A l'indépendant

12 février 2012

Ma foi va à la classse ouvrière...de Grèce et d'ailleurs

J'aspire à un temps où l'homme aura une perspective plus haute que son ventre. Un temps où l'homme sera poussé par un stimulant plus intéressant que le stimulant d'aujourd'hui, qui est celui de son ventre. Je conserve ma foi en la noblesse et l'excellence de l'être humain. Je crois que la douceur spirituelle et la générosité finiront par avoir raison de la grossière gloutonnerie actuelle. Et, pour conclure, ma foi va à la classe ouvrière. Comme le disait un Français: "L'escalier du temps résonne à jamais du bruit des sabots qui montent et de celui des souliers cirés qui descendent."

london

Jack London, Novembre 1905, Ce que la vie signifie pour moi, Les Editions du Sonneur, 2011, p. 35

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11 février 2012

L’Œil de la conscience

     Bien avant les considérations attenantes à l’autre, bien avant qu’il revienne de ses déboires et réagisse, il y a ce devant quoi nul ne peut s’enfuir : l’Œil de la conscience.
     Car si on peut échapper à la justice, au tribunal des hommes, on ne peut échapper à soi-même, à l’œil de sa propre conscience. Si ce n’est dans l’illusion.
     Aussi, à moins d’être  psychopathe, c’est se miner de l’intérieur que de vouloir détruire autrui et se donner les moyens de le faire. C’est préparer le lit de sa propre mort, aux sens propre et figuré. Puisqu’au fur et à mesure on noircit, comme la page sur laquelle on écrit, alors qu’écrire est un besoin sans fin. Comme l’histoire.
     Car il ne suffit pas de bouleverser les équilibres de la vie pour se l’accaparer. Si ce n’est dans l’immédiat. Si ce n’est dans l’illusion. Détruire l’adversaire vrai ou supposé ne garantit pas l’avenir. Autrui, comme le sphinx renait toujours de ses cendres.    
     C’est une dérision que de vouloir se substituer à la Volonté Toute-puissante : une pure illusion de puissance née du pire des faux calculs. Dont le revers est loin d’être aussi brillant qu’il ne donne à paraitre.  
     Car cette Volonté s’interpose toujours pour faire barrage et déjouer les échaffaudages les plus nuisiblement ingénieux. En attendant ils n’ont rien à perdre, mais rira bien qui rira le dernier. Quand La Main imperceptiblement présente viendra faire tanguer le château de cartes. Avant qu’il ne s’effondre.
     Par la grâce de cette Main, fil invisible qui fait obstruction à...certains  s’en sont sortis.  D’autres  gardent l’espoir pour les avoir vus s’accrocher.  Dans la dignité.   

Charleroi le 19/01/2012


Djouher Khater

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10 février 2012

Où en est-on Mr le Président ?

 

Selon le journal Le Parisien, deux sans-abri sont morts par ailleurs dans la capitale depuis le début de la vague de froid sans qu'aucune annonce officielle n'en soit faite.Il s'agit d'un SDF polonais du Bois de Vincennes et d'un Roumain, retrouvé mort dans le Xe arrondissement, écrit le quotidien sur son site internet (Reuters).



Le candidat Sarkozy le 18/12/2006 à Charleville :

-" Je veux, si je suis élu président de la république, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est plus choqués quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis en cause." 

Cité par l'ami Lucien sur son blogue

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09 février 2012

Ce type qui marchait pieds nus et qui a mal fini...

 

Si l’on se penche sur les textes évoquant le christ, ceux-ci abondent de phrases, de mots et d’idées comme tolérance, compassion, ouverture d’esprit, générosité, partage… ; seulement voilà, si on regarde son église aujourd’hui, on s’aperçoit que le clergé dans sa grande majorité se situe à droite et même plutôt très à droite ! De par ses ors et ses richesses scandaleuses étalés au grand jour, l’église catholique, qui est l’ardent défenseur des riches et des puissants, s’est rangée du coté des ennemis du Christ.

Jésus était un dangereux idéaliste et la religion chrétienne se sentant menacée par les propos révolutionnaires du christ a vite remis de l’ordre dans tout ça. Jésus était peut-être le premier communiste sincère. Jésus était même anticapitaliste, il luttait contre toutes sortes de lobbys, notamment ceux des marchands du temple. En fait jésus était pour la diminution du temps de travail :  » Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos ». Il était également anti productiviste: « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre …… ». Il était contre la peine de mort : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, dorénavant ne pèche plus ». Il était pacifique et non violent : » je ne jetterai pas la première pierre …. ».  Et il était profondément humaniste et anti-FN :  " n’ayez point peur des autres ".

Le Vatican, repaire d’affairistes dévoués au culte du veau d’or capitaliste  a rapidement compris qu’il valait mieux coopérer avec les forces de l’argent, sous peine de rester une petite secte sans importance. Et voila comment, 2000 ans plus tard, on se retrouve avec une droite et une extrême droite « supercatho », complètement vouées au culte du néolibéralisme. La droite capitaliste et libérale a basé sa doctrine sur l’égoïsme forcené, et la recherche effrénée de la richesse par tous les moyens. Dans cette idéologie, l’absence totale d’idée de partage est de toute évidence antichrétienne.

Pendant des siècles l’église a collaboré avec le pouvoir des riches contre les pauvres. Pour justifier le mythe de l’église proche du peuple elle a institué les œuvres de charité chrétienne. La condition était que les pauvres acceptent leur condition ici bas et ne remettent point le pouvoir en cause : la compassion, oui, la révolution, non ! L’église était un pilier de la stabilité du pouvoir et de la soumission du peuple.

La manipulation mentale évoque de sinistres choses, souvent associées dans nos esprits aux anciens régimes communistes ; pourtant patiemment, les églises ont façonné nos pensées au profit des puissants. Les souverains se sont servis des religions pour modeler nos esprits et nous imposer l’obéissance. Avant, il y avait l’Église qui distillait la bonne parole des puissants et maintenant il y a les médias, et quand on sait que près de 90% des médias appartiennent à des hommes, proches du pouvoir … et amis de notre cher président : N.Sarkozy !

De toute façon ce type qui marchait pieds nus et qui a mal fini le rend suspect d’être un terroriste altermondialiste. Ce n’est pas un bon exemple pour notre belle jeunesse, les médias se chargent de créer des héros plus présentables. Mais ce qui est sur c’est que si Jésus revient, certain auront intérêt à faire profil bas ! Si Jésus revient ce ne sera pas en brandissant une croix mais plutôt une kalachnikov !

Marie  PHILOMENE

ATTENTION, JESUS REVIENT

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08 février 2012

Une vie de sans-papier, par Djouher Khater

     Dans la société, le sans-papiers est un étranger au milieu des autres. Très souvent, infréquentable. Sauf pour ses compatriotes. Car handicapé par les stéréotypes et la langue. S’il est l’autre pour les autochtones, pour lui-même qui se situe dans l’entre-deux, il n’est plus tout à fait de là-bas, et non plus d’ici. Dans l’attente d’une régularisation,  il vit …Dans le noir d’une vie suspendue. Il attend, les jours passants, une clé pour la survie dans la dignité.
     Chassé de son pays par la misère ou l’insécurité, il a bourlingué sur la portion de terre où il a échoué avec pour seule arme l’espoir. Pour survivre, il a tout fait. Il a travaillé là où il a pu sans rechigner, répondant toujours présent au boulot le plus ingrat et en a redemandé. Dans le froid comme dans la nuit noire. Il a travaillé pour un salaire qui ne suffisait jamais. Il devait survivre, il a trimé.
     Malgré la défiance, malgré le mépris, il s’est mêlé de cœur à ceux qui l’ont accueilli ; il a partagé leur sel (c’est à dire, mangé avec eux, ce qui dans sa culture est un gage de fraternité) il a parlé leurs langues, il a aimé leurs cuisines et apprécié leurs cultures. C’était si difficile, mais il lui fallait s’intégrer. Malgré tout, il est resté un étranger, un homme sans identité sur cette terre étrangère où depuis si longtemps, il a échoué. Aux yeux des autres et au fond de lui. Et s’il souffre de sa condition, il souffre de séparation.
     C’est que pour lui, comme pour la grande majorité des hommes, c’est dans son pays, dans son climat et sa culture, parmi les siens, que l’on s’épanouit. Un peu ou beaucoup. Peu importe. Mais il a dû regarder ailleurs et  dans un dernier sursaut,  s’arrachant à ce qui le retenait, il a pris le large sans tourner le dos, car dans sa terre natale, il se mourait.
     Et voilà que le fruit de la séparation est une désagrégation qui l’a conduit dans le mur ; son cauchemar a été si long, qu’il ne se souvient plus du temps. Livré à lui-même, il ne s’en est pas sorti, mais il a rigoureusement respecté les normes de la morale et du droit de ces lieux-ci. Par respect pour lui-même, malgré l’image renversée que lui renvoi  le miroir résolu à l’humilier. Et par respect pour ce pays où il quête à ce jour une miette de dignité.
     Cette terre ne lui est pourtant pas inconnue. Des gens de son patelin y ont poussé racine. Des hommes de son pays lui ont donné leurs bras. Ses frères de tous les coins du monde lui ont donné leur vie. Si riche qu’elle soit aujourd’hui de la mosaïque qu’elle est, cette ruche vibrante de vie est forte de ce sang neuf qui fut il n’y a pas si loin, injecté dans son corps par les étrangers. Se peut-il qu’elle l’ait à ce point oublié ? Nous dirions alors qu’elle se renie.
     Mais alors, quand bien même ces hommes seraient des illégaux, les règles de l’hospitalité permettent-elles à un pays de chasser des hommes qui ont vécu si longtemps, à l’intérieur de ses frontières et parmi son peuple sans en être, de surcroit correctement ?
     Est-ce honorable pour un pays de lâcher des hommes qu’il a confinés dans ses marges, après avoir pris leur jeunesse et la sève vivifiante de la vie ?  
     Et de façon générale, la politique de l’immigration telle que conçue actuellement décourage t’elle les sans-papiers et les candidats à l’exil ou ne fait-elle qu’accroitre les frustrations, la colère, le repli communautaire et les débordements?
     Le fait est que, quand on a mis les pieds dans l’engrenage, on n’a plus le choix : on a perdu trop d’énergie et de temps. C’est encore plus grave quand on est sensé devoir retourner là où l’on se sait fichu pour de bon. Alors qu’on demande juste une clé pour la survie dans la dignité.
     Toutefois, si l’on veut ériger des barrières pour se protéger de  l’autre, ne faut-il pas d’abord,faire en sorte qu’il ne se retrouve étranglé sur la terre de ses aïeux au point que  l’exil devienne à ses yeux, la seule issue? Sinon, nulle barrière ne suffirait.
     Les hommes, certes, aiment voyager, rencontrer leur semblables, découvrir d’autres contrées. Nul ne peut le nier. Mais ils aiment  pour la plupart vivre dans leur climat, dans leur culture et parmi  les leurs, ils n’émigrent que forcés. C’est le cas des sans-papiers. Est-ce humain de les chasser, après les avoir tolérés ?
 
     Djouher Khater                                                                                                                                

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07 février 2012

Témoignage d’un demandeur d’asile

La  demande d’asile, une  vie en suspens   


     J’ai quitté mon pays, pour des raisons de sécurité. J’ai rejoint un Centre d’Accueil totalement isolé, quand cela est devenu une nécessité. C’est là que j’ai dû attendre la réponse à ma demande d’asile. Des années durant.

Rétrospective et vue d’ensemble :

     Bien que sachant ce qu’est la vie dans un Centre d’Accueil, j’étais par contre loin de m’imaginer ce que j’allais y trouver et encore moins que j’allais y passer autant de temps, loin de la vraie vie, en dehors de la société.
     Les problèmes de santé s’accumulant au fil du temps, ce fut une lutte pour la survie de tous les instants, au centre de laquelle trônait le restaurant, tel un lieu de culte trois fois quotidien: aller manger est la seule activité continue de la plupart des résidents. Il suffit de quelques mois sur les lieux pour prendre du poids.
    Je n’ai pu ni aller dans un autre Centre, ni me rapprocher d’une ville universitaire, plus tard. En général, la tactique courante des résidents pour obtenir un transfert est de récidiver dans le délit. D’autres préfèrent y rester  car ils reçoivent des soins qui nécessitent un suivi hospitalier. Quand la maison sociale est finalement arrivée,  j’étais pour ma part trop malade pour me prendre en charge. J’y ai donc renoncé.
    Et quand bien même  les occupations trouvées ou improvisées s’étaient voulues un exutoire et ont vu les minutes et les heures se volatiliser, cela ne change rien à la réalité. Le temps qui coule inexorablement se rappelle à vous, impitoyablement.
    D’autant plus que des drames proches ou ceux plus lointains provenant de votre région, de votre contrée ou quartier, ou d’autres parties du monde, secouent les terres et les hommes, au quotidien et dans la durée. Que dans ce trou hors de la vie, des hommes et des visages de tous les horizons défilent à un rythme tel qu’il est rare que votre mémoire en garde une trace ou un signe aussi infimes soient-ils. Et que par-dessus tout, votre santé qui décline jour après jour vous tarabuste et vous rappelle à bon ordre, alors que vous pouvez si peu faire.
    N’était-ce la touche d’humanité sciemment voulue par ces membres du personnel qui font leur travail avec chaleur – pour ne pas parler de ceux qui portent leur hostilité à fleur de peau - malgré les moyens très limités dont ils disposent, un tel milieu  serait vraiment un monde de la folie ou de la perdition.
    Comment survivre en effet dans l’attente et à l’attente, dans les conditions de vie d’un Centre plus proche d’une prison que d’un lieu de vie et garder la raison ?  A tourner en rond, d’un Centre à un autre, ou dans le même, des gens sont devenus fous ou presque...


Etat des lieux d’un Centre :

     Les conditions de vie qui se surajoutent à la détresse qui a motivé le départ et le refuge dans un territoire inconnu,  ont une part déterminante dans la perdition ci-dessus évoquée. Un tour succinct des lieux peut expliquer bien des choses.   
     Le  numéro… : Dans un Centre vous êtes un numéro. Malgré les trésors d’attention déployés par le personnel  pour appeler chacun par son nom, vous êtes le numéro tel...  Ce sera votre dénominateur dans le Centre.
     La chambre : A l’arrivée, on vous donne votre literie et on vous assigne une chambre. Ceux qui viennent en  famille sont  regroupés dans une chambre commune. Les personnes isolées, sont affectées dans des chambres collectives. De dimensions variées, ces dernières  peuvent contenir jusqu’à 12 personnes et plus. On commence généralement par affecter les arrivants dans les grandes chambres, puis selon leur place dans la liste d’attente, on les affecte dans des plus petites quand des places se libèrent.
    Les chambres à deux sont les plus convoitées, c’est une forme de luxe, recherché par tous. Comme il n’y a qu’un petit bloc qui dispose de chambres à deux, elles sont réservées aux cas extrêmes. Si l’on est sur la liste, il fait attendre son tour.
    Il est clair qu’en dehors de la chambre, le reste des commodités est commun. Cette promiscuité est un calvaire quotidien pour ceux dont la culture d’origine, les habitudes ou l’éthique privilégient une certaine  intimité et une conception particulière du respect de soi.
     La restauration : Les résidents ont droit au petit déjeuner et à 2 repas, par jour dans le restaurant du Centre. Dans mon Centre, c’est le système du self- service qui est pratiqué. Le résident choisit parmi les variétés du jour,  ce qui lui sied. Dans ce Centre, fait exceptionnel, les repas  sont chauds. Les végétariens et les malades soumis à des restrictions ne sont pas en reste. Les végétaliens et les personnes qui ont des sensibilités par contre, peuvent toujours attendre. Il n’ya rien pour eux.
      Les résidents musulmans d’origine asiatique sont ceux qui insistent le plus à propos du Halal. Taraudés par la faim, ils ravalent leur inquiétude et se font une raison.  
     On sert des frites deux fois la semaine. L’ambiance est alors à la fête, bien que les rations soient insuffisantes. Une poignée parfois. Cela n’est pas un problème pour ceux qui mangent peu, mais les autres ? Ils doivent attendre le second tour, et encore…
     Les gens peuvent aussi réserver une place à la cuisine des résidents et combiner à celle du restaurant, leur cuisine du terroir.
     Au restaurant, il y’a du thé et du café, à volonté.
     En général, on jette beaucoup de nourriture dans le Centre. Des plats pleins atterrissent à la poubelle, et du pain. Car la nourriture est aussi insipide qu’indigeste et les quantités astronomiques.  Les résidents n’ont pas le reflexe de ne prendre que ce qu’ils peuvent manger... Par inconscience, machinalement ou par rage. Ou parce qu’ ils ne peuvent avaler, malgré l’envie. Aussi parce qu’ils ont peur d’être mal jugés, puisqu’ils pensent devoir s’adapter à tout prix !
     Il existe des centres où les résidents  préparent à manger, en achetant dans le magasin du Centre, ce qui leur convient. Et des Centres où parait-il on ne sert que des repas froids.   
     L’habillement : La vesti-boutique sert à fournir de l’habillement. Les résidents peuvent y aller périodiquement dans des délais fixes.  Ceux qui ont la chance d’être inscrits à l’heure de l’ouverture peuvent, s’ils savent fouiner tomber sur de bonnes choses, à porter comme ils disent dans l’enceinte du Centre. La vesti-boutique est  une aubaine pour certains  qui constituent  des stocks qu’ils revendent à l’extérieur ou envoient dans leur pays.
     Les vêtements peuvent être remisés dans l’atelier de couture.  Mais parce que  les responsables  sont débordées, il faut savoir attendre. Les plus malins arrivent à leur fin sur le champ,   les autres auront à patienter longtemps.
     Les déplacements : Quand on réside dans un  Centre isolé on ne peut aller en ville à 15 KM, qu’en s’inscrivant la veille à la navette, pour l’aller et retour, car on pourrait ne pas trouver de place, si on ne le fait pas assez tôt. Les navettes de la matinée étant exclusivement réservées aux déplacements médicaux et autres démarches en rapport avec la procédure, on ne peut les prendre qu’en cas de chance, soit si une place est disponible.
    On  va en ville  pour faire des petits achats dans les grandes surfaces. Si on rate  le retour,  il  faudra attendre la navette de  20h 30 ou celle d’après , dans une autre gare. Car à la campagne, le transport commun est rare,  il n’y a plus de bus après  17 h30.
    On a  droit à un ticket de train et de bus ou de tram  pour aller aux rendez-vous officiels ayant trait à la procédure. Une fois qu’on a consommé son lot, on ne  plus en avoir . Pour le résident du Centre, le prix d’un ticket aller-retour jusqu’à Bruxelles, équivaut à  2 fois ce qu’il pourrait gagner en une semaine de travail communautaire, plus l’argent de poche. Les résidents se débrouillent  alors pour avoir des tickets à prix réduits. Mais c’est tout de même trop cher.
    Les activités communautaires : Le grand souci d’un résident qui ne veut pas ou ne peut recevoir d’argent de l’extérieur, c’est de trouver des  ressources. C’est pourquoi, il y’a souvent des frictions et des frustrations relatives à la distribution des activités à caractère communautaire, auxquelles il ouvre droit toutes les deux ou trois semaines. Les tarifs sont symboliques, mais ce sont les seules activités payantes.
    La demande étant forte, la distribution des activités d’intérêt collectif se fait par roulement, et quand il y a des tâches supplémentaires ou des défections, par tombola. Ce pécule sert généralement à satisfaire les petites envies relatives à la restauration et à l’habillement.
    Les activités à caractère culturel : Pour l’animation, le Centre propose des activités hebdomadaires internes ou externes : piscine, gym, bricolage, randonnées, match de foot ou à des cours de langue… Le cinéma est le loisir préféré des résidents. Des disputes éclatent souvent au moment  du départ, tant la demande est forte et les moyens de transport  limités…Si la programmation est maintenue, une navette de sept places lui est réservée.  
    Les enfants et mineurs doivent obligatoirement aller à l’école à l’extérieur. Quoiqu’il ne soit pas aisé de trouver des places dans les écoles, ni de convaincre tous les mineurs et parents de l’importance du suivi. Les adultes peuvent s’ils le désirent suivre des formations à l’extérieur : français, informatique, généralement. Le Centre donne également la possibilité de s’inscrire à des cours de langue à distance.
    Pour mettre de l’ambiance, il y’a quelque deux fois l’an des soirées dansantes, les résidents s’y défoulent. On fête Halloween et à l’occasion, on donne un repas du monde. On y organise aussi des rares occasions d’échange et de rencontre avec l’extérieur .
    Du stress et des dérives : Ce n’est donc pas le vide, mais sur le long de l’année, c’est si peu. Mais surtout, le stress est tel que le résident passe à côté de ces rares  occasions de détente et d’acclimatation. Il en est qui en cinq ans de résidence dans un Centre,  ne se sont inscrits ni en cours de langue, ni suivi une formation. C’est dire le marasme !
    Car quand bien même il se forcerait, le résident d’un Centre  est ailleurs : sa vie est entre parenthèse et son avenir lui échappe. Il attend. Dans l’incertitude. Il attend. Quand bien même il le voudrait, il lui est si difficile d’apprendre. Car si à  l’arrivé il était déséquilibré, il  l’est davantage au Centre.
     Dans ces conditions, l’alcool et la drogue peuvent devenir un refuge, c’est d’autant plus facile qu’il peut s’en procurer, puisqu’il y a des receleurs sur place. Le manque de ressources ou l’appât du gain, ouvrent la voie à un autre commerce informel, encore plus dégradant.
    Dans ces conditions,  il est difficile de tenir le cap et de ne pas devenir  un grand malade. Parfois en un rien de temps.
    La santé : On vient au Centre pour des raisons politiques, mais également  pour des raisons de santé, entre autres. Certains y arrivent malades et huit mois plus tard, ils sont toujours au même stade. D’autres sont pris au sérieux parce que leur maladie est évidente, ou qu’ils font la comédie du grand malade. Mais toujours, les délais de prise en charge s’allongent et rendent la situation encore moins vivable.
    Pour pallier au rejet de leur demande politique, beaucoup essaient de constituer un dossier en vue d’obtenir une régularisation médicale sur la base de  leurs soucis de santé. Et se demandent à quel saint se vouer quand le scanner dément l’échographie ou que cette dernière dément le scanner.
    La violence est dans les deux camps. Le médecin qui soupçonne tout le monde, et qui banalise des cas extrêmes, sauvés in extremis par une intervention externe, et les résidents souffrants qui accusent d’être discriminés ou  laissés pour compte.
    On y voit des malades de tout genre, toutes les misères humaines sont concentrées dans ce microcosme,  hors du monde. De celui qui se fait opérer de son ongle ou d’une déformation du nez qui n’est visible que pour lui, à celui qui ne trouve pas d’écoute alors qu’il n’arrive pas à bouger. Il y’a de tout. Et des plaintes de partout.
    Il y’a aussi ceux qui ont attrapé dans le Centre des maladies lourdes : diabète, sensibilités graves, cardiopathies, suite à une Décision négative ou à cause du mode de vie démentiel, le SIDA consécutivement  à un mariage … Ceux auxquels le Centre aggrave les problèmes et ceux auxquels il donne une clef, aussi dramatique soit-elle.
    On y côtoie le paroxysme de la souffrance et de la déchéance autant que de la grandeur. Tel ce Monsieur, qui arriva dans un stade terminal, porté par l’espoir, droit et souriant alors qu’il pouvait à peine se mouvoir. Il refusa, dans une générosité paradoxale  pour quelqu’un qui a vécu la moitié de sa vie en  prison pour des raisons politiques,   d’être enterré dans le pays d’accueil  et insista pour être rapatrié. Il s’en retourna  grâce aux dons de ses compatriotes du Centre, mourir auprès de son peuple…C’est dire qu’il y’a des hommes qui ne savent pas ce qu’est le désespoir!
    Pour résumer, on ne repart pas du Centre indemne.  Sauf à y passer un temps très limité comme ces personnes qui arrivent avec des carnets d’adresses et se faufilent au  travers des mailles. Ou arrivent bardées de documents car elles se préparèrent longtemps, à l’avance.


En dehors du Centre :


    La maison sociale tous types confondus, est prévue pour être attribuée après  un passage de huit  mois dans un Centre. Il se peut qu’elle arrive  plus tard. Les résidents d’un Centre l’attendent avec impatience, et en parlent comme d’un rêve. Ce n’est pourtant pas la vie en rose. Une fois qu’ils y sont, ils déchantent souvent. Il y’en a qui regrettent le Centre avec sa prise en charge rapprochée, les autres l’apprécient un peu ou beaucoup.
    La  réalité est qu’en maison sociale, on vivote. On y subsiste dans un simulacre de liberté qui n’en est pas une. Et pour la plupart, dans l’ennui total.
    On a bien un permis de travail qui souvent ne sert à rien : les employeurs ne peuvent recruter quelqu’un dont la situation peut changer le lendemain. Ce permis est par ailleurs annulé par une Décision négative et son renouvellement soumis à des délais. Pour qui ne rechigne pas à la besogne, ni à l’exploitation la plus crasse, le  travail au noir  peut être une chance  de ressources miraculeuses. Et quand le niveau linguistique le permet, on enchaine les formations dans l’espoir d’une solution.
    Acculés  à la rapine, ces hommes  résistent comme  ils peuvent. Certains y voient  parfois, une voie de garage  et s’y jettent à corps perdu… Comme feraient d’autres, dans des circonstances si pénibles.
    En maison sociale, le demandeur d’asile est un étranger, au milieu des autres. Très souvent, infréquentable. Sauf pour ses compatriotes. Car handicapé par les stéréotypes et la langue. Sans cela, il reste tout de même un étranger. Pour les autochtones, il est l’autre. Pour lui-même, qui se situe dans l’entre-deux, s’il n’est  plus de là-bas, il n’est pas encore d’ici.
     Ou serait-il plus juste de dire, ni tout à fait de-ci, ni tout à fait deçà. Et celui-là n’est pas un sans-papiers. Il  est encore dans la légalité. Pour un temps. Qu’il  passe à attendre. Dans l’espoir et la crainte. Une clé pour la survie dans la dignité.
    Chassé de son pays, il est venu mû par l’espoir, en quête d’une deuxième chance. Sur place, il retombe sur terre. La réalité chasse le rêve.
    Que faire pour compenser cette perte d’identité, ce déficit du respect de soi que le manque de chaleur, la défiance de l’autre et le vécu considéré comme échec sur la rive étrangère, inoculent en vous à longueur de temps, comme un virus ? Que faire pour rester dans les normes du droit et de la morale, quand  on est livré à soi-même ?
    N’est-il pas aberrant de parler d’intégration quand les règles de l’hospitalité sont bafouées à ce point ou bien celle-ci se résume t’elle à offrir un lit ou un toit, de la bouffe et les plus vitaux des soins?
    Car si quelque part, cette période sert de tremplin autant que de pause, elle laisse quand elle s’allonge des séquelles qui seront sans nul doute indélébiles.
    La question reste donc posée: est-il humain de laisser les gens attendre aussi longtemps dans les conditions d’accueil des Centres et des maisons sociales ? Est-ce vraiment rentable en termes de dépenses sociales et de qualité d’intégration des réfugiés reconnus ?
    Et de façon générale, la politique de l’immigration telle que conçue actuellement décourage t’elle les sans-papiers et les candidats à l’exil ou ne fait-elle qu’accroitre les frustrations, la colère et le repli communautaire et les débordements?
    Le fait est  que, quand on a mis les pieds dans l’engrenage, on n’a plus le choix : on a perdu trop d’énergie et de temps. C’est encore plus grave quand  on est sensé devoir retourner là où l’on se sait fichu pour de bon. Alors qu’on demande juste une clé pour la survie dans la dignité.

Djouher Khater


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05 février 2012

Réponse à Guéant: pour le dialogue des civilisations

"Protéger notre civilisation", "Toutes les civilisations ne se valent pas"(Claude Guéant, ministre de l'Intérieur)

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Roger Garaudy, Comment l'homme devint humain, Editions J. A, p. 335

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Clermont-Ferrand: Wissam est mort, et maintenant ?

Petition
LA PETITION:http://www.petitionenligne.fr/petition/justice-verite-pour-wissam/2066

Le comité Justice et Vérité pour Wissam: http://cjvpourwissam.over-blog.com/

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02 février 2012

American way of life

...

#1 48% des américains sont considérés comme ayant de « faibles revenus » ou vivant dans la pauvreté.

#2 Approximativement 57% des enfants des USA vivent dans des foyers à « faible revenus » ou sous le seuil de pauvreté.

#3 Si le nombre d’américains « ayant ou désirant un emploi » étaient aujourd’hui le même qu’en 2007, le taux de chômage officiel selon le gouvernement serait de 11%.

...

#6 Il y a aujourd’hui moins d’emplois salariés aux USA qu’en 2000, alors que la population a augmenté de 30 millions de personnes.

#7 Depuis Décembre 2007, le revenu médian aux USA a diminué de 6,8% compte tenu de l’inflation.

#8 Selon le « Bureau of Labor Statistics », 16.6 millions d’américains étaient des travailleurs indépendants en Décembre 2006. Aujourd’hui leur nombre a chuté à 14.5 millions.

#9 Un sondage effectué cette année a montré qu’environ 20% des américains ayant un emploi se considèrent comme sous-employés.

#10 Selon Paul Osterman, environ 20% des adultes travaillent pour une rémunération au niveau du seuil de pauvreté.

#11 En 1980, moins de 30% des emplois aux USA étaient à bas salaires. Aujourd’hui, plus de 40% des emplois sont à bas salaires.

#12 En 1969, 95% des hommes entre 25 et 54 ans avaient un emploi. En Juillet 2011, seulement 81.2% des hommes de cette tranche d’âge avaient un emploi.

#13 Une étude récente a montré que 1 américain sur 3 serait incapable de payer la mensualité de son emprunt immobilier ou le loyer du mois prochain s’il perdait soudainement son emploi.

...

#22 La construction d’habitations neuves aux USA est sur le point d’atteindre son plus bas niveau  historique.

#23 19% des américains de 25 à 34 ans vivent chez leurs parents.

#24 Les factures d’électricité aux USA ont augmenté plus vite que le taux de l’inflation pendant 5 années consécutives.

#25 Selon le Bureau of Economic Analysis, les dépenses de santé comptaient pour 9,5% du total des dépenses personnelles en 1980. Aujourd’hui elles comptent pour environ 16,3%.

#26 Une étude a montré qu’approximativement 41% des actifs avaient des problèmes à payer leurs factures de santé ou ont actuellement un emprunt pour y faire face.

#27 1 américain sur 7 possède au moins 10 cartes de crédit

...

#30 La crise des retraites aux USA continue à empirer. Selon le Employee Benefit Research Institute, 46% des actifs ont moins de 10 000$ d’épargne pour leur retraite, et 29% des actifs ont moins de 1000$ d’épargne retraite.

#31 Aujourd’hui, 1 personne âgée sur 6 vit sous le seuil de pauvreté.

#32 Selon une étude qui vient de paraître, les revenus des PDG des plus grosses entreprises américaines ont augmenté de 36,5% sur les 12 derniers mois.

#33 Aujourd’hui, les banques « too big to fail » (trop grosses pour faire faillite) sont plus grandes que jamais. Le total des actifs des 6 plus grandes banques américaines a progressé de 39% entre le 30 septembre 2006 et le 30 septembre 2011.

#34 Les six héritiers du fondateur de Wall-Mart, Sam Walton, ont un capital net presque équivalent à celui des 30% des américains les plus pauvres.

#35 Selon une analyse des données du Census Bureau, faite par le Pew Research Center, le capital médian des ménages de plus de 65 ans est 47 fois plus important que le capital médian des ménages de moins de 35 ans.

#36 37% des ménages américains de moins de 35 ans ont un capital de 0$ ou moins.

#37 Le pourcentage d’américains vivant dans l’extrême pauvreté (6.7%) a atteint un nouveau record.

#38 Le nombre d’enfants sans-abris aux États-Unis est désormais 33% plus élevé que ce qu’il était en 2007.

#39 Depuis 2007, le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté a augmenté de 30% dans l’État de Californie.

#40 Tristement, la pauvreté infantile a littéralement explosé partout aux États-Unis. Selon le « National Center for Children in Poverty », 36.4% des enfants vivants à Philadelphie vivent dans la pauvreté, 40,1% à Atlanta, 52,6% à Cleveland et 53,6% à Detroit.

#41 Aujourd’hui 1 américain sur 7, et 1 enfant sur 4, dépend de l’aide alimentaire.

#42 En 1980, les prestations sociales représentaient 11,7% des revenus. Aujourd’hui elles représentent plus de 18% des revenus

#43 48,5% des américains reçoivent des aides du gouvernement. En 1983, seulement 30% en bénéficiaient.

#44  Actuellement, les dépenses du gouvernement fédéral représentent 24% du PIB. En 2001, elles représentaient seulement 18%.

...

#47 Le gouvernement des Etats-Unis a accumulé une dette totale de 15 000 milliards de dollars. Quand Barack Obama est devenu président, la dette nationale était de 10 600 milliards de dollars.

#48 Si le gouvernement fédéral commençait à l’instant même à rembourser la dette nationale au rythme de 1$ par seconde, il faudrait 440 000 ans pour effacer la dette.

#49 La dette nationale a progressé en moyenne de 4 milliards de dollars par jour depuis le début de l’administration Obama.

#50 Pendant la présidence de Barack Obama, le gouvernement américain a plus augmenté la dette que pendant la période allant de l’investiture de George Washington à celle de Bill Clinton.

...

Source : The Economic Collapse


 

Voir l'intégralité de l'article: http://www.les-crises.fr/50-chiffres-incroyables-usa/

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01 février 2012

La révolution de l'amour

Une révolution ne sera complète et irréversible que si elle exige non seulement la justice, mais aussi l'amour, c'est-à-dire non pas: à chacun selon son dû, mais: tout à chacun; sans cela, il y aura transfert de propriété, de pouvoir, de culture, mais la noire trinité de l'avoir, du pouvoir et du savoir subsistera avec toutes les dominations et les aliénations qu'elle implique.

Roger Garaudy.
Face à Jésus, ouvrage collectif , CERF, 1974, pages 67-68.

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30 janvier 2012

Une synthèse sur l'état de la société et du monde

1) L’Etat-nation connaît aujourd’hui, au moins dans les pays occidentaux, un évident déclin historique. Il avait représenté la forme politique privilégiée à l’époque de la modernité, et sa mise en place, associée à la création d’un grand marché national et d’un espace juridique unifié, avait été déterminante dans la vie des peuples. Mais nous sommes précisément sortis de la modernité pour entrer dans la postmodernité. Comme datecharnière, on peut retenir la rupture historique des années 1989-91, qui a vu la désagrégation du système soviétique et la réunification de l’Europe au travers de celle de l’Allemagne, mettant ainsi fin au court XXe siècle (il avait commencé en 1917) et à un après-guerre caractérisé par la division binaire du monde héritée du système de Yalta. Forme typique de la modernité, l’Etat-nation a été victime d’un autre phénomène moderne : l’individualisme. Pendant longtemps, l’Etat avait déterminé par l’intermédiaire de la loi, conçue comme l’expression de la volonté générale, des contenus d’existence touchant aussi bien la vie publique que la vie privée. Aujourd’hui, plus personne n’attend de lui qu’il définisse des normes de vie ou dise ce qui est moralement bon ou mauvais. La société est devenue complexe, plurielle et éclatée. Dès lors, l’Etat n’est plus producteur de social : les nouvelles formes de socialité qui apparaissent se forment spontanément et en dehors de lui. En même temps, face aux défis et aux problématiques qui s’imposent désormais à l’échelle planétaire, l’Etat-nation a vu sa marge de manoeuvre se restreindre constamment. Le seul rôle qu’il conserve est d’assurer l’ordre et la sécurité intérieures et de garantir les contrats que les sociétaires passent entre eux. Il n’y parvient qu’imparfaitement, compte tenu des lenteurs bureaucratiques et du poids de la technostructure.

2) L’immigration est un phénomène de déracinement forcé dont l’origine a été la volonté du patronat de faire appel à des travailleurs étrangers pour faire pression à la baisse sur les salaires. Aujourd’hui, l’immigration est
devenue une véritable immigration de peuplement, qui touche toutes les nations industrialisés d’une façon irréversible. Face aux populations issues de l’immigration, les pays ont adopté des attitudes différentes. L’approche
que vous décrivez comme « typiquement libérale » me semble en réalité caractériser l’attitude propre à une classe politique française marquée de longue date par l’esprit jacobin. Dans cette approche, l’existence de communautés différentes n’est jamais prise en compte, et l’intégration est posée comme synonyme d’assimilation des seuls individus. Les différences culturelles ou religieuses sont dans le meilleur des cas tolérées à condition de rester confinées dans la sphère privée, sans « visibilité » sociale. On voit aujourd’hui tous les jours qu’une telle approche, typiquement « moderne » elle aussi (elle s’est révélée dans le passé efficace pour lutter contre les particularismes régionaux), est vouée à l’échec à une époque où les communautés veulent que leur identité soit également reconnue dans la sphère publique, c’est-à-dire reconnue politiquement. Il est bien entendu difficile de raisonner comme si les immigrés formaient un bloc homogène. Cependant, leur présence a déjà suffisamment contribué à la transformation de la société pour qu’on puisse estimer que cette évolution se poursuivra. Je pense pour ma part que la faillite du modèle individualiste-assimilationniste apparaîtra pleinement dans l’avenir. L’Etat-nation sera contraint, même en France, de prendre en compte la réalité du fait communautaire et d’adopter sous une forme ou
une autre une « politique de la reconnaissance » (Charles Taylor) allant au-delà des seuls individus.


3) C’est à mon avis une grave erreur de pratiquer l’amalgame entre l’immigration (et les pathologies sociales auquelles elle peut donner lieu) et l’islam, puis entre l’islam et l’islamisme, et enfin entre l’islamisme et le néo-terrorisme global. Il ne faut pas oublier que tous les immigrés ne sont pas musulmans, que le monde islamique est traversé de courants religieux, politiques et idéologiques extrêmement hétérogènes, et enfin que le monde arabe proprement dit ne sera peut-être pas toujours le centre de gravité de l’umma (le plus grand pays musulman du monde est déjà l’Indonésie). Le fondamentalisme islamique touche aujourd’hui un certain nombre de jeunes immigrés, socialement rejetés et privés d’identité, parce qu’il leur donne des repères qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Beaucoup d’autres sont plutôt séduits par les mirages de la société de consommation, ce dont il n’y a pas forcément lieu de se féliciter. J’ai par ailleurs l’impression que ce qu’on appelle aujourd’hui « fondamentalisme musulman » — thématique qui nourrit bien des fantasmes et qui est de toute évidence instrumentalisée par l’hyperpuissance américaine, laquelle était depuis la fin de l’Union soviétique à la recherche d’un « diable » de rechange — est un
phénomène politique beaucoup plus qu’un phénomène religieux. Disons plus exactement que les revendications qu’il formule sont des revendications politiques qui s’expriment dans un langage religieux. Cela n’est d’ailleurs pas le seul fait des musulmans. Il y a aussi un fondamentalisme libéral et un monothéisme du marché ! En prétendant     
justifier sa politique militaire agressive, en Irak ou ailleurs, par la nécessité d’entreprendre une « croisade » au nom de l’Occident, George W. Bush parle exactement le même langage qu’Oussama Ben Laden quand il prétend mener une « guerre sainte » : dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de place pour des tiers (« Qui n’est pas avec nous est contre nous »). La meilleure façon de lutter contre le terrorisme islamique sans tomber dans l’ethnocentrisme ou l’unilatéralisme est d’intervenir, non sur les conséquences, mais sur les causes, en cherchant à régler les problèmes politiques non résolus qu’il exploite à son profit.


4) L’Etat-nation est en effet aujourd’hui doublement débordé, par le haut comme par le bas. Il est à la fois trop grand pour répondre à l’attente quotidienne des citoyens (d’où la crise de la représentation, la montée de
l’abstention et le discrédit grandissant de la nouvelle classe politicomédiatique) et trop petit pour faire face à lui seul aux nouvelle problématiques planétaires : crise écologique, toute-puissance des marchés financiers, dérégulation généralisée de toutes les formes d’emprise du capital, etc. De surcroît, l’époque postmoderne est une
époque où, du fait notamment de la globalisation de la technologie et de l’information, les frontières nationales ne garantissent plus rien, à commencer par l’identité des cultures et des peuples. Dans ces conditions, il est tout à fait normal de voir les régions reprendre de l’importance et les particularismes régionaux retrouver une nouvelle vigueur. Je pense qu’il n’y a rien de contradictoire entre ce regain des autonomismes ou des régionalismes et la construction européenne, du moins si l’on considère, comme c’est mon cas, que celle-ci implique l’application du principe de
subsidiarité à tous les niveaux. Le problème d’une éventuelle coopération entre les communautés régionales et les « nouvelles communautés », dont les communautés immigrées ne sont qu’un exemple, est d’une nature différente. La difficulté tient au fait que les premières sont des communautés enracinées, tandis que les secondes sont déracinées. Une coopération n’est cependant pas impossible, mais il y faudra du temps.


5) A mes yeux, l’Europe devrait en effet se construire à partir de la base, à partir de cette dimension locale où l’exercice de la démocratie directe permet aux citoyens de participer à la vie publique en décidant le plus
possible par eux-mêmes de ce qui les concerne. La construction européenne, en d’autres termes, devrait passer par la fédération des petits pays et la fédéralisation des grands. L’une des caractéristiques du fédéralisme est l’attention qu’il porte aux contextes particuliers. Ses principes généraux sont donc toujours susceptibles d’adaptation aux particularités locales. Je ne vois donc pas du tout pourquoi le fédéralisme serait inapplicable dans un contexte africain. Je vois même deux très bonnes raisons de penser le contraire. La première est que l’Afrique est une région du monde dans laquelle les appartenances ethniques continuent à jouer un rôle sociopolitique très important (d’autant qu’elles sont souvent exacerbées par le caractère artificiel des frontières héritées de la colonisation). Or, le fédéralisme est par définition un système beaucoup plus capable de faire coexister des populations différentes qu’un Etat centralisé. Dans la mesure même où il cherche à les fédérer, le fédéralisme n’a pas de mal à reconnaître la personnalité de toutes ses composantes et à leur attribuer une large autonomie, tandis
que l’Etat « fort » ne tire sa puissance souveraine que de leur négation ou de leur suppression. La deuxième raison est que la plupart des pays africains sont des pays pauvres, et que l’on ne peut remédier durablement à cette pauvreté qu’en donnant la priorité aux cultures vivrières et au développement des marchés locaux, alors que les Etats centralisés ont immanquablement tendance à homogénéiser leur production et à se spécialiser pour favoriser leurs exportations — conformément à la théorie libérale des avantages comparatifs —, avec pour conséquences
l’appauvrissement des campagnes, l’urbanisation sauvage et la vulnérabilité de l’économie par rapport aux variations des cours mondiaux.


6) Les Etats-Unis d’Europe ne sont malheureusement pas encore pour demain, et je crains que les Etats-Unis d’Afrique ne soient même pas pour après-demain. Cela dit, je suis bien entendu favorable à une étroite
coopération entre l’Europe et l’Afrique, à condition qu’elle se dégage des ornières du néocolonialisme. Mais je crois surtout qu’une telle coopération exige de rompre avec la conception dominante du « développement »
aujourd’hui véhiculée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Cette conception est elle-même implicitement néocolonialiste dans la mesure où elle pose en principe que le destin de tous les peuples est de parcourir, à marche plus ou moins forcée, les « étapes » d’un développement analogue à celui qu’ont connu les pays occidentaux, avec en arrière-plan l’idée que le modèle dont tous doivent s’inspirer est le modèle américain. Je crois au contraire que c’est à chaque grande région du monde de définir par elle-même son « modèle », afin
que la globalisation ne se traduise pas par l’homogénéisation planétaire, l’éradication des cultures populaires et la disparition des modes de vie différenciés, mais par une meilleure coopération entre de grands ensembles continentaux dans un monde multipolaire.


7) Cette conception libérale de la politique est à la fois nuisible et irréaliste. Les Africains sont peut-être aujourd’hui ceux qui le savent encore le mieux : l’individu en soi n’existe tout simplement pas. L’identité de chacun d’entre nous est indissociable de nos appartenances et de nos relations, qu’elles soient héritées ou choisies. Même l’identité la plus personnelle ne se construit que dans un rapport à l’autre et possède par là une dimension communautaire et sociale. Le problème des théoriciens libéraux est précisément qu’ils n’ont jamais voulu reconnaître que l’homme est avant tout un être politique et social. Tenir les communautés comme contingentes et non constitutives de notre être, envisager une société dans laquelle on pourrait faire comme si ces communautés
n’existaient pas, revient à bafouer le sens commun et à nier la réalité.


8) Je suis tout à fait hostile à la thématique du « choc des civilisations » théorisée par Samuel Huntington — et popularisée par tous ceux qui répètent ce slogan sans même avoir lu son livre ! J’y suis hostile, non par irénisme — au sein d’un monde globalisé, les frictions culturelles sont bien entendu toujours possibles —, mais parce que les « civilisations » ne sont pas des blocs unitaires homogènes et qu’on ne voit pas par quel miracle elles pourraient brusquement se transformer en acteurs principaux des relations internationales. La thèse de Huntington est en revanche de nature à nourrir et légitimer l’islamophobie, en même temps qu’à asseoir l’idée d’une « solidarité occidentale » qui s’exercerait essentiellement au profit des Etats-Unis d’Amérique. C’est peut-être la raison profonde pour laquelle son auteur l’a inventée.


Alain de Benoist, Afrique du Sud, 2004

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29 janvier 2012

Les faits

Ce n'est pas parce qu'on les ignore, que les faits cessent d'exister. Aldous Huxley

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