Mourir pour Charlie Hebdo

         Attentat dans les locaux du journal Charlie Hebdo.  Wolinski et Cabu, deux membres historiques de ce journal sont décédés. 

              Longtemps on pourra se demander ce que ces deux caricaturistes, figures majeures de la presse satirique, faisaient encore à Charlie Hebdo qui, depuis dix ans, a fait de l'insulte, de l'humiliation de l'Islam et de son prophète à coups de pleines pages plus dégradantes les unes que les autres, son fonds de commerce au nom d'une liberté d'expression sans but ni raison, sans queue ni tête, une liberté à fonds perdus qui n’explique rien et n’entrevoie rien, une liberté sans conscience ni intelligence : pas d’analyse ni de mise en perspective ; une liberté d’enfants terribles tragiquement oublieux des enjeux politiques, géo-politiques et du contexte qui est le nôtre aujourd’hui, à l’heure de la volte face diplomatique de la France menée par le trio Hollande-Valls-Fabius en violation de notre tradition ; une France qui se tient désormais aux côtés de l’Empire (Atlantisme, sionisme et monarchies pétrolières) sans nuances et sans complexe.

Aussi, on peut être légitimement autorisés à se demander ce qui faisait courir Charlie Hebdo : la liberté d’expression ?

 

               Tous ceux qui pensent pouvoir tenir le monde en respect un crayon à la main à coups de caricatures souvent talentueuses devront au plus vite réaliser que le refus d’embrasser le monde qui est le nôtre aujourd’hui, dans toute sa complexité et plus important encore, dans toute sa perversité, ce refus-là devra manifestement se payer très cher à l’heure où « l’humanité est sur le point de connaître  en quelques décennies, le plus important changement global  de toute son histoire, le choix de la stratégie du chaos étant ouvertement assumé par les puissances de l’argent. »

La politique du chaos ciblera une terre en particulier, celle de l'Islam : Moyen-Orient, Proche-Orient et une partie du grand Maghreb.

Il semblerait que Wolinski et Cabu, septuagénaires, aient décroché de la réalité de ce monde-là depuis une bonne vingtaine d’année et qu’ils en aient payé le prix le plus élevé : la mort. Et Philippe Val, un temps leur patron, qui a conduit le virage idéologique de Charlie Hebdo avant d'être nommé à la tête de France Inter en 2009 - virage qui rapprochera l'hebdomadaire d'une idéologie mondialiste, atlantiste et sioniste -, portera une lourde responsabilité dans l'acharnement vécu comme anti-musulman d'une rédaction contre une religion en particulier. Le dessinateur Siné, licencié par Val, aura été le premier à vivre avec violence ce changement de paradigme qui ne pouvait que conduire l'hebdomadaire droit dans le mur.

 

             Mais alors, fallait-il, et faut-il encore mourir pour Charlie Hebdo ?

La liberté de représenter le prophète Mahomet nu couché sur le ventre les fesses à l’air, tout en accompagnant cette représentation du commentaire suivant : « Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? »… fallait-il mourir pour cette liberté-là ?

Il est vraiment temps que l’on nous remémore dans quelles circonstances le combat pour la liberté d’expression a gagné ses titres et ses lettres de noblesse qui sont les siens aujourd’hui.

 

             Rappelons, s'il n'est pas trop tard, que la critique de la religion, le Catholicisme ici en France, a toujours reposé sur la dénonciation d’une chape de plomb sur les consciences, sur une organisation de l’existence liberticide et intransigeante, parfois cruelle, de la politique à l’économie, de l’ancien régime à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, et après encore… jusque dans le dernier village français, jusqu’à la dernière chasuble et soutane et le dernier viol d’une conscience qui aspire à une liberté seule capable de hisser l’être humain au sommet de tous les possibles.

Tout au long de cette lutte, les représailles de l'institution religieuse n'épargneront personne.

 

La critique du Judaïsme et de son bras armé qu’est le sionisme, repose elle sur une idéologie qui, ici sur notre sol, a pris en otage les médias et occupe tous les lieux de pouvoir et de la représentation politique jusqu’au plus haut niveau de l’Etat français ; cette critique sans complaisance, critique jusqu’à la dernière kippa, trouve sa légitimité dans la lutte contre une idéologie qui divise notre pays, ternit son image sur la scène mondiale et paralyse son pouvoir d’initiative au service de l’instauration d’un autre rapport au monde entre les Etats, les Continents, les Nations, les Cultures et les Civilisations.

Dieudonné paiera le prix du bannissement.

 

             En revanche, s’en prendre à l’Islam, semaine après semaine, une religion, la religion la plus pauvre de France, une religion sans pouvoir, sans moyens, sans représentation autre que dégradante  - les plus lettrés, articulés et avisés de cette communauté étant le plus souvent ignorés ou exclus par les médias à dessein -, dont les fidèles ont pour lieux de prière des locaux sordides et dont une grande partie partage une condition sociale déterminée par l’occupation d’emplois ingrats et pénibles… tout ça avait-il vraiment quelque chose d’héroïque ?

Quant aux groupes qui, de par le monde, commettent des actes inqualifiables au nom d’une certaine conception de l’Islam, s’en repaître à longueur de colonnes, des mois durant, et là encore, sans travail d’information digne de ce nom, - qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Qui les finance ? Quels intérêts servent-ils ? -, relevait d’une conception quelque peu

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immature et irresponsable de ce que sont la presse, l’information, le lecteur et ce à quoi Charlie Hebdo pouvait bien penser contribuer : à une meilleure compréhension de tous les mécanismes de désinformation et de manipulation destinés à nous renvoyer l’image d’un monde décidément illisible et ainsi nous inciter à nous en désengager ?

On peut en douter.

                Cet attentat très ciblé arrive au pire moment pour la communauté musulmane prise en tenaille - en otage ? -, entre les livres de Zemmour et de Houellebecq et des médias impliqués dans une course à l’audience qui les condamne inévitablement à commettre les pires outrages contre l’intelligence et la justice dans la stigmatisation de communautés et d'une géographie (les quartiers, les banlieues...) qui n’avaient vraiment pas besoin d’une telle attention de leur part.

De plus, avec un Président au fond du trou, un Crif toujours sur le pied de guerre, une presse subventionnée dite «  de gauche » courageuse mais pas téméraire, souvent de parti pris, et des médias de masse qui feront, nul doute, entre deux pauses publicitaires, des choux gras de cette tragédie… le moment est venu de se taire et de les observer tous autant qu’ils sont : ils nous en apprendront tellement sur eux-mêmes et sur le monde qu’ils nous préparent pour demain. Il sera toujours temps de revenir et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

 

On pense déjà au pire.

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 Serge ULESKI