Échos du monde musulman N° 199       Yves Montenay

15 septembre 2013

 

« Bachar el-Assad a gagné la guerre de la com’ »

Un bon article  que je vous laisse découvrir :

 

 http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-bachar-el-assad-gagne-guerre-com-yves-derai-840692.html

 

J'ajouterai que Poutine n'a pas été mauvais non plus, et que je suis stupéfait de l'accueil fait à sa propagande par des personnes de bon niveau. Chacun projette ses vœux sur n'importe quel texte, et je ne m'étonnerai plus de voir un de mes étudiants féministes asseoir ses convictions sur la lecture du Coran.

Mais passons à l'Égypte pour y profiter du calme des baïonnettes, apparemment apprécié par beaucoup d'Égyptiens.

Al-Azahar « l’islam tolérant face aux Frères » 

La plus grande autorité sunnite de l'islam a cautionné la mis à l’écart des Frères par les militaires, mais est réservée sur la violence qui les frappe. Le cheikh Ahmed Al-Tayeb expose : « Il faut que nous reprenions notre rôle de diffuseur d'un islam modéré qui rassure musulmans et chrétiens. Nous avons probablement notre part de responsabilité dans le manque d'éducation religieuse du pays. Nous allons pallier ce déficit par la promotion active d'un islam du juste milieu, qui reconnaît le pluralisme. C'est pour cette raison que nous venons de créer une grande chaîne de télévision financée aussi par de généreux donateurs chrétiens coptes, pour rétablir une connaissance culturelle religieuse et scientifique. Je ne crois pas à un dogme universel. Les Frères musulmans sont le fruit amer de la globalisation de l'islam. La solution sécuritaire est nécessaire, mais doit rester ponctuelle. »

 

Cet extrait résumé de Le Point.fr  du 21 août reprend deux points importants :

-                    le premier est que le sunna ne doit pas être interprétée la même façon suivant les pays,

 -                     Le deuxième est que la formation des imams doit être contrôlée par El Azhar, ainsi que l'exercice de leur fonction. Bref il s'agit d'éliminer les imams wahhabites, partisan des Frères ou salafistes. C’est une vieille revendication d'El Azhar, que les pouvoirs précédents n’ont pas ont voulu ou pas pu mettre en place. Il sera intéressant de voir ce que fera l'actuel.

 Le premier point a déjà été fréquemment et depuis longtemps évoqué en Egypte, et est fondamental car s'oppose aux tenants de la « lecture unique » : le fait que le texte du Coran  soit sacré n’entraine pas pour autant une interprétation unique. Ce n’est pas très éloigné de mes propos sur la protestantisation de l'islam, sinon qu’elle serait non pas individuelle mais par grands groupes politiques ou culturels. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé plusieurs fois tant chez les protestants (les anglicans, les calvinistes) que, d’une autre façon, chez les musulmans (le roi du Maroc, les confréries sénégalaises, l'Aga Khan…).

Je note par ailleurs le témoignage de Gilles Kepel : peu après la chute de Moubarak,  quand la place Tahir était un joyeux mélange toutes les tendances politiques, les Frères sont venus s'installer massivement et de façon organisée pour rejoindre « la révolution », et ont poussé le représentant de El Azhar dans un coin, confirmation d'une animosité très ancienne.

 

Égypte : fermeture de chaînes et diabolisation

Le tribunal administratif du Caire a ordonné, le 3 septembre, la fermeture définitive de quatre chaînes de télévision : Al-Jazira Mubasher Misr, l'antenne égyptienne de la chaîne d'information panarabe, et Ahrar 25, la chaîne des Frères musulmans. Deux autres chaînes islamistes, Al-Qods et Al-Uarmouk, sont également fermées. (AFP)

Si j'ai bien compris (appel aux spécialistes) cette antenne d’Al Jézira donnait des nouvelles à sa façon (celle des Frères) en arabe égyptien, contrairement à sa maison-mère qui émet en arabe international standard plutôt soutenu. Donc la reconnaissance  d'une spécificité égyptienne.

Les chaînes restantes présentent les Frères comme des terroristes, rejoignant une campagne pour ajouter la confrérie à la liste des organisations décrétées terroristes par l'ONU. Cela déclencherait des sanctions économiques ou une interdiction touchant les armes, les voyages et les déplacements, ainsi que le gel de ses fonds. Mais ce serait difficile à justifier, puis à appliquer, à une confrérie de 700 000 adhérents et à activités multiples dont beaucoup  non critiquables (hôpitaux, appui scolaire, charité…)

 Des détails sur :http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/991/10/124/3674/La-confr%C3%A9rie-hors-d%E2%80%99atteinte.aspx

 

Arrestation d'une espionne française en Égypte

Dans ce contexte de suspicion réciproque, tout le monde est aux aguets. C'est ainsi qu'a été arrêtée une espionne française, une cigogne équipée d'un boîtier électronique. Enquête faite il s'agissait d'un système de traçabilité placé sur le dos de l'animal par des scientifiques français pour étudier les migrations : http://www.wibme.com/?p=29600__&?

 

Égypte et Turquie

Ankara a eu une violente réaction au « coup d’Etat militaire » anti-Morsi. Cela pour trois raisons.

La première est que la chute la confrérie constitue un coup dur pour les ambitions de la Turquie dans le monde arabe et le Moyen-Orient.

La deuxième est qu’elle avait beaucoup investi : 1 milliard de dollars de soutien à l'économie plus 250 millions finançant des achats égyptiens d’équipements militaires turcs. Elle avait également monté une coopération stratégique déclinée en 40 accords (défense, commerce, énergie, tourisme, transports, science, technologie, banques, et même coopération pour la réforme de l'État égyptien … ou pour son contrôle par les Frères).

La troisième vient enfin de mauvais souvenirs : l’armée turque a mené depuis 1960 quatre coups d’Etat militaires, dont le dernier a renversé, en 1997, le premier gouvernement islamiste.

 

Les islamistes marocains manifestent pour Morsi

Le 18 août les diverses mouvances islamistes marocaines ont manifesté pour Mohamed Morsi. Ils étaient quelques dizaines de milliers d'après les organisateurs et 5 000 selon la police. Le PJD au pouvoir y participait presque directement avec la femme du premier ministre et son organisation de jeunes ; y participait aussi son plus ou moins ennemi, Al Adl wal Ihssane, le mouvement islamiste non officiel mais toléré, moins royaliste que le PJD. On peut en retenir que ce dernier a confirmé être dans la mouvance des Frères, mais que la masse des Marocains ne se sent pas très concernée.

On peut aussi noter que depuis que Adl wal Ihssane ne fait plus cause commune avec l'opposition (plus ou moins) laïque, les manifestations tant  islamistes que laïques rassemblent nettement moins de monde.

 

Analyse de la présidentielle iranienne

Le Monde s’est attaqué aux résultats par circonscriptions. Je résume :

– Hassan Rohani, vainqueur au premier tour avec 50,2 % des voix a été plébiscité dans les régions « à problèmes », et particulièrement dans les régions sunnites qui se sentent brimées par la majorité chiite (rappelons qu'en général les sunnites sont aussi des non-Perses, par exemple Kurdes ou Baloutches). C'est donc un cas extrêmement particulier de la division réformistes/conservateurs

- il a certes bénéficié des voix réformistes de la bourgeoisie des grandes villes, mais il ne faut pas confondre cela avec le vote urbain : par exemple, à Téhéran, il n'a qu'un résultat moyen, les banlieues populaires n'ayant pas voté pour lui

- les autres candidats avaient également un ancrage local, tribal ou ethnique, et le gros de leur vote vient souvent d'une ou 2 régions particulières (dont Téhéran pour le maire de cette ville)

En résumé, cette élection a beaucoup de caractéristiques internes à l'Iran, et non pas relatives aux grands choix politiques, même si Rohani a insisté sur la nécessité d'une négociation avec les Occidentaux pour lever les sanctions occidentales qui pèsent sur tous.