahmed Urabi sont réhabilités, par la suite.

 

  - Soixante quatre (64) textes abondent dans la glorification de l’Islam et de la morale musulmane et insistent sur la supériorité de l’un et de l’autre. Dans ce cadre, douze (12) des  textes rappellent l’authenticité de la religion musulmane ; dix sept (17) textes préconisent le retour à l’Islam comme unique source d’évolution sociale ; sept (07) mettent en exergue le côté scientifique de la religion musulmane ; seize(16) insistent sur l’importance de la foi en Dieu et son Prophète et sept (07) textes sur l’obligation du Djihad pour tout musulman.

 

 -Vingt (20) textes glorifient la langue arabe et l’arabité, glorification réitérée maintes fois dans d’autres textes présentant la langue arabe comme une langue de savoir, de science et de grande civilisation.

 Par ailleurs quarante quatre (44) des résumés d’études de textes renforcent par leur insistance sur la supériorité de la langue des modèles littéraires choisis, les éloges faites à la langue arabe classique.

 

 -En dernier, quinze (15) textes chantent la beauté de l’architecture arabe, par la description émerveillée des sites historiques et des vestiges grandioses de la civilisation arabo-musulmane.

 

 

- L’Algérie :

 

 Des cinq cent cinquante six (556) textes composant le corpus littéraire, Soixante dix (70) sont le produit d’auteurs algériens.

 

 -Ainsi, sur les cent cinquante deux (152) écrivains des manuels de littérature, trente trois (33) sont algériens.Trois (03) des seize (16) biographies sont consacrées aux algériens : les Imams Ibn Badis et El Ibrahimi et l’Emir Abdelkader. Sur les soixante seize (76) textes soumis à l’analyse littéraire dans le cadre des études de textes, sept (07) sont l’œuvre d’auteurs algériens.

 

 - Des soixante dix (70) textes produits par des écrivains algériens, quarante six (46) sont spécifiques à l’Algérie ; trente six (36) textes concernent la phase antérieure à l’indépendance : on y incite à la lutte et au sacrifice pour la libération de la patrie. Les dix (10) textes restants traitent des problèmes de l’Algérie post-indépendante, soit la révolution culturelle, au sens donné par le Pouvoir révolutionnaire à cette révolution, c'est-à-dire l’arabisation, l’Islam et le socialisme.

 

 On note à ce sujet que quatorze (14) textes du corpus global, insistent sur l’appartenance arabo-musulmane de l’Algérie, cinq (05) textes nous rappellent que la langue arabe est la langue des algériens .Elle est représentée en tant que langue de science et de civilisation à travers six (06) textes.

 

 En dernier, il nous incombe de relever que dix (10) des auteurs algériens ainsi que leurs textes figurent à la fin du manuel obligatoire de 3e A.S. Ce qui les rend inaccessibles, fusse –ce à la lecture en classe, le programme étant très chargé.

 

 

- L’étranger :

 

 L’étranger est un thème traité à travers huit (08) textes. Il revient également quelque (40) fois  dans des textes qui portent sur d’autres thèmes.

 

 - Trois (03) des auteurs du corpus littéraire sont étrangers.Leurs textes décrivent l’un la nature ("Le lac "de Lamartine), le second énumère les bienfaits du sport et le dernier qui est de P.Balta, s’exalte d’admiration devant les apports de la civilisation arabo-musulmane en Andalousie particulièrement, et jusqu’en France.

 

 - Des huit (08) textes portant sur l’étranger, l’un (01) décrit le courage et l’abnégation d’une combattante japonaise ; deux (02) autres, respectivement, le dévouement et le courage d’un enseignant et d’un agriculteur français ; deux (02) autres, la sagesse d’un livre hindou « Kalila wa Dimna » et la beauté d’un palais royal persan. Un texte raconte le drame d’un empereur chinois épris de justice et respectueux de ses sujets. Un autre, la beauté d’un lac français. Le dernier cite quelques traits de caractères de certains des grands hommes de l’Occident.  

 

 Le reste des représentations, disséminées par-ci, par- là, à titre d’illustration, par des phrases éparses ou des lignes à travers les textes, sert explicitement et implicitement à  valoriser  l’apport de la civilisation arabo-musulmane et à dénigrer l’Occident, valeurs et maîtrise technologique confondues. Ces dernières piétinent les lois morales, détruisent les hommes, les sociétés et la nature dont ils vivent. De même qu’il traduit un mépris latent pour l’autre, le non arabe, persan ou occidental, dépravé, immoral et inhumain depuis l’antiquité à ce jour . Il claironne également un mépris évident, sans détours pour le noir.

 

 

- La vie :

 

 A propos de la vie, il a été  dénombré quatre- vingt -dix -neuf (99) textes.

 

-Vingt six portent sur l’hypocrisie qui régente la vie sociale, la détérioration des relations humaines et l’absence de convivialité.

 

-Vingt sept (27) textes relatent la beauté de la nature, sa générosité, sa force réconfortante et apaisante.

 

 -Neuf (09) textes insistent sur le pouvoir incommensurable du temps sur l’homme et trente trois (33) véhiculent une méditation sur la fin inévitable de l’homme, c’est-à-dire la mort et en tirent les conclusions morales sous-jacentes, soit l’obligation de la soumission à Dieu et l’option pour l’ascétisme, comme éthique salutaire dans la vie.

 

 

- La femme : 

 

 Trente six (36) des textes du corpus littéraire sont sur la femme. D’autres l’évoquent au moins trente deux (32) fois.

 

 -Vingt (20) des textes ci-dessus cités, représentent la femme comme objet de désir et d’amour.

 

 - Dix sept (17) textes insistent sur le rôle de la femme en tant que maîtresse de maison et de mère.

 

 -Seize (16) fois, il est réitéré que la femme est une créature faible, inférieure à l’homme de par le corps et l’esprit.

 

 - La question de l’égalité entre l’homme et la femme revient dix (10) fois.

 

 - La fonction de la femme à l’extérieur est un thème abordé six (06) fois.Le premier texte fait l’éloge de la femme japonaise qui participe avec courage à la lutte de libération de son pays. Le même auteur, Hafiz Ibrahim, préconise cependant une éducation des plus conformistes pour les femmes de son pays.Trois textes soutiennent que la femme est poussée au travail à l’extérieur du foyer par les nécessités de la vie et devient de ce fait , soit une ravissante chanteuse trompée par une hypocrite admiration, soit une brillante danseuse que la foi protége du péché. Soit elle exerce, comme l’y préparent les mœurs sociales ou sa dureté naturelle, le métier d’infirmière et de sage-femme, selon les deux (02) derniers textes.

 

 Quant aux autres activités, dont l’enseignement et la pratique politique, il vaut mieux qu’elle s’en éloigne. Les deux (02) femmes du corpus littéraire qui s’y sont aventurées,faisant fi de leurs conditions de subalternes, l’héroïne de May Ziyada, jeune grecque splendide qui s’adonna à l’enseignement de la philosophie et Cléopâtre, reine d’Egypte, n’ont-elles pas payées leur ambition, par l’échec, la souffrance, l’humiliation , voir la mort même ? Ce sont là donc, deux (02) modèles négatifs.

 

 Cinq (05) des cinq cent cinquante six (556) textes du corpus littéraire sont le fait de trois (03) femmes. Aucun des cinq textes n’a été sélectionné en tant que support d’une étude de texte.

 

 

- L’amour :

 

 L’amour est un thème qui revient dans vingt (20) textes et un bon nombre de fois dans des textes dont le thème central est autre.

 

 - Ainsi, la beauté physique, source irréfutable d’attirance et d’amour, est un thème qui revient ,onze (11) fois.

 

 - Les symptômes physiques de l’amour sont un thème qui se répète sept (07) fois.

 

 -La fragilité du sentiment amoureux est un thème dénombré huit (08) fois.

 

 -Le conditionnement de la relation amoureuse par les contraintes sociales est un sujet abordé cinq (05) fois.

 

 -L’amour, en tant que source de bonheur est un thème qui se réitère sept (07) fois.

 

 - Le sentiment amoureux, source de communion des amoureux, est abordé trois (03) fois.

 

 

- La famille :

 

 La  famille est un thème auquel sont consacrés quatorze (14) textes.Elle est également évoquée dans des textes portant sur des sujets divers, quatorze (14) autres fois.

 

 -Ainsi, neuf (09) textes consacrent la situation de l’homme en tant que chef de famille.

 

 - Huit (08) fois de suite la femme est consacrée dans le rôle de gardienne du foyer et de la tradition.

 

 - La relation parents enfants, est un sujet abordé cinq fois.

 

 - Le rapport mère-enfant, se répète deux fois.

 

 - La fratrie est un thème qui revient quatre fois.

 

 

-Le  travail :

 

 Concernant le travail, le corpus littéraire compte cinquante cinq textes qui se répartissent comme suit :

 

1-Les activités politiques :

 

 -Quarante (40) textes portent sur les activités et fonctions politiques,dont trente quatre font l’apologie de personnalités politiques grandissimes, tels les califes,les sultans,les princes et les gouverneurs et six louent les efforts de leaders politiques et militaires.

 Les vocables sultan, calife et prince reviennent trente huit fois et les vocables leader ou zaïm, quatre fois, dans des textes construits autour d’autres thèmes.

 

-Par ailleurs, vingt quatre des auteurs du corpus littéraire, vécurent des dons prodigués par des souverains et sous leur protection, ce qui en fait des artistes organiques.

 

-D’autre part, il est important de noter que plus de vingt auteurs du corpus ont occupé des postes politiques stratégiques ou d’une grande importance, telles les fonctions de gouverneur, de ministre, d’imam, etc.…ou sont issus de l’aristocratie politique. Il va sans dire que cette catégorie d’auteurs et la précédente sont toutes deux superbement présentées, avec fortes appréciations, dans les introductions qui précédent chaque étude de texte.

 

 Il faut relever cependant que dix des textes de ces hommes politiques mettent en exergue la souffrance de trois(03) anciens ministres qui désavouent directement ou indirectement les responsabilités politiques et déconseillent explicitement et implicitement de s’y intéresser et de s’y adonner.

 

 

2-Les activités éducatives, scientifiques et la production littéraire :

 

- Dans le domaine de l’éducation, cinq textes rendent hommage à l’enseignement considéré comme un moyen de transmission ou d’acquisition du savoir.

 

- Sans en faire une activité lucrative, dix huit  textes nous éclairent sur l’importance de la connaissance (maârifa) et du savoir (ilm).Deux des textes dénombrent les domaines dans lesquels se sont surpassés les arabes à l’époque de leur domination et quatre d’entre eux, illustrent clairement la notion de science, telle que la conçoivent les manuels. Ainsi, il y est question respectivement de l’histoire, de la rhétorique, du Hadith et de l’éducation, considérés tous en tant que disciplines scientifiques. Les autres textes se cantonnent dans des généralisations et ne donnent aucune consistance spécifique au vocable" science".

 

- Dans le domaine de la création, six textes illustrent le rôle social de l’écrivain et du poète.

 

- D’autre part, les vocables cheikh, enseignant, maître, reviennent trente quatre fois dans des textes traitant de sujets divers. De même que nous y retrouvons les vocables, savant et chercheur, réitérés vingt huit fois.

 Les disciplines scientifiques telles que les mathématiques, la chimie, l’architecture, reviennent nommément dix fois.

 

 Les fonctions scientifiques telles que : économiste, médecin, chimiste, linguiste et grammairien, sociologue et bibliothéconome, etc.… sont citées vingt huit fois.

 Dans le domaine de la méditation et de la pensée, les vocables : penseur et philosophe, reviennent quatorze fois, celui d’intellectuel, treize fois.

 Les vocables, écrivain, auteur et poète, reviennent au hasard des pages, quinze fois.

Quant à la fonction d’étudiant, elle revient dix sept fois.

 

- Enfin, deux (02) textes, inclus au programme du manuel facultatif de la 3e A.S, énumèrent les contributions de deux (éminences de la civilisation arabe dans le domaine de la science, soit El Biruni et Ibn El Haïthem. La grande sensibilité de ce dernier à la langue arabe et sa préférence à sa langue maternelle même ( le persan), est bien soulignée. 

 

 Il faut relever cependant qu’au côté des textes valorisant le savoir et la connaissance et des évocations élogieuses des fonctions ci- dessus dénombrées, quatre textes du corpus formulent des critiques acerbes contre la science et les technologies modernes, telles la recherche spatiale et le voyage sur la lune ainsi que l’utilisation du sous-marin, car l’un et l’autre perpètrent des agressions contre la nature. Le dernier des textes met en valeur la simplicité de la vie bédouine, sa pureté bienfaisante et discrédite la mécanisation de la vie citadine.

 

 

3-Les activités du secteur d’Etat :

 

 Un seul texte fait état d’une fonction administrative. On y rappelle aux secrétaires (kuttabs), l’impact de leur activité sur l’organisation sociale et sa prépondérance pour le bien-être des sujets.

 

 Par ailleurs, cités à travers d’autres textes portant sur d’autres thèmes, le métier de secrétaire revient trois fois ,également celui de soldat et d’infirmière, et six fois celui de travailleur, de façon générale..

 

 

4-Les activités traditionnelles, libérales et artistiques.

 

 Ce type d’activités est représenté par huit  textes, dont deux soulignent l’importance du fellah qui peine et produit pour autrui.

 

-Le vocable fellah, revient par ailleurs de façon élogieuse trois fois. Deux textes portent sur le difficile métier de boulanger et de vendeur de zalabiya (sorte de friandise faite de pâte levée liquide, frite dans l’huile et trempée dans du miel ). Deux (textes nous décrivent l’un, le beau métier de" berger" et l’autre, celui pénible de " porteur".

 

 - Les métiers de spécialiste en pâtisserie traditionnelle, de vendeur de pain et de poisson, de marchand de brochettes, sont cités au hasard des textes, une fois, chacun.

 

 Quant à la fonction de commerçant, elle revient douze fois dans le corpus littéraire sans qu’aucun texte ne lui soit consacré.

 

 - Les deux derniers textes portent sur des activités artistiques et l’un décrit les charmes d’une chanteuse et l’autre la pureté d’âme d’une danseuse.

 

 L’uniformité du discours littéraire ci-dessus exposé, renforcée par la récurrence des modèles proposés, est soutenue par un traitement analogue du texte, c'est-à-dire, un traitement non moins uniforme et redondant.

 

 

Partie III- Analyse du texte et tendances du corpus

 

1 – L’étude  du texte

 

 Indifféremment, la plupart des soixante seize textes du corpus littéraire qui sont soumis à l’analyse, sont précédés d’une introduction favorable à l’auteur et au texte choisi et donc également aux textes" modèles" qui lui succèdent et illustrent le génie de l’écrivain ainsi encensé.

 

 Aussi l’introduction, passage obligé à tout travail sur le texte, lecture et / ou analyse, sert-elle  à imposer l’auteur et ses écrits en tant que modèles et expressions typiques de l’idéal du Beau , ou à le discréditer pour le dévaloriser et dévaloriser ses écrits , et finalement leurs causes respectives .C’est précisément le cas dans les manuels scolaires, de Abu Nawas et de Béchar Ibn Burd, de Maâri, et d’Ibn El Mukafâ  pour les anciens et de Jubran Khalil Jubran, pour les modernes, dans le but implicite d’en détourner les élèves, et ce dés le départ ; c'est-à-dire dés la première lecture faite par l’élève la veille, dans le cadre hypothétique d’une préparation du cours, ou faite directement par l’enseignant en classe, suivie d’une lecture silencieuse de tous et enfin d’une lecture à haute voix de quelques élèves.

 

 L’analyse thématique et stylistique du texte, va renforcer l’introduction par la mise en exergue des merveilles recélées par le texte tant au plan des modèles représentés et donc, des comportements, des attitudes, des valeurs et des mœurs, qu’au plan des techniques d’expression et des styles.

 

 Le résumé du texte reprend, pour bien les fixer dans la mémoire des élèves, les points prépondérants soulevés par l’introduction et l’analyse du texte. Soit la position déterminante de l’auteur dans son époque, la supériorité de sa morale et de ses convictions, sa licence et la sincérité de ses écrits ou ce qui est rare,  son hypocrisie. Et enfin la qualité supérieure de sa langue et de sa rhétorique.

 

 La dernière étape de l’étude du texte consiste en un débat dirigé .Toutes les questions qui délimitent le débat renvoient au texte ou à l’analyse qui en est faite et y trouvent réponse.

 

 

 Le moins que l’on puisse dire est que cette méthode, basée sur l’analyse réflexive et la répétition, découle directement de la traditionnelle méthode des kuttabs ou médersas, lieu du transfert des connaissances du maître à l’élève dans la tradition, et qui interpelle donc prioritairement la mémoire de ce dernier. Mais, ceci n’est pas le monopole de la méthode adoptée pour l’étude du texte . Les valeurs, les modèles et la langue qui les véhicule n’en sont pas moins figés dans leur archaïsme, momifiés dans leur passéisme, comme il sera démontré.

 

Et c’est justement le fond du problème. Pourquoi les manuels de littérature d’une école d’un régime décrété révolutionnaire ploient – ils, sous le poids du traditionalisme le plus excessif ? La réponse se trouve dans la mise à jour des tendances idéologiques du corpus littéraire et dans l’éclairage de la méthode d’enseignement de ce dernier.

 

 

2-Tendances philosophico-politiques du corpus littéraire

 

 

 Il est connu qu’en règle générale, l’adulte se tourne toujours pour former un homme meilleur que l’enfant et que l’adulte lui-même, vers le passé pour y puiser les valeurs et les modèles sûrs avec lesquels il préconise d’armer l’enfant pour qu’il fasse face, à la confusion de la réalité avec optimisme (2). C’est la tendance dominante de l’école traditionnelle. Cette école traditionnelle de par ses valeurs et sa pédagogie, n’évacue pas pour autant, la réalité. Elle n’occulte pas l’actualité de son discours, mais en tient compte dans toutes ses dimensions par souci de réalisme et d’efficacité pédagogique, car se considérant comme facteur essentiel de l’adaptation sociale des élèves, tout autant que facteur déterminant du développement de la société.

 

Tel est loin d’être, à ce qui parait, le souci de l’école algérienne, bien conçue pourtant dans le cadre d’une politique dite révolutionnaire. D’autres objectifs semble t-il, y entrent en jeu dont notamment, la conservation de la paix sociale et la légitimation du pouvoir. C’est ce que met, vraisemblablement en évidence, l’analyse du discours littéraire.

 

 Car le discours littéraire au sens académique du terme, n’est rien d’autre selon Wadi Bouzar que l’un des discours de la société sur elle-même (3), et plus précisément, de ceux qui parlent au nom de la société, dans le cas des manuels de littérature. Les valeurs dominantes qui traversent le corpus littéraire de part en part, et émergent des représentations précédemment répertoriées, tout autant que la méthode d’enseignement littéraire, prônent le culte des ancêtres, le mépris des masses, la mystification, le verbiage et le nationalisme arabe .

 

La méthode d’enseignement de la littérature et d’analyse des textes sert à incruster les attitudes et le choix des modèles dans les mémoires et à évacuer tout esprit critique, toute évaluation non conformes qui risqueraient de les remettre en cause, suscitant de ce fait le refus de se soumettre aux normes. 

 

-Le passéisme ou le culte des ancêtres :

 

 Sur ce registre, l’engouement prononcé de l’école algérienne à travers les manuels de littérature arabe pour le passé arabo-musulman est évident : elle en tire les valeurs et les modèles qu’elle préconise pour la jeunesse et donc pour la société de demain. Ce qui traduit l’impuissance, tout autant que la nostalgie de la splendeur perdue et de la gloire éteinte. C’est un signe de la défiance envers un présent qui se ressource en dépit de tout et à degrés divers , et aussi bien, dans un pan toujours vivant du passé du peuple algérien, quoique renié et occulté.Un présent qui s’alimente de rêves, ceux d’un passé qu’il porte en lui et qui forgent sa sensibilité et font sa spécificité et ceux qui jalonnent son parcours quotidien et le rattachent à l’universalité.

 

 Autrement dit, l’engouement de l’école pour des périodes bien déterminées du passé supposé du peuple, au vrai, passé de certains pays de l’aire civilisationnelle -   et qui sous certains angles n’a d’existence que dans l’imagination des poètes et écrivains érigés pour la plupart en modèles de parfaits sujets - exprime son effarement devant la réalité. Mais il est aussi, et surtout, une tentative sournoise de justifier un leadership et des options politiques. En effet, démunis devant la supériorité de leurs protagonistes ( l’histoire nationale à la marge de laquelle s’est souvent faite l’histoire personnelle, une réalité sociale hautement problématique  et l’extraordinaire développement scientifique et technologique de l’Occident), les acteurs officiels se réfugient dans la glorification du passé – ou ce qu’ils considèrent comme tel - pour se soustraire à l’emprise d’un présent qui leur échappe et les ridiculise.

 

Ce qui est rien moins qu’une fuite dans le temps. Une fuite qui les dispense de l’appréhension combien difficile de la réalité et de l’avenir. Car la réflexion sur l’avenir repose sur la maîtrise du présent. Quant à la maîtrise du présent  requiert elle, abnégation, intégrité, en sus de la  compétence et du savoir, qui permettraient une connaissance suffisante et objective de la société, à même de réaliser des projets adéquats. Or, il se trouve qu’en dehors du besoin de puissance et des armes qui y mènent, ces moyens leurs font cruellement défaut, en raison du moment historique qui les a produits et des conjonctures favorables qui les ont propulsés.

 

Aussi éludent-ils, les questions brûlantes de l’actualité, soit, la passion de la jeunesse pour la vérité, pour la science et la technologie, son amour de la modernité (4). Susceptibles les unes et les autres de remettre en cause les privilèges indûment acquis et d’attenter à la stabilité de l’ordre établi. Ainsi, l’exhortation des récepteurs, adultes de demain, à marcher sur les traces des illustres ancêtres reconnus, par la glorification de leurs faits et gestes, découle semble t-il, du machiavélique vouloir de s’acquérir l’adhésion des élèves, voire leur admiration, par l’exploitation de leur besoin d’espoir dans une phase de trouble spécifique à tous les domaines.

 

 C’est en ce sens que la production des ancêtres arabo-musulmans, domine quantativement la production arabe contemporaine du corpus littéraire. Et que la poésie moderne, la poésie libre qui dit l’impuissance de l’homme arabe contemporain notamment, son humiliation et sa douleur quotidiennes devant un mode et des conditions de vie indécents, son déchirement et son écartèlement entre les cultures apparemment inconciliables qui font son présent, est presque exclue de la volumineuse quantité de kaçaid (Poèmes à la versification traditionnelle) programmées. C’est pour cela que l’arabe littéraire de l’époque d’or, sert à occulter l’arabe d’aujourd’hui, c'est-à-dire la langue de la vie, la langue vivante du peuple, comme dit Kateb Yacine ou qui s’en rapproche.

 

C’est pour cela que dominent dans la sphère politique, les régimes théocratiques et monarchiques et la vision obscurantiste du pouvoir qui érige en règle la soumission aux gouverneurs et leur adulation et engage les sujets à se détourner, dans une abdication totale, de la chose politique et donc, à exercer leur autorité, ailleurs.

 

 Un ailleurs vaguement signifié, mais néanmoins bien connu, soit le foyer familial. Ce dernier représente dans la culture arabe musulmane de la décadence et dans les traditions méditerranéennes et surtout chez les peuples berbères du Nord africain, le seul lieu où le mâle exerce pleinement son pouvoir, le récupère et satisfait son besoin de puissance. Et, où les femmes se soumettent à cette volonté de dépossession et à l’emprise masculine comme à une fatalité, le rôle de l’éducation consistant justement et en premier lieu, à les y préparer.

 

C’est aussi en ce sens que domine la vision traditionnelle de la femme et de la répartition des rôles et des tâches, au dedans et au dehors du foyer.

 

 

 

 

 

 

Tout comme y dominent les modèles d’héroïsmes guerriers, non seulement étrangers à la réalité de l’adolescent, mais tout à fait éculés, tels la cavalerie, l’art de commander les armées, les stratégies de combat qui firent gagner leurs batailles aux califes abbassides…, à l’ère des technologies militaires les plus développées qu’ait jamais connue l’humanité, et de l’arsenal de guerre le plus sophistiqué et le plus destructif qui ait existé sur terre.

 

 Ainsi donc, le programme littéraire qui est supposé être conçu pour veiller à renforcer l’intégration de l’élève dans son environnement social et universel, se charge plutôt de l’en éloigner en l’occultant et en lui proposant des valeurs et des modèles étrangers à son monde. S’il est constructif de s’identifier à des ancêtres qui se sont surpassés, d’en tirer légitimement fierté, de s’y ressourcer, encore faut-il garder les pieds sur terre, pour répondre correctement à l’appel du présent et en relever les défis. Or, la littérature scolaire qui est  sensée  socialiser et développer  l’aptitude à lutter contre les insuffisances de la société,  trace ici à contrario l’itinéraire de la fuite et propose des palliatifs. Ce qui livre le récepteur désarmé à l’emprise des mass médias et du monde moderne.

 

C’est qu’au lieu de le préparer à affronter les nuisances de ces derniers, à le prémunir contre les bouleversements qu’ils occasionnent sur une personne ou un environnement mal préparés, par le renforcement des valeurs positives de la société, les manuels de littérature leur laissent, à cause de leur passéisme morbide, la liberté d’agir sur lui.

 

Et cela même, en dépit de l’attitude ultra -matérialiste qu’ils drainent et des tendances excessivement individualistes ou démissionnaires qu’ils développent, et à contrario des idéaux religieux et politiques prônés. Ceci n’a  pourtant rien de paradoxal puisque le corpus littéraire, en application obligatoire dans les lycées, est d’essence purement élitiste et à dominante aristocratique et bourgeoise, comme il sera démontré, et se trouve de ce fait en contradiction flagrante avec les grandes lignes du socialisme spécifique pompeusement promues par le discours politique.

 

-L’élitisme ou le mépris des masses :

 

 

 Il est clair que le corpus littéraire en question, aspire dans son ensemble, non pas à poser les jalons d’une morale et d’une pratique démocratiques et socialistes qui mettent l’accent sur l’égalité des chances d’accès au bien-être matériel et sur la répartition non moins juste de ce dernier. Et ce que l’on se réfère au précepte clé et pivot de toute législation en Islam, ici religion d’Etat, qui n’est autre que la quête de justice et d’équité , ou à la fameuse devise de la révolution française, leitmotiv d’autres mouvements politiques qui s’en inspirèrent dont le socialisme, l’ idéologie officielle de l’Etat . Philosophie religieuse et mouvements qui érigèrent l’Egalité, combinée au Mérite - résultant de la densité de l’effort fourni pour l’assimilation des connaissances nécessaires propices à une meilleure production de quelque type qu’elle soit, - en pièces maîtresses de toute revendication ou redistribution ayant la justice pour essence.

 

A contrario, ce corpus aspire vraisemblablement, à relancer les privilèges d’une classe de " la société d’opulence et de richesse de Médine de la Jahiliya (période anté-islamique) et de la première société musulmane qui disparut depuis le retour en force des luttes claniques, tribales et partisanes"(5).C’est que le poète d’alors, porte parole de la tribu et par la suite du Prophète, au message duquel il adhéra, menait une vie de tout repos et de confort moral. Or, les luttes qui revinrent en force y mirent fin. Il s’en alla alors, quêter allégeance et protection auprès des hautes personnalités politiques au service desquelles, il mit tout son art pour survivre.

 

 Ce changement intervenu dans la situation du poète dont les prédécesseurs plus chanceux goûtèrent à l’ivresse du prestige et aux joies d’une vie toute de quiétude et sans efforts, le fit accéder, quand il sut conjuguer la ruse de l’ambition aux capacités linguistiques, à une vie de luxe et de faste et lui permit après un dénuement souvent total de rassembler une fortune colossale(6). Il l’accula par la même occasion à se départir de sa liberté de création, à museler sa sensibilité et à changer l’objectif de sa vocation pour préserver un bien-être de plus en plus extravagant. Et de porte parole de sa tribu, de sa communauté, il devint alors, celui de ses bienfaiteurs auxquels la nouvelle race de poètes s’évertuera à plaire, n’exprimant plus que les besoins de particuliers.

 

Aussi, leurs écrits correspondent – ils, dans leur forme et leurs thèmes aux goûts raffinés des habitants des palais, chatouillant leur soif de pouvoir et reflétant les exigences de leur condition d’élite sociale et politique. Mais la nostalgie du poète fonctionnarisé pour sa situation antérieure, ne demeure t-elle pas vivace, quand bien même elle serait inconsciente, par cette perpétuation des spécificités de la kacida, dont en particulier, l’autonomie structurelle des vers, autonomie que ne justifie plus la transcription des textes, jadis impossible, en raison de la prépondérance de l’oralité ?

 

 Ce rêve toujours persistant de prestige et de quiétude individuel, plus que jamais perdus se traduit  par l’attachement forcené des manuels de littérature à la kacida, telle ou presque qu’elle a été léguée par les poètes anté - islamiques. Et telle que perpétuée par leurs précurseurs, poètes de palais, moins libres, car au service de souverains, moins adulés car déchus de leurs trône d’idoles, moins quiets car en butte aux intrigues de leurs homologues et ourdissant eux-mêmes, pour se maintenir en position privilégiée, intrigue sur intrigue, en produisant des écrits de plus en plus esthètes et raffinés et de plus en plus serviles.

 

 Ainsi, au rêve de prestige et de repos, situation du poète de la Jahiliya et de la première ère de l’Islam, s’ajoute un autre. Celui  d’une vie toute de luxe et de raffinement aux côtés de ceux qui se sont appropriés l’écriture de l’histoire et auxquels reviennent les gloires. Même si les lendemains restent incertains en raison de la concurrence drastique et même si elle repose sur la négation totale de soi, l’hypocrisie et le mensonge. L’essentiel est d’y goûter fusse un laps de temps illusoire et d’assurer ses arrières, au mieux.

 

Ce rêve, quant à lui est attesté par l’émerveillement illimité des manuels devant le raffinement des styles d’expression que les auteurs se font le devoir de présenter aux élèves pour les en imprégner, par le jeu de la récurrence des textes qui les mettent en valeur et de l’accueil admiratif qui leur est réservé. Il est également attesté par la préférence accordée aux  princes, des notables, des personnalités politiques éminentes et à leurs textes quand cela est s’y apprête, et par celle accordée à leurs poètes et écrivains attitrés, vivants de leurs dons et à leurs dépens. 

 

 Par ailleurs, et parallèlement à ce rêve, le regard particulièrement satisfait, élogieux et insistant devant les activités à caractère politique ou scientifique, telles que la pratique politique en tant que fonction, dont le Califat en premier lieu, puis l’enseignement religieux surtout, et les fonctions et professions évoquées nommément, et auxquelles préparent les études supérieures, vise semble t-il, à susciter le respect de l’élève pour ce type d’activités, quant ce n’est leur désir.

 

Alors qu’ en fait, aucun modèle, n’incite ni ne motive par sa persévérance et ses efforts à se réaliser à travers l’adhésion à un objectif d’intérêt général, à s’y préparer d’abord sérieusement, pour l’exercer consciencieusement ou tout au moins correctement quand les moyens d’y arriver le permettent. Et qu’en réalité, l’accès aux  activités professionnelles valorisées est quasiment impossible pour la majorité des élèves, expulsés bien avant d’atteindre la classe de terminale (7). Vu que la moitié des scolarisés réussit le passage à l’enseignement secondaire, et 10% seulement de ces derniers - dans les taux les plus élevés de réussite -  décrochent le baccalauréat et accèdent à l’université.

 

 La redondance de profils professionnels gratifiants, loin de fournir un éventail de choix plus large, de constituer une occasion de promotion inespérée pour la majorité, va donc susciter et cultiver le ressentiment. Du fait que l’élève obnubilé, les idéalisera et les préférera, aux dépens des activités moins bien rémunérées et moins valorisantes. Puisque ces dernières  ne bénéficient pas en réalité de la protection de l’institution étatique et n’assurent ni le statut social satisfaisant , ni les avantages alléchants et mirobolants – échus aux gestionnaires et cadres des sociétés nationales et du secteur d’Etat - ou tout simplement gratifiants(8) .Telle est la situation des fonctions artisanales ( en voie de disparition) , des activités manuelles , le petit commerce et les petits emplois dans l’administration du secteur privé ou public, qui n’assurent qu’une médiocre subsistance dans le meilleur des cas . Elles n’en constituent pas moins, les formes majoritaires de moyens de survie qui échoient aux demandeurs de travail.

 

 

C’est pour s’assurer ce statut social honorable et aisé, sous l’ombre d’une des fonctions valorisées par le corpus littéraire, que l’élève  conscient de l’enjeu, et suffisamment armé des aptitudes requises par la pédagogie de l’école, jouera la comédie du consentant qui a intégré les valeurs de l’école  et de la société, se fragilisant ainsi, par la dualité de son engagement.

 

Quant à l’élève inconscient ou démesurément ambitieux, de par l’éducation reçue, le milieu social, le tempérament et la structure psychique, il s’annulera totalement pour répondre aux exigences de l’institution scolaire afin d’accéder au succès, et dans les deux cas, il sera perdant, car il n’a pas été lui-même . Il n’a pas appris à être soi-même et à se respecter. Il aura de ce fait, appris la nécessité du mensonge et de l’arnaque pour réussir, sans pour cela s’assurer à coup sûr la réussite, à moins de ne pas s’embarrasser des moyens .

 

Le fait est qu’en réalité,  dans une société traditionnelle, qui plus est, encadrée sur un mode totalitaire, la réussite relève plutôt de la qualité du réseau de relations du candidat au diplôme ou au poste et de la teneur de son allégeance. En vertu de quoi,  ce n’est pas la compétence qui prime, le plus souvent,  ce n’est pas le savoir qui sert le développement social qu’on récompense ou qu’on place, mais un levier qu’on actionne au besoin et qui doit faire preuve de reconnaissance.

 

  Loin d’être fondée sur un support pédagogique convainquant et motivant qui aurait été garant d’un meilleur statut social pour les élèves défavorisés et d’une qualité de vie meilleure pour tous, si ce n’est du bien – être commun, cette préférence délibérée  pour les activités à caractère politique ou scientifique est sans consistance. Elle n’est rien d’autre qu’un leurre. Un avenir qu’on miroite pour faire rêver les plus crédules. Le plus grave, c’est que les activités manuelles qualifiées ou non qualifiées sont le parent pauvre. Le nombre  dérisoire de ces dernières dans la société du corpus littéraire, dévalorise par lui-même, la valeur du travail manuel. Un silence qui n’en affirme pas moins, dans une réalité rongée par la misère sociale et au bord de la paupérisation, l’idéal mains blanches qui anime les manuels de littérature.

 

 En ce sens que les auteurs de ces manuels préfèrent le travail dans son expression la plus chimérique, c'est-à-dire le travail intellectuel,  au travail manuel qualifié ou non qualifié. Et ce en dépit de son impérieuse nécessité pour tout développement économique et donc social, et bien qu’il représente les catégories professionnelles dont dépendent totalement les majorités humaines à travers le monde . Et qu’il soit pour longtemps encore gagne pain unique des algériens dans leur grande majorité.

 

 Cette position dédaigneuse de la littérature scolaire, envers le travail, aussi vieille soit –elle, n’est rien d’autre que l’expression du mépris envers ses tributaires. C’est la position des maîtres envers leurs esclaves en société Jahilite. C’est la position des califes et des sultans envers leurs sujets à quelque exception prés, la position des possédants libérés du joug du travail envers les possédés, les démunis. Une position qui traduit l’amour de l’opulence, du repos et la dévalorisation du travail, de façon générale.

 

 Mais pourrait-il y avoir opulence et repos sans travail sous toutes ses formes et sans travail manuel spécialement ? Cette option se soucie t-elle de la réaction de tous ces embobinés par le discours scolaire que l’inadaptation scolaire, la sélection draconienne de l’entrée à l’université ou les nécessités de la vie orienteront sans ménagement vers la vie active ? Comment mèneront-ils à bien un travail qui leur répugne ou qu’ils n’exercent pas de gaîté de cœur ? Comment y réussiront-ils et ne subiront-ils pas leur situation comme un échec quand les recommandations et les élucubrations du discours littéraire, adjointes aux exigences de l’échelle des valeurs sociales, leur martèlent la tête ? Non que l’aliénation doive être promue en vertu, mais la déstabilisation gratuite ne relève t-elle pas de la cruauté, de la consciente volonté  de perpétuer l’ordre social avec la déculpabilisation en prime?

 

Il est important de relever que le cloisonnement des strates sociales qui oblitère la promotion par ordre de compétence a pour rôle de prévenir tout partage du pouvoir .Empêchant la circulation des savoirs et suscitant des frustrations stérilisantes et /ou graves, il est  meurtrier, dans la mesure où il mène irremédiblement à la déliquescence du corps social, dans son ensemble.

 

 La représentation de la fonction de la femme, créature ravissante et ludique ou génitrice affectueuse du corps social et gardienne du foyer et des traditions, est également une conception aristocratique et bourgeoise de la répartition des rôles des individus dans la société et dans la famille, et découle de la vision discriminatoire de la société patriarcale traditionnelle. Conception selon laquelle, ne pénètrent l’encombrement de l’avilissant marché du travail, sous ses formes les plus honorables, que les chefs de famille auxquels incombe la responsabilité de subvenir aux besoins de la famille, et sous ses formes les moins valorisantes ,les plus humiliantes et les plus dégradantes, les hommes et les(leurs) femmes, les plus démunis. Tels, ce porteur aveugle ou cette jeune fille que le devoir familial a poussé dans un bar sordide.

 

Les femmes des nantis, absentes des manuels scolaires (sauf en tant que mères et épouses ou amantes, en de rare cas), non interpellées par les rudes conditions de la vie, s’adonnent plutôt à des activités non lucratives et mondaines pour dorer la façade de leur classe et pour meubler leur désœuvrement. De façon certes tout à fait facultative, car il ne leur est exigé que d’être belle et de le rester. Et d’ailleurs, auraient – elles des aptitudes et des capacités supérieures avérées, qu’elles ne prévaudraient pas leurs attraits physiques. Ainsi en est-il de Wallada, grande poétesse et fille de ministre, issu lui-même  d’une famille de notables, qui ne représentait pour Ibn Zaydoune, poète et personnalité éminente en son époque, et ministre un temps, qu’une femme éblouissante de par sa beauté.

 

 Il n’est point nécessaire de rappeler le négativisme de cette représentation dans une société dont l’économie a besoin d’autant de bras que possible pour travailler -  et qui a plus de bouches à nourrir qu’elle n’a de bras pour produire du fait de l’écrasante majorité des jeunes- que  d’intelligence pour créer. Et ce dans  des conditions socio-économiques déplorables, à  une époque où le travail quel qu’il soit est envisagé comme une dignité à conquérir et non comme un destin à subir ou une besogne à souffrir, dans une  réalité qu’il faut accepter tout en ambitionnant de la changer. Ce qui constituerait un premier pas vers un assainissement effectif du climat social.

 

-Le déréalisme ou la mystification :

 

 

 Il est un truisme de dire que la vie sociale repose d’ordinaire aussi bien sur les comportements altruistes que sur les comportements égocentriques, donc agressifs, tels que l’amitié, la fraternité, la solidarité, la cupidité, la trahison et la méchanceté. Mais dans un environnement urbanisé ou semi- urbanisé et sous – développé, qui consacre la différence de classe et la pauvreté, c’est le dernier type de comportement qui l’emporte de loin sur le premier. Et ce, car les individus venus d’horizons différents pour se greffer à la Cité, sans arriver à y satisfaire les plus infimes des multiples exigences de la vie urbaine, font de l’agression d’autrui et de l’arnaque, leur moyen de subsistance le plus approprié. D’autant plus que la morale et les codes de conduites qui maintenaient la cohésion sociale dans leurs milieux traditionnels d’origine, n’ont plus cours sur ces lieux où ils se sont nouvellement transplantés.

 

 Aussi, l’incorporation au corpus, de textes ( manuel 1978/ 1989) incriminant les atteintes aux droits humains les plus élémentaires dans la société (les sociétés ?) des récepteurs, traduites par l’absence de convivialité, mais surtout par l’égoïsme outrancier, l’hypocrisie et la filouterie, est – elle une bonne chose en soi. Certes, il ne suffit sans doute pas de dévoiler quelques unes des répréhensibles facettes des misères de la vie, qui font le quotidien amer d’une société pour l’en délivrer. Il faut creuser en profondeur, et relier les causes aux effets. Il faut également des substituts.  On ne déconstruit pas pour faire le vide, mais bien pour construire à nouveau.Or, les manuels ne font que répercuter les plaintes des auteurs du corpus littéraire, eux-mêmes.Trés faiblement il est vrai, car une civilisation aussi parfaite que celle qu’ils ne se lassent pas de chanter et celle qui présentement en découle, peut- elle enfanter des maux sociaux ?

 

 C’est ainsi, qu’une initiation capitale pour le devenir du récepteur n’a pas lieu.Celle qui consiste à considérer les réactions agressives qui disloquent les relations humaines en tant que propension inhérente à toute condition humaine en tant que telle, résultant de la souffrance de l’homme devant ses propres limites et celles des autres. Et à considérer l’agressivité non moins naturelle de l’homme, en tant conséquence du stress inhérent aux conditions de toute vie urbaine, de surcroît insuffisamment ou encore inassimilées et intériorisées, et dans le cas présent, très souvent difficilement tolérables. Et en dernier lieu notamment, à voir en cette violence contre l’autre / faite à l’autre, une conséquence de la gestion défaillante des affaires politico- économiques, qu’il faut donc refonder. Autant de formes de réactions agressives qui ne se justifient pas pour autant, et dont il faut bien cependant fixer les limites par des attitudes et règles appropriées.

 

 Face à celles-ci, le récepteur est incité à tourner le dos et à fuir les difficultés quotidiennes, à son tour. Comme si la cause de sa détresse et de sa mal vie était une malédiction incontournable.Et rien dans le corpus littéraire ne laisse supposer que les régimes en place et la morale dont ils se prévalent, en sont la source, sauf bien évidemment quand il s’agit de régimes coloniaux. Serait-ce une conviction ou une supercherie didactique ? Serait-ce bien, la conviction qui se profile derrière l’admiration sans réserve vouée aux élites dirigeantes arabes du corpus littéraire et à l’idéologie qui les sert, au point de blanchir certains des plus grands tyrans de la civilisation musulmane, en l’occurrence El Hadjadj Ibn Yussuf et Marwane Ibn Mohamed, qui sont présentés comme des éminences de leurs époques... ? Parce que, semble-il, quand on est gouverneur ou calife et qu’on agit au nom de Dieu, on ne peut qu’avoir raison, fut-on sanguinaire ou dictateur.

 

Mais, en aurait- il été autrement et le doute  aurait-il été poignant, que l’école n’aurait pour autant pointé un doigt accusateur sur les dignitaires tout – puissants d’une civilisation qu’on veut à tout prix présenter comme pure et parfaite , exempte des défaillances et des déficiences de toutes les autres. Alors que c’est bien celles-ci qui l’ont menée au fin fond de la décadence. Une crédibilité douteuse n’aurait-elle pas ensemencé les germes de la contestation politique envers le régime en place, dés lors qu’il faut justement veiller à enrailler toute velléité de dissidence et de pluralité, comme l’exige tout régime de parti unique qui veille jalousement sur sa santé? La quête d’un mieux-être de tout ordre et /ou tout simplement d’un équilibre psychique, par la mise en cause de l’ordre établi, la désignation d’un dehors, si précieuse pour la sauvegarde de l’identité de tout un chacun et du groupe (9)  est donc absolument hors de propos et malvenue. Le dialogue, la confrontation et la concertation, préalables nécessaires à toute construction véritablement humaine, ne sont pas au programme.

 

 Et, c’est pourquoi les manuels de littérature arabe, d’outils de conscientisation de l’élève qu’ils devraient être, pour qu’il s’inscrive à faux contre les origines de son mal, l’incitent à le transcender par les voies que ses capacités psychologiques ou ses aptitudes culturelles lui offrent. Aussi,  est-il incité à fuir la précarité de ses conditions sociales et à accéder à la réussite par la soumission aux souverains et leurs représentants, qu’il est appelé à courtiser et à flatter avec art et délicatesse, tout en veillant à la défense de son territoire par l’élimination des concurrents et des adversaires.

 

Il est de même incité à se soumettre aux aléas du Temps, Maître de l’homme et acteur de son destin.Un destin tracé par le Dieu de l’univers qui fait le riche et le pauvre, le bonheur et le malheur et qui décide de l’heure de la mort. L’ascétisme devient dans ces conditions, une option salutaire, une porte ouverte sur un Au-delà compensateur pour les démunis et les laissés pour compte. Ce n’est point une philosophie, le choix volontaire du renoncement et du détachement, une quête spirituelle de l’Absolu, en tant qu’aboutissement d’un cheminement personnel et d’un long questionnement existentiel, mais un exutoire qui élague la vie, pour en supporter les frustrations et les échecs.

 

 Il faut donc à l’homme, pour transcender sa malheureuse condition, se soumettre à Dieu et par là même aux puissants qui en sont l’ombre en ce monde ou fuir dans l’ascétisme ou – ce qui a déjà été démontré - dans le passé aux dehors luminescents pour y puiser des images de Père réconfortant et rassurant. Les autres formes d’évasion sont le recours à la nature et la quête amoureuse.

 

 L’idéalisation de la nature est l’objet d’un assez grand nombre de textes. A l’opposé de la société, on y retrouve tout ce qui fait défaut à la Cité, soit la beauté, la générosité, l’oblativité.

Les âmes sensibles apprécient sans nul doute, à sa juste valeur, le contact avec la nature. Le réconfort qu’elle apporte, la paix qu’elle insuffle, sont indéniablement bénéfiques à tout un chacun.

 Or, dénigrer de la vie urbaine et chanter les bienfaits de la nature en incitant  à y trouver refuge pour y pleurer son soûl, suffisent – elles comme il est insinué à travers des attitudes modélisées, pour effacer la douleur. Ne faut-il pas pour minimiser le pouvoir de cette dernière, quand on ne peut l’atténuer, l’attaquer en sa source, la traquer pour la transcender ou l’éradiquer ? N’y’ a t- il pas dans cette pseudo- euphorie devant l’action apaisante de la nature, la volonté d’orienter les jeunes vers un mode de dépassement des problèmes sociaux qui les minent par la patience et l’attente ? Comme si l’insalubrité de leurs conditions de vie était une fatalité immuable dont l’impact ne saurait être dédramatisé que par les larmes et l’oubli qui apporteraient soulagement et paix! Mais la qualité de leur existence s’améliorerait-elle, pour autant ?

 

 La poésie amoureuse, en quantité consistante dans le corpus littéraire, est de même une autre forme d’évasion. Parce que deux types de personnes revêtent l’amour hétérosexuel cet intérêt primordial et obsessionnel, comme il en est fait cas, dans le corpus littéraire en question : le nanti qui fait de ses sentiments et de ses désirs l’axe centrale de sa vie (10) ou le désespéré - catégorie majoritaire- qui cherche un substitut à ses misérables conditions de vie. Aspirant les uns et les autres à connaître à travers l’amour charnel ou platonique, ce bonheur ou ce bien-être que leurs conditions d’existence matérielles ou existentielles, les empêchent d’atteindre ou seulement d’entrevoir.

 

Si le premier tend par sa quête le plus souvent à combler un quelconque vide dans sa vie, à satisfaire un dérèglement  ou se cherche un sujet de distraction qui en changerait la monotonie. Le second lui, fuit par l’amour, l’intransigeante indigence de son environnement social, qu’elle soit d’ordre matériel ou moral ou une combinaison inextricable des deux, puisque souvent l’un déterminant l’autre, créant ainsi les raisons de sa propre exclusion et de sa marginalité (11). L’un et l’autre cherchent cependant, à retrouver le bonheur initial, le paradis perdu des objets libidinaux infantiles auxquels pourtant il faudrait consentir à renoncer par principe de réalité(12).

 

 Aussi, le discours littéraire qui s’adresse à des adolescents issus pour la plupart de milieux sociaux quotidiennement agressés par des problèmes qu’ils désespèrent de  voir se résoudre un jour, tels que le chômage et le logement, n’est-il pas un engagement implicite à la passion amoureuse et à la délectation morbide de la souffrance qui en résulte. Délectation morbide en effet, car de qui la cible des manuels pourrait-elle bien tomber amoureuse, sainement amoureuse, si les modèles féminins sont maintenus dans la sphère du dedans et si la mixité y est décriée ? Si la crise économique, avérée ou déclarée lui barre la voie du mariage ou annule ses chances de réussite. Tomberait-elle amoureuse d’ombres et de fantômes ou serait-ce une invitation à se consumer dans un amour fantasmatique ?

 

 Une invitation à sublimer l’énergie sexuelle qui atteint son summum à cet âge, pour en faire par le biais de la nostalgie ressentie pour l’aimée,  une passion qui la surélève . Une passion qui n’en est pas pour autant  l’expression d’un amour mûr pour la femme, comme il semblerait de prime abord. Parce que la femme dans le corpus littéraire, ne jouit pas d’une considération véritable pour mériter amour et respect. Sauf en tant que mère. A quelque exception prés.

 

Considération et  respect, que dés l’origine pourtant lui a reconnu l’Islam,  instituant une véritable révolution dans le statut personnel et les mœurs sociales . Lequel statut, revisité aujourd’hui, ferait pâlir d’envie aussi bien certaines esclaves de la modernité que les musulmanes elles-mêmes, dans leur grandes majorités. Elle n’est pas non plus l’expression d’une invitation à la créativité et à l’accomplissement d’exploits humanitaires, par un transfert d’énergie(13). Du fait que  les modèles préconisés sont si archaïques qu’ils ne peuvent être activants. C’est plutôt une invitation au divertissement et à l’oubli ; un encouragement à se distraire de la frustration et de la mal vie à l’aide de la femme et de l’amour, même si ses supports sont fantasmatiques. Comme si la souffrance ou l’indigence étaient un destin inéluctable. Un destin que l’élève ne peut transcender que par le rêve.

 

 Ce sont là des orientations qui ne peuvent apprendre au récepteur, la nécessité de défier courageusement les déficiences de son milieu avec l’action intelligente et joyeuse en vue d’opérer un changement bénéfique. Une fois  convaincu qu’elles ne proviennent pas de lois immuables mais résultent des conjonctures historiques tissées par des volontés et des actes humains. Ces options lui gâchent ainsi sa chance de s’accomplir en tant qu’être humain libre et acteur responsable au monde.

 

A cet égard, il serait certainement avantageux que l’école  se décide d’initier au sourire et à l’optimisme. Non pas à l’optimisme béat,  mais à un optimisme lucide. Il faudrait qu’elle explicite l’importance de l’effort souriant et joyeux, quelques soient les aléas (14) . Et ce, pour renouveler cette énergie si nécessaire à la persévérance dans le travail et à l’action créative, au lieu de la fuite. Etant donné que l’homme énergique et accompli, comme le souligne Freud, est celui qui par le travail réussit à transformer en réalité les fantaisies du désir (15). Quand ce dernier, devrait- on ajouter, n’est pas aveugle au bien-être commun. Mais ceci est-il le fait des intellectuels , tels que présentés par les manuels de littérature ? Il semblerait que non, de prime abord.

 

- Le verbiage :

 

 Il n’est aucun doute que la production culturelle contemporaine des arabes, même aliénée à l’Occident est très limitée, en comparaison de la production culturelle de leurs ancêtres et ce ,même dans le domaine littéraire, soutient A.Mazouni. Car si la production littéraire contemporaine, occupe, soutient-il, une place considérable par rapport aux autres domaines, dans la vie culturelle des arabes, il n’en reste pas moins que le legs classique dépasse quantitativement et qualitativement la production contemporaine de cette même culture. Aussi bien dans le domaine des sciences que dans celui des lettres, sciences humaines et théologie. Par conséquent, les ancêtres pèsent plus lourd dans la balance que les contemporains. La gloire des pays connus sous la dénomination de pays arabo-musulmans, provient essentiellement de l’étape correspondante rayonnante du passé commun de ces peuples.

 

 Aussi, les individus qui se reconnaissent dans la civilisation arabo-musulmane et ceux en quête d’une identité glorieuse, compensatrice ou légitimante des abus de l’heure, s’épuisent-ils à dépoussiérer les écrits des anciens, à étudier les moindres de leurs gestes et à les glorifier. Refusant de s’impliquer dans les défis de leur société et de leur temps, et de s’investir à l’instar des aïeux de cette civilisation dont ils se réclament, dans le bon sens, la recherche scientifique et le travail bien fait .  Alors que tout, autour d’eux, les interpelle pour s’appliquer assidûment au travail et s’impliquer dans les vastes champs de la recherche  et de la réflexion, afin de faire avancer leur société et participer à l’essor civilisationnel contemporain (16).

 

 C’est dans cette perspective que les auteurs des manuels se dirigent tels des fossoyeurs, vers le passé reconnu du peuple, pour en exhumer les triomphes et exploits religieux ,politiques et littéraires, par l’exhibition ostentatoire des écrits des ancêtres et ceux de leurs précurseurs contemporains dans ces derniers domaines; qu’ils se font les chantres de la culture musulmane et de l’arabisme, pendant que sont décriées les technologies modernes, que le sens de la connaissance est très vague et que les activités valorisées sont celles qui reposent essentiellement sur le verbe et qui sont idéologiquement très partisanes.

 

Autant d’attitudes et d’options  aux antipodes mêmes de l’appel de l’Islam, qui est effort ( Jihad) pour la transcendance du soi, une quête de sens et de bonnes  œuvres pour le bien-être humain. Qui a été l’inspiration, puis le giron dans lesquels se sont développées ou sont nées des branches complètes de sciences de l’homme, de la nature, de physique,…auxquelles doivent beaucoup celles d’aujourd’hui. De cet investissement colossal dans la science, de la part d’hommes qui ont mis leur génie et leur cœur pour les uns, leur pouvoir pour les autres, au service du savoir et des hommes, rien n’est dit .

 

En définitive, l’attitude des manuels n’est pas moins une affirmation de soi par et à travers le verbe. Or, considérer le verbe comme une  bouée de sauvetage et d’affirmation de soi à l’ère de la vitesse, du métal et de l’argent, et à l’ère des autoroutes de l’information, est l’une des plus stériles méthodes d’éducation en matière de développement économique, d’industrialisation, de développement scientifique et technologique et d’épanouissement humain. La condition incontournable- les ancêtres n’en firent pas moins- consiste  à susciter l’affirmation de soi par une pensée, un travail et une production  de haut niveau, pour la réduction du retard accumulé dans l’acquisition du savoir et en conséquence de quoi, aller de l’avant, participer à l’avancée du monde. Sans pour autant perdre ou renier ses repères.

 

   Pour autant,  l’importance du verbe est chose irréfutable en soi. A notre époque, toute tentative de réduction de son impact est  démentie illico presto et réduite à néant  par la puissance indiscutable des mass médias, qui sont sans nul doute, l’une des armes les plus redoutables de la civilisation contemporaine, si ce n’est la plus redoutable de toutes. Cette puissance est la preuve irréfutable du pouvoir démentiel du verbe, dans les domaines de la production et de la consommation, de la manipulation des masses et de l’opinion, entre autres. Un pouvoir qu’ils puisent dans leur capacité d’ajustement au réel, en s’appuyant sur les besoins essentiels ou facultatifs du consommateur , sur le rêve du bien- être individuel, de la sécurité et du respect inaliénable des droits humains. Repères de base dans la modernité occidentale.

 

Ce verbe-ci est ancré dans une réalité bien définie. Réalité qu’il serait fort malaisé d’affirmer qu’elle est le terreau dans lequel le verbe des manuels concernés, prend racine. Manuels pourtant conçus pour œuvrer dans une réalité qui ne prête pas à confusion, tant ses données sont claires .Or, il est superflu de dire qu’ils ne semblent tenir compte que du seul paramètre représenté par le passé, reconnu comme tel. C’est pour cela que l’efficacité en est (ou presque) tout à fait annulée. Parce que l’efficacité du verbe est conditionnée par sa conformité à la situation dans laquelle et pour laquelle il est produit. Cette efficacité peut également être le produit de la répétition. Et c’est là,  semble t-il, l’objectif recherché.

 

 Aussi, les textes du corpus littéraire auraient-ils été, en raison de leur inadéquation avec la réalité sociale des récepteurs, leurs préoccupations et leurs aspirations, sans impact, quand bien même ils auraient eu une valeur cognitive indéniable, n’était-ce cette insistance. Récurrence dont la finalité est d’en incruster les messages dans les mémoires, même si ce martèlement est en lui-même source d’ennui et de suspicion. Pourquoi tant d’insistance s’il n’y avait pas anguille sous roche, ne peuvent s’empêcher de se demander inconsciemment les récepteurs ? La réalité est que les messages et les exigences des hommes de lettres du corpus et de ses réformateurs, les préoccupations de ses savants et la langue qu’utilisent les uns et les autres, sont autres que les exigences des intellectuels intègres et de la jeunesse, d’aujourd’hui. Que ce soit, en matière de thèmes à traiter, de problèmes à soulever, de réponses à trouver et de solutions à apporter ou en matière de langage artistique et de référent linguistique.

 

C’est que l’histoire ne recule pas mais va toujours de l’avant.  Elle a fait des pas géants depuis le 12e siècle. Les besoins des élèves d’aujourd’hui, de la société  actuelle et leur langue, sont très différents, si ce n’est totalement, de ceux des sociétés d’hier et d’antan. Et c’est ce qui fait perdre, au verbe du corpus littéraire son pouvoir de persuasion, car il n’émane pas des réalités ambiantes, et reste sourd et muet par rapport aux attentes des récepteurs et à leurs désirs. Ce n’est pas faillir aux valeurs et aux principes de la religion, des ancêtres, lesquels ne différent d’ailleurs pas des principes et valeurs universels, dans leurs grandes lignes, que de parler d’aujourd’hui, de la vie de tous les jours. Nulle crainte aussi que soit dissoute cette spécificité que le commun des mortels est fier d’arborer, face à l’autre, et ce d’autant plus, qu’il est blessé dans son être de perdant de l’époque.

 

 L’importance accordée au verbe se traduit également par l’apologie soutenue des livres de littérature en question, des hommes d’Etat, des intellectuels, des penseurs et théologiens etc.…qui "agirent " en leur temps par " le verbe "et,  par l’absence de modèles scientifiques stimulants réduits dans les manuels à des noms ou des titres, et enfin, par  l’ignorance méprisante des fabricants ,des manœuvres, des techniciens qui sont la force constructive pratique de la civilisation arabo-musulmane et ses artisans, sans lesquels rien ne se serait réalisé. Il est nécessaire de dire le peu d’équité des manuels envers les composantes socio- professionnelles officieuses et toutes les formes de travail fantôme, selon l’expression si chère à Ivan Illich ; un travail pourtant nécessaire à la préservation du mode de vie vernaculaire et à la production de valeurs d’usage (17). Mode de vie que l’on ne retrouve presque pas dans des manuels tournés vers l’apologie du pouvoir, les conquêtes politico-religieuses , la glorification de la défunte civilisation de l’Islam et des arabes.

 

Il n’est pas fortuit d’insister au risque de se répéter, sur le peu d’efficacité de l’acte vers lequel ils orientent. Efficacité dont les contours sont tracés par les desseins politiques. Il suffit de se rappeler  que l’action politique est l’exclusivité de la caste au pouvoir, soit quelques privilégiés, pour réaliser que tous les autres faiseurs d’écrits ou de textes consacrés, n’en sont que les courtisans, les zombies, ou de naïfs idéalistes, aussi bien les historiens, les théologiens, que les philologues et les éducateurs.  Il suffit, une fois de plus,  de se rappeler que ces manuels considèrent la vassalité comme la voie royale vers un succès certain et un chemin obligé vers la gloire, et déconseillent par la bouche même de politiciens avisés, tombés en disgrâce, à la jeunesse de s’adonner à l’activité politique à cause des dangers qu’elle recèle et des risques qu’elle fait encourir, pour réaliser  les limites du" verbe" prôné par le corpus.

 

Car, loin de défendre une éthique respectueuse des autres et de soi-même, de la porter en son sein, ce verbe est au plus, une invitation au verbiage. Or, le verbiage, n’est rien d’autre que le dégagement de l’énergie vitale par le parler, le bavardage. C’est la compensation de l’impuissance à agir par la volubilité ; une volubilité que cernent les tabous et les interdits ; c’est l’ajournement de l’acte effectif, porteur de valeurs créatives, de sens et d’amour.

 

-Le panarabisme : 

 

 De ce qui a été avancé précédemment, nous pouvons conclure que la culture scolaire algérienne n’a de patriotique que le nom. En cela, elle ne diffère pas en Algérie de ce qu’elle est dans un autre pays arabe, quelques soient les conditions sociales et les régimes qui la secrètent. La raison de cette similitude consiste en ce que, le corpus littéraire arabe est puisé en règle générale dans le patrimoine culturel officiel reconnu par les Etats arabes, en tant qu’héritage culturel unique, en raison de ce qu’ils y trouvent comme sujet de fierté et de légitimation du pouvoir. Ce qui explique cette phénoménale circulation des mêmes poètes et écrivains et la constance de leurs tendances dans les écrits de leurs homologues contemporains, cités en modèles en tout pays et dans le reste des pays arabes, selon A.Laroui. Et ce, au nom d’une politique éducative uniformisante commune, qui vise à embrigader les enfants de l’Oumma, pour les engager à renforcer dans l’avenir, les constantes reconnues comme soubassement de la nation arabo-musulmane.

 

 Gommant les spécificités nationales, cette littérature scolaire ne se penche en aucun lieu sur les problèmes sociaux culturels et économiques de l’Algérie. Ainsi, les manuels de littérature n’accordent aucun intérêt à la culture en tant qu’entité autonome en perpétuel enrichissement, ni à aucune des cultures plus ou moins spécifiques des vastes territoires du pays. Fidèles en cela aux différentes Chartes dont a été dotée l’Algérie depuis l’indépendance, ils font peu de cas de l’incontournable amazighité de l’Algérie, de la diversité linguistique et religieuse de son peuple , ainsi que de la pluralité de tendances idéologiques de ses élites politiques et intellectuelles. Il est fait peu de cas des illustres ancêtres de ses rayonnantes cités musulmanes. Ces manuels font également peu de cas de ce qui est pourtant assuré à tout un chacun par ces mêmes Chartes , soit le droit au bien-être et à la dignité par l’accès garanti aux droits et services de première nécessité et par la protection de ceux-ci.

 

 Cette occultation, n’exprime en fait, quelles que soient les apparences qu’elle se donne, que le mépris de soi. Mépris du groupe social au nom duquel elle se fait, et qu’il voue à la société de façon générale. Charles Peguy ne le souligne t-il pas clairement dans ces paroles si sages : «…Une société qui ne peut pas enseigner est une société qui ne peut pas s’enseigner ; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner ; […] une société qui ne s’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas… » (18).

 

 Cette haine de soi, nous éclaire sur les raisons de la prépondérance de la production des ancêtres arabes (ou arabisés) ainsi que sur celle de leurs successeurs contemporains et des modèles civilisationnels dont ils se font le chantre, sur celle des algériens de quelque époque qu’ils soient. A l’exception évidemment, de ceux dans les valeurs desquels l’école se reconnaît. Par ailleurs, l’affirmation péremptoire de l’appartenance de l’Algérie à la nation arabe et musulmane de par la langue, la religion et le passé civilisationnel et la nécessité de leur réappropriation pour l’intérêt du peuple, sert à légitimer la monopolisation du pouvoir. Elle nous éclaire par la même occasion sur les dessous des discours scandés avec acharnement à la gloire de la nation arabe, et sur les raisons de la répression implacable de la revendication identitaire et culturelle, et bien avant des droits syndicaux et sociaux . Et ce, au nom d’une cause qui permet d’évacuer les vrais problèmes et qui promet par son caractère fantasmatique, irrationnel, d’être un cheval de bataille indéclassable.

 

 Il aurait certes été plus réaliste d’interpeller la fibre patriotique des élèves en déplaçant le discours sur l’entité algérienne, la pluralité de ses tendances, les besoins vitaux de ses majorités humaines. Mais les auteurs préfèrent sacrifier la nécessité de cultiver la sensibilité patriotique des récepteurs et s’entêtent à affirmer l’existence d’une Oumma utopique et d’une nation chimérique qui n’a d’existence que dans les têtes malades d’impuissance. Car, même si c’est un atout, l’important ne réside pas dans l’existence de territoires unifiés ou plutôt rapprochés par le passé civilisationnel, la situation géographique, la langue et la religion officielles ou autres raisons affectives.

 

L’important réside notamment dans le soutien que les Etats et les peuples de ces territoires s’apportent les uns aux autres, leur stratégie pour la préservation de leurs intérêts communs et respectifs et leur solidarité en cas d’atteinte aux droits et à la dignité de l’un d’eux. Soit, sur leur capacité à construire une Union, leur aptitude à exploiter leurs colossaux atouts pour poser les jalons d’une force régionale. Mais la réalité nous démontre chaque jour qui passe, que ces pays sont loin de former ce bloc animé par un consensus traduit par une vision globale d’un présent et d’un avenir communs.

 

 Or, si l’école a peur de la réalité et prend vis- à - vis d’elle une position de méfiance, voire de reniement, les mass médias quant à eux s’y ressourcent sans prendre de gans. Aussi, le récepteur y découvre-t-il en toute heure une toute autre image de la nation arabe et des arabes que celle des manuels scolaires, et y découvre- t-il les différentes cultures que lui cachent ces mêmes manuels. De même qu’il y découvre les luttes fratricides et les monstrueuses boucheries que n’arrêtent ni les liens sanguins et ni les attaches religieuses et linguistiques.

 

Quant aux exemples édifiants sur cette réalité, ils brillent par leur fréquence et sont autant de preuves qui démontent l’utopie en question, puisque les élites politiques de ces pays mettent en général, leurs intérêts propres au dessus de ceux de l’Oumma et de ceux de ses peuples. Et, c’est pour l’élève la preuve irréfutable que le discours littéraire masque ou déguise délibérément la réalité, insulte son intelligence et sous-estime ses capacités de clairvoyance.

 

 De cela découle l’importance de l’ouverture des manuels sur la réalité, afin de sensibiliser l’élève et le préparer à en  affronter les problèmes, dans l’avenir. Il est de même important de veiller à ce que tout en affirmant les similitudes et les facteurs de co-existence entre les peuples de la région, mettre en évidence, les foyers de différences indéniables dans les cultures populaires et dans le domaine ethnique. Différences qu’il faut reconnaître , par reconnaissance à ces peuples de leur droit inaliénable à une identité propre, riche d’un présent mais aussi d’un passé aux cultures et aux racines diverses.  Tout peuple" arabe " ayant de par ses caractéristiques ses propres spécificités. Ainsi, le peuple algérien est de par ses spécificités autre que le peuple libanais, qui est autre que le peuple égyptien pour ne citer que ceux-là.

 

Aussi, l’éclairage axé sur les similitudes uniquement reflète-il en réalité, une négation implicite pathologique de cette différence, au lieu de la reconnaître et de la respecter, car le progrès de l’humanité nécessite d’une part, des échanges inter-culturels, une mise en commun et, d’autre part, le maintien d’une diversité entre les cultures et « d’écarts différentiels » au sein de chaque société, selon C.Levi-Strauss (19) , et ajouterait-on de toute communauté , de tout groupement humain, d’envergure nationale . La réalité est que  la reconnaissance de la différence est une voie qui mène non pas vers les dissensions mais vers l’union et la force. C’est pour tout peuple, une nécessité salutaire, le miroir de la maturité politique et le fondement de la démocratie.

 

 Certes la démocratie est avant tout, une liberté responsable dont le pivot est le respect de soi et de l’autre. L’élève l’apprend à la maison, dans la rue et l’apprend à l’école. Bien même, il l’apprend compte tenu des conjonctures sociales à l’école bien plus qu’ailleurs, ou du moins, le devrait-il en régime républicain. Il incombe donc à l’école, outil d’éducation dirigée d’un régime qui se dit démocratique, d’apprendre à l’élève à se respecter, par le respect entre autres de ses spécificités linguistiques et culturelles, et par la  reconnaissance de son droit à l’épanouissement par la satisfaction de ses besoins vitaux. A cette condition seulement, elle aurait joué son rôle prépondérant. Elle lui aurait appris ce que cela signifie que d’être un homme et ce qu’est la dignité humaine.

 

D’évidence, il serait plus logique de prouver du respect au récepteur en se penchant sur ses préoccupations et ses tracas, pour qu’il apprenne à s’aimer et à aimer sa patrie, avant de l’inciter au respect de ses frères arabes – mais pas seulement eux, comme c’est le cas. Parce que, s’il est impossible à celui qui ne se respecte pas de respecter quiconque, il est également impossible à celui qui ne s’aime pas d’en aimer un autre, la tolérance intérieure étant la condition de la tolérance pour autrui.

 

 Le fait est que si la rencontre avec soi-même suppose le dialogue avec autrui, la rencontre avec l’autre passe par le dialogue avec soi – même (20). Dans un pays aussi vaste que l’Algérie, qui connait des grandes difficultés d’administration et de gestion du fait de l’incompétence et de l’illégitimité des décideurs,  où beaucoup rencontrent des problèmes de survie, où le régionalisme, le tribalisme, et le népotisme jouent à fond, et sans pitié, où l’analphabétisme trône en roi, et une Algérie de surcroît pluriculturelle, et plurilingue, l’apprentissage du dialogue et de la rencontre et par delà, le sentiment du respect de soi et de l’autre, sont d’évidence, vitaux.  

 

 C’est bien pour cela que  le dialogue, l’initiation au dialogue, devraient être l’objectif premier de l’éducation dans le monde moderne, puisque lui seul peut procurer à l’homme un réel équilibre, dans ce foisonnement de cultures qui se confrontent et s’entrechoquent, l’assaillant de toutes parts, débordant sa culture propre, mais l’enrichissant des apports de toutes les autres. Il est évident que  cette rencontre se construit sur l’intelligence tout autant qu’elle la construit.  

 

-La répression ou l’étouffement de l’intelligence :

 

 Si les enfants sont si intelligents s’interroge avec inquiétude A.Beaudet, pourquoi les adultes sont-ils aussi bêtes ? Nul doute que ceci est dû à l’action répressive de l’éducation, répond-t-il accusateur. Et c’est le propre même de l’école algérienne, peut-on conclure sans exagération aucune, après l’étude du contenu du corpus littéraire, qui en est une illustration des plus laconiques. Si telle est notre conviction quant aux valeurs véhiculées par les manuels de littérature, qu’en est-il des modalités d’analyse du texte littéraire ?

 

 De prime abord, nous constatons que la méthode adoptée par les auteurs des livres en question se base essentiellement sur la répétition et tend à en incruster le contenu dans la mémoire du récepteur, tel quel, sans que soit interpellée sa capacité d’observation, ni sa curiosité. Elle ne l’engage pas à dégager les critères qu’il juge lui-même conformes à l’accueil du texte, ni à émettre les hypothèses nécessaires pour orienter sa lecture et ses questionnements, selon sa propre opinion sur le sujet. Elle lui adresse plutôt un produit fini, bien emballé, prêt à la consommation. De ce fait, elle ne développe pas sa capacité d’observation critique, de même qu’elle ne lui fait pas apprécier la quintessence de l’acte créateur et ne l’y encourage pas.

 

 

 L’importance de l’incitation à l’observation, consiste en ce qu’elle apprend à l’élève, que toute chose et toute situation peuvent être examinées sous des angles différents et selon des points de vue très différents de ceux véhiculés par la culture et par l’enseignement. Quoique ces derniers doivent refléter la quintessence de la sagesse d’une société donnée. Et qu’il doive tôt ou tard s’y confronter ou s’y référer. C’est ce qui permet à l’élève de se libérer des sentiments communs, des croyances et mythes courants et de s’éloigner audacieusement des critères conformistes, donc de s’émanciper des modes de pensée et de comportement traditionnels, s’il les juge désuets  et de faire preuve d’originalité (21).  Une distanciation, dont découlera une évaluation qui sera capitale pour son évolution ultérieure et celle d’une  société multiculturelle, dont les classes et les ethnies se bétonnent par des stéréotypes qui renforcent les exclusions, creusent les injustices et en secrètent chaque davantage, au profit des couches dominantes .

 

Or, les manuels de littérature arabe ne laissent pas à l’élève la liberté de réfléchir sur les données qu’ils lui soumettent, de les évaluer pour distinguer ce qui en est valable et efficient de ce qui ne l’est pas. Ils insistent plutôt sur leur grande valeur ou leur supériorité, qu’ils réitèrent tout au long des pages des différents manuels pour les fixer dans la mémoire par l’intermédiaire du débat fermé sur lequel débouchent les questions fermées qui clôturent l’étude du texte. Puisque celles-ci renvoient à tout coup au texte et à l’analyse qui en est faite et s’y collent pour ne plus s’en détacher. Faisant valoir que la langue des manuels est la Langue, la seule qui vaille la peine d’être apprise et respectée, voire sacralisée, toutes les autres, dont les leurs, ne sont rien à côté ; et le discours des manuels, ses valeurs, est le Discours, le seul qui vaille d’être écouté et suivi.

 

Comment dans ce cas, l’élève pourrait-il développer sa capacité d’observation et comment pourrait-il comprendre la nécessité d’entreprendre et de créer pour l’amélioration de la qualité de vie, lui dont il est exigé pour tout et en tout, d’apprendre et d’imiter, pour figurer le modèle du sujet parfait ? Et puisque la création, c’est la proposition, la réalisation de l’acte original qui s’impose aux autres comme étant nouveau, inconnu jusque là (22), comment ambitionner d’un système éducatif qui se fonde sur la répétition et l’analyse réflexive pour faire mémoriser les valeurs ou attitudes proposées, et bien souvent collectées dans le passé et sans rapport avec le présent,  qu’il contribue à l’adaptation sociale des élèves, à leur réussite à résoudre les problèmes qu’ils rencontrent et à répondre aux exigences de la modernité ? C’est pourtant ce que prétendent les introductions des manuels de 3eAS .

 

Or, l’école qui s’est fixée ces objectifs, ne s’évertue pas à bourrer les crânes avec des connaissances désuètes ou en complète contradiction avec le vécu et les préoccupations des adolescents, de régions aussi différentes que vastes d’un même pays, mais initie à la réflexion et à l’analyse.Une analyse qui se base sur la curiosité de l’enseigné et son inclination à l’investigation et non pas sur des données préconçues ; et qui surtout, lui laisse la liberté de choisir les critères qu’il juge convenables à l’orientation de sa recherche (23). Avant de se confronter au savoir de l’enseignant. Ce qui n’annulera donc pas le savoir de l’école, mais lui fera l’obligation de ne pas se couper de la vie et de s’ouvrir à celle-ci.

 

 

 Mais comme il a déjà été constaté, l’école algérienne va dans un tout autre sens. La redondance des textes à la thématique déclassée est là pour l’attester. De même que l’unilatéralité du ton de la première à la dernière année du cycle secondaire, les préambules historiques sur les circonstances qui ont généré la production littéraire en question et en dernier la méthode appliquée pour l’étude des textes. Méthode dont l’interlocuteur est non pas la raison de l’élève, mais ses capacités de mémorisation.

 

Autant d’étapes qui imposent d’emblée le texte littéraire – contenu et contenant à la fois – sans laisser de place à la réflexion et à l’imagination ; sans oublier, cette opposition soutenue à l’égard de toute initiative et à l’égard de toute prise de distance, tant au niveau des normes sociales et des attitudes qu’au niveau du raisonnement et de l’utilisation de la langue. Puisque seuls Béchar Ibn Burd et Abu Nawas, Ibn El Mukafâ et El Maâri - connus pour leur non orthodoxie en religion et par une émancipation politique tout azimut tue dans les manuels- se sont attirés les critiques acerbes de ceux-ci , après celles des orthodoxes et des décideurs de leurs époques respectives. Eux seuls,  et nuls autres ont peu bénéficié de leurs éloges, quand ils n’ont pas été mesquinement déconsidérés .

 

 La soumission aux normes étant signe de comportement normal, il ne saurait y avoir de maîtrise artistique - et donc de succès - sans soumission aux critères traditionnels et à l’orthodoxie. C ’est donc l’ inféodation à l’ordre établi  qui a permis aux auteurs du corpus littéraire de percer, voire même, d’être consacrés dans leur majorité, obtenant ainsi la considération des critiques arabes classiques.  C’est pour cela qu’ils représentent des modèles littéraires de qualité indéclassable. Aussi, faut-il aux élèves les imiter en embrassant leurs procédés pour accéder également au succès sous ses différentes formes.

 

 Ainsi, l’école est loin de susciter à travers son programme de littérature arabe, l’intérêt de élève pour l’action créative. Elle ne lui apprend pas ce qu’est la créativité, et ne l’initie pas à l’échec qui menace tout acte créatif, ni à transcender son appréhension de l’initiative. Elle étouffe plutôt ses prédispositions intellectuelles et artistiques et fait de l’élève, adulte de demain, un esclave de la routine, un conformiste et un abruti. Pour éviter ce drame, il lui faut accueillir le génie et ne pas appréhender le questionnement des adolescents - même source d’embarras - et leurs initiatives. Il suffit de savoir canaliser leur énergie. Toute évolution véritable est à ce prix.

 

L’’intelligence étant l’ennemie de la routine et la  condition essentielle à toute évolution, il ne saurait y avoir d’évolution sans ouverture d’esprit, sans grandeur des aspirations, sans une certaine hauteur de vue et sans volonté. Autant de traits de caractère, que le message véhiculé par le corpus littéraire de langue arabe d’une école prétendue progressiste et ouverte sur la vie est sensé développer, en se basant sur les modèles pédagogiques qui permettent l’intériorisation des valeurs en question et l’identification aux héros qui les représentent.

 

 Car l’un des premiers objectifs de l’éducation dans le monde moderne est de veiller au développement de l’aptitude à prendre des initiatives et à étoffer les capacités créatives au lieu de les étouffer en les réprimant, afin de former les vecteurs du développement et du  progrès. Ce qui est honorable en soi, mais reste insuffisant, et bien en deçà des attentes.

 

 La raison en est que le progrès authentique est tributaire d’un idéal humanité, et d’un apprentissage de la convivialité, par un jeu de dépassement de soi et de transcendance, que l’école, comme lieu privilégié d’éducation,  devrait être à même de promouvoir. Sans elle perdrait sa véritable raison d’être : initier au respect.

 

 

Conclusion :

 

 Ceci étant, n’avons-nous pas, par notre silence calculé ou inconscient, contribué à ce que l’école, par le biais de ses programmes pédagogiques- et plus précisément ici, les manuels de littérature arabe- ambitionne de modeler en toute liberté, des êtres innocents et encore immatures ? N’avons-nous pas ainsi donné l’occasion aux facteurs ambiants si peu favorables à l’épanouissement de ces idéalistes en quête de soi et d’un ordre meilleur, de mettre en danger leur frêle équilibre, eux si fragiles dans leur puérilité, bien que charriant une énergie, une ambition et une résolution illimites, et si fertiles en rêves ?

 

 Et ce, pour avoir omis de leur définir des repères clairs – les différences idéologiques  entre le manuel d’arabe et les manuels de français et de l’anglais sont on ne peut plus flagrantes – et de leurs inculquer de grandes idées, des valeurs sûres, un idéal.

 

 Pour en avoir ainsi fait, des créatures aux cerveaux atrophiés, sans autre vertu que le mimétisme, sans autre aptitude que le suivisme, parce que sans capacités d’analyse critique et de discernement.

 

Comment est ce possible rétorquerez-vous, l’école n’est – elle pas le musée des valeurs de la société, selon la célèbre formule de Suzanne Mollo ? Oui, mais le discours des manuels en question est sans rapport ou presque avec la réalité et les aspirations des classes les plus larges de la société, en l’occurrence ses forces naturelles de progrès, ni avec le discours officiel dans son ensemble, et encore moins  avec les exigences de la vie moderne, ni surtout avec les valeurs d’une école d’avant-garde qui compose avec l’authenticité et l’universalité, comme se le doit l’école d’un pouvoir révolutionnaire.

 

Le discours littéraire ainsi élaboré ne fait, par la faiblesse de son rapport avec les réalités ambiantes que limiter les capacités cognitives de l’élève, et accentuer son égarement et sa solitude, écartelé qu’il est entre des sollicitations contradictoires, écrasé et abêti par des institutions éducatives et culturelles qui se relayent dans leur indifférence quant à ses préoccupations et ses besoins.

 

Supercherie donc – quand ce n’est manque de discernement - que la politique révolutionnaire d’un pouvoir démocratique et populaire. Car l’école d’un pouvoir révolutionnaire est une école qui aspire à l’épanouissement socio-intellectuel et affectif  des élèves, édificateurs supposés de l’avenir.

 

Cette école en effet, ne s’évertue pas à travers les manuels supposés être les plus accessibles aux grandes majorités des élèves de par leur langue, et donc les plus efficaces, à exclure délibérément tout un pan de l’histoire nationale du récepteur, quoique millénaire pour en valoriser un autre ; elle ne renie pas la culture et les langues maternelles , mais les assume et les prend en charge.

 

 Elle ne cultive pas le culte de la personnalité des grands, le mépris de la plèbe ; elle ne chante pas les attributs de la vassalité, de la soumission et de la servitude, mais ceux du respect de soi et de l’autonomie citoyenne .

 

 Elle ne se fait pas le tribun du fanatisme religieux mais initie à une religion d’amour et de beauté, aux valeurs et à la sagesse universels.

 

 Elle ne prône pas la suprématie d’une race sur les autres, par un discours aussi chauvin que méprisant mais incite à la fraternité et à la sympathie.

 

Elle ne cloître pas la femme pour uniquement en faire une reproductrice du genre humain, quand ce n’est pas une personne ludique sans autres attraits que ses charmes.

 

Elle n’occulte pas le travail manuel parce que source de honte, bien que gagne pain de la grande majorité du peuple et nécessité primordiale à tout développement social et humain, au profit d’une activité officielle institutionnelle aléatoire pour le plus grand nombre.

 

 Elle n’incite pas au dépassement des misères sociales et existentielles par la rêverie, la fuite dans le temps, le refuge dans la nature, l’ascétisme et le mysticisme, mais force à un face à face lucide , quand bien même douloureux avec la réalité.

 

 Elle ne privilégie pas la parole absurde, le verbiage en somme, mais l’action efficace et porteuse d’espoir.

 

 Elle ne se fait pas l’ennemi déclaré de la technologie, mais le conseiller d’une utilisation raisonnable, sage et humanitaire de la science, ni l’ennemi de la réflexion, de l’intelligence et de la créativité, mais leur défenseur et apôtre.

 

Enfin, elle glorifie les vivants en leur accordant attention et égards, honore par la reconnaissance les morts dont l’existence fut une touche d’humanité et célèbre la vie dans ce qu’elle a de beau et d’humain .

 

 

   Tizi-ouzou-/ Décembre / 1987

 

 

 

 

Références

 

1-C.Freinet :L’éducation du travail, éd Delachaux et Niestlé, Paris, 1967, p105.

2-S.Mollo : L’école dans la société, éd Dunot, Paris, 1969, p 79.

3-W.Bouzar : La culture en question, S.N.E.D, Alger, 1983, p43.

4-Ch.Bonn : La littérature algérienne d’expression française et ses lectures, éd Naâmane, Canada, 1982, p103.

5-A.Laroui : L’idéologie arabe contemporaine, éd Maspero, Paris, 1977, p103.

6- J.E.Bencheikh : La poétique arabe, éd Anthropos, Paris, 1975, p33.

7-Necib Redjem : Industrialisation et système éducatif algérien.O.P.U, Alger, 1986, p149.

8-Dominique Glasman /Jean Kremer : L’université et les cadres, éditions du C.N.R.S, France, Paris, 1978, P/P256/260. 

9-J.V.Rillaer :L’agressivité humaine, éd Dessart et Mardaga, Bruxelles, 1975, PP198 /199.

10-André Miquel- Percy Kemp : Majnûn et Layla : l’amour fou, Paris, Sindbad, 1984, p 22.

12-Idem, PP 16-37-201.

13-J.V.Rillaer : L’agressivité humaine, p 218.

14-André Mareuil : Le livre et la construction de la personnalité de l’enfant, Casterman, Belgique, 1977, PP 85 /97.

15-P.Chauchard : La maîtrise de soi, éd Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, p152.

15-J.V.Rillaer : L’agressivité humaine,p 218.

16-A.Mazouni : Culture et enseignement au Maghreb, Maspero, Paris, 1969, p187.

17-Ivan ILLICH : Le chômage créateur, trad de l’anglais par M.Sissung, édit du Seuil, Paris, 1977,67/72.

18-Ch.Péguy : Cahiers de la quinzaine, 6e série, 2e cahier, 1904.

19-C.Levis-Strauss« Race et Histoire »In : Le racisme devant la science. Unesco, 1960, in J.V.Rillaer :L’agressivité humaine, P/P 220 / 221.

20-Idem, p 222. 

21-Louis Vandevelde : Aider à devenir, éd Labor, Bruxelles, 1982, p115.

22-Idem. P126.

23-Idem.P /P117/118. 

 

 


 

[1] ** Les représentations est l’une des  parties  d’un travail de recherche réalisé dans le cadre d’un mémoire de Magistère sur l’idéologie des manuels algériens de littérature arabe de l’enseignement secondaire, inscrit en 1982. Par la force des choses ce projet a été restreint à cette seule partie. La soutenance  n’a pu avoir lieu que beaucoup plus tard.  L’étranger dans les manuels, texte publié par le blog "A l'indépendant", est une reprise d’un des chapitres de la thèse,  traduit en français. 


Djouher Khater


Publicité
Commentaires
Publicité