A l'indépendant

mardi 22 avril 2014

Clermont-Ferrand, Conférence de Charles Silvestre sur Jaurès et les luttes d'aujourd'hui

 

La Victoire de JAURES - Jeudi 24 avril - 20h

Les Amis de L'Huma du Puy-de-Dôme sont heureux de vous convier à leur prochaine conférence :

Charles SILVESTRE

"La Victoire de JAURES"

Jeudi 24 avril 2014 à Clermont-Ferrand

Faculté de Lettres - Amphi 2
29 Boulevard Gergovia

Charles Silvestre publie un ouvrage majeur, riche d'illustrations et de réflexions historiques précises au
coeur du débat politique actuel. Un hommage au tribun socialiste. Il fallait l'expérience du journalisme politique, tout comme la profonde connaissance de l'histoire de Charles Silvestre pour rentrer sur cette hypothétique victoire. Pari assurément réussi, qui part de la biographie personnelle de l'auteur, rendant le propos d'autant plus entraînant et attachant. Alors que bien d'autres livres consacrés à Jaurès répètent nombre d'aspects déjà bien connus, l'auteur met en scène des combats ultérieurs (la Résistance, la lutte contre la guerre d'Algérie, celles des Fralib, etc.) en miroir avec les propos et les espérances de Jaurès.

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lundi 21 avril 2014

Jésus Christ a inauguré un nouveau mode d'existence

L'action créatrice aujourd'hui exigée de nous par la foi comme par la

révolution, repose sur trois postulats dont il nous faut prendre conscience

si nous voulons comprendre la signification actuelle de la référence au

Christ. Postulat de transcendance, qui affirme la possibilité de se libérer

de la nature déjà existante par la création continuée de cette nature ; postulat

de relativité, qui affirme la possibilité de se libérer des structures

sociales existantes et de leurs aliénations par un acte révolutionnaire créant

des possibles nouveaux ; postulat de l'espérance, suivant lequel l'homme

et la société sont des tâches à accomplir. Ces trois postulats sont bibliques

et évangéliques. Il s'avère, en effet, qu'un seuil historique a été franchi

dans l'expérience de la foi en la Résurrection du Christ : l'on est

passé d'une liberté conçue comme conscience de la nécessité à

une liberté conçue comme participation à l'acte créateur. Le Christ est

venu faire brèche dans toutes nos limites, il a inauguré un mode nouveau

d'existence en cassant le mécanisme du monde. Il nous montre le chemin :

non pas une autre vie, mais une certaine qualité de cette vie. Chacun de

nos actes libérateurs et créateurs et, plus que tout autre, l'acte révolutionnaire,

implique le postulat de la résurrection. Le Christ est vivant chaque

fois que nous apportons quelque chose de neuf à la forme humaine.

 

Roger Garaudy. Lumière et vie, n°112

Posté par Alaindependant à 11:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Echos du monde musulman n°220 (20 avril 2014)

 Bouteflika réélu au premier tour

Ce n’est pas vraiment une surprise. Staline disait : « l’important n’est pas l’élection, mais le contrôle des résultats». La presse française et maghrébine commente…

Réflexions sur l’Arabie
Ce pays a une influence croissante, bien au-delà de son rôle direct de producteur de pétrole

Nous avons souvent parlé ici du rôle des missionnaires wahhabites qui poussent au radicalisme des populations qui ont un islam beaucoup plus paisible et moins rigoriste. J'ai dit radicalisme (doctrine) et non djihadisme (violence) que l'Arabie n'approuve pas, mais il faut bien constater que des individus radicalisés peuvent glisser spontanément vers la violence. C'est le cas de Ben Laden, qui a certes été déchu de sa nationalité saoudienne mais que ça n’a pas empêché d'agir, c’est le cas des jeunes Français partant tuer du chiite en Syrie et y persécuter sunnites modérés et chrétiens. Le tableau est un peu compliqué par le fait que l'Arabie n'aime pas les mouvements politiques islamistes comme les Frères Musulmans, de crainte qu'ils ne s'attaquent à son régime, mais ça n'enlève rien au danger de la diffusion du wahhabisme.

Dans un domaine moins connu du public, celui des universitaires du domaine des arts, de l’histoire et de l’archéologie, on note le lancement d’un musée séoudien d'art moderne, la destruction du patrimoine archéologique pour des raisons religieuses (éviter tout objet ou site qui pourrait donner lieu à vénération), l'interdiction de toute recherche historique ou artistique locale, et son blocage concret par la non-délivrance de visas touristiques.

À mon avis, tout cela relève du blocage religieux, ces questions pouvant remettre en cause ou éclairer différemment l'histoire de Mahomet et de l'islam, de même que les études sur la Bible ont permis de conclure que certains de ses passages étaient purement légendaires et non historiques. Rappelons que les textes des 3 grandes religions monothéistes ont mis jusqu’à 3 siècles (et davantage dans le cas du judaïsme) à se compléter et à se stabiliser, ce qui peut amener des historiens sceptiques à penser que ces textes se sont éloignés du message originel.

Rappelons que le wahhabisme découle de l'alliance politique de ce courant religieux et de la monarchie séoudienne. Sa puissance et son prestige dépendent donc peut-être de l'évolution du régime, or la monarchie est très vieillissante au sommet et proliférante à la base (15 à 20 000 princes, dit-on, qui auraient « droit » à une partie des recettes pétrolières), et son avenir n'est pas forcément assuré sous la forme actuelle : une bonne part de l’élite séoudienne, femmes comprises, a étudié aux Etats-Unis.

Le roi Abdallah (90 ans) vient de réagir à la question du vieillissement en nommant prince héritier « en second » un gamin de 69 ans, son demi-frère Moqren, le plus jeune des 35 fils du fondateur du royaume, qui a dirigé les services de renseignements.

C’est une surprise, car la règle est que le pouvoir se transmette d’un frère à l’autre en respectant le droit d’aînesse. Qu’en pensent les 33 autres fils plus âgés du roi Abdel Aziz (Ibn Séoud), fondateur du royaume ?

L’actuel prince héritier, Salmane, est âgé de 79 ans et malade. Il pourrait décider de « passer son tour » au profit de Moqren. S’il ne le fait pas, que les 33 autres frères s’agitent et que le roi Abdallah vive encore quelques temps, le « gamin » risquera d’être usé. A moins qu’Abdallah ne se retire et arbitre, ou ne donne dès maintenant le pouvoir réel à Moqren.

 

Fondamentalisme et réactions occidentales

The Economist du 31 août 2013 fait une présentation détaillée du livre de Karima Bennoune, algérienne devenue professeur de droit à l'université de Californie

J'en profite pour dire que dans les colloques relatifs à langue française ou aux pays musulmans auxquels je participe, nombreux sont les Maghrébins qui ont de « bons » un postes aux États-Unis et au Royaume-Uni, où leur connaissance du français est « un plus », qui s'ajoute bien entendu à un excellent niveau dans leur discipline. Ce sont de bons ambassadeurs de culture française, mais aussi une perte dramatique pour notre pays qui n'a pas su leur donner un poste de leur niveau. Et bien sûr une perte encore plus grave pour leur pays d'origine, mais qui s’explique souvent par des pressions sociales, religieuses ou politiques, qui n’existent pas en France !

Revenons à ce livre, dont le titre est « Votre fatwa s'applique pas ici » (en anglais bien sûr). L'auteur commence par donner des récits vécus (pour l'Algérie) ou recueillis (pour d'autres pays musulmans) décrivant l'horreur sanglante de l'action des fondamentalistes, qui déclarent « apostats » des musulmans d'une civilisation et d'une culture très supérieure à la leur, se donnant ainsi « le droit » de les tuer. La quasi-totalité des victimes des fondamentalistes sont en effet d'autres musulmans et non « le reste du monde » comme  l'imaginent les Occidentaux du fait des attentats à but médiatique du type 11 septembre, attentats qui ne sont que l'écume des massacres et brimades commises à grande échelle dans les pays musulmans.

L'auteur poursuit en dénonçant deux réactions occidentales contre-productives. La première est d'excuser les fondamentalistes sous prétexte que les Occidentaux ont brimé ou exploité le monde musulman. La deuxième est d'accuser l'islam en tant que religion, donc tous les musulmans, au lieu d'aider l'immense majorité anti-fondamentaliste.

Vous avez reconnu une idée que je défends souvent ici.

 

La facette électrique de l’échec pakistanais

Vous savez que le Pakistan est en situation d’échec sécuritaire et économique, les deux étant bien sûr liés. Depuis 5 ans la croissance a été de 2,9 % par an soit à peine plus que la croissance le population qui atteint maintenant 186 millions. Le chômage des jeunes est massif et contribue probablement à la violence générale.

Une facette de cet échec : les coupures d'électricité sont permanentes. Le premier ministre, Nawaz Sharif, a été élu l'an dernier avec la promesse d'y remédier.

Une des causes en est que les producteurs privés produisent moins qu'ils ne le pourraient car ils fournissent le moins possible le distributeur public qui ne les paie pas, et qui lui-même n'est pas payé par le client final. Une partie de l'électricité est piratée, celle fournie aux écoles coraniques n'est pas payée car leurs dirigeants pensent que l'on n’osera pas leur couper le courant. L'électricité produite à partir du gaz importé est vendue au sixième du prix d'achat, mais les juges se sont opposés l'augmentation des tarifs aux particuliers.

Les producteurs publics tournent à 10 % de leur capacité pour cause de mauvaise gestion. Il est prévu de les privatiser, mais il faut trouver des investisseurs acceptant de travailler dans les conditions décrites ci-dessus.

Résultat : le Bengladesh, l’autre pays musulman ex-indien, beaucoup plus déshérité mais moins mal géré, rattrape progressivement le Pakistan en termes de revenu par tête (environ 1000 $ par an contre 1200).

 

C'est le foot qui fait la Libye

Vous connaissez l'éclatement de la Libye entre tribus et régions, entre islamistes et démocrates, entre berbères et arabes, entre traditionalistes et modernistes, entre anciens partisans de Kadhafi et les autres, entre groupes tentant de contrôler la production de pétrole et son exportation etc.

Heureusement, il y a le foot : tout le monde est uni devant des écrans géants pendant les matches de l'équipe nationale à l'étranger.

Posté par Luc Colles à 09:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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dimanche 20 avril 2014

Attac et le dialogue des cultures

Une composante de la morale laïque et citoyenne : le dialogue des cultures

Martine Boudet

http://blogs.attac.org/commission-enseignement-recherche/article/une-composante-de-la-morale-laique

 

L’une des raisons de la violence à l’Ecole réside dans les discriminations dont certains publics peuvent faire l’objet sous une forme ou une autre. Pour remédier à ce double problème, la loi sur la Refondation préconise notamment un enseignement de morale laïque et citoyenne. Dans cette perspective, l’éducation à la diversité apparaît comme l’un des paramètres émancipateurs à promouvoir.

Comme préconisé par l’UNESCO et le Conseil de l’Europe,il permet en effet, par une mise en situation interculturelle, d’éviter l’écueil de l’universalisme abstrait. Au-delà d’un enseignement, il s’agit d’éduquer à une authentique citoyenneté de l’altérité.

1- Un programme plus inclusif mais encore décontextualisé et peu dialogique
L’objectif du rapport rendu au ministère est de réinstaurer une morale commune et fédératrice, de manière à construire « une école inclusive en guerre contre toutes les discriminations. » (Bergougnioux, 2013, p 7). Cette démarche nécessite de dépasser les termes d’une morale « minimale » (axée sur le seul respect des lois civiques, facteurs d’une contrainte extérieure) et « négative », celle-ci étant invoquée pour la résolution des conflits et des situations de crise. Les valeurs à transmettre « la dignité, la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, l’esprit de justice, le respect et l’absence de toutes formes de discriminations » (p 28), qui émanent de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, doivent inspirer des comportements constructifs.
La Charte de la laïcité à l’Ecole, adoptée à la rentrée 2013, rappelle utilement que la laïcité est le garant de la liberté de conscience, dans une Ecole neutre et respectueuse de toutes les convictions, notamment religieuses. Elle doit être un rempart à l’égard de dérives prosélytes, communautaristes ou laïcistes :
"La laïcité introduit (...) une hiérarchisation des valeurs, puisqu’elle conduit à placer le bien commun, l’égalité des droits et le respect de la personne au-dessus des coutumes et des traditions de quelque nature qu’elles soient (…) L’enseignement de la morale laïque doit veiller à ne blesser aucune conscience tout en transmettant des valeurs communes à tous les enfants, quelles que soient par ailleurs leurs croyances religieuses". (Peillon, 2013) 
Des oublis étonnants sont cependant à signaler dans le rapport Bergougnioux, avec l’absence des problématiques environnementale1, médiatique, (inter)culturelle, spirituelle. Cette conception de la morale revendique l’héritage de la philosophie des Lumières et de la laïcité ; le ministre Vincent Peillon est un spécialiste de Ferdinand Buisson et des penseurs républicains du 19e siècle, pères fondateurs de l’Ecole. Cet héritage légitime en soi en reste à des formes d’universalisme abstrait ; il serait bienvenu de prendre aussi en compte des phénomènes contextuels et médiatisés de construction sociétale et juvénile, et de reconnaissance institutionnelle de ces évolutions.

2-Etat des lieux : phénomènes d’interculturalité
Les pouvoirs publics ont engagé en 2008 un débat sur l’identité nationale dont l’objectif était de remobiliser les Français- et en particulier les jeunes-, pour la promotion du patrimoine national. Ce nationalisme culturel étroitement défensif réagit au déclin d’un cycle d’assimilation à la française, d’acculturation par le français, langue de la littérature, de la philosophie, de la diplomatie. La mondialisation s’organise sous le sceau d’une culture majoritairement anglophone, qui peut être source de déculturation. Quant aux publics scolaires, à la différence de nos générations, ils sont immergés par les medias et sur les bancs de l’Ecole dans une société multiculturelle ; ils mettent en œuvre des stratégies fraternitaires, ancrées dans des modes spécifiques d’expression culturelle : musiques du monde, poésie chantée, cinéma international…Dans le domaine de la création littéraire, des signes d’ouverture se manifestent aussi régulièrement : hommage rendu par la République en 2008 au poète martiniquais Aimé Césaire, attribution du prix Nobel de littérature en 2009 à l’œuvre cosmopolite de Jean-Marie Le Clézio, du prix Goncourt 2009 à l’écrivaine métisse Marie Ndiaye, pour son roman Trois femmes puissantes
Le film Entre les murs (Cantet, 2008), subventionné par l’Acsé et récompensé au festival de Cannes, pose des questions pertinentes, concernant les relations à cultiver entre individualité (à l’occidentale) et collectivité (propre aux cultures du Sud), entre laïcité à la française et patrimoines religieux en particulier musulman, entre parité et sexo-séparatisme, entre moi et altérité, entre hétérosexualité et homosexualité… A propos d’un autre film-culte, La journée de la jupe (Lilienfeld, 2009), son caractère dramatique résulte du dialogue de sourds entre élèves et professeure, de la difficulté à adapter les humanités à enseigner à des publics très hétérogènes culturellement. D’où le cruel sentiment d’échec professionnel expérimenté à ce propos.

3- L’interculturel un paramètre fédérateur dans le contexte de la mondialisation et de la société des medias
En fait, la transmission des valeurs républicaines et du patrimoine national doit être conjuguée à une démarche d’ouverture aux autres cultures, condition d’une dynamique salutaire et de leur pérennisation. Ainsi, l’adaptation de l’Ecole à la mondialisation et à la société des medias nécessite d’apporter des réponses aux questionnements d’ordre anthropologique des publics : concernant les relations à entretenir entre pays de l’Union européenne, du nord et du sud, avec l’Islam, la chrétienté et la laïcité, avec la francophonie, l’anglophonie et la culture people, entre les cultures de genre, entre les générations…(Abdallah-Pretceille, 2004). La démarche interculturelle contribue, ce faisant, à réguler des violences internes à certaines communautés, notamment concernant le déni des droits publics à octroyer aux filles et aux femmes.
Quant à son intérêt pour les publics natifs, elle réside dans la résistance à la déculturation, également source de mal-être, de dépendances et de violences. Face à la déferlante des marchés et des médias, seuls les patrimoines civilisationnels, ancrés dans des langues-cultures, des religions et sur des territoires, sont en capacité de sauvegarder et d’adapter les repères et valeurs constitutifs d’une société. Dans cette optique, la démarche de laïcité ouverte préconisée par le rapport de Régis Debray (2002) consiste à intégrer les faits cultuels comme des faits de culture à vocation universelle. L’Ile de la Réunion présente un exemple réussi de cohabitation inter-religieuse, à la base d’un dialogue précurseur dans ce domaine. La pédagogie de la décentralisation territoriale4 permet aux publics de construire des repères de proximité et des liens concrets avec l’environnement et l’entourage socio-culturel immédiat. Les déclinaisons de l’éducation à l’interculturel sont en fait multiples : dialogue avec les langues-cultures des régions historiques et des DOM-TOM, protégées par les Conseils régionaux depuis la loi de décentralisation de 1982, éducation à la parité et au développement durable, à une francophonie des peuples et de progrès, à une authentique coopération européenne et Nord-Sud ainsi qu’à la solidarité internationale …

4 Etat/Ecole/citoyenneté : une modélisation émergente
L’Etat a commencé à formaliser les évolutions sociétales, par l’adoption des principes juridiques de la parité homme-femme et de la diversité culturelle. La parité de genre instituée en 2001 et la diversité culturelle, reconnue comme principe républicain suite aux émeutes de jeunes des banlieues en 2005, sont autant d’acquis institutionnels récents. Ces préceptes requièrent, pour leur stabilisation au niveau des mentalités et des comportements, le concours de l’Ecole et de l’Université, « matrices de citoyenneté et de démocratie ».

4.1 L’éducation à l’égalité entre les sexes
Le rapport Bergougnioux insiste sur l’intérêt de traiter la question de l’égalité entre filles et garçons. D’une manière générale, les pouvoirs publics se sont fortement investis dans ce domaine, au travers du ministère des droits des femmes. Il s’agit d’actualiser les objectifs de la convention interministérielle « pour l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes, dans le système éducatif » qui datait de 2007. Le constat est celui du maintien d’une stéréotypie inégalitaire voire discriminatoire, de représentations sexistes qui freinent les évolutions, d’où la nécessité d’éduquer à une culture sociétale paritaire. Une nouvelle convention interministérielle, adoptée entres autres par le ministère de l’Education nationale, est articulée autour de trois chantiers prioritaires qui sont déclinés dès 2013 :
« 1. Acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes
2. Renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes
3. S’engager pour une plus grande mixité des filières de formation et à tous les niveaux d’étude »
(Comité interministériel aux droits des femmes, 2013)
Ce système de références a bien sûr vocation à intégrer le futur programme d’enseignement de la morale laïque et citoyenne.

4.2 L’éducation à la diversité culturelle
De même que l’éducation à l’égalité de genre, l’éducation à la diversité culturelle mérite d’être amplifiée. Dans un contexte de crise systémique, la France n’échappe pas à la montée de courants xénophobes, qui se cristallisent sur le statut des migrants voire même des immigrés de longue date, souvent citoyens français par ailleurs. Les difficultés d’intégration pour motifs culturels sont instrumentalisées, les pouvoirs publics répondant surtout sur le terrain des droits juridiques et économiques. L’Ecole a vocation, singulièrement dans cette période de Refondation, à cultiver des exemples de réussite dans son domaine d’intégration qui est celui du culturel.
Un point d’appui est la signature en 2005 à Paris de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. « Elle est devenue une étape majeure dans le renforcement d’une dynamique ancienne de reconnaissance des spécificités sociales, linguistiques et culturelles. Dans sa démarche, l’agence des Nations Unies est fidèle à sa vocation première. À savoir : promouvoir « la féconde diversité des cultures » et « faciliter la libre circulation des idées, par le mot et par l’image » comme stipulé dans son Acte constitutif de 1946. Faisant suite à la Déclaration universelle de 2001 sur le même objet, la Convention ne prend en compte que le domaine relevant de l’article 8 de celle-ci : « les biens et services culturels, des marchandises pas comme les autres » (Mathien, 2013).
Autre repère institutionnel, la publication en 2007 par le Conseil de l’Europe d’un Livre blanc sur le dialogue interculturel. Est significative l’évolution du constat et du respect des différences à la praxis d’un dialogue entre les groupes porteurs de ces différences culturelles. Cette démarche permet de cultiver la multiperspectivité, base d’une pensée complexe et au-delà transculturelle :
« Le dialogue interculturel n’est pas une expression du relativisme culturel, pas plus qu’il n’y conduit. Le dialogue doit se fonder sur des valeurs d’universalité et d’indivisibilité des droits de l’homme, de la démocratie et de la primauté du droit. Le Conseil de l’Europe rejette l’idée d’un conflit des civilisations et affirme qu’une participation accrue à la coopération culturelle – au sens large du terme – et au dialogue interculturel contribuera au contraire à la paix et la stabilité internationales à long terme. »
Aujourd’hui, le concept interculturel a gagné du terrain au sein des ONG, des medias et entreprises : le concept de chartes de la diversité en entreprise date de 2004. Est à signaler également la création du statut de préfet de la diversité, qui parachève cette construction au sommet de la hiérarchie républicaine6. Le rapport sur « la refondation de la politique d’intégration » (2013), rédigé par plus de deux cents chercheurs et responsables institutionnels et associatifs, met l’accent sur ce concept fédérateur :
« L’enjeu est de former les professionnels dans les différentes disciplines et selon leurs modalités de formation spécifique tant sur le plan de la formation initiale que continue autour de trois domaines clés :
- L’histoire de l’immigration, de l’esclavage et de la traite négrière, histoire des colonisations,
- L’interculturalité et la « rencontre interculturelle » conçues comme un échange entre personnes ou groupes de personnes de différentes cultures (sociale, ethnique, générationnelle, professionnelle, institutionnelle…) qui permet l’émergence d’un espace de négociation.
- Le fait religieux et la laïcité
. »

Le 40e anniversaire de la revue Diversité (CNDP-SCEREN), -dont les champs d’étude sont la ville, l’Ecole et l’intégration- vient aussi à point nommé pour un bilan et une prospective dans le domaine de la recherche en éducation.

4.3-Diversité et interculturel dans les programmes disciplinaires
L’enseignement du français et des lettres

A l’occasion de la réforme en lycée (2000), l’introduction en français de l’enseignement des littératures francophone et européenne était une avancée notable. Cette démarche s’inspire de précédents réussis, l’enseignement de l’espagnol intègre par exemple de larges pans de littérature et cultures latino-américaines. Il reste, pour sa réalisation, à rédiger des documents d’accompagnement :
« La progression au long des deux années se fonde sur deux principes. 
L’un est qu’en seconde, il convient de construire avec les élèves la notion de mouvement littéraire qui est nouvelle pour eux ; en première, il convient de l’élargir à celle de mouvement – et dans certains cas de phénomène – littéraire et culturel. 
L’autre est que les domaines envisagés sont le domaine français et francophone essentiellement en seconde et, en première, le domaine français dans ses relations avec des phénomènes internationaux, en particulier européens (…)
Il est bon que les élèves prennent conscience des dimensions nationales de cette histoire, mais aussi de ses dimensions internationales. Ainsi pourront-ils la saisir dans sa complexité plus grande en première, par une initiation à la question des relations et influences entre cultures.
(…) Puisque le programme a retenu le principe de privilégier en seconde le domaine français et francophone, et en première de donner des ouvertures sur la dimension européenne et internationale, il s’agit d’aborder les mouvements qui constituent des scansions majeures de l’histoire en l’un et l’autre domaines. (…) Le rôle de l’histoire littéraire est, en premier lieu, de donner les éléments de contextualisation nécessaires à la compréhension des oeuvres étudiées.
 » (CNDP, 2000)

Les disciplines linguistiques
Le référentiel des compétences professionnelles du métier du professorat et de l’éducation offre également des perspectives d’éducation à la diversité et à l’interculturel. Cette évolution s’explique par la référence au « cadre européen commun de référence pour les langues ».
« Article 4. Prendre en compte la diversité des élèves
Adapter son enseignement et son action éducative à la diversité des élèves.
Article 8 (…) Participer au développement d’une compétence interculturelle chez les élèves. »
(MEN, 1er juillet 2013).
Ces principes, validés dans les disciplines linguistiques, ont vocation à intégrer aussi les programmes de l’enseignement de la morale laïque et citoyenne.

Les préconisations du rapport sur « la refondation de la politique d’intégration » (2013), qui concernent le système éducatif (p 24-25 du document "Connaissance et reconnaissance") portent sur de nombreuses disciplines : la philosophie (p 15), l’histoire (p 24), les arts ( p 31), les langues (p 34, 39), le français (p 40-41) ; mais aussi la coopération francophone, la création, l’animation et l’expression culturelles (p 51,52), l’interculturel (p 33), la formation (p 51, 52)... 

La philosophie

«  Principe 1.3 Le vivre ensemble repose sur la reconnaissance des identités multiples dans le respect du socle commun de la République :
Mettre en place des « ateliers-débats de philosophie » qui s’appuient sur le plaisir de débattre et d’échanger, qui respectent le silence de la réflexion et la passion des propos et qui donnent à voir et à entendre à tous la multiplicité des voies et expériences ainsi que la complexité de la construction de l’identité de chacun. Ces ateliers pourraient s’organiser à tous les niveaux scolaires, de la maternelle à la classe de seconde, entre 4 à 6 par année scolaire, sur des sujets tels que l’altérité, l’identité, les questions de genre, la religion, les questions de virtualité et de réalité, la violence, la culture, le pouvoir...
 »

L’histoire
« Principe 2.3. La transformation des représentations par une action éducative et pédagogique :
Renforcer et/ou inscrire dans les programmes scolaires (dès l’école primaire et tout au long de la scolarité) l’enseignement de…
- l’histoire des mouvements de population dans leur globalité, c’est-à-dire ceux liés à l’esclavage et à la traite négrière, aux colonisations et décolonisations y compris celles des guerres d’indépendance, des immigrations économiques dont celles organisées par la France et les pays de recrutement, des immigrations d’ordre familial, des refugiés, sans oublier celles les plus récentes liées aux printemps arabes et celles des Roms,
- l’histoire de la participation des populations des colonies françaises aux différentes guerres.
Cet enseignement doit être mené de manière identique sur l’ensemble du territoire national (métropole et outre-mer)
. »

L’éducation artistique
« Principe 3.2. L’accessibilité de tous à l’éducation et à la pratique artistique :
Développer l’accès de tous à l’éducation et à la pratique artistique de son choix dans la proximité de son lieu de vie articulé à celui d’une offre artistique professionnelle et amateur comme une priorité politique majeure de développement humain et d’aménagement du territoire pour les années à venir.
Reconnaître la place, la parole, le savoir et la compétence de chaque personne vivant sur un territoire quelle qu’elle soit, comme un enjeu de démocratie.
Reconnaître et soutenir ou encourager les pratiques artistiques exigeantes mais non (encore) institutionnelles ainsi que les pratiques artistiques émergentes et plus particulièrement celles des jeunes.
 »

Les langues
« Principe 4.1. La reconnaissance de la place essentielle de l’apprentissage et de la valeur de la langue parlée en famille (ou première)…comme support à l’apprentissage de la langue française et comme un atout de développement du multilinguisme chez tous les élèves, et plus largement de développement de leurs compétences linguistiques.
Favoriser et valoriser l’apprentissage de toutes ces langues, y compris la langue créole par exemple.
Mettre en place les modalités d’un enseignement de l’arabe et du créole, assuré par l’Education Nationale, au même titre que les autres langues en l’introduisant dans les meilleures écoles et lycées sur tout le territoire français. Un travail complémentaire doit être mené dans ce domaine afin de déterminer les modalités concrètes de portage par l’Education Nationale de cet enjeu (quelles langues arabes ? quelles conditions d’intervention des enseignants ?...).
- Donner la possibilité d’un enseignement dès le collège d’une langue africaine (à choisir parmi celles les plus représentées/parlées en France).
 »

Le français langue étrangère (FLE)-français langue seconde (FLS)
« Principe 4.2. Réinterrogation des modalités d’apprentissage du français dans les dispositifs d’accueil des primo-arrivants :
Poursuivre la mise en place d’un référentiel commun d’apprentissage et d’évaluation de la langue française notamment dans le cadre de la labellisation des organismes privés habilités à proposer aux migrants une formation en Français Langue d’Intégration, en l’inscrivant dans une logique de reconnaissance des langues parlées au sein des structures familiales.
Reconnaître les compétences linguistiques des enfants « allophones » nouvellement arrivés (EANA) en retravaillant les méthodes d’apprentissage permettant de faire de la langue première un atout. « L’inclusion scolaire vise donc à faire évoluer les systèmes éducatifs et les pratiques des acteurs, prenant en compte – sérieusement et non seulement dans le discours – la singularité des parcours des élèves, tout en élaborant des dispositifs collectifs où la diversité est accueillie et mobilisée, dans un objectif commun.
 »

« Principe 5.2. Le renforcement des programmes permettant la mobilité des jeunes
Soutenir plus fortement, au niveau des pouvoirs publics, la mobilité des élèves, en l’inscrivant dans les missions de l’enseignant et en développant des programmes ou des structures opérationnelles bilatérales pour soutenir des projets d’échanges basés sur la réciprocité et ce, avec un certain nombre de pays hors Europe (Afrique et Asie en particulier). Une telle démarche de mobilité des élèves devrait par ailleurs être mise en oeuvre au sein même du territoire français entre la métropole et les territoires ultramarins. »

La coopération francophone

« Créer de nouveaux offices bilatéraux ou multilatéraux pour la jeunesse, notamment un Office franco-algérien pour la jeunesse. Un tel organisme pourrait, à l’instar de l’OFAJ, l’Office Franco-Allemand de la Jeunesse, participer aux rapprochements des jeunes des deux pays en travaillant notamment sur la connaissance et la reconnaissance de notre histoire commune et aussi sur le rapprochement des sociétés civiles. Les pratiques et l’éducation artistiques, la création artistique et les résidences de jeunes artistes de part et d’autre pourraient constituer un des axes de développement de ces échanges. Cette proposition ne doit pas obérer la nécessité de développement de l’OMJ (l’Office Méditerranéen de la Jeunesse) à d’autres domaines d’échanges.
Créer un passeport culturel de la francophonie, s’appuyant sur des projets individuels ou collectifs artistiques, culturels, économiques (dont l’économie sociale et solidaire), citoyens... qui permettrait aux jeunes français et aux jeunes de pays étrangers francophones de circuler entre tous les pays francophones afin d’explorer la diversité de la culture et des pratiques langagières de chacun et d’acquérir les connaissances nécessaires à la réalisation et à la circulation de leur projet. »

Cet ensemble de mesures est susceptible de renouveler en profondeur et dynamiser de nombreux enseignements, singulièrement du champ des humanités et sciences sociales. Il est souhaitable à cet égard que le Conseil national des programmes (CNP) prenne en compte tout ou partie de ces préconisations, pour une ampliation à l’échelle de la formation des enseignants dans le cadre des ESPE. L’Ecole républicaine jouerait ce faisant un rôle déterminant pour rééquilibrer les échanges géo-stratégiques, singulièrement sur l’axe Nord–Sud et pondérer ainsi les pressions exercées par l’économisme néo-libéral occidental.

5- L’éducation à une citoyenneté de l’altérité et de la complexité
Dans la perspective du redressement intellectuel et moral de la France, le ministre V Peillon invoque le concept de « laïcité intérieure » cher à Claude Nicollet et à Jean Baubérot, spécialistes du champ. Faire acquérir cette disposition propice à l’exercice de la liberté philosophique nécessite d’éduquer les publics à une décentration volontaire à l’égard des egos comme des instances de pouvoir (gérées par l’Etat), de consommation (au compte des marchés), de communication aussi. Un focus sur ce point précis révèle que les medias, moyens fréquents d’une auto-éducation juvénile empirique, sont souvent des courroies de transmission d’une sous-culture d’obédience atlantiste dont les déclinaisons sont multiples : star system, politique spectacle, culture people... Vu sa part de responsabilités dans la crise systémique dans laquelle Union européenne et France sont englués, ce « néo-libéralisme à caractère moral » nécessite d’être problématisé comme son moteur socio-économique.
Pour ce faire, l’exercice méthodique de l‘intersubjectivité collective, entre représentants de cultures en présence, complète utilement celui qui est préconisé dans le rapport sur l’enseignement de la morale laïque et citoyenne à l’échelle interindividuelle, sous la forme des jeux de rôle. Le jeu des dynamiques dialogiques, démultiplié à deux ou plusieurs niveaux de culture (de genre, d’origine, d’âge, de milieu social ou territorial, de discipline académique…) est à même de contrer plus efficacement les stéréotypies ainsi que les systèmes de domination et de victimisation, intériorisés par les publics. La socialisation de ces derniers doit pouvoir être redéfinie sous l’angle d’un processus d’inter-individuation : de ce fait, du statut d’objets et d’agents soumis à des déterminismes et des rôles psycho-ethno-sociaux, il est possible d’accéder à celui de sujets et d’acteurs conscients des possibles socio-éducatifs et citoyens. Ces démarches de transformation réciproque et en miroir permettent de s’émanciper des mimétismes et d’accéder in fine à des stratégies créatrices. Il incombe aux sciences de l’éducation à théoriser cette montée en puissance de l’humain, qui doit répondre aux défis de la complexité engendrés par la société des medias et la cyber-culture mondialisée. Cet humanisme transculturel est l’horizon d’attente d’une laïcité qui doit pouvoir se confronter valablement aux traditions religieuses et cosmogoniques, fondées sur un idéal de transcendance. C’est à ces conditions aussi que sera rendu opérationnel le principe républicain de fraternité, si longtemps vide de substance laïque, notamment à l’Ecole :
«  C’est l’ouverture sur l’autre qui élève l’individu vers le sujet (…) Cette montée de l’individu vers lui-même en tant que sujet ne peut s’effectuer que par la reconnaissance de l’autre comme sujet (…) Reconnaître l’autre comme sujet, c’est reconnaître la capacité universelle de tous de se créer comme sujets » (Touraine, 2007)

Pour conclure, l’interculturel joue un grand rôle dans la lutte pour éradiquer les discriminations sexistes, racistes, xénophobes, âgistes…. Le jeu pacifié des différences identitaires apporte sa « substantifique moelle » à l’édifice juridique des droits et des devoirs. L’universalisme à la française gagne ainsi en substance ontologique et en vitalité, tout en préservant ses fondamentaux philosophiques que sont la rationalité et le culte des droits individuels :
"L’idée de communication interculturelle ne peut se développer que dans l’aire d’influence des sociétés qui reconnaissent l’universalisme de la raison et celui des droits humains.(…) La modernité n’existe pas sans le sujet, et celui-ci n’existe pas sans la modernité, c’est-à-dire hors de l’association de la raison et des droits individuels. Avec cette triade, la communication interculturelle est possible." (Touraine, 2007, p 255-257)


Bibliographie
Abdallah-Pretceille Martine (1999). L’éducation interculturelle. PUF, Que sais-je ?
Bernabé Jean, Chamoiseau Patrick, Confiant Raphaël (1993). Eloge de la créolité. Paris : Gallimard
Bulletin officiel de l’Education nationale (2007), Convention pour l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes, dans le système éducatif
Clanet Claude (1993). L’interculturel (introduction aux approches interculturelles en éducation et en sciences humaines). Toulouse : Presses Universitaires du Mirail
Collectif, Charte culturelle créole, citée in L’Eloge de la créolité (1993-Gallimard)
Debray Régis (2002), L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque (rapport ministériel)
Ferréol Gilles et Jucquois Guy (2003)/ Le dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles. Paris : Armand Colin
Levinas Emmanuel (1995). Altérité et transcendance. Montpellier : Fata Morgana, coll. « Essais »
Lorcerie Françoise (2003), L’Ecole et le défi ethnique –Education et intégration (INRP et ESF
Mathien Michel (2013). Diversité culturelle, minorités et medias. Réalité et perspectives, Revue française en sciences de l’information et de la communication, n° 2
Mbembe Achille (2010). Sortir de la grande nuit –Essai sur l’Afrique décolonisée. Paris : La Découverte
Morin Edgar (1999, direction), Relier les connaissances –Le défi du 21e siècle. ¨Paris : Seuil
Peillon Vincent (2011). Conversations républicaines. Paris : Denoël
Peillon Vincent (2013). Refondons l’Ecole. Paris : Seuil
Stasi Bernard (2003). Laïcité et République. Rapport pour la Présidence de la République
Touraine Alain (2005) Un nouveau paradigme pour construire le monde d’aujourd’hui. Paris : Fayard
Touraine Alain (2007). Penser autrement. Paris : Fayard

Filmographie
Bégaudeau François écrivain, Cantet Laurent réalisateur (2008) Entre les murs, palme d’or au festival de Cannes.
Lilienfeld Jean- Paul réalisateur (2009), La journée de la jupe (film)

Sitographie
Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE)
http://www.lacse.fr/wps/portal/internet/acse/accueil/notrepresentation
Bergounioux Alain, Loeffel Laurence, Rémy Schwartz (2013), Morale laïque : pour un enseignement laïque de la morale (Rapport pour le ministère de l’Education nationale) http://multimedia.education.gouv.fr/2013_moralelaique_dossier_presentation/
Boudet Martine (2009), Pour une politique éducative de civilisation (site des Etats généraux de la formation des enseignants) http://www.etatsgeneraux-formationdesenseignants.fr/spip.php?article226
Boudet Martine, Saint-Luc Florence (2010), Pour une politique éducative de co-civilisation,
(site du SNESUP) http://www.snesup.fr/Agir-en-ligne/Tribune?ptid=8
Boudet Martine, Le dialogue des cultures à l’Ecole (2011)
http://pds.hypotheses.org/1339
Centre national de documentation pédagogique (2000), Français en classes de seconde et première - Accompagnement des programmes officiels (histoire littéraire et culturelle) http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/lettres/inspection/FrSeconde/acc_2nde_1ere/acc2nde_1ere1.htm
Comité interministériel aux droits des femmes
http://comite-femmes.gouv.fr/
Conseil constitutionnel (2004), Charte de l’environnement, http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/charte-de-l-environnement-de-2004.5078.html
Conseil de l’Europe (2007), Livre blanc sur le dialogue interculturel http://www.coe.int/t/dg4/intercultural/source/consultation_document_fr.pdf
Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif 2013-2018 (2013) http://cache.media.education.gouv.fr/file/02_Fevrier/17/0/2013_convention_egalite_FG_241170.pdf
Institut européen en sciences des religions, http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/
Ministère de l’Education nationale (2013), Référentiel des compétences professionnelles du métier du professorat et de l’éducation
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027721614&dateTexte=&categorieLien=id
Rapport sur « la refondation de la politique d’intégration » (2013)
http://www.gouvernement.fr/presse/refondation-de-la-politique-d-integration-releve-de-conclusions
http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/rapport_au_premier_ministre_sur_la_refondation_des_politiques_d_integration.pdf
Revue Diversité, 40 ans de solidarité (décembre 2013)
http://www2.cndp.fr/lesScripts/bandeau/bandeau.asp?bas=http://www2.cndp.fr/revueVEI/accueil.htm
Revue Diversité, L’Ecole et les cultures (juin 2002)
http://www2.cndp.fr/lesScripts/bandeau/bandeau.asp?bas=http://www2.cndp.fr/revueVEI/accueil.htm
Secrétariat général de la Charte de la diversité (2004) Charte de la diversité en entreprise, http://www.charte-diversite.com/
Société Educatrice Décentralisée, Pacte éducatif, www.pacte-educatif.org
UNESCO (2005), Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles
http://www.unesco.org/new/fr/culture/themes/cultural-diversity/diversity-of-cultural-expressions/the-convention/convention-text/

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vendredi 18 avril 2014

Allocution du professeur Luc Collès à son éméritat (le 11/12/2013)

Monsieur le Vice-Recteur, monsieur le Doyen, chers collègues, chers amis, chers parents,

En ce jour de fête, j’ai plaisir à remercier Bernard Dubuisson, Vice-Recteur du secteur des sciences humaines, notre Doyen, Philippe Hiligsmann, et Jean-Louis Dufays, Président de la Commission des programmes ROM, pour avoir organisé cette séance d’éméritat où je suis mis à l’honneur et pour les propos chaleureux qu’ils ont tenus à mon égard.

A cette occasion, je voudrais reconstituer mon itinéraire professionnel en montrant comment, à mes yeux, ma conception de l’enseignement du français et de la littérature en particulier a progressivement évolué suite à des rencontres intellectuelles et à des demandes de sens de la part de mes élèves et de mes étudiants. Je rappelle que j’ai aussi enseigné une vingtaine d’années dans le secondaire et que ce n’est qu’après 14 ans que j’ai été engagé à l’université comme assistant à mi-temps tout d’abord, puis comme chargé de cours et comme professeur ensuite, passant progressivement d’un mi-temps à un temps plein.

L’enseignement de la littérature

Lors de mes études universitaires, j’ai été très influencé par un professeur de littérature qui était un fervent partisan de l’analyse interne à la manière de Leo Spitzer et Tzetan Todorov (le formalisme russe). J’ai rédigé un mémoire sur Ch-F. Ramuz où, comme Ricardou l’aurait fait, je montrais que Terre du ciel, un des romans de l’écrivain suisse, est avant tout l’aventure d’une écriture plutôt que l’écriture d’une aventure. J’ai enseigné pendant plusieurs années dans le secondaire général, inspiré par le structuralisme (grammaire structurale de la phrase et du texte) et les méthodes d’analyse formelle en plein essor dans les années 1970-80 : schémas actantiels et fonctionnels de Greimas, linguistique de l’énonciation de Benveniste, recherche d’équivalences en poésie d’après Jakobson.

J’ai moi-même été fasciné par cette approche formaliste jusqu’au jour où un élève m’a interpellé dans un cours de poésie : « Monsieur Collès, on en a marre, de vos équivalences ! » Choc psychologique et épistémologique ! Comment les élèves pouvaient-ils, en effet, s’intéresser à la littérature quand ils devaient presque exclusivement se pencher sur des notions techniques?

Après 14 ans d’enseignement dans le secondaire, j’ai été engagé comme assistant à l’Université de Louvain où j’ai subi l’influence très forte de Pierre Yerlès. Celui-ci a bouleversé ma vision de la littérature et de son enseignement en plaidant pour une approche existentielle et anthropologique des textes. La didactique du littéraire que Pierre Yerlès a mise en place et dont l’urgence, selon lui, se justifiait autant que celle de la didactique de la langue, est faite de questions vives, de questions transversales qui irriguent la conscience scientifique collective et la relient aux urgences du social. C’est son amour de la littérature qui a dynamisé une bonne part de son investissement professoral, où le pulsionnel pointait souvent l’oreille sous les dehors de l’universitaire. Il m’a associé à une merveilleuse aventure intellectuelle, mais aussi à une véritable quête existentielle en me montrant que la didactique est d’abord un choix de valeurs, un engagement éthique, et il m’a offert ses qualités d’esprit et de cœur : rigueur, sensibilité, sens du dialogue, humour enfin.

L’humour de Pierre Yerlès avait cette forme de légèreté qui permet de garder la bonne distance face aux contrariétés de la vie. Il m’a appris à ne jamais rien tenir pour acquis, car la roue de la vie tourne et l’homme, qui n’est pas la mesure de toutes choses, ne peut trouver le bonheur que s’il prend conscience de son appartenance à l’ensemble de l’univers. D’où l’intérêt de Pierre Yerlès pour les cultures africaines et orientales qui nous enseignent un art de vivre de nouveaux rapports avec la nature, avec les autres hommes, avec le transcendant. Ce dialogue des civilisations, il l’a d’abord entrepris dans ses propres travaux en ouvrant la didactique du français à l’interculturel, à l’exploration et à la reconnaissance des territoires du français langue étrangère, terrain où je me suis particulièrement illustré.

En poursuivant mes recherches à l’ombre de ce grand maître, j’en suis arrivé à considérer les textes littéraires comme l’expression esthétique de représentations partagées par les membres d’une même communauté. J’ai donc pris conscience que, pendant 14 ans, j’avais véhiculé jusque-là une conception étriquée de la littérature, qui la coupait du monde dans lequel on vit et j’ai désormais cherché dans les œuvres de quoi donner sens à mon existence. J’ai fait découvrir cet aspect fondamental à mes étudiants à l’université. Je crois aujourd’hui que le cours de littérature ne propose pas d’abord des connaissances, mais qu’il exerce une capacité à interpréter des formes d’expression humaine. Le premier conseil à donner à l’enseignant est qu’il n’oublie donc pas l’herméneutique anthropologique. Qu’elle le guide jusque dans le choix des textes qu’il proposera à la classe. Car c’est de là qu’il va faire sourdre les questions interculturelles.

Selon Évelyne Martini, qui a écrit un magnifique petit ouvrage intitulé Notre école a-t-elle un cœur?, notre enseignement peine à reconnaitre haut et fort l’importance d’une initiation aux trésors symboliques du patrimoine l’humanité. Nous pourrions donner davantage accès, par la littérature, à la connaissance approfondie des émotions humaines et à la distance intérieure que cette connaissance induit.

Parcourons de préférence les représentations de la littérature, qui est mon outil documentaire privilégié. Priorité à la littérature maghrébine d’expression française. Elle possède en elle-même – discordance entre la langue et l’objet décrit - les outils d’une distance propre au dialogue interculturel. J’y ajoute des morceaux choisis des littératures belge et française, quand elles traitent les questions qui m’intéressent et permettent des comparaisons avec le monde maghrébin. Et je conseille de les accompagner de quelques textes utiles d’analyses anthropologiques, ethnologiques, sociologiques, psychologiques...

Ce passage par la littérature maghrébine et, plus largement, par les littératures migrantes, je l’ai exercé dans des classes composées de jeunes issus de l’immigration marocaine et de l’immigration turque. Cela m’a amené à découvrir l’importance du référent religieux pour ces adolescents musulmans, non pas tant comme signe cultuel, mais comme signe culturel : marque d’une revendication identitaire. Je me suis donc penché sur l’Islam et sur le fait religieux dans la culture contemporaine. C’est ainsi que j’ai été amené à découvrir l’admirable travail que réalise l’IFER (l’Institut de formation pour l’enseignement et l’étude des religions) au sein du CUCDB (le Centre universitaire catholique de Bourgogne) de Dijon, avec lequel je collabore depuis 1997. Je remercie d’ailleurs René Nouailhat, fondateur de l’IFER, pour les chaleureuses paroles qu’il a prononcées à mon égard.

Par ricochet, je me suis intéressé aussi à la Bible: ce grand réservoir de passions universelles. La dénonciation prophétique des injustices, le combat de Job avec le mal, l’irruption de l’Amour sur les chemins de Galilée résonnent bien au-delà des frontières de l’Occident. Selon Évelyne Martini, le récit biblique est premier pour faire entrer dans le tissage symbolique des œuvres d’art et dans la compréhension avertie de l’histoire des représentations mentales, mais aussi pour faire réfléchir sur l’action juste, sur le rapport à soi-même et à autrui, sur les fondements d’une possible « morale commune », indépendante des rattachements confessionnels.

Mon livre Islam-Occident est un manuel littéraire où les textes sont reproduits, étudiés pour aider les enseignants. L’analyse suit systématiquement les schémas temporel et spatial, public et privé, et s’arrête parfois sur l’espace particulier de l’immigration. Un petit détour dit ce que la notion du temps en France et en Belgique, par opposition à celle du Maghreb, doit à la différence des grammaires arabe et française. Mes propos s’inscrivent donc dans une démarche interculturelle de l’enseignement de la littérature à l’école visant, dans la société globalisante d’aujourd’hui, à mener progressivement les élèves vers une ouverture à la culture de l’Autre, condition sine qua non pour accéder à la définition de leur propre identité.

Le cours que j’ai eu le plus de plaisir à faire est le cours intitulé « Théories et pratiques culturelles » créé en 2005 dans le cadre de la mineure en « Culture et création ». Je remercie vivement Gabriel Ringlet et Jean-Louis Dufays d’avoir proposé ma candidature pour ce cours que j’ai partagé avec Ralph Dekoninck. En 2005, j’ai pu aussi accompagner le cours « Artiste en résidence » animé par Pietro Pizzuti. Ce fut une expérience extraordinaire. A partir de leur vécu, quarante étudiants ont pu ensemble écrire une pièce sur le thème de l’équité et de la bonté, pièce qu’ils ont ensuite jouée avec enthousiasme. Cela a été la plus belle année de ma carrière.

Autre expérience peu commune, vécue pas plus tard qu’hier, à Liège. J’ai eu la chance d’être invité par Edmond Blattchen à participer à l’enregistrement d’une émission « Noms de dieux » consacrée à Julia Kristeva. J’avais fait appel à Edmond Blattchen pour le colloque que j’avais organisé en avril dernier sur le savoir et le croire. J’avais pu apprécier l’intelligence de cœur de cet homme très érudit, capable d’une extraordinaire empathie à l’égard des personnes qu’il interviewe.

Mais hier, le bonheur était à son comble. Kristeva est en effet une des plus grandes intellectuelles de notre temps. Invitée à Assise en octobre 2011, lors de la rencontre interreligieuse convoquée par le pape Benoît XVI, elle avait, à la tête d’une délégation de non croyants, proposé dix principes pour un humanisme du XXIe siècle. Elle ne cesse de bâtir des complicités entre l’humanisme chrétien et celui qui, issu de la Renaissance et des Lumières, ambitionne d’élucider les voies risquées de la liberté. Dois-je vous dire que je me retrouve entièrement dans ce programme ?

L’enseignement du FLE

Parallèlement à mes recherches en didactique de la littérature, j’ai créé il y a 27 ans (en décembre 1986) – Geneviève Geron vous l’a rappelé et je la remercie chaleureusement pour ses éloges - un séminaire thématique de troisième cycle en didactique du français langue étrangère (didactique du FLE), groupe de réflexion et d’animation auquel participent des enseignants venant des quatre coins de la Fédération Wallonie-Bruxelles. A ce moment, nous n’étions nulle part en didactique du FLE. En 1984, lors de mon premier cours de français donné à des allophones, Belges néerlandophones et Hollandais, j’avais été interpellé par un étudiant qui me demandait pourquoi l’on dit « en Belgique » et « au Congo ». Pourquoi « en » dans un cas et « au » dans l’autre ? Malgré mes 14 ans d’expérience d’enseignement du français langue maternelle, j’ai eu des difficultés à répondre à cette question. Je suis alors allé me former en France en participant à des stages de l’Alliance française de Paris et du CIEP de Sèvres. J’ai alors compris l’importance que les implicites avaient dans la communication et les difficultés que les étrangers pouvaient éprouver à les décoder. J’ai surtout compris qu’on n’enseigne pas le FLE comme le FLM (le français langue maternelle) ou le FL1. D’où le sujet de ma thèse consacrée à la compétence culturelle et interculturelle en FLE. D’où aussi la création d’un séminaire thématique qui interrogeait l’expérience des gens de terrain.

Le succès de ce séminaire n’a cessé de croître: en 1986, il réunissait une quinzaine d’enseignants, aujourd’hui il en réunit près d’une centaine. Parallèlement à ce séminaire, j’ai créé il y a 20 ans (en été 1994) un stage d’été en didactique du FLE. Geneviève vous en a aussi parlé. Nous étions deux à l’organiser : Stéphane Ostyn, assistant de Jean Klein et moi-même. Le programme de ces formations destinées au perfectionnement méthodologique des enseignants de FLE est passé, au fil des ans, de quatre à vingt modules au choix. Le stage a été reconnu par l’Institut universitaire de Formation Continue (IUFC) comme activité de formation continuée. Une équipe d’une vingtaine de formateurs anime aujourd’hui les différents ateliers. Geneviève Geron en assure la coordination depuis 16 ans. Au fil des années, notre stage s’est de plus en plus internationalisé. Je souligne ici le rôle de WBI qui nous octroie des bourses chaque année - WBI qui reconnaît le stage comme formation de qualité pour les lecteurs envoyés à l’étranger

Depuis cinq ans, l’Institut Universitaire de Formation continue (l’IUFC) nous a aussi demandé de créer un Certificat universitaire qui concerne aujourd’hui 40 adultes en reprise d’étude. Le détail vous en a été présenté: je n’y reviens pas. Mais je voudrais, dans cette allocution, réserver une place particulière à Geneviève Geron. Comme je l’ai dit, celle-ci assure depuis 16 ans ans la coordination de nos activités (stage, séminaire et Certificat). Elle déploie depuis toujours une énergie considérable pour faire notamment de notre stage le petit bijou qu’il est devenu aujourd’hui. Je lui dois une reconnaissance infinie. Sans toi, Geneviève, nous n’aurions pas pu tenir si longtemps. Il a fallu faire face à des demandes sans cesse croissantes en même temps qu’à une réduction de nos moyens. Un mi-temps est en effet insuffisant pour gérer toutes ces activités. C’est à toi que je lègue cet important héritage de la formation continue en FLE. Je remercie aussi Ioana Belu et Elisabeth Feyens qui nous ont aidés pendant leur mandat d’assistante, Elodie Oger et Vincianne Hermant qui assistent aujourd’hui Geneviève dans la mesure du possible.

Pendant 15 ans, jusqu’en 2009, j’ai aussi travaillé pour WBI (Wallonie Bruxelles International) comme superviseur des lecteurs envoyés en Europe centrale et orientale et, pendant 9 ans, comme superviseur des assistants de langue dans les lycées bilingues. Une ou deux fois par an, je siégeais dans les jurys de sélection. J’interviewais les candidats pour vérifier leurs compétences linguistiques et didactiques. Ceux-ci étaient par ailleurs interrogés sur leurs connaissances en littérature française de Belgique et sur leurs connaissances des structures de l’Etat fédéral. Les lecteurs sont en effet considérés comme des « ambassadeurs » de notre communauté. A ce titre, ils se doivent de faire connaître les auteurs belges francophones, l’organisation de notre pays, les compétences des régions wallonne et bruxelloise ainsi que celles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Deux fois par an (en août et en mars), j’animais un premier séminaire sur la didactique de la langue. Le deuxième séminaire avait toujours lieu dans un pays d’Europe centrale (Prague, Bratislava, Varsovie, Bucarest, Budapest) ou d’Europe du Nord (Tallinn). Un deuxième superviseur avait en charge les lecteurs des pays du Sud (Portugal, Espagne, Italie). Actuellement, à part les lecteurs d’échange en Italie (payés par le gouvernement italien), WBI n’a plus de lecteurs en Espagne ou au Portugal. Elle continue à ouvrir des postes à l’est (Croatie, Macédoine, Moldavie, Turquie, Kazakhstan, Russie, Chine...) en même temps qu’au Royaume-Uni, au Brésil, au Chili et en Israël.

Dans ces séminaires, il fallait à la fois initier certains à la didactique du FLE (j’ai par exemple consacré un séminaire à l’enseignement de l’article en français qui pose beaucoup de problèmes aux locuteurs de langues slaves, lesquels ne disposent pas d’articles), mais surtout ouvrir tous les lecteurs à la didactique du discours universitaire : le résumé, la synthèse et, d’une manière générale, l’écrit argumenté. J’ai donc surtout travaillé le discours universitaire, à partir d’enregistrements de cours et de syllabus.

Ainsi, vous le voyez, cette ouverture vers le FLE a été de pair avec mon ouverture à l’interculturel. Elle participe de mon souci de contribuer à construire un monde de rencontres, de compréhension, de tolérance et de paix.

Remerciements

Si j’ai pu mener ces travaux pendant plus de trente ans, je le dois d’abord au confort que m’a offert mon université. Confort matériel et intellectuel. Je remercie tous mes collègues avec lesquels j’ai pu entretenir des relations stimulantes et conviviales. J’ai pour Colette de Pierpont un sentiment particulier de gratitude : ces dernières années, alors qu’elle aurait pu profiter d’une retraite bien méritée, elle m’a assisté bénévolement deux fois par semaine pour toutes sortes de travaux (encodage de données et relecture de manuscrits).

C’est qu’en effet, je suis amené à diriger deux revues scientifiques : Le Langage et l’Homme et Dialogues et cultures (revue de la FIPF).

 Je remercie nos collègues informaticiens, Christian Ruell et Boris   Maroutaeff, qui n’ont jamais ménagé leurs efforts quand j’avais des problèmes informatiques. Je pense spécialement à Christian qui est malade aujourd’hui. Je remercie également nos secrétaires Claire, Nathalie et Sonia, pour leur disponibilité. Le sourire de Claire toujours accueillant me restera en mémoire. Nathalie s’est montrée particulièrement efficace lors de l’organisation de mon colloque en avril dernier. Sonia enfin est une comptable consciencieuse, toujours prête à prodiguer les meilleurs conseils. Je remercie enfin les Autorités pour la confiance qu’elles n’ont cessé de m’accorder. J’ai pu particulièrement apprécier la sollicitude et l’amitié de mes collègues en 2006 pendant mes huit mois de maladie. J’ai reçu alors plus de 300 lettres ou cartes de soutien. J’ai reçu en outre une grande carte portant les 40 signatures des étudiants de Pietro Pizzuti. Merci aussi à Jean-Louis Dufays d’être venu me rendre visite chaque semaine en m’apportant des nouvelles de notre Faculté. Merci surtout à ma femme, Fadia, qui m’a soutenu non seulement à cette occasion, mais aussi durant toute ma carrière. Elle m’a épaulé dans les moments difficiles. Sans elle, je ne serais probablement pas devant vous – debout – aujourd’hui.

Merci à mes enfants, Tanguy, Arnaud et Florence qui n’ont cessé de me prodiguer leur tendresse durant ces longues anes. Merci à mes petis-enfants, Sacha, Eliott et Laszlo. Merci enfin à mes parents qui ont cru en moi  lorsquej’ai embrassé cette carrière et qui me font l’immense plaisir – c’est aussi le cas de mes frères et soeurs – d’être parmi nous aujourd’hui. Merci à vous tous, mes chers amis, qui avez   fait l’effort de vous déplacer en cette fin de journée. Votre présence me fait honneur et me fait chaud au coeur. Merci, mille fois merci.

 

 

 

Luc Collès

 

 

 



mardi 15 avril 2014

Lettre à mon père (Mina Oualdlhadj)

A l'occasion des 50 ans de l'immigration turque et marocaine, j'aimerais rendre hommage à la 1ère génération d'immigrés en vous proposant le texte ci-joint, un texte personnel certes mais également empreint d'une certaine universalité.

Mina Oualdlhadj

 Lettre à mon père

C’est ici que tu as souhaité être enterré, sur ce petit bout de terre, à trois mille kilomètres de ce pays qui t’a tant donné. Car c’est dans ton village natal que tu as souhaité que revienne ta dépouille.

La voici, ta tombe, perchée sur la montagne, au milieu d’un paysage époustouflant : une montagne épineuse parsemée de figues de Barbarie, des falaises qui plongent dans la mer Méditerranée, la mer plus bleue que tu ne l’as jamais vue là-bas.

Toi qui as passé ta vie à prier, te voici à deux mètres de la petite mosquée du village, drapée de blanc, une couleur qui allait si bien au grand-père que tu étais devenu.

Là-haut on distingue à peine les vestiges de la maison où tu as vu le jour. À l’origine, il n’y avait qu’une pièce. Puis ton frère aîné a construit une annexe, juste avant de se marier. Dans ta tribu, on ne se mariait pas tant qu’on n’était pas capable d’assumer une famille, on ne se mariait pas tant qu’on n’était pas devenu un homme.

Dans les années 40, une terrible famine a frappé ton village. Tu as souvent parlé de cette « année rouge », en référence, semble-t-il, à la couleur de la terre dans la région. On avait beau y semer des graines, elle demeurait désespérément rouge. Aucune plante n’y poussait.

Petit garçon orphelin de père, tu es resté enfermé trois jours durant avec ta mère, tes frères et tes soeurs, allongé à même le sol, à attendre la mort. Les membres de ta famille ne souhaitaient pas ou n’avaient pas la force de fuir vers Tanger, à l’instar de la plupart des familles berbères. Ta mère, cette grand-mère que je n’ai pas connue, n’est pas sortie demander la charité, elle était sans doute trop fière. Elle est restée là… Jusqu’à ce qu’une cousine frappe à la porte de votre masure, un pain dans une main et du lait battu dans l’autre.

Tu étais loin alors de t’imaginer que jamais plus tu ne souffrirais de la faim ; et même, mieux, que d’autres profiteraient de ta générosité tout au long de ta vie, y compris les descendants de cette bienfaitrice, décédée voici quelques années. Je regrette de n’avoir pu la connaître.

Tante Fatma, la soeur de maman, est décédée trois mois après que tu nous as quittés. Elle n’a cessé de demander à Allah de te bénir. Elle t’a pleuré jusqu’au dernier jour de sa vie. Elle n’a jamais oublié toutes ces années où tu revenais d’Europe chargé de cadeaux. Elle n’a pas été la seule à en bénéficier. Que de fois nous, tes enfants devenus grands, t’avons reproché tes excédents de bagages ! Que de fois nous t’avons accompagné à l’aéroport, en traînant les pieds, craignant les réprimandes répétées des agents chargés de l’enregistrement des valises.

Cette terre que je foule au détour d’un voyage, tu l’as piétinée enfant, tu l’as labourée adolescent. Tu as escaladé cette montagne en portant sur ton dos ta mère malade. Tu y as laissé couler tes larmes en regardant la mer qui a emporté ton père. Ce père que tu ne cesseras d’évoquer, malgré tes rares souvenirs. Ce grand-père que je n’ai pas eu la chance de connaître mais dont je suis si fière. C’était un pêcheur hors norme qu’une vague a pourtant brisé contre un rocher alors qu’il tentait de subvenir aux besoins de son foyer.

Il fut le caïd de cent hommes sous le commandement d’Abdelkrim El Khattabi, ce héros de l’indépendance. Il perdit un oeil durant la guerre du Rif. On le voit sur l’unique photo jaunie qui t’a accompagné toute ta vie. 

 

De même, ta dernière photo d’identité ne quitte jamais mon portefeuille, elle m’accompagne partout. Un jour, je l’ai perdue sans savoir comment. Une semaine plus tard, une de tes petites-filles l’a retrouvée accrochée au rebord d’un distributeur de billets. Cette découverte l’a bouleversée. Celui ou celle qui a trouvé ta photo ne l’a ni piétinée ni jetée. Elle est restée intacte. Ma nièce, ta petite-fille, a eu le bonheur de me la restituer. Pour nous, c’est le signe que tu es toujours à nos côtés.

À l’approche de la quarantaine – je n’étais alors qu’une enfant –, tu as décidé de quitter cette terre trop aride, que tu n’as pourtant jamais cessé d’aimer. Tu n’avais pas le choix. Pour assurer un avenir meilleur à ses enfants, il fallait partir. Tu avais voulu le faire plus tôt, bien avant ma naissance, au temps où l’Europe ouvrait ses portes, mais tu avais perdu ton passeport et tu as mis des années à le faire renouveler. Cette perte m’a permis de vivre une enfance au soleil.

« Votre père porte sur son corps les traces du travail, c’est une force de la nature », m’a affirmé l’ostéopathe chez qui je t’ai emmené il y a quelques années, Il ne croyait pas si bien dire. Tu as travaillé dur dès l’enfance. Tu as porté de lourdes charges, tu as fait de la contrebande de vêtements et de denrées alimentaires, entre l’Espagne et le Maroc, souvent au risque de ta vie. Tu as d’ailleurs fait un mois de prison, où tu t’es senti abandonné comme jamais. Tu as été pêcheur sur un chalutier, tu as bravé les tempêtes, fait passer quelques nuits blanches à maman, qui craignait chaque fois que la mer ne finisse par t’emporter comme ton père. Tu as franchi la frontière marocaine de manière illégale pour manier le marteau-piqueur dans ce pays où je vis et où sont nés tes petits- et arrière-petits-enfants. Tu n’avais qu’une idée en tête : assurer à tes enfants une vie meilleure que la tienne. Ta décision de partir a déterminé la vie de trois générations (et des suivantes !). « Que serions-nous devenus si Grand-père n’avait pas décidé de partir ? » me demandait mon fils aîné il n’y a pas si longtemps.

Enfant, je ne comprenais pas, et je t’en ai voulu de m’arracher à mon enfance ensoleillée.

J’étais dans mon pays, j’allais à l’école, je mangeais à ma faim, j’avais des amis, une grande famille. J’étais libre de courir dans la rue, de marcher pieds nus jusqu’à la plage. Et toi tu étais loin, là-bas, dans ce pays que tu disais gris et dont tu ne comprenais ni la langue ni les moeurs.

Tu nous envoyais des cassettes audio où tu nous racontais ta vie d’exilé. Je t’écoutais parler de ta solitude, de ta peur d’être expulsé, des patrons qui t’exploitaient. Maman pleurait et moi je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas ce qui te forçait à rester là-bas, dans ce pays si froid.

Et puis est arrivé ce grand jour, où ces fameux papiers allaient te permettre de bénéficier du regroupement familial. Pour toi, ce fut un jour de délivrance. Pour moi, ce fut la fin de l’enfance et de l’insouciance.

Avant que tu ne deviennes propriétaire, grâce à un crédit hypothécaire, nous avons occupé des logements souvent insalubres. Nous avons souffert de la promiscuité, de l’humidité, des conflits de voisinage, du manque de lumière. Je te voyais rentrer du travail et t’écrouler dans le fauteuil. Tu disais que si tu n’avais pas été analphabète, tu aurais fait un travail moins harassant. Et puis tu as connu le chômage, humiliation suprême pour quelqu’un qui n’existait que par le travail.

Tu ne souriais plus. Tu ne parlais que pour nous faire des reproches, à nous et au monde entier. Il était loin, le papa qui nous faisait écouter des chansons arabes et berbères sur un vieux tourne-disque, qui n’avait pas son pareil pour bouger les épaules et frapper le tambourin. Il était loin, l’homme qui excellait dans l’improvisation des vers chantés (izran, en 3

 

berbère), ces chants à travers lesquels il racontait ses joies et ses peines. Il était loin, ce jeune homme poète que le village s’arrachait dans les mariages.

En très peu de temps, je suis devenue ton interprète et ta secrétaire. Tu voyais pourtant d’un mauvais oeil que je puisse attacher tant d’importance aux études. Pour toi, savoir lire et écrire était bien suffisant, pour une fille. Tu avais pour moi un autre projet de vie, qui se déclinait en deux mots : mariage et enfants. « Les études libèrent les filles, elles les rendent rebelles, elles les éloignent de leurs origines et de leur famille. » C’est ainsi que tu raisonnais. Et pourtant, c’est toi qui m’as toujours encouragée à étudier. Toi et maman. Pour que je ne sois pas comme vous. Je t’en ai tellement voulu de tes nombreuses tentatives de me mettre des chaînes. Je t’ai même haï. Mais je t’ai tenu tête sans jamais te manquer de respect. Je suis passée maître dans l’art de la négociation. C’est grâce à toi que j’ai développé certaines qualités comme la médiation, la patience et le courage.

Lorsque j’ai décroché mon diplôme, je t’ai annoncé d’un air désinvolte : « Ça y est, je suis universitaire ! » Je n’oublierai jamais ce jour : je ne m’attendais qu’à une réaction teintée d’indifférence, ni plus ni moins, mais d’une voix tremblante, à peine audible, les larmes aux yeux, tu m’as félicitée. Par pudeur, je t’ai tourné le dos. C’est à maman que tu as dit combien tu étais fier de moi. Tu ne cessais de répéter : « Moi l’analphabète, j’ai une fille universitaire. »

C’est pour cette raison aussi que tu as tant aimé ce pays d’accueil, qui a permis à tes enfants de faire des études, de trouver un travail. Étrangement, tu as toujours été reconnaissant et tu n’as jamais parlé de ce que ce pays vous doit, à ta génération et à toi. Parfois, très rarement, quand nous passions devant un édifice, tu disais : « C’est moi qui ai construit ce bâtiment, pas avec ma tête, comme les architectes et les ingénieurs, mais avec mes bras. » Effectivement, sans votre main-d’oeuvre, à vous les premiers immigrés, l’Europe aurait-elle pu se reconstruire ? Et sans vos enfants, aurait-elle pu se repeupler ? Car en plus de votre main d’oeuvre, vous avez donné, à ce pays d’accueil, des électriciens, des médecins, des ingénieurs, des conducteurs de bus, des éboueurs, des cinéastes, et même des ministres. Qu’on le veuille ou non, vous avez contribué à sa richesse économique, sociale et culturelle.

On dit que vous avez travaillé sans jamais vous plaindre. On dit que vous rasiez les murs, que vous aviez peur, que vous ne vous sentiez pas le droit de revendiquer quoi que ce soit, car après tout vous n’étiez pas chez vous. On dit que vos enfants et petits-enfants sont plus bruyants, plus revendicateurs, plus problématiques, moins malléables et corvéables car, après tout, ils sont chez eux. Qui a tort ? Qui a raison ?

Aujourd’hui le quartier est triste sans toi. Même les jeunes te regrettent. Tu n’aimais pas les voir « tenir les murs » à longueur de temps, c’est pourquoi tu les traitais de « clochards », avec un accent qui les faisait rire. Ils te répondaient que ce n’était pas de leur faute s’il n’y avait pas de travail pour eux.

Ces jeunes, peu de temps avant que soit rapatriée ta dépouille, se sont précipités à la mosquée du quartier pour accomplir la « Prière de l’absent ». Ils se sont bousculés pour porter ton cercueil jusqu’au corbillard qui allait t’emmener à l’aéroport. Je n’avais jamais vu autant de mains autour d’un cercueil. C’était sans doute leur manière de vous rendre hommage, à toi et à tous ceux de ta génération.

Mina Oualdlhadj, auteure du roman « Ti t’appelles Aïcha pas Jouzifine ! », Editions Clepsydre, 2008.

Version allemande : Mimi und Aïcha, D. Kinzelbach, Mainz, 2009.

Version néerlandaise : Twee meisjes, Beefcake Publishing, 2011.

Mémoires de la Grande Guerre

 

Mémoires d'un lion...

 

Réédités chez Tallandier à Paris sur le conseil avisé de Jean-Claude Zylberstein, les Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 de Winston Churchill (1874-1965, prix Nobel de littérature 1953) parus en 1923 constituent le premier tome d'un témoignage palpitant sur les prémices du premier conflit mondial et sur son déroulement jusqu'en novembre 1915, époque où Sir Winston, Premier lord de l'Amirauté, assuma la défaite des Dardanelles en présentant sa démission qui ouvrit alors pour lui une douloureuse traversée du désert.

Écoutons l'éditeur :

« Parce qu'il avait été au cœur des affaires internationales, au plus près des leaders politiques et militaires du temps, ses écrits livrent un aperçu sans précédent des coulisses du conflit. Pendant près de cinq ans, il œuvra aux préparatifs de la guerre, rencontra les différents responsables, tenta d'imposer ses vues, fut confronté aux différentes crises gouvernementales, attaqué à la fois par les conservateurs et les membres de son parti. Jamais inactif, il se rendit par exemple en octobre 1914 à Anvers où l'armée belge était encerclée.

Avec une verve incomparable et un sens inouï de la formule, Churchill se fait ici le chroniqueur des événements qui ont bouleversé l'Europe entre 1911 et 1915, et dont il a été le témoin autant que l'acteur. »

Et quel acteur ! Dans tous les sens du terme...

 

Bernard DELCORD

Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 par Winston Churchill, préface de François Kersaudy, traduction révisée et annotée par Antoine Capet, Paris, Éditions Tallandier, février 2014, 635 pp. en noir et blanc au format 16,5 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

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Le burn-out des quinquas

 

Le mal du demi-siècle...

 

Frappant de nombreuses personnes (femmes au foyer, cadres, employés, enseignants, médecins…), le burn-out est devenu une plaie de notre époque, surtout parmi les quinquagénaires.

Partant de ce constat, le docteur Jean-Émile Vanderheyden, un neuropsychiatre hospitalier spécialiste des maladies neurodégénératives a fait plancher une équipe de spécialistes provenant d’horizons variés – médicaux, paramédicaux, responsables des ressources humaines, sociologues et autres juristes – afin de savoir pourquoi ce groupe d'âge était particulièrement atteint, de déterminer l'influence sur lui du stress chronique, des conflits, du harcèlement et de l’épuisement nerveux mais aussi pour trouver comment l'aider.

Le résultat de leurs recherches s'intitule Le burn-out des quinquas, un essai offrant une analyse particulièrement poussée du burn-out, depuis l’identification des facteurs de risque spécifiques jusqu’au diagnostic et à la prise en charge du trouble, sans en oublier les conséquences professionnelles et privées.

Concret et très accessible, ce livre fournit au lecteur ainsi qu' à l'employeur des conseils et des pistes de réflexion pour prévenir et réduire l’apparition du burn-out d’origine privée ou professionnelle.

Il aiguillera également le soignant (psychiatre, psychologue, sophrologue, médecin traitant...) tout au long de la prise en charge.

Un ouvrage préventif et curatif que devraient rembourser les mutuelles !

 Bernard DELCORD

 

Le burn-out des quinquas sous la direction de Jean-Émile Vanderheyden, préface de Philippe Corten, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, collection« Questions de personne », décembre 2013, 415 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 35 €

 

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Clermont-Ferrand le 17 avril, conférence "Propriété et classes populaires"(Violaine Girard)

Amis du Temps des Cerises

Jeudi 17 avril 2014 - 20h - Amphi 2 UFR LLSH - 29 Boulevard Gergovia - Clermont-Ferrand
 
Violaine Girard
Maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Rouen, membre du Groupe de recherche innovations et sociétés (GRIS) et rattachée à l’équipe « Enquêtes, terrains, théories » du Centre Maurice Halbwachs.


«Propriété et classes Populaires»

Cette conférence apportera un éclairage bienvenu sur l’un des thèmes qui fut longtemps négligé par les sciences sociales : l’accès des catégories populaires à la propriété immobilière. Dans leur introduction, les auteurs dressent un bilan critique des discours d’experts qui postulent l’apparition d’une « fracture sociale » entre les habitants des espaces périurbains et ceux des centres villes et des quartiers d’habitat social. Ces discours, largement relayés par les médias lors de la campagne présidentielle de 2012, supposent l’existence d’une relation quasi-mécanique entre espaces résidentiels et aspirations électorales de leurs habitants. Les périurbains seraient, en raison de leur éloignement géographique des centres urbains, particulièrement touchés par la précarité et donc plus enclins à voter pour les partis politiques de droite et d’extrême-droite. Les auteurs se distancient de ces thèses en s’attachant à rendre compte de la « fabrique » politique et institutionnelle de l’ouverture de la propriété aux classes populaires, ainsi que des ressources possédées par les accédants, qui les distinguent des populations paupérisées. Parallèlement, les auteurs confirment l’intérêt heuristique de la notion de classes populaires conceptualisée par Olivier Schwartz.


Partenariats : UFR LLSH, SUC, Les Amis de l’Huma63, Edition De Boeck.

 

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dimanche 13 avril 2014

Prends ton fusil et viens

 

 

  Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a   jpg187

une figure qui s'est élevée au-dessus de la           

guerre et qui brillera pour la beauté et

l'importance                                            

de son courage...

J'écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur

lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le

silence du crépuscule, d'une bouche presque

toujours silencieuse. Il cria d'une voix claire :

— Liebknecht !

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle

face, aussi profondément grave qu'une face de

statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit

encore une fois de son mutisme marmoréen

pour répéter :

— L'avenir ! L'avenir ! L'oeuvre de l'avenir sera

d'effacer ce présent-ci, et de l'effacer plus encore

qu'on ne pense, de l'effacer comme quelque

chose d'abominable et de honteux. Et pourtant,jpg186

ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la

gloire militaire, honte aux armées, honte au

métier de soldat, qui change les hommes tour à

tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux.

Oui, honte : c'est vrai, mais c'est trop vrai,

c'est vrai dans l'éternité, pas encore pour nous.

Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce

sera vrai, lorsqu'il y aura toute une vraie bible.

Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d'autres

vérités que l'épuration de l'esprit permettra de

comprendre en même temps. Nous sommes

encore perdus et exilés loin de ces époques-là.

Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci,

cette vérité n'est presque qu'une erreur, cette

parole sainte n'est qu'un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et

de rêves.

— Une fois, je leur ai dit que je croyais aux

prophéties — pour les faire marcher.

Je m'assis à côté de Bertrand. Ce soldat qui

avait toujours fait plus que son devoir et pourtant

survivait encore, — revêtait en ce moment

à mes yeux l'attitude de ceux qui incarnent une

haute idée morale et ont la force de se dégager

de la bousculade des contingences, et qui sont

destinés, pour peu qu'ils passent dans un éclat

d'événement, à dominer leur époque.

— J'ai toujours pensé toutes ces choses, murmurai-

je.

— Ah ! fit Bertrand.

Nous nous regardâmes sans un mot, avec un

peu de surprise et de recueillement. Après ce

grand silence, il reprit :

— Il est temps de commencer le service.

Prends ton fusil et viens.

 

Henri Barbusse, Le feu, Folio, pages 365 à 367

Prix Goncourt 1916.Un chef d'oeuvre. Un procès sans artifices des abominations de la "Grande Guerre"
Le début de l'engagement pacifiste d'un géant de la littérature.

Le feu est à lire aussi ici: http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre19273.html

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vendredi 11 avril 2014

Koli Jean Bofane, Congo

 

Kinshasa, à nous deux maintenant !

 

 

 

                           Congo

Auteur des étonnantes et remarquables Mathématiques congolaises parues en 2008 chez le même éditeur, In Koli Jean Bofane remet le couvert avec Congo Inc. publié en Arles chez Actes Sud, un roman sous-titré Le testament de Bismarck dans lequel l'auteur narre avec une verve et un humour tout africains les tribulations d'un Rastignac pygmée quittant son village natal pour se faire une place au soleil de Kinshasa à l'ère d'Internet et de la mondialisation.

 

Sur son chemin, il croise la faune humaine qui fait le sel, mais aussi le malheur de l'actuelle RDC : des enfants des rues, un commerçant chinois madré et sans scrupules, un ancien chef de guerre voulant renouer avec le meurtre et la rapine, une universitaire belge ayant des vapeurs pour les jeunes Africains bien bâtis, un pasteur grigou qui organise des loteries pro magna dei gloria, une péripatéticienne œuvrant pour le repos des guerriers onusiens, des multinationales qui mettent le pays en coupe réglée...

 

Le zoo humain d'un pays « où les hommes ne cessent d'offrir des preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme ».

 

Mais, plus fort encore, l'auteur ouvre des pistes pour remédier à la situation, avec une lucidité, un talent, une détermination et une causticité dignes de tous les éloges !

 

Bernard DELCORD

 

Congo Inc. par In Koli Jean Bofane, Arles, Éditions Actes Sud, avril 2014, 299 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

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Echos du monde musulman n°219 - Yves Montenay- 10 avril 2014

Un essai de synthèse sur la Syrie

L’actualité de ce pays est maintenant bien suivie par la presse française, mais les journalistes jonglent avec le nom des villes et celui des partis politiques, et le lecteur de base ne suit pas toujours. Voici un rappel s'appuyant notamment sur un article de The Economist du 22 mars.

Commençons par une carte qui permet de suivre le texte ci-après. Malheureusement, les noms des villes de cette carte sont transcrits en anglais. Vous reconnaîtrez néanmoins Alep (Aleppo), Damas (Damascus), le Liban (Lebanon) etc.

 

La guerre civile entre dans sa 4e année, et a fait environ 150 000 morts, 9 millions de sans-abri et 3 millions de réfugiés sur les 23 millions d'habitants. Mais Bachar El-Assad sera candidat aux présidentielles du mois de juin comme si de rien n'était.

La presse internationale amplifie les événements militaires : après avoir annoncé la défaite prochaine de Bachir El-Assad, elle évoque maintenant sa victoire. Certes il a repris des positions, notamment autour de Damas avec la prise de Yabroud et, le 9 avril de Rankous après celle de Qusayr, gênant l’approvisionnement des rebelles sunnites par le Liban et dégageant un peu la route de la capitale vers la côte, fief de sa communauté alaouite (une variante du chiisme, d’où son alliance avec l'Iran et le Hebzbollah (le parti de Dieu rassemblant une grande partie des chiites libanais). Mais il faut remarquer que malgré ces deux derniers appuis (au moins 8.000 hommes bien armés et organisés), le monopole de l'aviation et de l'artillerie, il n'arrive pas à progresser dans le nord du pays et y recule ponctuellement. Cela malgré la division de l'opposition déchirée par une guerre violente entre une coalition démocrate-islamiste d’une part et les djihadistes lié à El Qaïda d’autre part, « l’État Islamique d’Irak et de Syrie » dont nous avons parlé dans notre dernière lettre à propos de la révolte des sunnites d’Irak contre leur gouvernement chiite. Les djihadistes ont été refoulés vers Raqqa, à l’ouest par les « démocrates » et à l’est par les Kurdes.

On se demande maintenant si les évènements d’Ukraine vont gêner l’appui des Russes à Assad, par exemple en décidant les Américains à fournir des missiles anti-aériens aux « démocrates ». Ce que l’Arabie leur demande instamment, mais les Américains craignent de les voir utilisés contre des avions civils.

 

Les présidentielles afghanes et la démocratie en islam

Ces élections ont eu une participation nettement supérieure à 50 %, surtout dans les grandes villes, malgré les menaces des talibans. Les résultats ne seront connus que dans une dizaine de jours, car beaucoup de bureaux sont dans des campagnes très reculées, ce qui accroît les risques de fraude, déjà élevés.

Vous vous souvenez que si les talibans sont opposés aux élections, c'est parce qu'ils suivent une interprétation rigoriste de l'islam, en l'occurrence celle de l'école déobandie qui, comme les wahhabites par exemple, disent que les lois ayant été fixées par Dieu, des hommes ne peuvent en fixer d'autres, fussent-ils élus. Mais ces élections, comme dans les autres pays musulmans, montrent que le citoyen de base ne se préoccupe pas de ce discours théorique et a un comportement non pas « laïque » (terme compris comme « antireligieux ») mais « séculier » (un comportement ne se souciant pas de la religion ou, permis par l'interprétation personnelle de ladite religion). Cette aspiration à la démocratie est tellement forte que les mouvements islamistes l'ont reprise, tout en faisant le maximum pour la limiter (restriction de la liberté d'information, demande de faire figurer dans la constitution une référence à la charia etc.) 

 

Campagne pour les présidentielles en Kabylie

L'opposant le plus crédible au président sortant Bouteflika est l'ancien premier ministre Ali Benflis. Bien qu'étant un homme du système, il fait (un peu) figure d'espoir par contraste. Contrairement au sortant qui reste invisible et muet, il mène une campagne de terrain et l'on a notamment remarqué son passage en Kabylie où il s’est répandu en éloges au patriotisme des Kabyles, en amazigh, en arabe et en français.

 Les Kabyles l'ont bien sûr interrogé sur l'officialisation de leur langue. Il s'est contenté de répondre qu’une fois président, il généralisera l’introduction de l’enseignement du tamazight (terme général pour les langues berbères, dont le kabyle est une variété) dans tous les cycles scolaires, ainsi que son inscription facultative au baccalauréat et l’ouverture de centres de formation de formateurs de cette langue. Vous vous souvenez que si le berbère est maintenant reconnu comme « national » (et non pas officiel), tout reste à faire en pratique.

 

La fin du modèle turc ?

Notre dernière lettre sur la situation en Turquie se terminait par « la fin du modèle turc ? ». Des lecteurs nous ont demandé ce signifiait cette expression.

Elle est assez ancienne, mais a repris de l'actualité pendant le printemps arabe et sa suite. L'idée originelle est que l'on pouvait se développer en imitant l'Occident, comme l'ont fait les Japonais. C'est ce qu'a fait Atatürk, mais le régime restait autoritaire à direction militaire, et avait accusé l'islam d'être une des causes du sous-développement. Avec l'arrivée de l’AKP au pouvoir, le « modèle » a pris une dimension supplémentaire : on pouvait devenir démocrate et se développer tout en étant musulman, voire islamiste. Cette idée s'est ensuite nuancée et affaiblie avec l'échec économique des islamistes hors de la Turquie, et leur oubli des principes démocratiques une fois au pouvoir, en Turquie comme ailleurs cette fois (« La démocratie réduite à l'élection », comme exposé dans notre dernière lettre).

Cette idée de « modèle turc » était surtout présente dans les pays arabes, car ce sont ces pays qui connaissent le mieux la Turquie à la fois pour des raisons historiques (la plupart ont fait partie de l'empire ottoman, donc Istanboul est leur ancienne métropole) et pour des raisons d'actualité, dont la vente de produits turcs dans le monde arabe (alimentaires, industriels, culturels, dont le succès des séries télévisées et du tourisme), qui donnent une image moderne de ce pays.

Bref, des musulmans pieux peuvent dire : « en allant en Turquie, nous restons chez nous, c'est-à-dire dans un décor physique et social musulman méditerranéen, tout en allant dans un pays moderne, et c'est moins cher qu'en Occident » ... quitte a maudire les Turcs d'avoir rejeté l'alphabet arabe et choisi l’alphabet latin.

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jeudi 10 avril 2014

Sur la globalisation

Rompre radicalement avec les institutions nées de Bretton Woods, c'est à dire... nous retirer du FMI, de la Banque Mondiale, de "1'Organisation Mondiale du Commerce",... se retirer en un mot de toutes les instances globales, non pas pour opérer un repli nationaliste et protectionniste sur notre nation, ou sur un groupe de nations, mais au contraire ... reconquérir la liberté de nous ouvrir sur le monde entier.
Nous pourrons ainsi réaliser non pas une unité impériale, qui prétend être une "mondialisation" et n'est en réalité qu'une marchandisation et une américanisation du monde, mais une unité symphonique où chaque peuple, à titre égal, apporte la contribution de sa propre culture en un véritable dialogue des civilisations.

Roger Garaudy. Lire ici l'intégralité de l'article

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lundi 7 avril 2014

Aurélien Bernier à Clermont-Ferrand le 10 avril

Amis du Temps des cerises


Jeudi 10 avril – 20 h - Amphi 2 – Fac de Lettres- 29 Boulevard Gergovia – Clermont-Ferrand

Aurélien Bernier
Auteur et militant, spécialiste des politiques environnementales et se revendiquant du
courant de démondialisation. Il collabore notamment au Monde Diplomatique.

«La Gauche radicale et ses tabous»


Le constat est douloureux, mais irréfutable : malgré le succès de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2012, le Front national réussit bien mieux que le Front de gauche à capter le mécontentement populaire. Comme dans la plupart des pays d’Europe, la crise du capitalisme profite moins à la gauche «radicale» qu’à une mouvance nationaliste favorable au capitalisme ! Tel est le paradoxe analysé dans ce livre. Paralysé par la peur de dire «la même chose que Le Pen», le Front de gauche s’enferme dans trois contradictions. Il veut restaurer la souveraineté populaire mais ne défend plus la Nation, seul espace possible pour une réelle démocratie. Il lutte pour une «autre Europe», sociale et solidaire, mais n’assume pas la nécessaire rupture avec l’ordre juridique et monétaire européen. Il est anticapitaliste mais renonce au protectionnisme contre le libre échange mondialisé qui brise toutes les résistances. Souveraineté nationale, désobéissance européenne et protectionnisme: tels sont les trois sujets tabous dont la gauche radicale doit se ressaisir, au lieu de les abandonner au Front National qui a beau jeu de se présenter comme le seul protecteur du peuple français face à la pression des marchés et à l’Europe ultralibérale.

Partenariats : UFR LLSH, SUC, Les Amis de l’Huma63, Editions du Seuil.
A voir:

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2014/03/23/29507675.html : Aurélien Bernier et Alain Badiou sur Mediapart. Video

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Mots d'esprit

 

Flèches du Parthe...

 

 

 

mots d'espritLa  Petite histoire des mots d'esprit célèbres commente 600 citations diverses et dit tout de phrases immortelles comme : « Et le désir s'accroît quand l'effet se recule » (Corneille), « Ce qui entend le plus de bêtises dans le monde, c'est peut-être un tableau de musée » (les frères Goncourt), « Dépêchons-nous de succomber à la tentation avant qu'elle s'éloigne » (Épicure), « Il est immédiatement au-dessous de rien » (La Bruyère), « Abolir la peine de mort ? Que messieurs les assassins commencent ! » (Alphonse Karr), « Idylle, ça commence comme idiot et ça finit comme imbécile » (Maurice Donnay), « Les hommes chassent, les femmes pèchent » (Victor Hugo), « Un grand classique, c'est un auteur dont on peut faire l'éloge sans l'avoir lu » (Chesterton), « La politique, c'est une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir » (Talleyrand), « Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait d'excellents amis » (Verlaine), « L'amour, c'est un coup d'œil, un coup de rein et un coup d'éponge » (Sarah Bernhardt), « Aucun homme n'a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge » (Abraham Lincoln), « Les dictatures, comme le supplice du pal, commencent bien et finissent mal » (Clemenceau) ou, s'agissant de Mirabeau : « Il était capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action » (Rivarol)..

 

Hilarant, n'est-il pas ?

 

Bernard DELCORD

 

Petite histoire des mots d'esprit célèbres, ouvrage collectif, Paris, Éditions Omnibus, mars 2014, 634 pp. en noir et blanc au format 13,3 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 24 € (prix France)

 

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samedi 5 avril 2014

Lorsque l'enfant paraît...

 

Lorsque l'enfant paraît...

 

                                                               Pernoud 1pernoud 2         


Véritable institution à l’usage des (futurs) parents à qui ils apportent « les réponses d'aujourd'hui aux questions de toujours », J’attends un enfant et J'élève mon enfant de Laurence Pernoud (1918-2009) figurent, depuis leur première parution (le premier en 1956, le second en 1965, tous deux aux Éditions Horay à Paris), parmi les plus grands best-sellers de l’édition internationale, car leurs mises à jour annuelles en français sont diffusées dans 70 pays et traduites dans 45 langues (dont, tout récemment, l'espagnol, le chinois, le libanais et le coréen).

Plusieurs années avant son décès, l’auteure (qui était issue d'un père suisse et d'une mère grecque et qui, à l'époque de la conception des ouvrages, était l'épouse de Georges Pernoud, rédacteur en chef du magazine Paris Match et oncle de l'actuel animateur de télévision Georges Pernoud) s’était entourée, pour ces aggiornamentos, d’une large équipe pluridisciplinaire rassemblée autour d’Agnès Grison : gynécologue-obstétricien, échographiste, sage-femme, pédiatre, psychologue, diététicienne, avocate spécialisée en droit de la famille, assistante sociale...

L'édition 2014-2015 de ces deux bibles, présentée sous de nouvelles couvertures et imprimée sur un papier écologique, s'est enrichie d'un chapitre supplémentaire intitulé Lorsque la grossesse tarde à venir, tandis que le dictionnaire des maladies a été largement revu et que certains thèmes ont été enrichis par rapport à la version précédente, à propos du sevrage, du sommeil et des manifestations d'opposition ou d'agressivité, notamment, mais aussi concernant de nouveaux menus pour les futures mères ou les jeunes enfants et, pour le public français, d'informations toutes récentes sur le mariage, la transmission du nom de famille ou le statut du beau-parent dans les familles recomposées, du calendrier vaccinal qui se simplifie ou des aides pour le parent qui élève seul son enfant.

Les ouvrages se terminent par un chapitre sur la protection de la maternité en Belgique, en Suisse, au Québec et dans les pays du Maghreb.

Ajoutons pour conclure que les lectrices et les lecteurs peuvent poser des questions, proposer des suggestions ou faire part de leur expérience en adressant un courriel (lpernoud@horay-editeur.fr) ou un courrier postal (Laurence Pernoud, Éditions Horay, 22bis, passage Dauphine à 75006 Paris) auquel il sera répondu dans les meilleurs délais.

Des livres actuels et bien vivants, donc, comme le sujet qu'ils traitent…

Bernard DELCORD

 

J’attends un enfant édition 2014-2015 par Laurence Pernoud, mise à jour sous la direction d'Agnès Grison, Paris, Éditions Horay, janvier 2014, 480 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 29,50 €

 

J’élève mon enfant édition 2014-2015 par Laurence Pernoud, mise à jour sous la direction d'Agnès Grison, Paris, Éditions Horay, janvier 2014, 500 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 30,50 €

 

Le texte ci-joint a été mis en ligne sur les blogs Lire est un plaisir (<http://lireestunplaisir.skynetblogs.be>http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) et  Homelit (<http://homelit.skynetblogs.be>http://homelit.skynetblogs.be) partenaires de RADIO NOSTALGIE ainsi que dans les colonnes du magazine satirique sur Internet SATIRICON.BE (<http://www.satiricon.be>www.satiricon.be) à l'adresse suivante : <http://www.satiricon.be/?p=7955>http://www.satiricon.be/?p=7955.
 
De plus, il a été expédié dans la newsletter de mars 2014 des guides gastronomiques belges DELTA envoyée à 90 000 abonnés puis mis en ligne sur leur site (<http://www.deltaweb.be>www.deltaweb.be) à l'adresse suivante : <http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Lorsque-l-enfant-parait+2364+f>http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Lorsque-l-enfant-parait+2364+f.
 

 

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Enseignants sans Frontières - esf Belgique

 

Elaborés en collaboration avec nos partenaires locaux, nos projets pédagogiques s’appuient sur la déclaration d’intention commune à toutes les antennes d’Esf dans le monde et s’inspirent des objectifs du millénaire

Notre objectif vise le partenariat pédagogique entre enseignants de Belgique et enseignants de pays du Sud. Nos projets, réalisés en équipes de volontaires,sont essentiellement des projets de formation continuée. Des enseignants belges sont envoyés en mission sur le terrain durant deux à trois semaines (souvent pendant les vacances) pour soutenir pédagogiquement des enseignants locaux.

 

Déclaration d’Intention des antennes Esf dans le monde

Enseignants Sans Frontières est une asbl ayant pour objet de promouvoir des réseaux de coopération entre enseignants, dans un esprit de partenariat et de pluralisme, en respectant l'identité culturelle de chacun.

Esf privilégie les pratiques de pédagogie axées sur l'autonomie des apprenants et le développement de toutes leurs potentialités, dans l'esprit de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Par ses actions éducatives, l’asbl Enseignants sans frontières s'efforce:

  • de répondre aux demandes des enseignants de toutes les disciplines, sans se substituer à ceux-ci ;
  • d’encourager les synergies à tous les niveaux, dans les secteurs scolaires et associatifs : en collaborant à la création d'outils pédagogiques, à l'élaboration et à l'évaluation de projets éducatifs, en concevant et co-animant des échanges de pratiques, des formations de formateurs.


Grâce au partage de leurs expériences, les membres de l'association contribuent à l'éducation et au développement.

Dans le respect de ses objectifs, l'association recherche toute forme de collaboration avec des organismes aux visées similaires et reste à l'écoute des besoins qui se manifestent ici et ailleurs.

Objectifs du Millénaire

Ces objectifs sont repris dans une déclaration signée par 190 Etats en 2000, sous l’égide des Nations Unies.


Objectif 1: Réduction de l’extrême pauvreté et de la faim.

Objectif 2: Assurer l’éducation primaire pour tous.

Objectif 3: Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Objectif 4: Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans.

Objectif 5: Améliorer la santé maternelle.

Objectif 6: Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies.

Objectif 7: Assurer un environnement durable.

Objectif 8: Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.


Luc Collès, président-fondateur (http://www.esfbelgique.org/)

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Reporters de guerre

 

 

Reporters de guerre (La France en Guerre)

 

 

Dans Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle (1859-930) & La France en Guerre par Rudyard Kipling (1865-1936), on découvre avec quelque étonnement que ces deux immenses écrivains britanniques, l'un père de Sherlock Holmes et l'autre auteur de Kim et du Livre de la jungle, ont voulu constater de visu ce qui se passait durant le premier conflit mondial du côté des lignes britanniques, italiennes et françaises pour le premier, dans le nord de l'hexagone et dans les Flandres pour le second, et l'on apprend que la Grande Guerre les marqua au fer rouge, puisqu'ils y perdirent chacun un fils bien-aimé.

 

Et si leurs reportages sont rédigés dans des styles bien différents, percutant pour Conan Doyle qui était médecin (Ypres «  est la ville d'un rêve, cette moderne Pompéi, détruite, désertée et profanée, mais avec une dignité fière et triste qui vous poussait malgré vous à baisser la voix en passant dans ses rues en ruines ») et lyrique pour Kipling qui était plus écrivain que journaliste (« La fumée s'évanouit dans ce morceau de tranchées, comme l'écume d'une vague meurt dans l'angle des murs d'un port »), on y sent sourdre, derrière la défense de l'Empire et de ses valeurs, une sorte de déréliction annonciatrice de la fin de celui-ci.

 

Deux textes formidables !

 

Bernard DELCORD

 

Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle & La France en Guerre par Rudyard Kipling, Paris, Les Belles Lettres, janvier 2014, 86 et 83 pp., 12,90 € chacun

 

Le texte ci-joint a paru dans la livraison du 4 avril 2014 de l'hebdomadaire M... BELGIQUE qui a succédé à l'édition belge de l'hebdomadaire MARIANNE.
 
Il a également été mis en ligne sur les blogs Lire est un plaisir (<http://lireestunplaisir.skynetblogs.be>http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) et  Homelit (<http://homelit.skynetblogs.be>http://homelit.skynetblogs.be) partenaires de RADIO NOSTALGIE ainsi que dans les colonnes du magazine satirique sur Internet SATIRICON.BE (<http://www.satiricon.be>www.satiricon.be) à l'adresse suivante : <http://www.satiricon.be/?p=7947>http://www.satiricon.be/?p=7947.
 
Enfin, il sera expédié dans la newsletter d'avril 2014 des guides gastronomiques belges DELTA envoyée à 90 000 abonnés puis mis en ligne sur leur site (<http://www.deltaweb.be>www.deltaweb.be).
 

 

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Depuis ce matin, je travaille dans une ville du FN

C’est très tard dans la soirée, après un recompte des voix, que la commune de Mantes-la-Ville dans les Yvelines est devenue la première d’île-de-France à passer sous le contrôle de l’extrême-droite. Mais ce n’est que ce matin, en consultant les résultats avant de partir au boulot que je l’ai appris. C’est dans cette ville que je travaille, comme professeur de collège principalement avec des élèves non-francophones, depuis 15 ans.

 

C’est là aussi que j’ai mené différentes luttes, quatre mouvements de grève reconductible de plusieurs semaines et des combats pour la régularisation ou le relogement de mes élèves.

 

Ce résultat inattendu est la conséquence immédiate du maintien de deux listes de gauche rivales et d’une autre sans étiquette, alors que le candidat du FN était arrivé en tête au premier tour dans ce bastion de la « gauche » depuis la Libération. Là n’est pas sans doute la seule explication. Les 20 et quelques pourcents du 1er tour sont peut-être même en-dessous des scores atteints dans d’autres régions. Mais voilà, pendant les 6 années qui viennent je vais travailler dans une ville aux mains de l’extrême-droite.

 

Ce matin, au collège, il y a ceux qui savent et ceux qui vont l’apprendre... Les visages sont tendus et les mâchoires serrées. Les réactions expriment la surprise la plus totale. Il y a peut-être pourtant quelques sourires entendus, quelques propos chuchotés... ou alors serait-ce de la paranoïa, premier signe tangible que le « climat » va changer ?

 

On en parle bien sûr. On parlera aussi, tout au long de la journée, du temps qu’il fait, qu’il fera, des copies et des élèves... En reparlera-t-on demain, une fois la nouvelle digérée ? Et la semaine prochaine ? La banalisation des idées d’extrême-droite, celle qui la conduit vers le pouvoir, n’est-ce pas aussi celle qui nous force à nous en accommoder et nous oblige à faire « avec » ? D’avoir aussi sa vie à vivre malgré tout – et comment penser qu’il n’en sera pas autrement ?

 

Au lendemain du 21 avril 2002, on avait évoqué l’idée de se mettre en grève, on avait défilé, par millions, dans les rues. Aujourd’hui, personne ne l’a proposé. Il semblait même difficile de poser la question : que faire ? Faut-il, dans un premier temps, seulement commenter, comprendre, expliquer, analyser... non pas accepter mais digérer. Mais le temps viendra-t-il pour autre chose ? Il y eut, aujourd’hui, des discussions, des échanges, des questions, des peurs exprimées... l’impossible projection dans l’inconnu qu’il faut aussi mettre en mots.

 

J’ai tendu des perches à mes élèves, ma classe de non-francophone se noyait dans les sigles, mélangeant les personnalités et les sensibilités. À l’occasion d’un dossier du journal du collège (financé en partie par la mairie), nous avions abordé il y a quelques jours la question du racisme au collège. Tous avaient affirmé qu’il n’y en avait pas... Un peu plus tard dans la matinée, avec des 4e, j’ai parlé poésie.

 

À Mantes-la-Ville, nous avons deux collèges, un lycée professionnel et des dizaines d’école (celles-ci sont gérées par la mairie et seront régulièrement en contact avec les nouveaux élus). Quel sera leur avenir et leur quotidien ? Pourquoi, et comment, notre travail éducatif local n’a pu empêcher cela ? Combien des électeurs du FN ont passé par nos classes ? Quelle part de responsabilité portons-nous aussi dans ce qui se passe ? Ici, comme partout, s’enseignent la montée des fascismes dans les années 30, les boucheries nationalistes, les textes des résistants... Mais rien, effectivement, sur les mécanismes du chômage, sur la conscience sociale et la lutte des classes, sur les combats d’hier et d’aujourd’hui pour la dignité et l’égalité, sur la nécessité, pour tout un chacun, de comprendre le monde pour le changer et de le changer pour le comprendre... Au lieu de cela, les discours les plus réactionnaires sur l’école, sur les méthodes pédagogiques – ceux qui sont repris avec délice par le FN – se développent, pénètrent dans les esprits des familles et de certains collègues aussi. Ce n’est pas anodin.

 

Le nouveau maire FN de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth est enseignant, professeur dans un lycée professionnel d’une commune voisine... Est-ce seulement un hasard ?

 

Tout au long de la rédaction de ce petit article, je me suis demandé à quoi bon tout cela. À quoi bon écrire, pourquoi penser que l’éducation a un rôle à jouer, quelles sont les racines qu’il nous faudra extirper pour en finir avec ce cauchemar...

 

Mais je voudrais, malgré tout, exprimer le souhait que ce billet se prolonge, que bientôt je puisse partager nos futurs actes de résistance, mais aussi avancer dans le décryptage de cette vague réactionnaire qui n’épargne pas l’éducation et nos écoles et lancer, dans cet espoir, un blog pour y poursuivre ce travail.

 

En attendant, demain matin, je vais repartir travailler dans une ville FN.

 

Grégory Chambat, militant CNT éducation, enseignant en collège à Mantes-la-Ville (78) in "Quetions de classe", avril 20124

 

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