13/05/08
La culture de l'exception
Lorsqu'il s'agit de faire une réforme, il y a deux choses à considérer : est-elle bonne? Et comment réussir à la mettre en place?
Ces deux questions font le tourment de nos hommes politiques; et la seconde davantage que la première, il faut bien l'avouer. A les entendre, ils ont toutes les solutions, mais les Français, ingouvernables, comme chacun sait, empèchent leur mise en place. D'ailleurs, au fond, les solutions sont simples, il suffit "d'avoir un peu de bon sens" et "de regarder ce que font nos voisins". A croire que les Français sont, dans leur majorité, des empécheurs de réformer en rond, des idiots, et même des idiots aveugles.
Qu'il y eût une majorité d'imbéciles dans le monde, cela ne nous étonnerait pas. A vrai dire, cela fait même assez longtemps que le soupçon en est porté. Mais que la France en soit une concentration exceptionnelle, cela sera pour moi assez difficile à admettre.
Car enfin, je crois avoir un peu de bon sens, et je pense savoir à peu près ce qu'il se passe à l'étranger. Or je ne crois pas qu'il y ait ici plus d'imbéciles que là-bas. Pourtant, ici, dit-on, nous résistons davantage aux transformations qui nous sont proposées. Admettons. Mais alors pourquoi? Plusieurs possibilités s'offrent à nous : soit nous sommes effectivement de plus grands imbéciles, soit nos dirigeants sont plus incapables que les autres, soit enfin les réformes qui nous sont proposées ne nous convainquent pas de leur valeur. En fait, cette dernière possibilité peut se ramener soit à la première, soit à la seconde. Car ou bien la réforme est bonne, et nous sommes idiots de la refuser, ou bien elle est mauvaise, et nos dirigeants sont bien des incapables puisqu'ils nous la proposent malgré tout.
Examinons un instant la première éventualité : la réforme proposée est bonne, mais nous la refusons, et cela empêche le gouvernement de la mettre en oeuvre. Cela me semble impossible. Pourquoi? Parce que le but d'une réforme est d'apporter une amélioration à une situation donnée. Or si cette réforme ne porte pas en elle les moyens de son application, elle ne peut rien améliorer du tout. Une réforme doit donc non seulement améliorer le domaine que l'on transforme mais, pour cela, elle doit avoir pris en compte très exactement les circonstances présentes, et donc proposer les moyens les plus adaptées pour réussir à opérer la transformation. Sans cela, elle ne peut pas être considérée comme bonne. Conclusion : si un projet de réforme est stoppé par les événements, c'est qu'il était inadéquat et donc mauvais. Pour autant, l'inverse n'est pas vrai. Il ne suffit pas qu'une réforme passe pour qu'elle soit bonne. Car il est également envisageable que les gouvernants et le peuple soient des idiots tous les deux.
Mais précisément, devons-nous en déduire que nos hommes politiques soient des incompétents? Il ne faut évidemment pas porter des accusations aussi graves. D'ailleurs, la plupart du temps, les politiques ne font jamais que suivre les indications des rapports que leur auront préparés certains spécialistes de l'économie, des relations internationales etc. Mais il faut bien constater que parfois les arguments qu'ils présentent, pour être de jolies formules, n'en sont pas moins tout à fait contestables.
De ce point de vue, en revenir sans cesse à la comparaison "avec ce qui se fait ailleurs" me semble être très significatif d'une certaine indigence de la pensée. Que reste-t-il à faire lorsque l'on n'a plus d'idée, sinon en effet d'"aller regarder sur la copie du voisin"? Certes, s'inspirer de "ce qui marche ailleurs", dit comme cela, peut paraitre une bonne solution, à défaut d'une autre. Mais enfin, on ne progresse pas beaucoup à fonctionner sur ce principe. Que serait l'humanité si elle s'en était tenu à cela? Et sur qui le voisin aura-t-il copié? Agir ainsi, c'est toujours agir en second, c'est s'empêcher d'inaugurer de nouvelles voies possibles, s'empêcher de se créer son propre destin et son propre progrès. Bref, c'est tout simplement l'abdication d'une pensée autonome et vivante.
Plus prosaïquement,àvoir la situation du monde, on peut encore douter que cette formule donne les résultats escomptés, même à titre transitoire. Car il faut encore s'assurer que les solutions d'ailleurs soient les bonnes! Or on constate deux choses : d'abord que les modèles que l'on nous propose se succédent rapidement, en fonction des désillusions (Américain, britannique, nordique, bientôt chinois) -ce qui tend à décrédibiliser tout modèle nouveau quel qu'il soit; et ensuite, et surtout, qu'aucun de ces pays ne semble avoir été épargné par la crise mondiale.
Certes, s'efforcer de "tirer ce qu'il y a de bon" dans toutes les politiques, c'est "de bon sens" et personne ne peut être contre. Et toute la reflexion politique, de Machiavel à Marx, en passant par Locke, dès lors qu'elle s'essaie à reflechir sur l'histoire, ne prétend jamais autre chose. Mais entre réfléchir à ce qui s'est fait et prétendre importer les "recettes d'ailleurs", il y a une grande différence, qui est finalement celle de la philosophie.
Cessons donc de crier haro sur "l'exception française". Elle nous a bien des fois empêché de tomber dans les mêmes erreurs que les autres - ce que les admirateurs des sus-dits pardonnent difficilement, il est vrai! C'est simplement qu'ils oublient que tout modèle nouveau a commencé par être une exception. Aurions-nous dû "faire comme nos voisins", en 1789? N'avions-nous par raison de suivre notre voie, en 1949? Il ne semble pas qu'aucune solution satisfaisante n'ait été trouvé jusqu'à présent des problèmes économiques et politiques qui nous occupent. Laissons donc parler les esprits chagrins, refusons les politiques de simple alignement.Demandons des comptes et des raisons! Continuons ainsi à faire ce que nous savons faire, en "bon français", et que, soyons-en rassurés, d'autres font aussi : ne nous contentons pas du copiage, cultivons notre exception!
12/05/08
Un commentaire de Teilhard
En six parties:
La Vie: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/20/2006_06_teilhard_de_cha/
Le Devoir: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/23/2006_06_teilhard_de_cha_1/
L'Humanité: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/25/2006_06_teilhard_de_cha_2/
L'Amour: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/27/2006_06_teilhard_de_cha_3/
La Pensée: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/06/29/2006_06_teilhard_de_cha_4/
Le Divin: http://croire.blog.lemonde.fr/2006/07/01/2006_07_teilhard_de_cha/
(http://croire.blog.lemonde.fr/)
11/05/08
L'hypercapitalisme mène le monde à la ruine
La crise mondiale qui commence à frapper durement, et qui, hélas, n’en est qu’à ses tous premiers frémissements, n’est autre que le fruit du capitalisme outrancier tel que nous le vivons actuellement.
Les grandes compagnies, leurs dirigeants, propriétaires ainsi que les chefs d’états de la plupart des pays (pauvres ou riches) sont les seuls responsables de la misère qui s’abat sur le monde.
Ils multiplient leurs profits, engrangent la manne gagnée à la sueur de leurs employés ou administrés, sans redistribuer. A l’accroissement de la fortune des uns correspond l’augmentation ou la chute des autres dans la pauvreté, et malheureusement, le nombre du second groupe est largement plus élevé que celui du premier. L’augmentation de la misère va bientôt devenir ingérable. Tout cela à cause de la cupidité, du goût insatiable pour un luxe inutile, de la mégalomanie, de la soif de pouvoir, de l’égoïsme de certains. Et à cause, ce qui est pire encore, du dédain, du mépris pour ceux qu’ils jugent « inférieurs »
Pourtant, ils ne doivent leur richesse ni à un travail personnel surhumain, ni à la sueur de leur front, ni au fait qu’ils se lèvent tôt pour aller travailler - ils vont se coucher quand les employés se lèvent, sans doute pour ne pas voir le visage du monde qui travail ! Ils ne se rendent pas compte que ce sont les gens qu’ils exploitent et méprisent qui les font vivre, qui leur permettent de se noyer dans le luxe.
La misère rampante se profile à l’horizon, nous pouvons l’entendre, la toucher, la regarder à notre propre porte. Elle n’est plus une illusion, un mirage, une idée. Elle est là ! Et, dans le même temps, les profits des gros actionnaires, des gestionnaires, des chefs d’états augmentent. Rien n’est redistribué à ceux qui sont la source de ces profits.
Les prix de l’essence à la pompe grimpent chaque jour un peu plus et atteint des sommets inégalés. Les pétroliers accusent les pays producteurs ; Certes, leurs prix ont augmenté mais pas de cette façon ! Et en même temps, les profits des pétroliers n’ont jamais été aussi élevés. Ces gens nous prennent pour des imbéciles... 25% de profits de plus depuis le début de l’année !!! Il y a un gros problème quelque part.
Le pouvoir d’achat diminue, les prix augmentent mais les compagnies engrangent sans redistribuer et sans se soucier de la misère qui monte. Ce n’est pas leur problème. EUX ne sont pas touchés, pas encore. Mais cela va venir !
C’est ahurissant d’entendre les membres du gouvernement, la droite traiter les gens « d’assistés », de « profiteurs » parce que ne pouvant joindre les deux bouts, ils demandent à l’état, à ceux qui ont trop, de les aider. Certains travaillent à plein temps pour un salaire de misère. Ils suent sang et eau pour, en fin de mois, ne pas avoir de quoi vivre le mois suivant, alors que les « grands » (qui sont en fait tout petit d’esprit) touchent des salaires faramineux et injustifiés qu’ils augmentent de façon éhontée, empochent des dividendes, augmentent leurs profits sans aucune justification, sans travailler plus que le minimum, etc. , vivent hors de la réalité, ne savent pas ce que c’est que de survivre, d’aller travailler le ventre creux, de voir ses enfants partir à l’école le ventre presque vide et se coucher de même...
Questions : Qui sont les assistés ? Qui sont les profiteurs ?
Ce sont tous ces gens qui se disent « les grands de ce monde » qui sont les responsables de cette situation.
Leur incapacité, leur incompétence à gérer les états, leur insolence vis à vis des populations, leur refus de partager, leur refus de renoncer ne serait-ce qu’une goutte d’eau de leur richesse sont les facteurs principaux de la crise profonde et durable dans laquelle nous entrons. Et plus la crise va se faire sentir, plus ces gens vont amasser pour surmonter les années de récession et de misère qui nous arrivent droit dessus. Ne savent-ils pas qu’ils seront bientôt dans le même panier ? Que la misère devient une arme à retardement redoutable ? Ont-ils oublié 1789 ? Les raisons de la révolution et ce qui est arrivé aux profiteurs de l’époque ? L’arrogance et le mépris de Marie-Antoinette et de Louis XVI leur ont coûté la tête. Si on ne décapite plus, physiquement en France, on peut toujours détrôner.
Le peuple commence à avoir faim et les gouvernements continuent à faire des guerres inutiles, injustifiées. Guerres résultant, une fois de plus, de l’incompétence, de l’arrogance, de la soif de pouvoir, du besoin de contrôler la vie des autres, d’imposer ses propres vues, l’intolérance vis à vis des autres,
La récession est là, les faillites personnelles sont en augmentation dramatiques, les faillites de petites et moyennes entreprises aussi. Les prix des produits alimentaires de base montent en flèche, mettre des produits frais sur les tables devient un luxe. Le nombre de gens demandant des coupons d’aide alimentaire progresse chaque jour. Des familles qui se croyaient à l’abri des soucis se retrouvent à la rue. Et les dirigeants se drapent dans leurs mensonges et annoncent que tout va bien ! Jusqu’à quand vont-ils jouer ce petit jeu débile ? Ils ne se rendent pas compte qu’à force de nous mentir, plus personne ne croit ce qu’ils disent ? Ils peuvent bien nous dire que le soleil brille, on ira dehors pour vérifier ! En 1929, quand éclata la grande crise du capitalisme, la dette totale américaine (publique et privée) représentait 140 % du PIB. Elle représente aujourd’hui 210 % du PIB ! La crise était donc prévisible. Et il est faux aussi d’affirmer, comme le fait Sarkozy, qu’on pourrait sortir de la crise en se contentant d’accroître la "transparence" des marchés financiers. Le problème est bien plus grave et bien plus profond qu’il ne le dit. A ce demander s’il est conscient de l’extrême gravité de la situation.
Un des Leitmotivs de la droite est de dire que « aider les populations c’est du communisme » et que « le communisme a tué des millions de personnes. » A ceux-là je dis : Le communisme n’a pas tué, ce sont les gens qui tuent, ce ne sont pas les idées communistes (dont un homme nommé Jésus est à l’origine) qui ont tué mais la folie paranoïaque d’un homme. Ce ne sont pas les idées de partage qui ont créé les goulags mais bien des hommes sur ordre d’un homme. Partager est à l’opposé du meurtre. Partager veut dire agir en être Humain. Tous ces braves politiciens qui nous jette l’église catholique à la figure comme exemple « moral ». Ne devraient-ils pas demander à cette même église de vendre les « trésors » inutiles qui encombrent ses caves en nombre tel que même ceux qui répertorient ces choses en ignorent le nombre exact. L’argent extorqué aux pauvres et qui sert à toutes ces « parades » devrait revenir aux pauvres et non servir à acheter des « Prada »... Encore une belle hypocrisie. Entre les « grands » et l’église catholique les pauvres sont biens coincés. Bien exploités et bien appauvris.
Le capitalisme outrancier tue également, des milliers de gens meurent de famine chaque jour dans les pays du tiers monde et le chiffre augmente. Ces chiffres augmentent également dans les pays « riches ». La famine ne touche pas que l’Afrique ou certains pays d’Asie. Elle est chez nous. Que font donc nos dirigeants ? Entre deux dîners au Fouquet’s ou autre « grand restaurant » ? Un banquet pour parler de la misère et oublié sitôt passé la porte du restaurant ! On récolte des pièces jaunes pour la recherche et une grande partie des fonds est détournée au profit de ceux qui récoltent. C’est une honte !
La relecture de la « lettre d’un Américain au peuple de France » nous montre à quel point cet homme avait raison. En voici un extrait :
........ Bien qu’ils hésitent à l’admettre, beaucoup des supporters de M. Sarkozy issus de la moyenne bourgeoisie sont motivés par la jalousie. Ils sont jaloux des avantages sociaux dont jouissent les fonctionnaires et sont manipulés par M. Sarkozy pour soutenir une politique qui dépouillerait les fonctionnaires de ces avantages. Ce que cette classe moyenne supérieure échoue à comprendre, c’est qu’en soutenant actuellement l’action gouvernementale contre la classe ouvrière, ils se préparent eux-mêmes un traitement similaire dans un avenir proche. Ne vous trompez pas, les seuls gagnants qui émergeront de la « rupture » de M. Sarkozy seront l’élite dirigeante, les grandes entreprises internationales et les vautours étrangers qui becquetteront les os de la France. Les classes moyennes/professionnelles qui soutiennent actuellement M. Sarkozy perdront aussi leurs confort de vie, ils ne le savent simplement pas encore. Ils croient que par quelque mécanisme miraculeux, ils deviendront plus riches aux frais du travailleur ordinaire et que cela est « juste », « nécessaire » et « moderne ». Il se peut que l’élite dirigeante permette qu’une petite part des richesses de la France soit « prêtée » aux classes moyennes à court terme, et qu’elle achète ces classes moyennes pour quelques euros, mais cela sera transitoire et finalement illusoire. Croyez-moi, je le sais. La banque c’est mon métier. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le mécanisme utilisé pour soudoyer les classes moyennes a été l’inflation immobilière. Au cours de ces dernières années, un boom massif des valeurs immobilières a été manigancé pour fournir l’illusion de la richesse. Pourtant aujourd’hui, alors que les prix commencent à chuter, cette richesse s’évapore tandis que la dette contractée pour acquérir cette propriété reste bien réelle et s’accroît de plus en plus, ce qui sonnera au final le glas des classes moyennes dans ces pays. M. Sarkozy est un homme malin et impitoyable. Il sait qu’il ne peut pas persuader la France d’accepter le néolibéralisme (1), et finalement, le fascisme, de façon directe. Il doit manipuler la France pour l’amener dans une situation où le résultat sera un « fait accompli ». Comment cette manœuvre sera-t-elle réalisée ?
Le gouvernement actuel se moque de nous. Il a fini de vider les caisses de l’état à son propre profit et maintenant, il demande aux pauvres de payer pour les plus pauvres. C’est un comble. Il installe un système qui sert uniquement les « élites » Les lois promulguées protègent ces gens. Ils peuvent détourner tout ce qu’ils veulent, ils sont à l’abri de tout recours en justice. Par contre, un citoyen lamda qui, parce qu’il est au chômage, n’a pas les moyens de payer un ticket de métro, pour se rendre à une interview pour une embauche éventuelle, se voit condamné. La fraude, l’abus de biens sociaux est acceptable, le détournement de millions d’euros appartenant aux Français est pratique courante pour ces gens et ne doit pas être un scandale mais une fraude de 1,40 euros, c’est un crime de lèse-majesté. C’est innommable !
Les caisses de l’état sont vides : pas pour tout le monde.
On licencie des dizaines de milliers d’enseignants qui éduquent des millions d’enfants. Mais on embauche 350 personnes pour servir 1 seule personne ! Il y a un malaise quelque part. D’un côté le président met en jeu l’avenir de NOS enfants et de l’autre, il se sert de l’appareil de l’état pour SON propre bien-être, pour SON compte personnel et celui de SON parti. Parce qu’il ne faut pas se faire d’illusions, les employés de l’Elysée sont au service de l’UMP.
Nos impôts servent uniquement à payer les intérêts de la dette de l’état et uniquement à cela. Ceci est anticonstitutionnel. Sarkozy ne doit pas s’en soucier beaucoup puisqu’il n’en est pas à sa première violation de la constitution. Le plus malheureux est que les Français ne peuvent pas faire grand chose, si ce n’est la révolution, contre toutes ces violations et mises en danger de nos libertés et de nos vies, Le Conseil Constitutionnel étant entre les mains de l’UMP.
Nous voilà en plan, abandonnés sur le bord de la route. Nous sommes gouvernés par une meute de Bling-Blings, cernés de belles promesses oubliées sitôt émises (mises à part celles qui nous font chavirer dans la pauvreté, l’impossibilité grimpante de nous soigner, le chômage, l’exclusion). Cloués au pilori par une petite poignée de votants endormis par les mensonges.
Le résident momentané fait, maintenant, de l’Europe « SA priorité absolue », pauvre Européens, ils n’ont rien fait ! Voilà maintenant qu’il va détruire 60 ans de travail acharné et l’économie de 26 autres pays. IL vise certainement la présidence de l’Europe puis celle du monde. Vite dépêchons nous de mourir avant que le monde ne s’écroule.
Brigitte sur http://www.betapolitique.fr/
10/05/08
Claude Lévi-Strauss

CETTE année 2008, Claude Lévi-Strauss*, anthropologue, ethnologue et philosophe, fêtera son 100ème anniversaire.
Chercheur infatigable, écrivain et vulgarisateur de grand talent, Claude Lévi-Strauss a démontré que l’étude de sociétés différentes de la nôtre permettait d’acquérir une distanciation nécessaire à l’étude de la société dans laquelle nous vivons.
Adoptant pour ses recherches une méthode marxiste, Claude Lévi-Strauss s’est toujours refusé à étudier l’économie à la façon des “papes” de l’économie dite moderne dont l’actualité souligne les erreurs dramatiques. Fidèle à Marx, Claude Lévi-Strauss passe l’économie étudiée au crible de la réalité des rapports sociaux de production.
Plaçant l’Humain et l’interaction de leurs activités sur la nature au cœur de ses études, Claude Lévi-Strauss ne pouvait que se passionner pour l’étude de la démographie.
La vie même de ce savant permet de mesurer l’ampleur des bouleversements que connaît notre planète ; bouleversements sur lesquels Paul Vergès ne cesse d’insister.
Lorsque Claude Lévi-Strauss vient au monde, celui-ci compte un milliard et demi d’habitants. En 2008, année de son 100ème anniversaire, la planète porte plus de 6 milliards 695 millions d’habitants. En l’espace d’une vie, la population mondiale s’est accrue de 347%. Or, tous les scientifiques estiment que la Terre devrait pouvoir nourrir sans difficulté 12 milliards d’humains. Qu’elle n’y parvienne pas devrait sans doute conduire chacun de nous à réfléchir aux raisons d’un tel échec qui, chaque année, se traduit en millions de morts.
Jean Saint-Marc
Claude Lévi-Strauss
Sa vie
Né le 28 novembre 1908. Études secondaires à Paris (lycée Janson de Sailly), études supérieures à la Faculté de droit de Paris (Licence) et à la Sorbonne (agrégation de philosophie, 1931, doctorat ès lettres, 1948).
En 1958, il est élu professeur au Collège de France, à la chaire d’anthropologie sociale qu’avait occupée Marcel Mauss, dont la pensée annonçait la sienne sur plus d’un point. L’œuvre et l’enseignement de Lévi-Strauss, outre leur influence à l’étranger, ont, en France, grandement contribué à susciter un nouvel essor de la recherche anthropologique et de l’ethnologie de terrain. Claude Lévi-Strauss est membre de l’Académie française depuis 1973.
La leçon de Marx
Dès sa 17ème année, Claude Lévi-Strauss se passionne pour la politique. Très engagé à gauche, il se mit à lire Marx, qui allait le marquer très profondément et dont l’influence allait perdurer bien après qu’il se fut détaché de la politique. Dans l’œuvre de Marx, Lévi-Strauss n’a cessé de voir, et continue de voir, une incitation à considérer que, dans le domaine des sciences sociales, l’analyse doit passer par la construction de modèles théoriques qui permettent d’appréhender la complexité du réel à partir des structures qui l’organisent et non par la simple observation des données de l’expérience.
« Vers ma dix-septième année, j’avais été initié au marxisme par un jeune socialiste belge, connu en vacances et qui est aujourd’hui ambassadeur de son pays à l’Étranger. La lecture de Marx m’avait d’autant plus transporté que je prenais pour la première fois contact, à travers cette grande pensée, avec le courant philosophique qui va de Kant à Hegel : tout un monde m’était révélé. Depuis lors, cette ferveur ne s’est jamais démentie et je m’applique rarement à débrouiller un problème de sociologie ou d’ethnologie sans avoir, au préalable, vivifié ma réflexion par quelques pages du 18 Brumaire de Louis Bonaparte ou de la Critique de l’économie politique.
Il ne s’agit d’ailleurs pas de savoir si Marx a justement prévu tel ou tel développement de l’histoire. À la suite de Rousseau, et sous une forme qui me paraît décisive, Marx a enseigné que la science sociale ne se bâtit pas plus sur le plan des événements que la physique à partir des données de la sensibilité : le but est de construire un modèle, d’étudier ses propriétés et les différentes manières dont il réagit au laboratoire, pour appliquer ensuite ces observations à l’interprétation de ce qui se passe empiriquement et qui peut être fort éloigné des prévisions. À un niveau différent de la réalité, le marxisme me semblait procéder de la même façon que la géologie et la psychanalyse entendue au sens que lui avait donné son fondateur : tous trois démontrent que comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre ; que la réalité vraie n’est jamais la plus manifeste ; et que la nature du vrai transparaît déjà dans le soin qu’il met à se dérober. Dans tous les cas, le même problème se pose, qui est celui du rapport entre le sensible et le rationnel et le but cherché est le même : une sorte de super-rationalisme, visant à intégrer le premier au second sans rien sacrifier de ses propriétés ». “Tristes Tropiques”, Plon, 1955, p.62
Karl Marx : « Dans la production, les hommes n’agissent pas seulement sur la nature, mais aussi les uns sur les autres. Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée et en échangeant entre eux leurs activités. Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature, la production ».
(K. Marx - 1847 - Travail salarié et Capital - K. Marx (III))
08/05/08
Ouvriers: les hommes invisibles
(Sur http://www.pensezbibi.com ) Quand Bibi regarde la télévision toutes chaînes confondues, il a du mal à reconnaître la France dans sa diversité sociale. Les ouvriers sont quasiment absents du petit écran. Lorsqu’ils sont évoqués ou montrés, c’est à la va-vite, à travers une interview express d’un délégué syndical ou encore à la façon de Jean-Pierre Pernaud qui exalte la veine populiste qu’"avant c’était mieux" et qu’"aujourd’hui tout fout le camp mon pauvre monsieur". Lorsqu’ils sont présents sur la scène médiatique, les ouvriers sont perçus le plus souvent à travers le prisme de manifestations restituées en « marronniers », ce genre de reportages télévisuels, cycliques, déjà vus, archiconnus. Avec toujours ce cliché que l’ouvrier est passéiste, encore attaché à de vieux principes, à de vieilles revendications. Ces reportages retraduisent le souhait de certains politologues et chiens de garde qui déclamaient avec obstination depuis la chute du Mur de Berlin que « la classe ouvrière a disparu ». On continue à faire l’impasse télévisuelle sur ces 28% de la population active, frange méconnue et présentée sous des dehors paternalistes. Sur la scène médiatique, peu de recherches mais lorsque celles-ci existent, les ouvriers sont « parlés » plus qu’ils ne parlent. Le téléspectateur les aperçoit fugitivement quand il y a des fermetures d’entreprises : ils sont derrière leurs pauvres banderoles ou devant un brasero qui fait chaud aux mains et aux coeurs. On donne surtout l’image d’ouvriers abattus, démobilisés, en voie de disparition. La vision en est le plus souvent négative, dramatique, misérabiliste. Cette partie de la population qui officie dans la production industrielle est donc ignorée. Lorsque les rares images nous parviennent, on reste incrédules. Comme King Kong aux yeux des New-Yorkais. On ignore par exemple – territoires inconnus – les salariés qui opèrent à la chaîne, on tait tout ce qui concerne la souffrance sociale (maladies professionnelles, rapports hiérarchiques, rythme des cadences, accidents du travail, suicides, etc.) comme si cela faisait partie d’un monde d’un autre temps – celui de Marx et Engels désormais désuets . Et il suffirait de peu pour qu’émerge cette idée que l’ouvrier est congénitalement ignare et ignorant, qu’il n’a pas su s’adapter aux techniques nouvelles de l’ère moderne, etc. Quant aux images sur les luttes sociales, sur les actions collectives, elles sont moquées sur un ton condescendant. Les ouvrier(e)s – ombres peu différenciées – sont filmés de façon anonyme, en masses anonymes. Le drame des pertes d’emploi est enseveli sous les chiffres, sous les courbes des spécialistes. Silence encore plus épais pour expliquer la mondialisation et la part qu’y prennent les trusts français/européens. France-Info a une rubrique par heure sur les indices boursiers et le commentateur cite le nom des entreprises de façon désincarnée. Les hommes et femmes qui y travaillent sont des hommes et des femmes invisibles, inaudibles ou en fond sonore imperceptible. La parole ouvrière, hésitante, en recherche, en construction de pensée, n’y est jamais aidée ou restituée. Elle est de fait dévalorisée lorsqu’elle vient en écho de la parole construite (objectivité oblige !), sans taches, sans fautes syntaxiques de l’expert ou/et du personnel politique. Alors que les Français font de plus en plus confiance aux syndicats pour les défendre, les médias ne cherchent plus à comprendre mais à censurer avec douceur et obstination. Tous les micro-débats, tous les gestes quotidiens militants, toutes les opérations culturelles des nombreuses associations d’éducation populaire sont ignorées. Du coup, toutes ces initiatives – supposées ne pas entrer dans la culture savante – n’ont pas droit de cité et n’ont aucune existence médiatique. C’est dans ce climat de censure que s’est opéré le transfert massif gauche-droite d’une frange importante des ouvriers vers le Front national en son temps. Là le discours n’était plus folklorique mais méprisant et accusateur. Face aux mains propres des intellectuels médiatiques (gauche-caviar y compris), l’ouvrier y était stigmatisé, lui, l’Ignorant, l’Abruti, l’Habitant résiduel des temps passéistes. L’ouvrier reste le Dangereux qui ne sait pas ce qu’il fait, qui suit aveuglément l’Aristocratie ouvrière et qui devient une marionnette dans ses mains. Et quand on montre des rares images sur ce monde à peine visible, c’est la plupart du temps sur le mode de la « story » individuelle, d’une histoire singulière misérabiliste, du conte de fées à l’envers, avec comme socle la psychologisation et la personnalisation des témoignages. Et pourtant, malgré ce silence délibéré ou ces reportages bancals, la classe ouvrière cahin-caha se fait entendre malgré le mépris du pouvoir médiatico-politico-économique et la surdité de ses anciens porte-paroles politiques.
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06/05/08
Mai 68. Un moine rouge.
Mai 68 a aussi bousculé l’Église. Et « l’esprit » de l’abbaye de Boquen, à Plénée-Jugon a marqué les esprits. Destitué en 1969, l’ancien prieur Bernard Besret, surnommé le moine rouge, est devenu taoïste.
Dans sa maison ouverte sur la mer à Plougrescant, près de Tréguier (22), Bernard Besret, 73 ans, est apaisé. L’ancien prieur de l’abbaye de Boquen, à Plénée-Jugon, dans le Mené (22), partage sa vie entre ses écrits, ses fréquents voyages en Chine, son intérêt pour la philosophie taoïste et ses conférences. Il raconte avec détachement « ses années de braise », après un an d’études aux États-Unis, en 1952, puis neuf autres d’études théologiques à Rome. « J’ai joué un petit rôle à Vatican II, comme conseiller d’évêques français. Ce fut une sorte de révolution culturelle mais qui n’a pas été jusqu’au bout », dit le fils d’une famille laïque de Loudéac (22).
Ouvrir les portes
Nommé prieur de l’abbaye de Boquen en 1964, à la demande de Dom Presse qui a restauré cette abbaye cistercienne, Dom Bernard Besret reste marqué par l’Anglais Aldous Huxley et ses ouvrages sur « la philosophie éternelle » et « les portes de la perception ». Huxley, inspirateur du mouvement hippie américain, prône la transcendance individuelle contre la discipline collective.
« À Boquen, j’ai voulu ouvrir les portes et pas seulement de l’Église catholique, libérer les tabous pour que la communauté soit davantage ouverte sur le monde », dit-il. Boquen devient un lieu de contestation, précurseur des idées de 68. Les offices et sermons de Dom Bernard Besret sont très courus.
Hérétique
Le moine rouge souffle sur la braise pour « faire éclater les moules ». Il fait venir l’abbé Pierre, le général de Bollardière. Il a le soutien de nombreux prêtres, dont le père Paul Houée et des mouvements catholiques engagés. Il bouleverse la liturgie, prône « la profondeur intérieure », conseille en chaire aux participants « de desserrer votre ceinture, de respirer profondément ». « J’entendais l’abbatiale murmurer après mes propos », se souvient-il. La musique contemporaine « déconstruite » fait son apparition lors d’offices où on improvise. Une ambiance type « gospel » américain qui étonne et séduit dans les années 60. « À la fin d’un office, j’ai entendu deux vieilles dames en coiffe échanger : "plus que ça va, plus que c’est mieux" », raconte Bernard Besret. En juin 1968, il accueille une des quatre universités d’été d’étudiants de La Sorbonne, à la demande de Joël Barbedette, de Plésidy. Le « buzz » autour du moine rouge, devenu célèbre, inquiète la hiérarchie. « L’ennui avec vous, c’est que vous êtes hérétique », lui dit, lors d’un déjeuner, Mgr Paul Gouyon, l’archevêque de Rennes. Le 20 août 1969, Bernard Besret, lors d’une conférence à Boquen, propose à tous les prêtres et religieux « une année sabbatique pour prendre leur liberté ». Il ajoute, provocateur, « être marié avec Dieu, c’est être marié avec personne ». Le sermon de trop ! Convoqué à Rome le 10 octobre 1969, Dom Bernard Besret est destitué de sa mission de prieur.
Dom Helder Camara et Mgr Gaillot
« J’ai été démis parce que ça faisait trop de bruit. Je savais que ça ne pouvait pas durer car je remettais en cause les dogmes de l’Église telle que l’autorité, l’incarnation. Peut-être que j’avais trop d’avance », dit-il. Dans les années 70, des centaines de prêtres quitteront les ordres, ne supportant plus une Église trop rigide. Lors de ses fonctions de conseiller à la cité des sciences de La Villette, dans les années 90, Bernard Besret a reçu la visite de Dom Helder Camara, l’évêque rouge brésilien de Recife, avocat des pauvres et adepte de la théologie de la libération. À Paris, il croise, de temps à autre, Mgr Gaillot, ancien évêque d’Évreux. Lui aussi a croisé le fer avec Rome...
05/05/08
Gauche et point de vue communiste
Gauche : réflexions pour un point de vue communiste de France (première partie), vendredi 2 mai 2008 / "le Patriote"
A l’évidence, après les espérances mais aussi les réalités et les échecs historiques du « court 20ème siècle », comme après les cycles électoraux de 2002 et 2007 en France, mais aussi les évolutions européennes, tant en Italie, Chypre, l’Espagne ou l’Allemagne, une réflexion et une production conceptuelle et pratique nouvelles sont indispensables pour refonder un processus d’émancipation humaine de toutes les exploitations et de toutes les dominations.
Un capitalisme mondialisé et financiarisé ayant réussi, économiquement mais aussi culturellement et sociologiquement, à intégrer et réagencer l’ensemble de ces dominations à son profit. Y compris celles qui ont historiquement précédé le capitalisme, comme la domination patriarcale.
Notre responsabilité aussi bien dans les ripostes d’aujourd’hui, les rassemblements de luttes comme pour l’avenir, est d’apporter une réflexion nouvelle, chacun ayant bien conscience, au delà de la diversité légitime des points de vue qu’une simple amélioration de l’efficacité militante de l’existant serait en deçà des défis posés.
La notion de gauche
Cette notion reste t elle pertinente ? Ainsi que l’ambition de s’adresser et de vouloir rassembler toute la gauche ? Dans une première vision les raisons d’y renoncer et de vouloir totalement essayer « autre chose » ne manquent pas. Les échecs historiques de la fin du 20ème siècle, aussi bien ceux concrétiser par l’effondrement soviétique que l’échec des social-démocraties dans l’aménagement du capitalisme. Le type de construction européenne à l’œuvre et son insertion dans la mondialisation. Le glissement des cercles dirigeants de la social démocratie en social libéralisme ainsi que le rôle que jouent activement nombre de ses dirigeants dans ce capitalisme mondialisé, de l’OMC au FMI, en passant par des dirigeants européens comme T.Blair….les raisons apparentes de vouloir faire « table rase » de cette ambition ne semblent pas manquer.
Et, partant de ce constat, considérer que face à ce bipartisme de consensus pour l’économie de marché qui a une domination institutionnelle écrasante, l’heure ne serait qu’à la résistance anticapitaliste, voire à une longue traversée du désert pour ressourcer une force révolutionnaire nouvelle, au refus de toute alliance avec le PS, à considérer comme compromettante toute perspective de dynamiser une gauche qui soit à la fois de combat et de responsabilité dans les institutions ou des majorités, voire même considérer que la notion même de gauche aurait perdu toute pertinence.
De tels points de vue ne feraient à mon sens qu’accélérer la marginalisation durable des forces de transformation sociale, agissant pour un dépassement du capitalisme et l’émancipation humaine.
L’utilité de la politique
Notamment dans la tradition française, la notion de gauche vient de loin. Y compris dans les suites de la révolution française. Ce n’est d’ailleurs pas d’aujourd’hui, qu’un courant de cette gauche est marquée par le réformisme, voire selon les périodes des compromissions actives avec les forces dominantes du capitalisme et on ne va découvrir tous les matins ce que sont les « socialistes » comme produit et prolongement de cette histoire du réformisme, comme si on tombait de l’armoire. (1) Jamais sinon, nos prédécesseurs n’auraient osé le « Front Populaire contre le fascisme, pour le pain et la liberté », ni non plus recherché le rassemblement du peuple de France le plus large dans la Résistance et à la Libération.
Il reste que, loin d’avoir intérêt à l’effacement du clivage « gauche/droite », voire de rejeter le PS dans le « camp d’en face », l’intérêt populaire est au contraire me semble t-il de restaurer pleinement ce clivage « gauche/droite », tout en portant un débat, totalement public sur ce que doit être la gauche et une politique de gauche. Il y a d’ailleurs un déficit dramatique de ce débat public et populaire. Là est la question pour dépasser les formes effectivement insuffisantes voire obsolètes d’échanges, d’accords ou de désaccords entre organisations politiques.
Car les difficultés ne sont pas seulement les déceptions nées en France comme en Italie des politiques des « gouvernements de gauche » enfermés dans leurs renoncements face au néo-libéralisme ou bien les menaces institutionnelles du bipartime et du vote utile. La difficulté essentielle réside dans la crédibilité d’une perspective de transformation sociale de dépassement du capitalisme dans les conditions nouvelles de notre époque. C’est la question politique majeure. D’où la question du projet et des contenus. Certes s’adresser à toute la gauche, comme au peuple entier, ne suffit pas pour répondre à la question posée. Mais s’en priver serait assurément s’interdire de la résoudre en assassinant la crédibilité de toute perspective majoritaire et condamner alors la contestation du capitalisme à se cantonner à la protestation marginale et au verbe incantatoire et dénonciateur.
Le communisme français
Ce qui distingue un parti politique communiste, d’un simple mouvement ou d’une association, c’est la nature de l’ambition. Pas simplement entretenir une contestation ou des contre- pouvoirs dans tels ou tels domaines, mais d’être utile concrètement, à la fois au quotidien et dans l’utopie (au sens positif du terme), pour construire des rassemblements populaires majoritaires, faire bouger la société dans le sens des réponses aux besoins populaires contre l’insécurité sociale que déchaîne le capitalisme, unir réformes et ambitions révolutionnaires. Ce que le PCF a su faire à différents moments de son histoire.
Le communisme français vient de loin, de bien avant la « matrice de 1920 », au même titre que Marx d’ailleurs n’a jamais figé dans sa réflexion les formes et les contours de ce que devait être un « parti communiste ». Le communisme n’est pas une théorie ou un « idéal », il est dans chaque formation sociale et nationale, et donc spécifiquement en France, un « mouvement historique réel ». (2) Son utilité et sa reconnaissance se sont enracinées dans la capacité sociale à permettre à des classes exclues, y compris issues de l’immigration, d’exister en politique, dans l’utopie créative d’une perspective, et surtout dans les moments de son histoire où il a su proposer à la société française, non pas « d’abolir » le capitalisme, ou de lui substituer un « modèle » tout préfabriqué qu’il s’agisse du « communisme » ou du « socialisme », mais de conquérir des transformations sociales concrètes, qui ont été potentiellement à leurs époques des négations potentielles et partielles du capitalisme : pensons par exemple au contenu et à la philosophie de la Sécurité Sociale à sa création.
Toute la question qui nous est collectivement posée, est pour la société française d’aujourd’hui, dans le monde et l’Europe d’aujourd’hui, de refonder dans la spécificité du communisme français, un apport pour toute la gauche et la société.
Jean Paul Duparc
(1) voir « L’histoire du réformisme » que Jean Burles avait publié il y a quelques années aux Editions Sociales. (2) Roger Martelli
04/05/08
Science et religion, par Jean Bricmont
Science et religion : l’irréductible antagonisme par Jean Bricmont - Sur http://www.pseudo-sciences.org.
Texte antérieurement publié dans : « Où va Dieu ? »
Revue de l’Université Libre de Bruxelles, Complexe, Bruxelles, 1999.
Et dans :« Qu’est-ce que croire ? », Agone, Philosophie, critique et littérature, No 23, 2000.
Et dans : Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences.
Sous la direction de J. Dubessy et G. Lecointre, Syllepse, Paris, 2001
Si nous prenons en main un volume quelconque, de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous : Contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d’existence ? Non. Alors, mettez-le au feu, car il ne contient que sophismes et illusions.
David Hume (1)
Introduction
Il semble que l’heure soit au dialogue, après des siècles de conflit et de séparation, entre science et foi, ou science et théologie. On ne compte plus les séminaires et les rencontres consacrés à ce thème. Des scientifiques éminents comme Friedrich von Weizsacker et Paul Davies ont reçu le prix « pour le progrès de la religion », offert par la fondation Templeton. L’American Association for the Advancement of Science a organisé récemment (en avril 1999) un débat public sur l’existence de Dieu [2]. L’hebdomadaire Newsweek n’hésite pas à proclamer sur sa couverture que « la science découvre Dieu » (27 juillet 1998). Plus près de nous, l’Université Interdisciplinaire de Paris [3] (UIP) organise de nombreuses conférences sur le thème de la convergence entre science et foi, avec la participation de scientifiques de très haut niveau et cette « université » jouit de soutiens puissants. Le ‘positivisme’ n’est plus de mise en philosophie et la science, post-quantique et post-gödelienne, s’est faite modeste. D’autre part, les théologiens se sont mis à l’écoute de la science qu’ils ont renoncée à contredire ou à régenter. Tout ne va-t-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non. Je vais plaider une thèse qui va à l’encontre de cette tendance et montrer que, si elles sont bien comprises, la démarche scientifique et la démarche religieuse sont en fait inconciliables. Évidemment, la démarche religieuse est aujourd’hui difficile à cerner, parce qu’elle est devenue terriblement vague et diversifiée, ce qui rend la critique malaisée. On peut toujours me répondre que je n’ai pas compris l’essence de la démarche et me renvoyer à la lecture d’un nouvel auteur. Je limiterai par conséquent ma critique à quatre axes qui me semblent caractériser les principales attitudes adoptées aujourd’hui par les croyants face à la science : d’abord, le concordisme, c’est-à-dire l’idée que la science bien comprise mène à la religion. Deuxièmement, la doctrine, opposée à la première, selon laquelle il existe différents ordres de connaissance, l’un réservé à la science, l’autre à la théologie (avec parfois la philosophie entre les deux). Troisièmement, la thèse, réactualisée récemment par le paléontologue Steven Jay Gould [4], affirmant que la science et la religion ne peuvent pas entrer en conflit parce que l’une s’occupe de jugements de fait, l’autre de jugements de valeur. Et, finalement, ce qu’on pourrait appeler le subjectivisme ou le postmodernisme chrétien. Pour conclure, je ferai quelques remarques sur l’actualité et l’importance de l’athéisme.
Pour le dire d’un mot, la racine de l’opposition entre science et religion porte essentiellement sur les méthodes que l’humanité doit suivre pour obtenir des connaissances fiables, quel que soit l’objet de ces connaissances. Un des principaux effets que la naissance des sciences modernes a eu sur notre façon de penser, c’est la prise de conscience, à l’époque des Lumières, des limites que la condition humaine impose à nos possibilités d’acquérir des connaissances qui vont au-delà de l’expérience. Par ailleurs, je suis parfaitement conscient du fait que les idées avancées ici ne peuvent paraître neuves que dans la mesure où elles ont été en partie oubliées. Néanmoins, la confusion qui existe dans une partie du monde intellectuel à propos des rapports entre science et religion force malheureusement les incroyants à réaffirmer régulièrement leurs propres « vérités éternelles » [5].
Le concordisme
N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu absurde dans le spectacle d’êtres humains qui tiennent devant eux un miroir et qui pensent que ce qu’ils y voient est tellement excellent que cela prouve qu’il doit y avoir une Intention Cosmique qui, depuis toujours, visait ce but…Si j’étais tout-puissant et si je disposais de millions d’années pour me livrer à des expériences, dont le résultat final serait l’Homme, je ne considérerais pas que j’aurais beaucoup de raisons de me vanter.
Bertrand Russell [6]
L’idée selon laquelle il existe une sorte de convergence entre science et religion est ancienne mais cette approche, après avoir été plus ou moins mise de côté pendant des années, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt [7]. Ses partisans soutiennent que la science contemporaine elle-même offre de bons arguments en faveur de l’existence d’une transcendance ; contrairement à la science classique, matérialiste, du 18e siècle, la mécanique quantique, le théorème de Gödel, le Big Bang, et parfois la théorie du chaos, nous offrent une image réenchantée du monde, indiquent les « limites » de la science et suggèrent un au-delà. Un exemple typique de ce genre de raisonnement est basé sur le « principe anthropique » : des physiciens ont calculé que, si certaines constantes physiques avaient été très légèrement différentes de ce qu’elles sont, l’univers aurait été radicalement différent de ce qu’il est et, en particulier, que la vie et l’homme auraient été impossibles. Il y a donc là quelque chose que nous ne comprenons pas ; l’Univers semble avoir été fait de façon très précise afin que nous puissions en faire partie. En fait, il s’agit d’une nouvelle version de ce que les anglo-saxons appellent « the argument from design », à savoir que l’univers semble avoir été fait en fonction d’une certaine finalité et que cette finalité elle-même témoigne de l’existence d’un Grand Architecte [8].
Les scientifiques non-croyants répondent de différentes façons à ce genre d’arguments : par exemple, on peut dire que la situation est temporaire et que d’autres phénomènes qui, dans le passé, ont été considérés comme des preuves évidentes de l’existence de la Providence, tels que l’extrême complexité des êtres vivants, ont été, en principe, expliqués scientifiquement. Par ailleurs, rien ne dit que l’univers observé est le seul qui existe et, s’il en existe plusieurs ayant des propriétés physiques différentes, nous nous trouverons forcément dans un de ceux où la vie est possible [9].
Mais cela ne va pas au fond du problème : les scientifiques « matérialistes » ne sont en général pas assez matérialistes ou, en tout cas, pas assez darwiniens (dans un certain sens du terme). La tradition religieuse ainsi qu’un narcissisme évident nous a laissé l’illusion que nous étions le centre de l’univers et le sommet de la création [10]. Mais dans la vision scientifique du monde, nous ne sommes, métaphoriquement parlant, qu’un peu de moisissure perdue sur une planète quelque part dans l’univers, et que la pression de la sélection naturelle a muni d’un cerveau. En particulier, il n’y a strictement aucune raison de croire que nous pouvons répondre à toutes les questions que nous nous posons [11]. Et il est normal qu’il y ait de l’inexpliqué et du mystérieux dans le monde — c’est l’inverse qui serait surprenant [12]. Personne ne songe à faire jouer les orgues de la métaphysique parce que les chiens ou les chats ne comprennent pas certains aspects de leur environnement. Pourquoi réagir différemment lorsqu’il s’agit de ces animaux particuliers que sont les êtres humains ? Certes, la science fait reculer notre ignorance, mais elle n’élimine pas notre perplexité. En fait, plus on avance, plus on touche à des réalités qui sont soit très petites avec la mécanique quantique, soit très grandes ou très anciennes avec la cosmologie, et il n’est pas déraisonnable de s’attendre à ce que le monde nous apparaisse de plus en plus étrange. Le meilleur remède psychologique contre les dérives métaphysiques liées aux limites des sciences est de changer de perspective et de se dire que ce n’est pas le monde qui est magique, mais nous qui sommes bêtes.
Les partisans de la convergence répondront que l’analyse objective du monde suggère l’existence d’une transcendance et qu’il n’y a aucune raison de la rejeter comme hypothèse ; cette transcendance est peut-être invisible, mais les champs électromagnétiques ou la force de gravitation universelle ne sont pas non plus observables de façon directe. On observe leurs conséquences et, à partir de là, on infère leur existence. Pourquoi ne pas procéder de la même façon avec Dieu ? Pour une raison très simple : comment spécifier ce qu’est Dieu ? Lorsqu’on fait des hypothèses scientifiques, on les formule, du moins en principe, de façon mathématiquement précise et on en déduit des conséquences observables. Comment procéder ainsi pour le transcendant ? C’est impossible, presque par définition. Considérons, par exemple, l’idée que Dieu est tout-puissant : qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Qu’il peut modifier les lois de la physique ? Ou même celles de l’arithmétique (par exemple, faire en sorte que 2+3=6) ? Peut-il s’opposer au libre arbitre humain ? Peut-il empêcher la souffrance ? Sans aucun doute, les théologiens peuvent apporter des réponses cohérentes à ces questions. Le problème est qu’il est relativement facile de trouver toute une série de réponses cohérentes à presque n’importe quelle question, mais qu’il est difficile, en l’absence de tests empiriques, de savoir laquelle est la bonne.
Évidemment, une façon de donner un contenu précis à l’idée de divinité, c’est de se tourner vers l’une ou l’autre révélation. Mais il faut éviter de tomber dans un raisonnement circulaire. On ne peut pas accepter d’emblée qu’il s’agisse là de la parole de Dieu, au contraire, c’est ce qu’il faut établir. Or, il n’existe pas de révélation qui soit empiriquement correcte dans les domaines où l’on peut la vérifier ; par exemple, la Bible n’est pas particulièrement exacte en matière de géologie ou d’histoire naturelle. Pourquoi alors faire confiance aux assertions qu’on y trouve concernant des domaines où elle n’est pas directement vérifiable, tels que les caractéristiques du divin ?
On ne peut que s’étonner du fait que d’éminents scientifiques non-croyants se laissent parfois enfermer dans la problématique du concordisme. Steven Hawking, par exemple, affirme : « Mais si l’Univers n’a ni singularité ni bord et est complètement décrit par une théorie unifiée, cela a de profondes conséquences sur le rôle de Dieu en tant que créateur. » [13] En réalité, cela n’en a aucune, à moins d’arriver à caractériser Dieu de façon suffisamment précise pour servir d’alternative à l’absence de singularité et de bord (qui, eux, sont définis de façon mathématique). Le biologiste Richard Dawkins explique qu’il a un jour déclaré à un philosophe, au cours d’un dîner, qu’il ne pouvait pas imaginer être athée avant 1859, année de la parution de L’origine des espèces de Darwin [14]. Ce qui revient implicitement à critiquer l’attitude des athées du 18e siècle. Pour comprendre néanmoins pourquoi ceux-ci avaient raison, imaginons, ce qui est évidemment impossible, qu’on démontre demain que toutes les données géologiques, biologiques et autres sur l’évolution sont une gigantesque erreur et que la Terre est vieille de 10.000 ans. Ceci nous ramènerait plus ou moins à la situation du 18e siècle. Nul doute que les croyants, surtout les plus orthodoxes, pousseraient un immense cri de joie. Néanmoins, je ne considérerais nullement cette découverte comme un argument en leur faveur. Cela montrerait que nous n’avons, après tout, pas d’explication de la diversité et de la complexité des espèces. Bien ; et alors ? Le fait que nous n’ayons aucune explication d’un phénomène n’implique nullement qu’une explication qui n’en n’est pas une (par exemple, une explication théologique) devienne subitement valable.
La célèbre phrase de Jacques Monod : « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard » [15] souffre également d’une certaine ambiguïté, qu’on retrouve chez certains biologistes ; que veut dire ici le mot « hasard » ? S’il signifie que l’homme n’était pas prédestiné, ce n’est pas réellement une découverte scientifique ; les explications en terme de causes finales ont été abandonnées pour des raisons similaires à celles qui ont mené à l’abandon des explications de type religieux (impossibilité de les formuler de façon à ce qu’elles soient testées). Mais si le terme désigne ce qui n’a pas de causes (antécédentes), alors la phrase exprime simplement notre ignorance concernant l’origine de la vie ou certains aspects de son évolution. Le hasard n’est pas plus une cause ou une explication que Dieu [16].
En fin de compte, le Dieu soi-disant découvert par la science, comme le hasard, n’est qu’un nom que nous utilisons pour recouvrir notre ignorance d’un peu de dignité.
Notons finalement que, lorsque l’Église s’est décidée à reconnaître ses torts dans l’affaire Galilée (au terme d’une enquête qui a duré de 1981 à 1992), le cardinal Poupard déclara, en présence du pape : « certains théologiens contemporains de Galilée n’ont pas su interpréter la signification profonde, non littérale, des Écritures » [17]. Mais ni lui ni Sa Sainteté ne semblent apprécier l’importance du fait que c’est l’action courageuse de milliers de non-croyants ou de croyants suffisamment sceptiques qui ont amené les théologiens [18] à découvrir cette « signification profonde ». On ne peut s’empêcher d’être perplexe face au comportement d’une divinité qui se révèle dans des Écrits, dont la véritable signification échappe totalement durant des siècles aux croyants les plus zélés et ne finit par être comprise que grâce aux travaux des sceptiques ; les voies de la Providence sont vraiment impénétrables.
Une réalité d’un autre ordre ?
Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.
Bertrand Russell [19]
L’attitude religieuse traditionnelle et pourrait-on dire, orthodoxe, rejette, souvent avec fermeté, l’idée d’une concordance entre science et foi et s’appuie plutôt sur l’idée que la théologie ou la réflexion religieuse nous donne accès à des connaissances d’un autre ordre que celles accessibles à la science [20]. Ce genre de discours commence souvent en observant que l’approche scientifique ne nous donne qu’une connaissance très partielle de la réalité. En effet le monde tel que le représente la science est assez étrange : où trouve-t-on dans cet univers de gènes, de molécules, de particules et de champs ce qui nous paraît faire la spécificité de l’être humain, à savoir nos sensations, nos désirs, nos valeurs ? Ne faut-il pas faire appel à une autre approche, non scientifique, pour appréhender cet aspect essentiel de la réalité ? Et cette autre approche ne pourrait-elle pas nous indiquer le chemin qui mène vers une transcendance ?
Comme cette question est la source de pas mal de confusions, il faut, pour y répondre, distinguer soigneusement nos différentes façons de connaître ; tout d’abord, remarquons que l’immense majorité de nos connaissances ne sont pas « scientifiques » au sens strict du terme. Ce sont les connaissances de la vie courante. Néanmoins, elles ne sont pas radicalement différentes des sciences en ce sens qu’elles visent également à une connaissance objective de la réalité et qu’elles sont obtenues par une combinaison d’observations, de raisonnements et d’expériences. Ensuite, il y a l’approche introspective et intuitive de la réalité, qui nous permet de connaître nos propres sentiments et parfois de deviner ceux des autres. C’est elle qui nous permet d’avoir accès au monde des sensations et de la conscience. Comment relier ce monde subjectif au monde objectif tel que le décrit la science contemporaine est fort problématique et suggère effectivement que la vision du monde fournie par la science est incomplète. À nouveau, on peut soutenir que cette situation n’est que temporaire. Mais surtout, il ne faut pas oublier qu’il est normal que notre rapport à la réalité nous laisse insatisfaits et perplexes.
La démarche religieuse cherche parfois à utiliser l’aspect subjectif de notre expérience pour justifier ses assertions. Nous sentons « qu’il y a quelque chose qui nous dépasse » ou nous nous sentons en rapport immédiat avec une entité spirituelle, ce qui, poussé à l’extrême, débouche sur l’expérience mystique. Mais comment s’assurer que notre expérience subjective nous donne accès à des entités existant objectivement en dehors de nous, Dieu par exemple, et pas simplement à des illusions ? Après tout, il existe tant d’expériences subjectives différentes qu’il est difficile de croire qu’elles mènent toutes à des vérités. Et comment les départager si ce n’est en faisant appel à des critères non-subjectifs ? Mais faire appel à de tels critères revient à mettre de côté le caractère probant de l’expérience subjective.
Par ailleurs, postuler, par exemple, l’existence d’une âme pour expliquer la conscience [21] est une démarche aussi illusoire que postuler l’existence d’une divinité pour expliquer l’univers. L’âme est-elle immortelle ? Vient-elle à la naissance ou à la conception ? Comment interagit-elle avec le corps ? Cette interaction viole-t-elle les lois de la physique ? Respecte-t-elle la conservation de l’énergie ? Dès que l’on pose des questions concrètes, on se rend compte qu’il est impossible d’y répondre. Ou plutôt, qu’il est toujours possible de donner différentes réponses, mais qu’il n’y a aucun moyen de trancher entre elles. En fin de compte, notre approche subjective du monde ne nous permet pas plus d’inférer l’existence des êtres postulés par les religions (Dieu, l’âme etc.) que notre approche objective.
En fait, l’appel à la vie intérieure comme signe d’une transcendance est une sorte de régression par rapport à la métaphysique classique. Celle-ci cherchait à atteindre un autre ordre de réalité en utilisant non pas notre intuition, mais nos capacités de raisonnement a priori. Hume a très bien résumé le problème que rencontre cette approche : « la racine cubique de 64 est égale à la moitié de 10, c’est une proposition fausse et l’on ne peut jamais la concevoir distinctement. Mais César n’a jamais existé, ou l’ange Gabriel ou un être quelconque n’ont jamais existé, ce sont peut-être des propositions fausses, mais on peut pourtant les concevoir parfaitement et elles n’impliquent aucune contradiction. On peut donc seulement prouver l’existence d’un être par des arguments tirés de sa cause ou de son effet ; et ces arguments se fondent entièrement sur l’expérience. Si nous raisonnons a priori, n’importe quoi peut paraître capable de produire n’importe quoi. La chute d’un galet peut, pour autant que nous le sachions, éteindre le soleil ; ou le désir d’un homme gouverner les planètes dans leur orbite. C’est seulement l’expérience qui nous apprend la nature et les limites de la cause et de l’effet et nous rend capables d’inférer l’existence d’un objet de celle d’un autre. » [22] Ce que montre clairement Hume, c’est que nous sommes en quelque sorte prisonniers de nos capacités cognitives : ou bien nous raisonnons a priori, mais alors nous devons nous limiter aux objets mathématiques ou bien, nous nous intéressons à des questions de fait, et nous devons utiliser des arguments fondés « entièrement sur l’expérience ». Raisonner a priori sur des objets non-mathématiques et vagues tels que la Substance ou l’Être ne peut produire que « sophismes et illusions ».
Une version moderne de l’illusion métaphysique consiste à dire que la science répond à la question du comment, mais pas du pourquoi. C’est à nouveau un faux problème. Si l’on se demande « pourquoi l’eau bout-elle à 100° ? », la réponse sera donnée par la physique. Si l’on veut, on peut reformuler la question en terme de comment : « comment se fait-il que l’eau bout à 100° ? » Mais on s’aperçoit alors que, pour ce genre de questions, la différence entre pourquoi et comment est illusoire. Insister sur le « pourquoi » renvoie implicitement, soit aux explications finalistes qui sont impossibles à tester, soit à des explications « ultimes » qui sont également inaccessibles (toutes les explications scientifiques s’arrêtant quelque part). Et, si l’on y réfléchit, on s’aperçoit vite que les seules questions de « pourquoi » auxquelles nous puissions trouver une réponse fiable sont celles qui sont équivalentes à des questions de « comment ».
Ce que comprenaient bien les penseurs des Lumières, mais qui a été en partie oublié depuis lors, c’est que l’approche scientifique (en y incluant la connaissance ordinaire) nous donne les seules connaissances objectives auxquelles l’être humain ait réellement accès. Si l’approche scientifique nous donne une vision partielle de la réalité, c’est parce que nous n’avons pas accès, de par notre nature finie, à la réalité ultime des choses. Mais il y a une grande différence entre dire que la science nous donne une description complète de la réalité et dire qu’elle en donne la seule connaissance accessible à l’être humain ; la confusion entre ces deux propositions est d’ailleurs soigneusement entretenue par les croyants, ce qui leur permet alors d’attaquer le « scientisme », identifié à la première proposition, et de suggérer non pas simplement qu’il existe des questions auxquelles la science n’a pas de réponses, mais qu’il existe une façon d’apporter à ces questions des réponses fiables. Une fois que cette distinction est clairement énoncée, des édifices entiers de métaphysique et de théologie s’effondrent.
Des domaines de compétence distincts
La Bible dit : « tu ne permettras pas à une sorcière de vivre »… Les chrétiens libéraux modernes, qui soutiennent que la Bible est valable d’un point de vue éthique, tendent à oublier de tels textes ainsi que les millions de victimes innocentes qui sont mortes dans de grandes souffrances parce que, dans le temps, les gens ont réellement pris la Bible comme guide de leur conduite.
Bertrand Russell [23]
Les deux attitudes discutées ci-dessus défendaient avec force la place de la théologie face à la science. Envisageons maintenant les positions de repli, qui ne sont devenues populaires aux yeux de certains croyants que parce que ceux-ci ont fini par se rendre compte que les positions fortes étaient intenables. Une première position consiste à séparer totalement les domaines ; la science s’occupe des jugements de fait et la religion s’occupe d’autres jugements, par exemple les jugements de valeur, le sens de la vie etc. Notons que cette position est différente de la précédente : l’approche « métaphysique » cherche à atteindre des vérités d’un autre ordre que les vérités scientifiques, mais qui sont néanmoins factuelles (l’existence de Dieu etc.). Cette séparation des domaines est défendue par certains intellectuels, par exemple par le paléontologue S. J. Gould [24] qui se déclare « agnostique », mais désire défendre la théorie de l’évolution contre les attaques créationnistes tout en permettant à la religion de garder une certaine place dans la culture. Elle satisfait sans doute aussi certains croyants, mais n’est certainement pas compatible avec la position de l’immense majorité d’entre eux, qui considèrent la métaphysique religieuse comme une vérité objective qu’ils ne sont pas prêts à abandonner. Et, en fait, ils ont en un certain sens raison : si l’on abandonne réellement toutes les questions de fait à la science et qu’on rejette le concordisme, comment justifier les jugements religieux sur les valeurs et le sens de la vie ? Sur l’enseignement contenu dans telle ou telle révélation ? Mais au nom de quoi choisir une révélation plutôt qu’une autre si ce n’est parce qu’elle exprime la « véritable » parole de Dieu ? Et cette assertion nous replonge immédiatement dans des questions ontologiques. Va-t-on suivre l’exemple d’un personnage supposé admirable, comme Jésus Christ ? Mais que sait-on scientifiquement de sa vie ? Pas grand-chose. Pourquoi alors ne pas suivre l’exemple de quelqu’un dont on sait avec plus de certitude ce qu’il a vraiment fait ? Et si sa vie réelle n’a pas d’importance, pourquoi ne pas inventer de toutes pièces un personnage dont la vie serait encore plus admirable et qu’on nous inviterait à imiter ? Finalement, les morales religieuses rencontrent un problème semblable à celui rencontré par l’interprétation non littérale des Écritures : plus aucun croyant ne veut suivre à la lettre, en matière éthique, toutes les prescriptions bibliques. Mais comment fait-on le tri, si ce n’est en utilisant des idées morales indépendantes de la révélation ? Et s’il faut évaluer cette dernière au nom de critères qui lui sont extérieurs, à quoi peut-elle bien servir ?
On entend souvent dire — et on cite Hume à ce sujet — qu’on ne peut pas déduire logiquement des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C’est certainement vrai, mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas une façon scientifique de raisonner en matière éthique qui, à nouveau, s’oppose à l’attitude religieuse. Cette approche est l’utilitarisme qui repose sur un seul principe éthique non factuel, à savoir qu’il faut globalement maximiser le bonheur. Ce principe ne peut évidemment pas être justifié scientifiquement. Mais, une fois qu’il est admis, à cause de son caractère intuitivement évident, tous les autres jugements moraux sont ramenés à des jugements du type : est-ce que telle ou telle action tend à augmenter le bonheur global ? Et ces jugements-là sont factuels. Évidemment, les adversaires de cette approche font vite remarquer que la notion de bonheur est vague et que les calculs utilitaristes sont souvent impossibles à effectuer. Tout cela est vrai, mais quelle alternative proposer ? On peut justifier a contrario l’utilitarisme en faisant remarquer qu’il est difficile d’imaginer une action qui serait moralement justifiée alors que celui qui la commet sait qu’elle tend à diminuer le bonheur global.
L’approche utilitariste choque souvent parce qu’elle s’oppose à deux aspects profondément ancrés dans notre réaction spontanée face aux problèmes éthiques : l’une, c’est le respect des morales traditionnelles, obéissance à l’autorité, à la communauté, à l’État ou aux préceptes religieux ; pour un utilitariste, toutes ces traditions doivent être critiquées et évaluées à l’aune de la maximisation du bonheur total. L’autre aspect, sont toutes les volontés de vengeance ou de punition. D’un point de vue utilitariste, toute sanction doit être justifiée uniquement en fonction du bonheur global et non pas par un désir de punir les méchants. En particulier, l’utilitarisme met entre parenthèse le problème de la responsabilité et du libre arbitre ; il n’a pas besoin de nier le libre arbitre ; simplement, il ne se préoccupe pas de savoir si les actions humaines sont « vraiment » libres et en quel sens, ce qui est probablement la position philosophique la plus prudente. Finalement, pour un utilitariste, il existe des progrès en éthique, comme en sciences, et l’on y arrive également par l’observation et le raisonnement. On peut, en comprenant mieux la nature humaine, découvrir, par exemple, que l’esclavage est mauvais et que l’avortement ne l’est pas. En fin de compte, non seulement une religion dont on aurait évacué tous les jugements de fait se vide de tout contenu, mais la façon religieuse d’aborder les problèmes éthiques s’oppose radicalement à l’approche basée sur une conception rationnelle du monde.
Croire pour se sentir bien
Je pourrais être plus heureux, et j’aurais sans doute de meilleures manières, si je croyais être descendant des empereurs de Chine, mais tous les efforts de volonté que je pourrais faire en ce sens ne parviendraient pas à m’en persuader, pas plus que je ne peux empêcher mon cœur de battre.
Steven Weinberg [25]
Il existe une tradition de « révolte contre la raison », dont on trouve des accents chez des auteurs aussi différents que Pascal et Nietzsche, et qui rejette toute la discussion précédente en admettant volontiers qu’il n’y a pas d’arguments rationnels en faveur de la religion, et qu’en fin de compte il s’agit uniquement d’un choix personnel. On peut croire, même si c’est absurde, surtout si c’est absurde. Ou bien, il s’agit d’un engagement, d’un style de vie — on fait les « gestes de la foi », prier et implorer, et on finit par croire. Ce genre d’attitude est devenu de plus en plus populaire avec la montée du « postmodernisme » et, plus généralement, de l’idée que ce qui est important n’est pas de savoir si ce qu’on dit est vrai ou faux, ou peut-être même que la distinction entre vrai et faux n’a pas de sens. Ce qui compte, ce sont les effets pratiques d’une croyance ou le rôle social qu’elle joue dans un groupe donné.
Dans la variante postmoderne la plus extrême de cette tradition, le problème de la contradiction entre différentes croyances religieuses ne se pose pas. On a recourt à la doctrine des vérités multiples, c’est-à-dire que des idées mutuellement contradictoires peuvent être simultanément vraies. L’un croit au ciel et à l’enfer, l’autre à la réincarnation, un troisième pratique le New Age et un quatrième pense avoir des extra-terrestres parmi ses ancêtres. Toutes ces vues sont « également vraies » mais avec un qualificatif du genre, « pour le sujet qui y croit » ou « à l’intérieur de sa culture ». Je ne peux que partager le sentiment d’étonnement que ressentent beaucoup de croyants orthodoxes face à cette multiplication des ontologies.
Comme il est inutile d’attaquer ce genre de positions au moyen d’arguments rationnels, je vais me contenter de faire deux remarques à caractère moral [26]. Premièrement, cette position n’est pas sincère et cela se remarque dans les choix de la vie courante : lorsqu’il faut choisir une maison, acheter une voiture, confier son sort à une thérapeutique, même les subjectivistes les plus acharnés comparent différentes possibilités et tentent d’effectuer des choix rationnels [27]. Ce n’est que lorsqu’on se tourne vers des questions « métaphysiques », qui n’ont pas de conséquences pratiques immédiates, que tout devient une question de désir et de choix subjectifs. Ensuite, cette position est dangereuse, parce qu’elle sous-estime l’importance de la notion de vérité objective, indépendante de nos désirs et de nos choix : lorsqu’aucun critère objectif n’est disponible pour départager des opinions contradictoires, il ne reste que la force et la violence pour régler les différends. En particulier, sur le plan politique, la vérité est une arme que les faibles ont face aux puissants, pas l’inverse.
Finalement, Steven Weinberg fait une remarque perspicace à propos du subjectivisme religieux : « Il est très étrange que l’existence de Dieu, la grâce, le péché, l’enfer et le paradis n’aient aucune importance ! Je suis tenté de penser que, si les gens adoptent une telle attitude vis-à-vis des questions théologiques, c’est parce qu’ils ne peuvent se résoudre à admettre qu’ils n’y croient pas du tout. » [28]
Actualité de l’athéisme
L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est une exigence de son bonheur réel. Exiger que le peuple renonce à ses illusions sur sa condition, c’est exiger qu’il abandonne une condition qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc virtuellement la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole.
Karl Marx [29]
Tout d’abord, il faut lever une ambiguïté de terminologie : l’attitude défendue ici, qui s’appuie sur les limites des connaissances (fiables) auxquelles l’humanité a accès est souvent considérée comme une forme d’agnosticisme plutôt que d’athéisme [30]. Mais il s’agit là d’une confusion : par exemple, le pape ne se dira pas « agnostique » au sujet des dieux de l’Olympe. Par rapport à eux, il est en réalité, comme tout le monde, athée. Idem pour toutes les religions africaines, polynésiennes etc. En fait, les théologiens les plus orthodoxes et moi-même sommes probablement d’accord (je n’ai pas fait de calculs exacts) sur 99 % des religions existantes ou ayant existé. Personne n’a jamais prouvé qu’Aphrodite n’existait pas.
En réalité, il y a deux sortes d’agnostiques : d’une part, ceux qui constatent qu’il n’y a aucune raison valable de croire en une divinité quelconque et qui utilisent ce mot pour désigner leur position, laquelle n’est pas réellement différente de l’athéisme. Aucun athée ne pense avoir des arguments prouvant l’inexistence des divinités. Ils constatent simplement, face à la multiplicité des croyances et des opinions, qu’il faut bien faire un tri (à moins d’accepter le pluralisme ontologique des subjectivistes) et que dire qu’il n’y a aucune raison de croire en l’existence d’un être revient à nier son existence. Mais d’autres personnes qui se déclarent agnostiques pensent que les arguments en faveur du déisme ne sont pas totalement convaincants mais sont peut-être valides, ou font une distinction entre les religions de l’antiquité et une religion contemporaine, et cette attitude est effectivement très différente de l’athéisme.
Remarquons aussi que le phénomène de la croyance en tant que tel est pratiquement indépendant des arguments pseudo-rationnels discutés ci-dessus. L’immense majorité des gens qui embrassent une foi ne le font pas parce qu’ils sont impressionnés par l’argument anthropique, mais parce qu’ils respectent les traditions dans lesquelles ils ont été élevés, ont peur de la mort, ou trouvent plaisant d’imaginer qu’un être tout-puissant veille sur leur sort. C’est pourquoi même les intellectuels religieux sont souvent « athées » en ce sens qu’ils rejettent les raisons de croire qu’ont la plupart de leurs coreligionnaires.
Les idées développées ici paraissent sans doute aller un peu trop à contre-courant du consensus mou qui domine la pensée contemporaine. La religion n’est-elle pas devenue inoffensive ? À quoi bon la critiquer ? On peut grosso modo classer les attitudes religieuses selon un axe orthodoxe-libéral ; lorsqu’on se déplace le long de cet axe, on passe d’une croyance dogmatique et littérale en certains textes sacrés à des positions de plus en plus vagues et défendues avec de moins en moins de vigueur. Les torts causés par ces variantes de la religion sont évidemment différents. C’est la variante dogmatique qui fait le plus grand tort, qui impose des morales barbares, fonctionne comme opium du peuple et, opposant les vrais croyants aux impies, encourage divers conflits. C’est elle qui domine dans le Tiers Monde, mais pas seulement là [31].
En ce qui concerne les variantes libérales de la religion (qui ont tendance à être répandues plutôt parmi les intellectuels), elles pêchent de deux façons : l’une est de fournir indirectement une pseudo-justification aux variantes les plus naïves et les plus dogmatiques de la religion. Les théologiens, surtout les plus sophistiqués, donnent un bagage intellectuel aux prêtres qui eux-mêmes entretiennent la foi des fidèles. Qu’on le veuille ou non, il existe une continuité d’idées qui relie les ailes apparemment les plus opposées de l’Église. L’autre, est d’encourager une certaine confusion intellectuelle. Pour reprendre ce que Bertrand Russell disait dans un autre contexte [32], l’attitude religieuse moderne « prospère grâce aux erreurs et aux confusions de l’intellect. Par conséquent, elle tend à préférer les mauvais raisonnements aux bons, à déclarer insoluble chaque difficulté momentanée, et à considérer chaque erreur idiote comme révélant la faillite de l’intellect et le triomphe de l’intuition. » [33]
L’attitude des laïcs face à l’évolution de la religion est également surprenante : au fur et à mesure que la religion devenait floue et vague, l’opposition laïque devenait floue et vague. Au nom d’une volonté de dialogue et de respect, on en vient à ne plus affirmer ce que l’on pense. Mais le véritable respect part d’une affirmation claire des positions des uns et des autres, et le dialogue ne peut pas se baser sur un vague consensus humaniste qui occulte, en bioéthique par exemple, les profondes différences qui opposent des morales basées sur l’utilitarisme et sur la révélation.
Avec l’effondrement du marxisme, la critique politique de la religion s’est aussi considérablement affaiblie. En partie parce que le marxisme lui-même a édifié un certain nombre de dogmes. Mais il ne faut jamais oublier que ce qui est important dans l’athéisme, c’est l’attitude sceptique sur laquelle il est basé. Et que la critique politique de la religion doit aller bien au-delà de la critique du soutien apporté par les Églises aux pouvoirs en place. Il faut remettre à l’ordre du jour la critique de la religion comme aliénation. Et l’attitude critique vis-à-vis des vérités soi-disant révélées peut et doit s’étendre petit à petit à toutes les « abstractions » qui sont en réalité des constructions humaines mais qui, une fois réifiées, s’imposent aux hommes comme des fatalités extérieures qui les empêchent de devenir réellement maîtres de leur sort : Dieu, l’État, la Patrie, ou, de façon plus moderne, l’Europe ou le Marché. En tout cas, la critique de la religion reste une étape irremplaçable dans la transformation de cette « vallée de larmes » en un monde véritablement humain, débarrassé à la fois de ses dieux et de ses maîtres.
[1] Hume (David), Enquête sur l’entendement humain, traduit par Baranger (Philippe) et Saltel (Philippe), Paris, GF-Flammarion, 1983 [1748], 247p. Cette phrase, la dernière du livre, peut sembler un peu brutale mais il ne faut pas oublier qu’à l’époque de Hume c’étaient en général les théologiens qui allumaient les bûchers.
[2] Opposant le prix Nobel de physique Steven Weinberg à John Polkinghorne, physicien et pasteur anglican.
[3] Qui n’est pas réellement une université, mais une association qui organise des conférences et édite une revue, Convergences. Dans le conseil scientifique de l’UIP, on trouve, entre autres, Olivier Costa de Beauregard, Jean Staune, Anne Dambricourt-Malassé, Rémy Chauvin, Michaël Denton, Bernard d’Espagnat, John Eccles, Ilya Prigogine, Jean-Pierre Luminet, Trinh Xuan Thuan.
[4] Voir Gould (Steven Jay), Rocks of Ages : Science and Religion in the Fullness of Life, Ballantine Books, 224p.
[5] Pour de bonnes critiques de la religion, d’un point de vue scientifique, voir : Russel (Bertrand), « Pourquoi je ne suis pas chrétien », in Russell (Bertrand) Le mariage et la morale, Paris, Éditions 10/18, 1997, 350p. ; Russel (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p. ; et Weinberg (Steven), Le rêve d’une théorie ultime, Paris, O. Jacob, 1997, 279p., surtout le chapitre XI.
[6] Russel (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p. (p. 221-222).
[7] Fortement encouragé par des organisations comme l’UIP et la fondation Templeton.
[8] A une époque où il est de bon ton de dénoncer le « politiquement correct » et la soi-disant politisation des universités américaines par la gauche académique, il n’est peut-être pas inutile de signaler les élans d’enthousiasme que l’argument anthropique suscite chez certains commentateurs de droite ; par exemple, Patrick Glynn, ancien expert de l’administration Reagan, consacre un ouvrage à cette idée qui, d’après lui, offre un « argument puissant et presque incontestable » en faveur de l’existence « de l’âme, de la vie après la mort et de Dieu ». Cet argument permet de combattre « les conséquences néfastes des politiques et de l’expérimentation sociales inspirées par l’athéisme », telles que les atrocités soviétiques et la révolution sexuelle américaine. Un éditorialiste de droite renommé, George Will, ironise en disant que les laïcs devront « porter plainte contre la NASA parce que le télescope Hubble apporte un soutien anticonstitutionnel à ceux qui sont enclins à croire ». Robert Bork, autre intellectuel de droite, se réjouit de ce que cet argument détruit les bases intellectuelles de l’athéisme parce que « la croyance religieuse est probablement essentielle si l’on veut que l’avenir soit civilisé ». Voir : Silber (Kenneth), Is God in the details ?, Reason, Juillet 1999 (disponible sur http://www.reasonmag.com/9907/fe.ks....).
[9] Voir par exemple Weinberg (Steven), op.cit., p. 224, pour une bonne présentation de ce genre d’arguments.
[10] En fait, le plus remarquable dans la religion n’est sans doute pas tant le discours sur Dieu, mais la place que celle-ci attribue à l’homme. On trouve cependant des exemples d’anthropocentrisme aigu chez certains auteurs « matérialistes », par exemple : « … nous avons la certitude que, dans toutes ses transformations, la matière reste éternellement la même, qu’aucun de ses attributs ne peut jamais se perdre et que, par conséquent, si elle doit sur terre exterminer un jour, avec une nécessité d’airain, sa floraison suprême, l’esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise. » Engels (Friedrich), Dialectique de la nature, Paris, Éditions Sociales, 1968, 364p. (p. 46). Premièrement, qu’en sait-il ? Deuxièmement, s’ils connaissaient la dialectique, les éléphants considéreraient peut-être leurs trompes comme la « floraison suprême ».
[11] Par exemple : pourquoi il y a-t-il de l’être plutôt que rien ?
[12] Comme l’a correctement fait remarquer Einstein, le plus mystérieux dans l’univers, c’est qu’il soit compréhensible. Mais il ne l’est que partiellement.
[13] Hawking (Stephen), Une brève histoire du temps. Du Big Bang aux trous noirs, Paris, Flammarion, 1989. On trouve une confusion bien plus grande encore chez Claude Allègre qui considère que « le Big Bang établit la supériorité des religions du Livre sur toutes les autres croyances du monde » Allègre (Claude), Dieu face à la science, Paris, Fayard, 1997 (p. 94). Cité (p. 146) dans Lambert (Dominique), Science et théologie ; Les figures d’un dialogue, Bruxelles, Éditions Lessius, 1999, 218p.
[14] Voir Dawkins (Richard),

