A l'indépendant

mardi 15 avril 2014

Lettre à mon père (Mina Oualdlhadj)

A l'occasion des 50 ans de l'immigration turque et marocaine, j'aimerais rendre hommage à la 1ère génération d'immigrés en vous proposant le texte ci-joint, un texte personnel certes mais également empreint d'une certaine universalité.

Mina Oualdlhadj

 Lettre à mon père

C’est ici que tu as souhaité être enterré, sur ce petit bout de terre, à trois mille kilomètres de ce pays qui t’a tant donné. Car c’est dans ton village natal que tu as souhaité que revienne ta dépouille.

La voici, ta tombe, perchée sur la montagne, au milieu d’un paysage époustouflant : une montagne épineuse parsemée de figues de Barbarie, des falaises qui plongent dans la mer Méditerranée, la mer plus bleue que tu ne l’as jamais vue là-bas.

Toi qui as passé ta vie à prier, te voici à deux mètres de la petite mosquée du village, drapée de blanc, une couleur qui allait si bien au grand-père que tu étais devenu.

Là-haut on distingue à peine les vestiges de la maison où tu as vu le jour. À l’origine, il n’y avait qu’une pièce. Puis ton frère aîné a construit une annexe, juste avant de se marier. Dans ta tribu, on ne se mariait pas tant qu’on n’était pas capable d’assumer une famille, on ne se mariait pas tant qu’on n’était pas devenu un homme.

Dans les années 40, une terrible famine a frappé ton village. Tu as souvent parlé de cette « année rouge », en référence, semble-t-il, à la couleur de la terre dans la région. On avait beau y semer des graines, elle demeurait désespérément rouge. Aucune plante n’y poussait.

Petit garçon orphelin de père, tu es resté enfermé trois jours durant avec ta mère, tes frères et tes soeurs, allongé à même le sol, à attendre la mort. Les membres de ta famille ne souhaitaient pas ou n’avaient pas la force de fuir vers Tanger, à l’instar de la plupart des familles berbères. Ta mère, cette grand-mère que je n’ai pas connue, n’est pas sortie demander la charité, elle était sans doute trop fière. Elle est restée là… Jusqu’à ce qu’une cousine frappe à la porte de votre masure, un pain dans une main et du lait battu dans l’autre.

Tu étais loin alors de t’imaginer que jamais plus tu ne souffrirais de la faim ; et même, mieux, que d’autres profiteraient de ta générosité tout au long de ta vie, y compris les descendants de cette bienfaitrice, décédée voici quelques années. Je regrette de n’avoir pu la connaître.

Tante Fatma, la soeur de maman, est décédée trois mois après que tu nous as quittés. Elle n’a cessé de demander à Allah de te bénir. Elle t’a pleuré jusqu’au dernier jour de sa vie. Elle n’a jamais oublié toutes ces années où tu revenais d’Europe chargé de cadeaux. Elle n’a pas été la seule à en bénéficier. Que de fois nous, tes enfants devenus grands, t’avons reproché tes excédents de bagages ! Que de fois nous t’avons accompagné à l’aéroport, en traînant les pieds, craignant les réprimandes répétées des agents chargés de l’enregistrement des valises.

Cette terre que je foule au détour d’un voyage, tu l’as piétinée enfant, tu l’as labourée adolescent. Tu as escaladé cette montagne en portant sur ton dos ta mère malade. Tu y as laissé couler tes larmes en regardant la mer qui a emporté ton père. Ce père que tu ne cesseras d’évoquer, malgré tes rares souvenirs. Ce grand-père que je n’ai pas eu la chance de connaître mais dont je suis si fière. C’était un pêcheur hors norme qu’une vague a pourtant brisé contre un rocher alors qu’il tentait de subvenir aux besoins de son foyer.

Il fut le caïd de cent hommes sous le commandement d’Abdelkrim El Khattabi, ce héros de l’indépendance. Il perdit un oeil durant la guerre du Rif. On le voit sur l’unique photo jaunie qui t’a accompagné toute ta vie. 

 

De même, ta dernière photo d’identité ne quitte jamais mon portefeuille, elle m’accompagne partout. Un jour, je l’ai perdue sans savoir comment. Une semaine plus tard, une de tes petites-filles l’a retrouvée accrochée au rebord d’un distributeur de billets. Cette découverte l’a bouleversée. Celui ou celle qui a trouvé ta photo ne l’a ni piétinée ni jetée. Elle est restée intacte. Ma nièce, ta petite-fille, a eu le bonheur de me la restituer. Pour nous, c’est le signe que tu es toujours à nos côtés.

À l’approche de la quarantaine – je n’étais alors qu’une enfant –, tu as décidé de quitter cette terre trop aride, que tu n’as pourtant jamais cessé d’aimer. Tu n’avais pas le choix. Pour assurer un avenir meilleur à ses enfants, il fallait partir. Tu avais voulu le faire plus tôt, bien avant ma naissance, au temps où l’Europe ouvrait ses portes, mais tu avais perdu ton passeport et tu as mis des années à le faire renouveler. Cette perte m’a permis de vivre une enfance au soleil.

« Votre père porte sur son corps les traces du travail, c’est une force de la nature », m’a affirmé l’ostéopathe chez qui je t’ai emmené il y a quelques années, Il ne croyait pas si bien dire. Tu as travaillé dur dès l’enfance. Tu as porté de lourdes charges, tu as fait de la contrebande de vêtements et de denrées alimentaires, entre l’Espagne et le Maroc, souvent au risque de ta vie. Tu as d’ailleurs fait un mois de prison, où tu t’es senti abandonné comme jamais. Tu as été pêcheur sur un chalutier, tu as bravé les tempêtes, fait passer quelques nuits blanches à maman, qui craignait chaque fois que la mer ne finisse par t’emporter comme ton père. Tu as franchi la frontière marocaine de manière illégale pour manier le marteau-piqueur dans ce pays où je vis et où sont nés tes petits- et arrière-petits-enfants. Tu n’avais qu’une idée en tête : assurer à tes enfants une vie meilleure que la tienne. Ta décision de partir a déterminé la vie de trois générations (et des suivantes !). « Que serions-nous devenus si Grand-père n’avait pas décidé de partir ? » me demandait mon fils aîné il n’y a pas si longtemps.

Enfant, je ne comprenais pas, et je t’en ai voulu de m’arracher à mon enfance ensoleillée.

J’étais dans mon pays, j’allais à l’école, je mangeais à ma faim, j’avais des amis, une grande famille. J’étais libre de courir dans la rue, de marcher pieds nus jusqu’à la plage. Et toi tu étais loin, là-bas, dans ce pays que tu disais gris et dont tu ne comprenais ni la langue ni les moeurs.

Tu nous envoyais des cassettes audio où tu nous racontais ta vie d’exilé. Je t’écoutais parler de ta solitude, de ta peur d’être expulsé, des patrons qui t’exploitaient. Maman pleurait et moi je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas ce qui te forçait à rester là-bas, dans ce pays si froid.

Et puis est arrivé ce grand jour, où ces fameux papiers allaient te permettre de bénéficier du regroupement familial. Pour toi, ce fut un jour de délivrance. Pour moi, ce fut la fin de l’enfance et de l’insouciance.

Avant que tu ne deviennes propriétaire, grâce à un crédit hypothécaire, nous avons occupé des logements souvent insalubres. Nous avons souffert de la promiscuité, de l’humidité, des conflits de voisinage, du manque de lumière. Je te voyais rentrer du travail et t’écrouler dans le fauteuil. Tu disais que si tu n’avais pas été analphabète, tu aurais fait un travail moins harassant. Et puis tu as connu le chômage, humiliation suprême pour quelqu’un qui n’existait que par le travail.

Tu ne souriais plus. Tu ne parlais que pour nous faire des reproches, à nous et au monde entier. Il était loin, le papa qui nous faisait écouter des chansons arabes et berbères sur un vieux tourne-disque, qui n’avait pas son pareil pour bouger les épaules et frapper le tambourin. Il était loin, l’homme qui excellait dans l’improvisation des vers chantés (izran, en 3

 

berbère), ces chants à travers lesquels il racontait ses joies et ses peines. Il était loin, ce jeune homme poète que le village s’arrachait dans les mariages.

En très peu de temps, je suis devenue ton interprète et ta secrétaire. Tu voyais pourtant d’un mauvais oeil que je puisse attacher tant d’importance aux études. Pour toi, savoir lire et écrire était bien suffisant, pour une fille. Tu avais pour moi un autre projet de vie, qui se déclinait en deux mots : mariage et enfants. « Les études libèrent les filles, elles les rendent rebelles, elles les éloignent de leurs origines et de leur famille. » C’est ainsi que tu raisonnais. Et pourtant, c’est toi qui m’as toujours encouragée à étudier. Toi et maman. Pour que je ne sois pas comme vous. Je t’en ai tellement voulu de tes nombreuses tentatives de me mettre des chaînes. Je t’ai même haï. Mais je t’ai tenu tête sans jamais te manquer de respect. Je suis passée maître dans l’art de la négociation. C’est grâce à toi que j’ai développé certaines qualités comme la médiation, la patience et le courage.

Lorsque j’ai décroché mon diplôme, je t’ai annoncé d’un air désinvolte : « Ça y est, je suis universitaire ! » Je n’oublierai jamais ce jour : je ne m’attendais qu’à une réaction teintée d’indifférence, ni plus ni moins, mais d’une voix tremblante, à peine audible, les larmes aux yeux, tu m’as félicitée. Par pudeur, je t’ai tourné le dos. C’est à maman que tu as dit combien tu étais fier de moi. Tu ne cessais de répéter : « Moi l’analphabète, j’ai une fille universitaire. »

C’est pour cette raison aussi que tu as tant aimé ce pays d’accueil, qui a permis à tes enfants de faire des études, de trouver un travail. Étrangement, tu as toujours été reconnaissant et tu n’as jamais parlé de ce que ce pays vous doit, à ta génération et à toi. Parfois, très rarement, quand nous passions devant un édifice, tu disais : « C’est moi qui ai construit ce bâtiment, pas avec ma tête, comme les architectes et les ingénieurs, mais avec mes bras. » Effectivement, sans votre main-d’oeuvre, à vous les premiers immigrés, l’Europe aurait-elle pu se reconstruire ? Et sans vos enfants, aurait-elle pu se repeupler ? Car en plus de votre main d’oeuvre, vous avez donné, à ce pays d’accueil, des électriciens, des médecins, des ingénieurs, des conducteurs de bus, des éboueurs, des cinéastes, et même des ministres. Qu’on le veuille ou non, vous avez contribué à sa richesse économique, sociale et culturelle.

On dit que vous avez travaillé sans jamais vous plaindre. On dit que vous rasiez les murs, que vous aviez peur, que vous ne vous sentiez pas le droit de revendiquer quoi que ce soit, car après tout vous n’étiez pas chez vous. On dit que vos enfants et petits-enfants sont plus bruyants, plus revendicateurs, plus problématiques, moins malléables et corvéables car, après tout, ils sont chez eux. Qui a tort ? Qui a raison ?

Aujourd’hui le quartier est triste sans toi. Même les jeunes te regrettent. Tu n’aimais pas les voir « tenir les murs » à longueur de temps, c’est pourquoi tu les traitais de « clochards », avec un accent qui les faisait rire. Ils te répondaient que ce n’était pas de leur faute s’il n’y avait pas de travail pour eux.

Ces jeunes, peu de temps avant que soit rapatriée ta dépouille, se sont précipités à la mosquée du quartier pour accomplir la « Prière de l’absent ». Ils se sont bousculés pour porter ton cercueil jusqu’au corbillard qui allait t’emmener à l’aéroport. Je n’avais jamais vu autant de mains autour d’un cercueil. C’était sans doute leur manière de vous rendre hommage, à toi et à tous ceux de ta génération.

Mina Oualdlhadj, auteure du roman « Ti t’appelles Aïcha pas Jouzifine ! », Editions Clepsydre, 2008.

Version allemande : Mimi und Aïcha, D. Kinzelbach, Mainz, 2009.

Version néerlandaise : Twee meisjes, Beefcake Publishing, 2011.


Mémoires de la Grande Guerre

 

Mémoires d'un lion...

 

Réédités chez Tallandier à Paris sur le conseil avisé de Jean-Claude Zylberstein, les Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 de Winston Churchill (1874-1965, prix Nobel de littérature 1953) parus en 1923 constituent le premier tome d'un témoignage palpitant sur les prémices du premier conflit mondial et sur son déroulement jusqu'en novembre 1915, époque où Sir Winston, Premier lord de l'Amirauté, assuma la défaite des Dardanelles en présentant sa démission qui ouvrit alors pour lui une douloureuse traversée du désert.

Écoutons l'éditeur :

« Parce qu'il avait été au cœur des affaires internationales, au plus près des leaders politiques et militaires du temps, ses écrits livrent un aperçu sans précédent des coulisses du conflit. Pendant près de cinq ans, il œuvra aux préparatifs de la guerre, rencontra les différents responsables, tenta d'imposer ses vues, fut confronté aux différentes crises gouvernementales, attaqué à la fois par les conservateurs et les membres de son parti. Jamais inactif, il se rendit par exemple en octobre 1914 à Anvers où l'armée belge était encerclée.

Avec une verve incomparable et un sens inouï de la formule, Churchill se fait ici le chroniqueur des événements qui ont bouleversé l'Europe entre 1911 et 1915, et dont il a été le témoin autant que l'acteur. »

Et quel acteur ! Dans tous les sens du terme...

 

Bernard DELCORD

Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 par Winston Churchill, préface de François Kersaudy, traduction révisée et annotée par Antoine Capet, Paris, Éditions Tallandier, février 2014, 635 pp. en noir et blanc au format 16,5 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

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Le burn-out des quinquas

 

Le mal du demi-siècle...

 

Frappant de nombreuses personnes (femmes au foyer, cadres, employés, enseignants, médecins…), le burn-out est devenu une plaie de notre époque, surtout parmi les quinquagénaires.

Partant de ce constat, le docteur Jean-Émile Vanderheyden, un neuropsychiatre hospitalier spécialiste des maladies neurodégénératives a fait plancher une équipe de spécialistes provenant d’horizons variés – médicaux, paramédicaux, responsables des ressources humaines, sociologues et autres juristes – afin de savoir pourquoi ce groupe d'âge était particulièrement atteint, de déterminer l'influence sur lui du stress chronique, des conflits, du harcèlement et de l’épuisement nerveux mais aussi pour trouver comment l'aider.

Le résultat de leurs recherches s'intitule Le burn-out des quinquas, un essai offrant une analyse particulièrement poussée du burn-out, depuis l’identification des facteurs de risque spécifiques jusqu’au diagnostic et à la prise en charge du trouble, sans en oublier les conséquences professionnelles et privées.

Concret et très accessible, ce livre fournit au lecteur ainsi qu' à l'employeur des conseils et des pistes de réflexion pour prévenir et réduire l’apparition du burn-out d’origine privée ou professionnelle.

Il aiguillera également le soignant (psychiatre, psychologue, sophrologue, médecin traitant...) tout au long de la prise en charge.

Un ouvrage préventif et curatif que devraient rembourser les mutuelles !

 Bernard DELCORD

 

Le burn-out des quinquas sous la direction de Jean-Émile Vanderheyden, préface de Philippe Corten, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, collection« Questions de personne », décembre 2013, 415 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 35 €

 

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Clermont-Ferrand le 17 avril, conférence "Propriété et classes populaires"(Violaine Girard)

Amis du Temps des Cerises

Jeudi 17 avril 2014 - 20h - Amphi 2 UFR LLSH - 29 Boulevard Gergovia - Clermont-Ferrand
 
Violaine Girard
Maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Rouen, membre du Groupe de recherche innovations et sociétés (GRIS) et rattachée à l’équipe « Enquêtes, terrains, théories » du Centre Maurice Halbwachs.


«Propriété et classes Populaires»

Cette conférence apportera un éclairage bienvenu sur l’un des thèmes qui fut longtemps négligé par les sciences sociales : l’accès des catégories populaires à la propriété immobilière. Dans leur introduction, les auteurs dressent un bilan critique des discours d’experts qui postulent l’apparition d’une « fracture sociale » entre les habitants des espaces périurbains et ceux des centres villes et des quartiers d’habitat social. Ces discours, largement relayés par les médias lors de la campagne présidentielle de 2012, supposent l’existence d’une relation quasi-mécanique entre espaces résidentiels et aspirations électorales de leurs habitants. Les périurbains seraient, en raison de leur éloignement géographique des centres urbains, particulièrement touchés par la précarité et donc plus enclins à voter pour les partis politiques de droite et d’extrême-droite. Les auteurs se distancient de ces thèses en s’attachant à rendre compte de la « fabrique » politique et institutionnelle de l’ouverture de la propriété aux classes populaires, ainsi que des ressources possédées par les accédants, qui les distinguent des populations paupérisées. Parallèlement, les auteurs confirment l’intérêt heuristique de la notion de classes populaires conceptualisée par Olivier Schwartz.


Partenariats : UFR LLSH, SUC, Les Amis de l’Huma63, Edition De Boeck.

 

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dimanche 13 avril 2014

Prends ton fusil et viens

 

 

  Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a   jpg187

une figure qui s'est élevée au-dessus de la           

guerre et qui brillera pour la beauté et

l'importance                                            

de son courage...

J'écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur

lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le

silence du crépuscule, d'une bouche presque

toujours silencieuse. Il cria d'une voix claire :

— Liebknecht !

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle

face, aussi profondément grave qu'une face de

statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit

encore une fois de son mutisme marmoréen

pour répéter :

— L'avenir ! L'avenir ! L'oeuvre de l'avenir sera

d'effacer ce présent-ci, et de l'effacer plus encore

qu'on ne pense, de l'effacer comme quelque

chose d'abominable et de honteux. Et pourtant,jpg186

ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la

gloire militaire, honte aux armées, honte au

métier de soldat, qui change les hommes tour à

tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux.

Oui, honte : c'est vrai, mais c'est trop vrai,

c'est vrai dans l'éternité, pas encore pour nous.

Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce

sera vrai, lorsqu'il y aura toute une vraie bible.

Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d'autres

vérités que l'épuration de l'esprit permettra de

comprendre en même temps. Nous sommes

encore perdus et exilés loin de ces époques-là.

Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci,

cette vérité n'est presque qu'une erreur, cette

parole sainte n'est qu'un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et

de rêves.

— Une fois, je leur ai dit que je croyais aux

prophéties — pour les faire marcher.

Je m'assis à côté de Bertrand. Ce soldat qui

avait toujours fait plus que son devoir et pourtant

survivait encore, — revêtait en ce moment

à mes yeux l'attitude de ceux qui incarnent une

haute idée morale et ont la force de se dégager

de la bousculade des contingences, et qui sont

destinés, pour peu qu'ils passent dans un éclat

d'événement, à dominer leur époque.

— J'ai toujours pensé toutes ces choses, murmurai-

je.

— Ah ! fit Bertrand.

Nous nous regardâmes sans un mot, avec un

peu de surprise et de recueillement. Après ce

grand silence, il reprit :

— Il est temps de commencer le service.

Prends ton fusil et viens.

 

Henri Barbusse, Le feu, Folio, pages 365 à 367

Prix Goncourt 1916.Un chef d'oeuvre. Un procès sans artifices des abominations de la "Grande Guerre"
Le début de l'engagement pacifiste d'un géant de la littérature.

Le feu est à lire aussi ici: http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre19273.html

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vendredi 11 avril 2014

Koli Jean Bofane, Congo

 

Kinshasa, à nous deux maintenant !

 

 

 

                           Congo

Auteur des étonnantes et remarquables Mathématiques congolaises parues en 2008 chez le même éditeur, In Koli Jean Bofane remet le couvert avec Congo Inc. publié en Arles chez Actes Sud, un roman sous-titré Le testament de Bismarck dans lequel l'auteur narre avec une verve et un humour tout africains les tribulations d'un Rastignac pygmée quittant son village natal pour se faire une place au soleil de Kinshasa à l'ère d'Internet et de la mondialisation.

 

Sur son chemin, il croise la faune humaine qui fait le sel, mais aussi le malheur de l'actuelle RDC : des enfants des rues, un commerçant chinois madré et sans scrupules, un ancien chef de guerre voulant renouer avec le meurtre et la rapine, une universitaire belge ayant des vapeurs pour les jeunes Africains bien bâtis, un pasteur grigou qui organise des loteries pro magna dei gloria, une péripatéticienne œuvrant pour le repos des guerriers onusiens, des multinationales qui mettent le pays en coupe réglée...

 

Le zoo humain d'un pays « où les hommes ne cessent d'offrir des preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme ».

 

Mais, plus fort encore, l'auteur ouvre des pistes pour remédier à la situation, avec une lucidité, un talent, une détermination et une causticité dignes de tous les éloges !

 

Bernard DELCORD

 

Congo Inc. par In Koli Jean Bofane, Arles, Éditions Actes Sud, avril 2014, 299 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

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Echos du monde musulman n°219 - Yves Montenay- 10 avril 2014

Un essai de synthèse sur la Syrie

L’actualité de ce pays est maintenant bien suivie par la presse française, mais les journalistes jonglent avec le nom des villes et celui des partis politiques, et le lecteur de base ne suit pas toujours. Voici un rappel s'appuyant notamment sur un article de The Economist du 22 mars.

Commençons par une carte qui permet de suivre le texte ci-après. Malheureusement, les noms des villes de cette carte sont transcrits en anglais. Vous reconnaîtrez néanmoins Alep (Aleppo), Damas (Damascus), le Liban (Lebanon) etc.

 

La guerre civile entre dans sa 4e année, et a fait environ 150 000 morts, 9 millions de sans-abri et 3 millions de réfugiés sur les 23 millions d'habitants. Mais Bachar El-Assad sera candidat aux présidentielles du mois de juin comme si de rien n'était.

La presse internationale amplifie les événements militaires : après avoir annoncé la défaite prochaine de Bachir El-Assad, elle évoque maintenant sa victoire. Certes il a repris des positions, notamment autour de Damas avec la prise de Yabroud et, le 9 avril de Rankous après celle de Qusayr, gênant l’approvisionnement des rebelles sunnites par le Liban et dégageant un peu la route de la capitale vers la côte, fief de sa communauté alaouite (une variante du chiisme, d’où son alliance avec l'Iran et le Hebzbollah (le parti de Dieu rassemblant une grande partie des chiites libanais). Mais il faut remarquer que malgré ces deux derniers appuis (au moins 8.000 hommes bien armés et organisés), le monopole de l'aviation et de l'artillerie, il n'arrive pas à progresser dans le nord du pays et y recule ponctuellement. Cela malgré la division de l'opposition déchirée par une guerre violente entre une coalition démocrate-islamiste d’une part et les djihadistes lié à El Qaïda d’autre part, « l’État Islamique d’Irak et de Syrie » dont nous avons parlé dans notre dernière lettre à propos de la révolte des sunnites d’Irak contre leur gouvernement chiite. Les djihadistes ont été refoulés vers Raqqa, à l’ouest par les « démocrates » et à l’est par les Kurdes.

On se demande maintenant si les évènements d’Ukraine vont gêner l’appui des Russes à Assad, par exemple en décidant les Américains à fournir des missiles anti-aériens aux « démocrates ». Ce que l’Arabie leur demande instamment, mais les Américains craignent de les voir utilisés contre des avions civils.

 

Les présidentielles afghanes et la démocratie en islam

Ces élections ont eu une participation nettement supérieure à 50 %, surtout dans les grandes villes, malgré les menaces des talibans. Les résultats ne seront connus que dans une dizaine de jours, car beaucoup de bureaux sont dans des campagnes très reculées, ce qui accroît les risques de fraude, déjà élevés.

Vous vous souvenez que si les talibans sont opposés aux élections, c'est parce qu'ils suivent une interprétation rigoriste de l'islam, en l'occurrence celle de l'école déobandie qui, comme les wahhabites par exemple, disent que les lois ayant été fixées par Dieu, des hommes ne peuvent en fixer d'autres, fussent-ils élus. Mais ces élections, comme dans les autres pays musulmans, montrent que le citoyen de base ne se préoccupe pas de ce discours théorique et a un comportement non pas « laïque » (terme compris comme « antireligieux ») mais « séculier » (un comportement ne se souciant pas de la religion ou, permis par l'interprétation personnelle de ladite religion). Cette aspiration à la démocratie est tellement forte que les mouvements islamistes l'ont reprise, tout en faisant le maximum pour la limiter (restriction de la liberté d'information, demande de faire figurer dans la constitution une référence à la charia etc.) 

 

Campagne pour les présidentielles en Kabylie

L'opposant le plus crédible au président sortant Bouteflika est l'ancien premier ministre Ali Benflis. Bien qu'étant un homme du système, il fait (un peu) figure d'espoir par contraste. Contrairement au sortant qui reste invisible et muet, il mène une campagne de terrain et l'on a notamment remarqué son passage en Kabylie où il s’est répandu en éloges au patriotisme des Kabyles, en amazigh, en arabe et en français.

 Les Kabyles l'ont bien sûr interrogé sur l'officialisation de leur langue. Il s'est contenté de répondre qu’une fois président, il généralisera l’introduction de l’enseignement du tamazight (terme général pour les langues berbères, dont le kabyle est une variété) dans tous les cycles scolaires, ainsi que son inscription facultative au baccalauréat et l’ouverture de centres de formation de formateurs de cette langue. Vous vous souvenez que si le berbère est maintenant reconnu comme « national » (et non pas officiel), tout reste à faire en pratique.

 

La fin du modèle turc ?

Notre dernière lettre sur la situation en Turquie se terminait par « la fin du modèle turc ? ». Des lecteurs nous ont demandé ce signifiait cette expression.

Elle est assez ancienne, mais a repris de l'actualité pendant le printemps arabe et sa suite. L'idée originelle est que l'on pouvait se développer en imitant l'Occident, comme l'ont fait les Japonais. C'est ce qu'a fait Atatürk, mais le régime restait autoritaire à direction militaire, et avait accusé l'islam d'être une des causes du sous-développement. Avec l'arrivée de l’AKP au pouvoir, le « modèle » a pris une dimension supplémentaire : on pouvait devenir démocrate et se développer tout en étant musulman, voire islamiste. Cette idée s'est ensuite nuancée et affaiblie avec l'échec économique des islamistes hors de la Turquie, et leur oubli des principes démocratiques une fois au pouvoir, en Turquie comme ailleurs cette fois (« La démocratie réduite à l'élection », comme exposé dans notre dernière lettre).

Cette idée de « modèle turc » était surtout présente dans les pays arabes, car ce sont ces pays qui connaissent le mieux la Turquie à la fois pour des raisons historiques (la plupart ont fait partie de l'empire ottoman, donc Istanboul est leur ancienne métropole) et pour des raisons d'actualité, dont la vente de produits turcs dans le monde arabe (alimentaires, industriels, culturels, dont le succès des séries télévisées et du tourisme), qui donnent une image moderne de ce pays.

Bref, des musulmans pieux peuvent dire : « en allant en Turquie, nous restons chez nous, c'est-à-dire dans un décor physique et social musulman méditerranéen, tout en allant dans un pays moderne, et c'est moins cher qu'en Occident » ... quitte a maudire les Turcs d'avoir rejeté l'alphabet arabe et choisi l’alphabet latin.

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jeudi 10 avril 2014

Sur la globalisation

Rompre radicalement avec les institutions nées de Bretton Woods, c'est à dire... nous retirer du FMI, de la Banque Mondiale, de "1'Organisation Mondiale du Commerce",... se retirer en un mot de toutes les instances globales, non pas pour opérer un repli nationaliste et protectionniste sur notre nation, ou sur un groupe de nations, mais au contraire ... reconquérir la liberté de nous ouvrir sur le monde entier.
Nous pourrons ainsi réaliser non pas une unité impériale, qui prétend être une "mondialisation" et n'est en réalité qu'une marchandisation et une américanisation du monde, mais une unité symphonique où chaque peuple, à titre égal, apporte la contribution de sa propre culture en un véritable dialogue des civilisations.

Roger Garaudy. Lire ici l'intégralité de l'article

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lundi 7 avril 2014

Aurélien Bernier à Clermont-Ferrand le 10 avril

Amis du Temps des cerises


Jeudi 10 avril – 20 h - Amphi 2 – Fac de Lettres- 29 Boulevard Gergovia – Clermont-Ferrand

Aurélien Bernier
Auteur et militant, spécialiste des politiques environnementales et se revendiquant du
courant de démondialisation. Il collabore notamment au Monde Diplomatique.

«La Gauche radicale et ses tabous»


Le constat est douloureux, mais irréfutable : malgré le succès de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2012, le Front national réussit bien mieux que le Front de gauche à capter le mécontentement populaire. Comme dans la plupart des pays d’Europe, la crise du capitalisme profite moins à la gauche «radicale» qu’à une mouvance nationaliste favorable au capitalisme ! Tel est le paradoxe analysé dans ce livre. Paralysé par la peur de dire «la même chose que Le Pen», le Front de gauche s’enferme dans trois contradictions. Il veut restaurer la souveraineté populaire mais ne défend plus la Nation, seul espace possible pour une réelle démocratie. Il lutte pour une «autre Europe», sociale et solidaire, mais n’assume pas la nécessaire rupture avec l’ordre juridique et monétaire européen. Il est anticapitaliste mais renonce au protectionnisme contre le libre échange mondialisé qui brise toutes les résistances. Souveraineté nationale, désobéissance européenne et protectionnisme: tels sont les trois sujets tabous dont la gauche radicale doit se ressaisir, au lieu de les abandonner au Front National qui a beau jeu de se présenter comme le seul protecteur du peuple français face à la pression des marchés et à l’Europe ultralibérale.

Partenariats : UFR LLSH, SUC, Les Amis de l’Huma63, Editions du Seuil.
A voir:

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2014/03/23/29507675.html : Aurélien Bernier et Alain Badiou sur Mediapart. Video

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Mots d'esprit

 

Flèches du Parthe...

 

 

 

mots d'espritLa  Petite histoire des mots d'esprit célèbres commente 600 citations diverses et dit tout de phrases immortelles comme : « Et le désir s'accroît quand l'effet se recule » (Corneille), « Ce qui entend le plus de bêtises dans le monde, c'est peut-être un tableau de musée » (les frères Goncourt), « Dépêchons-nous de succomber à la tentation avant qu'elle s'éloigne » (Épicure), « Il est immédiatement au-dessous de rien » (La Bruyère), « Abolir la peine de mort ? Que messieurs les assassins commencent ! » (Alphonse Karr), « Idylle, ça commence comme idiot et ça finit comme imbécile » (Maurice Donnay), « Les hommes chassent, les femmes pèchent » (Victor Hugo), « Un grand classique, c'est un auteur dont on peut faire l'éloge sans l'avoir lu » (Chesterton), « La politique, c'est une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir » (Talleyrand), « Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait d'excellents amis » (Verlaine), « L'amour, c'est un coup d'œil, un coup de rein et un coup d'éponge » (Sarah Bernhardt), « Aucun homme n'a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge » (Abraham Lincoln), « Les dictatures, comme le supplice du pal, commencent bien et finissent mal » (Clemenceau) ou, s'agissant de Mirabeau : « Il était capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action » (Rivarol)..

 

Hilarant, n'est-il pas ?

 

Bernard DELCORD

 

Petite histoire des mots d'esprit célèbres, ouvrage collectif, Paris, Éditions Omnibus, mars 2014, 634 pp. en noir et blanc au format 13,3 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 24 € (prix France)

 

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samedi 5 avril 2014

Lorsque l'enfant paraît...

 

Lorsque l'enfant paraît...

 

                                                               Pernoud 1pernoud 2         


Véritable institution à l’usage des (futurs) parents à qui ils apportent « les réponses d'aujourd'hui aux questions de toujours », J’attends un enfant et J'élève mon enfant de Laurence Pernoud (1918-2009) figurent, depuis leur première parution (le premier en 1956, le second en 1965, tous deux aux Éditions Horay à Paris), parmi les plus grands best-sellers de l’édition internationale, car leurs mises à jour annuelles en français sont diffusées dans 70 pays et traduites dans 45 langues (dont, tout récemment, l'espagnol, le chinois, le libanais et le coréen).

Plusieurs années avant son décès, l’auteure (qui était issue d'un père suisse et d'une mère grecque et qui, à l'époque de la conception des ouvrages, était l'épouse de Georges Pernoud, rédacteur en chef du magazine Paris Match et oncle de l'actuel animateur de télévision Georges Pernoud) s’était entourée, pour ces aggiornamentos, d’une large équipe pluridisciplinaire rassemblée autour d’Agnès Grison : gynécologue-obstétricien, échographiste, sage-femme, pédiatre, psychologue, diététicienne, avocate spécialisée en droit de la famille, assistante sociale...

L'édition 2014-2015 de ces deux bibles, présentée sous de nouvelles couvertures et imprimée sur un papier écologique, s'est enrichie d'un chapitre supplémentaire intitulé Lorsque la grossesse tarde à venir, tandis que le dictionnaire des maladies a été largement revu et que certains thèmes ont été enrichis par rapport à la version précédente, à propos du sevrage, du sommeil et des manifestations d'opposition ou d'agressivité, notamment, mais aussi concernant de nouveaux menus pour les futures mères ou les jeunes enfants et, pour le public français, d'informations toutes récentes sur le mariage, la transmission du nom de famille ou le statut du beau-parent dans les familles recomposées, du calendrier vaccinal qui se simplifie ou des aides pour le parent qui élève seul son enfant.

Les ouvrages se terminent par un chapitre sur la protection de la maternité en Belgique, en Suisse, au Québec et dans les pays du Maghreb.

Ajoutons pour conclure que les lectrices et les lecteurs peuvent poser des questions, proposer des suggestions ou faire part de leur expérience en adressant un courriel (lpernoud@horay-editeur.fr) ou un courrier postal (Laurence Pernoud, Éditions Horay, 22bis, passage Dauphine à 75006 Paris) auquel il sera répondu dans les meilleurs délais.

Des livres actuels et bien vivants, donc, comme le sujet qu'ils traitent…

Bernard DELCORD

 

J’attends un enfant édition 2014-2015 par Laurence Pernoud, mise à jour sous la direction d'Agnès Grison, Paris, Éditions Horay, janvier 2014, 480 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 29,50 €

 

J’élève mon enfant édition 2014-2015 par Laurence Pernoud, mise à jour sous la direction d'Agnès Grison, Paris, Éditions Horay, janvier 2014, 500 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 30,50 €

 

Le texte ci-joint a été mis en ligne sur les blogs Lire est un plaisir (<http://lireestunplaisir.skynetblogs.be>http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) et  Homelit (<http://homelit.skynetblogs.be>http://homelit.skynetblogs.be) partenaires de RADIO NOSTALGIE ainsi que dans les colonnes du magazine satirique sur Internet SATIRICON.BE (<http://www.satiricon.be>www.satiricon.be) à l'adresse suivante : <http://www.satiricon.be/?p=7955>http://www.satiricon.be/?p=7955.
 
De plus, il a été expédié dans la newsletter de mars 2014 des guides gastronomiques belges DELTA envoyée à 90 000 abonnés puis mis en ligne sur leur site (<http://www.deltaweb.be>www.deltaweb.be) à l'adresse suivante : <http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Lorsque-l-enfant-parait+2364+f>http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Lorsque-l-enfant-parait+2364+f.
 

 

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Enseignants sans Frontières - esf Belgique

 

Elaborés en collaboration avec nos partenaires locaux, nos projets pédagogiques s’appuient sur la déclaration d’intention commune à toutes les antennes d’Esf dans le monde et s’inspirent des objectifs du millénaire

Notre objectif vise le partenariat pédagogique entre enseignants de Belgique et enseignants de pays du Sud. Nos projets, réalisés en équipes de volontaires,sont essentiellement des projets de formation continuée. Des enseignants belges sont envoyés en mission sur le terrain durant deux à trois semaines (souvent pendant les vacances) pour soutenir pédagogiquement des enseignants locaux.

 

Déclaration d’Intention des antennes Esf dans le monde

Enseignants Sans Frontières est une asbl ayant pour objet de promouvoir des réseaux de coopération entre enseignants, dans un esprit de partenariat et de pluralisme, en respectant l'identité culturelle de chacun.

Esf privilégie les pratiques de pédagogie axées sur l'autonomie des apprenants et le développement de toutes leurs potentialités, dans l'esprit de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Par ses actions éducatives, l’asbl Enseignants sans frontières s'efforce:

  • de répondre aux demandes des enseignants de toutes les disciplines, sans se substituer à ceux-ci ;
  • d’encourager les synergies à tous les niveaux, dans les secteurs scolaires et associatifs : en collaborant à la création d'outils pédagogiques, à l'élaboration et à l'évaluation de projets éducatifs, en concevant et co-animant des échanges de pratiques, des formations de formateurs.


Grâce au partage de leurs expériences, les membres de l'association contribuent à l'éducation et au développement.

Dans le respect de ses objectifs, l'association recherche toute forme de collaboration avec des organismes aux visées similaires et reste à l'écoute des besoins qui se manifestent ici et ailleurs.

Objectifs du Millénaire

Ces objectifs sont repris dans une déclaration signée par 190 Etats en 2000, sous l’égide des Nations Unies.


Objectif 1: Réduction de l’extrême pauvreté et de la faim.

Objectif 2: Assurer l’éducation primaire pour tous.

Objectif 3: Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Objectif 4: Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans.

Objectif 5: Améliorer la santé maternelle.

Objectif 6: Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies.

Objectif 7: Assurer un environnement durable.

Objectif 8: Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.


Luc Collès, président-fondateur (http://www.esfbelgique.org/)

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Reporters de guerre

 

 

Reporters de guerre (La France en Guerre)

 

 

Dans Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle (1859-930) & La France en Guerre par Rudyard Kipling (1865-1936), on découvre avec quelque étonnement que ces deux immenses écrivains britanniques, l'un père de Sherlock Holmes et l'autre auteur de Kim et du Livre de la jungle, ont voulu constater de visu ce qui se passait durant le premier conflit mondial du côté des lignes britanniques, italiennes et françaises pour le premier, dans le nord de l'hexagone et dans les Flandres pour le second, et l'on apprend que la Grande Guerre les marqua au fer rouge, puisqu'ils y perdirent chacun un fils bien-aimé.

 

Et si leurs reportages sont rédigés dans des styles bien différents, percutant pour Conan Doyle qui était médecin (Ypres «  est la ville d'un rêve, cette moderne Pompéi, détruite, désertée et profanée, mais avec une dignité fière et triste qui vous poussait malgré vous à baisser la voix en passant dans ses rues en ruines ») et lyrique pour Kipling qui était plus écrivain que journaliste (« La fumée s'évanouit dans ce morceau de tranchées, comme l'écume d'une vague meurt dans l'angle des murs d'un port »), on y sent sourdre, derrière la défense de l'Empire et de ses valeurs, une sorte de déréliction annonciatrice de la fin de celui-ci.

 

Deux textes formidables !

 

Bernard DELCORD

 

Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle & La France en Guerre par Rudyard Kipling, Paris, Les Belles Lettres, janvier 2014, 86 et 83 pp., 12,90 € chacun

 

Le texte ci-joint a paru dans la livraison du 4 avril 2014 de l'hebdomadaire M... BELGIQUE qui a succédé à l'édition belge de l'hebdomadaire MARIANNE.
 
Il a également été mis en ligne sur les blogs Lire est un plaisir (<http://lireestunplaisir.skynetblogs.be>http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) et  Homelit (<http://homelit.skynetblogs.be>http://homelit.skynetblogs.be) partenaires de RADIO NOSTALGIE ainsi que dans les colonnes du magazine satirique sur Internet SATIRICON.BE (<http://www.satiricon.be>www.satiricon.be) à l'adresse suivante : <http://www.satiricon.be/?p=7947>http://www.satiricon.be/?p=7947.
 
Enfin, il sera expédié dans la newsletter d'avril 2014 des guides gastronomiques belges DELTA envoyée à 90 000 abonnés puis mis en ligne sur leur site (<http://www.deltaweb.be>www.deltaweb.be).
 

 

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Depuis ce matin, je travaille dans une ville du FN

C’est très tard dans la soirée, après un recompte des voix, que la commune de Mantes-la-Ville dans les Yvelines est devenue la première d’île-de-France à passer sous le contrôle de l’extrême-droite. Mais ce n’est que ce matin, en consultant les résultats avant de partir au boulot que je l’ai appris. C’est dans cette ville que je travaille, comme professeur de collège principalement avec des élèves non-francophones, depuis 15 ans.

 

C’est là aussi que j’ai mené différentes luttes, quatre mouvements de grève reconductible de plusieurs semaines et des combats pour la régularisation ou le relogement de mes élèves.

 

Ce résultat inattendu est la conséquence immédiate du maintien de deux listes de gauche rivales et d’une autre sans étiquette, alors que le candidat du FN était arrivé en tête au premier tour dans ce bastion de la « gauche » depuis la Libération. Là n’est pas sans doute la seule explication. Les 20 et quelques pourcents du 1er tour sont peut-être même en-dessous des scores atteints dans d’autres régions. Mais voilà, pendant les 6 années qui viennent je vais travailler dans une ville aux mains de l’extrême-droite.

 

Ce matin, au collège, il y a ceux qui savent et ceux qui vont l’apprendre... Les visages sont tendus et les mâchoires serrées. Les réactions expriment la surprise la plus totale. Il y a peut-être pourtant quelques sourires entendus, quelques propos chuchotés... ou alors serait-ce de la paranoïa, premier signe tangible que le « climat » va changer ?

 

On en parle bien sûr. On parlera aussi, tout au long de la journée, du temps qu’il fait, qu’il fera, des copies et des élèves... En reparlera-t-on demain, une fois la nouvelle digérée ? Et la semaine prochaine ? La banalisation des idées d’extrême-droite, celle qui la conduit vers le pouvoir, n’est-ce pas aussi celle qui nous force à nous en accommoder et nous oblige à faire « avec » ? D’avoir aussi sa vie à vivre malgré tout – et comment penser qu’il n’en sera pas autrement ?

 

Au lendemain du 21 avril 2002, on avait évoqué l’idée de se mettre en grève, on avait défilé, par millions, dans les rues. Aujourd’hui, personne ne l’a proposé. Il semblait même difficile de poser la question : que faire ? Faut-il, dans un premier temps, seulement commenter, comprendre, expliquer, analyser... non pas accepter mais digérer. Mais le temps viendra-t-il pour autre chose ? Il y eut, aujourd’hui, des discussions, des échanges, des questions, des peurs exprimées... l’impossible projection dans l’inconnu qu’il faut aussi mettre en mots.

 

J’ai tendu des perches à mes élèves, ma classe de non-francophone se noyait dans les sigles, mélangeant les personnalités et les sensibilités. À l’occasion d’un dossier du journal du collège (financé en partie par la mairie), nous avions abordé il y a quelques jours la question du racisme au collège. Tous avaient affirmé qu’il n’y en avait pas... Un peu plus tard dans la matinée, avec des 4e, j’ai parlé poésie.

 

À Mantes-la-Ville, nous avons deux collèges, un lycée professionnel et des dizaines d’école (celles-ci sont gérées par la mairie et seront régulièrement en contact avec les nouveaux élus). Quel sera leur avenir et leur quotidien ? Pourquoi, et comment, notre travail éducatif local n’a pu empêcher cela ? Combien des électeurs du FN ont passé par nos classes ? Quelle part de responsabilité portons-nous aussi dans ce qui se passe ? Ici, comme partout, s’enseignent la montée des fascismes dans les années 30, les boucheries nationalistes, les textes des résistants... Mais rien, effectivement, sur les mécanismes du chômage, sur la conscience sociale et la lutte des classes, sur les combats d’hier et d’aujourd’hui pour la dignité et l’égalité, sur la nécessité, pour tout un chacun, de comprendre le monde pour le changer et de le changer pour le comprendre... Au lieu de cela, les discours les plus réactionnaires sur l’école, sur les méthodes pédagogiques – ceux qui sont repris avec délice par le FN – se développent, pénètrent dans les esprits des familles et de certains collègues aussi. Ce n’est pas anodin.

 

Le nouveau maire FN de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth est enseignant, professeur dans un lycée professionnel d’une commune voisine... Est-ce seulement un hasard ?

 

Tout au long de la rédaction de ce petit article, je me suis demandé à quoi bon tout cela. À quoi bon écrire, pourquoi penser que l’éducation a un rôle à jouer, quelles sont les racines qu’il nous faudra extirper pour en finir avec ce cauchemar...

 

Mais je voudrais, malgré tout, exprimer le souhait que ce billet se prolonge, que bientôt je puisse partager nos futurs actes de résistance, mais aussi avancer dans le décryptage de cette vague réactionnaire qui n’épargne pas l’éducation et nos écoles et lancer, dans cet espoir, un blog pour y poursuivre ce travail.

 

En attendant, demain matin, je vais repartir travailler dans une ville FN.

 

Grégory Chambat, militant CNT éducation, enseignant en collège à Mantes-la-Ville (78) in "Quetions de classe", avril 20124

 

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Le livre du sliiiiirp et du sluuuuurp...

 

 

 

                                                                                CoverArreteArrete

 

Rédigé dans le style déjanté coutumier de son auteur, le polar de Jean-Luc Fonck intitulé Arrête arrête tu Maitrank entraîne son lecteur dans une enquêtefortement arrosée de vin blanc à l'aspérule, spécialité de la bonne ville d'Arlon, cité de son enfance.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça déménage !

On s'en voudrait de déflorer l'intrigue, mais sachez que le narrateur s'y lance dans une tournée des bistrots et des restos à la poursuite d'un serial killer semant dans le chef-lieu du Luxembourg belge des morceaux de corps humains à la manière d'un Petit Poucet assoiffé de sang, et que la solution de l'énigme tient d'une sorte de prodige surréaliste

Un roman qui se boit d'une traite !

 

Bernard DELCORD

Arrête arrête tu Maitrank par Jean-Luc Fonck, Liège, Éditions Luc Pire, décembre 2013, 140 pp., 10 €

 

Le texte ci-joint a paru dans la livraison du 4 avril 2014 de l'hebdomadaire M... BELGIQUE qui a succédé à l'édition belge de l'hebdomadaire MARIANNE.
 
Il a également été mis en ligne sur les blogs Lire est un plaisir (<http://lireestunplaisir.skynetblogs.be>http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) et  Homelit (<http://homelit.skynetblogs.be>http://homelit.skynetblogs.be) partenaires de RADIO NOSTALGIE ainsi que dans les colonnes du magazine satirique sur Internet SATIRICON.BE (<http://www.satiricon.be>www.satiricon.be) à l'adresse suivante : <http://www.satiricon.be/?p=7952>http://www.satiricon.be/?p=7952.
 
Enfin, il sera expédié dans la newsletter d'avril 2014 des guides gastronomiques belges DELTA envoyée à 90 000 abonnés puis mis en ligne sur leur site (<http://www.deltaweb.be>www.deltaweb.be).
 

 

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vendredi 4 avril 2014

20e Anniversaire du génocide rwandais

Un courrier reçu par le blog que nous publions bien volontiers:

 

Les deux événements les plus marquants de ce mois d'avril dans l'histoire moderne sont:
la catastrophe de Tchernobyl & le génocide rwandais.
Je propose ces liens pour le 20 ème anniversaire du génocide rwandais:


http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1834614/2014/03/30/Genocide-rwandais-vingt-ans-deja.dhtml


http://rwanda.free.fr/docs1_c.htm

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jeudi 3 avril 2014

Pour en finir avec la malédiction de Malinche par Silvia Lucchini

Chocolat pur, chocolat amer

 

Lorsque je vais chez des amis boliviens, en Bolivie, ou chez des amis d’amis, je témoigne toujours ma reconnaissance pour l’hospitalité que je reçois, pour l’amitié dont ils m’honorent, par un geste, un petit quelque chose qui vient de la Belgique. Les possibilités sont limitées ; il faut éviter ce qui est fragile, lourd, ce qui ne peut pas être partagé ou ce que la douane argentine ne laisserait pas passer, même en transit. Mon choix tombe ainsi presque toujours sur du chocolat.

Pour la première fois, depuis sept ans, mon cadeau suscite une réaction négative : on me demande si c’est bien le cacao qu’on importe à bas prix d’Amérique latine, qu’on travaille en Europe et qu’on revend cher même à ceux qui ont produit les matières de base. Oui, c’était bien cela, aucune autre réponse n’était possible.

La violence originelle

Le souvenir des violences de la colonisation est encore très présent en Bolivie, comme dans bien des pays d’Amérique latine. Des violences qui ont été perpétrées pendant des siècles, plus longtemps en tout cas que dans d’autres parties du monde colonisé, et ont causé l’une des plus grandes hécatombes de l’histoire. Septante millions, soit 90% des habitants du continent, ont été les morts estimés suite à la colonisation [1]. Les récits de l’époque regorgent de cruautés insoutenables : des êtres humains, y compris des bébés et des enfants, donnés en pâture aux chiens, pendus – les enfants aux pieds de leurs mères -, torturés, brulés, dépecées, mutilés, humiliés, rendus esclaves, affamés, privés de leurs biens ; des femmes enceintes violées et éventrées. Une honte pour l’humanité entière. Par la suite, beaucoup mourront à cause des maladies importées.

Il est étonnant que le site Katari.org, du nom de Túpac Katari, le leader d’une grande révolte indigène de la fin du XVIII siècle, ne mentionne pas, dans la partie sur l’histoire des peuples andins, les cruautés de la conquête. Ce sont surtout les violences de la colonisation successive qui sont évoquées. Les conditions extrêmement dures du travail forcé auquel les Indigènes furent contraints, dans les ateliers du textile, dans les champs et surtout dans les mines, continuèrent le massacre. On estime à huit millions le nombre de morts dans les mines d’argent de Potosí [2] Les révoltes indigènes furent écrasées dans le sang. Túpac Katari, auquel on attribue la phrase : « Aujourd’hui vous tuez un seul homme, mais demain je reviendrai et nous serons des millions » a été torturé et mis à mort par écartèlement. Les violences symboliques sont également mentionnées. Les langues et les cultures locales firent l’objet d’une éradication systématique, et furent remplacées par le castillan et la religion catholique. Au cours des trois siècles qui suivirent la conquête, une hiérarchie de pouvoir et de domination fut mise en place. Au sommet de celle-ci se trouvaient les chapetones, Espagnols nés en Espagne, puis les criollos, fils d’Espagnols nés en Amérique. Suivaient les mestizos, croisement d’Espagnols et d’indigènes, méprisés par les premiers et dominateurs des autres, puis la majorité indigène, réduite en esclavage (pongeaje). Majorité indigène qui ne se différencie plus, qui perd les identités culturelles originelles pour devenir une masse indistincte : les indios.

Au moment de l’indépendance, en 1825, les criollos prirent la place des chapetones et devinrent l’élite dirigeante. Rien ne change pour les indiens, qui restent dans une situation de servage. La mortalité infantile est extrêmement élevée, l’analphabétisme généralisé. Dans les années 50, l’esclavage des Indigènes est aboli, des écoles rurales sont ouvertes, et la propriété de la terre devient accessible. Il y a un peu plus de 50 ans seulement.

La grande pauvreté

Il reste de cette domination violente la grande pauvreté de la population indigène (60% de la population, estime-t-on), pauvreté qu’on croise à tous les coins de rue des villes andines, à Sucre, La Paz, Cochabamba. Parfois, celui qui arrive pour la première fois dans ce pays est accablé par l’impression qu’il s’agit d’une terre abandonnée des dieux et des hommes, une terre de non-droit. Il est significatif que le voyage depuis l’Europe prenne plus de 30 heures et que les avions volent quand ils le veulent bien, laissant souvent à terre les passagers sans assistance. Et le déplacement par voie terrestre est parfois rendu très dangereux par l’état des routes, dont la malheureusement célèbre carretera de la muerte, qui va de La Paz au Yungas.

Pendant plus de 150 ans, les matières premières sont restées dans les mains de la minorité criolla ou mestiza, qui les a destinées à l’exportation. Ainsi, la Bolivie est le deuxième pays producteur de gaz en Amérique latine, après le Venezuela, mais il fait froid dans les Andes. Il n’y a pas de chauffage dans les maisons d’El Alto (ville pauvre d’un million d’habitants qui s’est développée dans les hauteurs de La Paz) à 4100 mètres ; il n’y a pas non plus de chauffage dans les maisons de Potosí (4200 mètres) et d’Oruro (3800 mètres). Aujourd’hui, la nationalisation des hydrocarbures est en cours, mais il fait toujours froid dans les Andes.

Je reviens à mon malheureux cadeau. Les fèves de cacao, qui en sont la matière première, sont originaires du Mexique, où elles s’appelaient cacahualt, et d’Amérique centrale. Les Aztèques en faisaient une boisson amère (xocoatl) qu’ils consommaient lors de rituels religieux. L’idée de mélanger cette boisson avec du sucre et du lait vint aux conquérants, qui en commencèrent l’importation en Espagne. D’autres aliments prirent le même chemin ; parmi ceux-ci, la tomate, le maïs, la pomme de terre, les haricots sont devenus des produits de base dans d’autres pays et même pour cuisiner des plats devenus nationaux, comme les bonnes frites belges, ou la sauce tomate des spaghettis. Le chocolat aussi est consommé massivement en Europe, mais, contrairement aux autres aliments, la fève de cacao ne pousse que dans des zones équatoriales : il lui faut une température élevée, pas moins de 20°, et beaucoup de pluie.

La demande de consommation en Europe a été telle que le cacaoyer a été implanté dans d’autres zones à climat équatorial, en Afrique de l’Ouest essentiellement et en Indonésie. L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui le principal producteur (avec presque 70% de la production mondiale), suivi par l’Indonésie (13%), la contribution latino-américaine n’étant réduite qu’à 7%, au Brésil et en Equateur. La Bolivie figure dans les 10% des pays « autres », même si elle est en train d’augmenter sa production [3].

Les mignonnettes Côtes d’Or que j’avais offertes utilisent des fèves de cacao qui proviennent du Ghana. Mes hôtes ne le savaient pas, et moi non plus. Qu’elles soient de provenance africaine ou latino-américaine, les fèves de cacao sont de toute façon l’objet d’un commerce inéquitable, qui produit un « cacao au goût amer », comme on l’écrit un peu partout. Dans une page web d’Oxfam, on peut lire : « Dans la production de cacao en Afrique de l’Ouest, plus de 100 mille enfant sont obligés de travailler dans les pires conditions, allant jusqu’à des situations d’esclavage. Plus de 10 mille d’entre eux sont victimes du commerce des enfants ! Une grand part du chocolat vendu dans les rayons des magasins est le fruit de cette exploitation ».

Quand on se promène dans les rues de Sucre, on est frappé par l’explosion, en quatre ans, du nombre de chocolateries. Aujourd’hui, cinq usines, trois à Sucre et deux à La Paz [4], transforment les fèves de cacao provenant du département amazonien du Beni et produisent localement du chocolat.

Parmi ces cinq entreprises de production, seule El Ceibo, à El Alto, avance une certification « commerce équitable » à partir de cacao déclaré bio. Née en 1977 avec l’aide de la coopération allemande, elle est gérée par 49 coopératives de cultivateurs du Haut Beni et exporte 70% de sa production. Pour les producteurs, le prix du cacao n’augmente que légèrement, passant de 50 euros le quintal à 56 euros, mais le revenu est stable et les excédents sont répartis entre tous les membres en fin de saison.

Si le chocolat devient accessible à une partie de la population bolivienne, il n’est pas certain que les entreprises qui le produisent localement aient mis en place des conditions de production équitables. Il fait toujours pauvre dans les plantations.

Tout autre sujet : le nombre de femmes qui élèvent seules des enfants est frappant, en Bolivie. On fait remonter l’absence d’hommes dans le foyer à la perpétuation de la violence perpétrée sur les femmes par les colonisateurs [5]. La Malinche est une figure emblématique : réduite d’abord en esclavage par les siens et vendue aux conquérants, « distribuée » par Cortés à l’un de ses hommes, « reprise » par Cortés, dont elle aura un premier enfant, « cédée » à un autre compagnon de ce dernier, dont elle aura une fille, elle « disparaît » enfin sans laisser de traces.

La Malinche n’est pas seulement la représentation de la femme indigène abandonnée avec ses huachos (bâtards) par l’Espagnol colonisateur. Elle signifie aussi la trahison :

« Le deuxième personnage essentiel dans cette conquête de l’information est une femme, que les Indiens appellent Malintzin et les Espagnols, doña Marina, sans qu’on sache lequel de ces deux noms est une déformation de l’autre ; la forme la plus fréquemment donnée à ce nom est la Malinche. Elle est offerte en cadeau aux Espagnols, au cours de l’une des premières rencontres. Sa langue maternelle est le nahuatl, la langue des Aztèques ; mais elle est vendue comme esclave chez les Mayas, et possède aussi leur langue. Il y a donc au début une chaîne assez longue : Cortés parle à Aguilar, qui traduit ce qu’il dit à Malinche, qui à son tour s’adresse à l’interlocuteur aztèque. Ses dons pour les langues sont évidents, et peu de temps après elle apprend l’espagnol, ce qui augmente encore son utilité. On peut imaginer qu’elle garde une certaine rancune envers son peuple d’origine, ou envers certains de ses représentants ; toujours est-il qu’elle choisit résolument le camp des conquistadores. En effet, elle ne se contente pas de traduire ; il est évident qu’elle adopte aussi les valeurs des Espagnols, et contribue de toutes ses forces à la réalisation de leurs objectifs. D’un côté, elle opère une sorte de conversion culturelle, interprétant pour Cortés non seulement les mots mais aussi les comportements ; de l’autre, elle sait prendre l’initiative quand il le faut, et adresser à Moctezuma des paroles appropriées (notamment dans la scène de son arrestation), sans que Cortès les ait prononcées auparavant ». [6]

Maldición de Malinche est le titre d’une chanson d’Amparo Ochoa. Selon l’interprétation courante, c’est l’adhésion des indiens (de la Malinche) aux valeurs des conquérants qui a permis la conquête des Amériques ; c’est aussi la participation des métisses dans le rapport de domination qui a rendu possible la colonisation ; c’est par conséquent cette adhésion aux valeurs venues d’ailleurs qu’il faut briser pour une décolonisation définitive.

La décolonisation

La nouvelle Constitution bolivienne de 2009 annonce le changement vers un état décolonisé. La dénomination même du pays change. La République de Bolivie devient l’Etat plurinational de Bolivie. « Plurinational » dans le sens où l’on reconnaît l’existence à égale dignité des 36 nations indigènes qui composent la population, dont les plus importantes sont l’aymara, la quechua et la guaraní. La constitution officialise également les 36 langues, à côté du castillan, ce qui fait de la Bolivie un pays unique du point de vue sociolinguistique.

Dans les nombreux textes qui définissent les nouveaux objectifs, on remarque que la décolonisation suit deux mouvements. Sur l’axe vertical, comme le dirait Amin Maalouf [7], celui de l’historicité, elle se définit par la récupération du nuestro ancestral ; sur l’axe horizontal, de la contemporanéité spatiale, le nuestro est tout ce qui n’est pas européen ou occidental.

Le terme « européen » est utilisé pour catégoriser ce qui vient du dehors. Peu importe que les Européens s’y reconnaissent ou pas. On m’a souvent dit, en Bolivie, « vous les Européens », soit pour me demander des informations soit pour critiquer des comportements. C’est quoi être Européen ? En Europe, nous nous le demandons depuis un certain temps. Dévasté par des guerres pendant des siècles, cet ensemble de pays a lui-même du mal à se donner une unité qui aille au-delà du projet économique mis en place après la deuxième guerre mondiale, et dont le but annoncé était « plus jamais de guerre entre nous ». Entre un Grec et un Suédois, qu’y a t-il de commun ? En quoi se ressemblent un Hongrois et un Portugais ? L’idéal identitaire commun que l’Europe se donne pour l’instant porte sur le fonctionnement cohérent et pacifique d’un ensemble très hétérogène. A quoi correspond l’identité européenne attribuée de l’extérieur ?

En revanche, l’« Occident » semble pouvoir être beaucoup mieux cerné. Au cours de l’histoire, des éléments ont configuré une conception particulière de l’homme et de la société : le monothéisme, l’écriture alphabétique, un corps de loi écrites, un calendrier basé sur la révolution de la terre autour du soleil. Par des sédiments successifs, l’« Occident » s’est construit autour du « positivisme », autrement dit d’un rapport avec la nature qui l’objective, l’analyse et la soumet par des pratiques expérimentales, d’« individualités libres », au-delà des communauté d’appartenance, d’une accumulation de la transmission écrite, et de citoyens entendus comme « sujets de droit ».

Il est aussi probable que le berceau de l’Occident ait été la Méditerranée, où les civilisations grecque, romaine (qui est à l’origine du mot « occident » et qui le donnera d’ailleurs à l’un de ses fractionnements) et judéo-chrétienne, elles-mêmes au confluent de civilisations plus anciennes ou contemporaines (notamment d’Afrique et du Proche Orient), ont façonné cette conception particulière de l’homme et de la société que l’on appelle occidentale, qui s’est ensuite développée dans différentes parties du continent européen par secousses et tournants, par heurts et malheurs, dont certains ont été très violents. Il est vrai aussi qu’au moment de la conquête de l’Amérique, c’était en effet d’Europe que la pensée occidentale a débarqué dans ce continent. Aujourd’hui, il semble difficile d’en voir d’autres frontières qui ne soient celles d’une conception du monde.

Et il est vrai que le modèle occidental est aujourd’hui dominant, en Europe et dans la plupart des pays du monde, qui l’acceptent ou le contestent :

« Ce qui est certain, et capital, c’est qu’un jour une civilisation déterminée a pris les rênes de l’attelage planétaire dans ses mains. Sa science est devenue la science, sa médecine est devenue la médecine, sa philosophie est devenue la philosophie, et ce mouvement de concentration et de « standardisation » ne s’est plus arrêté, bien au contraire, il ne fait que s’accélérer, se répandant dans tous les domaines et dans tous les continents à la fois ». [8].

En tant que représentant d’une culture qui a subi l’occidentalisation, Amin Maalouf souligne le sentiment d’humiliation qu’elle génère chez tous les peuples qui ont bien dû s’y soumettre pour continuer à exister :

« Il leur a fallu reconnaître que leur savoir-faire était dépassé, que tout ce qu’ils produisaient ne valait rien comparé à ce que produisait l’Occident, que leur attachement à leur médecine traditionnelle relevait de la superstition, que leur valeur militaire n’était plus qu’une réminiscence, que leurs grands hommes qu’ils avaient appris à vénérer, les grands poètes, les savants, les soldats, les saints, les voyageurs, ne comptaient pour rien aux yeux du reste du monde, que leur religion était suspectée de barbarie, que leur langue n’était plus étudiée que par une poignée de spécialistes alors qu’eux-mêmes se devaient d’étudier les langues des autres s’ils voulaient survivre et travailler et garder un contact avec le reste de l’humanité... Lorsqu’ils parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue à lui, presque jamais dans la leur […] Oui, à chaque pas dans la vie, on rencontre une déception, une désillusion, une humiliation. Comment ne pas en avoir la personnalité meurtrie ? Comment ne pas sentir son identité menacée ? Comment ne pas avoir le sentiment de vivre dans un monde qui appartient aux autres, qui obéit à des règles édictées par les autres, un monde où l’on est soi-même comme un orphelin, un étranger, un intrus, ou un paria ? » [9].

Le futur comme passé reconstruit

L’Occidental est présenté dans des textes qui ont suivi la nouvelle Constitution de 2009 comme marqué par le paradigme individuel extrême, basé sur l’accumulation du capital et la déprédation de la nature. La cosmovision sous-jacente serait l’anthropocentrisme chrétien, que l’on appelle « sacré » : l’homme est le roi de la création ; il peut donc considérer la nature comme une suite d’ « objets » de domination ; l’homme est le fils d’un seul dieu ; il existe donc une vérité unique ; l’homme est le fils d’un dieu homme, et la femme n’est qu’une côte dérivée ; elle ne peut avoir qu’une place soumise [10]

Le nuestro est le retour à l’origine, d’avant la colonisation. Il s’agit de « volver a ser lo que fuimos, de recuperar nuestra identitad cultural de herencia ancestral, basée sur une cosmogonie communautaire qu’on considère aussi comme « sacrée » : « Les nations aymara et quechua pensent que tout vient de deux sources : Pachakama ou Pachatata (le père univers, l’énergie ou la force cosmique) et Pachamama (la mère terre, l’énergie ou la force tellurique), qui génèrent toutes les formes d’existence. Si nous ne reconstituons pas l’équilibre du sacré (Chacha warmi, homme-femme), la spiritualité de notre quotidienneté, nous n’aurons pas de fait beaucoup changé, nous n’aurons pas la possibilité de réaliser un changement réel dans la vie pratique » [11]. L’individuel ne disparaît pas mais émergerait à l’intérieur de la communauté.

Le processus de changement se base donc sur un autre paradigme, « l’un des plus anciens », différent de l’occidental : « le paradigme communautaire de la culture de la vie pour vivre bien ».

Le modèle du « Vivre bien », suma qamaña (aymara) o sumak kawsay (quechua), comme objectif politique fixé par la nouvelle Constitution de 2009 signifie : arriver à des accords par consensus, respecter et accepter les différences, vivre en complémentarité et en équilibre avec la nature, défendre l’identité, savoir communiquer, savoir manger, savoir boire, savoir danser, savoir travailler, récupérer l’agriculture et protéger les semences, récupérer les ressources par la nationalisation en vue de leur exploitation équilibrée, instaurer la réciprocité et la souveraineté dans les communautés, ne pas voler, ne pas mentir, respecter les femmes et les anciens. Mais le plus important, et qui caractérise spécifiquement cette vision du monde, est qu’il faut donner priorité à la nature et à la vie plus qu’à l’humain, aux droits cosmiques plus qu’aux droits humains, Il s’agit de revenir au « Vivre bien de l’Abya Laya » (nom donné à l’Amérique par les nations indigènes). « Vivre bien » n’est pas « vivre mieux », parce quand on arrive à vivre mieux, quelqu’un d’autre vit moins bien.

Pour cela, il faut réinstaurer ou renforcer les ayllu. Déjà à l’époque des Incas, les ayllu étaient des communautés de base qui fragmentaient et géraient localement des immenses territoires, et fonctionnaient selon un esprit égalitaire et démocratique mettant les terres en commun. Indiqué comme un modèle de développement économique, l’ayllu possède les caractéristiques suivantes [12] :

  • Ayni : aide mutuelle permanente dans la communauté et réciprocité, même différée.
  • Tampu : mise en commun de produits ou aliments.
  • Tumpa : prise de responsabilité dans la transparence.
  • Muyt’a : tournante dans les responsabilités.
  • Khuskha : redistribution selon les nécessités.
  • Wajt’a : cérémonies collectives.

Même si l’idéal est en soi très attrayant, on ne peut qu’être frappé par le fait que le modèle de développement proposé est celui qu’on imagine calqué sur un passé d’il y a 500 ans. Je dis bien « qu’on imagine », parce que ce passé est, comme tous les passés, une reconstruction.

L’histoire précolombienne n’a pas été pacifique. La Bolivie andine correspond au Kollasuyu, territoire de l’empire Inca. Les Quechuas et les Aymaras, collas d’aujourd’hui, sont considérés en partie comme les héritiers des Incas, qui furent un peuple conquérant. Au prix de guerres sanglantes et d’alliances, leur empire couvrait l’Equateur, le Pérou, la Bolivie andine, le nord du Chili. Le quechua devint la lingua franca de l’empire et fut imposée à tous, comme le castillan le fut ensuite par les conquérants espagnols. Et la société inca était loin de l’idéal de partage entre ses membres : le Sapa Inca, le fils du Soleil, centralisait le pouvoir grâce à la croyance d’une origine divine, et était entouré d’une cour de nobles de naissance. En dehors de l’empire, se trouvaient les serfs et les prisonniers de guerre ; les femmes étaient offertes aux dignitaires, les jeunes filles étaient aussi, avec les enfants, « matière première » des sacrifices humains.

Quant à des civilisations encore plus anciennes, dont les Aymaras se réclament en particulier, la Wari, qui précéda la civilisation inca entre 700 et 1200, fonda son économie sur l’exploitation des territoires annexés (ouest de la Bolivie, nord du Chili et Pérou) ; et la Tiwanaku, née autour du lac Titicaca avant le premier millénaire a.-C. et disparue au XII siècle, conquit les territoires qui correspondent aujourd’hui à une bonne partie de la Bolivie et au nord du Chili.

Comme tous les autres, les empires précolombiens ont été construits par des guerres, avec leur lot de sang, de prédation territoriale et humaine, et de violence. L’aztèque Malinche, avant de trahir son peuple, avait été trahie par lui, qui l’avait vendue comme esclave aux Mayas...

Le passé présenté comme un lieu originaire où le loup mangeait non pas l’agneau mais avec l’agneau a une valeur de mythe. Dans la langue aymara, les métaphores pour signifier le temps ne sont pas celles de l’espace et du déplacement (on « vient » du passé et on « va » vers le futur), mais celles de la vue : on « voit » le passé, qui est donc devant nous, et non derrière nous, et on ne voit pas le futur, qui est donc derrière nous. L’a-venir ne serait donc qu’un passé projeté vers un futur, que certains m’ont dit pouvoir ressembler au monde des Na’vis, sur la planète de Pandora, que nous avons tous connu par le film Avatar.

Le refus de ce qui vient d’ailleurs

L’éducation est mentionnée comme l’un des moteurs principaux du changement vers le « vivre bien » [13]. L’opposition avec l’éducation colonisatrice est avancée ici aussi. Les institutions catholiques mises en place par les européens ont inculqué la religion, l’espagnol et la pensée rationnelle cartésienne, qui continueraient aujourd’hui encore leur action colonisatrice dans les écoles boliviennes. Les universités aussi seraient en train de continuer à former des professionnels pour le « marché capitaliste déprédateur », par exemple des avocats, des économistes et des médecins.

Or, selon la nouvelle conception des choses, dans une vraie décolonisation il ne s’agit pas seulement d’introduire dans le curriculum des contenus indigènes sans remettre en question la structure et la logique individuelle anthropocentrique. La vraie décolonisation préconisée passerait par contre par l’élaboration de nuestra théorie basée sur les processus psychologiques naturels d’apprentissage. L’objectif pédagogique est décrit de la manière suivante :

  • Une pédagogie communautaire qui se projette hors de la classe.
  • Une éducation communautaire, en relation avec la cosmovision et le « vivre bien » ; éducation continue, circulaire (l’enfant aussi enseigne au maître) et cyclique (tous assument tous les rôles de manière tournante) et où l’évaluation est collective, parce que l’éducation est une responsabilité de tous.
  • Une méthodologie d’enseignement « naturelle », sans « objectivation » cartésienne de la nature ; le positivisme est proscrit.
  • Une éducation interculturelle bilingue (en espagnol et dans l’une des langues indigènes), pour permettre la connaissance de la culture occidentale et la valorisation des cultures indigènes par la pratique communautaire [14].
  • Une éducation productive, en relation avec le contexte et avec la vie, autrement dit avec l’action communautaire.
  • Le développement des capacités naturelles de chacun.

Le contrôle des institutions de formation des enseignants du niveau primaire et secondaire devient de plus en plus fort et trois universités indigènes ont été récemment créées.

La croisée des chemins

Bien sûr, on ne peut que comprendre le désir de restaurer une dignité piétinée ; on ne peut que le partager sans réserves, intellectuellement et émotivement. Bien sûr, on ne peut qu’adhérer à ce souhait de « vivre bien », en harmonie avec les autres et la nature, sans dominations, sans violence, sans déprédation. Cependant...

D’abord, le monde semble se dichotomiser, en Bolivie. D’un côté, nous, les nôtres, le nôtre, imaginés comme les éléments cosmiques d’un paradis terrestre perdu qui doit être récupéré. De l’autre, eux, les Occidentaux, et les Européens en particuliers, vus de manière indifférenciée comme porteurs du mal, un mal qui ne vient que du dehors. Or, cette conception est potentiellement « meurtrière », pour reprendre l’expression Amin Maalouf, comme peut l’être l’affirmation d’une identité unique et d’une seule appartenance à laquelle tous sont contraints. Elle méconnait que la diversité des appartenances traverse tous, tant les peuples originaires, dont les jeunes sont habillés en jeans et tee-shirt et font usage de gsm perfectionnés et d’internet, que les mestizos ou les europeos. On marche sur le fil du rasoir :

« Si nos contemporains ne sont pas encouragés à assumer leurs appartenances multiples, s’ils ne peuvent concilier leur besoin d’identité avec une ouverture franche et décomplexée aux cultures différentes, s’ils se sentent contraints de choisir entre la négation de soi-même et la négation de l’autre, nous serons en train de former des légions de fous sanguinaires, des légions d’égarés ». [15].

Ensuite, les « droits cosmiques » sont proclamés au détriment des « droits humains », considérés comme venant de l’Occident. Pour moi, les « droits humains » sont une conquête pour et de toute l’humanité, même si des contingences historiques ont initialement promu leur défense dans une partie du monde. Parmi ces droits humains, je mets aussi l’accès au savoir, à tout le savoir que l’humanité a produit, qui ne me semble pas pouvoir faire fi de l’apprentissage de l’écrit, jamais mentionné dans les textes pédagogiques décolonisateurs. L’écrit n’existait pas à proprement parler dans les civilisations inca et tiwanaku (mais bien chez les Mayas et les Aztèques). A côté des écoles publiques décolonisatrices, sont en train de se multiplier des écoles privées qui, elles, forment une élite à des connaissances « occidentales » poussées.

Enfin, on ne voit pas encore comment la diversité interne va être gérée. L’Etat bolivien s’est fixé un objectif extraordinairement moderne et ambitieux, celui de faire cohabiter en son sein, de manière pacifique, féconde et surtout équitable 36 nations et 37 langues et cultures. L’histoire des peuples amazoniens n’est pas la même que celle des peuples andins, et les conflits sont nombreux entre les collas et ceux qu’on appelle les cambas (amazoniens). D’autant que le gaz se trouve en Amazonie, ainsi que les plantations de coca. Dès lors, on peut imaginer que le fait de rejeter le mal hors des frontières, de l’attribuer à l’autre européen ou occidental, soit une manière de préserver l’unité interne par un discours nationaliste. On a déjà vu cela dans l’histoire. Le problème est que la diversité existe bel et bien, comme elle existe dans les autres parties du monde, et est toujours prête à ressurgir de manière plus ou moins violente.

En Bolivie, l’occasion historique se présente pour que la diversité interne devienne une richesse extraordinaire. L’accès à la gestion de l’Etat par la majorité indigène fait que les conditions sont aujourd’hui en place pour que l’on parvienne à des modèles de cohabitation innovants, du point de vue culturel et socioéconomique, modèles qui pourraient être proposés aussi à l’ensemble de l’humanité, à condition que l’on évite les replis identitaires.

Trouver une manière de traiter la diversité culturelle interne, de la gérer, est urgent et concerne tous, dans le monde entier. L’Occident, en ce sens, peut être intéressant pour les lumières et les ombres qu’il jette sur cette question. S’approprier les lumières, les travailler, les adapter, rejeter les ombres, pour en faire finalement une proposition nouvelle à partager avec le reste du monde, serait-ce possible ? Toute proportion gardée, un peu comme le vin... La vigne fut importée en Bolivie par les missionnaires ; dans la région de Tarija, on produit aujourd’hui le vin des « cepas de altura », qui peut faire rougir de honte la plupart des vins européens...

Il me reste aussi une question : que pourrais-je apporter comme cadeau « belge », la prochaine fois ?

[1] Chiffre donné dans Tzvetan Todorov, La conquête de l’Amérique. Paris, Seuil, 1982.

[2] Chiffre donné dans Rudel, C, La Bolivie. Paris, Karthala, 2010

[3] http://www.dogfinance.com/dl/dossie...

[4] Para ti, Taboada et Solur à Sucre, Rainforest et El Ceibo à La Paz.

[5] Sonia Montecinos, Madres y huachos. Alegorías del mestizaje chileno. Santiago de Chile, Cuarto Propio, 1991

[6] Todorov, 1982, p. 106.

[7] Amin Maalouf, Les identités meurtrières Le livre de poche, 2001

[8] Maalouf, op.cit, pp. 81-82.

[9] Maalouf, op. cit, pp. 86-87.

[10] Huanancuni F., Buen vivir, vivir bien. Filosofía, políticas, estrategias y experiencias regionales andinas, Coordinadora andina de organizaciones indígenas, 2010.

[11] Huanancuni, op. cit, p. 16.

[12] Huanancuni, op. cit., pp. 38-39

[13] Huanancuni, op. cit.

[14] « En la educación occidental, el proceso educativo se disgrega ; teoría por un lado y práctica por otro (si es que alguna vez se llega a practicar lo aprendido). En la educación comunitaria el proceso es uno solo, se enseña y se aprende a la vez, porque las condiciones para el maestro son diferentes de las condiciones para el niño, que al participar en la ceremonia o en la actividad de grupo, está viviendo ese pensar-haciendo y aprender-haciendo ». (Huanancuni, op. cit., p. 45)

[15] Maalouf, op. cit., p. 44

 

Cet aticle a paru dans la revue d'Iteco, Antipodes, en mars 2014:

http://www.iteco.be/-inverse-Antipodes

http://www.iteco.be/Chocolat-pur-chocolat-amer




mardi 1 avril 2014

Clermont-Ferrand, 3 avril 2014: "Changer l'Europe"

Amis du Temps des Cerises

Jeudi 3 avril 2014 - 20h - UFR LLSH (Fac de Lettres. Bd gergovia)  Amphi 2

Christophe Ramaux
Economiste. Chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne,
il enseigne à l’Université Paris I.


«Changer l’Europe»


Les économistes atterrés récidivent dans un opus traitant d’une Europe à la dérive. Ils s’attachent à proposer des solutions concrètes sur des questions aussi diverses que l’euro, la réforme des institutions financières, la convergence fiscale, la transition écologique, les nouvelles politiques industrielles, les institutions publiques ou la question du fédéralisme. Comme toujours avec les «économistes atterrés», cet ouvrage propose de vraies solutions sur des questions aussi diverses que le rôle ou l’avenir de l’euro, la réforme des institutions financières, la convergence fiscale, les nouvelles politiques industrielles, la transition écologique, les institutions publiques ou la question du fédéralisme.

Partenariats : UFR LLSH, SUC, Attac 63, Les Liens qui libèrent.

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lundi 31 mars 2014

Echos du monde musulman n°217 (21 mars 2014)

Échos du monde musulman N° 217
31 mars 2014


Les élections municipales turques
Il n’y a pas qu’en France que des élections « locales » sont importantes politiquement.
Le premier ministre Erdogan, « patron » actuel du pays les a présentées comme un référendum
pour ou contre sa personne. Avec environ 45 % des suffrages contre 28 % au principal parti
d'opposition, il semble avoir gagné son pari. Par ailleurs, comme c'est une élection à un seul
tour, cela signifie qu'il a gardé la majorité des municipalités.
Vous vous souvenez que dans les 10 dernières années, le parti au pouvoir, l’AKP
dirigé par l'actuel premier ministre, se présentait comme « islamo-démocrate,  comparable
aux démocrates-chrétiens allemands ». En s'appuyant sur les exigences européennes
d'approfondissement de la démocratie, il s'est débarrassé de l'armée, laïque, mais
économiquement étatiste et peu efficace.
Ce contre-pouvoir militaire ayant disparu, le côté « démocratique » de l’AKP s'est
beaucoup atténué et le référendum de 2011 puis les lois récentes, ont donné au gouvernement
des pouvoirs importants sur la justice et les médias. Le premier ministre vient de s'en servir
pour licencier des juges et des policiers qui le menaçaient, puis de s'attaquer à Twitter et
YouTube.
Ces 10 dernières années ont été également un succès économique, avec une croissance
annuelle de 7 % jusqu'en 2011 grâce au libéralisme économique symbolisé par le succès des
entreprises anatoliennes (terme géographique, mais aussi synonyme de « pays profond »).
C'est ce succès économique, combiné à l'islam conservateur de ce « pays profond » qui est à
l'origine du succès électoral de l’AKP, face à l'autre moitié de la population, divisée entre,
ultranationalistes, Kurdes et « laïques » (souvent Alévis et/ou du centre des grandes villes : la
victoire est courte à Istamboul, et on recompte à Ankara).
L'évolution économique récente est moins favorable : les trois dernières années ont vu
un net ralentissement, un déficit extérieur très important et une fuite de capitaux, avec baisse
corrélative de la monnaie nationale, notamment en réaction à l'autoritarisme du
gouvernement. À cela s'ajoute que le développement bute sur un « plafond de verre »
structurel : les femmes participent insuffisamment à l'activité et la qualification de la masse de
la population n'est pas suffisante pour dépasser le stade de la production bon marché, alors
que les salaires et le niveau de vie ne sont plus ceux d'un pays pauvre. Et les industriels
regrettent l'éloignement d'un accord avec l'Europe. Mais tout cela est loin de la perception du
« pays profond », méfiant face aux « modernistes ».
Que va maintenant faire Erdogan ? Il pensait se présenter aux présidentielles du mois
d'août, après avoir proposé une augmentation des pouvoirs du président, mais il n’a pas eu la
majorité des deux tiers à la Chambre pour la faire passer. Se présentera-t-il quand même ou se
préférera-t-il être reconduit comme premier ministre lors des législatives de 2015 et donc
laisser l'actuel président Gül, du même parti, mais plus consensuel, se représenter cette
année ?
Les gulénistes (mouvement « musulman », mais culturel et non politique : voir nos
lettres antérieures) avaient appuyé des candidats anti-Erdogan en réaction aux purges lancées
contre leurs troupes par le premier ministre et à ses pressions contre les patrons finançant
leurs innombrables écoles et leurs 17 universités privées. Mais ça n'a pas suffi, peut-être parce
que leurs électeurs pieux n’ont pas voulu voter « laïque ».
Le problème de la Turquie est que le premier ministre pense que la démocratie se
réduit aux élections. Elles donnent dans son esprit les pleins pouvoirs au vainqueur, au
détriment de la liberté de la presse, de l'Etat de droit et de l'indépendance de la justice. L’AKP
se conduit en l'occurrence comme Ennadha en Tunisie et surtout comme les Frères
musulmans égyptiens ... et comme certains militaires cherchant à être élus. Loin de lancer un
message de réconciliation après les résultats comme il est d'usage, surtout lorsque c'est la
désunion des 55 % d'opposants qui a permis la victoire, Erdogan a menacé les gulénistes «
d'élimination ». Le « modèle turc » s’éloigne pour les Arabes.


La présidentielle algérienne,côté finances


Les riches sont inquiets, les entreprises sont prudentes, les capitaux sortent à toute
vitesse, et l'euro flambe sur le marché parallèle : début mars il était à 50 % au dessus de son
cours officiel.
« La machine administrative » dépenserait sans compter pour la campagne du
président sortant. Les protestataires grognent, mais semblent fatalistes. Quant au « candidat
officiel », il se tait, ce qui renforce les rumeurs selon lesquelles il est physiquement hors d'état
de parler. Certains Algériens soupçonnent son frère de « pousser le fauteuil roulant ».
Par ailleurs le journal El Watan rappelle que si l'armée algérienne a surtout du matériel
russe, la maintenance de ce dernier est ukrainienne (mais de la partie orientale russophone :
un argument de plus pour Poutine ?). Complication supplémentaire : ce matériel intègre des
éléments « intelligents » français susceptibles d'embargo anti-russe :
http://www.elwatan.com//international/crise-russie-ukraine-l-algerie-coincee-entre-deux-partenairesstrategiques-
21-03-2014-249963_112.php )


Irak:c'est de la faute des autres
!
On sait que le premier ministre irakien, Nouri El Maliki, fait sentir aux Kurdes et
surtout aux Arabes sunnites le poids de la majorité chiite. Résultat : les Kurdes se retranchent
leurs montagnes dans une quasi indépendance, et les groupes reliés à Al Qaïda profitent de la
colère des sunnites. D'où un jeu à 3 acteurs (je simplifie beaucoup) : les chefs traditionnels
sunnites et leurs tribus, les mouvements djihadistes qui ignorent la frontière entre l'Irak et
Syrie (où ils se battent contre des chiites alaouites, libanais et iraniens) et la répression par la
police et l'armée … représentant un gouvernement chiite et appuyé par l’Iran.
Plutôt que de chercher à combler le fossé confessionnel, le premier ministre accuse le
Qatar et l'Arabie d'ingérence et de financer l'armement, voire le recrutement des djihadistes.
Problème classique de la poule et de l'oeuf.
Pour le contexte, rappelons que les législatives sont prévues le 30 avril. Mais si les
partis restent sur des bases confessionnelles, la majorité restera aux partis chiites, et cela ne
changera pas le problème. Là non plus, la démocratie ne se résume pas aux élections.


Les présidentielles afghanes
Elles sont prévues pour le 5 avril, le président sortant, Hamid Karzaï, n'est pas
rééligible, mais « se cacherait » derrière Zalmaï Rassoul qui semble avoir l'appui de son clan.
En attendant, le président continue à ne pas vouloir signer l'accord avec les Américains, pour
ne pas paraître « leur homme ». Cela à la grande frayeur d'une partie de la population qui
craint le retour des talibans si les Américains s'en vont complètement.


Les présidentielles approchent aussi en Indonésie
C'est le 9 juin que ces élections doivent avoir lieu dans le plus grand pays musulman
du monde (250 millions d'habitants dont environ 220 sont musulmans, les autres chrétiens,
hindous et bouddhistes). Vous vous souvenez que l'islam n'est pas religion officielle, et que
les partis islamistes sont minoritaires, sauf dans une partie semi autonome de l'île de Sumatra.
Le président Yudhoyono termine assez paisiblement son deuxième mandat, relativement
réussi. Certains lui reprochent toutefois de n'avoir pas agi avec suffisamment de vigueur contre
les islamistes, la bureaucratie et la corruption. Cette dernière serait largement responsable
d'une déforestation dramatique pour satisfaire la demande chinoise, réputée corruptrice, de
bois, ainsi que d'huile de palme venant de plantations remplaçant la forêt.
Le principal parti d'opposition mené par la fille de l'ancien président Sukarno a choisi
un candidat déjà populaire, le gouverneur de Jakarta, Joko Widodo, qui a une image plus
énergique.

Yves Montenay



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