mardi 22 décembre 2009
Noêl

Tropiques, tapisserie de Jean Lurçat, 1956
POUR UN NOEL DE PAIX PAR LA JUSTICE
Aux sources de la théologie de la libération
Est-il
possible, aujourd’hui, de porter la question théologique en dehors du
club restreint des théologiens ? La question peut vous sembler
surprenante, mais si on prend le temps de se poser un instant, ne
serait-ce que sur un banc public protégé du vent, c’est à dire de ce
flux de l’immédiateté que notre société contemporaine nous impose,
force est de constater que certaines questions fondamentales demeurent
bien persistantes, prenantes, angoissantes… Qu’est-ce qu’un homme ?
Comment est-il arrivé sur cette terre ? Qui l’a créé et dans quel but ?
Dieu existe-t-il ? S’il existe, quels sont les attributs de ce dieu ?
Enfin, si dieu il y a, l’homme a-t-il la moindre chance d’entrer en
contact avec lui ? Et, pourquoi devrait-il le faire ?
Trouver un ouvrage qui répondrait à toutes ces questions me semble
impossible. Certains pourraient supposer que la Bible, ensemble d’un
grand nombre de livres, répondrait sans problème à ce questionnement
existentiel, mais je préfère chercher plusieurs ouvrages qui
donneraient des éléments de réponse. Après tout, les lectures et les
rencontres sont faites pour accumuler les indices et construire notre
corpus de réflexion qui nous amènera à des convictions, nos
convictions, celles qui nous porteront jusqu’au bout de notre vie…
Je vous propose, pour commencer, un ouvrage signé d’un théologien dit
de la libération, Gustavo Gutiérrez, Le Dieu de la vie (Cerf Editeur, ndlr). En effet, au
moment où les chrétiens vont fêter la Nativité, il est bon de
comprendre qui est ce dieu qui veut venir sur terre au contact de ses
créatures. Vous remarquerez, que pour ce livre, je fais comme si
c’était évident que dieu existait et que Noël était bien l’anniversaire
de la venue de Jésus, son fils… En fait, nous allons voir que pour ce
théologien les choses sont un peu plus compliquées que cela…
La première pensée de Gutiérrez est de rappeler à tous ceux qui se
reconnaissent chrétiens, après tout on a le choix de le faire, que
parler de Dieu ou du Christ ne peut pas se faire sans lien. Le Christ
et Dieu sont profondément liés : Personne ne connaît le Père si ce
n’est le Fils, Celui qui me voit connaît le Père. Oui, aucun doute, le
Fils est bien le révélateur du Père. Les théologies ne doivent donc pas
s’écarter des textes évangéliques, ceux qui donnent une certaine image
de Jésus, un être profondément humain et aimant. La théologie de la
libération de Gutiérrez prend donc ces sources dans cet homme au cœur
débordant d’amour, un amour qui n’exclut pas, un amour qui soigne, qui
écoute, qui souffre quand l’homme souffre…
Ce préambule n’est pas limitatif et Gutiérrez continue en énonçant que
Dieu ne se comprend pas, il se médite, il se vit, il se respire, il se
pratique… Oui, Jésus affirme que ce n’est pas l’intelligence qui permet
d’aller vers Dieu mais seulement le cœur des simples, des justes, des
aimants… Dieu est d’abord Père tout simplement parce que le chrétien
reconnaît en lui l’origine de tout, y compris l’origine de l’homme. Ce
Dieu des origines est un libérateur. Il libère les opprimés, les
esclaves. Il est le Dieu d’un peuple qui souffre et il est là pour
ouvrir son horizon. Comme Dieu déploie une pédagogie, il montre cette
libération par le peuple qu’il sort d’Égypte, qu’il sort du désert,
qu’il ramène d’exil vers sa terre…
Seulement, voilà, il y a un petit hic. La libération totale est
annoncée pour les temps de son royaume. Mais c’est quoi ce royaume ? Où
est-il ? Gutiérrez nous montre que Dieu ne peut pas se faire saisir, il
ne peut pas se faire enfermer dans une institution, ni même dans une
église terrestre. Dieu de Jésus est un Dieu caché, un Dieu secret, un
Dieu qui fuit les mondanités, le pouvoir, la force…
Alors que faire ? Où chercher Dieu ? Le théologien est simple, il
reprend les paroles de l’Evangile : « Chercher le royaume et sa
justice, le reste vous sera donné par surcroît ». Cela signifie pour
l’un des créateurs de la théologie de la libération que «
l’universalité de l’amour de Dieu est lié de manière inséparable au
choix préférentiel en faveur du pauvre ».
Il s’est donc donné comme but dans la vie de « parler de Dieu à partir
de la souffrance et des espérances des pauvres ». Je le trouve très
convaincant, très précis dans sa théologie, une méthode biblique
irréprochable s’appuyant sur de très nombreux textes dont le livre de
Job qui est très beau et très humain.
Si un tel homme avait vécu dans les palais romains et dans l’opulence
nous pourrions avoir des doutes dans la mise en application mais comme
il s’agit d’un prêtre qui a décidé de vivre son Evangile et son Dieu de
libération au mépris de sa sécurité, du quand dira-t-on, de sa
réputation, au cœur de l’Amérique latine, en n’hésitant jamais à
travailler avec tous ceux qui voulaient, eux-aussi, libérer les plus
pauvres… j’ai plutôt tendance à le saluer et estimer qu’il fait partie
de ceux qui nous aident à trouver des réponses à nos questions
initiales… Et si le Dieu créateur était un Dieu de libération prêt à
mouiller sa chemise pour les plus pauvres et non les tenants du pouvoir
?
Ce livre est d’une lecture assez simple, il est imagé et je crois qu’il
peut plaire à tous les lecteurs de bonne foi même ceux qui se sentent
éloignés des religions…
http://www.critiqueslibres.com/i.php
lundi 21 décembre 2009
Teilhard de Chardin: questions pour un monde en devenir
Introduction à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin (Résumé)
Avec la fin des repères traditionnels, la perte de toute transcendance et la victoire du matérialisme, l'humanité est menacée par la conviction de l'absurdité des choses et un repli dangereux sur l'égoïsme et l'intérêt à court terme.
Pour Teilhard de Chardin, l'Univers est cohérent, il a un sens, et sa prétendue absurdité ne peut recevoir aucune confirmation scientifique.
L'Evolution de l'Univers ne se poursuit pas au hasard. Elle laisse entrevoir une orientation dont la constance se manifeste au cours de milliers de siècles. Elle offre à l'Humanité de participer activement à une véritable Odyssée.
L'Evolution progresse toujours vers plus d'organisation, dans le sens d'une complexité croissante. Lorsqu'un assemblage de particules atteint un certain degré de complexité, on y constate l'émergence d'un phénomène que nous appelons "la Vie".
Chez les êtres vivants on constate l'émergence de ce que nous appelons "la Conscience".
Cette conscience s'accroît proportionnellement à la complexité des organismes. Dans cette perspective, l'Evolution atteint avec l'Homme un point culminant de complexité.
Au degré de complexité atteint par le cerveau de l'homme, on constate l'apparition de la "Conscience Réflexive". Elle est d'une importance décisive car elle permet à l'Homme de manier des idées comme des objets, de former des jugements et d'intervenir sur son environnement.
Avec la pensée réfléchie commence la liberté et avec elle la possibilité pour l'homme de prendre une part de plus en plus active et responsable au processus universel de l'Evolution.
Inséré lui-même dans le mouvement organisateur qui, depuis des siècles, travaille le monde, l'Homme, à l'instar de toutes les particules constituant l'Univers, tend à "s'organiser".
Il ne devient véritablement lui-même que dans la mesure où il s'associe volontairement avec ses semblables pour former des communautés. "L'union différencie".
Une super-humanité établie sur la base de relations et connexions de toute nature établies entre des hommes libres, cultivant leurs différences pour en tirer parti, mais liés entre eux par des relations d'ordre spirituel cherche à voir le jour: c'est la noosphère.
Cette unification de l'humanité ne peut s'opérer sous l'effet de la contrainte.
L'effacement de l'homme devant un tout considéré comme une "fin" en soi équivaudrait, pour chaque individu à une régression vers la mécanisation, et non à un progrès.
La "planétisation", pour constituer véritablement un progrès dans l'évolution, ne doit rien retirer aux individus, mais au contraire développer leurs personnalités et leurs différences.
Seule une association de personnes, réalisée librement par affinité mutuelle, et par attrait collectif pour l'unité d'un monde en croissance vers l'esprit, peut prolonger le processus de complexification.
C'est une mystique de l'ordre de l'amour sur un chemin long et semé d'embûches.
Parvenu au stade de la pensée réfléchie, l'homme devenu conscient de l'Evolution en devient responsable. Il a le pouvoir de la seconder ou de la combattre.
Comme l'homme a un besoin fondamental de sens, la cohérence de l'Evolution implique qu'il y découvre un horizon qui l'attire, l'espoir de plus grands accomplissements justifiant ses efforts et sa persévérance.
C'est pourquoi, en dépit des vicissitudes du court terme, Teilhard croît en l'Avenir.
Cet horizon, résultant de la convergence des lignes d'unification qui se sont déssinées dans le passé, se présente comme un champ d'attraction situé dans l'Avenir: Oméga.
Dés l'instant où la Pensée réfléchie et la Personnalisation sont des phénomènes apparus dans le monde à l'échelon humain, il est nécessaire que l'Energie universelle - sous peine de se révéler moins évoluée que les éléments qu'elle anime - soit elle-même une énergie pensante, et possède tous les attributs d'une personne.
Teilhard instaure, par sa vision du Monde, une véritable mystique de l'action.
L'action n'est, en aucune manière, un mode dégradé de relation au Divin. Elle fait de nous des co-créateurs de Celui que Teilhard appelle le "Dieu de l'En-Avant".
Jacques Masurel , Questions pour un monde en devenir, Aubin Editeur, pp 67 à 70
Petit livre de 100 pages d'aprés un texte de 1961 de Paul Misraki, actualisé par J. Masurel, illustré d'extraits significatifs de l'oeuvre de Teilhard, et complété de renseignements pratiques. Je n'ai à ce jour rien trouvé de plus clair pour aborder une pensée originale et parfois difficile. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? [ndlr]
dimanche 20 décembre 2009
Le socialisme est la voie du salut de la planète (Hugo Chavez, discours à Copenhague)
Discours prononcé par Hugo Chávez Frias, président de la République bolivarienne du Venezuela, au Sommet des Nations unies sur le changement climatique, à Copenhague, le 16 décembre 2009
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Excellences, chers amis,
Je vous promets de ne pas parler plus longuement que celui qui a parlé le plus ici, cet après-midi.
Permettez-moi un premier commentaire, que j’aurais voulu aborder avec le point précédent, traité par les délégations du Brésil, de Chine, de l’Inde et de la Bolivie. Depuis notre place, nous avons demandé la parole, mais il ne nous a pas été possible de la prendre.
La représentante de Bolivie a dit –j’en profite pour saluer le camarade président Evo Morales, ici présent (Applaudissements), président de la République de Bolivie-, elle a dit entre autres choses ce qui suit –je l’ai noté sur ce papier : « Le texte présenté n’est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».
A peine suis-je arrivé que nous avons entendu la présidente de la séance précédente, la ministre, dire qu’il y avait un document, mais personne ne le connaît. J’ai réclamé le document, mais il ne nous est pas encore parvenu. Je crois que personne ne sait au juste ce que c’est que ce document, il doit être « top secret ». La camarade bolivienne n’avait donc pas tort de dire : « Il n‘est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».
Mais, Mesdames et Messieurs, ceci n’est-il pas justement à l’image de la réalité du monde ? Vivons-nous dans un monde démocratique ? Le système mondial se base-t-il sur l’inclusion ? Y a-t-il une once de démocratie ou d’inclusion à attendre du système mondial actuel ? Cette planète est régie par une dictature impériale, et depuis cette tribune, nous continuons de le dénoncer. A bas la dictature impériale, et vivent les peuples, la démocratie et l’égalité sur cette planète ! (Applaudissements)
L’exclusion que nous constatons ici en est le reflet. Il existe un groupe de pays qui se croient supérieurs à nous, ceux du Sud, à nous, ceux du tiers monde, à nous, les sous-développés, ou, comme le dit le grand ami Eduardo Galeano : nous, les pays écrasés par l’histoire qui nous est passée dessus comme un train.
Il n’y a donc vraiment pas lieu de s’en étonner : il n’y a pas de démocratie dans ce monde, et nous sommes confrontés ici, une fois de plus, à une preuve évidente de l’existence de la dictature impériale mondiale.
Deux jeunes gens ont fait irruption ici, bien heureusement les forces de l’ordre se sont comportées correctement, il n’y a eu qu’une petite bousculade, et ils se sont montrés coopératifs, si j’ai bien compris…
Mais dehors, vous savez, il y a beaucoup de monde. Bien sûr, ils ne tiennent pas tous dans cette salle. J’ai lu dans la presse que quelques personnes ont été arrêtées, qu’il y a eu des manifestations intenses dans les rues de Copenhague, et je tiens à saluer tous ces gens qui sont dehors, des jeunes pour la plupart (Applaudissements). Ce sont des jeunes qui s’inquiètent, et avec raison, beaucoup plus que nous de l’avenir du monde. La plupart d’entre nous qui sommes dans cette salle ont le soleil dans le dos, alors qu’eux le reçoivent en pleine figure, et ils s’en inquiètent sérieusement.
On pourrait dire, Monsieur le Président, qu’un spectre hante Copenhague, pour paraphraser Karl Marx, le grand Karl Marx. Un spectre hante les rues de Copenhague, et je crois qu’il hante cette salle en silence, il est là, parmi nous, il se glisse dans les couloirs, monte, descend. Ce spectre est un spectre qui épouvante tellement que presque personne n’ose même le nommer. Ce spectre, c’est le capitalisme ! (Applaudissements) Presque personne n’ose le nommer, mais il s’appelle capitalisme, et les peuples grondent dehors, entendez-les !
Je lisais certains des slogans que les jeunes scandaient dans les rues, et je crois en avoir entendu de nouveau quelques-uns quand ces deux jeunes gens ont fait irruption ici. J’en cite un : « Ne changez pas le climat, changez le système. » (Applaudissements). Je le reprends à notre compte : Ne changeons pas le climat, changeons de système, et c’est ainsi que nous pourrons commencer à sauver la planète. Le capitalisme, ce modèle de développement destructeur, est en train d’en finir avec la vie, il menace de détruire définitivement l’espèce humaine.
Un autre slogan donne à réfléchir, parce qu’il est tout à fait d’actualité, avec cette crise bancaire qui a ébranlé le monde et qui continue de le secouer, et la manière dont le Nord riche a volé au secours des banquiers et des grandes banques. Les Etats-Unis à eux seuls… Le montant de la somme qu’ils ont versée pour sauver les banques est astronomique, on s’y perd… Voilà ce qu’on dit dans la rue : « Si le climat avait été une banque, il aurait déjà été sauvé. » Et je crois que c’est vrai (Applaudissements). Si le climat avait été une banque capitaliste, une des plus grandes, il y a belle lurette que les gouvernements riches l’auraient sauvé.
Je crois qu’Obama n’est pas arrivé. Il a reçu le prix Nobel de la Paix pratiquement le même jour où il envoyait 30 000 soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan, et le président des Etats-Unis va se présenter ici auréolé du prix Nobel de la Paix.
Les Etats-Unis détiennent la planche à billets, la machine à faire des dollars. C’est ainsi qu’ils ont sauvé, ou du moins croient avoir sauvé, les banques et le système capitaliste.
Bien, ceci était un commentaire en marge. Je voulais le faire avant, je levais la main pour pouvoir accompagner le Brésil, l’Inde, la Bolivie, la Chine, soutenir leur position intéressante et dire que le Venezuela et les pays de l’Alliance bolivarienne la partagent totalement, mais la parole ne m’a pas été donnée. Je vous demande seulement de ne pas compter ces minutes, M. le Président, ce n’était qu’une petite mise au point. (Applaudissements)
Figurez-vous que j’ai eu le plaisir de rencontrer ici cet écrivain français, Hervé Kempf. Je vous recommande vivement ce livre, il existe en espagnol -Hervé est par ici-, en français bien sûr et en anglais sûrement : Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf. Voilà pourquoi le Christ a dit : « Il sera plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille que de faire entrer un riche au Royaume des Cieux. » C’est ce qu’a dit le Christ, Notre Seigneur. (Applaudissements)
Les riches détruisent la planète. Ils veulent peut-être aller s’installer dans une autre quand ils auront fini de détruire celle-ci. Peut-être caressent-ils ce projet. Mais pour le moment, on n’en voit pas d’autre à l’horizon de la galaxie.
J’ai feuilleté ce livre dès qu’il m’est parvenu - c’est Ignacio Ramonet, lui aussi présent dans cette salle, qui me l’a offert - et je retiens du prologue ou du préambule cette phrase, significative. Voilà ce qu’écrit Kempf : « Nous ne pourrons pas réduire la consommation de biens matériels à l’échelle mondiale si nous ne faisons pas en sorte que les puissants diminuent la leur de plusieurs crans, et si nous ne combattons pas l’inégalité. Il est nécessaire d’adjoindre au principe écologiste, si utile à l’heure de la prise de conscience –penser globalement et agir localement–, un autre principe qu’impose la situation : consommer moins et distribuer mieux. » C’est là un bon conseil que nous donne l’écrivain français Hervé Kempf.
Monsieur le Président, le changement climatique est sans aucun doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle : inondations, sécheresses, tempêtes sévères, ouragans, dégel ; montée du niveau moyen de la mer, acidification des océans, vagues de chaleur… Tous ceci aggrave l’impact des crises mondiales qui s’abattent sur nous.
L’activité humaine actuelle dépasse le seuil du développement durable et met en danger la vie sur la planète. Mais, je tiens à le souligner, nous sommes là aussi profondément inégaux. Les 500 millions de personnes les plus riches, soit 7%, sept pour cent, seven, de la population mondiale, ces 7% sont responsables de 50% des émissions polluantes, alors que la moitié la plus pauvre de la population de la planète – la moitié, 50% – n’émet que 7% des gaz polluants. Voilà pourquoi je m’étonne : il me paraît bizarre de solliciter ici la Chine et les Etats-Unis dans les mêmes termes. Les Etats-Unis comptent peut-être 300 millions d’habitants, et la Chine, cinq fois plus. Les Etats-Unis consomment plus de 20 millions de barils de pétrole par jour, et la Chine arrive à peine à 5 ou 6 millions. On ne peut pas demander la même chose aux Etats-Unis et à la Chine. Voilà un sujet qui mérite discussion. Espérons que les chefs d’Etat et de gouvernement pourront s’asseoir ensemble et discuter ces questions pour de bon, cartes sur table.
En outre, Monsieur le Président, 60% des écosystèmes de la planète sont endommagés, et 20% de l’écorce terrestre est dégradée. Nous avons été les témoins impassibles de la déforestation, de la conversion de terres, de la désertification, des altérations des systèmes d’eau douce, de la surexploitation des ressources marines, de la contamination et de la perte de la diversité biologique. La surexploitation de la terre dépasse de 30% sa capacité de régénération. La planète perd sa capacité d’autorégulation, elle est en train de la perdre. Nous produisons chaque jour bien plus de déchets que nous ne sommes capables d’en traiter. La survie de notre espèce est une question qui hante la conscience de l’humanité.
Malgré l’urgence, deux années de négociations se sont écoulées pour élaborer une seconde série d’engagements sous le Protocole de Kyoto, et nous participons à cette réunion sans être parvenus à un accord réel et significatif.
Soit dit en passant, sur ce texte surgi du néant - c’est ce qu’ont dit certains, dont le représentant chinois - le Venezuela annonce, les pays de l’ALBA, de l’Alliance bolivarienne annoncent que nous n’accepterons pas, qu’on le sache déjà, d’autre texte que celui qui provient des groupes de travail, du Protocole de Kyoto et de la Convention. Ce sont des textes légitimes qui ont donné lieu ces dernières années et ces dernières heures à des débats intenses. Je crois que vous n’avez pas dormi. Vous n’avez ni déjeuné ni dormi, c’est bien cela ? Il ne semble pas logique, dans ces conditions, qu’un texte surgisse du néant, comme vous le dites.
Aujourd’hui, en ce moment même et jusqu’à présent, de toute évidence l’objectif scientifiquement établi de réduire les émissions de gaz polluants et de parvenir à un accord de coopération à long terme semble avoir échoué. Quelle en est la raison ? Il ne fait aucun doute que la raison est l’attitude irresponsable et le manque de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète. Que personne ne se sente blessée. Je ne fais que reprendre les propos du grand José Gervasio Artigas quand il affirmait : « Avec la vérité, je n’offense ni ne crains personne » ; mais il s’agit vraiment d’une attitude irresponsable, caractérisée par ses tergiversations, son exclusion, sa manipulation élitiste d’un problème qui nous incombe à tous et que nous ne pourrons résoudre que tous ensemble.
Le conservatisme politique et l’égoïsme des grands consommateurs, des pays les plus riches, révèlent un manque de sensibilité et de solidarité flagrant envers les plus pauvres, les affamés, les plus vulnérables aux maladies et aux désastres naturels.
M. le Président : il est indispensable de parvenir à un nouvel et seul accord applicable à des parties absolument inégales, par l’ampleur de leurs contributions et de leurs capacités économiques, financières et technologiques, et basé sur le strict respect des principes énoncés dans la Convention.
Les pays développés devraient contracter des engagements contraignants, clairs et concrets de réduction de leurs émissions, et assumer des obligations d’assistance financière et technologique aux pays pauvres, pour faire face aux dangers destructeurs du changement climatique. A cet égard, la situation particulière des Etats insulaires et des pays les moins développés devrait être pleinement reconnue.
M. le Président : le changement climatique n’est pas le seul problème qui frappe aujourd’hui l’humanité. D’autres fléaux et d’autres injustices nous guettent. Le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser en dépit de tous les Objectifs du millénaire, du Sommet de Monterrey sur le financement, de tous ces sommets, comme le faisait remarquer ici le président du Sénégal, qui dénonçait une grande vérité : les promesses, tant de promesses non tenues, alors que le monde continue sa marche destructrice.
Le revenu total des 500 individus les plus riches du monde est supérieur au revenu des 416 millions de personnes les plus pauvres. Les 2,8 milliards de personnes qui vivent dans la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour et qui représentent 40% de la population mondiale –je dis bien 40% de la population de la planète !– se partagent seulement 5% du revenu mondial.
Aujourd’hui, environ 9,2 millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans, et 99,9% de ces décès ont lieu dans les pays les plus pauvres. La mortalité infantile est de 47% décès pour 1 000 naissances vivantes ; mais elle est de 5 décès seulement dans les pays riches. L’espérance de vie sur la planète est de 67 ans, mais de 79 ans dans les pays riches et de 40 ans seulement dans certains pays pauvres.
En outre, il existe 1,1 milliard d’habitants privés d’accès à l’eau potable ; 2,6 milliards sans services sanitaires et plus de 1,02 milliard de personnes affamées. Tel est le tableau actuel du monde.
Mais, et la cause ? Quelle en est la cause ? Parlons-en un peu, ne nous dégageons pas de nos responsabilités, n’éludons pas la profondeur du problème. La cause, sans l’ombre d’un doute –je reviens sur cette question– de tout cette situation désastreuse, c’est le système métabolique destructeur du capital et son modèle incarné : le capitalisme.
J’ai ici une citation que j’aimerais vous lire, brièvement, de ce grand théologien de la Libération, Leonardo Boff, qui comme chacun sait, est brésilien, c’est-à-dire « notre-américain ».
Voici ce que dit Leonardo Boff sur cette question : « Qu’elle est la cause ? Eh bien, la cause c’est le rêve de vouloir chercher le bonheur à travers l’accumulation matérielle et du progrès sans fin, en recourant à la science et à la technique, avec lesquelles on peut exploiter de manière illimitée toutes les ressources de la Terre ». Et il cite quelque part Charles Darwin et sa théorie de la sélection naturelle, la survie des plus forts ; mais nous savons que les plus forts survivent sur les cendres des plus faibles.
Jean-Jacques Rousseau –il est bon de s’en souvenir– signalait quant à lui : « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime ». C’est pourquoi l’empire parle de liberté : la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter, voilà sa liberté. Et Rousseau ajoute la phrase libératrice : « Seule la loi libère ».
Certains pays s’amusent à empêcher qu’un document soit adopté à cette rencontre. Pourquoi ? Parce que, précisément, ils ne veulent pas de loi, ils ne veulent pas de norme, car le fait qu’il n’y ait pas de norme leur permet d’exercer leur liberté d’exploiter, leur liberté destructrice.
Faisons un effort et faisons pression, ici et dans les rues, pour qu’ici, de cette rencontre, naisse un engagement, un document qui engage les pays les plus puissants de la Terre ! (Applaudissements).
M. le Président : Leonardo Boff se demande –vous avez connu Leonardo Boff ? J’ignore si Leonardo a pu faire le voyage. J’ai fait sa connaissance au Paraguay ; je l’ai toujours beaucoup lu– : « Une Terre finie peut-elle supporter un projet infini ? ». La thèse du capitalisme du développement infini est un modèle destructeur. C’est un état de fait et nous devons l’accepter.
Et Boff de nous demander : « Que pouvons-nous attendre de Copenhague ? » A peine ce simple aveu : nous ne pouvons plus continuer ainsi, et un objectif simple : nous allons changer de cap ? Faisons-le, mais sans cynisme, sans mensonges, sans doubles agendas, sans documents issus du néant, et avec la vérité comme valeur ultime.
M. le Président, Mesdames et Messieurs, depuis le Venezuela nous demandons jusqu’à quand allons-nous permettre de telles injustices et de telles inégalités ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer l’actuel ordre économique international et les mécanismes de marché en vigueur ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que de grandes épidémies comme le VIH/sida déciment des populations entières ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que les affamés soient privés de la possibilité de se nourrir et de nourrir leurs enfants ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ? Jusqu’à quand allons-nous permettre des conflits armés qui massacrent des millions d’être innocents à seule fin que les puissants puissent s’approprier les ressources d’autres peuples ?
Que cessent les agressions et les guerres ! C’est que nous, les peuples du monde, demandons aux empires, à ceux qui prétendent continuer de dominer le monde et à nous exploiter. Nous ne voulons plus de bases militaires impériales ni de coups d’Etat ! Construisons un ordre économique et social plus juste et équitable. Eradiquons la pauvreté. Stoppons immédiatement les niveaux élevés d’émission de gaz, freinons la dégradation environnementale et évitons la grande catastrophe du changement climatique. Adhérons au noble objectif d’être tous plus libres et solidaires !
M. le Président, il y a près de deux siècles, un Vénézuélien universel, libérateur de nations et précurseur de consciences, légua à la postérité cet apophtegme, chargé de volonté : « Si la nature s’oppose, nous lutterons contre elle et nous la forcerons à nous obéir ». C’était Simon Bolivar, le Libertador.
Depuis le Venezuela bolivarien où, un jour comme aujourd’hui… à propos, il y a exactement dix ans que nous avons vécu la plus grande tragédie climatique de notre histoire, la tragédie dite de Vargas ; depuis ce Venezuela dont la révolution tente de conquérir la justice pour tout son peuple, uniquement possible à travers la voie du socialisme… Le socialisme, cet autre spectre dont parlait Karl Marx, se promène aussi par là-bas ; mais il s’agit plutôt d’un « contre-spectre ». Le socialisme est la voie à suivre, c’est la seule voie qui permettra de sauver la planète, je n’ai pas l’ombre d’un doute là-dessus. Et le capitalisme est le chemin de l’enfer, le chemin qui mènera à la destruction du monde.
Le socialisme, depuis ce même Venezuela qui, pour cette même raison, est en butte aux menaces de l’empire nord-américain, depuis les pays qui forment l’ALBA, l’Alliance bolivarienne, nous lançons notre exhortation. J’aimerais, avec tout le respect que je vous dois et du plus profond de mon âme, au nom de beaucoup sur cette planète, exhorter les gouvernements et les peuples de la Terre, en paraphrasant Simon Bolivar, le Libertador : Si la nature destructrice du capitalisme s’oppose, alors luttons contre elle et forçons-la à nous obéir ; n’attendons pas le bras croisés la mort de l’humanité.
L’histoire nous appelle à l’union et à la lutte. Si le capitalisme s’oppose, nous sommes dans l’obligation de livrer la bataille contre le capitalisme et d’ouvrir les voies du salut de l’espèce humaine. Cette tâche nous incombe à tous, sous les bannières du Christ, de Mahomet, de l’égalité, de l’amour, de la justice, de l’humanisme, du véritable et plus profond humanisme. Si nous ne le faisons pas, la plus merveilleuse création de l’univers, l’être humain, disparaîtra, elle disparaîtra !
Cette planète à des milliards d’années, et elle a vécu pendant des milliards d’années sans nous, l’espèce humaine. Autrement dit, elle n’a pas besoin de nous pour exister. Par contre, nous ne pouvons pas vivre sans la Terre, et nous sommes en train de détruire la Pachamama, comme dit Evo, comme disent nos frères aborigènes d’Amérique du Sud.
Pour conclure, M. le président, écoutons Fidel Castro lorsqu’il a dit : « Une espèce est en voie d’extinction : l’Homme ». Ecoutons Rosa Luxembourg lorsqu’elle a lancé : « Socialisme ou barbarie ». Ecoutons le Christ rédempteur lorsqu’il dit : « Bienvenus les pauvres, car le royaume des cieux leur appartient ».
M. le Président, Mesdames et Messieurs, soyons capables de faire de cette Terre non pas la tombe de l’humanité ; faisons de cette Terre un ciel, un ciel de vie, de paix et de fraternité pour toute l’humanité, pour l’espèce humaine.
M. le président, Mesdames et Messieurs, merci beaucoup et bon appétit (Applaudissements)
vendredi 18 décembre 2009
L'humanité au coeur des peuples, par Oscar Fortin
Il y a de ces périodes où les évènements se bousculent plus intensément et plus rapidement qu’à certaines autres époques. Nous vivons tous, comme individus, comme sociétés et comme peuples, dans des « bulles » qui constituent, à un moment ou l’autre, ce qu’est le monde pour nous. Un vieux proverbe yiddish dit : « Pour le ver qui vit dans un radis, le monde entier est un radis. » C’est vrai pour nous qui vivons dans une culture, dans un système politique, dans une croyance religieuse, dans un système économique et qui pensons qu’en dehors de ces formes d’appartenance, c’est le néant. Ces « bulles » sont nos repères jusqu’à ce que nous en sortions.
L’histoire nous enseigne qu’il y a de ces « bulles » qui éclatent sous la pression de consciences qui n’arrivent plus à s’accommoder d’un monde qui étouffe et déshumanise.
Les plus âgés se souviendront des années 1950 et 1960, marquées par
l’éclatement de bulles dans plusieurs secteurs. Il y a eu l’éclatement
de la bulle sociale avec la montée des mouvements
sociaux, celle des travailleurs et des syndicats, celle des luttes
révolutionnaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. On se
souviendra de mai 1968, en France, mais aussi de toutes les autres
manifestations importantes dans les pays du Nord et du Sud, de l’Est et
de l’Ouest. Il y a eu, également, l’éclatement de la bulle morale et religieuse
que les mouvements hippies des années 1960 et la tenue du Concile
Vatican II illustrent merveilleusement bien. Plus près de nous,
n’assistons-nous pas à l’éclatement de la bulle de systèmes économiques et politiques qui
nous retiennent dans un monde de moins en moins crédible, de plus en
plus exclusif, discriminatoire et fermé aux exigences d’une conscience
humanitaire ouverte à tous les peuples de la terre ?
Si « la bulle des cavernes », il y a de cela des millénaires, n’a pu retenir l’arrivée de l’ « HOMO SAPIENS », l’HOMME PENSANT, et qu’il en fut de même des autres « bulles
» qui se sont formées tout au long de son histoire, comment n’en
serait-il pas de même pour celles qui nous enferment aujourd’hui dans
un monde qui nous garde à l’étroit ? Le père Teilhard de Chardin, ce
grand paléontologue du siècle dernier, bien connu pour sa vision sur
l’évolution de l’Univers et de l’Homme, disait « qu’un courant héréditaire et collectif de réflexion s'établit et se propage : l'avènement de l'Humanité à travers les Hommes". Selon cette pensée, l’évolution de l’HOMO SAPIENS suit son cours. Son développement dans l’Histoire se mesure à la qualité de l’HUMANISME dont il est l’incarnation.
Un regard rapide sur le monde qui
nous entoure nous laisse plutôt avec la déprime. Les oligarchies et les
empires continuent à faire la loi et à imposer leurs volontés aux deux
tiers de l’Humanité. Ils ont la force des armes, celle de la corruption
et de la manipulation. Un peu plus nous les prendrions pour des dieux
alors que le monde auquel ils nous convient est fondé sur le mensonge,
l’hypocrisie, l’exploitation et la cupidité. Une situation pratiquement
irréversible, tellement les moyens sont disproportionnés entre les uns
et les autres. Pourtant, il y a quelque part une CONSCIENCE qui n’a pas abdiqué et qui porte la force de ce « courant héréditaire et collectif » à laquelle ces forces stagnantes de l’évolution ne sauraient résister. Ne
vivons-nous pas à une époque où la « conscience des personnes et celle
des peuples » se trouvent à la croisée des chemins où elles doivent
faire siens, soit les impératifs d’une Humanité inclusive ou soit la
cupidité d’une Humanité qui en exclut les deux tiers? N’est-ce pas là le défi que les personnes et les peuples devront relever en ce XXIème siècle?
En Amérique Latine, des personnes et des peuples répondent à ce défi en redonnant la parole à leur conscience et en répondant oui à une HUMANITÉ toujours plus inclusive.
Les oligarchies, les hiérarchies et l’Empire s’y résistent. Tous les
arguments et tous les moyens sont bons. Par contre, l’histoire de
l’évolution nous enseigne qu’autant les forces de la matière n’ont pu
retenir, il y a des milliers d’années, l’émergence de l’HOMO SAPIENS,
autant les forces oligarchiques et ses alliés ne sauront retenir
l’émergence de l’HOMME NOUVEAU, CONSCIENCE DES CONSCIENCES.
Le combat de David contre Goliath se poursuit, mais la force physique
ne peut en aucun temps rivaliser avec la force morale des consciences.
Je regrette que nos médias se fassent si peu l’écho de l’émergence de cette HUMANITÉ INCLUSIVE
et de ceux et celles qui s’en font les prophètes et les instigateurs.
Je me considère un privilégié, assis aux premières loges, lorsque je
lis les réflexions de Fidel Castro, que j’écoute les propos d’Évo
Morales, cet homme hors du commun, que je ressens dans le plus profond
de mon être l’inspiration que portent les discours d’Hugo Chavez. Je
suis émerveillé lorsque je vois arrivé, à la Présidence de l’Uruguay,
un homme dont la trajectoire a été un long chemin de croix, 15 années
en prison, torturé, humilié, mais resté toujours serein et sans
rancune. Avant tout, aimant de son peuple, de la justice, de
la vérité, et de beaucoup d’humanité. Une véritable préfiguration de
cette HUMANITÉ à laquelle nous aspirons tous et toutes et à laquelle
nous somme conviés. Ce n’est certainement pas en écoutant
Michelletti du Honduras, Uribe de la Colombie, Alan Garcia du Pérou,
Hilary Clinton des États-Unis ou Harper du Canada que je vais trouver
ce fil d’Ariane conducteur de l’évolution de l’homme vers une HUMANITÉ INCLUSIVE.
« L'Issue du Monde, les portes de l'Avenir, l'entrée dans le super-humain, elles ne s'ouvrent en avant ni à quelques privilégiés, ni à un seul peuple élu entre tous les peuples ! Elles ne céderont qu'à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s'achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. » ( Teilhard de Chardin, Le Phénomène Humain, p. 245)
Oscar Fortin
Québec, le 17 décembre 2009
Cet article vient de paraître sous le titre "La conscience des consciences: l'humanité au coeur des peuples" sur le site ami d'Oscar:
jeudi 17 décembre 2009
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mercredi 16 décembre 2009
Marx anarchiste ? par Michel Peyret
C'est en tout cas la thèse que soutient Maximilien
Rubel.
Mais au diable les restrictions intellectuelles et place au débat, à
la confrontation d'idées, à la diversité , nécessaires pour procéder « à
l'étude concrète d'une situation concrète », selon la formule de Lénine, et
faire apparaître les contradictions qui la font se mouvoir. Et donnons, en l'occurrence, raison à Rubel qui illustre à souhait ses
constats et jugements relatifs au marxisme, selon lui et selon d'autres,
« Idéologie dominante d'une classe de maîtres qui a réussi à vider les
concepts de socialisme et de communisme, tels que Marx et ses précurseurs les
entendaient, de leur contenu originel, en leur substituant l'image d'une réalité
qui en est la totale négation. » UN MARXIEN CHEZ LES MARXISTES « Un marxien chez les marxistes, Maximilien Rubel », titre
pour sa part Patrice Beray, lequel rappelle que Karl Marx s'est défendu sur ses
vieux jours, alors que son oeuvre commençait à lui valoir des disciples, et à
nourrir les visées de révolutionnaires « professionnels », ou en voie
de le devenir, en affirmant pour son compte: « Tout ce que je sais,
c'est que moi je ne suis pas marxiste. » Et Patrice Beray, qui présente un ouvrage de Miguel Abensour et Louis
Janover consacré à Rubel, estime que nul autre que ce dernier n'a saisi la
portée de cri du coeur du penseur allemand. Il rappelle que né en 1905 dans l'ancienne Autriche-Hongrie, Rubel a
vêcu à Paris de 1931 à sa mort en 1996, est entré au CNRS en 1947, s'est livré à
des recherches érudites sur l'histoire du mouvement ouvrier, et s'est consacré
pendant plus de trente ans à l'édition des oeuvres de Marx dans La
Pléiade. « On lui doit, dit-il, une distinction radicale entre
« marxien » qui, comme le précisent les auteurs, se rapporte selon lui
exclusivement à l'oeuvre de Marx » et « marxiste » qui
« renvoie aux épigones de toutes sortes. » Il ajoute, et on conviendra que la distinction n'est pas mince au
regard de l'Histoire où les faits sont têtus, surtout quand ils ont fait
souffler un vent de désastre jusque sur l'utopie politique. Pour sa part, Maximilien Rubel pense, lui, et sans se limiter à cette
opinion, que les idées de Marx peuvent être efficaces aujourd'hui sur un autre
mode que celui d'un évangile politique pour régime totalitaire. CHEZ MARX, UNE ETHIQUE Une éthique? « Chez Marx, dit-il, il s'agit de l'impératif de supprimer toutes
les conditions dans lesquelles l'homme est un être humilié, asservi, abandonné
et méprisable. Cette préoccupation éthique traverse toute l'oeuvre, jusqu'au
Capital... « Marx condamnait trois formes de « despotisme »(le
terme de totalitarisme lui était inconnu ): en France, le bonapartisme, ce que
j'ai développé dans Marx devant le bonapartisme; en Allemagne, le prussianisme
et surtout, en Russie, le tsarisme. « Mais l'archétype, c'est bien le premier Napoléon, dont le
neveu, Napoléon III, n'est qu'une image affaiblie. « Dans la critique de ces trois genres d'absolutisme d'Etat, nous
avons déjà celle du totalitarisme moderne! La Russie étant le cible préférée.
N'a-t-on pas parlé de la « russophobie » de
Marx? » Au demeurant, Maximilien Rubel réfute les arguments de ceux qui
attribuent à son oeuvre une valeur exclusivement descriptive du capitalisme au
siècle dernier, la validité de sa pensée n'excédant pas les bornes de son
époque. Il répond par une sorte de paradoxe: « J'estime pour ma part, au contraire, que Marx est un penseur du
20eme siècle et non du 19eme. « Marx est même le seul penseur du 20eme siècle dans la mesure où
aucun de ses contemporains n'a laissé d'oeuvre utilisable, fut-ce au prix d'une
distorsion. « Ainsi n'y-a-t-il pas d'empire hégélien, alors qu'il existe
encore un empire marxiste, la Chine par exemple. « Ce qui s'est produit et s'est achevé avec l'URSS nous permet de
prendre conscience plus encore des deux menaces qui, selon Marx, pèsent toujours
sur le destin de l'humanité, par l'intermédiaire des armes de destruction
massive: l'Etat et le système capitaliste en cors de
mondialisation. » DEUX MENACES, L'ETAT ET LE CAPITAL Nous y sommes , les deux menaces, l'Etat et le système
capitaliste! Mais c'est dans « Marx, théoricien de l'anarchisme » que
Rubel appréhende la très profonde proximité qui est la sienne avec le contenu de
l'oeuvre de Marx en la matière et qu'il met en évidence combien il a été
desservi par des disciples qui n'ont réussi ni à dresser le bilan et les limites
de sa théorie, ni à en définir les nomes et le champ
d'application. « Le marxisme est né et s'est développé, dit-il, alors que
l'oeuvre de Marx n'était pas encore accessible dans son intégralité et que
d'importantes parties en étaient restées inédites. « Ainsi, le triomphe du marxisme comme doctrine d'Etat et
idéologie de parti a précédé de quelques décennies la divulgation des écrits où
Marx a exposé le plus clairement et le plus complètement les fondements
scientifiques et les intentions éthiques de sa théorie sociale. « Que des bouleversements profonds se soient produits sous
l'invocation d'une pensée dont les principes majeurs sont restés ignorés des
protagonistes du drame historique suffirait à montrer que le marxisme est le
plus grand, sinon le plus tragique, malentendu de ce
siècle. » Tirant toutefois « toute la couverture à lui », Maximilien
Rubel, s'il considère que Marx a eu peu de sympathie pour certains anarchistes,
et c'est effectivement le moins que l'on puisse dire, révèle que l'on ignore
généralement « qu'il n'en a pas moins partagé l'idéal et l'objectif: la
disparition de l'Etat. LA DISPARITION DE L'ETAT, UN IDEAL PARTAGE « Il convient donc de rappeler qu'en épousant la cause de
l'émancipation ouvrière, Marx s'est d'emblée situé dans la tradition de
l'anarchisme plutôt que dans celle du socialisme ou du
communisme. « Et lorsqu'il a finalement choisi de se dire communiste, cette
appellation ne désignait pas à ses yeux un des courants, alors existants, du
communisme, mais un mouvement de pensée et un mode d'action qu'il restait à
fonder en rassemblant tous les éléments révolutionnaires hérités des doctrines
existantes et des expériences de lutte du passé. » Aussi Rubel va tenter de montrer que, sous le vocable de communisme,
Marx a développé une théorie de l'anarchie. « Mieux, ajoute-t-il, qu'il fut, en réalité, le premier à jeter
les bases rationnelles de l'utopie anarchiste et à en définir un projet de
réalisation. » Son expérience personnelle de lutte pour la liberté de la presse en
Prusse l'amènent à s'interroger sur la vraie nature de l'Etat et sur la validité
rationnelle et éthique de la philosophie politique de Hegel. « Ce sera, dit-il, outre un travail inachevé et inédit, la
Critique de la philosophie hégélienne de l'Etat ( 1843 ), deux essais
polémiques: « Introduction à la critique hégélienne du droit » et
« A propos de la question juive » ( Paris, 1844 ). « Ces deux écrits constituent à vrai dire un seul manifeste où
Marx désigne une fois pour toutes et condamne sans restriction les deux
institutions sociales qu'il voit à l'origine des maux et des tares dont la
société moderne pâtit et dont elle pâtira aussi longtemps qu'une nouvelle
révolution ne viendra les abolir : l'Etat et l'Argent. LE PROLETARIAT MODERNE « Simultanément, Marx exalte la puissance qui, après avoir été la
principale victime de ces deux institutions, mettra fin à leur règne comme à
toute autre forme de domination de classe politique ou économique: le
prolétariat moderne. « L'auto-émancipation de ce prolétariat, c'est l'émancipation
universelle de l'homme, c'est après la perte totale de l'homme, la conquête
totale de l'homme... » Evoquant les principales différences qui caractérisent les conceptions
réciproques de Marx et de Proudhon: « A la morale réaliste de Proudhon, cherchant à sauver « le
bon côté » des institutions bourgeoises, Marx oppose l'éthique d'une utopie
dont les exigences sont à la mesure des possibilités offertes par une science et
une technique suffisamment développées pour subvenir aux besoins de
l'espèce. « A un anarchisme tout aussi respectueux de la pluralité des
classes et des catégories sociales que favorable à la division du travail et
hostile à l'associationnisme prôné par les utopistes, Marx oppose un anarchisme
négateur de classes sociales et de la division du travail, un communisme qui
reprend à son compte tout ce qui, dans le communisme utopique, pourrait être
réalisé par un prolétariat conscient de son rôle émancipateur et maître des
forces productives... » DEUX TYPES D'ANARCHISME, UNE FINALITE COMMUNE Et pourtant, en dépit de ces voies divergentes, les deux types
d'anarchisme se réclament d'une finalité commune, celle que le Manifeste
communiste a défini en ces termes: « L'ancienne bourgeoisie avec ses classes et ses antagonismes de
classe fait place à une association où le libre développement de chacun est la
condition du libre épanouissement de chacun. » Pourtant, on le sait, Marx s'est refusé à inventer des recettes pour
les marmites de l'avenir. Cependant, dit Maximilien Rubel, « il a fait mieux que cela, ou
pis, il a voulu démontrer qu'une nécessité historique, telle une fatalité
aveugle, entraînait l'humanité vers une situation de crise où il lui faudrait
affronter un dilemme décisif: être anéantie par ses propres inventions
techniques ou survivre grâce à un sursaut de conscience la rendant capable de
rompre avec toutes les formes d'aliénation et d'asservissement qui ont marqué
les phases de son histoire. « Seul ce dilemme est fatal, le choix de l'issue étant laissé à
la classe sociale qui a toutes les raisons de refuser l'ordre existant et pour
réaliser un mode d'existence profondément différent de l'ancien. « Virtuellement, le prolétariat moderne est la force matérielle
et morale apte à assumer cette tâche salvatrice de portée
universelle. « Toutefois, cette force virtuelle ne pourra devenir réelle que
lorsque le temps de la bourgeoisie sera accompli, car elle aussi remplit une
mission historique; si elle n'en est pas toujours consciente, ses idéologues se
chargent de lui rappeler son rôle civilisateur. « En créant le monde à son image, la bourgeoisie des pays
industriellement développés embourgeoise et prolétarise les sociétés qui tombent
progressivement sous son emprise politique et économique. « Vu sous l'angle des intérêts prolétariens, ses instruments de
conquête, le capital et l'Etat, sont autant de moyens d'asservissement et
d'oppression. L'HEURE DE LA REVOLUTION PROLETARIENNE « Lorsque les rapports de production capitalistes et partant les
Etats capitalistes seront effectivement établis à l'échelle mondiale, les
contradictions internes du marché mondial révèleront les limites de
l'accumulation capitaliste et provoqueront un état de crise permanente qui
mettra en péril les assises mêmes des sociétés asservies et menacera jusqu'à la
survie pure et simple de l'espèce humaine. « L'heure de la révolution prolétarienne sonnera sur toute la
terre... » Maximilien Rubel est cependant conduit à rappeler avec une insistance
toute particulière, que l'hypothèse la plus fréquente que Marx nous offre est
celle de la révolution dans les pays ayant connu une longue période de
civilisation bourgeoise et d'économie capitaliste: « Elle doit marquer le début d'un processus de développement
englobant peu à peu le reste du monde, l'accélération du progrès étant assuré
par osmose révolutionnaire. « Quelle que soit l'hypothèse envisagée un fait est certain: il
n'y a pas de place, dans la théorie sociale de Marx, pour une troisième voie
révolutionnaire, celle de pays qui, privés de l'expérience historique du
capitalisme développé et de la démocratie bourgeoise, montreraient aux pays
ayant un long passé capitaliste et bourgeois le chemin de la démocratie
prolétarienne... LA MYTHOLOGIE MARXISTE « La mythologie marxiste née avec la révolution russe de 1917 a
réussi à imposer aux esprits peu informés une tout autre image de ce processus
révolutionnaire: l'humanité serait partagée entre deux systèmes d'économie et de
politique, le monde capitaliste dominé par les pays industriellement développés
et le monde socialiste dont le modèle, l'URSS, a accédé au rang de deuxième
puissance mondiale, par suite d'une révolution
« prolétarienne ». « En fait, l'industrialisation du pays est due à la création et à
l'exploitation d'un immense prolétariat et non au triomphe et à l'abolition de
celui-ci. « La fiction d'une « dictature du prolétariat » fait
partie de l'arsenal des idées imposées parles nouveaux maîtres dans l'intérêt de
leur propre puissance; plusieurs décennies de barbarie nationaliste et militaire
à l'échelle du monde font comprendre le désarroi mental d'une intelligentsia
universelle victime du mythe dit « Octobre
socialiste ». Maximilien Rubel considère toutefois que des trois théories, doctrines
et notions qui forment dans leur ensemble le patrimoine intellectuel du
socialisme, du communisme et de l'anarchisme qui visent à une mutation profonde
de la société humaine, l'anarchisme a le moins souffert de cette perversion:
n'ayant pas créé une véritable théorie de la praxis révolutionnaire, il a pu se
préserver de la corruption politique et idéologique dont les deux autres écoles
de pensée ont été frappées. « Issu de rêves et de nostalgies tout autant que de refus et de
révolte, il s'est constitué en tant que critique radicale du principe d'autorité
sous tous ses déguisements, et c'est surtout comme telle qu'il a été absorbé par
la théorie matérialiste de l'histoire. « Celle-ci est essentiellement une pensée de l'évolution
historique de l'humanité passant par étapes progressives d'un état permanent
d'antagonismes sociaux à un mode d'existence fait d'harmonie sociale et
d'épanouissement individuel. UNE FINALITE COMMUNE « Or, tout autant que la critique sociale transmise par l'utopie
anarchiste, la finalité commune aux doctrines radicales et révolutionnaires
d'avant Marx est devenue partie intégrante du communisme anarchiste de ce
dernier. « Avec Marx, l'anarchisme utopique s'enrichit d'une dimension
nouvelle, celle de la compréhension dialectique du mouvement ouvrier perçu comme
auto-libération éthique englobant l'humanité tout entière... « On est en droit d'appliquer à sa propre théorie la thèse
éthique qu'il a formulée à propos du matérialisme de Feuerbach ( 1845
): « La question de savoir si la pensée humaine peut prétendre à une
vérité objective n'est pas une question relavant de la théorie, mais une
question pratique. « C'est dans la pratique que l'homme doit démontrer la vérité,
c'est-à-dire la réalité et la puissance, l'au-deçà de sa
pensée. » Et c'est dans « A propos de la question juive », 1844, que
Marx, sans se limiter à la critique de l'émancipation politique, définit et la
fin qu'il convient d'atteindre et le moyen pour la réaliser: « C'est seulement lorsque l'homme individuel, être réel, aura
récupéré le citoyen abstrait et sera devenu en tant que individu un être social
dans sa vie empirique, dans son activité individuelle, dans ses rapports
individuels; ce n'est que lorsque l'homme aura reconnu et organisé ses
« forces propres » comme forces sociales et que, de ce fait, il ne
détachera plus de lui-même le pouvoir social sous forme de pouvoir politique-,
c'est alors seulement que sera accomplie l'émancipation
humaine. » En somme, poursuit Rubel, Marx s'appliquera à démontrer
scientifiquement ce dont il était déjà persuadé intuitivement et ce qui lui
paraissait éthiquement nécessaire: il abordera l'analyse du capital d'un point
de vue sociologique, comme pouvoir de commandement sur le travail et ses
produits, le capitaliste possédant cette puissance non en vertu de ses qualités
personnelles ou humaines, mais en tant que propriétaire du
capital: « Le salariat est un esclavage, et tout relèvement autoritaire du
salaire ne sera qu'une meilleure rémunération d'esclaves. » ESCLAVAGE ECONOMIQUE ET SERVITUDE POLITIQUE Las, « esclavage économique et servitude politique vont de
pair. « L'émancipation politique, la reconnaissance des droits de
l'homme par l'Etat moderne ont la même signification que la reconnaissance de
l'esclavage par l'Etat antique ( La Sainte Famille, 1848 ). « Esclave d'un métier salarié, l'ouvrier l'est aussi de son
propre besoin égoïste comme du besoin étranger. « La condition humaine n'échappe pas davantage à la servitude
politique dans l'Etat démocratique représentatif que dans la monarchie
constitutionnelle. » Et, à nouveau, Rubel revient à Marx: « Dans le monde moderne, chacun est à la fois membre de
l'esclavage et de la communauté bien qu'en apparence la servitude de la société
bourgeoise soit le maximum de liberté. » Ou encore dans Vorwärts, 1848,: « L'existence de l'Etat et l'existence de la servitude sont
inséparables...Plus l'Etat est puissant, plus un pays est, de ce fait,
politique, moins il est disposé à chercher dans le principe de l'Etat, donc dans
l'organisation actuelle de la société dont l'Etat est lui-même l'expression
active, consciente et officielle, la raison de ses maux
sociaux... » Ou enfin après la Commune: « La Commune ne fut pas une révolution contre une forme
quelconque de pouvoir d'Etat, légitime, constitutionnelle, républicaine ou
impériale. LA COMMUNE, REVOLUTION CONTRE L'ETAT « Elle fut une révolution contre l'Etat comme tel, contre cet
avorton monstrueux de la société;elle fut la résurrection d l'authentique vie
sociale du peuple, réalisée par le peuple. » Et de préciser dans « L'Idéologie
allemande »: « Les prolétaires se trouvent donc en opposition directe à la
forme dans laquelle les individus de la société ont pu jusqu'ici se donner une
expression d'ensemble, à savoir l'Etat: ils doivent renverser l'Etat pour
réaliser leur personnalité. Cependant, les prolétaires doivent également se débarrasser de
l'esclavage économique, le travail salarié. Dans le Capital, Marx réaffirme que « pour transformer la
propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété
capitaliste, il aura naturellement fallu plus de temps, d'efforts et de peines
que n'en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété
capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production
collectif. LA PROPRIETE SOCIALE « Là il s'agissait de l'expropriation de la masse pour quelques
usurpateurs; ici, il s'agit de l'expropriation que de quelques usurpateurs par
la masse. » Ce stade franchi, Rubel cite Marx dans l'Anti-Proudhon ,
1847: « Est-ce à dire qu'après la chute de l'ancienne société il y aura
une nouvelle domination de classe se résumant dans un nouveau pouvoir
politique? « Non!... « Dans le cours de son développement, la classe laborieuse
substituera à l'ancienne société civile une association qui exclura les classes
et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit,
puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l'antagonisme
dans la société civile. » ALORS MARX ANARCHISTE? C'est en tout cas la conviction profonde de Maximilien Rubel qui
considère que Marx s'est formellement proclamé « anarchiste »
lorsqu'il écrivait: « Tous les socialistes entendent par anarchie ceci: le but du
mouvement prolétaire, l'abolition des classes, une fois atteint, le pouvoir
d'Etat disparaît et les fonctions gouvernementales se transforment en de simples
fonctions administratives. »
Tour Eiffel minaret
[Article sur http://oumma.com/ ]:
En France, l’homme politique est de moins en moins préoccupé par la résolution des problèmes qui lui sont posés, il se contente plutôt de dénoncer avec force le coupable qui en serait à la source. Ainsi, à l’approche de chaque échéance électorale, la droite comme les médias tendent à se « décomplexer », le coupable est clairement désigné, tel un virus qui surgit de nulle part. Appelons-le « bouc émissaire pré-électoral ». Sans vouloir s’attarder sur sa description, tant les médias accomplissent cette tâche avec succès, tentons donc de nous projeter dans l’univers psychologique d’un innocent, à qui le nom dudit coupable aurait été transmis.
« Aujourd’hui, l’appel à la prière a résonné depuis la Tour Eiffel. Il a parasité mon ouïe à cinq reprises, pour rappeler à des millions de fidèles, et à beaucoup plus d’infidèles, qu’il était l’heure de penser. Dans les rues que j’arpente, j’ai croisé sur le même trottoir un hijab, puis deux. Soudain, j’aperçus une burqa, puis deux, puis une infinité. Les burqas ont proliféré ces derniers temps. Manifestement, le minaret qui surplombe la capitale parisienne y est pour quelque chose.
Aujourd’hui, j’ai amené trois délinquants-adolescents récemment relâchés d’un centre de rétention visiter le Louvre. Parce que le Louvre est un élément constitutif de notre identité nationale, quoi qu’en disent ceux qui accusent la France de leur avoir volé leurs œuvres les plus chères. Après avoir été fouillés, nous avons apprécié les pyramides jonchant le premier niveau.
Une fois parvenus à l’étage ultime, celui qu’une foule inépuisable de curieux réchauffe indéfiniment, nous avons aperçu la Joconde. Le chef d’oeuvre issu du pinceau de Léonard de Vinci est d’autant plus intriguant qu’il a séduit les plus réticents d’entre nous. C’est pourquoi, au nom du respect à la tolérance imposé par certains, il a été décidé qu’un niqab voile la Joconde, son visage y compris, le miroir de l’âme.
Après l’enrichissement culturel vint le temps de l’approvisionnement naturel. J’ai laissé sur le trottoir les trois gamins et suis parti à la recherche les victuailles dont nous avions tant besoin. A mon retour, ils furent raflés, parce qu’âgés de moins de treize ans. « Après 23 heures, a dit leur kidnappeur, c’est plus l’heure ».
Une fois dans le métro, trois Roumains m’ont éloquemment dévoilé leur plaidoyer en vue de récolter quelques pièces. Après quoi, je leur ai fait comprendre que les allocations familiales qu’ils percevaient devraient leur suffire. Parce que donner c’est bien, mais assister c’est trop. Surtout qu’avaliser un don à destination d’un Roumain, c’est être condamné à reproduire le même humanisme envers le Noir qui espère sur le quai.
D’ailleurs, si c’est pour se faire arracher son portefeuille par des Arabes en sortant du métro, c’est peine perdue. La France, et encore moins le Français que je suis, n’est pas en mesure d’accueillir toute la misère du monde. « Désolé je n’ai pas de monnaie » leur ai-je traduit. S’il faut donner à ceux qui nous volent des emplois, quand bien même les « dix millions » d’autres immigrés qu’ils sont censés nourrir ne « foutent rien », c’est injuste.
Demain, j’irai voter au référendum. Parce que je suis citoyen, parce que je pense que, tout comme l’identité nationale, il nous faut un vrai débat sur l’immigration. « Qu’est-ce qu’être un immigré ? Pourquoi un immigré ? Quoi faire des immigrés ? ». Ce sont les questions que je me pose actuellement, du moins que sont censés se poser les inquiets dont je fais partie. Soyons prudents.
Trop de couleurs foisonnent dans nos rues, trop de burqas voilent nous avenues. Tout ça s’est passé en un laps de temps, tel un ouragan pré-électoral : on ignore d’où est-ce que ça vient, mais ça disparaît avec des millions de votes incertains.
En quête de sagesse, je me suis alors tourné vers Albert Camus. Dans l’univers qu’il m’a décrit, un rat, puis deux, et enfin des milliers, ont été contaminés par La peste. Quelques jours plus tard, la ville était contaminée. Plutôt que se prémunir contre cette épidémie, on accusa l’incontrôlable prolifération de rats. Sans y remédier.
Avant de refermer mon livre, Camus m’a averti : « Il faut se méfier de la peste. Elle peut revenir à tout moment ».
dimanche 13 décembre 2009
Comment créer une éducation à visage humain ? par Roger Garaudy
Au moment où l'enseignement de l'histoire est mis en question pour les classes de terminale scientifique, ce texte de Roger Garaudy va bien au-delà de ce seul enseignement pour évoquer la transcendance et le mythe bien compris, comme fondations d'une éducation tournée vers l'invention du futur et non la perpétuation des aliénations du passé.
L'homme est l'animal qui crée des outils et des tombes.
Depuis Darwin des savants ont recherché les " chaînons manquants " permettant de passer de l'anatomie des singes à celles des hommes. Peu à peu, du pithécanthrope, découvert à Java par Dubois en 1890, aux découvertes de Leakey en 1959 à Oldoway (en Afrique orientale) et à ses successeurs, ces chaînons se sont multipliés, mais même s'il existe encore des découvertes anatomiques, d'autres paléontologues, pour combler ces lacunes, le problème n'est pas seulement celui de la similitude des structures: l'on est assuré de la naissance de l'homme lorsqu'à proximité de tels ossements préhistoriques l'on trouve des outils et des tombes.
C'est là que se situe la naissance de l'homme.
Marx a marqué la différence fondamentale entre l'évolution biologique et l'histoire humaine: les animaux ont subi l'une en perpétuant les instincts, les hommes ont fait l'autre en transformant l'outillage et l'environnement.
Sans doute le singe peut casser une branche ou ramasser un caillou pour assurer par exemple sa défense, mais il les rejette, le danger passé. L'homme, taillant un bâton ou un silex le conserve comme un moyen pour accomplir une multiplicité ultérieure d'actions. Ce détour est la première abstraction de l'acte de combattre, de tailler ou de construire.
La tombe est un autre témoin: la dépouille d'un homme n'est pas abandonnée dans la nature pour y être dévorée par d'autres espèces animales, ou pourrir. Le fait de creuser la terre et de recouvrir le cadavre, ou d'arranger des pierres pour le protéger, parfois même de l'ensevelir avec ses armes ou même des ustensiles et des aliments, est la première affirmation que la mort n'est pas seulement la fin de la vie biologique, mais plutôt le passage à une autre forme d'existence. Celui qui a organisé cette première célébration d'un au delà de la vie animale a au moins posé une question sur l'avenir, fût-il mystérieux.
Le mythe apportera une réponse à ce dépassement. Il est la naissance du sens au delà du fait. L'ébauche d'une transcendance, d'un franchissement de la réalité simplement perçue et subie, pour en expliquer l'origine ou pour en dessiner les fins.
Tel est l'homme. Déjà trop grand pour se suffire à lui-même, et projetant en des héros qui le dépassent, le chemin de ses futures grandeurs: Prométhée inventant le feu et les arts, ou, pour les chinois, le légendaire empereur Yu le Grand qui maîtrisait les torrents et créait l'ordre dans la répartition des eaux.
Ces mythes ne sont pas des ancêtres mineurs du concept, ils contribuent à le dépasser, ne se contentant pas, comme le concept, de découper le réel, mais anticipant le futur.
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Le point de départ de l'éducation, c'est cet acte créateur de l'homme.
C'est aussi son point d'arrivée: faire de chaque homme un homme, c'est-à-dire un créateur, un poète.
Comment alors peut se situer la création artistique dans le développement de l'acte humain du travail, de la création continuée de l'homme par l'homme?
Comment le mythe peut-il être une composante de l'action pour transformer le monde?
S'il est le langage de la transcendance, cette transcendance ne peut être pensée en termes d'extériorité ni de puissance: ni transcendance d'en haut d'un Dieu, ni transcendance d'en bas d'une nature donnée toute faite.
Le mythe n'est pas participation mais création.
Le mythe chez Marx, n'est pas, comme chez Freud, une traduction, même sublimée, du désir, mais un moment du travail.
Différence fondamentale, car le désir prolonge la nature alors que le travail la transcende.
Faire du travail la matrice du mythe, comme d'ailleurs de toute culture par opposition à la nature, nous permet déjà de tracer une ligne de démarcation entre le symbole onirique et le symbole mythique. Le premier est expression ou traduction du désir, le second est un moment de la création continuée de l'homme par l'homme, sous forme poétique, prophétique, militante, mais toujours prospective.
Ainsi est écartée la confusion entre le mythe proprement dit et ce que l'on appelle faussement de ce nom: si le mythe est ce moment du travail par lequel l'émergence de l'homme s'affirme avec cette dimension nouvelle de l'être: l'efficace du futur, l'on ne saurait appeler mythe ce qui est simple survivance du passé, la raison paresseuse et dépassée de l'allégorie ou des fables étiologiques. Pas davantage ce qui est simple reproduction ou conservation du présent par une image qui devient norme de conduite. Ce stéréotype social, démultiplié par la propagande ou la publicité, est illusion et aliénation. Il tend non à promouvoir l'histoire mais au contraire à l'arrêter en donnant seulement un visage au désir; et en laissant l'homme tourner en rond, dans le cercle fermé de l'instinct. Les variantes en sont nombreuses, depuis la propagande hitlérienne de la race, ou l'érotisme comme moyen de publicité. Jusqu'à cet ersatz dégradé du héros mythique que constitue l'idole, offrant à la jeunesse l'illusion compensatrice d'une vie aliénée, d'une vie par procuration grâce à l'inflation du mythe: Diana pour Bérénice, Madonna pour Aphrodite...
Il est des mythes qui ne nous servent à rien ou qui nous desservent. Ils ne mènent nulle part. Il en est d'autres qui nous orientent vers le centre créateur de nous-mêmes, qui nous ouvrent des horizons toujours neufs et nous aident à franchir nos limites. Mythes clos, ou mythes ouverts qui sont en vérité les seuls mythes authentiques.
Nous réserverons le nom de mythe à tout récit symbolique rappelant l'homme à sa vérité d'être créateur, c'est-à-dire défini d'abord par l'avenir qu'il invente, et non par le passé de l'espèce qui simplement le pousse par l'instinct et le désir.
De tels mythes ne sont pas nécessairement des produits d'une mentalité primitive.
Ils impliquent un double arrachement au donné: à la nature extérieure et à notre propre nature. Ils sont un retour au fondamental: l'homme qui se dresse qui sait dire: non! à l'égard de ce qui lui est donné comme réalité.
Marx nous invitait à expliquer ainsi la fascination durable, à travers les siècles, des grands mythes, comme exprimant l'enfance de l'homme, se refusant à définir la réalité par la seule nécessité de l'ordre existant dans la nature ou la société, qu'il s'agisse de Prométhée, d'Icare, d'Antigone ou de Gilgamesh, tous affrontant l'avenir au delà de l'actuellement possible.
Dans chaque grand mythe, qu'il soit poétique ou religieux, l'homme ressaisit sa propre transcendance par rapport à tout ordre donné.
Et cela à partir de cette dimension spécifiquement humaine du travail: la présence du futur comme levain du présent.
Le propre des grands mythes comme "ouverture vers la transcendance" est plus maîtrise du temps que sortie du temps. "Le grand temps" du mythe permet à l'homme de revivre le matin du monde -- le moment de la création, de ne pas se saisir seulement comme un fragment du cosmos, pris dans le tissu de ses lois, mais comme capable de le transcender, d'intervenir comme créateur.
Prométhée ou Antigone, tout comme d'ailleurs les prophètes d'Israël ou les récits évangéliques, nous disent qu'un nouveau départ est possible, que je puis recommencer ma vie et changer le monde. C'est ce qu'il y a de plus précieux dans ce "pouvoir d'interprétation" du mythe.
Jésus vient révéler à chacun que le présent n'est pas ce maillon nécessaire entre le passé et l'avenir dans la trame d'un destin, mais que "le présent est le temps de la décision". La transcendance, c'est la possibilité d'un commencement absolu.
La transcendance n'est pas seulement un attribut de Dieu mais une dimension de l'homme, le mythe est le rappel de cette transcendance, et l'appel, adressé à l'homme, d'exercer son pouvoir d'initiative historique.
Le sens de l'histoire est né avec le premier homme, avec le premier travail, avec le premier projet. Ce sens s'enrichit de tous les projets des hommes. Il demeure toujours une tâche à accomplir et une création.
Le mythe n'est donc pas technique d'une sortie de l'histoire mais au contraire rappel de ce qui est spécifiquement historique dans l'histoire: l'acte d'initiative humaine.
Le héros mythique est celui qui prend conscience d'une question posée à l'homme par une situation historique, qui en découvre le sens humain (c'est-à-dire dépassant la situation) et dont la victoire, ou l'échec même, constituent pour nous un éveil de responsabilité pour la solution des problèmes de notre temps.
Il n'est donc pas possible de dire, comme le fait Freud dans Totem et Tabou, que la mythologie est au groupe ce que le rêve est à l'individu: le rêve n'est que traduction d'une réalité préexistante, le mythe est un appel à franchir nos limites; il est ce que Baudelaire disait de l'oeuvre de Delacroix: "une pédagogie de la grandeur" (Pléiade, p. 1117).
Le travail a le rôle premier et constitutif dans la genèse du mythe qui en est un moment. Le travail animal est sur le simple prolongement du désir et des besoins de l'espèce, mais ce qui caractérise le travail spécifiquement humain, c'est l'émergence du projet, la création d'un modèle qui devient la loi de l'action.
Ce qui constitue la spécificité du symbole mythique, par rapport au symbole onirique, c'est précisément cette émergence du modèle.
Lévi-Strauss écrit: "l'objet du mythe est de fournir un modèle logique pour résoudre une contradiction" et il ajoute: "peut-être découvrirons-nous un jour que la même logique est à l'oeuvre dans la pensée mythique et dans la pensée scientifique."
Lévi-Strauss, comme Bachelard, a eu le mérite de souligner l'unité fonctionnelle du mythe et de l'hypothèse scientifique dans la notion de "modèle" qui les inclut.
Hector ou Oedipe Roi, comme les histoires des dieux, sont des interrogations sur le sens que l'homme peut découvrir ou donner à sa vie. Pas seulement une expression de ce qu'il est, mais une interrogation sur ce qu'il peut, et une exigence d'aller au delà.
La réalité ce n'est pas seulement une nature donnée avec sa nécessité propre, c'est aussi cette seconde nature créée par l'homme, par la technique et l'art, et c'est aussi tout ce qui n'existe pas encore, l'horizon toujours mouvant du possible humain.
Le mythe ne peut être conçu seulement comme un rapport à l'être, mais comme un appel à faire. Il nous révèle non une présence mais une absence, un manque, un vide qu'il nous somme de combler.
Ces mythes portent témoignage de la présence active, créatrice, de l'homme, dans un monde toujours en naissance et en croissance. Chaque grande oeuvre d'art est l'un de ces mythes.
Le réel n'est pas un donné mais une tâche à accomplir.
Le passage du concept au symbole est remise en question de tout ordre fini au sens d'achevé et conscience qu'il est simplement fini par comparaison à l'infini. Il s'agit cette fois d'une conversion au sens strict: nous étions jusque là, par les sens ou par les concepts, tournés vers ce qui est déjà fait, le mythe nous enjoint de nous tourner vers ce qui est à faire. Il nous appelle à n'être pas seulement constructeurs d'objets ou calculateurs de rapports, mais donateurs de sens et créateurs d'avenir. Le symbole exige ce décollement à l'égard de l'être, ce dépassement de l'être dans le sens et dans la création. Un proverbe bouddhiste dit: "Lorsque le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt."
Définir le mythe comme langage de la transcendance, ce n'est point négation de la raison mais dépassement dialectique dans une raison qui a conscience de se transcender toujours elle-même avec les ordres provisoires qu'elle a déjà constitués.
La mythologie c'est la déchéance intégriste du mythe comme le scientisme est la déchéance dogmatique de la science. La mythologie c'est la prétention de retenir seulement la lettre du mythe et non pas son esprit, le matériel du symbole et non sa signification. Antigone ne nous toucherait guère si elle n'était qu'obstination à accomplir le rite des funérailles de Polynice, et la Résurrection du Christ ne bouleverserait pas la vie des hommes depuis deux millénaires, s'il s'agissait d'un problème de physiologie cellulaire ou de réanimation.
Le mythe, libéré de la mythologie, commence là où le concept s'arrête, c'est-à-dire avec la connaissance non de l'être donné, mais de l'acte créateur. Il n'est pas reflet d'un être mais visée d'un acte. Aussi ne s'exprime-t-il point par concepts mais par symboles.
Il est l'acte créateur saisi du dedans, par l'intention qui l'anime. Cette connaissance, ce niveau de connaissance, n'a pas pour objet l'universel mais le personnel et le vécu. Elle donne sens à la création et déclenche l'acte créateur. Elle est appel, elle est acte, elle est personne: Hamlet, Arjuna ou Faust, ne peuvent se circonscrire en concepts mais seulement s'exprimer en un style de conduite personnelle par une réactivation de l'initiative historique du héros.
Le mythe, en son sens le plus élevé, se situe donc au niveau de la connaissance poétique et de la décision responsable et libre de l'homme. A ce niveau seulement, celui de la saisie de l'acte créateur et du choix l'on peut à la fois instituer et découvrir le sens de la vie et de l'histoire. Car ce sens on ne se contente pas de le découvrir comme du sommet d'une montagne on découvre un paysage: c'est tout un de recevoir ce sens par la connaissance et de le donner par l'action, de le vivre, dans le mythe, comme savoir et comme responsabilité, de parcourir, par la connaissance de l'histoire passée, le panorama du développement antérieur et de participer à la réalisation pratique, militante, de cette signification. Dans le mythe se révèle l'ordre, au double sens d'harmonie et de commandement.
Roger Garaudy, L'avenir mode d'emploi, Editions Vent du Large (extraits)
Foi
Qu'importe ce qu'un homme dit de sa foi. Ce qui importe est ce que cette foi fait de cet homme.
Roger Garaudy, Avons-nous besoin de Dieu ?, Desclée De Brouver éditeur, p132






